{"id":10316,"date":"2021-08-22T07:31:47","date_gmt":"2021-08-22T05:31:47","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/dans-larene-une-force-contre-une-autre-force-2\/"},"modified":"2021-09-19T11:19:42","modified_gmt":"2021-09-19T09:19:42","slug":"dans-larene-une-force-contre-une-autre-force","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/dans-larene-une-force-contre-une-autre-force\/","title":{"rendered":"Dans l&rsquo;ar\u00e8ne, une force contre une autre force"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans l\u2019ar\u00e8ne, une force contre une autre force, ceci est \u00e0 peine une provocation. L\u2019ar\u00e8ne<sup>2<\/sup> serait celle du transfert avec, en son sein, un <em>maelstrom<\/em> de forces, de celles qui non pas s\u2019annulent mais se font exister. Non un an\u00e9antissement de la force de l\u2019autre, mais une communication de force. Ni affrontement ni victoire mais une forme de lutte, s\u00fbrement. Celui-l\u00e0 m\u00eame qui vient pour gu\u00e9rir, l\u2019analyste \u00ab&nbsp;n\u2019est pas en droit de compter sur son concours ni sur sa docilit\u00e9, puisqu\u2019il est pr\u00eat \u00e0 faire obstacle au travail commun par toutes les difficult\u00e9s possibles&nbsp;: en un mot, il ne veut surtout pas gu\u00e9rir&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>, scande Freud. La pulsion de r\u00e9sistance affleure partout dans les pens\u00e9es, repr\u00e9sentations, images des r\u00eaves, affects, mots, gestes divers ou \u00e9v\u00e9nements de transfert, et trouve ici pl\u00e9thore d\u2019objets. L\u2019enjeu serait cependant d\u2019abandonner ses d\u00e9fenses et ses armes pour entrer dans la lutte \u00e0 mains nues, \u00e0 d\u00e9couvert, et ainsi cro\u00eetre en force. Paradoxe inou\u00ef.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lien patient-analyste rejoue la violence de tout lien, dans sa valence tendre tout autant qu\u2019hostile. Chacun sait, le transfert donne lieu au contre-transfert &#8211; bien que certains affirment, \u00e0 raison, l\u2019inverse<sup>4<\/sup> &#8211; le contre pos\u00e9 paisiblement tout-contre tout-doux et\/ou le contre oppos\u00e9, affront\u00e9, provoqu\u00e9&nbsp;? Sans doute l\u2019un et l\u2019autre. Dire qu\u2019il r\u00e9siste au sujet d\u2019un patient pour tenter d\u2019approcher l\u2019\u00e9nigme de son agressivit\u00e9 ou de sa passion d\u2019idylle, de sa stagnation ou de ses passages \u00e0 l\u2019acte, de ses silences ou de ses rationalisations, ne suffit pas \u00e0 comprendre ni pour quoi, ni \u00e0 qui il r\u00e9siste. Quand ce mot est dit, rien n\u2019est dit. Mot \u00e9cran qui permet de ne pas aller plus loin et pose au loin sur le patient un \u00e9prouv\u00e9 d\u2019insatisfaction, de d\u00e9ception, peut-\u00eatre m\u00eame de crainte, propres finalement \u00e0 l\u2019analyste seul. Au point de se demander alors&nbsp;: mais somme toute, qui r\u00e9siste&nbsp;? L\u2019\u00e9nigme ou l\u2019\u00e9preuve n\u2019est-elle pas ici celle du contre-transfert, au sens de pouvoir supporter au-dedans que r\u00eaves d\u2019omnipotence bienfaitrice ou d\u2019autres gu\u00e9risons encore d\u00e9choient. Surtout si l\u2019analyste veut gu\u00e9rir \u00e0 tout prix. Mais, gu\u00e9rir qui, lui ou le patient&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le d\u00e9sir de r\u00e9sistance<\/h2>\n\n\n\n<p>La d\u00e9monstration ici tente \u00e0 poser la r\u00e9sistance comme point d\u2019appui, dont on r\u00eaverait certes de pouvoir se passer. Ce qui r\u00e9siste fait pourtant force. Moteur de la cure au sens o\u00f9 par elle et sur cette r\u00e9sistance m\u00eame prennent appui tous les conflits ant\u00e9rieurs. Le sujet y trouve un bord, une but\u00e9e qui le r\u00e9v\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame. Si sa force ne rencontrait pas une autre force mais une pr\u00e9sence inconsistante et floue, \u00e0 quoi pourrait-il s\u2019adosser&nbsp;? Le divan est souple, voir moelleux, mais sa fermet\u00e9 donne sout\u00e8nement au dos en son entier. L\u2019interpr\u00e9tation qui d\u00e9cale et d\u00e9place propose une force comme sortie de l\u2019enlisement, forme d\u2019assaut par le sens. Un sens qui fait tenir debout et savoir se relever du divan.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait imaginer le patient tel ce nain d\u00e9crit par Pascal juch\u00e9 sur des \u00e9paules de g\u00e9ant de telle sorte qu\u2019il puisse voir plus de choses que le g\u00e9ant lui-m\u00eame, non point parce que sa vue serait puissante ou sa taille avantageuse, mais parce qu\u2019il serait port\u00e9 et exhauss\u00e9 par la haute stature du g\u00e9ant. Il me plait \u00e0 penser l\u2019analyste en g\u00e9ant, de sorte qu\u2019ainsi il semble possible, voir souhaitable, d\u2019aider son patient \u00e0, comme le dit Bion&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00eatre un meilleur analyste que soi-m\u00eame<sup>5<\/sup>&nbsp;\u00bb, \u00e0 voir plus loin. Vaincre l\u2019analyste, ou \u00e0 tout le moins parvenir \u00e0 lui d\u00e9rober l\u2019\u00e9nigmatique phallus analytique, permettrait au patient d\u2019aller de mieux en mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le psychanalyste, soit disant g\u00e9ant, l\u2019inconscient reste un pr\u00e9suppos\u00e9 non seulement incontestable mais central, au sens d\u2019axial. Il a exp\u00e9riment\u00e9 le d\u00e9gagement de l\u2019horizon \u00e0 partir m\u00eame de la lev\u00e9e du refoulement. Il sait aussi la lutte men\u00e9e contre les bizarreries du sympt\u00f4me, seul moyen disponible parfois pour que, quand m\u00eame, filtre du d\u00e9sir. Au risque d\u2019ab\u00eemer en retour sa capacit\u00e9 \u00e0 aimer et travailler. Alors il a les armes du combat et conna\u00eet d\u2019exp\u00e9rience les enjeux de la joute. C\u2019est en cela qu\u2019il pourrait avoir la stature d\u2019un g\u00e9ant, m\u00eame si, \u00e0 l\u2019image de Goliath, il garde, et c\u2019est bienheureux, une fragilit\u00e9 au front ou en bien d\u2019autres lieux encore. En tout cas, rester debout, au sens d\u2019\u00eatre d\u2019une suffisante stature (chevilles, \u00e9paules, et autres organes qui tiennent le corps) est pour lui de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;: cela n\u2019est qu\u2019ainsi qu\u2019il pers\u00e9v\u00e9rera dans sa capacit\u00e9 \u00e0 analyser, \u00e0 continuer \u00e0 penser quoiqu\u2019il arrive dans l\u2019ar\u00e8ne. L\u2019ar\u00e8ne comme enceinte ferm\u00e9e contenante, offrant d\u00e9limitation aux jeux du cirque, autrement dit aux enjeux infantiles pass\u00e9s, mais aussi l\u2019ar\u00e8ne des gladiateurs<sup>6<\/sup>, celle qui, d\u2019\u00eatre sans concession, donne lieu \u00e0 des confrontations archa\u00efques puissantes. Par le quiproquo du transfert, l\u2019analyste se trouve l\u00e0 pris dans l\u2019enjeu de la rencontre, incarnation en personne du jeu transf\u00e9rentiel. Il est non seulement repr\u00e9sentant de la contrainte et de la loi lorsqu\u2019il pose et maintien son cadre&nbsp;; mais aussi repr\u00e9sentant des d\u00e9sirs infantiles perdus lorsque douceur, patience et disponibilit\u00e9 offrent creuset \u00e0 la r\u00e9gression. La d\u00e9pendance ici et maintenant \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, si elle n\u2019est pas rattach\u00e9e \u00e0 celle d\u2019ailleurs et jadis aupr\u00e8s des objets infantiles, trouve ses limites. L\u2019adresse \u00e0 lui est aussi adresse \u00e0 un autre, \u00e9nigmatique, enserr\u00e9 dans les mailles d\u2019une anamn\u00e8se jusque-l\u00e0 inaccessible. Le levier du traitement se place \u00e0 cette fine et p\u00e2le jonction de la figure de l\u2019analyste avec les diff\u00e9rentes figures de l\u2019histoire personnelle du sujet, silhouettes floues, confondues, parfois multiples, en tout cas faites de sangs m\u00eal\u00e9s<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9sistance, finalement, est in\u00e9luctable, au sens de saine&nbsp;: elle dit non au d\u00e9plaisir, \u00e0 l\u2019angoisse et \u00e0 la douleur, celle suscit\u00e9e par le soul\u00e8vement du voile. L\u2019angoisse de perdre l\u2019unit\u00e9 du <em>self<\/em> puis l\u2019angoisse de castration, sp\u00e9cifiques \u00e0 l\u2019humain homme ou femme d\u00e8s lors qu\u2019il est en vie, ravagent et m\u00e9ritent en cela digues et autres obstacles encore. Leur puissance risquerait de d\u00e9vaster, de rendre fou. La r\u00e9sistance \u00e0 son submergement permet de rester debout. En cela elle est amplement respectable. L\u2019explorer de fond en comble permet cependant de la remettre \u00e0 sa place. Son but non avou\u00e9 \u00e9tait de faire une analyse sans douleur, sans rejetons inconscients, sans trop d\u2019\u00e9motions et si possible sans r\u00e9veil des fant\u00f4mes. Eviter rem\u00e9moration puis perlaboration confirmerait l\u2019illusion d\u2019avoir grandi sans peine. Leurre \u00e0 d\u00e9faire, au risque sinon que le travail s\u2019interrompt ou qu\u2019il reste en surface ou en faux <em>self<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019inconscient ne se laisse pas approcher<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019arpenteur du <em>Ch\u00e2teau<\/em> de Kafka, ressortissant d\u2019un pays int\u00e9rieur qui lui reste pourtant \u00e9tranger, est venu explorer et mesurer un ch\u00e2teau et ses alentours. Il s\u2019attend \u00e0 pouvoir exercer sa mission honn\u00eatement, professionnellement et avec la rigueur de mesures et de calculs pr\u00e9cis. Il attend du <em>Ch\u00e2teau<\/em> une r\u00e9v\u00e9lation unique et scientifique \u00e0 la mesure de ses attentes. C\u2019est sans compter avec la r\u00e9sistance du village \u00e0 flan de ch\u00e2teau&nbsp;: ses habitants en gardent l\u2019entr\u00e9e, tout en ayant \u00e0 son sujet \u00ab&nbsp;des id\u00e9es saugrenues, des croyances erron\u00e9es, ou des vues enfantines<sup>8<\/sup>&nbsp;\u00bb. Le <em>Ch\u00e2teau<\/em> s\u2019av\u00e8re \u00eatre aussi ind\u00e9chiffrable qu\u2019une tribu primitive infiltr\u00e9e de survivances archa\u00efques. Il ne pourra qu\u2019en arpenter les environs, \u00e9couter ce qui s\u2019y dit au village, tout en pressentant ce qui s\u2019agite et hurle entre ses hauts murs&nbsp;: une mati\u00e8re paradoxale faite de repr\u00e9sentations id\u00e9ales exaltantes et d\u2019un pulsionnel d\u00e9cha\u00een\u00e9 sans foi ni loi. Un sens dessus-dessous du bien et du mal entrem\u00eal\u00e9s. Ce \u00ab&nbsp;ch\u00e2teau humain<sup>9<\/sup>&nbsp;\u00bb, dont les contours se noient dans une brume le plus souvent glaciale, se donne \u00e0 voir sans pour autant se livrer. Plus l\u2019arpenteur le regarde, moins il le distingue&nbsp;: \u00ab&nbsp;les regards de l\u2019observateur glissaient sur le Ch\u00e2teau sans pouvoir s\u2019accrocher \u00e0 rien<sup>10<\/sup>&nbsp;\u00bb. Telle une figure de l\u2019inconscient, sans lieu psychique v\u00e9ritable, sans g\u00e9ographie s\u00fbre, enserr\u00e9 entre de hauts murs infranchissables. Comment, face \u00e0 une telle b\u00e2tisse, ne pas avoir besoin de toutes ses forces pour en venir \u00e0 bout, au sens d\u2019y acc\u00e9der ou, plus humblement, d\u2019en percevoir l\u2019atmosph\u00e8re&nbsp;? Ici, point d\u2019apathie ou de capitulation, arpenter demande pers\u00e9v\u00e9rance, tact et foi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ch\u00e2teau kafka\u00efen abrite ce qui ne se soumet pas et reste, par son ambiance clandestine, \u00e9trangement inqui\u00e9tant. En ses remparts, il semblerait que tous les fantasmes originaires y trouvent r\u00e9alisation, ne renon\u00e7ant ni \u00e0 leurs plaisirs ni \u00e0 leurs objets. Y entrer serait r\u00e9pondre \u00e0 la r\u00e9sistance du \u00e7a qui, co\u00fbte que co\u00fbte, \u00e9lude la pens\u00e9e, pousse \u00e0 l\u2019accomplissement du d\u00e9sir par sa mise en acte et en r\u00e9p\u00e9tition. S\u2019\u00e9loigner \u00e0 grands pas et au plus loin du ch\u00e2teau, serait r\u00e9pondre sans nul doute \u00e0 la r\u00e9sistance du moi, celle qui pousse au refoulement et emp\u00eache le d\u00e9ploiement du fantasme dans la cure. Par terreur de sa teneur de jouissances interdites, mais aussi par peur de perdre l\u2019amour de la part des objets internes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, en attente d\u2019adresse, le fantasme sait se mettre en sc\u00e8ne pour se satisfaire quand il est appel\u00e9, exacerb\u00e9 par un autre, chez nous l\u2019analyste&nbsp;: la cure facilite le d\u00e9tachement par rapport aux objets d\u2019amour originaires, travaillant au renoncement du d\u00e9sir d\u2019occuper la premi\u00e8re place sur la sc\u00e8ne fantasmatique et sur la sc\u00e8ne analytique. Elle ouvre ainsi \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019en prendre une autre, inconnue et \u00e0 cr\u00e9er. De toute fa\u00e7on, et cela ne devient acceptable qu\u2019en fin de cure, le fantasme ne se soumet pas, ne renonce jamais \u00e0 son plaisir comme \u00e0 son objet, insiste pour se dire, ou plut\u00f4t se mettre en sc\u00e8ne. A chacun de lui donner, ou non, \u00e0 se nourrir. A chacun de, l\u2019ayant entendu, le remettre \u00e0 sa place de fantasme autoris\u00e9 mais dont la r\u00e9alisation est \u00e0 renoncer. S\u2019endeuiller pour mieux aimer. Et puis, trouvaille de Catherine Chabert, \u00ab&nbsp;en devenant l\u2019auteur de son fantasme &#8211; dont celui de la sc\u00e8ne primitive &#8211; l\u2019analysant accepte de renoncer \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, il accepte d\u2019en \u00eatre absent<sup>11<\/sup>&nbsp;\u00bb. Alors mieux vaut rester aux abords du Ch\u00e2teau, ni trop pr\u00e8s ni trop loin, quitte \u00e0 errer, ou plut\u00f4t arpenter au sens de continuer \u00e0 associer librement. Sauf qu\u2019\u00e0 ceci m\u00eame l\u2019inconscient met d\u2019habiles obstacles&nbsp;: laisser \u00e9merger un fantasme de d\u00e9sir n\u2019est parfois possible qu\u2019en le niant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le d\u00e9sir travesti<\/h2>\n\n\n\n<p>Incarn\u00e9e de fa\u00e7on spectaculaire dans la figure grammaticale de la n\u00e9gation, la r\u00e9sistance s\u2019y fait bouclier compact, instrument r\u00e9pandu \u00e0 usages multiples, dont celui de ne pas s\u2019entendre, soi et soi puis soi et l\u2019analyste. Certaines pens\u00e9es ne se laissent pas penser. \u00ab&nbsp;Nulle preuve plus forte de la d\u00e9couverte r\u00e9ussie de l\u2019inconscient que lorsque l\u2019analys\u00e9 y r\u00e9agit par cette phrase&nbsp;: cela je ne l\u2019ai pas pens\u00e9, ou \u00e0 cela je n\u2019ai jamais pens\u00e9&nbsp;\u00bb<sup>12<\/sup>. Travestissement du d\u00e9sir. Dans cette omnipotence du plaisir, fort \u00e0 d\u00e9mentir ce qui justement fait sens, on pourrait pourtant se perdre, se pi\u00e9ger et, au plus fort du combat, finalement renoncer \u00e0 toute forme de v\u00e9rit\u00e9. Pi\u00e8ge tendu \u00e0 l\u2019autre, quand ce qui se dit dans la cure veut dire aussi autre chose, quand m\u00eame l\u2019image de r\u00eave camoufle et d\u00e9guise. Mais ce que vise la n\u00e9gation, affirmation n\u00e9gative saisissant l\u2019analyste par surprise, n\u2019est-ce pas aussi le dessaisissement de l\u2019analyste&nbsp;? D\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 il est. Il s\u2019agit bien en effet de, comme le dit F\u00e9dida, \u00ab&nbsp;le dessaisir des sch\u00e8mes th\u00e9oriques pr\u00e9form\u00e9s dans sa perception et de mettre en pi\u00e8ces les repr\u00e9sentations port\u00e9es par sa parole&nbsp;\u00bb<sup>13<\/sup>. Priv\u00e9 un instant de la valeur de ses propres mots, per\u00e7us comme \u00e0 c\u00f4t\u00e9, l\u2019analyste est invit\u00e9 \u00e0 un \u00ab&nbsp;langage en \u00e9veil, une rupture de la pens\u00e9e habitu\u00e9e \u00e0 ses repr\u00e9sentations, un dessaisissement&nbsp;\u00bb<sup>14<\/sup>. Avec n\u00e9anmoins un sentiment de victoire&nbsp;: ce que vise la n\u00e9gation indique, certes en creux, autrement dit en n\u00e9gatif, ce qui justement tente de para\u00eetre une v\u00e9rit\u00e9 inconsciente. Aux soubassements, continument et silencieusement, des forces contraires s\u2019opposent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Plut\u00f4t mourir<\/h2>\n\n\n\n<p>La m\u00e9taphore imaginaire des deux topiques pour aborder l\u2019\u00e9nigme de la construction de l\u2019appareil psychique donne \u00e0 voir des instances distinctes et faussement s\u00e9par\u00e9es s\u2019observant avec hostilit\u00e9 ou au mieux m\u00e9fiance. La porosit\u00e9 des fronti\u00e8res donne complexit\u00e9 \u00e0 l\u2019affaire, les mati\u00e8res s\u2019entrem\u00ealent, m\u00eame celles qui touchent \u00e0 la vie sont envahies par celles qui touchent \u00e0 la mort. La mort serait le but d\u2019une pulsion. La neutralisation de l\u2019effet des pulsions destructrices tient de la lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>La grande Histoire est le th\u00e9\u00e2tre externe de luttes finalement intimes, venant aussi d\u00e9cupler du dehors la violence et l\u2019enjeu de la lutte au dedans. Charlotte Delbo, com\u00e9dienne lettr\u00e9e rescap\u00e9e des camps, donne \u00e0 voir combien la volont\u00e9 de r\u00e9sister \u00e0 l\u2019appel de ce retour \u00e0 un \u00e9tat ant\u00e9rieur de non-vie peut se briser au voisinage de la barbarie. Le ressort est fragile, enfoui et secret, \u00e0 peine perceptible. Le combat se situe ici contre un incommensurable d\u00e9sir de la mort, voir m\u00eame d\u00e9lice de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Une foule de femmes attend debout, \u00e0 peine v\u00eatues, immobiles et silencieuses des heures la nuit sans raison rationnelle. La pens\u00e9e a fui depuis longtemps&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne regardais rien. Je ne ressentais rien. J\u2019\u00e9tais un squelette de froid qui souffle dans tous ces gouffres que font les c\u00f4tes \u00e0 un squelette\u2026 Le froid nous d\u00e9v\u00eat. La peau cesse d\u2019\u00eatre cette enveloppe protectrice bien ferm\u00e9e qu\u2019elle est au corps, m\u00eame au chaud du ventre. Les poumons claquent dans le vent de glace. Du linge sur une corde. Le c\u0153ur est r\u00e9tr\u00e9ci de froid, contract\u00e9, contract\u00e9 \u00e0 faire mal, et soudain je sens quelque chose qui casse, l\u00e0, \u00e0 mon c\u0153ur. Mon c\u0153ur se d\u00e9croche de sa poitrine et de tout ce qui l\u2019entoure et le cale en place. Je sens une pierre qui tombe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de moi, tombe d\u2019un coup. Et un merveilleux bien \u00eatre m\u2019envahit. Comme on est bien, d\u00e9barrass\u00e9 de ce c\u0153ur fragile et exigeant. On se d\u00e9tend dans une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui doit \u00eatre celle du bonheur.<sup>15<\/sup>. Ainsi, une pulsion, au sens d\u2019une \u00ab&nbsp;organisation primitive sur laquelle le moi n\u2019a pas de prise&nbsp;\u00bb<sup>16<\/sup>, pousse \u00e0 mourir et y trouve une forme de jouissance. Mourir pour parvenir au degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019excitation. Traumatisme majeur de comprendre que la sensation de mourir est maintenant devenue moment de bonheur indicible. La plupart du temps cette destructivit\u00e9 originaire reste inconsciente. Elle surgit, v\u00e9ritable force pulsionnelle, lorsque le moi est r\u00e9duit \u00e0 l\u2019impuissance, inapte \u00e0 d\u00e9limiter, \u00e0 s\u00e9parer au-dedans les zones psychiques en conflit. D\u00e9sorganis\u00e9. La destruction est ainsi illimit\u00e9e, en \u00e9cho avec la destructivit\u00e9 machiav\u00e9lique des forces r\u00e9elles en pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>Stopp\u00e9e net par le cri de son pr\u00e9nom, la jeune femme enfin revient \u00e0 elle&nbsp;: une voix amie, celle de Viva, s\u2019interpose entre elle et sa jouissance mortelle. Appel\u00e9e puis gifl\u00e9e, finalement r\u00e9veill\u00e9e de force, Charlotte r\u00e9cup\u00e8re son corps en l\u2019\u00e9prouvant \u00e0 nouveau comme douloureux. Les organes se relient au-dedans les uns aux autres, solidarit\u00e9 oblig\u00e9e, l\u2019un n\u2019allant pas sans l\u2019autre. Le choc de la douleur et l\u2019appel par son nom ont reli\u00e9 ce qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9li\u00e9, l\u2019ont r\u00e9introduite dans le temps et l\u2019espace. Dans la vie survivante, fusse-t-elle impossible. Voix de l\u2019amie, en arri\u00e8re fond voix de la m\u00e8re, toujours. \u00ab&nbsp;Tout \u00e0 l\u2019heure je c\u00e9dais \u00e0 la mort. A chaque aube, la tentation\u2026 Je dis non&nbsp;\u00bb<sup>17<\/sup>. Dire non au pouvoir mourir. M\u00eame si, pour continuer le dialogue avec Green, \u00ab&nbsp;l\u2019union des processus de vie accro\u00eet le niveau des tensions&nbsp;\u00bb<sup>18<\/sup>. Retrouvant la vie, \u00e0 l\u2019\u00e9coute du c\u0153ur battant, Charlotte sait les distensions \u00e0 venir. La vie sans tension, c\u2019est la mort qui venait. <em>Eros<\/em> a r\u00e9sist\u00e9 en s\u2019opposant \u00e0 sa n\u00e9antisation, \u00ab&nbsp;contre-offensive vitale d\u00e9cisive&nbsp;\u00bb<sup>19<\/sup>. La libido narcissique, mobilis\u00e9e par l\u2019autre qui l\u2019appelle, veut se maintenir et refuse de dispara\u00eetre. Pers\u00e9v\u00e9rer dans son \u00eatre, unique but. Le narcissisme, noyau central des pulsions de vie, est le seul \u00e0 pouvoir exercer une r\u00e9sistance organis\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit des pulsions de mort. Un narcissisme non d\u00e9nu\u00e9 d\u2019objet interne&nbsp;: ici l\u2019imago de la m\u00e8re contenante et soutenante et, dans ce r\u00e9cit de l\u2019extr\u00eame, externe&nbsp;: la sommation \u00e0 vivre de l\u2019amie \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Preuve en est que la libido narcissique, autarcique, s\u2019affaiblit \u00e0 se couper de la libido objectale. Eloge enfin de la r\u00e9sistance, quand c\u2019est \u00e0 la mort qu\u2019elle s\u2019oppose. Cela s\u2019entend, la r\u00e9sistance est avant tout de transfert, au sens o\u00f9 elle est adress\u00e9e&nbsp;: son sens se trouve pris dans le lien \u00e0 l\u2019autre. Charlotte Delbo ne r\u00e9siste \u00e0 la mort que nomm\u00e9e, r\u00e9clam\u00e9e par la pr\u00e9sence limitante et ferme de son amie Viva. Seule elle se d\u00e9liait d\u2019elle-m\u00eame. L\u2019analysant ne r\u00e9siste qu\u2019\u00e0 partir ou au sujet de ce qui le lie \u00e0 l\u2019analyste et, bien au-del\u00e0, \u00e0 ses premiers objets d\u2019amour. Alors, \u00e0 s\u2019approcher des forces en pr\u00e9sence, on s\u2019approche du n\u0153ud central, de ce qui, justement, cherche \u00e0 se transformer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019ar\u00e8ne comme enceinte<\/h2>\n\n\n\n<p>Le lieu de la rencontre analytique est \u00e0 construire, non naturel. L\u2019enceinte est de cercle contenant et ferm\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 la contenance, se r\u00e9p\u00e8tent ou se d\u00e9couvrent des \u00e9prouv\u00e9s originaires. Ce qui s\u2019y vit ne peut se vivre qu\u2019ici et n\u2019en sort pas. L\u2019analyste reste le garant de l\u2019ar\u00e8ne, espace d\u2019expression de tous les arts, combustion du sens \u00e0 travers les images, pens\u00e9es, et r\u00eaves. Plus la cure dure, plus le patient se sert des fluctuations transf\u00e9rentielles et de la d\u00e9formation qu\u2019elles permettent. La r\u00e9\u00e9dition de la n\u00e9vrose infantile prend son temps, et c\u2019est en cela que la cure devient th\u00e9rapeutique. Quant aux effets de l\u2019interpr\u00e9tation de transfert, tout d\u00e9pend de la fiabilit\u00e9 des assises narcissiques&nbsp;: il la lui faut supportable et puis qu\u2019il se sache depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 connu de l\u2019analyste. Travail de fine dentelle. Rendre supportable une interpr\u00e9tation n\u2019est ni une entreprise rationnelle ni une s\u00e9duction l\u00e9nifiante et dou\u00e7\u00e2tre. Tout est une question de <em>ka\u00eeros<\/em> autrement dit le sens du temps opportun. Une cure sans interpr\u00e9tation reste frileuse, au sens, pour reprendre Bion, o\u00f9 nous ne sommes pas d\u2019accord pour que la situation reste statique, gel\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;En v\u00e9rit\u00e9, de ce point de vue, nous exer\u00e7ons une pression sur le patient pour qu\u2019il grandisse, qu\u2019il ne reste pas un b\u00e9b\u00e9, un patient, un n\u00e9vros\u00e9 ou un psychotique \u00e0 tout jamais&nbsp;\u00bb<sup>20<\/sup>. Il s\u2019agit bien l\u00e0 de faire na\u00eetre. Celui qui se tient ici attentif est d\u2019une forte pr\u00e9sence. L\u00e0 en premi\u00e8re ligne, en protection mais aussi en vigile actif, il mesure et entretient ses forces, tout en ne cessant d\u2019\u00e9prouver ses propres douleurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019ar\u00e8ne comme champ de conflits<\/h2>\n\n\n\n<p>La rencontre analyste-patient est pourtant aussi improbable que celle \u00ab&nbsp;d\u2019un ours et d\u2019une baleine<sup>21<\/sup>&nbsp;\u00bb, certes tous deux du genre animal mais \u00e9voluant si peu dans le m\u00eame milieu qu\u2019aucune circonstance ne pourrait en favoriser la rencontre. A moins qu\u2019au pays imaginaire les ours sachent rencontrer les baleines. Alors ce serait dans un autre espace&nbsp;: ni la mer, ni la for\u00eat de Sib\u00e9rie, \u00e0 eux de voir. Alt\u00e9rit\u00e9s aux antipodes l\u2019une de l\u2019autre, ces deux-l\u00e0 ont fort \u00e0 faire pour y parvenir. Ainsi, v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;coup de force&nbsp;\u00bb<sup>22<\/sup> de l\u2019analyste, l\u2019instauration du cadre analytique plonge le sujet dans une exp\u00e9rience in\u00e9dite, en pleine ar\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de traitement analytique sans s\u00e9duction d\u2019une part, r\u00e9veil puis utilisation des motions hostiles d\u2019autre part, tous deux mati\u00e8re et moteur de la r\u00e9sistance &#8211; tout d\u00e9pend bien s\u00fbr de la quantit\u00e9 &#8211; creuset et activation des forces de r\u00e9pulsion, autrement dit de refoulement.<sup>23<\/sup>&nbsp;\u00bb, sauf qu\u2019\u00e0 cet amour intense \u00ab&nbsp;il est interdit \u00e0 l\u2019analyste de c\u00e9der<sup>24<\/sup>&nbsp;\u00bb. L\u00e0 encore des termes de combat. Quant \u00e0 la haine, elle se tapit, toujours&nbsp;: haine du patient \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses figures primordiales mais rejou\u00e9e dans l\u2019actualit\u00e9 de la cure et haine objective et pr\u00e9alable de l\u2019analyste pour le patient, par analogie avec celle de la m\u00e8re pour le nouveau-n\u00e9. Il est arriv\u00e9 \u00e0 Freud de vouloir activer la survenue puis l\u2019\u00e9vocation des mouvements transf\u00e9rentiels, de les infl\u00e9chir, de les orienter, de les renforcer, au risque cependant d\u2019en accro\u00eetre le versant d\u2019opposition et en cela de r\u00e9sistance. \u00ab&nbsp;Il faut d\u00e9terrer le caract\u00e8re infantile du patient&nbsp;\u00bb d\u00e9crit comme \u00ab&nbsp;grossier, faux, r\u00e9volt\u00e9, simulateur&nbsp;\u00bb, le faire \u00ab&nbsp;plier&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;lui jeter l\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 la figure<sup>25<\/sup>&nbsp;\u00bb. L\u2019acm\u00e9 du combat reste la r\u00e9action th\u00e9rapeutique n\u00e9gative, celle qui pousse \u00e0 ses plus intenses extr\u00e9mit\u00e9s le lien dans sa recherche \u00e0 le d\u00e9sanimer. La rencontre analytique doit rester froide et donner \u00e0 voir un sujet toujours taraud\u00e9 par ses d\u00e9mons&nbsp;: il a mal avant, pendant et apr\u00e8s la s\u00e9ance, alors, \u00e0 quoi bon&nbsp;? L\u2019analyste laisse partir ou tient bon&nbsp;: pour lui le processus n\u2019est autre que celui de la sublimation, au sens de pulsions d\u00e9tourn\u00e9es quant au but, quand il ne s\u2019agit ni d\u2019aimer ni de ha\u00efr pour de vrai l\u2019allong\u00e9, mais d\u2019\u00eatre \u00e9clair\u00e9, \u00e0 partir m\u00eame de ces \u00e9prouv\u00e9s r\u00e9v\u00e9lateurs, sur ce qui l\u2019habite et qu\u2019en retour celui-ci tente de lui faire vivre. La revendication, fr\u00e9quente aujourd\u2019hui, de souplesse du cadre &#8211; idem pour l\u2019accent mis sur l\u2019empathie &#8211; irait \u00ab&nbsp;dans le sens d\u2019un \u00e9vitement de cette part de haine, fondatrice de la situation analytique&nbsp;\u00bb<sup>26<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce non \u00e0 l\u2019analyse, \u00e0 suivre la th\u00e8se de Catherine Chabert, pourrait \u00eatre un non au sexuel, celui qui \u00ab&nbsp;r\u00e9veille les r\u00eaves, alimente l\u2019attente, cherche la rencontre dans l\u2019effervescence pulsionnelle et l\u2019\u00e9blouissement de l\u2019amour<sup>27<\/sup>&nbsp;\u00bb. Puisqu\u2019en effet, gr\u00e2ce au d\u00e9ploiement transf\u00e9rentiel qui leur conf\u00e8re un caract\u00e8re d\u2019actualit\u00e9, \u00ab&nbsp;les \u00e9mois amoureux secrets et oubli\u00e9s des patients<sup>28<\/sup>&nbsp;\u00bb trouvent ici \u00e0 se d\u00e9ployer. Et si c\u2019est \u00e0 l\u2019amour que la haine s\u2019intrique, l\u2019une porte l\u2019autre et d\u00e8s lors que le lien n\u2019est pas rompu, leur enchev\u00eatrement si possible se travaille encore. Ainsi, toujours, <em>Eros<\/em> sur fond de <em>Thanatos<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La r\u00e9sistance, levier du traitement<\/h2>\n\n\n\n<p>Les protagonistes peuvent faire semblant de ne pas se voir vraiment, ou plut\u00f4t de ne pas percevoir ce qui se tait et pourtant se sent et fuit dans un regard un peu langoureux ou tendu, un soupir prolong\u00e9, un fr\u00e9tillement des pieds sur le divan, un trop long silence, une poign\u00e9e de main singuli\u00e8re. On attend, l\u00e9g\u00e8rement inquiet, parfois aux abois&nbsp;: \u00e0 partir de ces l\u00e9gers signes, quand le lion va-t-il rugir et puis bondir&nbsp;? Et puis, pour peu que les liens originaires soient abim\u00e9s, et c\u2019est le plus souvent, \u00e0 qui le tour maintenant d\u2019\u00eatre l\u2019objet de toutes les passions, d\u00e9sillusions, frustrations, rages ou autres \u00e9prouv\u00e9s originaires toujours aussi intenses&nbsp;? Freud l\u2019exp\u00e9rimente avec Dora, le transfert s\u2019inscrit dans une continuit\u00e9, nouvelle cr\u00e9ation d\u2019une maladie cependant toujours d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 et dont l\u2019analyste doit deviner la teneur pour mieux la combattre&nbsp;: le transfert ne devient levier pour le traitement que si l\u2019on parvient \u00e0 \u00ab&nbsp;le deviner chaque fois et \u00e0 en traduire le sens au malade&nbsp;\u00bb<sup>29<\/sup>. Plus encore, r\u00e9soudre les tensions transf\u00e9rentielles ouvre \u00e0 la sensation de conviction et d\u2019\u00e9lation propres \u00e0 certaines interpr\u00e9tations ou reconstructions&nbsp;: cette prime de plaisir n\u2019est pas n\u00e9gligeable.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, \u00e0 partir de cette r\u00e9sistance muette, mais pressentie, l\u2019analyste avance sur un fil&nbsp;: une fausse man\u0153uvre et\u2026&nbsp;? En certains cas, pas toujours cependant, il peut se faire confiance et se lancer&nbsp;: faire advenir une chose objective, tangible, de mani\u00e8re \u00e0 en faire un objet d\u2019interpr\u00e9tation. Tendre la perche. Aller au-devant de l\u2019expression de la r\u00e9sistance, \u00e0 tout le moins laisser le champ suffisamment ouvert pour que l\u2019analysant plonge dans l\u2019ar\u00e8ne, au sens d\u2019oser dire \u00e0 l\u2019analyste qu\u2019il est lui-m\u00eame, en personne, l\u2019objet de sa lutte. C\u2019est \u00e0 partir des failles et faillites de l\u2019analyste, des attentes d\u00e9\u00e7ues \u00e0 son sujet, ainsi dites \u00e0 haute voix, que le patient rejoue puis d\u00e9passe ses douleurs encloses. Lorsqu\u2019enfin la figure de l\u2019analyste entre sur la sc\u00e8ne du r\u00eave, le processus s\u2019assouplit et trouve tout seul son propre chemin. Interpr\u00e9ter la r\u00e9sistance n\u2019est ainsi possible que si elle se donne \u00e0 voir, \u00e0 sentir et puis \u00e0 dire. Elle ne peut \u00eatre travaill\u00e9e puis d\u00e9pass\u00e9e que si elle appara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de la r\u00e9sistance et de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition<sup>30<\/sup> qui en est l\u2019\u00e9nergie, fait de la cure un processus de transformation. A l\u2019analyste de jouer le jeu sans prendre au mot et \u00e0 la lettre ces \u00ab&nbsp;je vous aime&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;je vous hais&nbsp;\u00bb murmur\u00e9s du divan ou bien travestis en sc\u00e9narios de r\u00eaves. Un jeu de \u00ab&nbsp;gladiateurs de la pens\u00e9e&nbsp;\u00bb<sup>31<\/sup>, incarn\u00e9 et v\u00e9cu dans ce corps \u00e0 corps inou\u00ef et in\u00e9dit de deux psych\u00e9s en pr\u00e9sence malgr\u00e9 &#8211; ou gr\u00e2ce \u00e0 &#8211; l\u2019asym\u00e9trie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Texte paru dans sa version clinique dans S. Fos Falque, <em>Une force contre une autre force, \u00e9loge de la r\u00e9sistance inconsciente<\/em>, in Dire Non, Revue Imaginaire et inconscient, Edition Esprit du temps, Juin 2015. Version largement revue et modifi\u00e9e ici.<\/li><li>\u00ab\u00a0Le transfert, cette sorte d\u2019ar\u00e8ne\u00a0\u00bb, S. Freud in <em>Cinq psychanalyse<\/em>, Dora.<\/li><li>S. Freud, <em>La question de l\u2019analyse profane<\/em>, Paris, Gallimard, 1985.<\/li><li>\u00ab\u00a0Il ne peut y avoir transfert, transposition progressive et \u00e9volutive du spectre de l\u2019ensemble des relations d\u2019objet du patient, sans que l\u2019attitude profonde de l\u2019analyste le permette\u00a0\u00bb, in Michel Neyraut, <em>Le transfert<\/em>, Paris, Puf, 1998, p. 31.<\/li><li>W. R. Bion, <em>S\u00e9minaires cliniques<\/em>, Paris, Ithaque, 2008, p. 30.<\/li><li>J. S\u00e9dat, \u00ab\u00a0Freud, l\u2019invention de la cure analytique\u00a0\u00bb, in <em>Etudes<\/em>, Paris, Sept 2010, p. 199.<\/li><li>Voir S. Fos Falque, <em>La chair des \u00e9motions<\/em>, Paris, Cerf, Avril 2014.<\/li><li>M. Robert, <em>L\u2019ancien et le nouveau, de Don Quichotte \u00e0 Kafka<\/em>, Paris, Petite Biblioth\u00e8que Payot, 1967, p. 277.<\/li><li><em>Ibid.<\/em> p. 278<\/li><li>F. Kafka, <em>Le ch\u00e2teau<\/em>, Paris, Folio, 1938, p. 147.<\/li><li>C. Chabert, <em>Le f\u00e9minin m\u00e9lancolique<\/em>, Paris, Puf, p. 116.<\/li><li>S. Freud, \u00ab\u00a0La n\u00e9gation\u00a0\u00bb (1925), dans <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em>, Paris, PUF, 1985, p. 135.<\/li><li>P. F\u00e9dida, <em>Crise et contre-transfert<\/em>, Paris, Puf 1992, p. 112.<\/li><li><em>Ibid<\/em>. p. 113.<\/li><li>C. Delbo, <em>Aucun de nous ne reviendra<\/em>, Paris, Ed. de Minuit, 1970, p. 102-103.<\/li><li>A. Green, <em>Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort\u00a0?<\/em> Paris, Ithaque, 2010, p. 147.<\/li><li><em>Ibid.<\/em> p. 107.<\/li><li>A. Green, <em>Ibid<\/em>. p. 32.<\/li><li><em>Ibid<\/em>. p. 38.<\/li><li>W. R. Bion, <em>S\u00e9minaires cliniques<\/em>, Ithaque, 2008, p. 7.<\/li><li>S. Freud, <em>Le\u00e7ons d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>, chapitre 14.<\/li><li>P. Denis, <em>Rives et d\u00e9rives du contre-transfert<\/em>, Paris, PUF, 2010, p. 12.<\/li><li>S. Freud, \u00ab\u00a0Observations sur l\u2019amour de transfert\u00a0\u00bb, in <em>La technique psychanalytique<\/em>, Paris, Puf 1992, p. 127.<\/li><li><em>Ibid<\/em>. p. 129. Plus encore\u00a0: \u00ab\u00a0Le psychanalyste sait bien qu\u2019il manipule les mati\u00e8res les plus explosives\u2026mais ne craint pas de manipuler les \u00e9mois psychiques les plus dangereux\u2026\u00a0\u00bb, p. 130.<\/li><li>S. Freud, \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Fliess du 25 Mai 1897\u00a0\u00bb, in <em>Naissance de la psychanalyse<\/em>, Paris, Puf, 1979, p. 179-182.<\/li><li>P. Denis, <em>Ibid<\/em>. p. 15<\/li><li>C. Chabert, <em>Ibid.<\/em> p. 60.<\/li><li>S. Freud, \u00ab\u00a0La dynamique du transfert\u00a0\u00bb (1912), in <em>La technique psychanalytique<\/em>, Paris, Puf, 1992, p. 60.<\/li><li>S. Freud, <em>Dora<\/em>, in <em>Cinq psychanalyses<\/em>, Puf, Paris, 1954, p. 88.<\/li><li>Cf. Bion \u00ab\u00a0Vous pouvez aller \u00e0 une conf\u00e9rence sur la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, ou lire \u00e0 ce sujet, mais reconna\u00eetre l\u2019animal quand on le voit dans l\u2019analyse, ce n\u2019est pas du tout \u00e9vident\u00a0\u00bb, <em>S\u00e9minaires cliniques<\/em>, p. 73.<\/li><li>Jacques S\u00e9dat, <em>Ibid.<\/em> p. 199.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10316?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019ar\u00e8ne, une force contre une autre force, ceci est \u00e0 peine une provocation. L\u2019ar\u00e8ne2 serait celle du transfert avec, en son sein, un maelstrom de forces, de celles qui non pas s\u2019annulent mais se font exister. 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