{"id":10312,"date":"2021-08-22T07:31:47","date_gmt":"2021-08-22T05:31:47","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/changer-de-peau-a-ladolescence-2\/"},"modified":"2021-09-15T14:41:27","modified_gmt":"2021-09-15T12:41:27","slug":"changer-de-peau-a-ladolescence","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/changer-de-peau-a-ladolescence\/","title":{"rendered":"Changer de peau \u00e0 l&rsquo;adolescence"},"content":{"rendered":"<h2>Changer de peau<\/h2>\n<p>La peau est toujours anthropologiquement un lieu de vuln\u00e9rabilit\u00e9 car elle incarne la souverainet\u00e9 de l\u2019individu face aux autres et \u00e0 son environnement. Il est l\u00e0 o\u00f9 se tient son corps et les limites de sa peau en sont la fronti\u00e8re. Dans maintes soci\u00e9t\u00e9s humaines, les d\u00e9chets corporels (sang, ongles, cheveux, sperme, excr\u00e9ments, etc.) sont des \u00e9l\u00e9ments de danger et de pouvoir aux mains de qui s\u2019en empare. Ce sont des m\u00e9tonymies de la personne, elles sont des chemins qui m\u00e8nent \u00e0 elle. Souvent les pouvoirs sorciers ou chamaniques se constituent par le fait de franchir les limites symboliques du corps\u00a0: faire couler du sang, manger de la chair humaine ou d\u2019un animal prohib\u00e9, commettre l\u2019inceste, etc. En allant outre les fronti\u00e8res famili\u00e8res du corps, \u00e0 travers sa transgression le sorcier ou le chaman fabriquent une puissance \u00e0 son usage qui le d\u00e9tache d\u00e9sormais de la condition humaine ordinaire. Or, l\u2019efficacit\u00e9 qu\u2019on leur pr\u00eate est \u00e9galement celle de manipuler les limites corporelles de ceux qui viennent \u00e0 eux. Toutes les marges sont dangereuses (Douglas, 1981).<\/p>\n<p>Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations particuli\u00e8rement \u00e9prouvent la n\u00e9cessit\u00e9 de contr\u00f4ler leur limite personnelle pour demeurer en prise sur leur existence. Elles connaissent une m\u00e9tamorphose physique qui les pr\u00e9occupe, d\u2019autant que le regard port\u00e9 sur elles par leur environnement social change de tonalit\u00e9. Elles sont toujours en qu\u00eate de limites de sens pour exister de mani\u00e8re propice. La peau est la premi\u00e8re incarnation de la fronti\u00e8re. Elle est le lieu de toutes les d\u00e9couvertes et de tous les dangers, \u00e0 la fois poison et rem\u00e8de comme le rappelle l\u2019\u00e9tymologie du <em>pharmakon<\/em>. En agissant sur elle sous une forme ou sous une autre, il cherche \u00e0 agir sur son existence.<\/p>\n<p>La peau enveloppe la personne, elle dresse ses fronti\u00e8res existentielles. G\u00e9ographie singuli\u00e8re en ce qu\u2019elle est unique avec ses formes, sa consistance, ses cicatrices, ses nuances de couleur, elle \u00e9tablit une fronti\u00e8re vivante et poreuse entre soi et l\u2019autre, le dedans et le dehors, l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur. Lieu de contact, porte symbolique, elle est ouverture ou fermeture au monde selon les circonstances affectives, m\u00e9moire d\u2019\u00e9v\u00e9nements biographiques. Pour le meilleur ou pour le pire, on comprend en quoi elle est un enjeu majeur des processus adolescents. Enveloppe narcissique \u00e0 la fois mat\u00e9rielle et fluide, elle distingue le moi psychique du moi corporel et elle est d\u2019autant plus investie par l\u2019adolescent qu\u2019elle est le lieu visible et sensible de sa diff\u00e9rence. Nourrie d\u2019\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, elle procure le plaisir ou la douleur selon les potentialisations dont elle est l\u2019objet du fait de l\u2019entourage affectif, mais surtout de ce que le jeune fait de ces influences. Instance de maintenance du psychisme, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019enracinement du sentiment de soi au sein d\u2019un corps qui individualise, elle exerce aussi une fonction de contenance, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019amortissement des tensions venant du dehors ou du dedans.<\/p>\n<p>Si elle ne remplit pas ce r\u00f4le, elle procure un sentiment de fragilit\u00e9, d\u2019absence de protection face \u00e0 l\u2019\u00e2pret\u00e9 de l\u2019environnement. Elle est d\u2019autant plus vuln\u00e9rable chez l\u2019adolescent en porte-\u00e0-faux avec son existence et mal dans sa peau. Elle donne le ressenti des limites de sens qui autorisent ou non \u00e0 se sentir port\u00e9 par son existence. Offerte au regard et au pouvoir des autres, elle expose \u00e0 leurs jugements. Elle incarne le partage entre le priv\u00e9 et le public. Mais le passage heureux entre ces deux dimensions qui alimentent la fluidit\u00e9 de la vie quotidienne implique un solide \u00e9tayage pour se donner un cadre, des limites propices, car il n\u2019y a jamais de moi sans l\u2019autre. Elle le prot\u00e8ge des agressions de l\u2019environnement mais en m\u00eame temps elle en d\u00e9voile les failles. Elle incarne la souverainet\u00e9 de l\u2019individu mais elle signale ses blessures intimes. Elle est l\u2019espace privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019\u00e9rotisation, la condition de l\u2019exp\u00e9rience du monde environnant. Mais parfois de son \u00e9loignement, de sa mise \u00e0 distance. Et de surcro\u00eet, la mati\u00e8re m\u00eame de la tendresse, de l\u2019amour ou de leur absence, ou encore de la haine de soi.<\/p>\n<p>L\u2019adolescence est bien le temps d\u2019un changement de peau, une volont\u00e9 de se d\u00e9faire de ses anciens oripeaux pour faire peau neuve. On comprend que le corps soit un lieu intense de d\u00e9lib\u00e9ration intime, de tensions pour un jeune qui est au c\u0153ur du passage. Pour le meilleur et pour le pire, il exerce sur son corps une attention v\u00e9tilleuse dans le sentiment que les autres le jugent sur son apparence. Ind\u00e9pendamment de ses fonctions et de sa physiologie, la peau refl\u00e8te en permanence une valeur relationnelle. En tant que surface toute enti\u00e8re \u00e9rog\u00e8ne, elle ne cesse de cristalliser du sens dans le rapport \u00e0 soi et \u00e0 l\u2019autre. Elle est en effet aussi l\u2019organe du contact, dans le double sens du terme\u00a0: le sens du toucher mais aussi et surtout la qualit\u00e9 de la relation \u00e0 l\u2019autre. De mani\u00e8re \u00e9l\u00e9mentaire on est <em>bien ou mal dans sa peau<\/em>. On <em>touche<\/em> quelqu\u2019un en suscitant son \u00e9motion. On le <em>caresse dans le sens du poil<\/em>, on s\u2019efforce de <em>prendre des gants<\/em> pour ne pas le <em>heurter<\/em>, certaines personnes <em>se prennent avec des pincettes<\/em> ou <em>se manient<\/em> avec prudence, elles sont <em>chatouilleuses<\/em>, elles exigent des <em>gants de velours<\/em>, d\u2019autres ont la <em>peau dure<\/em> ou sont <em>\u00e9pais<\/em>, \u00e0 moins qu\u2019ils n\u2019<em>en tiennent une couche<\/em>. En revanche, l\u2019amour marque le fait d\u2019<em>avoir quelqu\u2019un dans la peau<\/em>. D\u2019innombrables termes sollicitent le vocabulaire du toucher pour dire les modalit\u00e9s de la rencontre, la qualit\u00e9 du <em>contact<\/em> avec autrui, ils d\u00e9bordent la seule r\u00e9f\u00e9rence tactile pour dire le sens de l\u2019interaction. Une sorte d\u2019inconscient de la langue insiste sur le fait que l\u2019\u00e9tat de la peau est un indice de l\u2019\u00e9tat psychique, un r\u00e9v\u00e9lateur du rapport au monde, elle mesure la qualit\u00e9 de contact.<\/p>\n<p>Tout ce qui vient \u00e9roder les limites, les titiller, accentue le sentiment de soi de l\u2019enfant. Winnicott l\u2019observait d\u00e9j\u00e0 au regard des maladies de peau\u00a0: \u00ab\u00a0Un enfant qui arrive \u00e0 peine \u00e0 sentir que son corps et lui ne font qu\u2019un s\u2019int\u00e9resse \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 tout ce qui accro\u00eet son sentiment corporel et tire parfois profit d\u2019une gale ou d\u2019une irritation cutan\u00e9e (Winnicott, 1996). L\u2019irritation cutan\u00e9e chronique renforce les limites de soi, elle compense les failles de l\u2019environnement, elle donne un corps \u00e0 l\u2019enfant et \u00e9taye son existence de sujet. Au-del\u00e0 de ces limites r\u00e8gnent le chaos de la d\u00e9personnalisation et en de\u00e7\u00e0 le risque de l\u2019intrusion du monde ext\u00e9rieur. Un tel sympt\u00f4me est polys\u00e9mique, il signale une souffrance, et appelle un contact, l\u2019amour de la m\u00e8re, il est aussi une mani\u00e8re de se stimuler soi \u00e0 d\u00e9faut d\u2019une reconnaissance maternelle, mais aussi une mani\u00e8re radicale de r\u00e9tablir les limites de soi que l\u2019autre est d\u00e9faillant \u00e0 donner. Jean-Marie Gauthier voit dans la dermatite atopique du b\u00e9b\u00e9 une rupture des rythmes de soin de la m\u00e8re \u00e0 son \u00e9gard, une impossibilit\u00e9 de s\u2019ajuster \u00e0 leur incoh\u00e9rence. L\u2019enfant n\u2019est pas pris dans une relation affective mais plut\u00f4t hygi\u00e9nique sans que ses demandes soient prises en consid\u00e9ration (Gauthier, 1993). L\u2019aire transitionnelle que m\u00e9nage la peau et qui alimente le jeu de vivre exige une attention v\u00e9tilleuse pour l\u2019enfant ou l\u2019adolescent justement mal dans sa peau et qui peine \u00e0 l\u2019habiter. Exister implique de rester dans son corps, ni plus ni moins, en maintenant le r\u00e9el \u00e0 sa place. Sinon, les failles narcissiques peuvent alt\u00e9rer la peau justement comme instance symbolique d\u2019un mauvais contact. Didier Anzieu le rappelle, le moi-peau exerce une fonction de maintenance et de contenance, au plan symbolique ou r\u00e9el (1985).<\/p>\n<p>Le corps est une mati\u00e8re premi\u00e8re de la fabrique d\u2019identit\u00e9, il se mue en un champ de bataille pour acc\u00e9der \u00e0 soi ou se d\u00e9faire de sa souffrance. Il est l\u2019autre le plus proche, mais \u00e0 port\u00e9e de main, et \u00e0 apprivoiser \u00e0 cause de ses transformations et des attitudes de l\u2019entourage et du regard des autres dans l\u2019espace public. D\u2019o\u00f9 pour l\u2019adolescent son surinvestissement comme porte-parole de soi, porte-identit\u00e9. Les tentatives du jeune sont nombreuses pour contr\u00f4ler quelque chose de ce corps qui se d\u00e9robe \u00e0 lui \u00e0 travers tatouages, piercings, style de coiffure, de v\u00eatements, maquillage, recherche d\u2019un look sp\u00e9cifique, r\u00e9gimes alimentaires, pratiques sportives intensives, etc. (Le Breton, 2007). Mani\u00e8re symbolique de signer son corps comme lui appartenant en se d\u00e9tachant doucement des parents pour se reconstruire un corps sous l\u2019influence des pairs. (Le Breton, 2003). Ces pratiques donnent une prise rassurante qui l\u2019emp\u00eache de se perdre. La peau est alors une sc\u00e8ne pour susciter la reconnaissance des autres, essentiellement celle des pairs. En modifiant son apparence, il fait de sa peau une sc\u00e8ne o\u00f9 il projette une identit\u00e9 provisoire ou durable en qu\u00eate de son personnage. Outil d\u2019exp\u00e9rimentation de soi, d\u2019exploration des personnages qu\u2019il aimerait \u00eatre, le corps n\u2019est pas seulement pour soi, mais aussi \u00e0 destination d\u2019autrui, et souvent, pour l\u2019adolescent, il est surtout le lieu que jugent et s\u2019approprient les autres. Il se sent coll\u00e9 \u00e0 leur regard et transparent au jugement. D\u2019o\u00f9 le surinvestissement de la surface de soi comme support premier d\u2019identit\u00e9 et de contr\u00f4le de ce qu\u2019il entend donner \u00e0 penser sur lui. Identit\u00e9 corporelle et identit\u00e9 psychique ne se disjoignent jamais, elles alimentent l\u2019identit\u00e9 de soi ou plut\u00f4t le sentiment de soi \u00e0 un moment donn\u00e9, puisque justement ce sentiment change au fil des temps et des circonstances, il est d\u2019abord la cons\u00e9quence de l\u2019histoire que le jeune se raconte \u00e0 son propos.<\/p>\n<h2>Mal dans sa peau ou la peau sans contenance<\/h2>\n<p>La peau est une m\u00e9tonymie du Moi, un r\u00e9v\u00e9lateur de ses tensions et de ses plaisirs. Elle est une fronti\u00e8re \u00e9corch\u00e9e vive si les limites symboliques entre soi et les autres, entre le monde interne et la r\u00e9alit\u00e9 sociale sont brouill\u00e9es car alors elle enferme dans une identit\u00e9 insupportable dont le jeune voudrait se d\u00e9pouiller. Le corps est alors \u00e0 l\u2019image d\u2019une prison, il impose une repr\u00e9sentation p\u00e9nible de soi. Les blessures corporelles d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es sont justement des tentatives d\u2019en sortir. Elles sont paradoxalement des instances de r\u00e9paration.<\/p>\n<p>La peau est particuli\u00e8rement sollicit\u00e9e quand les limites de sens entre le monde et soi sont floues entre le sentiment de soi et le r\u00e9el ext\u00e9rieur, entre le pr\u00e9sent et l\u2019id\u00e9al, ou dans une relation duelle entre le moi psychique et le moi corporel. Quand tout se d\u00e9robe autour de soi, il ne reste que le corps auquel s\u2019accrocher pour ne pas dispara\u00eetre. Instance de r\u00e9gulation, \u00ab\u00a0objet transitionnel\u00a0\u00bb malmen\u00e9 pour supporter l\u2019\u00e2pret\u00e9 des circonstances, il est un recours pour s\u2019agripper au r\u00e9el et ne pas sombrer. Le sentiment de dissolution de soi que l\u2019adolescent \u00e9prouve, l\u2019am\u00e8ne \u00e0 se jeter contre son corps pour toucher enfin une limite, conjurer la chute dans le vide. Son ressenti traduit l\u2019\u00ab\u00a0agonie primitive\u00a0\u00bb ou l\u2019\u00ab\u00a0angoisse impensable\u00a0\u00bb d\u00e9crite par Winnicott (1975). Le manque d\u2019un environnement soutenant en soi et au dehors am\u00e8ne \u00e0 la recherche d\u2019un cran d\u2019arr\u00eat de la chute \u00e0 travers l\u2019incision corporelle. Au moment o\u00f9 elle est effectu\u00e9e, la blessure instaure une sorte de lieu sensible de contenance que renforcent ensuite la trace laiss\u00e9e sur la peau et l\u2019\u00e9ventuelle n\u00e9cessit\u00e9 des soins. La vue des cicatrices r\u00e9conforte le jeune, lui rappelle qu\u2019il dispose d\u2019un moyen pour repousser les assauts de l\u2019affect, et elle le rassure sur ses fronti\u00e8res. Une fois hors de la zone de turbulence, quand il cesse de se scarifier, les cicatrices sont investies diff\u00e9remment d\u2019un jeune \u00e0 un autre. Pour les uns, leur vue est insupportable car elle rappelle des moments trop douloureux, dont l\u2019impact ne s\u2019est pas encore tout \u00e0 fait dissip\u00e9. Pour d\u2019autres, elles sont les troph\u00e9es d\u2019une p\u00e9riode p\u00e9nible mais qu\u2019ils ont r\u00e9ussi \u00e0 surmonter.<\/p>\n<p>Les attaques \u00e0 son \u00e9gard (scarifications, abrasions, br\u00fblures, coups, etc.), les maltraitances (anorexie, boulimie, etc.) ou la recherche de sensations brutales sont des moyens de continuer \u00e0 s\u2019arrimer au r\u00e9el, de le ressentir par corps quand il ne se donne pas par sens. Elles ne sont pas l\u2019indice d\u2019une volont\u00e9 de se d\u00e9truire ou de mourir. Au contraire, elles bricolent du sens sur le corps pour continuer \u00e0 exister (Le Breton, 2004\u00a0; 2007). Elles s\u2019opposent \u00e0 la souffrance et manifestent un essai de restauration de soi. Pour reprendre le contr\u00f4le, le jeune cherche \u00e0 se faire mal, mais pour avoir moins mal. Il sacrifie une part de soi pour sauvegarder quelque chose de son ancrage au monde. Les attaques au corps sont d\u2019abord une attaque contre les significations qui s\u2019y attachent. Elles concernent des jeunes souffrant d\u2019un d\u00e9sinvestissement de soi, d\u2019une incertitude sur les fronti\u00e8res de leur psychisme et de leur corps, de leur r\u00e9alit\u00e9 et de leur id\u00e9al, de ce qui d\u00e9pend d\u2019eux et des autres du fait de parents incestueux, mal-aimants, maltraitants ou absents. Leur corps ne leur offre pas de contenance. Parfois des \u00e9v\u00e9nements d\u00e9clencheurs se situent hors du contexte familial (harc\u00e8lement, abus sexuels, peine de c\u0153ur, etc.), mais leur force d\u2019impact d\u00e9borde l\u2019enveloppe de protection familiale. Cette derni\u00e8re est bris\u00e9e par l\u2019inceste ou les abus sexuels au sein de la famille. Ceux qui se blessent ainsi sont des \u00e9corch\u00e9s vifs, c\u2019est-\u00e0-dire des \u00e9corch\u00e9s du sens, sans d\u00e9fense contre les blessures inflig\u00e9es par les autres. Ils vivent les d\u00e9ceptions avec intensit\u00e9, sans recul. Ils ont le sentiment de ne pas \u00eatre tout \u00e0 fait r\u00e9els, de n\u2019habiter ni leur corps ni leur existence. De m\u00eame quand les enveloppes familiale et scolaire qui incarnent les peaux sociales du jeune sont d\u00e9faillantes, elles sont l\u2019objet d\u2019attaques \u00e0 leur \u00e9gard, mais lui-m\u00eame ne s\u2019\u00e9pargne pas.<\/p>\n<h2>Attaquer son corps<\/h2>\n<p>Ces blessures d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es poss\u00e8dent une signification pleine, incarnent un langage lat\u00e9ral quand la parole suffoque \u00e0 dire son d\u00e9sarroi. Le corps est toujours signifiant, il ne s\u2019oppose nullement \u00e0 la parole. Il dit \u00e0 sa mani\u00e8re les tensions int\u00e9rieures. Interrog\u00e9, l\u2019adolescent(e) qui s\u2019entaille en explique les raisons, parle de son soulagement apr\u00e8s la blessure et de son malaise \u00e0 recourir \u00e0 une telle diversion. Mais il dit aussi ne pas avoir d\u2019autres moyens de reprendre le contr\u00f4le sur la violence des affects ressentis. Les mots sont parfois impuissants devant la force des significations attach\u00e9es aux \u00e9v\u00e9nements, et le passage par le corps devient alors la seule issue possible pour ne plus suffoquer. Les blessures volontaires absorbent justement ce reste que les mots ne saisissent pas. Le jeune ext\u00e9riorise quelque chose de son chaos int\u00e9rieur en le fixant sur son corps afin d\u2019y voir plus clair, il met en acte une impossibilit\u00e9 de transformer les choses. Dire un inceste, l\u2019indiff\u00e9rence de la m\u00e8re, l\u2019abandon du p\u00e8re, par exemple, ne suffisent pas \u00e0 en effacer la douleur. Nombre des adolescents qui s\u2019entaillent insistent sur ce point. Longtemps la parole n\u2019a aucune puissance d\u2019absorption du trauma ou de leur peine. Et puis, au fil du temps vient un moment o\u00f9 la parole cristallise toute la souffrance accumul\u00e9e devant quelqu\u2019un \u00e0 l\u2019\u00e9coute et surtout en r\u00e9sonance.<\/p>\n<p>L\u2019attaque au corps est une tentative de contr\u00f4le, elle n\u2019est nullement une \u00e9chapp\u00e9e sauvage, elle est ma\u00eetris\u00e9e \u00e0 l\u2019insu du jeune qui n\u2019attaque pas son visage ou ses yeux, ni son sexe, et sait jusqu\u2019o\u00f9 aller trop loin, par exemple pour ne pas rendre visible ses blessures et attirer l\u2019attention sur lui. De surcro\u00eet, elles sont souvent incluses dans des ritualit\u00e9s intimes, priv\u00e9es, dans la discr\u00e9tion d\u2019une chambre ou d\u2019une salle de bain, souvent dans un accompagnement musical, une bougie, etc. En revanche quand le jeune passe outre et s\u2019en prend \u00e0 ces lieux du corps qui cristallisent le sentiment d\u2019identit\u00e9 alors il t\u00e9moigne d\u2019une souffrance intense, o\u00f9 il est proche d\u2019une d\u00e9rive psychotique. Elle est un outil pour contr\u00f4ler un univers int\u00e9rieur douloureux qui \u00e9chappe encore et pour \u00e9laborer une relation moins confuse entre soi et l\u2019autre en soi. En ce sens, loin d\u2019\u00eatre des passages \u00e0 l\u2019acte comme le disent certains psychanalystes, elles sont des actes de passage (Le Breton, 2005\u00a0; 2007), elles s\u2019opposent \u00e0 la virulence des affects. Gr\u00e2ce \u00e0 elles, l\u2019\u00e9tau de la souffrance se desserre et le jeune reprend son souffle. Elles autorisent un passage, une transition. Elles offrent une \u00e9chapp\u00e9e belle hors de l\u2019impuissance en r\u00e9tablissant le jeune dans une position d\u2019acteur de son existence. \u00ab\u00a0<em>Il m\u2019est arriv\u00e9 de grosses crises d\u2019angoisse que j\u2019ai eu besoin de casser brutalement par une automutilation\u00a0; et de le faire dans les toilettes du lyc\u00e9e, ou dans la salle de bain chez des amis et de fa\u00e7on brutale et rapide, mais en pr\u00e9sence de quelqu\u2019un, non jamais<\/em>\u00a0\u00bb, t\u00e9moigne Samantha qui se d\u00e9crit comme survivante de l\u2019inceste. Ce sont des actes qui lui appartiennent, qui incarnent un moment de sa souverainet\u00e9 personnelle et non pas un simple court-circuit de l\u2019inconscient. Ils persistent tant qu\u2019il ne trouve pas d\u2019autres modalit\u00e9s de r\u00e9solution de ses tensions. Le recours au corps intervient dans l\u2019impossibilit\u00e9 de traiter psychiquement le d\u00e9sarroi rencontr\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je voulais me faire mal au corps pour ne plus avoir mal \u00e0 mon c\u0153ur<\/em>\u00a0\u00bb, dit superbement Muriel. La douleur physique est concr\u00e8te, r\u00e9elle aux yeux du jeune, et elle est contr\u00f4lable, \u00e0 l\u2019inverse de la souffrance qui touche l\u2019existence et qui, elle, ne dispense aucune prise pour en changer le cours, et appara\u00eet comme un gouffre. L\u2019entaille r\u00e9tablit la consistance de soi. Elle met un terme \u00e0 un v\u00e9cu de morcellement. L\u2019adolescent retrouve un sentiment d\u2019unit\u00e9. Une attestation d\u2019existence lui est conf\u00e9r\u00e9e par la maltraitance de la peau et par le recours \u00e0 une douleur infiniment plus supportable que la souffrance d\u2019\u00eatre soi ou d\u2019avoir subi des violences sexuelles ou l\u2019inceste. La douleur de l\u2019entame est v\u00e9cue comme une stimulation brutale, un rappel incisif des fronti\u00e8res de soi (Le Breton, 2007).<\/p>\n<p>Technique paradoxale de survie, les entames corporelles permettent de reprendre pied et de contrer le flux des pens\u00e9es p\u00e9nibles. Elles sont d\u2019autant plus une tentative de ma\u00eetrise que les plaies requi\u00e8rent souvent d\u2019\u00eatre soign\u00e9es secr\u00e8tement pour ne pas attirer l\u2019attention sur elles, ou alors elles sont entretenues d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment comme des foyers de sensations. Le jeune continue \u00e0 se sentir exister, \u00e0 \u00e9prouver la consistance de son rapport au monde par le rappel d\u2019une limite \u00e0 m\u00eame la chair. Apr\u00e8s l\u2019incision, le calme revient, le monde est \u00e0 nouveau pensable. L\u2019existence reprend son cours. Cette disparition de la tension et l\u2019\u00e9tonnement de redevenir soi-m\u00eame est ce qui induit cette formulation commune, pleine de malentendus, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une sensation d\u2019apaisement. Le sang qui coule est un baume paradoxal pos\u00e9 sur le manque \u00e0 \u00eatre. La douleur ressentie est un rappel d\u2019existence. \u00ab\u00a0<em>Je crois que je me coupe pour sentir que je suis encore vivante. Parce que je sais tr\u00e8s bien qu\u2019en me coupant, c\u2019est pas comme \u00e7a que je mourrais. \u00c7a je le sais tr\u00e8s bien. Donc je suis pas morte et mon corps n\u2019est pas mort. Enfin, je ne sais pas expliquer, mais non, je ne suis pas morte. Voil\u00e0, c\u2019est comme \u00e7a<\/em>\u00a0\u00bb dit Anna. La fragilit\u00e9 des assises narcissiques requiert le cran d\u2019arr\u00eat de la douleur, mais la souffrance est ailleurs, install\u00e9e dans l\u2019histoire de vie. \u00ab\u00a0<em>C\u2019\u00e9tait un besoin de me faire mal, mais parce que je me sentais mieux apr\u00e8s, pendant un moment j\u2019arr\u00eatai de penser \u00e0 ma vie de merde<\/em>\u00a0\u00bb, dit Kevin. Le d\u00e9tour par l\u2019agression corporelle est un rem\u00e8de paradoxal. Le jeune oppose la douleur port\u00e9e sur la peau \u00e0 la souffrance enracin\u00e9e dans les circonstances de sa vie \u00e0 travers une hom\u00e9opathie symbolique o\u00f9 une dose infinit\u00e9simale du poison en r\u00e9sorbe provisoirement les effets (Le Breton, 2004).<\/p>\n<p>Dans nombre de situations, les attaques au corps sont li\u00e9es \u00e0 des incestes ou plus largement \u00e0 des abus sexuels, c\u2019est-\u00e0-dire des effractions du corps et du sens, un brouillage des liens de g\u00e9n\u00e9ration (dans les deux sens du terme) et de parent\u00e9. Le jeune perd symboliquement sa place de sujet dans la famille d\u2019\u00eatre devenu objet sexuel, mais il perd aussi l\u2019estime de soi, son corps, marqu\u00e9 d\u00e9sormais par un ressenti de d\u00e9go\u00fbt qui incarc\u00e8re en soi. Il se vit d\u00e9sormais dans un corps sale, souill\u00e9, pourri\u2026 Les scarifications op\u00e8rent comme une saign\u00e9e identitaire, une mani\u00e8re de faire sortir le sang de la souillure, de l\u2019horreur en soi. Dans ce contexte, elles fonctionnent comme un rite individuel de purification (Le Breton, 2007).<\/p>\n<p>Les attaques au corps sont surtout f\u00e9minines. Rappelons que les somatisations des filles sont fr\u00e9quentes et d\u00e9bordent les douleurs propres \u00e0 la croissance\u00a0: maux de t\u00eate et de ventre, naus\u00e9es\u2026 souvent corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 des moments de tensions avec leurs parents ou avec leur environnement social proche. Elles disent par corps une difficult\u00e9 de vivre, un manque de reconnaissance, la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre soi et de grandir. Mais elles sont aussi des inscriptions de sens traduisant une part des tensions affectives au sein de la famille, particuli\u00e8rement avec la m\u00e8re, mais aussi parfois la douleur de devenir femme dans un contexte qui r\u00e9duit le f\u00e9minin \u00e0 la s\u00e9duction, \u00e0 la beaut\u00e9, \u00e0 la minceur, au fait d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb, et vou\u00e9e \u00e0 une repr\u00e9sentation sur la sc\u00e8ne masculine. Si la plupart sont heureuses de ce culte de l\u2019apparence et de cette surench\u00e8re sur les jeux de s\u00e9duction, d\u2019autres ne s\u2019y reconnaissent pas et en souffrent. Pour les gar\u00e7ons, elles disent une souffrance mais elles participent parfois d\u2019une affirmation de virilit\u00e9. Si le plus souvent les filles dissimulent et soignent leurs blessures en secret, les gar\u00e7ons les arborent plut\u00f4t comme des embl\u00e8mes de virilit\u00e9. Elles attestent qu\u2019ils n\u2019ont pas froid aux yeux en se faisant mal et en laisser leur sang couler. Mounir, interrog\u00e9 par Meryem Sellami (2015), se coupe depuis l\u2019\u00e2ge de 13\u00a0ans pour afficher sa supr\u00e9matie sur les autres\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je veux qu\u2019on ait peur de moi (\u2026) Si quelqu\u2019un a os\u00e9 se couper sa propre peau, qu\u2019est-ce qu\u2019il oserait te faire \u00e0 toi\u00a0? S\u2019il n\u2019a pas eu piti\u00e9 de sa peau \u00e0 lui, s\u2019il n\u2019a pas eu piti\u00e9 de lui-m\u00eame, comment il aurait piti\u00e9 de toi\u00a0? C\u2019est un intouchable, un dur, un vrai gangster<\/em>\u00a0\u00bb. Pour Mounir, les entailles sursignifient paradoxalement la virilit\u00e9, m\u00eame quand cette derni\u00e8re para\u00eet singuli\u00e8rement mise en d\u00e9faut. Le fait de montrer son courage et de se faire mal pour imposer son statut est une attitude masculine.<\/p>\n<p>Dans une dimension tout autre, et sous une forme nettement plus douloureuse que pour le tatouage, dans un contexte de vive souffrance, il s\u2019agit de faire peau neuve. Ces blessures d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es ne durent que le temps du passage de la zone de turbulence. Elles m\u00e9nagent un d\u00e9tour n\u00e9cessaire quand tout le reste se d\u00e9robe pour r\u00e9tablir un espace potentiel, refaire du corps un lieu de pr\u00e9sence \u00e0 soi, elles ne sont nullement une stase, elles permettent de gagner du temps et de ne pas se laisser emporter dans le flux de la souffrance.<\/p>\n<p>Elles dressent une digue pour une reprise de contr\u00f4le. A de rares exceptions, elles n\u2019incarnent en rien une pathologie durable, et elles cessent d\u00e8s que le jeune trouve une assise de sens dans son existence. Un jour ou l\u2019autre, apr\u00e8s un temps d\u00e9termin\u00e9 allant de quelques jours \u00e0 quelques ann\u00e9es, elles cessent par la gr\u00e2ce d\u2019une parole qui trouve enfin le moment pr\u00e9cis de se dire et d\u2019\u00eatre entendu, d\u2019une r\u00e9ussite sportive, professionnelle, artistique, d\u2019une rencontre amoureuse, du geste d\u2019un adulte qui lui donne enfin le go\u00fbt de grandir de la confiance accord\u00e9e pour une t\u00e2che quelconque qui lui tenait \u00e0 c\u0153ur, une reconnaissance inattendue de la famille ou des proches.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Douglas M., De la souillure, Paris, Masp\u00e9ro, 1981.<\/li><li>Gauthier J-M., L\u2019enfant malade de sa peau, Paris, Dunod, 1993.<\/li><li>Le Breton D., Exp\u00e9riences de la douleur. Entre destruction et renaissance, Paris, M\u00e9taili\u00e9, 2017.<\/li><li>Le Breton D., En souffrance. Adolescence et entr\u00e9e dans la vie, Paris, M\u00e9taili\u00e9, 2007 (2017).<\/li><li>Le Breton D., La peau et la trace. Sur les blessures de soi, Paris, M\u00e9taili\u00e9, 2004 (2018).<\/li><li>Le Breton D., Signes d\u2019identit\u00e9. Tatouages, piercings et autres marques corporelles, Paris, M\u00e9taili\u00e9, 2003 (2016).<\/li><li>Sellami M., \u00ab Le bad-boy n\u2019a pas peur d\u2019avoir mal \u00bb : blessures auto-inflig\u00e9es et construction de l\u2019identit\u00e9 virile chez les adolescents tunisiens \u00bb, Revue des Sciences Sociales, n\u00b053, 2015.<\/li><li>Winnicott D. W., \u00ab La psychiatrie de l\u2019enfant et les effets des facteurs psychologiques sur le corps \u00bb, L\u2019enfant, la psych\u00e9 et le corps, Payot, 1996.<\/li><li>Winnicott D. W., \u00ab La crainte de l\u2019effondrement \u00bb, La crainte de l\u2019effondrement et autres situations cliniques, Paris, Gallimard, 2000. <\/li><\/ul>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10312?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Changer de peau La peau est toujours anthropologiquement un lieu de vuln\u00e9rabilit\u00e9 car elle incarne la souverainet\u00e9 de l\u2019individu face aux autres et \u00e0 son environnement. 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