{"id":10306,"date":"2021-08-22T07:31:44","date_gmt":"2021-08-22T05:31:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/le-manteau-cloacal-hypotheses-psychodynamiques-concernant-lincurie-des-sujets-sdf-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:49:22","modified_gmt":"2021-08-22T05:49:22","slug":"le-manteau-cloacal-hypotheses-psychodynamiques-concernant-lincurie-des-sujets-sdf","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-manteau-cloacal-hypotheses-psychodynamiques-concernant-lincurie-des-sujets-sdf\/","title":{"rendered":"Le manteau cloacal : hypoth\u00e8ses psychodynamiques concernant l&rsquo;incurie des sujets SDF"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\"><strong><em>R&eacute;sum&eacute; <\/em><\/strong><em>: La pratique clinique avec les sujets SDF confronte &agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne tout &agrave; fait particulier : l&rsquo;incurie. Malgr&eacute; les ressources mat&eacute;rielles offertes aux individus pour subvenir &agrave; leur hygi&egrave;ne, on constate un v&eacute;ritable &laquo; l&acirc;cher prise &raquo; relatif aux soins personnels et ce, &agrave; un point gravissime. Tr&egrave;s vite, l&rsquo;errant s&rsquo;enveloppe dans des odeurs, dans des substances corporelles. C&rsquo;est un &laquo; manteau cloacal &raquo; qui recouvre le corps, et impacte les relations. Par une confrontation de donn&eacute;es psychiatriques, psycho-dynamiques et anthropologiques, l&rsquo;auteur propose de consid&eacute;rer cette &laquo; seconde peau &raquo; comme une d&eacute;fense servant &agrave; pallier les trous de l&rsquo;enveloppe psychique, esquissant un territoire subjectif, mais &eacute;galement r&eacute;tablissant une forme de communication archa&iuml;que avec l&rsquo;objet.<\/em><\/p>\n<p><em><strong>Mots clefs <\/strong>: SDF, errance, sensorialit&eacute;, incurie, syndrome de Diog&egrave;ne.<\/p>\n<p><strong>Summary<\/strong> : The cloacal coat : Psychodynamic assumptions concerning the carelessness of the homeless. The clinical practice with the homeless confronts with a completely particular phenomenon : carelessness. In spite of the material resources offered to the individuals to provide for their hygiene, we can observe an absence of personnel care and this, at an extremely serious point. Very quickly, he wraps itself in odors and body substances. It is a &laquo; cloacal coat &raquo; which recovers the body, and impacts the relations. By a confrontation of psychiatric, psychodynamic and anthropological data, the author proposes to regard this &laquo; second skin &raquo; as a defense being used to mitigate the holes of the psychic envelope, outlining a subjective territory, but also restoring a form of communication.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Key-words :<\/em><\/strong><em> SDF, wandering, sensoriality, carelessness, syndrome of Diogene<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>L&rsquo;incurie, &laquo; part maudite &raquo; de l&rsquo;errance<\/strong><\/p>\n<p>Parmi les multiples questions &eacute;tiologiques, pratiques voire sociologiques, qu&rsquo;entra&icirc;ne la pratique clinique avec les sujets sans domicile fixe, l&rsquo;une d&rsquo;elles m&eacute;rite que l&rsquo;on s&rsquo;y arr&ecirc;te de plus pr&egrave;s tant elle soul&egrave;ve des enjeux essentiels : c&rsquo;est le probl&egrave;me de l&rsquo;incurie des sujets SDF.Il peut sembler &eacute;trange de questionner un fait qui, <em>a priori<\/em>, semble s&rsquo;expliquer par la pr&eacute;carit&eacute; des ressources. Apr&egrave;s tout, sans logement, comment se laver ? Or, la tr&egrave;s grande majorit&eacute; des accueils de jours et des h&eacute;bergements d&rsquo;urgence fr&eacute;quent&eacute;s par les sujets SDF poss&egrave;dent douche, machine &agrave; laver ou des stocks importants de v&ecirc;tements de rechange. Subvenir &agrave; son hygi&egrave;ne, soigner son corps et son &laquo; enveloppe vestimentaire &raquo; est loin d&rsquo;&ecirc;tre impossible lorsque l&rsquo;on est SDF, c&rsquo;est m&ecirc;me quelque chose pour lequel en g&eacute;n&eacute;ral se battent les travailleurs sociaux. Et pourtant, force est de constater que, dans la rue, l&rsquo;hygi&egrave;ne est un probl&egrave;me : en tant que&nbsp; professionnel du champ social ou du champ psychique, lorsque l&rsquo;on se rend vers ces personnes, nous sommes imm&eacute;diatement assaillis par des odeurs violentes, effractantes, des odeurs qui impr&egrave;gnent les v&ecirc;tements des heures apr&egrave;s la rencontre. On sert des mains poisseuses, on manipule des corps baignant dans l&rsquo;urine ou dans les excr&eacute;ments. C&rsquo;est l&rsquo;incurie.&laquo; L&#39;incurie &raquo; peut se d&eacute;finir comme un d&eacute;faut de soin, comme une n&eacute;gligence port&eacute;e aux r&egrave;gles &eacute;l&eacute;mentaires de l&#39;hygi&egrave;ne. &Eacute;tymologiquement, il s&#39;agit de l<em>&#39;in-curia<\/em>, du non-soin. Bref, l&rsquo;incurie est en premi&egrave;re apparence, un d&eacute;sinvestissement du corps, un &laquo; l&acirc;cher prise &raquo; sur les r&egrave;gles &eacute;l&eacute;mentaires d&rsquo;hygi&egrave;ne et de pr&eacute;sentation de soi. Et pourtant, dans la pratique avec les sujets SDF, l&rsquo;analyse sugg&egrave;re que ce ph&eacute;nom&egrave;ne est plus complexe (O. Douville, 2004). L&rsquo;incurie est ici une &laquo; part maudite &raquo; inconfortable, qui trouble la relation transf&eacute;rentielle. C&rsquo;est un sympt&ocirc;me, qui sert aux travailleurs sociaux d&rsquo;indicateur quant au degr&eacute; de &laquo; chronicisation &raquo;, de &laquo; clochardisation &raquo; de l&rsquo;individu pour reprendre les termes de P. Declerck (2001). Pour le sujet c&rsquo;est une d&eacute;fense, certainement, mais peut-&ecirc;tre est-ce une certaine forme de communication.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\n<strong>Sur le &laquo; syndrome de Diog&egrave;ne &raquo;<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est peut-&ecirc;tre pour tenter de mettre des mots sur cette &laquo; part maudite &raquo; de l&rsquo;errance que l&rsquo;on a beaucoup parl&eacute; ces derni&egrave;res ann&eacute;es du syndrome dit &laquo; de Diog&egrave;ne &raquo;. Originellement d&eacute;crit par A. Clark et G. D. Mankikar (1975) dans la clinique du vieillissement, ce syndrome fait r&eacute;f&eacute;rence &agrave; une accumulation d&rsquo;objets h&eacute;t&eacute;roclites, doubl&eacute;e d&rsquo;une grande n&eacute;gligence corporelle. Les sujets entassent ainsi chez eux, et ce jusqu&rsquo;&agrave; rendre leur propre logement inhabitable, bo&icirc;tes de conserves vides, pots de yaourt ou paquets de cigarettes. Parfois sont associ&eacute;s les sympt&ocirc;mes de rejet du monde ext&eacute;rieur, d&eacute;ni de la r&eacute;alit&eacute;, refus d&rsquo;aide et absence de honte (A. Roubini et al, 2002). Ce sont des manifestations qui tendent &agrave; &ecirc;tre jug&eacute;es comme transnosographiques, bien que la plupart du temps rattach&eacute;es &agrave; la psychose.<br \/>\nC. V&eacute;die (2006) d&eacute;crit alors des soignants confront&eacute;s &agrave; ces ph&eacute;nom&egrave;nes qui, pleins de bonne volont&eacute;, d&eacute;cident de remonter leurs manches et de nettoyer l&rsquo;appartement de ces personnes. Il est alors troublant de constater que ce m&eacute;nage g&eacute;n&egrave;re chez le sujet une angoisse absolument effroyable, &eacute;quivalent &agrave; une&nbsp; intrusion, &agrave; un &eacute;corchage. C. Walter (2006) en conclut qu&rsquo;il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;un m&eacute;canisme de d&eacute;fense contre l&rsquo;angoisse, l&rsquo;entassement procurant un sentiment de s&eacute;curit&eacute; pour un patient fragilis&eacute; : ces espaces d&rsquo;entassement deviennent des proth&egrave;ses du moi, des &eacute;corces qui suppl&eacute;ent &agrave; l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; de lien primaire et emp&ecirc;chent l&rsquo;&eacute;closion psychotique.<br \/>\nPetit d&eacute;tour : Diog&egrave;ne &eacute;tait un philosophe grec, de l<em>&rsquo;&eacute;cole des cyniques<\/em> (4e si&egrave;cle avant J.-C.), et devait &ecirc;tre un personnage tout aussi fascinant qu&rsquo;aga&ccedil;ant. L&rsquo;histoire raconte que Diog&egrave;ne vivait dans un tonneau afin de r&eacute;duire ses besoins au minimum et de s&rsquo;affranchir de l&rsquo;autre, de la d&eacute;pendance aux autres. Il bousculait les conventions sociales, mangeait, urinait, d&eacute;f&eacute;quait, assouvissait ses d&eacute;sirs sexuels sur la place publique. Il niait l&rsquo;espace priv&eacute;, l&rsquo;espace intime. On l&rsquo;appelait &laquo; Diog&egrave;ne le chien &raquo; tant ses agissements tendaient vers l&rsquo;animalit&eacute;. On rapporte aussi cette anecdote o&ugrave; Diog&egrave;ne d&eacute;ambule dans la rue, une lanterne &agrave; la main, clamant &agrave; ceux qu&rsquo;il rencontre, &laquo; je cherche un homme &raquo;.<br \/>\nSi la comparaison entre l&rsquo;errance et Diog&egrave;ne est loin d&rsquo;&ecirc;tre parfaitement l&eacute;gitime, on ne peut ignorer quelque chose de &laquo; diog&eacute;nique &raquo; dans l&rsquo;&eacute;talement de l&rsquo;intime sur la rue, dans l&rsquo;envahissement de la sensorialit&eacute; et cette tendance &agrave; la &laquo; pulsion &agrave; l&rsquo;air libre &raquo; (Mathieu F, Bussac-Garat M-H, Duez B., 2010). On ne peut nier la pr&eacute;sence de ces ph&eacute;nom&egrave;nes, et encore moins ce qu&rsquo;ils font vivre aux professionnels qui s&rsquo;aventurent en ces &eacute;tranges territoires. Freud (1929) soulignait que toute esp&egrave;ce de &laquo; salet&eacute; &raquo; nous semble incompatible avec la culture et que de fait, le surgissement de l&rsquo;odeur d&rsquo;autrui est v&eacute;cu comme une attaque. L&rsquo;aire sensorielle de l&rsquo;errance agresse, envahit. On est dans ce que B. Duez (2004) nomme la clinique de l&rsquo;obsc&egrave;ne. Les odeurs (lorsqu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de substances) d&rsquo;urine et de f&egrave;ces impr&egrave;gnent nos v&ecirc;tements et l&rsquo;on ram&egrave;ne cette part de l&rsquo;autre chez nous, non sans honte. C&rsquo;est une sensorialit&eacute;<br \/>\neffractante, intrusive, qui repousse, qui met &agrave; distance, qui sert des modalit&eacute;s d&rsquo;&eacute;vitement, mais qui communique aussi quelque chose d&rsquo;un mal-&ecirc;tre, d&rsquo;un mal dans l&rsquo;&ecirc;tre et il est difficile de dire si l&rsquo;incurie renvoie &agrave; une position subjective ou fait sympt&ocirc;me du &laquo; hors lien social &raquo;.<br \/>\nEntre professionnels, on tente de s&rsquo;exprimer &#8211; parfois avec un sentiment de clandestinit&eacute; &#8211; sur les mouvements que ces sujets nous font vivre, sur le d&eacute;go&ucirc;t que l&rsquo;on ressent. Mais il est toujours tr&egrave;s difficile de d&eacute;coller de la perception et de l&rsquo;affect vers des r&eacute;flexions plus &eacute;labor&eacute;es, plus secondaris&eacute;es.<\/p>\n<p><strong>Une clinique de la sensation<\/strong><\/p>\n<p>Dans le cadre d&rsquo;un travail doctoral, j&rsquo;ai explor&eacute; ces questions en intervenant comme psychologue au sein d&rsquo;une &eacute;quipe mobile psychiatrie-pr&eacute;carit&eacute; ainsi que dans un dispositif &laquo; veille sociale mobile &raquo; dont l&rsquo;objectif est de se rendre vers les individus les plus d&eacute;socialis&eacute;s pour r&eacute;pondre aux besoins primaires (couvertures, nourriture, boissons chaudes et si la personne accepte, accompagnement vers un foyer d&rsquo;h&eacute;bergement) mais aussi de tenter de maintenir le lien social et orienter vers des solutions d&rsquo;h&eacute;bergement. Les travailleurs sociaux, m&eacute;decins et infirmiers qui composent ces &eacute;quipes vont &agrave; la rencontre des personnes sans domicile fixe, notamment vers ceux qui ont des difficult&eacute;s &agrave; se rendre seuls dans les structures susceptibles de les aider, afin de construire un &laquo; premier lien &raquo; dans la rue, qui pourra servir de support, plus tard, &agrave; des accompagnements plus sp&eacute;cifiques dans des d&eacute;marches sociales. En tant que psychologue, il est difficile de trouver une place dans cet univers. Ces heures pass&eacute;es en camion dans les embouteillages et l&rsquo;exploration des parties de la ville qui d&rsquo;ordinaire ne s&rsquo;offrent pas au regard&nbsp; ont de quoi susciter une esp&egrave;ce de vertige, une d&eacute;sorientation, voire une saturation. Ces conditions ne sont pas propices &agrave; l&rsquo;&eacute;panouissement de la &laquo; r&ecirc;verie &raquo; du clinicien, mais ce sont des contraintes de travail r&eacute;elles avec lesquelles il faut composer 1. D&rsquo;une certaine fa&ccedil;on, la possibilit&eacute; m&ecirc;me de la rencontre est d&eacute;j&agrave; &laquo; encombr&eacute;e &raquo; par tout un tas d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments. Quelques s&eacute;quences cliniques vont venir illustrer cet &laquo; encombrement &raquo;.<br \/>\nC&rsquo;est pendant l&rsquo;une de ces maraudes que j&rsquo;ai rencontr&eacute; Mohammed. Mohammed a une quarantaine d&#39;ann&eacute;e, il est connu depuis un moment par ce service, mais personne n&#39;a vraiment d&#39;informations sur lui. Je le rencontre sur son lieu de vie, sous un pont, un peu par hasard puisqu&#39;&agrave; vrai dire, nous cherchions quelqu&#39;un d&#39;autre. Il est seul, assis sur le quai, une &eacute;charpe encercle sa m&acirc;choire. On le salue, il nous r&eacute;pond par des bruits, la bouche ferm&eacute;e. On lui demande o&ugrave; il dort, il nous emm&egrave;ne vers une petite excavation derri&egrave;re une grille, dans un renfoncement sous le pont. C&#39;est un endroit humide, petit, rempli d&#39;objets qu&#39;il a d&ucirc; ramasser &ccedil;&agrave; et l&agrave;. J&#39;ai l&#39;impression de p&eacute;n&eacute;trer une int&eacute;riorit&eacute;, dans un ventre, dans un espace fait pour contenir quelque chose.<br \/>\nOn essaye de communiquer, on lui demande s&#39;il a besoin de quelque chose, s&#39;il souhaite dormir dans un foyer cette nuit. Mais il fait froid, le vent s&#39;engouffre dans les grilles en &eacute;mettant une sorte de sifflement strident tandis que l&#39;eau s&#39;agite &agrave; pleine puissance si bien que je peine d&#39;ailleurs &agrave; entendre ma propre voix. Apr&egrave;s avoir &eacute;mis quelques sons, que nous ne comprendrons pas, Mohammed se referme, s&#39;assoit dans cette excavation et nous fait signe de partir.<br \/>\nDans cette br&egrave;ve s&eacute;quence, les propri&eacute;t&eacute;s sensorielles de l&#39;espace mettent en &eacute;chec la fonction &laquo; d&#39;auto-information &raquo; : on ne s&#39;entend plus. Le circuit qui informe la psych&eacute; des &eacute;prouv&eacute;s internes est flout&eacute; par le vertige sensoriel qu&#39;induit l&#39;environnement. De m&ecirc;me, les places publiques, les gares ou les centres commerciaux, si fr&eacute;quemment choisis par les sujets en errance psychique, ont cette tendance &agrave; saturer les r&eacute;cepteurs sensoriels par un flot d&#39;images ininterrompu, un bruit constant, un mouvement qui sans doute doit parfois mimer une forme de bercement. Qui plus est, ce sont des zones de fort transit, des carrefours de contacts &eacute;ph&eacute;m&egrave;res. Les sensations obturent le champ de la conscience, enfouissent les &eacute;prouv&eacute;s. On ne s&rsquo;entend plus parler, on ne s&rsquo;entend plus penser&hellip; on ne s&rsquo;entend plus souffrir.<br \/>\nSuite &agrave; un signalement 115, on rencontre Monsieur O&#39;Connell devant une &eacute;glise tr&egrave;s fr&eacute;quent&eacute;e. Il est enfoui sous un &eacute;pais manteau, la t&ecirc;te recouvert par un gros bonnet. Il est assis sur une grosse valise. On se pr&eacute;sente, et tout de suite il r&eacute;pond avec un accent anglais : &laquo; je me suis fait dessus, j&#39;ai fait caca&#8230; qu&#39;est-ce que je pue ! &raquo;. Effectivement, il sent terriblement mauvais, et il m&#39;est tr&egrave;s difficile de m&#39;approcher sans &ecirc;tre pris de haut le c&oelig;ur. Il recommence, &laquo; j&#39;ai fait caca&#8230; caca caca caca ! Je retiens rien &raquo;. Il remue ses fesses solidement ancr&eacute;es sur sa valise, et je ne sais trop si son visage exprime d&eacute;go&ucirc;t ou<br \/>\nsatisfaction. L&#39;&eacute;ducateur essaye d&#39;engager la discussion. Monsieur O&#39;Connell continue sa litanie en remuant sur sa valise, puis, au bout d&#39;un moment, il commence &agrave; parler (de mani&egrave;re un peu confuse) de ses probl&egrave;mes cardiaques, de son diab&egrave;te, et il nous montre ses cicatrices au genou. On lui demande d&#39;o&ugrave; lui vient cet accent, Monsieur O&#39;Connell dit avoir v&eacute;cu dans une ferme en Angleterre, avec un chien, une femme&#8230; puis il fond en larmes. Une immense d&eacute;tresse semble le saisir, le submerger. Soudain il s&#39;arr&ecirc;te, &laquo; je peux faire caca entre deux voitures, j&#39;ai pas honte &raquo;.<br \/>\nL&rsquo;&eacute;vocation de quelques fragments d&rsquo;histoire s&rsquo;accompagne ici d&#39;une d&eacute;tresse intol&eacute;rable aussit&ocirc;t enfouie dans un bain de sensation. Cet &eacute;tat d&#39;anesth&eacute;sie s&#39;installe par un recours aux sensations auto-g&eacute;n&eacute;r&eacute;es court-circuitant les formations secondaires ainsi que les &eacute;prouv&eacute;s de d&eacute;tresse et de honte. La honte est un affect qui touche pr&eacute;cis&eacute;ment au sentiment de l&rsquo;existence (S. Tisseron, 1992, C. Janin, 2007). Avoir honte, c&rsquo;est d&rsquo;une certaine fa&ccedil;on se sentir exister devant autrui. Peut-&ecirc;tre ici s&rsquo;agit-il de recouvrir justement le regard de l&rsquo;autre et le lien social. Enfin, Jacques. Sa situation est un peu diff&eacute;rente. Comme pour la plupart des sujets SDF, on ne conna&icirc;t pas son histoire, hormis quelques &laquo; rep&egrave;res &raquo;. On parvient &agrave; comprendre que son enfance fut difficile. Apparemment, le d&eacute;c&egrave;s de sa m&egrave;re a pr&eacute;cipit&eacute; Jacques dans une trajectoire d&rsquo;errance : &laquo; J&rsquo;ai toujours &eacute;t&eacute; dehors, bringbal&eacute; d&#39;un endroit &agrave; un autre &raquo;. On a l&rsquo;habitude de le rencontrer dans un centre commercial, sur un banc, dans l&rsquo;endroit le plus fr&eacute;quent&eacute;. C&rsquo;est son &laquo; spot &raquo;, toujours fid&egrave;le au poste, il nous attend. L&rsquo;incurie de Jacques est tr&egrave;s importante : recouvert de plusieurs blousons et d&rsquo;un bonnet, malgr&eacute; des temps de tr&egrave;s forte chaleur, et d&rsquo;un pantalon<br \/>\nsouvent impr&eacute;gn&eacute;e d&rsquo;urine, il d&eacute;gage une odeur tr&egrave;s &acirc;cre sur plusieurs m&egrave;tres. Au point que, fatalement, les passants s&rsquo;offusquent de l&rsquo;odeur, bruyamment parfois, insultant souvent. Jacques est au milieu, il entend tr&egrave;s bien les &eacute;motions qu&rsquo;il suscite autour de lui, mais toujours, il vient au m&ecirc;me endroit, comme s&rsquo;il infligeait aux autres sa pr&eacute;sence, son existence. Je sens donc je suis.<br \/>\nFr&eacute;quemment, l&rsquo;incurie fonctionne comme un manteau, apaisant certainement. Une &laquo; seconde peau &raquo; (E. Bick, 1967) qui prot&egrave;ge le sujet d&rsquo;une forme d&rsquo;effondrement, mais qui &eacute;galement, impacte l&rsquo;objet, le sollicite, le force. C&rsquo;est un &laquo; partage forc&eacute; &raquo; de la sph&egrave;re sensorielle. L&rsquo;exp&eacute;rience clinique tend ainsi &agrave; montrer que ces sujets sont recouverts d&rsquo;un &laquo; manteau psychique &raquo;. C&rsquo;est un manteau chaud, qui prot&egrave;ge du &laquo; froid psychique &raquo;, du &laquo; froid de l&rsquo;objet &raquo; qui sans cesse ignore &#8211; lorsque les passants feignent de ne pas voir les individus faisant la manche par exemple &#8211; un manteau fait de doublures &eacute;paisses, avec des poches, pourquoi pas, pour conserver des choses pr&eacute;cieuses. Il faut se recouvrir d&rsquo;enveloppes artificielles, d&rsquo;enveloppes faites de sensations et de substances sensorielles, pour se prot&eacute;ger, pour se tenir chaud, pour pallier aux d&eacute;fauts des enveloppes psychiques, aux trous du Moi-peau (D. Anzieu, 1985). Un peu comme Gene Hackman dans le film L&rsquo;&Eacute;pouvantail (J. Schatzberg ; 1973), recouvert de v&ecirc;tements, de plusieurs pantalons, de plusieurs pulls. C&rsquo;est un manteau &laquo; cloacal &raquo; (F. Mathieu, 2011).<\/p>\n<p><strong>Un manteau cloacal<\/strong><\/p>\n<p>Commun&eacute;ment, le terme &laquo; cloaque &raquo; renvoie au moins &agrave; deux choses : la premi&egrave;re, c&rsquo;est l&rsquo;ouverture post&eacute;rieure qui sert de seul orifice pour les voies intestinales, urinaires et g&eacute;nitales, chez certaines esp&egrave;ces animales tels les oiseaux, reptiles et les amphibiens. Chez l&rsquo;homme, le cloaque existe aussi, mais seulement durant l&rsquo;&eacute;volution embryonnaire. La seconde acception de ce terme, c&rsquo;est la <em>Cloaca Maxima<\/em>, la plus grande des bouches du syst&egrave;me d&rsquo;&eacute;gout mis en place dans l&rsquo;Empire Romain.<br \/>\nEn psychanalyse, ce terme a re&ccedil;u un traitement tout particulier dans son articulation entre l&rsquo;analit&eacute; et le sexuel. Il faut rappeler que dans la th&eacute;orie du d&eacute;veloppement psychique de Freud, analit&eacute; et g&eacute;nitalit&eacute; ne sont pas diff&eacute;renci&eacute;es dans un premier temps, et c&rsquo;est cette &eacute;tape qui fait le lit du sentiment de honte (Freud, 1905). Le cloaque serait un vestige d&rsquo;une &eacute;poque pr&eacute;c&eacute;dant la culture, pr&eacute;c&eacute;dant l&rsquo;hominisation, pr&eacute;c&eacute;dant la mise &agrave; l&rsquo;&eacute;cart des odeurs et de la souillure. Cette hypoth&egrave;se r&eacute;appara&icirc;tra lorsqu&rsquo;il &eacute;voquera le processus &laquo; d&rsquo;hominisation &raquo;, de &laquo; verticalisation &raquo; de l&rsquo;&ecirc;tre humain, notamment par le passage &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re-plan des stimuli olfactifs lors de l&rsquo;&eacute;loignement de la t&ecirc;te hors de la terre. L&rsquo;incitation &agrave; la propret&eacute; d&eacute;coule de la mise &agrave; l&rsquo;&eacute;cart des excr&eacute;ments, devenus d&eacute;sagr&eacute;ables &agrave; la perception sensorielle dans la sph&egrave;re culturelle (Freud, 1929). Or, dans l&rsquo;errance, lorsque les liens de r&eacute;ciprocit&eacute;s sont rompus du fait de l&rsquo;exclusion (J. Maisondieu, 1997), lorsque le sujet est pris dans des processus de &laquo; d&eacute;saffiliation &raquo; (R. Castel, 1995), alors ce &laquo; reste de terre &raquo;, habituellement enfoui, &eacute;merge alors brutalement au sein du Moi et il donne une coloration particuli&egrave;re aux m&eacute;canismes d&eacute;fensifs.<br \/>\nLe manteau cloacal a (au moins) trois objectifs :<\/p>\n<p><em><strong>1- Le premier objectif est d&eacute;fensif. <\/strong><\/em><br \/>\nLe manteau cloacal est au service d&rsquo;un syst&egrave;me &laquo; d&rsquo;&eacute;conomie de pens&eacute;e &raquo; (Pitici C, Mathieu F, Charreton G., 2010). Depuis les recherches r&eacute;alis&eacute;es &agrave; Lyon par l&rsquo;ORSPERE (J. Furtos, 2004, 2008), il est devenu courant d&#39;associer aux situations de pr&eacute;carit&eacute; et d&#39;errance, une forme &laquo; d&rsquo;anesth&eacute;sie &raquo; de la vie psychique. Face &agrave; l&#39;extr&ecirc;me d&eacute;nuement physique et psychique, le sujet se voit d&eacute;bord&eacute; par une immense d&eacute;tresse. Or, de par sa condition d&#39;exclu, mais aussi de par les modalit&eacute;s d&#39;attachement d&eacute;velopp&eacute;es dans son histoire &#8211; et les travaux r&eacute;cents sur l&rsquo;attachement des sujets SDF par A. Vinay (&agrave; para&icirc;tre) montrent combien les trajectoires de vie de ces individus ont form&eacute; des patterns &laquo; &eacute;vitants &raquo; voire &laquo; d&eacute;tach&eacute;s &raquo; &#8211; l&#39;errant se per&ccedil;oit sans objet secourable. Faute de t&eacute;moin, faute de partage, faute de r&eacute;sonance et de reflet chez l&#39;autre de ses propres &eacute;motions (D.-W. Winnicott, 1971), l&#39;excitation psychique devient un point de souffrance intol&eacute;rable qu&#39;il faut &eacute;conduire. On peut donc comprendre cette forme &laquo; d&#39;anesth&eacute;sie &raquo; face aux atteintes corporelles comme un mouvement &laquo; d&#39;enfouissement &raquo; de la vie interne.<br \/>\nBien souvent, les lieux de vie choisis par l&#39;errant participent de cet enfouissement par la mise en &eacute;chec de la fonction &laquo; d&#39;auto-information &raquo; : le circuit qui informe la psych&eacute; de ses &eacute;prouv&eacute;s internes est brouill&eacute;, notamment par le vertige sensoriel qu&#39;induit l&#39;environnement satur&eacute; de bruits, d&#39;odeurs et de mouvements que sont les places publiques, les gares ou les centres commerciaux. De m&ecirc;me, les longues marches que certains effectuent, parfois entre plusieurs d&eacute;partements, ne sont pas sans &eacute;voquer les proc&eacute;d&eacute;s auto-calmants (M. Fain, 1993, G. Swec, 1993), qui, par une activit&eacute; motrice r&eacute;p&eacute;titive (marche, course, agitation&#8230;), permettent d&rsquo;abaisser le niveau d&rsquo;excitation interne. Sensations, motricit&eacute; et environnement &laquo; hypersensoriel &raquo; fournissent ainsi une &laquo; &eacute;corce &raquo; apaisante et protectrice. Le manteau cloacal enfouit le sujet dans un syst&egrave;me d&rsquo;&eacute;conomie de pens&eacute;e.<\/p>\n<p><strong><em>2- Le deuxi&egrave;me objectif du manteau cloacal est l&rsquo;appropriation d&rsquo;un territoire, voire, d&rsquo;un &laquo; proto-habitat &raquo;. <\/em><\/strong><br \/>\nPlusieurs auteurs n&rsquo;ont pas manqu&eacute; d&rsquo;&eacute;voquer les difficult&eacute;s qu&rsquo;&eacute;prouvent les sujets SDF &agrave; habiter un logement. Et c&rsquo;est pour cela que l&rsquo;on &eacute;voque si souvent le syndrome de Diog&egrave;ne lorsque l&rsquo;on parle de cette clinique. V. Colin (2002) a par exemple &eacute;voqu&eacute; des situations de relogement o&ugrave; le sujet &laquo; clochardise &raquo; jusqu&rsquo;&agrave; rendre inhabitable son appartement, et tout travailleur social t&eacute;moignera des immenses difficult&eacute;s qu&rsquo;il &eacute;prouve pour aider une personne d&eacute;socialis&eacute;e &agrave; vivre sereinement un relogement. &laquo; Habiter &raquo; nous semble pourtant un acte simple, mais dans l&rsquo;errance, il semble y avoir une urgence &agrave; ne pas habiter.<br \/>\nQu&rsquo;est-ce qu&rsquo;habiter ? La racine latine du terme &laquo; habiter &raquo; est <em>habere<\/em>. En grec en revanche, il s&rsquo;agit de <em>&mu;\u03ad&nu;&omega; <\/em>qui signifie &eacute;galement &laquo; durer &raquo;, &laquo; persister dans le temps &raquo;. L&rsquo;organisation du milieu domestique se r&eacute;alise par les cat&eacute;gories du public et du priv&eacute;, du dedans et du dehors, du clos et de l&rsquo;ouvert (Bonte P., Izard M., 1991). L&rsquo;habitation se constitue par des espaces priv&eacute;s qui prot&egrave;gent du regard (N. Leroux, 2008). On n&rsquo;est &laquo; chez-soi &raquo; que si le lieu ne peut &ecirc;tre celui d&rsquo;autrui et l&rsquo;intime existe lorsque l&rsquo;on peut se d&eacute;rober au regard des autres. Habiter, c&rsquo;est s&rsquo;approprier l&rsquo;espace, et vivre sa demeure comme le prolongement de soi. Mais pour habiter un logement, il faut des comp&eacute;tences psychiques, il faut pouvoir s&rsquo;habiter soi-m&ecirc;me. Gaston Bachelard : &laquo; n&rsquo;habite avec intensit&eacute; que celui qui a su se blottir &raquo; (1957). Il est ainsi possible d&rsquo;articuler la capacit&eacute; de Holding de l&rsquo;environnement &agrave; l&rsquo;habiter (J.-L. Le Run, 2006), mais peut-&ecirc;tre aussi de <em>Handling<\/em> (A.E. Aubert, 2007) : l&rsquo;investissement du corps comme r&eacute;alit&eacute; mat&eacute;rielle est le premier habitat.<br \/>\nLe manteau cloacal restaure ce sentiment d&rsquo;habitat. Le philosophe Michel Serres (2008) l&rsquo;a tr&egrave;s bien not&eacute; : celui qui crache dans la soupe se l&rsquo;approprie. Par les odeurs on remplit les volumes, par les substances on recouvre les espaces, par les images (comme dans la prostitution ou la publicit&eacute;) on s&rsquo;approprie la vue. La propri&eacute;t&eacute;, le &laquo; propre &raquo;, s&rsquo;acquiert et se conserve par le sale. En dilatant sa sph&egrave;re sensorielle, on d&eacute;limite un territoire subjectif. On dessine un territoire o&ugrave; se lover, o&ugrave; se nicher. &Agrave; d&eacute;faut d&rsquo;un autre habitat, l&rsquo;espace investi par les sensations dessine un lieu &agrave; soi. C&rsquo;est une fa&ccedil;on de s&rsquo;extirper de sa condition de &laquo; sans &raquo;.<\/p>\n<p><em><strong>3- Enfin, le troisi&egrave;me objectif, c&rsquo;est la communication<\/strong><\/em>.<br \/>\nLe territoire est un espace de &laquo; biocommunication &raquo; (E.T. Hall, 1966) o&ugrave; l&rsquo;odeur joue un r&ocirc;le pr&eacute;dominant. Cette &laquo; bulle territoriale &raquo; constitue un syst&egrave;me d&rsquo;interrelations, d&rsquo;inter-r&eacute;gulation des individus entre eux. Lorsque l&rsquo;on se rend aupr&egrave;s de sujets vivants dans la rue, sous un pont ou dans une for&ecirc;t, les sensations nous enveloppent, nous impactent, les images nous submergent, nous touchent, nous scandalisent, mais surtout, nous parlent. Ces mat&eacute;riaux sont des messages, des paroles, mais encore faut-il parvenir &agrave; les entendre. Le &laquo; partage forc&eacute; &raquo; de la sph&egrave;re sensorielle tente d&rsquo;extirper de l&rsquo;objet ses fonctions de contenance (W.-R. Bion, 1962) et d&rsquo;&eacute;cho&iuml;sation des &eacute;prouv&eacute;s. Car s&rsquo;il existe des d&eacute;fenses &laquo; autosensuelles &raquo; (F. Tustin, 1992), la clinique des sujets SDF montre toute l&rsquo;importance de la communication allosensuelle. L&rsquo; &laquo; allosensualit&eacute; &raquo;, c&rsquo;est la projection d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments sensoriels vers l&rsquo;objet. L&rsquo;odeur, c&rsquo;est une fa&ccedil;on de parler. La sensorialit&eacute; fonctionne comme un langage proc&eacute;dant par signes corporels s&rsquo;exprimant &agrave; l&#39;insu m&ecirc;me du sujet. Si &ecirc;tre vu ne suffit plus, l&rsquo;appui sur la sensorialit&eacute; permet de cr&eacute;er des liens que l&rsquo;on ne peut refuser, auxquels on ne peut se soustraire. Ces flux sensitifs sont une fa&ccedil;on d&#39;exiger de l&#39;interlocuteur un &eacute;cho, une m&eacute;tabolisation, une &laquo; r&ecirc;verie &raquo;. L&rsquo;objectif de ces projections sensorielles est que le sujet puisse percevoir, &agrave; travers le sentir, la perception propre &agrave; l&rsquo;objet.<br \/>\nAu final, le manteau cloacal est un m&eacute;canisme d&eacute;fensif qui englobe &agrave; la fois le sujet, enfouissant sa vie fantasmatique dans un bain de sensation ou de motricit&eacute; autocalmante, et l&rsquo;objet, pris dans des projections sensoriels, dans une allosensorialit&eacute; qui tente de faire advenir ses capacit&eacute;s de contenance et d&rsquo;&eacute;cho&iuml;sation. Le manteau cloacal est une &eacute;corce, mais c&rsquo;est aussi une parole. C&rsquo;est une fa&ccedil;on &#8211; sinon la seule &#8211; de survivre dans un univers humiliant,<br \/>\ndestructeur, d&eacute;shumanisant.<\/p>\n<p><strong>En guise de conclusion<\/strong><br \/>\n<em>Moon Palace<\/em>, le roman de Paul Auster, raconte l&#39;histoire de Marco Stanley Fogg, Marco pour Marco Polo ; Stanley pour Henry Morton Stanley ; Fogg pour Phileas Fogg, h&eacute;ros du roman <em>Le Tour du monde en quatre-vingts jours <\/em>de Jules Verne : une r&eacute;f&eacute;rence au voyage. Le voyage peut se traduire comme une<br \/>\nsortie de nos cadres quotidiens, comme un d&eacute;placement hors de nos habitudes, de nos rep&egrave;res, vers un autre (F. Michel, 2000). C&#39;est un ensemble de s&eacute;quences S&eacute;paration-coupure \/ initiation-isolement \/ r&eacute;int&eacute;gration-retour, plongeant le voyageur dans l&rsquo;autre, dans l&rsquo;inconnu, dans l&rsquo;ailleurs, mais d&rsquo;une mani&egrave;re contenue, s&eacute;curis&eacute;e. Le voyage est avant tout une qu&ecirc;te initiatique et rel&egrave;ve du sacr&eacute; (A. Van Gennep, 1909). Mais l&rsquo;errance n&rsquo;est pas le voyage, c&rsquo;est m&ecirc;me une impossibilit&eacute; du voyage, du mouvement psychique, de la motilit&eacute; pulsionnelle. C&rsquo;est bien ce qu&rsquo;exp&eacute;rimente le h&eacute;ros de<em> Moon Palace,<\/em> un jeune homme vivant seul avec son oncle Victor, jusqu&rsquo;au d&eacute;c&egrave;s de celui-ci. Marco s&rsquo;accroche &agrave; son h&eacute;ritage, &agrave; ses caisses de livres qu&rsquo;il lit jusqu&rsquo;au dernier, &agrave; sa clarinette, &agrave; son costume&#8230; &laquo; Il m&rsquo;est arriv&eacute; d&rsquo;avoir l&rsquo;impression que le costume me maintenait en forme, que si je ne le portais pas, mon corps s&#39;&eacute;parpillerait. Il fonctionnait comme une membrane protectrice, une deuxi&egrave;me peau qui m&rsquo;abritait des coups de l&rsquo;existence &raquo;2.<br \/>\nSon d&eacute;sespoir m&eacute;lancolique l&rsquo;entra&icirc;ne &agrave; s&rsquo;isoler des&nbsp;&nbsp; autres, &agrave; s&rsquo;enfouir dans son appartement en accumulant dettes et probl&egrave;mes, sans travailler, sans lever le moindre petit doigt pour les<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10306?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R&eacute;sum&eacute; : La pratique clinique avec les sujets SDF confronte &agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne tout &agrave; fait particulier : l&rsquo;incurie. 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