{"id":10300,"date":"2021-08-22T07:31:44","date_gmt":"2021-08-22T05:31:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/faire-tache-dans-le-tableau-2\/"},"modified":"2021-09-16T22:29:30","modified_gmt":"2021-09-16T20:29:30","slug":"faire-tache-dans-le-tableau","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/faire-tache-dans-le-tableau\/","title":{"rendered":"Faire tache dans le tableau"},"content":{"rendered":"\n<p>Quand ils disent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu devrais avoir honte&nbsp;\u00bb et non \u00ab&nbsp;Tu devrais te sentir coupable&nbsp;\u00bb, les parents de l\u2019enfant savent que la faute reproch\u00e9e r\u00e9sulte d\u2019une rupture avec les id\u00e9aux qu\u2019ils croyaient transmis. Cette honte les affecte et \u00e0 leur tour, par r\u00e9verb\u00e9ration, on est honteux <em>pour<\/em> nos enfants, de m\u00eame qu\u2019ils ont honte <em>pour<\/em> nous. Les remodelages identificatoires \u00e0 l\u2019adolescence connaissent des ruptures dans les id\u00e9aux&nbsp;: l\u2019adolescent les souhaite et les redoute \u00e0 la fois. Ils en sont auteurs et victimes, ils les revendiquent cr\u00e2nement et se plaignent des effets qu\u2019ils occasionnent, ils doivent endurer la solitude \u00e0 laquelle cette rupture les condamne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Passage \u00e0 l\u2019informe<\/h2>\n\n\n\n<p>Ils perdent contenance, perdent forme, \u00ab&nbsp;se liqu\u00e9fient&nbsp;\u00bb disent-ils. Et pourtant, dans ce passage de la forme \u00e0 l\u2019informe, ils voient une distinction qui les sort du lot. Pour Monique Schneider, \u00ab&nbsp;Emerger dans le visible&nbsp;\u00bb &#8211; de la matrice &#8211; est \u00e0 la fois fondateur de la honte et honte fondatrice du sujet<sup>1<\/sup>. La honte se pr\u00e9sente toujours comme une aporie. Une patiente, Pascale, a souvent \u00e9voqu\u00e9 ce souvenir d\u2019enfance&nbsp;: sa s\u0153ur s\u2019est soulag\u00e9e dans la rue, simplement cach\u00e9e par une voiture. Pascale, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, se penche dans la \u00ab&nbsp;fente&nbsp;\u00bb entre le ch\u00e2ssis et l\u2019asphalte et voit la merde tomber &#8211; vision traumatique qui lui rappelle \u00e0 chaque fois avec angoisse ses accouchements qui lui ont paru d\u00e9go\u00fbtants. \u00ab&nbsp;<em>Nascimur inter urinas et feces<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e9crit Saint Augustin qui place aussi la honte \u00e0 notre origine. Pascale me rapporte un propos de sa m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle a fait une crotte&nbsp;\u00bb, dit-elle pour parler de la naissance de ses enfants. Son p\u00e8re, lui, les appelait \u00ab&nbsp;ses petits merdeux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Penser la honte, c\u2019est rester dans cette ind\u00e9termination entre l\u2019informe qui nous massifie dans l\u2019indistinct, et la forme qui nous distingue d\u2019autrui. Comment rendre compte d\u2019un concept qui a toujours \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9 par la psychanalyse au profit de la culpabilit\u00e9, beaucoup plus stable&nbsp;? La honte est difficile \u00e0 formaliser, \u00e0 fixer&nbsp;: y arriverait-on, on passerait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa plasticit\u00e9. Rendre compte de l\u2019informe, c\u2019est risquer d\u2019en subir \u00e0 notre tour les effets&nbsp;: \u00e0 croire que nous craignons de perdre notre dignit\u00e9 dans un colloque, ou dans un \u00e9crit&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Spectacle de la honte<\/h2>\n\n\n\n<p>Pourquoi ce titre&nbsp;? Qu\u2019est-ce que \u00ab&nbsp;faire t\u00e2che dans le tableau&nbsp;\u00bb&nbsp;? Prenons ce mot \u00ab&nbsp;tache&nbsp;\u00bb dans son sens propre &#8211; car c\u2019est ainsi&nbsp;: en fran\u00e7ais, l\u2019antonyme de sens figur\u00e9, c\u2019est sens propre. La tache n\u2019est pas une couleur parmi celles qui constituent la palette homog\u00e8ne du peintre, c\u2019est plut\u00f4t une bizarrerie inattendue qui trouble le spectateur&nbsp;: nous pourrions d\u00e9velopper cette mode des mouches, un d\u00e9tail pictural qui a connu une mode entre la moiti\u00e9 du <em>Quattrocento<\/em> et le d\u00e9but du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en Italie&nbsp;: les mouches \u00e9taient d\u00e9pos\u00e9es comme de vrais insectes polluant une toile, et le spectateur avait envie de les chasser. Ce d\u00e9tail \u00e9tait aussi le signe de la dext\u00e9rit\u00e9 du peintre. Daniel Arasse en a fait un livre<sup>2<\/sup>. La mouche peinte avec autant de finesse ne fait pas tache, ne fait pas honte, elle signe le grand peintre. Alors, \u00e9voquons Francis Bacon, qui laisse un chiffon informe tra\u00eener dans un coin, par exemple dans ses corridas. Les contorsions douloureuses des corps chez Bacon s\u2019opposent \u00e0 la souplesse plastique mise en valeur dans la peinture, et peuvent faire honte aux regardeurs qui viennent les rejoindre en se refl\u00e9tant dans les vitres recouvrant toutes ses toiles, \u00e0 la demande expresse du peintre. Mouches et chiffons introduisent un doute&nbsp;; il s\u2019insinue sur la majest\u00e9 suppos\u00e9e du sujet et de la sc\u00e8ne repr\u00e9sent\u00e9e. La peinture ironise sur elle-m\u00eame et menace le spectateur de honte. Bacon peut aussi disqualifier le sujet peint, lorsque celui-ci s\u2019identifie \u00e0 la posture de sa fonction. C\u2019est le cas de ses \u00e9tudes nombreuses \u00e0 partir des reproductions du tableau de Velasquez, le pape Innocent X. Voil\u00e0 un saint homme qui ne conna\u00eet probablement pas la honte, qui assume avec vigueur et majest\u00e9 sa position, sa posture de chef de l\u2019\u00e9glise assis sur son tr\u00f4ne pontifical. Velasquez a su saisir un terrible regard sans concession. Une main tient un papier, peut-\u00eatre une bulle, l\u2019autre recouvre le bras du tr\u00f4ne. Pourtant, en regardant son portrait, Innocent X est inquiet et s\u2019\u00e9crie \u00ab&nbsp;<em>Troppo vero<\/em>&nbsp;!&nbsp;\u00bb, trop subjectif. Innocent X commande aussi son portrait au Bernin qui r\u00e9alise deux marbres en une seule journ\u00e9e, dit-on&nbsp;: le premier avait un d\u00e9faut, une vilaine nervure parcourait le premier marbre blanc&nbsp;! Le pape Innocent X de Bacon, lui, s\u2019accroche \u00e0 son si\u00e8ge qui semble s\u2019enfoncer dans le sol et, terrifi\u00e9, il crie. On ne voit plus au centre du tableau qu\u2019une bouche ouverte, une tache noire. L\u2019\u00e9clat de la fonction papale est disqualifi\u00e9 par l\u2019effroi suscit\u00e9 par la tache, cette vision impudique de l\u2019intimit\u00e9 corporelle, les entrailles du pape. Ce cri fait honte \u00e0 celui qui le regarde. La honte est donc un effet de la pulsion scopique&nbsp;: le regard du spectateur honnisseur, scrutant sans complaisance une incongruit\u00e9 dans le \u00ab&nbsp;spectacle du monde&nbsp;\u00bb. Le mot est de Lacan, nous y reviendrons.<\/p>\n\n\n\n<p>La tache noire honteuse du cri d\u2019Innocent X m\u2019am\u00e8ne \u00e0 une seconde \u00e9vocation clinique&nbsp;: il s\u2019agissait d\u2019une jeune adulte d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es que j\u2019avais connue adolescente \u00e0 mon cabinet. Sophie est une jeune fille, dont la structure me semble incertaine, sa symptomatologie est pauvre, mais avec de nombreuses conduites agies aupr\u00e8s des autres, et sur son corps propre. Elle est inqui\u00e9tante. Mais elle est aussi jolie, intelligente, tr\u00e8s espi\u00e8gle et inventive, suffisamment hyst\u00e9rique pour me mettre en difficult\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Travaillant dans l\u2019art, Sophie trouve un emploi d\u2019\u00e9t\u00e9 dans une galerie d\u2019art contemporain \u00e0 Hong-Kong. Comme souvent, dans ces galeries, elle est seule et s\u2019ennuie. En face d\u2019elle le portrait d\u2019un peintre c\u00e9l\u00e8bre et tr\u00e8s cot\u00e9. Un jour, impulsivement, elle quitte son comptoir, saisit un marqueur et rajoute au visage un point noir, une mouche, aurait-on dit en Italie de la Renaissance, sa marque. Elle sait, elle seule sait, avant que je ne sois mis dans la confidence. Elle a d\u00e9valu\u00e9 sciemment la valeur de ce tableau. O\u00f9 est la honte&nbsp;? Dans le visage marqu\u00e9&nbsp;? Dans le tableau d\u00e9valu\u00e9&nbsp;? Dans l\u2019intention du saccage&nbsp;? Dans l\u2019inanit\u00e9 du march\u00e9 de l\u2019art&nbsp;? S\u00fbrement un peu de tout \u00e7a. J\u2019ai toujours pens\u00e9 que cette jeune fille \u00e9prise silencieusement de scandale \u00e9tait aussi un passeur, le r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e et d\u00e9rangeante, comme Sophie Calle, artiste et \u00e9crivain, peut l\u2019\u00eatre. Une autre fois, elle voit, dans une salle d\u2019un mus\u00e9e d\u2019art contemporain, une installation d\u2019objets h\u00e9t\u00e9roclites r\u00e9pandus sur le sol. Elle est seule dans la salle et d\u00e9pose au milieu de ces objets un objet personnel. Elle revient plus tard les r\u00e9cup\u00e9rer, mais un gardien la surprend et lui demande de le remettre imm\u00e9diatement. Elle retrouve quelques ann\u00e9es plus tard l\u2019artiste \u00e0 laquelle elle envoie un message sur <em>Facebook<\/em>. Elle lui raconte sa m\u00e9saventure et re\u00e7oit un message en retour&nbsp;: l\u2019objet maintenant partie de l\u2019\u0153uvre, l\u2019artiste la remercie de sa participation et lui indique le num\u00e9ro qui objective sa pr\u00e9sence dans l\u2019installation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux gestes de cette patiente sont de nature diff\u00e9rente&nbsp;: autant le rajout d\u2019un point noir sur le tableau est subversif &#8211; il d\u00e9masque, d\u00e9marque, d\u00e9value l\u2019\u0153uvre, m\u00eame si personne ne devait le remarquer -, autant le d\u00e9p\u00f4t d\u2019un objet personnel, l\u2019impossibilit\u00e9 de le soustraire ensuite de l\u2019installation, prolonge de mani\u00e8re ludique, impr\u00e9vue, disons juv\u00e9nile, le geste artistique. Elle a particip\u00e9 harmonieusement \u00e0 l\u2019installation, sans susciter de honte, ni chez l\u2019artiste, ni chez le spectateur. Cette patiente continuera sa carri\u00e8re artistique au bord des convenances, des codes de l\u2019art, qu\u2019elle transgresse \u00e0 la marge, avec humour, sans jamais les briser frontalement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Retournement du regard<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Faire tache dans le tableau<\/em>&nbsp;\u00bb est un mot de Lacan, dont je vais rappeler rapidement les circonstances, telles qu\u2019il les rapporte dans son s\u00e9minaire. Au titre de la pulsion, Lacan \u00e9voque un rare souvenir de son adolescence&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019\u00e9tais sur un petit bateau et le p\u00eacheur p\u00eachait dans sa coquille de noix \u00e0 ses risques et p\u00e9rils. Petit-Jean me montre quelque chose qui flottait \u00e0 la surface des vagues, une bo\u00eete de sardines. Elle miroitait dans le soleil. Et Petit-Jean dit &#8211; Tu vois cette bo\u00eete&nbsp;? Tu la vois&nbsp;? Eh bien elle, elle te voit pas&nbsp;! Il trouvait \u00e7a tr\u00e8s dr\u00f4le, moi moins. Si la bo\u00eete ne me voit pas, tout de m\u00eame, elle me regarde au niveau du point lumineux o\u00f9 est tout ce qui me regarde (\u2026) Pour tout dire, je faisais tant soit peu tache dans le tableau.<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce petit r\u00e9cit est rare&nbsp;: nous n\u2019avons pas de t\u00e9moignage de la vie du jeune Lacan, qui a vingt ans ici. Le tableau pittoresque est bien d\u00e9crit pour que nous comprenions l\u2019opposition entre l\u2019intellectuel bourgeois embarqu\u00e9 et Petit-Jean, le pauvre p\u00eacheur au service de l\u2019industrie de la conserve. Que la bo\u00eete de conserve ne voie pas Lacan, un ado dirait aujourd\u2019hui qu\u2019elle ne le calcule pas, est bien fait pour que l\u2019on saisisse ce retournement dialectique op\u00e9r\u00e9 par Lacan depuis le regardeur du tableau, jusqu\u2019au tableau qui le regarde, dans la polys\u00e9mie de ce mot. C\u2019est ce dernier regard qui le fixe et lui fait honte&nbsp;: il fait tache dans le tableau, dans le spectacle du monde. Lacan est l\u00e0 tr\u00e8s freudien&nbsp;: dans <em>Pulsions et destins des pulsions<\/em><sup>4<\/sup>, au premier mouvement actif de regarder l\u2019objet, succ\u00e8de un nouveau but, passif, source de jouissance, \u00eatre regard\u00e9 par l\u2019objet. Il n\u2019y a jamais de pure pulsion passive, puisque le sujet soutient activement ce mouvement passif qui provoque culpabilit\u00e9 sexuelle, et honte, si le regard honnisseur d\u00e9fait les sources narcissiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Etre t\u00e9moin pour le honteux<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Faire tache dans le tableau&nbsp;\u00bb, aurait pu \u00eatre dit par Claire, ma troisi\u00e8me \u00e9vocation clinique, une jeune adolescente de seize ans, qui venait de vivre un deuil brutal. Elle a renonc\u00e9 alors \u00e0 aller en classe, \u00e0 revoir ses amies et aurait voulu se cacher dans un trou de souris. Elle pr\u00e9f\u00e8re le cadre d\u2019une clinique psychiatrique o\u00f9 elle se fait hospitaliser \u00e0 la suite d\u2019un \u00e9pisode d\u2019anorexie et de d\u00e9pression. Son refus de s\u2019alimenter s\u2019origine selon elle \u00e0 la honte de manger en public. Ce sympt\u00f4me phobique est primitivement adress\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;: elle est \u00e9galement honteuse de la voir mastiquer en ouvrant la bouche, en faisant du bruit. Son refus de sortir s\u2019apparente \u00e0 celui de ne pas vouloir ouvrir la bouche&nbsp;; montrer son int\u00e9rieur lui est d\u2019une impudeur insupportable. Comme elle, l\u2019Innocent X de Velasquez se garde bien d\u2019ouvrir la bouche et de risquer de perdre contenance. Claire craignait et d\u00e9sirait perdre la contenance maternelle&nbsp;; sa m\u00e8re ne la laissait pas quitter sa matrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant devenue une jeune femme, Claire peut se f\u00e9liciter des effets d\u2019une longue analyse dans laquelle elle s\u2019est beaucoup investie, mais sa phobie est rest\u00e9e intacte et elle s\u2019en plaint. Un jour, indign\u00e9e par mon d\u00e9sint\u00e9r\u00eat apparent pour son sympt\u00f4me, elle exige que je lui dise ma compassion. Je ne peux m\u2019y soustraire, alors que, toujours d\u00e9di\u00e9 \u00e0 un transfert paternel, je n\u2019entends pas suffisamment le d\u00e9faut maternel. Je me force donc, sans y croire. Mon intervention compassionnelle me fut p\u00e9nible, forc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9ance suivante, rayonnante, elle me fait part de ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme un acte manqu\u00e9&nbsp;: un copain lui a propos\u00e9 de d\u00eener en t\u00eate \u00e0 t\u00eate, elle a accept\u00e9 sans y penser au lieu de biaiser, et s\u2019est rendu \u00e0 ce rendez-vous sans difficult\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Deleuze eut ce mot tr\u00e8s pertinent&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019esprit se penche sur le corps&nbsp;: la honte ne serait rien sans ce penchant, cette attirance pour l\u2019abject, ce voyeurisme de l\u2019esprit. C\u2019est dire que l\u2019esprit a honte <em>du<\/em> corps de mani\u00e8re tr\u00e8s sp\u00e9ciale&nbsp;: en fait il a honte <em>pour<\/em> le corps.&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>. Ce penchant deleuzien libidinalise la honte, fut-elle narcissique&nbsp;; il compatit pour le corps p\u00e9tri de jouissance, au service de la vie, non de la pulsion de mort. C\u2019est la raison pour laquelle chercher \u00e0 effacer, m\u00e9conna\u00eetre, ou traiter la honte, s\u2019apparente \u00e0 une nouvelle menace contre l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de celui qui la subit. On tient \u00e0 sa honte. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 somm\u00e9 de t\u00e9moigner de cette pr\u00e9sence douloureuse chez Claire, et probablement d\u2019en partager l\u2019\u00e9preuve.<\/p>\n\n\n\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un t\u00e9moin pour le honteux engage l\u2019analyste&nbsp;: il n\u2019y a pas de r\u00e9cit honteux sans transfert de honte dans la cure. Deux attitudes contre-transf\u00e9rentielles menacent alors l\u2019analyste&nbsp;: qu\u2019il soit un observateur sid\u00e9r\u00e9, pris dans la sp\u00e9cularit\u00e9 honteuse et il n\u2019y a plus d\u2019analyse&nbsp;; qu\u2019il ignore les enjeux de la honte, la rabatte sur la culpabilit\u00e9 par exemple et sorte indemne du transfert honteux et il n\u2019y a toujours pas d\u2019analyse. C\u2019est la place qu\u2019occupe l\u2019analyste qui est en cause quand, dans certaines cures, la honte nous prend au corps&nbsp;: qu\u2019est-ce que je fais <em>l\u00e0<\/em>, se demande-t-on parfois&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan en a souvent parl\u00e9&nbsp;: l\u2019analyste est le support, la cause du d\u00e9sir. Une place impossible \u00e0 tenir, sauf sous la forme d\u2019un d\u00e9fi que Lacan nomme abjection. La honte de l\u2019analyste, dans chaque cure, est synonyme d\u2019imposture&nbsp;; cette honte-l\u00e0 est consubstantielle au dispositif de la cure&nbsp;; elle est n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019engagement transf\u00e9rentiel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>M. Schneider, \u00ab&nbsp;Emerger dans le visible&nbsp;\u00bb in <em>La Honte<\/em>, <em>Espaces n\u00b016<\/em>, Paris, Octobre 1988.<\/li><li>Daniel Arasse, <em>Le d\u00e9tail<\/em>, Flammarion, 2014.<\/li><li>Jacque Lacan, <em>S\u00e9minaire XI<\/em>, \u00ab&nbsp;Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse&nbsp;\u00bb, le\u00e7on du 04\/03\/64, p. 89.<\/li><li>Sigmund Freud (1915) \u00ab&nbsp;Pulsions et destins des pulsions&nbsp;\u00bb in <em>M\u00e9tapsychologie<\/em>, p. 31, Id\u00e9es\/ Gallimard, 1968.<\/li><li>G. Deleuze, <em>Critique et clinique<\/em>, Minuit, 1993.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10300?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand ils disent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu devrais avoir honte&nbsp;\u00bb et non \u00ab&nbsp;Tu devrais te sentir coupable&nbsp;\u00bb, les parents de l\u2019enfant savent que la faute reproch\u00e9e r\u00e9sulte d\u2019une rupture avec les id\u00e9aux qu\u2019ils croyaient transmis. 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