{"id":10299,"date":"2021-08-22T07:31:44","date_gmt":"2021-08-22T05:31:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/psychanalyse-a-distance-skype-ou-telephone-2\/"},"modified":"2021-09-15T19:55:23","modified_gmt":"2021-09-15T17:55:23","slug":"psychanalyse-a-distance-skype-ou-telephone","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/psychanalyse-a-distance-skype-ou-telephone\/","title":{"rendered":"Psychanalyse \u00e0 distance : Skype ou t\u00e9l\u00e9phone ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous proposons une r\u00e9flexion sur les probl\u00e8mes pos\u00e9s \u00e0 la pratique psychanalytique par la crise sociosanitaire actuelle. Si l\u2019imp\u00e9ratif de s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019urgence des soins, face au coronavirus, l\u2019emportent sur les consid\u00e9rations de clinique psychanalytique, nous pouvons n\u00e9anmoins maintenir vivant notre lien \u00e0 nos patients. Delphine Miermont-Schilton avance quelques propositions th\u00e9orico-cliniques que Fran\u00e7ois Richard prolonge par des hypoth\u00e8ses compl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 Skype&nbsp;: une affaire d\u2019habitude&nbsp;? Delphine Miermont-Schilton<\/h2>\n\n\n\n<p>Nombreux sont les analystes qui en ces temps de confinement proposent \u00e0 leurs patients des s\u00e9ances par Skype ou t\u00e9l\u00e9phone, n\u00e9cessit\u00e9 faisant loi, et ce m\u00eame si <em>a priori<\/em> ils n\u2019\u00e9taient pas favorables \u00e0 cette modalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces circonstances particuli\u00e8res m\u2019incitent \u00e0 partager avec vous la relativement ancienne exp\u00e9rience que j\u2019en ai (plus de 10 ans\u2026 donc ant\u00e9rieure \u00e0 la crise actuelle qui op\u00e8re un for\u00e7age) et les r\u00e9flexions qui en ont d\u00e9coul\u00e9. Plusieurs de mes patients se sont expatri\u00e9s au cours de leur psychoth\u00e9rapie&nbsp;; d\u2019autres de passage \u00e0 Paris mais vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ont d\u00e9sir\u00e9 vouloir poursuivre le travail commenc\u00e9 lors d\u2019entretiens pr\u00e9liminaires, etc. Dans tous ces cas il s\u2019agit initialement d\u2019une indication de cadre psychoth\u00e9rapique en face \u00e0 face de 1 \u00e0 3 s\u00e9ances par semaine et de patients que j\u2019ai d\u2019abord rencontr\u00e9s \u00e0 mon cabinet, j\u2019insiste sur ce point. Pour les patients en analyse, et dans mon exp\u00e9rience, le t\u00e9l\u00e9phone reste \u00e0 mon avis un \u00e9quivalent n\u00e9cessaire surtout en ces temps de confinement mais illusoire aussi, car tributaire d\u2019un d\u00e9sir de rester au plus pr\u00e8s de la situation originaire, et Skype l\u00e0 aussi pourrait avoir ses avantages&nbsp;; jamais la seule voix du patient n\u2019occupe le site de la s\u00e9ance et ce que nous \u00e9coutons est jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, la voix d\u2019une personne en chair et en os. Le t\u00e9l\u00e9phone du reste am\u00e8ne l\u2019analyste \u00e0 parler beaucoup plus comme pour compenser la perte perceptive de la sensorialit\u00e9 de la pr\u00e9sence, et cela peut s\u2019av\u00e9rer g\u00eanant pour les patients. Une image maintenue, pas forc\u00e9ment celle de l\u2019analyste, peut de ce point de vue se rapprocher plus du cadre classique. Pour ma part, je n\u2019utilise pas Skype avec mes patients en analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Je commencerai par quelques remarques d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9rale puis je tenterai, \u00e0 travers une d\u00e9finition de ce qui fait analyse, de plaider pour la pratique par Skype et d\u2019en conjurer les \u00e9l\u00e9ments transgressifs, puis je m\u2019attarderai sur les \u00e9cueils de la psychoth\u00e9rapie par Skype afin de pr\u00e9ciser la formulation du cadre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Suspendre <em>or not<\/em> suspendre<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans les circonstances actuelles de pand\u00e9mie mondiale la question du maintien ou pas des s\u00e9ances se pose \u00e0 tout un chacun, l\u00e0 o\u00f9 il se trouve dans son parcours professionnel et social et bien entendu dans son contre-transfert. Certains sans doute se demanderont si il ne faut pas tout simplement suspendre les s\u00e9ances et s\u2019interrogeront finement sur ce qui peut nous pousser dans notre contre-transfert \u00e0 vouloir les maintenir. Suspendre les s\u00e9ances implicitement signifie&nbsp;: il ne faudrait rien perdre de notre situation de r\u00e9f\u00e9rence, ce qui suppose aussi de pouvoir supporter la perte de revenus plusieurs semaines\u2026 L\u2019autre risque qui menace les institutions serait que cette pratique ne vienne \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser nous \u00e9loignant ainsi de la situation anthropologique fondamentale qu\u2019implique la cure et qu\u2019\u00e9voque Fran\u00e7ois Richard. Les tenants de la puret\u00e9 analytique ne trouveront pas \u00e0 se satisfaire de ce qui va suivre. La n\u00e9cessit\u00e9 de travailler pour vivre nous rend in\u00e9gaux devant notre abord de la pratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons tout de m\u00eame des \u00e9l\u00e9ments de bon sens. Il nous arrive de suspendre les s\u00e9ances&nbsp;: nous accouchons ou sommes malades, etc. Il s\u2019agit de notre vie priv\u00e9e. La question de savoir si la pand\u00e9mie est affaire de vie priv\u00e9e m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pos\u00e9e sauf pour les coll\u00e8gues qui ont contract\u00e9 la maladie. Ce qui pose la question des analystes malades qui n\u2019en informent pas leurs patients puisqu\u2019ils peuvent recevoir leur patient par Skype. A l\u2019inverse nous connaissons le cas de coll\u00e8gues qui dans un pays en guerre ont maintenu une pratique de l\u2019analyse. Le message est alors clair et restaure au fond une sym\u00e9trie qui peut sembler insupportable \u00e0 certains analystes. Je me souviens ainsi d\u2019un psychanalyste expliquant qu\u2019il \u00e9tait fort important que le fauteuil du patient soit diff\u00e9rent de celui de l\u2019analyse pour maintenir une dissym\u00e9trie\u2026 Notre choix de poursuivre ou pas les s\u00e9ances serait-il une affaire priv\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>En maintenant les s\u00e9ances et en proposant des s\u00e9ances par Skype et \/ou par t\u00e9l\u00e9phone, la question de ce que l\u2019on perd est \u00e9videmment \u00e0 poser. En ne cherchant pas de solutions pour maintenir les s\u00e9ances ne d\u00e9nie-t-on pas que nous sommes log\u00e9s \u00e0 m\u00eame enseigne que nos patients, que nous appartenons au m\u00eame monde, que nous vivons les m\u00eames choses. Si un analyste a besoin de gagner sa vie, les questions soulev\u00e9es ici le concernent au premier chef. Nous y perdons, ou croyons le perdre, tout ce qui \u00e0 rapport au sensoriel&nbsp;: la pr\u00e9sence du patient, son odeur, l\u2019air qu\u2019il d\u00e9place dans la pi\u00e8ce, la mise en relation de toutes ces synesth\u00e9sies. Monsieur S. ne me fera plus vivre ni supporter son odeur forte et d\u00e9sagr\u00e9able pour moi, au soulagement des premiers temps va succ\u00e9der une autre forme d\u2019\u00e9coute, Monsieur M. qui s\u2019attarde toujours sur le pas de la porte se verra raccrocher, je ne le regarderai plus enfiler son manteau, ses gants, d\u00e9visager mon mobilier, effleurer mon bureau, je vais \u00eatre sollicit\u00e9e ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien \u00e9videmment les r\u00e8gles fondatrices de l\u2019analyse sont maintenues&nbsp;: libre association, non omission, constante horaire et de dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Que le patient et l\u2019analyste soient tous les deux vivants et participent du m\u00eame monde et de ses angoisses est sans doute un pr\u00e9requis pour l\u2019analyse, on sait combien les diff\u00e9rences culturelles trop marqu\u00e9es peuvent \u00eatre des obstacles insurmontables \u00e0 la construction d\u2019un espace analytique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ecueils de la situation par Skype<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est en travaillant les situations o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mise en difficult\u00e9 que j\u2019ai pu penser le cadre Skype et r\u00e9ussir \u00e0 le formuler de fa\u00e7on satisfaisante aux patients. C\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 ces exp\u00e9riences que j\u2019ai pu banaliser ce cadre et l\u2019int\u00e9grer pour ensuite travailler avec comme j\u2019en donnerai un bref exemple clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour commencer je souhaite extraire de mon article publi\u00e9 dans la <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em> (RFP) 2019\/2 &#8211; <em>Identit\u00e9s, Une homo-bisexualit\u00e9 comme identit\u00e9<\/em>, une vignette qui peut condenser toutes les critiques \u00e0 adresser \u00e0 ce protocole-cadre qu\u2019est Skype. Il s\u2019agit du cas d\u2019une patiente de psychoth\u00e9rapie qui se voit enfin nomm\u00e9e au poste important qu\u2019elle aspirait dans un lointain pays asiatique. A la suite de cette s\u00e9ance j\u2019ai pu penser, outre les aspects proprement transf\u00e9rocontre-transf\u00e9rentiels, l\u2019\u00e9l\u00e9ment du cadre.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;<em>La nomination en province tombe rapidement et la question du cadre se pose de nouveau. Je lui propose Skype, d\u2019autant que dans sa ville nous n\u2019avons pas de correspondants. Vais-je devenir l\u2019analyste dans la bo\u00eete comme les parents \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision&nbsp;? Ce choix est discutable car refuse la castration, mais il s\u2019av\u00e9rera b\u00e9n\u00e9fique et permettra, lors d\u2019une crise, de mettre \u00e0 jour un fantasme ubiquitaire central et organisateur de la vie psychique de Diane. Je con\u00e7ois le passage sur Skype comme un am\u00e9nagement du cadre psychoth\u00e9rapique classique. Nous nous verrons sur Skype \u00e0 un horaire fixe, je me connecte et elle sonne \u00e0 la porte de Skype comme \u00e0 celle de mon cabinet, le paiement se fait en fin de mois. A l\u2019occasion d\u2019une s\u00e9ance en juillet (\u00e0 deux s\u00e9ances de la suspension estivale), je d\u00e9couvre, lorsque commence la connexion, un cadre visuel inhabituel. Diane est dans un bar en Asie, o\u00f9 il est minuit. Je sens en moi d\u2019abord un \u00e9tonnement et un agacement. Dans le cadre classique, cette s\u00e9ance aurait \u00e9t\u00e9 manqu\u00e9e&nbsp;; quand on est en Asie, on n\u2019est pas en France, lui fais-je remarquer. A son tour de s\u2019\u00e9tonner, avec bon sens, n\u2019est-ce pas l\u00e0 le principe m\u00eame de Skype, objecte-t-elle&nbsp;? Quand elle est en province, elle n\u2019est pas \u00e0 Paris, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison que nous avons mis en place ce cadre afin qu\u2019elle puisse \u00eatre avec moi m\u00eame quand elle n\u2019y est pas<\/em>&nbsp;:<br>&#8211; \u00ab&nbsp;<em>Comme avec vos parents quand ils \u00e9taient dans la bo\u00eete&nbsp;? La distance \u00e9tait abolie&nbsp;? La s\u00e9paration inexistante, ils ne pouvaient pas vous manquer&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb<br>&#8211; \u00ab&nbsp;<em>Bah oui, exactement<\/em>&nbsp;\u00bb, <em>opinera-t-elle.<\/em><br><em>J\u2019avais reconnu le sexuel \u0153dipien interdit en refusant d\u2019\u00eatre l\u2019objet de l\u2019homosexualit\u00e9 secondaire en sa compagnie dans un bar puisque, dans un effet direct du contre-transfert mais qui aura dans l\u2019actualit\u00e9 du transfert une vertu interpr\u00e9tative voire mutative, je m\u2019entends lui dire<\/em>&nbsp;: &#8211; \u00ab&nbsp;<em>On abolit la distance mais pas le temps, \u00e0 minuit je ne travaille pas&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<br>&#8211; \u00ab&nbsp;<em>Mais il est 16 heures pour vous&nbsp;\u00bb, remarque-t-elle.<\/em><br>&#8211; \u00ab&nbsp;<em>Et me voil\u00e0 \u00e0 vos c\u00f4t\u00e9s en pleine nuit alors&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb<br><em>Je sens bien que je discute avec elle, le terrain analytique est perdu cette fois-ci et pourtant on y est en plein. Avec la complaisance du cadre, elle a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un agir en d\u00e9laissant le terrain de l\u2019associativit\u00e9 fantasmatique, de la symbolisation et, par cons\u00e9quent, de la subjectivation. Diane a emmen\u00e9 de fait sa psychanalyste avec elle dans un bar la nuit, c\u2019est fait. La valeur interpr\u00e9tative de la parole analytique est annul\u00e9e et r\u00e9duite \u00e0 une parole performative. J\u2019ai donc, en fin de s\u00e9ance, indiqu\u00e9 que nous suspendrions les s\u00e9ances jusqu\u2019\u00e0 la reprise de septembre<\/em>.\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>A la lumi\u00e8re de cet \u00e9v\u00e9nement, plusieurs r\u00e9flexions se sont impos\u00e9es \u00e0 moi. La premi\u00e8re concerne l\u2019am\u00e9nagement par Skype du cadre de la psychoth\u00e9rapie. Si Skype abolit les distances, il est important de pouvoir laisser au patient la possibilit\u00e9 de manquer ses s\u00e9ances, sinon le cadre devient lacanien au sens o\u00f9 le patient ne peut ni manquer sa s\u00e9ance ni se faire attendre. Ceci passe aussi par la formulation d\u2019un temps priv\u00e9 et d\u2019un temps collectif-professionnel. Que Diane ne travaille pas dans ma ville est une chose, mais nous devons pour autant avoir des r\u00e9f\u00e9rents communs, dont le temps social. Les heures ouvrables doivent co\u00efncider au minimum. Si peu d\u2019analystes recevraient en Skype des patients \u00e0 trois heures du matin, la r\u00e9ciproque doit \u00eatre vraie. Ce faisant, je tentais de formuler \u00e0 Diane que nous pouvions nous s\u00e9parer l\u2019une de l\u2019autre, \u00e9tant deux personnes distinctes. A partir du moment o\u00f9 j\u2019ai pu lui montrer que le cadre \u00e9tait aussi ce lieu o\u00f9 l\u2019on pouvait ne pas se rencontrer, une \u00e9volution remarquable s\u2019est produite&nbsp;: la diff\u00e9renciation ainsi formul\u00e9e a permis \u00e0 un processus de s\u00e9parabilit\u00e9 de s\u2019enclencher avec l\u2019objet \u00ab&nbsp;homo&nbsp;\u00bb que je repr\u00e9sentais pour elle, au sens d\u2019objet semblable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Formuler un cadre<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque je formule le cadre \u00e0 mes patients je ne manque pas de leur dire les choses suivantes&nbsp;: ils sonnent \u00e0 la porte de Skype comme \u00e0 celle de mon cabinet ce n\u2019est jamais l\u2019analyste qui les joint, les s\u00e9ances ont lieu de leur c\u00f4t\u00e9 (comme du mien) toujours au m\u00eame endroit dans un lieu neutre pour eux, ils peuvent \u00ab&nbsp;flouter&nbsp;\u00bb le fond derri\u00e8re eux, pour ma part je suis \u00e0 mon cabinet, assise sur mon fauteuil d\u2019analyste, l\u2019ordinateur pos\u00e9 sur une table devant moi ou sur le fauteuil du patient, sur\u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Si d\u2019aventure ils ne peuvent se rendre sur ce lieu de leur s\u00e9ance quelle que soit la raison, la s\u00e9ance n\u2019a pas lieu&nbsp;: elle est manqu\u00e9e. Cette exigence est la m\u00eame pour l\u2019analyste, cela va de soi (sans doute par temps de crise covid o\u00f9 l\u2019analyste a d\u00fb se confiner chez lui, les choses sont sensiblement diff\u00e9rentes).<\/p>\n\n\n\n<p>Le paiement s\u2019op\u00e8re par ch\u00e8que ou par virement ou par des applications qui permettent les transferts d\u2019argent sans le tiers bancaire. La suite est connue.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite on fait notre travail. Ainsi \u00e0 un patient habitu\u00e9 de Skype qui se d\u00e9brouille le 3<sup>e<\/sup> jour du confinement pour me joindre par t\u00e9l\u00e9phone, patient phobique au demeurant avec des d\u00e9fenses obsessionnelles tr\u00e8s serr\u00e9es, j\u2019interpr\u00e8te qu\u2019il avait \u00e9prouv\u00e9 le besoin de se distancer de moi en utilisant le t\u00e9l\u00e9phone, inquiet qu\u2019il \u00e9tait de cette proximit\u00e9 sociale qu\u2019instaurait le covid. Ce commun le mettait en contact avec ma personne, faisait de moi une personne.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>Si on est analyste (le cadre psychique interne de l\u2019analyste dont parle Green) on risque de le demeurer Skype ou pas, avec notre aptitude \u00e0 interpr\u00e9ter les \u00e9l\u00e9ments de la situation analytique et \u00e0 les rapporter au transfert et au contre-tranfert. Cette qualit\u00e9 se restaure assez rapidement d\u00e8s les premiers moments de sid\u00e9ration pass\u00e9s.<\/em>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Restera la fatigue, l\u2019insatisfaction souvent et le sentiment qu\u2019il manque quelque-chose\u2026 toujours&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 Pouvoirs de la voix, Fran\u00e7ois Richard<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le contexte actuel, la plupart des psychanalystes et des patients pr\u00e9f\u00e8rent suspendre, le temps qu\u2019il faudra, leurs rendez-vous habituels, et recourir \u00e0 des exp\u00e9dients -Skype et\/ou t\u00e9l\u00e9phone. Les deux protagonistes de la situation analytique ne se rencontrent plus. La proximit\u00e9 entre le <em>Nebenmensch<\/em> freudien et l\u2019enfant dispara\u00eet, m\u00eame s\u2019il y a <em>communication<\/em> (par Skype ou t\u00e9l\u00e9phone). Il ne s\u2019agit pas seulement de privation de tel ou tel aspect de la perception sensorielle (vue, odorat, etc.). Deux sujets ne sont plus dans leur humaine communaut\u00e9 d\u2019\u00eatre ensemble dans un m\u00eame <em>lieu<\/em>, dont rien ne peut pr\u00e9tendre \u00eatre l\u2019\u00e9quivalent, parce que cette communaut\u00e9 est anthropologique&nbsp;: copr\u00e9sence du petit enfant et de ses parents, copr\u00e9sence des amants et, plus particuli\u00e8rement, des parents dans la sc\u00e8ne primitive.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;fantasme ubiquitaire&nbsp;\u00bb de la patiente dont parle Delphine Miermont Schilton constitue un exemple remarquable. Expatri\u00e9e pour des raisons professionnelles dans une grande ville asiatique, elle continue sa psychoth\u00e9rapie par Skype malgr\u00e9 le d\u00e9calage horaire, jusqu\u2019\u00e0 cette conjecture troublante o\u00f9 l\u2019analyste voit sur l\u2019\u00e9cran de son ordinateur sa patiente lui parler alors qu\u2019elle se trouve dans un bar \u00e0 minuit&nbsp;! Ce qui serait rest\u00e9 dans le travail analytique ordinaire un fantasme intrapsychique transf\u00e9rentiel et\/ou contre-transf\u00e9rentiel (non dit ou explicit\u00e9) \u00e9laborable appara\u00eet ici sous la forme d\u2019une image seconde g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la technique, pas exactement la perception dans une situation v\u00e9cue.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyste n\u2019est bien s\u00fbr pas dans ce bar \u00e0 minuit. Agac\u00e9e, elle interpr\u00e8te&nbsp;: nous voil\u00e0 toutes les deux dans un bar \u00e0 minuit. C\u2019est l\u00e0 plus l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un souhait de la patiente que celle d\u2019un fait. Notre coll\u00e8gue s\u2019interroge alors&nbsp;: \u00ab&nbsp;notre choix de poursuivre ou pas les s\u00e9ances serait-il une affaire priv\u00e9e&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Cette formulation \u00e9claire singuli\u00e8rement la probl\u00e9matique du travail psychanalytique dans le contexte de crise socio-sanitaire r\u00e9sultant de la pand\u00e9mie Covid-19. Ce choc traumatique induirait-il un d\u00e9s\u00e9quilibre o\u00f9 le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre, ou de rester, analyste \u2013 cette \u00ab&nbsp;pr\u00e9cession du contre-transfert&nbsp;\u00bb dont parlait Michel Neyraut (<em>Le transfert<\/em>, Paris, PUF) &#8211; l\u2019emporterait sur la \u00ab&nbsp;neutralit\u00e9&nbsp;\u00bb de la fonction&nbsp;? Comment se fait-il en effet que nous adoptions ces nouvelles modalit\u00e9s (Skype, t\u00e9l\u00e9phone) sans vraiment envisager la possibilit\u00e9 d\u2019interrompre les traitements en cours pour les reprendre ult\u00e9rieurement dans des conditions normales, et le risque que cette pratique modifi\u00e9e endommage la qualit\u00e9 proprement analytique des cures&nbsp;? Cela va au-del\u00e0 de la n\u00e9cessit\u00e9 de gagner sa vie&nbsp;: une plus subtile d\u00e9pendance \u00ab&nbsp;\u00e9conomique&nbsp;\u00bb se fait jour envers un \u00ab&nbsp;objet&nbsp;\u00bb particulier, la pratique analytique elle-m\u00eame, qu\u2019il ne faudrait pas perdre, \u00e0 d\u00e9faut de quoi l\u2019analyste se trouverait en \u00e9tat d\u2019<em>Hilfl\u00f6sigkeit.<\/em> N\u2019y a-t-il pas quelque chose de vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec dans la tentative de maintenir co\u00fbte que co\u00fbte l\u2019analyse dans un cadre si chang\u00e9&nbsp;? Bien s\u00fbr, \u00e0 circonstances exceptionnelles r\u00e9ponses exceptionnelles -en temps de guerre ou sous occupation, ou dans un r\u00e9gime totalitaire, la proximit\u00e9 psychique et la solidarit\u00e9 entre citoyens sont fortes. Or dans le confinement actuel nous \u00e9prouvons plut\u00f4t un \u00e9tat de d\u00e9socialisation. La pand\u00e9mie montre la tr\u00e8s fragile barri\u00e8re entre l\u2019animal et l\u2019humain ainsi que notre pr\u00e9carit\u00e9 dans un monde physique o\u00f9 tout \u00e0 coup nous nous sentons exister par hasard et sans garantie aucune. Anomie et entropie plut\u00f4t que guerre. L\u2019 \u00ab&nbsp;entrelacement de ma vie avec les autres vies, de mon corps avec les choses visibles, par le recoupement de mon champ perceptif avec celui des autres, par le m\u00e9lange de ma dur\u00e9e avec les autres dur\u00e9es&nbsp;\u00bb (Maurice Merleau-Ponty, <em>Le Visible et l\u2019invisible<\/em>, Gallimard, 1964, p. 74 Paris), c\u2019est cette situation anthropologique fondamentale qui est attaqu\u00e9e, une \u00ab&nbsp;situation totale&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>) d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;dans le monde, aupr\u00e8s des autres&nbsp;\u00bb, o\u00f9 le <em>sens du r\u00e9el<\/em> pr\u00e9c\u00e8de toute pens\u00e9e r\u00e9flexive et toute interpr\u00e9tation&nbsp;; m\u00eame si un souvenir ou un fantasme se substituent \u00e0 d\u2019autres et un affect en chasse un autre, ce qui dispara\u00eet demeure r\u00e9el, quoi que refoul\u00e9. Ce <em>pr\u00e9sent sensible v\u00e9cu<\/em> devient spectral au t\u00e9l\u00e9phone et m\u00eame par Skype&nbsp;: les protagonistes savent bien que leur est \u00e9pargn\u00e9e la charge libidinale et intersubjective originale qui n\u2019existe qu\u2019entre deux personnes r\u00e9unies ensemble dans une m\u00eame pi\u00e8ce. Mesure-t-on suffisamment le m\u00e9lange d\u2019implication et de prise de risque, mais aussi la garantie mutuelle d\u2019\u00eatre l\u00e0 l\u2019un pour l\u2019autre, que constitue \u00ab&nbsp;l\u2019\u00eatre-ensemble physique de deux \u00eatres humains&nbsp;\u00bb&nbsp;? Il ne s\u2019agit pas de la privation de tel ou tel canal sensoriel et de la distorsion corollaire entre percept et repr\u00e9sentation&nbsp;: manquent la rencontre entre les deux protagonistes de l analyse et les effets que cette rencontre produit <em>in situ<\/em>, par exemple l\u2019\u00e9mergence d\u2019affects et d\u2019associations de pens\u00e9es qui ne peuvent exister autrement, m\u00eame si l\u2019on observe, par Skype ou t\u00e9l\u00e9phone, la d\u00e9sinhibition d\u2019autres affects et associations de pens\u00e9es, autoris\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment par une d\u00e9simplication r\u00e9ciproque. Le processus continue, de plus en plus restreint, \u00e0 une dialectique de la parole et du langage tandis que paradoxalement on a l\u2019impression que les patients n\u00e9vros\u00e9s se mettent \u00e0 fonctionner comme des patients limites ou post traumatiques. Encore faut-il que l\u2019analysant et l\u2019analyste disposent d\u2019une capacit\u00e9 m\u00e9morielle capable de restituer l\u2019\u00e9tat de s\u00e9ance habituel c\u2019est-\u00e0-dire au fond une m\u00e9moire vive de l\u2019infantile.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreux coll\u00e8gues t\u00e9moignent de leur fatigue \u00e0 \u00e9couter au t\u00e9l\u00e9phone. L\u2019autre n\u2019est pas \u00ab&nbsp;vraiment&nbsp;\u00bb l\u00e0, il faut faire un effort d\u2019attention compensateur pour s\u2019obliger \u00e0 bien suivre et \u00e0 ne pas laisser sa pens\u00e9e diffluer tr\u00e8s, trop, loin du patient, comme si nous pouvions nous absenter vraiment de la pi\u00e8ce. Alors qu\u2019en s\u00e9ance normale les moments dissociatifs d\u2019inattention ram\u00e8nent toujours \u00e0 l\u2019associativit\u00e9 comme je l\u2019ai dit ailleurs&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019impression (\u2026) d\u2019\u00eatre insuffisamment cr\u00e9atifs dans nos propres associations peut aller jusqu\u2019\u00e0 la conviction d\u2019avoir \u201cmal entendu\u201c, d\u2019avoir pris un mot pour un autre, d\u2019avoir rat\u00e9 le d\u00e9but d\u2019une s\u00e9quence. On ne sait plus par exemple, si une patiente parle de son p\u00e8re ou de son mari (\u2026). On reconna\u00eet que l\u2019on avait bien entendu, oui la patiente parlait de son p\u00e8re alors que l\u2019on en n\u2019\u00e9tait pas s\u00fbr ou que telle pens\u00e9e diffluente faisait \u00e9cho \u00e0 un propos que le patient allait prononcer un peu apr\u00e8s. On accepte alors d\u2019\u00eatre men\u00e9 par le discours de l\u2019autre, maladroit syntaxiquement et tr\u00e9buchant dans nos \u00e9nonc\u00e9s comme en t\u00e9moignage d\u2019une communaut\u00e9 de souffrance \u00e0 ce sentir mal ins\u00e9r\u00e9 dans la langue. La pens\u00e9e du psychanalyste (\u2026) <em>utilise ses propres manques<\/em>, absences, sa propre \u00ab&nbsp;castration&nbsp;\u00bb, pour en faire une surface d\u2019inscription pour les traces mn\u00e9siques de son interlocuteur. La plasticit\u00e9 de la pens\u00e9e du psychanalyste en s\u00e9ance englobe les tendances centrifuges et dissociatives de l\u2019associativit\u00e9 et traite des micro-clivages qui peuvent appara\u00eetre chez un patient n\u00e9vrotico-normal. L\u2019analyse du contre-transfert renforce cette capacit\u00e9 d\u2019englobement&nbsp;\u00bb (La pens\u00e9e du psychanalyste dans la cure&nbsp;: le travail avec les \u00e9tats limites in <em>La pens\u00e9e. Approche psychanalytique<\/em>, dir. M. Emmanuelli et F. Nayrou, PUF, 2015, p. 117).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019analyse par Skype ou par t\u00e9l\u00e9phone, c\u2019est <em>l\u2019Interlocuteur<\/em>, \u00ab&nbsp;en chair et en os&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;Vous&nbsp;\u00bb ou le \u00ab&nbsp;Tu&nbsp;\u00bb auquel je m\u2019adresse, qui devient incertain, malgr\u00e9 un rapprochement sensoriel-sensuel bouche\/oreille, parole\/\u00e9coute. Raison pour laquelle il faut s\u2019obliger \u00e0 faire comme d\u2019habitude et en particulier aussi silencieux que d\u2019habitude lorsqu\u2019il le faut&nbsp;: on entend alors mieux que d\u2019habitude une attente dans le silence, qu\u2019il s\u2019agisse du silence de l\u2019analyste ou du silence du patient. Faire comme d\u2019habitude et tout r\u00e9inventer&nbsp;: la conjecture impr\u00e9vue bouleverse les r\u00e8gles du cadre mais nous pouvons sauver la situation analysante, le <em>site<\/em> analytique (J-L Donnet).<\/p>\n\n\n\n<p>Tel patient d\u00e9peint le jardin o\u00f9 il se trouve et baisse la voix afin que sa femme qui passe n\u2019entende pas ce qu\u2019il dit. Telle patiente est dans sa cuisine o\u00f9 elle fume une cigarette, elle qui avait surmont\u00e9 son tabagisme, les associations m\u00e8nent \u00e0 des jeux sexuels clandestins de l\u2019enfance. Une autre se sent plus libre, \u00e0 distance, pour \u00e9voquer des exp\u00e9riences v\u00e9cues scabreuses, l\u00e0 aussi le fil analytique retrouve des traces m\u00e9morielles de l\u2019enfance. Celui-ci d\u00e9crit en d\u00e9tail avec des mots ce qu\u2019il per\u00e7oit sans le verbaliser lorsqu\u2019il se trouve allong\u00e9 sur le divan&nbsp;: cette t\u00e2che de couleur sur un rideau c\u2019est un ourson rieur, il venait, \u00e9mu, de parler de sa m\u00e8re morte &#8211; enfin celui-l\u00e0, que je re\u00e7ois usuellement en face \u00e0 face me livre, avec des mots pr\u00e9cis lui aussi, que lorsqu\u2019il d\u00e9tourne son regard du mien invariablement il le porte sur une d\u00e9coration particuli\u00e8re de mon bureau. J\u2019observe de mon c\u00f4t\u00e9 une propension \u00e0 proposer des vues d\u2019ensemble panoramiques en surplomb \u00ab&nbsp;paternel&nbsp;\u00bb (<em>cf.<\/em> M. Van Lysebeth-Ledent, Les positions masculine et f\u00e9minine du contre-transfert, <em>Revue belge de psychanalyse<\/em> n\u00b034, 1999), distinct de l\u2019accueil plus maternel, contenant, que permet Skype m\u00eame si l\u2019image sur \u00e9cran correspond \u00e0 ce que Platon consid\u00e9rait comme une version d\u00e9grad\u00e9e du vrai&nbsp;: <em>phantasma, eidolon.<\/em> Le <em>simulacre<\/em> est patent dans la pratique qui consiste \u00e0 activer la cam\u00e9ra du t\u00e9l\u00e9phone uniquement pour le d\u00e9but et la fin de la s\u00e9ance dans la croyance que l\u2019on restitue ainsi le protocole classique.<\/p>\n\n\n\n<p>Skype et t\u00e9l\u00e9phone, l\u2019important dans les deux cas est de ramener \u00e0 de l\u2019<em>analysable<\/em> l\u2019irruption de ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019allure transgressive favoris\u00e9e par la distorsion du cadre, mais au fond r\u00e9v\u00e9lateurs de fonctionnements psychiques habituellement cliv\u00e9s. Une patiente s\u2019installe chez elle face \u00e0 la cam\u00e9ra Skype de sorte que l\u2019analyste puisse voir derri\u00e8re elle un tableau o\u00f9 formes et couleurs font saisir imm\u00e9diatement un sens que la cure classique n\u2019aurait trouv\u00e9 que lentement. Un patient note qu\u2019il parle au t\u00e9l\u00e9phone allong\u00e9 dans sa chambre sur le lit o\u00f9, \u00e0 d\u2019autres moments, il fait l\u2019amour. La situation analytique, attaqu\u00e9e, devient aussi sur-signifiante.<\/p>\n\n\n\n<p>Skype ou t\u00e9l\u00e9phone, contre-transfert plut\u00f4t maternel ou plut\u00f4t paternel, \u00e0 chacun(e) d\u2019opter pour ce qui permet le mieux de rester analyste. Le t\u00e9l\u00e9phone m\u00eame avec les patients re\u00e7us en face \u00e0 face, me convient mieux. La technologie de l\u2019image me para\u00eet g\u00e9n\u00e9rer une dimension non souhaitable, un mixte de perception, de fantasme et d\u2019hallucinatoire. En apparence nous voyons le patient et celui-ci nous voit&nbsp;: il s\u2019agit je crois, tr\u00e8s subtilement, d\u2019une perception falsifi\u00e9e o\u00f9 l\u2019image en deux dimensions est lisse, sans manque &#8211; il s\u2019agit peut-\u00eatre ici d\u2019une sensibilit\u00e9 personnelle. Au t\u00e9l\u00e9phone l\u2019\u00e9coute de la seule parole r\u00e9duit drastiquement l\u2019ensemble sensoriel au profit d\u2019une perception accrue du rythme, du souffle, des h\u00e9sitations et tr\u00e9buchements de la voix, des semi-lapsus et r\u00e9p\u00e9titions de mots. Notre interlocuteur se cherche au moment o\u00f9 il cherche l\u2019analyste qui se tait, il s\u2019inqui\u00e8te, imagine la communication rompue, on peut le rassurer par un \u00ab&nbsp;mmh\u2026 oui\u2026 je vous \u00e9coute&nbsp;\u00bb mais aussi bien radicaliser la fermet\u00e9 d\u2019un silence assum\u00e9 \u2013 viendra alors peut-\u00eatre une s\u00e9rie associative magnifique, que nous pourrons ponctuer par des interpr\u00e9tations br\u00e8ves, puis, vers la fin de l\u2019entretien t\u00e9l\u00e9phonique, reprendre en une construction d\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux parasitages&nbsp;: avec Skype, il y a risque que chacun construise son personnage vu par l\u2019autre comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un film (c\u2019est une forme de s\u00e9duction et de d\u00e9fense)&nbsp;; avec le t\u00e9l\u00e9phone, la voix caresse trop l\u2019oreille (c\u2019est une autre forme de s\u00e9duction et de d\u00e9fense). Mais, apr\u00e8s tout il s\u2019agit tr\u00e8s classiquement dans les deux cas de trouver la bonne distance.<\/p>\n\n\n\n<p>On reviendrait au premier paradigme freudien des n\u00e9vroses post-traumatiques, \u00ab&nbsp;actuelles&nbsp;\u00bb et d\u2019angoisse. En effet dans ces pathologies l\u2019exc\u00e8s de refoulement m\u00eal\u00e9 \u00e0 des clivages produit un v\u00e9cu de d\u00e9r\u00e9alisation que l\u2019analyse \u00e0 distance, mais aussi l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la menace sanitaire et le confinement, peuvent accro\u00eetre, tout ceci dans un contexte socio-historique o\u00f9 les sujets ont du mal \u00e0 distinguer le vrai du faux (<em>fake news<\/em>, complotisme) comme le r\u00e9el de l\u2019irr\u00e9el (empire de la fiction et d\u2019internet). D\u2019o\u00f9 l\u2019urgence \u00e0 attester de notre pr\u00e9sence mais aussi de notre fonction sp\u00e9cifique d\u2019analystes, en persistant \u00e0 interpr\u00e9ter en nous en tenant au minimum n\u00e9cessaire de r\u00e9flexion commune sur le contexte. L\u2019analyse \u00e0 distance produit un trauma, \u00e0 la fois par d\u00e9nutrition sensorielle et par s\u00e9duction aff\u00e9rente \u00e0 la perturbation des r\u00e8gles habituelles. Les cons\u00e9quences sont difficiles \u00e0 anticiper et ne pourront \u00eatre \u00e9valu\u00e9es qu\u2019apr\u00e8s-coup, on peut n\u00e9anmoins estimer que l\u2019analyse reste possible, l\u2019asym\u00e9trie ne dispara\u00eet pas, la distance perturb\u00e9e induit des effets utilisables &#8211; chez le psychanalyste par exemple un sens accru de <em>la n\u00e9cessit\u00e9 de parler depuis un lieu autre que celui de l\u2019objet transf\u00e9r\u00e9, voix terrifiante d\u2019un p\u00e8re ou s\u00e9ductrice d\u2019une m\u00e8re<\/em>&nbsp;: parler par t\u00e9l\u00e9phone ou Skype sollicite de <em>bien poser sa voix<\/em> et de rendre sensible au patient que c\u2019est l\u2019 \u00ab&nbsp;interpr\u00e8te&nbsp;\u00bb qui s\u2019adresse \u00e0 lui. Souvenons nous que Green disait que le <em>cadre psychique interne de l\u2019analyste<\/em> est la condition pour que les r\u00e8gles pratiques du dispositif soient efficientes. En ce sens notre d\u00e9sir qu\u2019il y ait analyse est indistinct d\u2019une \u00e9thique, nous pouvons cr\u00e9er de la <em>situation analysante<\/em> malgr\u00e9, avec, gr\u00e2ce \u00e0 un \u00e9tat de fait qui ne s\u2019y pr\u00eate pas bien <em>a priori<\/em>. Un vaste champ de recherche s\u2019ouvre ainsi \u00e0 la psychanalyse contemporaine.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10299?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous proposons une r\u00e9flexion sur les probl\u00e8mes pos\u00e9s \u00e0 la pratique psychanalytique par la crise sociosanitaire actuelle. 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