{"id":10295,"date":"2021-08-22T07:31:44","date_gmt":"2021-08-22T05:31:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/leffroi-de-soi-dans-linterruption-medicale-de-grossesse-2\/"},"modified":"2021-10-02T12:36:29","modified_gmt":"2021-10-02T10:36:29","slug":"leffroi-de-soi-dans-linterruption-medicale-de-grossesse","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/leffroi-de-soi-dans-linterruption-medicale-de-grossesse\/","title":{"rendered":"L&rsquo;effroi de soi dans l&rsquo;Interruption M\u00e9dicale de Grossesse"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>O\u00f9 donc ton \u00e2me, o\u00f9 donc ton bras trouveront-ils le courage de porter au c\u0153ur de tes enfants les coups d\u2019une horrible audace&nbsp;?<footer><em>M\u00e9d\u00e9e<\/em>, Euripide<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Texte de loi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour une interruption m\u00e9dicale de grossesse pour raison f\u0153tale&nbsp;: elle ne peut se faire qu\u2019\u00e0 la demande de la femme enceinte, apr\u00e8s avis du Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Pr\u00e9natal (agr\u00e9\u00e9 par l\u2019Agence de la Biom\u00e9decine) et si deux m\u00e9decins de ce Centre attestent qu\u2019il existe une forte probabilit\u00e9 que l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre soit atteint d\u2019une affection de particuli\u00e8re gravit\u00e9 reconnue comme incurable au moment du diagnostic. Hors urgence m\u00e9dicale, la femme se voit proposer un d\u00e9lai de r\u00e9flexion d\u2019au moins une semaine avant de d\u00e9cider d\u2019interrompre ou de poursuivre sa grossesse.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re ces deux phrases du texte de la Loi fran\u00e7aise encadrant la pratique de l\u2019IMG<sup>2<\/sup>, se dissimule un territoire fait de sid\u00e9ration, d\u2019angoisses et de vertigineuse responsabilit\u00e9 dans lequel sont brutalement projet\u00e9s les couples, les femmes, \u00e0 qui la m\u00e9decine f\u0153tale vient d\u2019ass\u00e9ner la plus terrible des annonces. Si l\u2019\u00e9chographie participe \u00e0 l\u2019objectalisation du f\u0153tus, l\u2019annonce d\u2019un handicap ou d\u2019une malformation fera choc, et pr\u00e9cipitera la suspension des investissements, voire le d\u00e9sinvestissement du f\u0153tus (ou b\u00e9b\u00e9 pour certains). Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Luc Boltanski, nous avons montr\u00e9 comment d\u2019un f\u0153tus authentique s\u2019int\u00e9grant \u00e0 un projet parental, le f\u0153tus peut devenir tumoral c\u2019est-\u00e0-dire assimilable \u00e0 une tumeur qu\u2019il faut extraire au plus vite du corps maternel (Soubieux, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019annonce va donc \u00eatre un moment capital dans le d\u00e9roulement de la grossesse. Ce coup de tonnerre viendra sid\u00e9rer ces parents qui souvent n\u2019entendent et ne comprennent plus rien, le pare-excitation n\u2019\u00e9tant plus en mesure d\u2019assurer sa fonction. Le terme de \u00ab&nbsp;cauchemar&nbsp;\u00bb revient parfois pour d\u00e9crire cet instant o\u00f9 la brutalit\u00e9 de l\u2019annonce les plonge dans un \u00e9tat de sid\u00e9ration et pr\u00e9cipite le couple dans l\u2019obligation d\u2019une d\u00e9cision \u00e0 prendre quant au devenir de leur b\u00e9b\u00e9. Cette d\u00e9cision \u00e0 prendre se fera de mani\u00e8re coll\u00e9giale mais restera n\u00e9anmoins une d\u00e9cision prise par le couple et notamment par la m\u00e8re qui donnera son accord \u00e9crit pour l\u2019interruption de grossesse. Les parents se retrouvant devant le choix impossible de d\u00e9cider du droit de vie ou du droit de mort sur leur enfant. Cette d\u00e9cision ne se fera pas sans honte, ni sans culpabilit\u00e9, mais en amont de ces sentiments sera pr\u00e9sent l\u2019effroi de soi, l\u2019effroi de se savoir capable de mettre \u00e0 mort ce b\u00e9b\u00e9 en devenir.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite de la rencontre d\u2019un couple avec la sage-femme, une fois prise la d\u00e9cision d\u2019IMG pour un f\u0153tus porteur d\u2019une anomalie c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 27 semaines d\u2019am\u00e9norrh\u00e9e, voici ce que dira le conjoint lors de l\u2019entretien psy pr\u00e9 IMG&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout \u00e7a est quand m\u00eame tr\u00e8s paradoxal, tr\u00e8s antinomique. On nous parle de choisir un pr\u00e9nom, de l\u2019inscrire sur le livret de famille, d\u2019organiser les obs\u00e8ques, bref de faire comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un nouveau-n\u00e9 alors que l\u2019infanticide est interdit en France. Je me r\u00e9fugie justement derri\u00e8re l\u2019id\u00e9e qu\u2019on va tuer un f\u0153tus et non un b\u00e9b\u00e9 pour supporter tout \u00e7a, alors on fait comment&nbsp;?\u2026&nbsp;\u00bb. Comment en effet supporter l\u2019insupportable, comment se voir confront\u00e9 \u00e0 choisir \u00ab&nbsp;la moins mauvaise solution&nbsp;\u00bb, comme certaines sages-femmes du diagnostic ant\u00e9natal le disent&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a l\u00e0 bien s\u00fbr un paradoxe. Ce n\u2019est pas un b\u00e9b\u00e9 lorsqu\u2019il est encore un f\u0153tus vivant. Il peut devenir un enfant lorsqu\u2019il est un f\u0153tus mort. Les rituels et les obs\u00e8ques vont permettre \u00e0 ce f\u0153tus-b\u00e9b\u00e9 de rejoindre la communaut\u00e9 des humains et d\u2019\u00eatre trait\u00e9 comme ses morts. Est-ce une mani\u00e8re d\u2019att\u00e9nuer l\u2019effroi que chacun des acteurs en pr\u00e9sence &#8211; parents et soignants-peuvent ressentir devant ce \u00ab&nbsp;meurtre&nbsp;\u00bb collectif autoris\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une question difficile \u00e0 penser. Les m\u00e9canismes de d\u00e9fense mis en \u0153uvre par ce p\u00e8re dans l\u2019exemple pr\u00e9c\u00e9dent sont fr\u00e9quemment retrouv\u00e9s chez les parents confront\u00e9s \u00e0 cette impossible d\u00e9cision. Parfois ces m\u00e9canismes resteront fig\u00e9s et le f\u0153tus restera un morceau de chair, un organe, une abstraction voire rien. On voit bien comment la question de l\u2019objectalisation et de l\u2019humanisation infiltre sans cesse ces pratiques qui ne peuvent en faire l\u2019\u00e9conomie. En introduisant la notion de potentialit\u00e9 faisant ainsi du f\u0153tus un enfant potentiel et non un b\u00e9b\u00e9, le paradoxe est quelque peu contourn\u00e9. Ainsi, il appara\u00eet indispensable que les d\u00e9fenses et la temporalit\u00e9 psychique des couples soient respect\u00e9es et qu\u2019\u00e0 chaque \u00e9tape du processus les \u00e9quipes soient au plus pr\u00e8s des parents. Lors d\u2019un groupe de paroles de m\u00e8res endeuill\u00e9es, une des femmes re\u00e7ue se pr\u00e9sente la premi\u00e8re fois en disant qu\u2019elle a eu un mois auparavant une IMG \u00e0 5 semaines d\u2019am\u00e9norrh\u00e9e. \u00ab&nbsp;c\u2019est ma gyn\u00e9co qui m\u2019a dit que cela m\u2019aiderait de venir au groupe. Mais je vais plut\u00f4t bien. Je pense que le travail de deuil est bien avanc\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb Cinq semaines&nbsp;? interroge l\u2019une des m\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Madame V ne semble pas comprendre et finit par dire, confuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;cinq mois&nbsp;\u00bb. Au cours du d\u00e9roulement du groupe, elle entendra d\u2019autres m\u00e8res parler des obs\u00e8ques qu\u2019elles ont organis\u00e9es elles-m\u00eames pour leur b\u00e9b\u00e9. Elle posera des questions et manifestera des regrets \u00ab&nbsp;Moi, je ne pouvais pas, j\u2019ai laiss\u00e9 l\u2019h\u00f4pital s\u2019occuper des fun\u00e9railles&nbsp;\u00bb. Elle reviendra au groupe pendant plusieurs semaines et un mois plus tard dira en arrivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai perdu un petit gar\u00e7on \u00e0 5 mois de grossesse. La douleur \u00e7a va, \u00e7a vient, sur un mois il y a un jour o\u00f9 je n\u2019ai pas pleur\u00e9, mardi il y a eu la cr\u00e9mation, nous avons plant\u00e9 un arbre \u00e0 la campagne, j\u2019ai mis un petit mot sous les racines que j\u2019ai recouvertes moi-m\u00eame de terre&nbsp;\u00bb. Ce petit extrait met bien en \u00e9vidence le processus d\u2019objectalisation et d\u2019humanisation du f\u0153tus \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ces situations. D\u2019une IMG \u00e0 cinq semaines d\u2019am\u00e9norrh\u00e9e, le f\u0153tus est devenu un mois plus tard un petit gar\u00e7on de cinq mois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019effroi de soi<\/h2>\n\n\n\n<p>La rencontre avec les couples du diagnostic ant\u00e9natal nous plonge \u00e0 une vitesse fulgurante dans l\u2019intimit\u00e9 de leur vie de couple et de leur vie familiale. La violence du moment qu\u2019ils sont en train de vivre cr\u00e9e souvent une proximit\u00e9 soudaine avec les diff\u00e9rents intervenants rencontr\u00e9s. Les liens qu\u2019ils tisseront avec les \u00e9quipes ne seront pas, la plupart du temps, sans cons\u00e9quence pour la suite de leur histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur douloureux parcours d\u00e9marre \u00e0 la suite de l\u2019annonce d\u2019une malformation f\u0153tale ou \u00e0 l\u2019annonce d\u2019un handicap g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par l\u2019\u00e9chographie. Suite \u00e0 cette annonce, la sid\u00e9ration viendra dans un premier temps figer la pens\u00e9e pour, dans un deuxi\u00e8me temps, laisser place \u00e0 une \u00e9laboration possible autour de la d\u00e9cision d\u2019IMG qui leur sera propos\u00e9e. La mani\u00e8re d\u2019annoncer, les mots employ\u00e9s et l\u2019attitude des soignants jouent un r\u00f4le fondamental dans cette reprise de l\u2019\u00e9laboration psychique. Les anomalies du f\u0153tus cr\u00e9ent une blessure narcissique profonde chez la m\u00e8re et chez le p\u00e8re puisque le produit de leur pouvoir g\u00e9n\u00e9sique est imparfait (Soubieux,2005). Le couple, dans un premier temps, peut souhaiter rapidement vouloir se d\u00e9barrasser de ce f\u0153tus qui ne r\u00e9pond pas aux attentes parentales, le f\u0153tus \u00e9tant investi dans le cadre d\u2019une ambivalence, amour et haine (haine qui sera contenue, refoul\u00e9e par des m\u00e9canismes psychiques), le souhait de mort devenant alors conscient (Soubieux,2005).<\/p>\n\n\n\n<p>La haine ressentie par ces couples n\u2019est pas toujours exprim\u00e9e. Parfois elle peut \u00eatre d\u00e9tourn\u00e9e sur l\u2019\u00e9quipe qui autorise m\u00e9dicalement la d\u00e9cision de mort du f\u0153tus. L\u2019approche groupale, qui permet de contenir davantage les fantasmes archa\u00efques, peut en favoriser l\u2019expression. Au cours d\u2019un groupe o\u00f9 le th\u00e8me de la question de la d\u00e9cision d\u2019IMG avait surgi, l\u2019une des m\u00e8res d\u00e9crit sa douleur et la violence corporelle qu\u2019elle se fait subir depuis qu\u2019elle a \u00ab&nbsp;tu\u00e9&nbsp;\u00bb le b\u00e9b\u00e9&nbsp;: paires de claques, arrachage du ventre. Une autre s\u2019interroge \u00ab&nbsp;Faut-il r\u00e9-ouvrir cette bo\u00eete bien ferm\u00e9e&nbsp;? Je n\u2019ai pas pu le voir car on m\u2019a dit qu\u2019il avait les yeux \u00e9carquill\u00e9s. J\u2019ai alors vu la figure du requin et cela m\u2019a effray\u00e9e.&nbsp;\u00bb. Une image revient sans cesse dans la t\u00eate de Madame A. \u00ab&nbsp;Je d\u00e9pose une grenade dans les mains d\u2019un enfant&nbsp;\u00bb. Pour se prot\u00e9ger de cet acte Madame S. se dit que c\u2019est arriv\u00e9 \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre. Elle se sent spectatrice. Une autre m\u00e8re combat son effroi en d\u00e9crivant un v\u00e9cu parfait de l\u2019IMG \u00ab&nbsp;Tout \u00e9tait formidable, l\u2019\u00e9quipe, l\u2019accouchement, la morgue et l\u2019enterrement&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces processus de haine seront exprim\u00e9s lors de la p\u00e9riode qui suit cette annonce catastrophique. Le couple se trouvera en situation d\u2019avoir \u00e0 d\u00e9cider la mort, m\u00e9dicalement autoris\u00e9e, du f\u0153tus. L\u2019ultra-d\u00e9pendance du f\u0153tus \u00e0 sa m\u00e8re, d\u2019une part, la Loi fran\u00e7aise d\u2019autre part, permettent le passage \u00e0 l\u2019acte, donner la mort. La prise de d\u00e9cision d\u2019IMG convoque de nombreux sentiments, ce tourbillon \u00e9motionnel dans lequel se retrouve le couple en un laps de temps souvent tr\u00e8s court permet n\u00e9anmoins une \u00e9laboration possible autour du devenir de ce b\u00e9b\u00e9. A l\u2019inverse de la mort f\u0153tale in utero (MFIU), l\u2019\u00e9prouv\u00e9 particulier \u00e0 l\u2019IMG r\u00e9siderait sans doute dans la prise de d\u00e9cision qui incombe au couple, et particuli\u00e8rement \u00e0 la femme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Illustrons notre propos avec une situation clinique<\/h2>\n\n\n\n<p>Monsieur et Madame K sont venus \u00e0 la suite d\u2019une annonce d\u2019anomalie c\u00e9r\u00e9brale de leur f\u0153tus faite au diagnostic ant\u00e9natal au terme de 32SA. Ils s\u2019orient\u00e8rent rapidement vers une IMG. Voici les propos de la femme en entretien post IMG&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je me suis pos\u00e9e la question&nbsp;: si j\u2019avais perdu mon b\u00e9b\u00e9 comme \u00e7a, le c\u0153ur se serait arr\u00eat\u00e9, \u00e7a n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 pareil, car l\u00e0 c\u2019est de ma faute, \u00e7a reste un meurtre, pas au sens p\u00e9nal. Ces femmes ont la culpabilit\u00e9 de ne pas r\u00e9ussir \u00e0 le garder en vie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accouchement alors que moi c\u2019est de l\u2019avoir tu\u00e9&nbsp;\u00bb. A l\u2019inverse de la MFIU, pour l\u2019IMG il ne s\u2019agit pas uniquement de la douleur de voir d\u00e9truire l\u2019enfant id\u00e9al de la grossesse, il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un d\u00e9sinvestissement objectal, il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019accompagner un f\u0153tus dont la mort sera in\u00e9luctable d\u00e8s les premiers jours, ou semaines, apr\u00e8s la naissance. La particularit\u00e9 de l\u2019IMG, ce qui en fait la sp\u00e9cificit\u00e9 et nous confronte, du fait des techniques performantes du diagnostic pr\u00e9natal, \u00e0 une situation nouvelle et qu\u2019il nous faut tenter de conceptualiser, c\u2019est l\u2019ampleur de la responsabilit\u00e9 parentale, de son autonomie d\u00e9cisionnelle. En effet, le f\u0153tus porteur d\u2019une grave pathologie peut, dans un certain nombre de cas, n\u00e9anmoins vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors c\u2019est bien une d\u00e9cision d\u2019interrompre activement la vie du f\u0153tus qui est ici en jeu. Le f\u0153tus porteur d\u2019une maladie ou d\u2019une malformation ne permettant pas une qualit\u00e9 de vie \u00ab&nbsp;acceptable&nbsp;\u00bb, viendra conforter les angoisses et les fantasmes sadiques maternels qui y sont associ\u00e9s. Si Madame K. parle principalement de la culpabilit\u00e9 au regard d\u2019une MFIU, dans le cadre de l\u2019interruption m\u00e9dicale de grossesse, la honte et la culpabilit\u00e9 sont imbriqu\u00e9es. On diff\u00e9rencie classiquement la honte et la culpabilit\u00e9 en fonction des rapports qu\u2019elles entretiennent avec les instances psychiques. La culpabilit\u00e9 exprime une tension entre le moi et le surmoi \u00e0 partir de la transgression effective ou fantasm\u00e9e d\u2019un interdit. La honte signe plut\u00f4t une situation de tension entre le moi et l\u2019id\u00e9al du moi (Ciccone, 2009). La honte traite de la haine, la culpabilit\u00e9 traite de l\u2019amour. La honte serait un affect pr\u00e9-g\u00e9nital qui renverrait \u00e0 une perte narcissique, la culpabilit\u00e9 \u00e0 une perte objectale et serait un affect g\u00e9nital.<\/p>\n\n\n\n<p>Le clivage est impossible entre l\u2019amour et la haine, il s\u2019agirait d\u2019une bipolarit\u00e9. La culpabilit\u00e9 r\u00e9sulte des attaques du sujet contre ses objets d\u2019amour qu\u2019il redoute fantasmatiquement d\u00e9truits&nbsp;; la honte, par contre, d\u00e9coule plut\u00f4t du sentiment d\u2019\u00eatre disqualifi\u00e9, rejet\u00e9, \u00ab&nbsp;abject\u00e9&nbsp;\u00bb, par l\u2019objet (Ciccone, 2009). La honte comme la culpabilit\u00e9 t\u00e9moignent de souffrances de et dans l\u2019intersubjectivit\u00e9&nbsp;; leurs sources se trouvent dans le lien \u00e0 l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La question du regard de l\u2019autre, du montr\u00e9 et du cach\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, a une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la honte&nbsp;\u00bb \u00e9crit Jessica Shulz dans un travail r\u00e9cent sur la grossesse qui suit une perte pr\u00e9natale o\u00f9 elle a particuli\u00e8rement \u00e9tudi\u00e9 la honte et la culpabilit\u00e9 dans les situations d\u2019IMG. Elle a observ\u00e9 que tr\u00e8s souvent des m\u00e8res qui ont pris la d\u00e9cision d\u2019interrompre la grossesse ne veulent plus montrer leur ventre et le dissimulent sous des v\u00eatements amples. \u00ab&nbsp;La honte s\u2019observe ici au travers d\u2019une baisse du sentiment de l\u2019estime de soi circonscrit au maternel et du sentiment de rejet du groupe, avec des questionnements autour du cach\u00e9 et du montr\u00e9&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Dans la culpabilit\u00e9 c\u2019est la question de la faute qui est pos\u00e9e. Est-ce-que je suis coupable&nbsp;? Et de quoi suis-je coupable&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;L\u2019existence de ces v\u00e9cus n\u2019est pas en soi pathologique ni pathog\u00e8ne&nbsp;\u00bb (Shulz, 2014). Ciccone met l\u2019accent sur leur r\u00f4le dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019un traumatisme. \u00ab&nbsp;La culpabilit\u00e9 va permettre d\u2019att\u00e9nuer l\u2019impact traumatique en rendant le sujet actif, l\u2019\u00e9v\u00e9nement est alors moins injuste&nbsp;\u00bb. La honte quant \u00e0 elle effectue un \u00ab&nbsp;travail d\u2019enfouissement, d\u2019encapsulations d\u2019exp\u00e9riences traumatiques&nbsp;\u00bb. Mais dans certaines circonstances, les potentialit\u00e9s pathog\u00e8nes de ces v\u00e9cus peuvent appara\u00eetre, en particulier lorsque la honte et la culpabilit\u00e9 \u00ab&nbsp;ne peuvent pas \u00eatre li\u00e9es ou lorsque l\u2019une des deux est tellement envahissante qu\u2019elle ne laisse la place \u00e0 aucun autre v\u00e9cu psychique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Jessica Shulz relate le cas d\u2019une maman qui n\u2019a pas pu cr\u00e9er de lien avec son b\u00e9b\u00e9 mort \u00ab&nbsp;\u00e7a me renvoyait l\u2019acte, l\u2019acte que j\u2019ai fait, je lui ai donn\u00e9 la mort, c\u2019est moi qui l\u2019ai tu\u00e9, donc j\u2019avais du mal \u00e0 la regarder&nbsp;\u00bb. Comment qualifier cet \u00e9prouv\u00e9 particulier qui n\u2019est ni honte ni culpabilit\u00e9 mais bien en amont de ces affects&nbsp;? Nous proposons de le nommer l\u2019effroi de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme dont nous avons parl\u00e9 ci-dessus, Madame K., relatera en entretien post IMG&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je me souviens avoir eu un moment tr\u00e8s furtif de soulagement quand j\u2019ai appris que je pouvais interrompre. Je me suis dit oh la la, mon Dieu, mais qu\u2019est ce que tu es en train de penser&nbsp;?, c\u2019\u00e9tait un moment tr\u00e8s bref d\u2019une seconde car c\u2019\u00e9tait effrayant d\u2019avoir ressenti \u00e7a&nbsp;\u00bb. La plupart des couples connaissent l\u2019interruption volontaire de grossesse mais ne connaissent pas l\u2019interruption m\u00e9dicale de grossesse. Ils ne savent pas qu\u2019en France il est possible d\u2019avoir recours \u00e0 l\u2019IMG jusqu\u2019au terme de la grossesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soulagement furtif dans un premier temps et l\u2019acte d\u00e9cisionnel de l\u2019IMG viennent souvent effrayer ces couples qui ne se savaient pas capables de mettre \u00e0 mort leur enfant. Mettre \u00e0 mort, tuer. Il ne s\u2019agit plus d\u2019ambivalence, de fantasmes plus ou moins conscients de haine du f\u0153tus mais d\u2019une d\u00e9cision consciente de mettre \u00e0 mort, de tuer son f\u0153tus. M\u00e9lanie Klein attribue au deuil un r\u00f4le central dans le d\u00e9veloppement normal et pathologique. Elle soutient que dans cette position qu\u2019elle nomme schizo\u00efde-parano\u00efde, des trois premiers mois du b\u00e9b\u00e9, naissent les positions ambivalentes de l\u2019amour et de la haine, le Moi sera identifi\u00e9 au bon objet, au \u00ab&nbsp;bon sein&nbsp;\u00bb, tandis que le \u00ab&nbsp;mauvais sein&nbsp;\u00bb celui qui frustre et angoisse le b\u00e9b\u00e9 devient un objet pers\u00e9cuteur, cr\u00e9ant le Surmoi sadique, les pulsions destructrices et les fantasmes sadiques-oraux. Lors de la prise de d\u00e9cision d\u2019IMG ces fantasmes sadiques de destruction, de d\u00e9voration, seront convoqu\u00e9s au plus intime de soi. L\u2019effroi de soi repr\u00e9senterait une forme de prise de conscience de ces fantasmes sadiques rest\u00e9s inconscients avant la r\u00e9v\u00e9lation de la pathologie f\u0153tale. La femme confront\u00e9e \u00e0 un conflit psychique intense, non m\u00e9tabolisable, sera convoqu\u00e9e aux plus archa\u00efques de ses fonctionnements psychiques, \u00e0 savoir les parties infantiles, b\u00e9b\u00e9, d\u2019elle-m\u00eame, dans une d\u00e9sintrication des pulsions de vie et de mort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La souffrance psychique la plus intol\u00e9rable est toujours celle \u00e9prouv\u00e9e par la partie infantile du soi, l\u2019enfant en soi, voire le b\u00e9b\u00e9 en soi. La souffrance de l\u2019adulte, ou des aspects adultes du soi, n\u2019est jamais la plus d\u00e9sorganisatrice, m\u00eame si elle est violente, douloureuse, elle touche des parties matures qui peuvent utiliser des ressources adaptatives. Quand la souffrance d\u00e9borde, quand elle est innommable, terrible, traumatique, d\u00e9sorganisatrice, c\u2019est qu\u2019elle touche des aspects infantiles, elle est \u00e9prouv\u00e9e par les aspects les plus infantiles, voire les plus b\u00e9b\u00e9 du soi, aspects qui sont toujours vivants, toujours actuels&nbsp;\u00bb (Ciccone,2009). Innommable, terrible, traumatique, la liste est non exhaustive pour qualifier la d\u00e9cision parentale de l\u2019IMG. Ce sont donc des mouvements pulsionnels tr\u00e8s violents qui seront d\u00e8s lors lib\u00e9r\u00e9s, pour tenter de juguler cette souffrance qui d\u00e9borde. Une fois la d\u00e9cision d\u2019IMG prise par le couple, la honte et la culpabilit\u00e9 prennent le relais sur la sid\u00e9ration qui a suivi le choc de l\u2019annonce. Mais il semblerait qu\u2019en amont de la honte et de la culpabilit\u00e9 apparaisse ce que nous venons de nommer l\u2019effroi de soi. Mettre \u00e0 mort leur f\u0153tus&nbsp;: effroyable acte qui se rend soi-m\u00eame effroyable.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme \u00e0 qui l\u2019on propose une IMG devient consciente d\u2019\u00eatre capable de commettre ce que certaines patientes nomment un meurtre mais ce qui est nomm\u00e9 par le corps m\u00e9dical un f\u0153ticide. F\u0153ticide autoris\u00e9 par la loi fran\u00e7aise, infanticide qui ne l\u2019est pas. Le f\u0153ticide c\u2019est une mise \u00e0 mort, une vie de b\u00e9b\u00e9 potentielle interrompue de mani\u00e8re pr\u00e9matur\u00e9e qui renvoie \u00e0 l\u2019effroi des personnes d\u00e9cisionnaires et ex\u00e9cutant le geste.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Afin d\u2019illustrer nos propos nous nous appuierons sur deux cas cliniques<\/h2>\n\n\n\n<p>Monsieur et Madame A sont venus \u00e0 la suite de la d\u00e9couverte d\u2019une anomalie chromosomique faite au diagnostic ant\u00e9natal \u00e0 un terme tardif de 34 SA. Du fait de la survenue brutale de cette annonce, le couple n\u2019avait pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un suivi psychologique auparavant. La d\u00e9cision d\u2019IMG se fit dans un d\u00e9lai tr\u00e8s bref, le couple ne se sentant pas capable d\u2019accueillir et d\u2019\u00e9lever un enfant handicap\u00e9. L\u2019\u00e9tat de sid\u00e9ration dans lequel ils se sont trouv\u00e9s, et qu\u2019ils ont pu d\u00e9crire \u00e0 la suite de cette annonce catastrophique, a laiss\u00e9 place \u00e0 une \u00e9laboration possible autour de cette d\u00e9cision d\u2019IMG. De mani\u00e8re tout \u00e0 fait consciente Madame A relatera au sujet de l\u2019IMG&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vais commettre un meurtre. De savoir que je vais faire \u00e7a et que, en plus, je vais signer un papier \u00e9crit qui autorise la mort de mon b\u00e9b\u00e9, c\u2019est horrible&nbsp;\u00bb. A la suite de ce propos, suivra un moment silencieux de quelques secondes, Madame A reprenant la parole pour aborder sa crainte de l\u2019accouchement. Ce temps d\u2019effroi de soi, de r\u00e9aliser et de se savoir capable d\u2019autoriser et de mettre \u00e0 mort son b\u00e9b\u00e9 de mani\u00e8re consciente, ne sera qu\u2019un temps furtif, \u00e0 un niveau archa\u00efque, rudimentaire, non \u00e9labor\u00e9, non \u00e9volu\u00e9, non organis\u00e9 et tr\u00e8s vite refoul\u00e9. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une parenth\u00e8se \u00e9clair qui devra \u00eatre referm\u00e9e et enfouie dans l\u2019inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici une deuxi\u00e8me vignette clinique. Une patiente encore hospitalis\u00e9e le jour m\u00eame de son IMG demandera \u00e0 la sage femme d\u2019hospitalisation si elle peut descendre de nouveau en salle pour aller revoir son b\u00e9b\u00e9. A la deuxi\u00e8me rencontre avec son b\u00e9b\u00e9 et \u00e0 la vue de celui-ci, la maman s\u2019exclamera&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon Dieu, qu\u2019est-ce que je viens de faire&nbsp;?!&nbsp;\u00bb. Ces paroles seront par la suite reprises avec la sage-femme qui l\u2019avait accouch\u00e9e afin de remettre des mots sur le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s. Effroi de ce qu\u2019elle avait d\u00e9cid\u00e9, de ce qu\u2019elle vient de faire, comme le dit cette femme, \u00eatre surprise d\u2019avoir peur de soi ou avoir peur de soi avec surprise, pourrions-nous entendre dans l\u2019exclamation de cette maman.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui a pu \u00eatre pens\u00e9, a \u00e9t\u00e9 mis en acte renvoyant \u00e0 une double monstruosit\u00e9, celle du f\u0153tus \u00ab&nbsp;monstrueux&nbsp;\u00bb dont il faut rapidement se d\u00e9barrasser et celle de cette m\u00e8re qui a donn\u00e9 la mort. Lors d\u2019un entretien post IMG une femme dira&nbsp;: \u00ab&nbsp;On est qui pour interrompre la vie de notre enfant&nbsp;? Ce droit de vie ou de mort sur nos enfants, c\u2019est effroyable&nbsp;! C\u2019est comme si on appuyait sur un bouton et hop&nbsp;! on d\u00e9cide&nbsp;: alors toi on va arr\u00eater ton c\u0153ur. Vous aimeriez qu\u2019on d\u00e9cide pour vous si on arr\u00eate votre c\u0153ur ou pas&nbsp;? Je trouve \u00e7a effrayant de me dire que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 capable de d\u00e9cider \u00e7a\u2026 et puis \u00e7a pose la question de l\u2019eug\u00e9nisme..&nbsp;\u00bb Au-del\u00e0 des sentiments n\u00e9vrotiques de honte et de culpabilit\u00e9, il existe un v\u00e9cu d\u2019\u00e9prouv\u00e9 de la toute puissance maternelle, cet effroi de soi ou se savoir capable de \u00e7a, d\u2019autoriser de mani\u00e8re consciente la mort de ses enfants. Il est troublant de constater combien les r\u00e9cits des m\u00e8res ayant eu recours \u00e0 une IMG se ressemblent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai tu\u00e9 mon b\u00e9b\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Je suis une m\u00e8re meurtri\u00e8re&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;J\u2019autorise que l\u2019on tue mon b\u00e9b\u00e9&nbsp;\u00bb, toutes ces paroles seront d\u00e9pos\u00e9es dans une temporalit\u00e9 s\u2019\u00e9tendant entre le pr\u00e9 IMG et le post IMG, \u00e0 un moment furtif, un constat conscient de ce dont ces couples sont capables et qui les effraient, vite refoul\u00e9. Ce temps-l\u00e0 se situe en amont de la honte (pr\u00e9g\u00e9nital) et de la culpabilit\u00e9 (g\u00e9nital) \u00e0 un niveau archa\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons \u00e9voqu\u00e9 les d\u00e9cisionnaires lors de l\u2019IMG mais il y a \u00e9galement les ex\u00e9cutants, ceux qui font le f\u0153ticide. Lors de la prise en charge psychologique d\u2019un couple \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un entretien pr\u00e9 IMG, le conjoint demanda s\u2019il pouvait faire le geste du f\u0153ticide lui-m\u00eame, argumentant que cela allait aussi \u00ab&nbsp;d\u00e9charger&nbsp;\u00bb le soignant qui devait ex\u00e9cuter le geste et expliquant que dans la mesure o\u00f9 il \u00e9tait le p\u00e8re de cet enfant, qu\u2019il lui avait donn\u00e9 la vie et d\u00e9cid\u00e9 de sa mort, il \u00e9tait logique qu\u2019il aille \u00ab&nbsp;jusqu\u2019au bout de sa d\u00e9marche&nbsp;\u00bb. Le conjoint, lors des entretiens post IMG, a pu exprimer ses fantasmes de destructivit\u00e9 convoqu\u00e9s par la prise de d\u00e9cision d\u2019IMG argumentant qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas pr\u00eat \u00e0 \u00eatre p\u00e8re, que son projet d\u2019enfant \u00e9tait motiv\u00e9 par les contingences ext\u00e9rieures, son \u00e2ge, ses amis qui agrandissaient leur famille, \u00ab&nbsp;la norme soci\u00e9tale&nbsp;\u00bb comme il a pu le dire. A l\u2019annonce de la malformation f\u0153tale, il aurait \u00e9prouv\u00e9 un soulagement de ne pas \u00eatre p\u00e8re pour ce f\u0153tus qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas pr\u00eat psychiquement \u00e0 accueillir. Son \u00e9pouse de son c\u00f4t\u00e9 a mis en lien l\u2019IMG avec la mort de son p\u00e8re une ann\u00e9e auparavant, reconnaissance paternelle qu\u2019elle disait n\u2019avoir jamais eu se sentant \u00ab&nbsp;le vilain petit canard de la famille&nbsp;\u00bb ne r\u00e9pondant pas scolairement aux exigences de son p\u00e8re malgr\u00e9 son dipl\u00f4me d\u2019avocate. La malformation c\u00e9r\u00e9brale de son b\u00e9b\u00e9 \u00e9tant pour elle une confirmation de sa potentielle d\u00e9faillance intellectuelle et venant ainsi r\u00e9activer une probl\u00e9matique \u0153dipienne sous jacente. Sans aller jusqu\u2019\u00e0 des demandes aussi radicales, un certain nombre d\u2019hommes souhaitent \u00eatre pr\u00e9sents lors du f\u0153ticide afin d\u2019accompagner leur femme et leur enfant. N\u00e9anmoins, il n\u2019est pas toujours simple pour les ex\u00e9cutants d\u2019accepter leur pr\u00e9sence durant le f\u0153ticide.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019effroi de soi chez les soignants<\/h2>\n\n\n\n<p>Si de nombreux aspects sont abord\u00e9s lors des staffs du diagnostic ant\u00e9natal, annonce catastrophique, rendu des r\u00e9sultats, compte rendu d\u2019autopsie, le f\u0153ticide reste un sujet \u00ab&nbsp;d\u00e9licat&nbsp;\u00bb qui convoque des mouvements agressifs chez les soignants. Geste transgressif comparable \u00e0 une enclave secr\u00e8te \u00e0 laquelle il ne faut pas \u00ab&nbsp;toucher&nbsp;\u00bb, les d\u00e9fenses sont bien en place et doivent le rester. Les soignants ont \u00e9galement ce pouvoir de droit de vie ou de mort sur ces f\u0153tus. Il ne saurait \u00eatre question de minimiser ou de banaliser leur ressenti.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici une illustration du moment du f\u0153ticide relat\u00e9 par une femme, m\u00e9decin, qui a eu recours \u00e0 une IMG \u00e0 32 SA pour une anomalie chromosomique de son f\u0153tus. Voici ses propos&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je me suis sentie tr\u00e8s seule pendant le foeticide. Personne ne me parlait, j\u2019ai senti que le m\u00e9decin \u00e0 un moment changeait de c\u00f4t\u00e9, je lui ai donc demand\u00e9 o\u00f9 il en \u00e9tait. Il m\u2019a r\u00e9pondu \u00ab\u00a0je suis en train de faire le geste\u00a0\u00bb. Cette r\u00e9ponse m\u2019a agac\u00e9e, comme s\u2019il s\u2019agissait de quelque chose de tabou, de honteux alors qu\u2019on sait tous pourquoi on est l\u00e0 et ce qu\u2019il est en train de faire&nbsp;\u00bb. S\u2019agit-il de l\u2019effroi de soi du m\u00e9decin tr\u00e8s vite refoul\u00e9 qui ne se permet pas de nommer l\u2019acte en lui-m\u00eame&nbsp;? de le verbaliser&nbsp;? M\u00e9decin qui se trouve dans l\u2019obligation de le contourner verbalement \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir y \u00e9chapper ou de le contourner dans la r\u00e9alit\u00e9. S\u2019agit-il peut \u00eatre d\u2019un sentiment de honte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Comment \u00e9viter un sentiment de transgression&nbsp;? Un m\u00e9decin dira que pour elle le f\u0153ticide est apparent\u00e9 \u00e0 un \u00ab&nbsp;service&nbsp;\u00bb qu\u2019elle rend au couple. A aucun moment il ne peut \u00eatre envisag\u00e9, ni appr\u00e9hend\u00e9 d\u2019une autre mani\u00e8re rendant sinon le geste effroyable car renvoyant l\u2019image d\u2019un soignant qui tue. Le soignant, comme son nom l\u2019indique, est l\u00e0 pour procurer des soins, rendre la vie plus supportable, voire la gu\u00e9rir mais non pour l\u2019interrompre. Chaque soignant en fonction de son histoire, son ressenti mais \u00e9galement de son \u00e2ge pourra \u00ab&nbsp;supporter&nbsp;\u00bb jusqu\u2019\u00e0 un certain temps d\u2019ex\u00e9cuter ces f\u0153ticides. Une sage-femme dira&nbsp;: \u00ab&nbsp;Plus je vieillis, plus je me rends compte de l\u2019horreur que repr\u00e9sentent les f\u0153ticides&nbsp;\u00bb. L\u2019agitation de certains m\u00e9decins \u00e0 la sortie d\u2019un f\u0153ticide, le silence pour d\u2019autres, repr\u00e9sentent des curseurs, des indices qui viennent l\u00e0 traduire leur mal-\u00eatre, leur effroi face aux gestes qu\u2019ils viennent de r\u00e9aliser. Pour certains, il faudra que \u00e7a aille vite, en adaptant le protocole du f\u0153ticide de mani\u00e8re \u00e0 ce que ce soit le plus supportable pour eux, d\u2019autres au contraire se r\u00e9fugieront derri\u00e8re une technique d\u00e9fensive tr\u00e8s protocolis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9decins avec une certaine anciennet\u00e9 passeront de plus en plus le relais \u00e0 ces jeunes m\u00e9decins qui ne seront pas encore d\u00e9bord\u00e9s par leur effroi de soi. Ces obst\u00e9triciens sont l\u00e0 pour donner la vie et se retrouvent dans l\u2019obligation de l\u2019interrompre de mani\u00e8re consciente et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, assist\u00e9s par des sages-femmes qui, comme certaines le disent, ne pourront jamais \u00ab&nbsp;s\u2019habituer&nbsp;\u00bb \u00e0 ce geste. Il en va, comme pour les patients, de leur sant\u00e9 psychique, ainsi que le dira un jour une sage-femme apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 un f\u0153ticide&nbsp;: \u00ab&nbsp;oh&nbsp;! la la&nbsp;! c\u2019\u00e9tait vraiment dur, elle a failli me faire pleurer la dame&nbsp;!&nbsp;\u00bb et l\u2019obst\u00e9tricien de mani\u00e8re d\u00e9fensive r\u00e9torquera&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais c\u2019est juste parce que tu dois \u00eatre fatigu\u00e9e, tu n\u2019as pas d\u00fb assez dormir&nbsp;\u00bb. Cette tentative pour banaliser le v\u00e9cu douloureux de la coll\u00e8gue ne peut que renvoyer celle-ci \u00e0 un sentiment de solitude et de d\u00e9sarroi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le travail interdisciplinaire et l\u2019effroi de soi<\/h2>\n\n\n\n<p>Cet effroi de soi interroge sur les pratiques en p\u00e9rinatalit\u00e9. Est-ce que toutes les femmes, tous les hommes ressentent cet effroi&nbsp;? Qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019il est pr\u00e9sent, qu\u2019il se fige ou qu\u2019il \u00e9volue et se transforme en d\u2019autres affects comme la culpabilit\u00e9 et la honte&nbsp;? En pr\u00e9natal, la probl\u00e9matique de l\u2019annonce est double&nbsp;: l\u2019annonce de la malformation et le pouvoir donn\u00e9 aux parents d\u2019arr\u00eater la grossesse.<\/p>\n\n\n\n<p>La description de l\u2019effroi de soi est un moment clinique dont la temporalit\u00e9 devra s\u2019accorder pour les patients et les soignants afin qu\u2019une rencontre soit possible. Il faudra suivre l\u2019\u00e9volution de cet effroi de soi pour r\u00e9pondre aux questions des soignants ou les refuser. Le pouvoir \u00e9tant donn\u00e9 psychiquement aux patients de tuer leur enfant. Il met l\u2019accent sur l\u2019importance du positionnement des soignants et des personnes ressources pour le couple en leur redonnant la capacit\u00e9 de penser. En effet le plus grand risque est, \u00e0 nos yeux, l\u2019effet conjugu\u00e9 de l\u2019effroi de soi de la femme (ou du couple) et de l\u2019effroi de soi du soignant. Seule l\u2019\u00e9coute respectueuse des couples, la garantie du temps n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9laboration, la tenue de staffs pluridisciplinaires et les \u00e9changes entre couple et professionnels, permettront une mise en r\u00e9cit et une alliance entre tous. Il est essentiel de souligner l\u2019importance de la transparence sur la tenue des staffs et des participants aupr\u00e8s des patients. Les couples qualifient cette information de \u00ab&nbsp;capitale&nbsp;\u00bb d\u00e8s lors qu\u2019une fois prise la d\u00e9cision d\u2019IMG, leur soit pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019un staff de diagnostic ant\u00e9natal a eu lieu (et ce, une fois par semaine) pour accepter leur demande et qu\u2019\u00e0 ce staff leur dossier a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 devant une \u00e9quipe pluridisciplinaire qui a donn\u00e9 son accord coll\u00e9gialement pour leur demande d\u2019IMG. L\u2019information donn\u00e9e aux patients sur la pr\u00e9sence des diff\u00e9rents intervenants \u00e0 ce staff (obst\u00e9triciens, \u00e9chographistes, p\u00e9diatre, g\u00e9n\u00e9ticien, psychologue\u2026) est capitale permettant souvent un certain apaisement aupr\u00e8s de ces couples.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains couples qui entendent cette information se disent soulag\u00e9s, ayant sinon le sentiment que cette d\u00e9cision relevait d\u2019un seul ou de deux soignants uniquement. Il en va de m\u00eame sur l\u2019interrogation r\u00e9currente au sujet de la signature des conjoints qui ne comprennent pas pourquoi ils ne signent pas \u00e9galement pour l\u2019accord de l\u2019IMG. Certains d\u00e9crivent le sentiment qu\u2019ils ont d\u2019\u00eatre mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart et de ne pas pouvoir aller jusqu\u2019au bout de leur d\u00e9marche. Face \u00e0 l\u2019effroi de soi, au sentiment de solitude qui peut envahir la femme ou le soignant, l\u2019alliance dans le couple et avec l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9quipe du diagnostic pr\u00e9natal, en permettant \u00e0 chacun de s\u2019appuyer sur l\u2019autre, rendra l\u2019acte de l\u2019IMG supportable car r\u00e9sultat d\u2019une r\u00e9flexion et d\u2019un accord coll\u00e9gial.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>La clinique de l\u2019IMG nous conduit directement \u00e0 la d\u00e9sintrication des pulsions de vie et de mort, touchant au plus archa\u00efque de l\u2019intime. R\u00e9aliser la potentialit\u00e9 de violence \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi ne peut que s\u2019accompagner d\u2019un effroi de soi, sp\u00e9cifique de l\u2019IMG. Accompagner les femmes, les hommes, les couples dans cette tourmente intime est une n\u00e9cessit\u00e9, dans le respect de la souffrance induite, cr\u00e9ant, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un travail d\u2019acceptation de l\u2019ambivalence, l\u2019ouverture vers d\u2019autres possibles<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne pouvons qu\u2019insister sur la place et le r\u00f4le qu\u2019occupe l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale aupr\u00e8s de ces couples dans le d\u00e9sarroi. Comme certains patients peuvent le dire, il y a une reconnaissance des \u00e9quipes de leur parcours difficile et de leur souffrance. L\u2019\u00e9quipe aura \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin de ce deuil compliqu\u00e9. Ce lien particulier \u00e0 l\u2019\u00e9quipe se traduira par une certaine fid\u00e9lit\u00e9, les patientes reviendront dans la m\u00eame institution lors d\u2019une grossesse suivante (parfois pour montrer \u00e9galement qu\u2019elles peuvent faire des b\u00e9b\u00e9s en bonne sant\u00e9). Lors d\u2019un entretien psy avec un couple s\u2019orientant vers une d\u00e9cision d\u2019IMG \u00e0 27 SA, le conjoint aura ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Comme dit ma maman, c\u2019est comme \u00e7a\u2026il y a des personnes qui ont des vies de papillon et d\u2019autres qui ont des vies d\u2019\u00e9l\u00e9phant\u2026 et bien l\u00e0 \u00e7a aura \u00e9t\u00e9 une vie de papillon, il faut l\u2019accepter\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Remerciements<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous tenons \u00e0 remercier Anne-Marie Darras et Carole Cacheux, sages-femmes au diagnostic ant\u00e9natal de Trousseau pour leur aide et leurs \u00e9changes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Notion propos\u00e9e par Sylvie S\u00e9guret au cours des \u00e9changes th\u00e9orico-cliniques avec Capucine Foulon<\/li><li>Nous \u00e9voquerons ici les IMG faites \u00e0 partir de 22 semaines d\u2019am\u00e9norrh\u00e9e, terme qui n\u00e9cessite le geste du m\u00e9decin, le foeticide <\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Boltanski L.,(2004), <em>La condition f\u0153tale<\/em>, Gallimard. Ciccone A., Ferrant A. (2009), <em>Honte, Culpabilit\u00e9 et Traumatisme<\/em>, Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>Euripide, <em>M\u00e9d\u00e9e.<\/em>(V<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant JC).(1966), Th\u00e9\u00e2tre 4. Garnier-Flammarion.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1917), <em>Deuil et M\u00e9lancolie<\/em>, <em>M\u00e9tapsychologie<\/em>, Paris, Gallimard (1968).<\/p>\n\n\n\n<p>(1920), <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>, PUF, (2010).<\/p>\n\n\n\n<p>(1926), <em>Inhibition, sympt\u00f4mes et angoisses<\/em>, PUF, (2011).<\/p>\n\n\n\n<p>(1931), <em>Sur la sexualit\u00e9 f\u00e9minine. La vie sexuelle<\/em>, Paris, PUF (1985).<\/p>\n\n\n\n<p>Klein M. (1919), <em>D\u00e9veloppement d\u2019une pens\u00e9e<\/em>, Paris, PUF, (1982).<\/p>\n\n\n\n<p>Laplanche J &amp; Pontalis J.B. (1967), <em>Dictionnaire de la psychanalyse<\/em>, (2004).<\/p>\n\n\n\n<p>Meriot M.E., ShulzJ., M.J. Soubieux, S. Missonnier, B. Beauquier-Maccotta, La grossesse suivant une perte pr\u00e9natale, Revue de M\u00e9decine P\u00e9rinatale, Mai 2014. Mijolla de A (de). (2005), <em>Dictionnaire international de la psychanalyse<\/em>, Paris, Hachette.<\/p>\n\n\n\n<p>Missonnier S. (2009), <em>Devenir parent, na\u00eetre humain. la diagonale du virtuel<\/em>, Paris,PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Seguret S. et al (2003), <em>Le b\u00e9b\u00e9 du diagnostic pr\u00e9natal<\/em>, Paris, Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Soubieux, M.J.,(2013), <em>Le berceau vide<\/em>, Er\u00e8s. Soubieux M-J, Soule M. (2005), <em>La psychiatrie foetale<\/em>, Paris, Er\u00e8s.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10295?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>O\u00f9 donc ton \u00e2me, o\u00f9 donc ton bras trouveront-ils le courage de porter au c\u0153ur de tes enfants les coups d\u2019une horrible audace&nbsp;? M\u00e9d\u00e9e, Euripide &nbsp; Introduction Texte de loi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour une interruption m\u00e9dicale de grossesse pour raison f\u0153tale&nbsp;: elle&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1245],"thematique":[629],"auteur":[1622,1623,1523,1375,1522],"dossier":[630],"mode":[61],"revue":[631],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10295","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-soin","thematique-deuil","auteur-capucine-foulon","auteur-jean-marie-jouannic","auteur-marie-jose-soubieux","auteur-sylvain-missonnier","auteur-sylvie-seguret","dossier-le-deuil-apres-une-mort-prenatale","mode-gratuit","revue-631","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10295","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10295"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10295\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16404,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10295\/revisions\/16404"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10295"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10295"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10295"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10295"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10295"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10295"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10295"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10295"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10295"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}