{"id":10292,"date":"2021-08-22T07:31:44","date_gmt":"2021-08-22T05:31:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/importance-de-la-passivite-dans-le-processus-de-la-cure-psychanalytique-corporelle-2\/"},"modified":"2021-09-15T16:15:41","modified_gmt":"2021-09-15T14:15:41","slug":"importance-de-la-passivite-dans-le-processus-de-la-cure-psychanalytique-corporelle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/importance-de-la-passivite-dans-le-processus-de-la-cure-psychanalytique-corporelle\/","title":{"rendered":"Importance de la passivit\u00e9 dans le processus de la cure psychanalytique corporelle"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>Le sentiment de notre existence d\u00e9pend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous<\/em><footer>Primo Levi, <em>Si c\u2019est un homme<\/em><sup>1<\/sup><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Faites quelque chose&nbsp;\u00bb demande le patient \u00e0 la recherche d\u2019une satisfaction avec l\u2019objet analyste. Celui-ci ne r\u00e9pond pas sous cette forme mais va aider, par la cure, \u00e0 restaurer la premi\u00e8re relation d\u00e9faillante. Nous avons un dispositif qui est un am\u00e9nagement de la cure type compte tenu de l\u2019organisation psychique du patient. Des param\u00e8tres qui \u00e9taient sous-entendus dans le dispositif de la cure type se r\u00e9v\u00e8lent indispensables dans la cure de ces patients. Il faudra un long processus afin que le mot retrouve sa qualit\u00e9 m\u00e9diatrice et sa chair. La Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle (PPC) travaillera avec la m\u00e9diation corporelle, la sensorimotricit\u00e9, la perception et les fonctions primaires du contenant&nbsp;: tous les param\u00e8tres sens\u00e9s \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s chez le patient n\u00e9vros\u00e9. Les \u00e9tats du corps sont porteurs d\u2019un sens en qu\u00eate de repr\u00e9sentation et le travail \u00e0 partir des sensations corporelles va permettre des transformations et une redistribution libidinale en appui sur la pulsion investissante de l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019appareil psychique de ces patients porteurs de failles narcissiques contient mal les excitations. Leur moi est fissur\u00e9, fragile. Ils peinent \u00e0 se sentir r\u00e9els, \u00e0 se sentir exister. Leur symptomatologie engage le corps&nbsp;: malaises diffus, insomnies, douleurs, envahissement par l\u2019excitation\u2026 Souvent, ils abordent le traitement par une demande directe&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Faites quelque chose, me dit Marc, j\u2019ai des spasmes, mon corps se bloque, ma parole se bloque, je ne dors plus\u2026 je suis incapable d\u2019une relation. Je suis dans l\u2019alcool<\/em>&nbsp;\u00bb. Mais paradoxalement ils ne ressentent pas leur corps et ne peuvent rien en dire. La th\u00e9rapie vise la reprise des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 la base du fonctionnement psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019excitation a emp\u00each\u00e9 l\u2019internalisation de l\u2019objet. L\u2019organisation psychique de ces patients met en \u00e9vidence la non-s\u00e9paration. Avec la Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle, nous avons un outil qui va nous permettre de reprendre l\u2019appareil psychique \u00e0 la base de sa formation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La passivit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>La passivit\u00e9 est le r\u00e9sultat d\u2019un processus qui, prenant appui sur la relation sensori-motrice, permet au patient d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 acquis du fait des traumatismes dans la relation primaire. Le patient adapte la distance pour pouvoir supporter l\u2019objet. Dans la cure, la variation de la distance s\u2019exprime par des manifestations motrices. Je suis ici volontiers Alain Berthoz (Professeur au <em>Coll\u00e8ge de France<\/em>) pour parler d\u2019un sixi\u00e8me sens <em>la kinesth\u00e9sie<\/em> (voir le glossaire, p.52), ce sens qui r\u00e9agit le plus souvent aux tentatives d\u2019apaisement. La perception d\u2019un mouvement renvoie \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne archa\u00efque actualis\u00e9 dans le transfert. C\u2019est un langage du corps, une m\u00e9moire d\u2019une exp\u00e9rience primitive dont le langage verbal symbolisant ne s\u2019est pas saisi. Le transfert permet l\u2019\u00e9mergence des premi\u00e8res perceptions engrang\u00e9es, qui vont pouvoir \u00eatre \u00e9labor\u00e9es et conduire \u00e0 la reconnaissance d\u2019un sens par la prise de conscience de la sensori-motricit\u00e9 dans le dialogue tonico-\u00e9motionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>La passivit\u00e9 vis\u00e9e n\u00e9cessite une vigilance. Roc biologique pour Freud, elle peut rec\u00e9ler une menace de morcellement pour le moi qui lui est confront\u00e9. Ce qui est en jeu est la recherche d\u2019un apaisement et non la d\u00e9tente v\u00e9cue comme un l\u00e2chage. Gr\u00e2ce au regard, le dispositif permet, entre hyperexcitation et l\u00e2chage, d\u2019assurer une \u00ab&nbsp;bonne passivit\u00e9&nbsp;\u00bb qui favorise la relation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferenczi montre l\u2019int\u00e9r\u00eat de la passivit\u00e9 dans l\u2019adaptation du fonctionnement psychique. L\u2019exp\u00e9rience du Moi corporel renforce le narcissisme primaire et permet son int\u00e9gration. Winnicott, avec la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul en pr\u00e9sence d\u2019une m\u00e8re suffisamment bonne, montre qu\u2019une int\u00e9gration sensorimotrice r\u00e9ussie est \u00e0 la base des identifications. Ces accordages du Moi corporel avec le Moi psychique, qui peuvent se dire comme int\u00e9gration psych\u00e9-soma, rel\u00e8vent d\u2019une alliance du principe de r\u00e9alit\u00e9 avec le principe de plaisir. Ils dynamisent la relation en ouvrant la voie de la subjectivation.<\/p>\n\n\n\n<p>La suspension que permet la passivit\u00e9 soutient l\u2019investissement de la perception qui engage les transformations. Deux destins sont possibles&nbsp;: soit la d\u00e9charge sans symbolisation, soit l\u2019endurance primaire (Daniel Ros\u00e9, 1997)<sup>2<\/sup> pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019attente qui diff\u00e9rera la satisfaction et entra\u00eenera les transformations vers la symbolisation et les repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie-Lise Roux<sup>3<\/sup> (<em>Un corps propre<\/em>, 2005) d\u00e9montre que le corps des patients somatisants tente de \u00ab&nbsp;parler quelque chose de leur fonctionnement de d\u00e9tresse&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corps a besoin de soins qu\u2019il trouve \u00e0 travers la maladie. Elle fait l\u2019hypoth\u00e8se que chez le patient \u00ab&nbsp;op\u00e9ratoire&nbsp;\u00bb, la pens\u00e9e serait sexualis\u00e9e \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, sur le mode que Green appelle \u00ab&nbsp;surinvestissement de l\u2019intellect&nbsp;\u00bb chez les enfants de \u00ab&nbsp;m\u00e8re morte&nbsp;\u00bb, qui deviennent ind\u00e9pendants de l\u2019objet primaire pour ne pas risquer de le perdre encore. Sinon l\u2019auto-conservation serait atteinte. C\u2019est ce que d\u00e9crivait Ferenczi avec le nourrisson savant. Marie-Lise Roux montre que ce qui caract\u00e9rise le mieux la pens\u00e9e de Freud c\u2019est \u00ab&nbsp;la force d\u2019<em>\u00c9ros<\/em>&nbsp;\u00bb, la libido, qui prend source dans le somatique et d\u2019o\u00f9 surgissent les excitations, qui seront transform\u00e9es en pulsions au terme d\u2019un long travail. Le corps se transforme, il est per\u00e7u et affect\u00e9. Les affects d\u00e9finissent la qualit\u00e9 des pulsions. Elles sont repr\u00e9sent\u00e9es quand elles ont rencontr\u00e9 les mots de la symbolisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corps a un statut particulier, \u00e0 la fois son intimit\u00e9 est \u00e9vidente mais le fait qu\u2019on ne puisse pas soi-m\u00eame le saisir en entier le maintient \u00e9tranger. Du fait de la n\u00e9ot\u00e9nie et de cette \u00e9tranget\u00e9, il a besoin de l\u2019autre. C\u2019est un objet du monde ext\u00e9rieur qui ne pourrait survivre sans objet secourable. Pour le b\u00e9b\u00e9, c\u2019est l\u2019objet primaire qui le tient, le porte, le regarde, l\u2019entoure, lui renvoie ce qu\u2019il est, comme un miroir sans lequel il ne se sentirait pas exister. Le contact avec autrui le construit, si toutefois autrui le regarde et lui renvoie ses sensations leur donnant sens. \u00ab&nbsp;Mon corps n\u2019est rien sans le corps de l\u2019autre complice de son existence\u2026&nbsp;\u00bb \u00e9crit Ajuriaguerra.<\/p>\n\n\n\n<p>La Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle exige un effort de communication avec le patient au plus pr\u00e8s de sa langue. L\u2019attention que l\u2019analyste porte aux \u00e9prouv\u00e9s corporels et \u00e0 leurs effets sur son propre corps sert au patient d\u2019\u00e9tayage \u00e0 l\u2019attention envers son propre corps et favorise le premier m\u00e9canisme de r\u00e9flexivit\u00e9 et l\u2019autoobservation. Le contre-transfert de l\u2019analyste est vivement sollicit\u00e9. Il doit \u00eatre fiable et garantir la continuit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience engag\u00e9e, afin qu\u2019advienne le retournement sur soi du regard de l\u2019objet primaire. Cette auto-observation fait appara\u00eetre une diff\u00e9renciation entre le moi et l\u2019objet, n\u00e9cessaire pour que s\u2019op\u00e8re la r\u00e9flexivit\u00e9 chez le patient. Le regard \u00ab&nbsp;couch\u00e9&nbsp;\u00bb met en espace la verticalisation qui r\u00e9pond \u00e0 la \u00ab&nbsp;vocation ascendante du moi&nbsp;\u00bb (Francis Pasche). La pr\u00e9sence visible, incarn\u00e9e, de l\u2019analyste permet un investissement tendre, libidinal, non g\u00e9nitalis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, tous ces \u00e9l\u00e9ments de la dynamique transf\u00e9rocontre-transf\u00e9rentielle sont r\u00e9unis pour reprendre les d\u00e9faillances des relations primaires et engager le patient dans un processus de construction\/reconstruction de son appareil psychique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Clinique<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vivre l\u2019espace de son corps, puis son corps dans l\u2019espace permet la reconnaissance des limites et une nouvelle appr\u00e9hension du temps. L\u2019histoire de Mlle L. en t\u00e9moigne<\/h3>\n\n\n\n<p>Je re\u00e7ois une patiente \u00e2g\u00e9e d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es. Son diagnostic est celui d\u2019un \u00e9tat limite dont la symptomatologie polymorphe s\u2019est manifest\u00e9e apr\u00e8s l\u2019adolescence. Boulimie avec ob\u00e9sit\u00e9, passages \u00e0 l\u2019acte, tentatives de suicide, crises d\u2019angoisse, manque de contr\u00f4le des mouvements pulsionnels\u2026 autant de sympt\u00f4mes qui s\u2019accompagnent d\u2019une grande peur de la d\u00e9sorganisation et qui la conduisent \u00e0 me consulter \u00e0 mon cabinet sur les conseils de son analyste qu\u2019elle a arr\u00eat\u00e9 de voir depuis plusieurs mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la relation, ses d\u00e9fenses sont projectives, intellectualisantes et contradictoires. Omnipotente &#8211; elle est ob\u00e8se &#8211; et d\u00e9valoris\u00e9e, elle attire et repousse l\u2019objet. Elle est en \u00e9tat de d\u00e9bordement permanent. Son corps est le lieu d\u2019un double mouvement d\u2019investissement narcissique et de d\u00e9sinvestissement brutal. Aucun compte n\u2019est tenu des besoins r\u00e9els du corps et des soins qui lui sont n\u00e9cessaires alors qu\u2019elle sollicite constamment \u00ab&nbsp;<em>trente-six m\u00e9decins et trente-six interventions chirurgicales<\/em>&nbsp;\u00bb. La chirurgie esth\u00e9tique sur les seins n\u2019a rien soulag\u00e9 de cette qu\u00eate incessante de r\u00e9paration. Des \u00e9l\u00e9ments d\u2019oralit\u00e9 et d\u2019analit\u00e9 envahissent un conflit \u0153dipien qu\u2019elle exhibe comme d\u00e9fense contre une faille narcissique insondable. Mlle L. accepte, avec une certaine suspicion, le cadre que je lui propose pour poursuivre son travail analytique avec la m\u00e9diation corporelle par une psychoth\u00e9rapie psychanalytique corporelle et il faudra un certain temps pour qu\u2019il soit \u00e0 sa mesure. En effet, l\u2019excitation est permanente et elle ne trouve pas de calme. Il y a une grande crainte de la passivit\u00e9 qu\u2019elle vit comme une passivation. Alors qu\u2019elle a support\u00e9 le cadre analytique, \u00eatre allong\u00e9e en Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle lui fait peur car elle ne peut plus utiliser ses d\u00e9fenses intellectualisantes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les d\u00e9buts de la cure<\/h3>\n\n\n\n<p>Le corps est mis en avant, projet\u00e9 pour me tenir \u00e0 distance et m\u2019aspirer en m\u00eame temps. Mlle L. montre la contrainte dans laquelle elle se trouve prise. Il s\u2019agit d\u2019un double mouvement qui se manifestera avec plus ou moins de jeu. Elle d\u00e9nie ses sensations bien que son corps l\u2019occupe tout enti\u00e8re. Elle me dit qu\u2019elle ne sent rien, aucune sensation corporelle, bien qu\u2019elle puisse tout me dire sur son ob\u00e9sit\u00e9 et sa boulimie, l\u2019\u0153dipe et la castration. Son corps est d\u2019embl\u00e9e pr\u00e9sent\u00e9 comme un d\u00e9chet et moi comme une poubelle. \u00ab&nbsp;J<em>e voudrais me jeter \u00e0 la poubelle, comment fait-on quand on est moche, \u00e9norme, horrible et d\u00e9prim\u00e9e&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis directement sollicit\u00e9e pour \u00eatre imm\u00e9diatement repouss\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vous ne pouvez rien, vous n\u2019\u00eates qu\u2019une pauvre petite chose (un d\u00e9chet comme elle). Vraiment ce n\u2019est pas la peine, d\u2019ailleurs quand je prends dix kilos, ma m\u00e8re peut me dire&nbsp;: tu as maigri<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9ception est grandiose, le miroir ne marche pas, l\u2019objet auquel elle aspire et qui l\u2019aspire ne peut rien pour elle. L\u2019existence de l\u2019objet ne pouvant \u00eatre secourable, Mlle L. s\u2019acharne \u00e0 le d\u00e9truire. En l\u2019attaquant, elle se vide de son \u00e9nergie libidinale et aspire de nouveau \u00e0 l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Vous croyez qu\u2019avec vos petites sensations minables vous allez changer quelque chose, alors que depuis dix ans, rien n\u2019a chang\u00e9&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce premier mouvement de la cure me rend impuissante, incapable. J\u2019ai tendance \u00e0 me d\u00e9valoriser pour maintenir une emprise dans une violence extr\u00eame. Souvent je me sens prise comme dans un jeu du chat avec la souris. Si je me manifeste, elle me saute dessus. Si je suis immobile, elle me retourne dans tous les sens pour m\u2019animer. Mes interventions sur ce qu\u2019elle ressent sont disqualifi\u00e9es, seules mes interpr\u00e9tations sur ses craintes que, comme sa m\u00e8re, je ne sache pas m\u2019occuper d\u2019elle sont parfois accept\u00e9es. Toutefois en facilitant le d\u00e9sir de voir et d\u2019\u00eatre vu, un espace de fonctionnement commun commence \u00e0 se mettre en place. Je sens toute la dimension parano\u00efde que le dispositif lui a permis de supporter et d\u2019am\u00e9nager gr\u00e2ce \u00e0 la possibilit\u00e9 qu\u2019elle a d\u2019exercer un contr\u00f4le visuel et une emprise sur moi. Je peux alors \u00eatre une m\u00e8re archa\u00efque non sid\u00e9rante et manipulable. Mlle L. exp\u00e9rimente une situation de d\u00e9pendance non engloutissante contenue par mon regard. Les r\u00e9gressions et les d\u00e9bordements se limitent et il lui est davantage possible de ne plus utiliser toute son \u00e9nergie pour me tenir \u00e0 distance.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la perception, nous mettons d\u2019embl\u00e9e le patient dans la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019utiliser son pare-excitation dont on voit pour cette patiente qu\u2019il fonctionne si mal. Freud (1920) d\u00e9crit la v\u00e9sicule vivante qui doit s\u2019entourer d\u2019une couche protectrice et devenir ob\u00e8se pour \u00e9viter l\u2019effraction traumatique qui toucherait directement la couche r\u00e9ceptrice hypersensible.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce d\u00e9but de cure, le syst\u00e8me de d\u00e9fense de Mlle L. est surtout projectif, car le fonctionnement d\u00e9faillant de son pare-excitation n\u00e9cessite pour se prot\u00e9ger ce m\u00e9canisme projectif. Rien de l\u2019autre ne doit l\u2019approcher, surtout si l\u2019autre est lui-m\u00eame enrob\u00e9 de ses pulsions agressives projet\u00e9es qui le rendent dangereux, justifiant ainsi la d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Six mois plus tard<\/strong>, elle commence une s\u00e9ance par une recherche de sensations. \u00ab&nbsp;<em>Je ne sens rien, c\u2019est incongru, je crois que je ne sentirai rien\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb. Elle met ici en \u00e9vidence un mouvement transf\u00e9rentiel positif, avec son d\u00e9sir devant moi de reconna\u00eetre son corps et sa crainte de ne pas y parvenir. Elle me regarde beaucoup dans cette s\u00e9ance, cherchant une r\u00e9assurance pour s\u2019aventurer dans l\u2019exploration de ses sensations. La tonalit\u00e9 est tr\u00e8s diff\u00e9rente du regard d\u2019emprise. Le transfert de base est install\u00e9 et c\u2019est vers un transfert d\u2019\u00e9tayage que nous nous dirigeons maintenant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Prise \u00e0 son propre corps, comment s\u2019en d\u00e9prendre&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019installation dans un transfert d\u2019\u00e9tayage<\/h3>\n\n\n\n<p>Les rep\u00e8res corporels se mettent en place. Nous utilisons la perception du corps propre comme un contreinvestissement, une op\u00e9ration d\u00e9fensive charg\u00e9e de mobiliser l\u2019\u00e9nergie psychique pour cr\u00e9er une sorte de barri\u00e8re contre l\u2019intrusion possible de l\u2019autre. Il s\u2019agit donc d\u2019un renforcement du pare-excitation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mlle L. m\u2019invite \u00e0 m\u2019approcher psychiquement, si ce n\u2019est physiquement car je ne la touche pas, en me disant son d\u00e9sir de sentir son corps en ma pr\u00e9sence. Je lui d\u00e9cris alors objectivement ce que je per\u00e7ois de ce qui est le plus p\u00e9riph\u00e9rique de son corps, \u00e0 savoir ses bras&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vous avez votre main gauche pos\u00e9e sur votre main droite, ce que vous pouvez peut-\u00eatre sentir.<\/em>&nbsp;\u00bb Dans ce rapproch\u00e9, j\u2019\u00e9vite l\u2019intrusion et je pose la barri\u00e8re corporelle en reconnaissance de ce qu\u2019elle m\u2019a offert. Elle saisit ma proposition dans une nouvelle mise \u00e0 distance, toutefois moins globale&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Mes mains, ce n\u2019est pas mon corps, c\u2019est li\u00e9 \u00e0 mon travail, ce sont mes instruments, elles sont agr\u00e9ables et chaudes, je les aime bien, mais vous voyez, elles sont pos\u00e9es sur mon ventre. J\u2019ai l\u2019impression de ne pas \u00eatre finie devant, que je ne sens pas de limite<\/em>&nbsp;\u00bb. Les sensations corporelles qu\u2019elle d\u00e9crit mettent en jeu un courant narcissique et un mouvement objectal, mais les fronti\u00e8res du moi ne sont pas stables. Mlle L. \u00e9voque \u00e0 la suite tout ce qui peut lui faire ressentir des limites&nbsp;: la boulimie, le st\u00e9rilet, les cicatrices de ses interventions chirurgicales, le dentiste, les m\u00e9decins\u2026 Avec la parole, elle se sent comme un \u00ab&nbsp;vampire, un aspirateur&nbsp;\u00bb, montrant par l\u00e0 que les limites sont toujours \u00e0 refaire. L\u2019objet est aspir\u00e9 pour servir de soulagement, toute frustration est insupportable, provoquant un acte fait par elle-m\u00eame ou par un autre. Ici, en s\u00e9ance, la perception visuelle tend \u00e0 nous rapprocher r\u00e9ellement, et elle me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je suis mal faite, faites quelque chose tout de suite, j\u2019ai besoin que vous me calmiez imm\u00e9diatement, d\u2019\u00eatre entour\u00e9e par une nounou.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui interpr\u00e8te sa crainte que je l\u2019oublie, ce qui l\u2019\u00e9meut, et elle se souvient d\u2019une photo o\u00f9, petite fille, elle faisait de la balan\u00e7oire en regardant sa m\u00e8re qui regardait l\u2019horizon. Elle me transmet dans cette association toute<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pour conclure<\/h2>\n\n\n\n<p><strong class=\"marquage gras\">Le corps a un statut particulier pour la psych\u00e9<\/strong>. \u00c0 la fois \u00e9tranger, objet du monde ext\u00e9rieur, il est aussi intimit\u00e9. Lien entre le dehors et le dedans, il acquiert une fonction d\u2019objet transitionnel entre le sujet et l\u2019objet. Il s\u2019agit de la m\u00e9diation par laquelle passent tous nos investissements. Lorsque nous intervenons sur la psych\u00e9 \u00e0 partir du corps relationnel, c\u2019est qu\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre hom\u00e9ostatique est manifeste. La Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique Corporelle est un premier temps de travail analytique progr\u00e9dient qui vise le r\u00e9investissement libidinal du moi corporel, et donc du moi psychique. Cette d\u00e9marche pose le corps propre comme objet d\u2019investissement conjoint. \u00c0 travers la sensori-motricit\u00e9 et le regard qui t\u00e9moignent du lien de la pulsion \u00e0 la fois au corps propre et \u00e0 l\u2019objet, un effort va \u00eatre fait pour lier le perceptif au langage. L\u2019unit\u00e9 psychosomatique se fait au moment o\u00f9 le corps est exp\u00e9riment\u00e9, ressenti \u00e0 la fois comme sujet et objet d\u2019une relation. Intime d\u00e9doublement que cette auto-observation o\u00f9 le retournement du regard sur soi ouvre un espace psychique. Vivre l\u2019espace de son corps, puis son corps dans l\u2019espace permet la reconnaissance des limites et une nouvelle appr\u00e9hension du temps. De vivre la passivit\u00e9 dans la relation lui permet d\u2019acqu\u00e9rir la comp\u00e9tence au divan et d\u2019accepter un apaisement succ\u00e9dant \u00e0 une emprise d\u00e9fensive. Du corps pratique \u00e0 un corps affect\u00e9 par les investissements, le passage se fait par une acceptation de l\u2019emprise, temps n\u00e9cessaire d\u2019accompagnement d\u2019une d\u00e9fense qui impulse, \u00e0 travers la sensori-motricit\u00e9, une base de reconnaissance de soi-m\u00eame et un renforcement du narcissisme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Julliard, 1987, p.&nbsp;185. <\/li><li>Ros\u00e9, Daniel, <em>L\u2019Endurance primaire. De la clinique de l\u2019excitation \u00e0 la clinique psychosomatique de l\u2019exc\u00e8s<\/em>, Paris, PUF, 1997. <\/li><li> Roux, Marie-Lise, \u00ab&nbsp;Un corps propre&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de psychosomatique<\/em>, n\u00b0&nbsp;2, PUF, 2005. <\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10292?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sentiment de notre existence d\u00e9pend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous Primo Levi, Si c\u2019est un homme1 &nbsp; \u00ab&nbsp;Faites quelque chose&nbsp;\u00bb demande le patient \u00e0 la recherche d\u2019une satisfaction avec l\u2019objet analyste. 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