{"id":10291,"date":"2021-08-22T07:31:41","date_gmt":"2021-08-22T05:31:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/a-la-rescousse-des-clivages-defaillants-2\/"},"modified":"2021-10-01T18:34:41","modified_gmt":"2021-10-01T16:34:41","slug":"a-la-rescousse-des-clivages-defaillants","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/a-la-rescousse-des-clivages-defaillants\/","title":{"rendered":"A la rescousse des clivages d\u00e9faillants"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>Le rejet est toujours doubl\u00e9 d\u2019une acceptation&nbsp;; deux attitudes oppos\u00e9es, ind\u00e9pendantes l\u2019une de l\u2019autre, s\u2019instaurent, ce qui aboutit \u00e0 un clivage du moi. Ici encore l\u2019issue doit d\u00e9pendre de celle des deux qui disposera de la plus grande intensit\u00e9.<footer>Freud, <em>Abr\u00e9g\u00e9 de psychanalyse<\/em><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le clivage fonctionnel<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les clivages autour de l\u2019enfant<\/h3>\n\n\n\n<p>En cr\u00e9ant le concept de clivage du moi, Freud est parti du f\u00e9tichisme et de l\u2019\u00e9tude des perversions<sup>1<\/sup>, puis il a conf\u00e9r\u00e9 au clivage un r\u00f4le important dans la formation des psychoses<sup>2<\/sup>. Finalement, avec l\u2019<em>Abr\u00e9g\u00e9 de psychanalyse<\/em><sup>3<\/sup>, il a donn\u00e9 acc\u00e8s \u00e0 la notion de clivage pour tous. Nos clivages au quotidien sont innombrables, \u00e0 la mesure de nos conflits entre notre monde ext\u00e9rieur et les exigences pulsionnelles. Avant m\u00eame de na\u00eetre, nous sommes pris dans les r\u00e9seaux des contraintes et des souhaits qui nous guettent tout \u00e0 long de notre vie, depuis notre conception m\u00eame. <em>His majesty the baby<\/em>, existe et n\u2019existe pas et pour sauver son royaume, le voil\u00e0 pris dans un commandement Kleinien de vie et de conflit&nbsp;: <em>Tu cliveras ton prochain comme toi-m\u00eame.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">B\u00e9b\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>S\u2019il existe pour ses parents bien avant sa conception, depuis leurs premi\u00e8res th\u00e9ories sexuelles infantiles, le b\u00e9b\u00e9 conna\u00eetra son existence gr\u00e2ce aux effets d\u2019apr\u00e8s coup des al\u00e9as de la vie. L\u2019existence biologique, l\u2019existence fantasmatique, le sentiment d\u2019existence, et l\u2019espoir d\u2019une essence, d\u2019un destin favorable, tournent en rond sur le man\u00e8ge de l\u2019apr\u00e8s-coup, ne se rattrapent jamais mais font comme si leur unit\u00e9 \u00e9tait d\u00e9finitivement acquise. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 un sentiment d\u2019unit\u00e9 requiert donc des arrangements, rendus possibles par les clivages, eux-m\u00eames remani\u00e9s par des mouvements de d\u00e9ni et d\u2019id\u00e9alisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Monologue&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le P\u00e8re-No\u00ebl existe, les monstres du placard et de l\u2019obscurit\u00e9 aussi. L\u2019humeur de mes parents, j\u2019en suis responsable, il suffit de voir leur t\u00eate. C\u2019est bizarre qu\u2019ils aient l\u2019air agac\u00e9s quand je joue avec mon corps. Peut-\u00eatre que je ne devrais pas&nbsp;? Mais, la grandeur dans la faute, quel formidable sentiment d\u2019unit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ado<\/h3>\n\n\n\n<p>Monologue&nbsp;: \u00ab&nbsp;La sexualit\u00e9 des adultes existe, sauf chez mes parents qui m\u2019ont fait mais c\u2019est une erreur. Je sais bien mais quand m\u00eame&nbsp;\u00bb. On y croit. Croyant mais pas pratiquant, enfin, pratiquant quand m\u00eame mais en solo. Monologue&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019amour, l\u2019amour, \u00e7a va venir. Mais cette angoisse si vite apais\u00e9e, mon (ou ma) th\u00e9rapeute n\u2019y peut pas grand chose. Il (ou elle) dit des choses que je sais mais que je ne dirais pas moi-m\u00eame, et d\u2019autres que je d\u00e9couvre mais \u00e7a m\u2019ennuie d\u2019\u00eatre compris. J\u2019en parlerai \u00e0 celui qu\u2019il (ou elle) appelle mon double, ou encore \u00e0 mon groupe de copains.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pour tous, les petits clivages du quotidien<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019accumulation de t\u00e2ches d\u00e9laiss\u00e9es, administratives, sociales, comptables, etc. montre bien l\u2019importance du \u00ab&nbsp;je sais bien mais quand m\u00eame&nbsp;\u00bb (Octave Mannoni) dans la cr\u00e9ation de clivages du moi au quotidien. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, le moi \u00e9vite les harc\u00e8lements, aussi bien du c\u00f4t\u00e9 du monde ext\u00e9rieur, que des parties les plus mesquines du surmoi. Ces d\u00e9laissements ne sont pas \u00e0 confondre avec des refoulements&nbsp;; ces derniers ne s\u2019expriment pas par un \u00ab&nbsp;je sais bien, etc.&nbsp;\u00bb, ils continuent \u00e0 veiller sur la r\u00e9gulation des relations entre le \u00e7a et le moi. \u00ab&nbsp;Pas de clivage sans collage&nbsp;\u00bb<sup>4<\/sup>. La chute d\u2019une valeur morale profond\u00e9ment ancr\u00e9e, la perte d\u2019un amour, la disparition d\u2019une illusion, un traumatisme quel qu\u2019il soit, renvoient passag\u00e8rement ou durablement \u00e0 une incapacit\u00e9 \u00e9laborative de d\u00e9saide (<em>Helplessness<\/em> ou <em>Hilflosigkeit<\/em>). L\u2019appel \u00e0 l\u2019objet primaire en est l\u2019imm\u00e9diate cons\u00e9quence. Ce point est capital car il va permettre de comprendre l\u2019importance du partage du traumatisme avec une ou plusieurs personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>En voici deux exemples&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois rend visite \u00e0 sa m\u00e8re pour ses 80 ans. Elle est vive, active et enjou\u00e9e. C\u2019est un beau jour d\u2019\u00e9t\u00e9, ils d\u00e9jeunent paisiblement. Soudain elle fait une crise d\u2019\u00e9pilepsie. Fran\u00e7ois est neurologue, pourtant il est pris d\u2019un tel effroi qu\u2019il appelle imm\u00e9diatement une voisine avant de revenir vers sa m\u00e8re dont la crise se poursuit. Puis il la fait hospitaliser, mais commence \u00e0 souffrir d\u2019auto-reproches r\u00e9currents pour lesquels il consulte. Il s\u2019en veut de n\u2019avoir pas gard\u00e9 assez de sang froid pour accompagner la crise avec les pr\u00e9cautions d\u2019usage. De plus, il est surpris par le manque de mouvements affectifs envers sa m\u00e8re au d\u00e9cours de cet \u00e9pisode. Il s\u2019interroge&nbsp;: pourquoi eu-t-il tant besoin de la voisine, femme tr\u00e8s gentille et tr\u00e8s simple, qui ne lui fut d\u2019aucune aide concr\u00e8te au del\u00e0 de sa pr\u00e9sence rassurante. Fran\u00e7ois s\u2019interroge&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai eu une absence, j\u2019ai l\u2019impression que je n\u2019en suis pas revenu\u2026J\u2019ai eu besoin d\u2019un objet secourable\u2026 qu\u2019est-ce qui m\u2019est arriv\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis dit qu\u2019il s\u2019\u00e9tait perdu comme s\u2019il sortait, lui aussi, d\u2019une crise.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une autre fa\u00e7on, la pratique de la psychanalyse permet de rencontrer des patients qui suscitent un contre-transfert, inconscient comme il se doit, mais activement agi par d\u00e9ni et rejet de fa\u00e7on perceptible. Ce dernier point qui fait probl\u00e8me, en particulier quand il fait retour sous la forme d\u2019un <em>acting<\/em> de l\u2019analyste. Ainsi ai-je, pendant au moins deux ans, oubli\u00e9 d\u2019annoncer \u00e0 temps mes vacances \u00e0 une patiente. Cela dura jusqu\u2019au jour o\u00f9 elle me parla de son antipathie pour les voitures <em>Citro\u00ebn<\/em>. Je me sentis bizarrement concern\u00e9, mon p\u00e8re avait toujours eu des voitures de cette marque. Aussi fut-ce sur un ton peut-\u00eatre un peu vif que je lui demandai d\u2019o\u00f9 venait ce rejet. Et l\u00e0, elle m\u2019\u00e9claira sur mon manquement chronique. Au cours de son enfance, elle vivait dans la ferme de ses parents. Elle y passait les vacances, sauf lorsque, sans pr\u00e9venir, arrivait une voiture, une <em>Citro\u00ebn.<\/em> On la faisait monter dedans sans explication, on lui donnait un sac de v\u00eatements et la voiture repartait pour prendre d\u2019autres enfants et les conduire dans une colonie de vacances. Il y avait l\u00e0 une rencontre avec mes angoisses d\u2019enfant, alertes \u00ab&nbsp;aux abris&nbsp;\u00bb lors de bombardements mais aussi impressions fallacieuses, d\u2019absences nocturnes de mes parents. Nous avions, elle et moi, op\u00e9r\u00e9 un collage traumatique rendant indicibles les raisons d\u2019angoisses cliv\u00e9es, ici r\u00e9unies en un seul sc\u00e9nario. Nos liens transf\u00e9ro &#8211; contre-transf\u00e9rentiels s\u2019\u00e9taient doubl\u00e9s d\u2019un collage sur une communaut\u00e9 de d\u00e9ni sans mots pour le dire. Secteurs du moi cliv\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 un point de faiblesse du clivage. Car les clivages sont poreux, nous y reviendrons, ces porosit\u00e9s rendent possible le fait d\u2019en parler et de commencer \u00e0 s\u2019en d\u00e9gager.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Prix de la vie, de la survie, n\u00e9vrose d\u2019intendance<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le texte fondateur du clivage du moi &#8211; tr\u00e8s court, quatre pages &#8211; Freud commente ainsi l\u2019\u00e9conomie et la dynamique du clivage du moi, son co\u00fbt et ses destins&nbsp;: \u00ab&nbsp;Seule la mort est pour rien&nbsp;\u00bb (<em>Nur der Tod ist umsonst)<\/em>. La mort, dans la vie \u00e9v\u00e8nementielle, bien s\u00fbr. Mais son annonce dans la vie psychique, \u00e9veille la menace de castration, suscitant une vive r\u00e9action de survie, r\u00e9action qui a son prix car elle se paie en libido. L\u2019exemple donn\u00e9 par Freud concerne un petit gar\u00e7on qui vient de constater de visu l\u2019absence de p\u00e9nis chez les femmes. Horreur&nbsp;! La castration existerait&nbsp;? En urgence, et magiquement, l\u2019enfant d\u00e9place l\u2019investissement du p\u00e9nis sur un substitut, le f\u00e9tiche, nouvel objet d\u2019int\u00e9r\u00eat majeur, illuminant \u00e0 son profit la situation et laissant le manque horrible dans la m\u00e9connaissance, dans l\u2019indiscernable. Au rang des substituts, se rangent les hallucinations positives, les constructions d\u00e9lirantes et les sc\u00e9narios pervers. Nous y reviendrons. C\u2019est le substitut qui est un leurre, botte ou bottine, bas, gant, sous-v\u00eatement, etc. Mais sa construction, sa constitution et son \u00e9clat co\u00fbtent de l\u2019\u00e9nergie. La pens\u00e9e magique et l\u2019illusion ont leur prix. Parfois, celui-ci se partage avec un individu ou un groupe de proches.<\/p>\n\n\n\n<p>Consid\u00e9rons le clivage comme instaur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le moi d\u00e9bord\u00e9 par le traumatisme a eu recours au d\u00e9ni, \u00e0 l\u2019id\u00e9alisation et \u00e0 l\u2019illusion de la pens\u00e9e magique. Il a d\u00fb renoncer \u00e0 l\u2019action de l\u2019\u00e9preuve de r\u00e9alit\u00e9. Aussi s\u2019est-il partiellement cliv\u00e9 de cette agence qui est une partie fonctionnelle importante de lui m\u00eame. Il l\u2019a \u00e9gar\u00e9e en se soumettant \u00e0 un jeu de paradoxes qui combinent et m\u00e9langent processus primaires et processus secondaires, r\u00e9alit\u00e9 et hallucination n\u00e9gative. Ainsi se cr\u00e9ent des objets mixtes, dont une part est faite d\u2019illusions lumineuses et l\u2019autre part, d\u2019opacit\u00e9s relatives par contraste. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un clivage fonctionnel, organis\u00e9 autour d\u2019une d\u00e9faite du moi dans l\u2019attente d\u2019un retour \u00e0 une meilleure \u00e9valuation de la situation, ce qui est tr\u00e8s souvent la r\u00e8gle. Souvent persiste cependant une forme de petit d\u00e9ni des incidents de la vie quotidienne, \u00e9tay\u00e9e sur des projections en qu\u00eate d\u2019un responsable.<\/p>\n\n\n\n<p>Une entr\u00e9e de clowns peut illustrer mon propos.<\/p>\n\n\n\n<p>La piste du cirque est dans l\u2019obscurit\u00e9 \u00e0 l\u2019exception d\u2019un rond de lumi\u00e8re venant d\u2019un r\u00e9verb\u00e8re sous lequel un clown est affair\u00e9. Visiblement, il cherche quelque chose sur le sol. Un second clown sort de l\u2019obscurit\u00e9 et dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Que faites vous l\u00e0, monsieur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je cherche ma montre, elle est tomb\u00e9e et je ne la retrouve pas.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vais vous aider.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se d\u00e9placent dans le petit disque de clart\u00e9, se heurtent, chutent, font des cabrioles amusantes mais ne trouvent rien.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00cates-vous bien certain d\u2019avoir eu une montre, demande le second clown&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Certainement, certainement, une belle montre en or, un bijou de famille, r\u00e9pond le premier.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais, nous ne la trouvons toujours pas. L\u2019avez-vous perdue ici&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah, pour \u00e7a, non&nbsp;! Je suis s\u00fbr et certain de l\u2019avoir perdue ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais o\u00f9 \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; L\u00e0-bas, dit le premier clown en montrant un point dans l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais alors, pourquoi la chercher ici&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais, c\u2019est qu\u2019ici, il y a de la lumi\u00e8re&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 quelque chose d\u2019insupportable ou de d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, le rejet et le d\u00e9ni sont les premi\u00e8res d\u00e9fenses. Au minimum, ce sera un&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne veux pas le savoir.&nbsp;\u00bb Suivi parfois d\u2019un \u00ab&nbsp;Je sais bien, mais quand m\u00eame \u2026&nbsp;\u00bb. A un degr\u00e9 de plus&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019en crois pas mes yeux&nbsp;\u00bb. Encore un pas dans le d\u00e9ni et la raison est mise en doute&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019hallucine.&nbsp;\u00bb Au summum, il n\u2019y a plus rien \u00e0 dire car un effacement total s\u2019op\u00e8re, soit par \u00e9vanouissement, soit par une perte de la perception traumatisante par une hallucination n\u00e9gative de ce qui se passe. Ce sont l\u00e0 des formes de clivages dans lesquels le moi s\u2019ampute, se clive fonctionnellement d\u2019une partie de lui m\u00eame par des processus de rejet, de n\u00e9gation et d\u2019isolement. Actes qui ont un prix, celui du maintien de la vie courante dans la proximit\u00e9 imm\u00e9diate d\u2019un contexte traumatique. Fournisseur d\u2019\u00e9nergie, le moi doit payer la note de ces traitements d\u2019urgence, puis de leurs relais dans le long terme. Il doit faire les frais du maintien de l\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 des clivages. Leurs porosit\u00e9s \u00e9ventuelles font courir le risque d\u2019infiltrations de la vie courante par les produits traumatiques mis \u00e0 l\u2019isolement. L\u00e0 aussi il faut faire face, faire bonne figure. Bref, c\u2019est co\u00fbteux en \u00e9nergie. Il nous faut faire maintenant un bilan des ressources afin de voir o\u00f9 et comment nous pouvons venir \u00e0 la rescousse des clivages d\u00e9faillants.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La solution groupale<\/h3>\n\n\n\n<p>Si le commandement \u00ab&nbsp;tu cliveras ton prochain comme toi-m\u00eame&nbsp;\u00bb renvoie \u00e0 la recherche d\u2019un objet primaire magiquement consolateur, certaines attitudes traditionnelles ou spontan\u00e9es contribuent \u00e0 cette rencontre. Ainsi en va-t-il dans les moments de catastrophes personnelles ou collectives. Afin de lutter contre ces h\u00e9morragies psychiques, on se regroupe, on se contient les uns les autres. Le d\u00e9ni d\u2019un deuil peut se soutenir de l\u2019apport dynamique et \u00e9nerg\u00e9tique des proches venus \u00e0 la rescousse de celui ou celle qui n\u2019est pas encore endeuill\u00e9 mais rescap\u00e9 du trauma de la perte, les croyances partag\u00e9es y aident grandement. Parfois, des rituels civils, militaires, religieux, familiaux, permettent d\u2019encadrer des v\u00e9cus d\u00e9pressifs par d\u00e9liaison, voire d\u00e9structurants par d\u00e9sintrication pulsionnelle, et de les confronter \u00e0 des valeurs et des vies qui se veulent \u00e9ternelles, des gloires sans fin et des m\u00e9moires \u00e0 jamais. On voit ici les r\u00e9surgences des pens\u00e9es magiques et le retour de facettes de l\u2019objet primaire qui les dispense. Ce d\u00e9ni s\u2019abrasera cependant, le trauma sera trait\u00e9 peu \u00e0 peu, au fil du temps, par petites quantit\u00e9s, ce sera le temps du travail de deuil. Mais parfois, les clivages se maintiennent pendant des jours, des mois, des ann\u00e9es, toute une vie en raison de l\u2019impact du trauma et du maintien du d\u00e9ni et de ses annexes que sont les leurres, l\u2019id\u00e9alisation et le d\u00e9ni groupal, processus de base des fondamentalismes, des religions et des endoctrinements les plus divers, y compris sectaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques positives<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">N\u00e9vrose d\u2019intendance et libido narcissique<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019imm\u00e9diat, la libido narcissique, support de l\u2019estime de soi, est mise \u00e0 contribution. Mais \u00e7a ne marche pas longtemps. L\u2019id\u00e9alisation peut s\u2019att\u00e9nuer, la brillance se faire trop faible, le contraste entre la lumi\u00e8re et l\u2019obscurit\u00e9 ne plus \u00eatre op\u00e9rant. Si se r\u00e9soudre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la cause traumatique est impossible, il faut que le clivage perdure, il faut maintenir fonctionnellement le d\u00e9ni et l\u2019illusion \u00e0 tout prix. L\u2019\u00e9nergie disponible dans le moi est limit\u00e9e, sa libido narcissique peut s\u2019\u00e9puiser apr\u00e8s avoir \u00e9puis\u00e9 les divers syst\u00e8mes d\u2019investissements qu\u2019elle soutient. Vient le moment o\u00f9 le clivage ne pourra plus \u00eatre surinvesti. Quelques recours sont alors possibles et sont m\u00eame d\u00e9voil\u00e9s et facilit\u00e9s par la d\u00e9faite m\u00eame des investissements. Une \u00e9conomie nouvelle \u00e9merge. Par commodit\u00e9, je l\u2019ai mise \u00e0 l\u2019enseigne de la n\u00e9vrose d\u2019intendance, afin de signaler l\u2019usage qui va \u00eatre dor\u00e9navant fait des puissances libidinales n\u00e9vrotiques, des pulsions soudain lib\u00e9r\u00e9es par manque d\u2019\u00e9nergie du moi pour entretenir leur refoulement.<\/p>\n\n\n\n<p>Des manifestations phobiques, hyst\u00e9riques, obsessionnelles apparaissent. Mais elles ne jouent pas le jeu de la n\u00e9vrose. Malgr\u00e9 les apparences, elle suppl\u00e9ent au manque de libido narcissique en d\u00e9versant la libido sexuelle dans le champ du d\u00e9ni. L\u2019\u00e9nergie de la libido sexuelle, primitivement vou\u00e9e au plaisir, est maintenant d\u00e9tourn\u00e9e au profit de la survie psychique, pour le maintien du narcissisme. A ce jeu l\u00e0, on peut dire que tous les coups sont permis. Les objets de plaisir subissent une mutation vers des fonctions d\u2019ustensiles. \u00c7a ressemble \u00e0 de la n\u00e9vrose, \u00e7a aurait le go\u00fbt de la n\u00e9vrose, mais elle n\u2019est l\u00e0 que pour soutenir le clivage.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons que dans une relation th\u00e9rapeutique, ces n\u00e9vroses d\u2019intendance s\u2019appuient sur des transferts dont l\u2019interpr\u00e9tation serait alors malvenue. La d\u00e9sillusion qui s\u2019ensuivrait priverait le n\u00e9cessaire clivage d\u2019une \u00e9nergie devenue trop rare. D\u00e9velopper ici le th\u00e8me des r\u00e9actions th\u00e9rapeutiques n\u00e9gatives li\u00e9 \u00e0 ces n\u00e9vroses d\u2019intendance pourrait \u00eatre \u00e9clairant dans certaines situations difficiles.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Haine, transfert n\u00e9vrotique et humour<\/h3>\n\n\n\n<p>Ce qui suit dans ce paragraphe est issu pour l\u2019essentiel de traitements d\u2019enfants et d\u2019adolescents par le psychodrame psychanalytique. Avec eux, on sait combien les transferts positifs peuvent faire l\u2019objet de fortes r\u00e9sistances qui transforment les mouvements d\u2019amour en expressions de haine. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il est possible de faire \u00e9voluer une destructivit\u00e9 confuse en haine manifeste. Cette haine est garante d\u2019une mise \u00e0 distance r\u00e9gl\u00e9e par le patient et l\u2019analyste, sans risque d\u2019intrusions ou de confusions identitaires. De plus, la haine est un sentiment clair et net qui ne se pr\u00eate pas \u00e0 l\u2019hypocrisie. L\u2019humour reste possible sous diverses formes, auto-d\u00e9rision, mise en bo\u00eete du meneur de jeu et des acteurs. Gr\u00e2ce \u00e0 cette haine et \u00e0 cet humour de transfert, il est possible pour les patients de maintenir un lien solide avec un objet bien distingu\u00e9. Si l\u2019analyste meneur de jeu du psychodrame peut ne pas se sentir mal \u00e0 l\u2019aise avec la haine de contre-transfert qu\u2019il \u00e9prouve pour son patient, la relation peut \u00e9voluer vers une cure solidement implant\u00e9e dans laquelle appara\u00eetront des \u00e9l\u00e9ments d\u2019estime mutuelle dans une rivalit\u00e9 bien temp\u00e9r\u00e9e visant \u00e0 prendre le contr\u00f4le du processus analytique en cours.<\/p>\n\n\n\n<p>Le passage de la haine \u00e0 l\u2019humour tient \u00e0 ce que pour Freud, \u00ab&nbsp;l\u2019objet na\u00eet dans la haine&nbsp;\u00bb. Mais Serge Lebovici ajoute \u00ab&nbsp;l\u2019objet est investi avant d\u2019\u00eatre per\u00e7u&nbsp;\u00bb. Or avec certains patients menac\u00e9s par leur destructivit\u00e9, il est clair que le meneur de jeu est investi par une haine qui va permettre de le percevoir comme distinct et \u00e0 bonne distance. Ainsi en fut-il pour \u00c9ole, jeune gar\u00e7on de 10 ans, d\u00e9couvert pendu dans son \u00e9cole, r\u00e9anim\u00e9 et adress\u00e9 pour un psychodrame. D\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9ance, il se laisse glisser massivement et passivement sur le sol. Puis il joue des sc\u00e8nes qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent en manifestations hallucinatoires et d\u00e9lirantes. Je pr\u00e9f\u00e8re le laisser s\u2019installer dans une opposition psychique envers moi r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par son retour vers l\u2019effondrement physique. Il d\u00e9laisse les acteurs du psychodrame. Mais peu \u00e0 peu, il pr\u00eate une attention \u00e0 \u00e9clipse \u00e0 ce qui se passe autour de lui et pour lui. Apr\u00e8s quelques semaines, il hasarde de petits commentaires d\u00e9valorisants pour le meneur de jeu et son \u00e9quipe. Puis, surviennent des critiques violentes auxquelles le meneur de jeu r\u00e9pond sur un mode d\u00e9sabus\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ole &#8211; Je vous d\u00e9teste<\/p>\n\n\n\n<p>Moi &#8211; Enfin quelque chose de plus solide. Peut-\u00eatre vais-je avoir quelqu\u2019un a d\u00e9tester, moi aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ole &#8211; Je m\u2019en fous. De toutes fa\u00e7ons vous \u00eates et vous resterez un gros nul, chauve et avec des aur\u00e9oles sous les aisselles.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi &#8211; Ah bon, voil\u00e0 que tu t\u2019int\u00e9resses \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ole &#8211; Faute de mieux&nbsp;! Faut bien qu\u2019on aille jusqu\u2019\u00e0 la fin de la s\u00e9ance. Je meuble.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi &#8211; C\u2019est du donnant-donnant que tu proposes, n\u2019est-ce pas&nbsp;? D\u00e9testation pour d\u00e9testation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ole &#8211; Oui, c\u2019est \u00e7a. Mais vous restez une grosse patate.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de trois ans, tout cela s\u2019est boulevers\u00e9. \u00c9ole joue debout, convoque des acteurs, fait des commentaires int\u00e9ressants et n\u2019a pas eu recours \u00e0 des solutions psychotiques. Il est plein d\u2019\u00e9nergie, grandit beaucoup et a des r\u00e9sultats scolaires int\u00e9ressants. Le clivage entre le monde du psychodrame et celui du reste de sa vie permet au transfert de se d\u00e9ployer et de faire passer la destructivit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la haine, facteur de distinction sujet\/objet. \u00c9ole d\u00e9ploie sa vie de pr\u00e9-adolescent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du psychodrame et s\u2019autorise \u00e0 d\u2019autres d\u00e9ploiements avec nous, en particulier sur le plan de son hypermaturit\u00e9 psychique dont on peut penser qu\u2019elle fut un facteur d\u2019isolement ayant contribu\u00e9 \u00e0 sa pendaison.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La solution sublimatoire<\/h3>\n\n\n\n<p>Les sublimations constituent une ressource en libido d\u00e9tourn\u00e9e de son but \u00e0 la recherche platonicienne du bon, du beau, et du bien. Selon la sensibilit\u00e9 de chacun, et pas forc\u00e9ment dans des chemins d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9s, l\u2019activit\u00e9 sublimatoire peut s\u2019av\u00e9rer imp\u00e9rieuse et parfois \u00e0 la limite d\u2019une addiction, sans en avoir les monotonies.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les addictions excitantes<\/h3>\n\n\n\n<p>Certaines addictions produisent des excitations artificielles aux effets stimulants. Avec Nadine Amar et Isaac Salem, nous les avions consid\u00e9r\u00e9es comme des auto-\u00e9rotismes de n\u00e9cessit\u00e9. Elles se distinguent des auto-\u00e9rotismes de l\u2019enfance ou de l\u2019adolescence fondateurs du narcissisme qui peu \u00e0 peu contribuent \u00e0 l\u2019enrichissement de la vie fantasmatique et du sentiment d\u2019identit\u00e9, pr\u00e9parant ainsi aux choix d\u2019objets d\u00e9finitifs. Ici, il s\u2019agit de pouss\u00e9es addictives sans autre but qu\u2019une co-excitation, aptes \u00e0 cr\u00e9er un courant libidinal d\u2019appoint, sur le champ et, pourrait-on dire en urgence. Leur mise en action s\u2019accompagne d\u2019un temporaire apaisement des porosit\u00e9s des clivages mais c\u2019est au prix d\u2019un passage d\u00e9pressif objectal ou, pire encore, essentiel. Nous y reviendrons dans la derni\u00e8re partie de cette communication.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques n\u00e9gatives<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perversions<\/h4>\n\n\n\n<p>Les clivages des pervers sont parmi les plus \u00e9tanches ils ont aussi leurs fragilit\u00e9s. On ne saurait trop s\u2019en d\u00e9fier, et pourtant il faut bien les rencontrer. Il est difficile de s\u00e9parer les perversions sexuelles des perversions narcissiques. Ces derni\u00e8res sont les plus r\u00e9v\u00e9latrices d\u2019un d\u00e9sastre narcissique et leurs aspects sexuels ne sont que le reflet d\u2019une certaine cat\u00e9gorie de libido sexuelle d\u00e9tourn\u00e9e. Ce jeu entre destructivit\u00e9 et apparences \u00e9rotiques donne toute sa profondeur aux subtilit\u00e9s d\u2019\u0153uvres telles que <em>Les liaisons dangereuses<\/em>, de Laclos. Cette subtilit\u00e9 fait souvent d\u00e9faut aux pervers que nous rencontrons presque uniquement en tant que conjoints ou parents. Ils n\u2019ont pas besoin de nos ressources, sauf \u00e0 jouir de nos d\u00e9faites. La destructivit\u00e9 port\u00e9e sur le corps et l\u2019esprit de l\u2019autre, conjoint ou enfant, est au programme. Paul-Claude Racamier disait d\u2019eux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tuez-les, ils s\u2019en foutent&nbsp;; humiliez-les, ils en cr\u00e8vent&nbsp;\u00bb. Cela peut arriver, en particulier lors de leurs s\u00e9jours en prison&nbsp;; mais il en va souvent autrement, tant ils sont f\u00e9rocement capables de d\u00e9porter leurs fragilit\u00e9s sur celles de leurs enfants et conjoints. Dans ces situations, agir seul reste dangereux. Leur approche rel\u00e8ve d\u2019institutions, de rencontres am\u00e9nag\u00e9es telles que des rencontres associant deux professionnels de sant\u00e9 mentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Je viens de donner une place dans l\u2019\u00e9conomie du clivage aux abus pervers. Ceux-ci nourrissent le narcissisme d\u00e9faillant d\u2019un pr\u00e9dateur au d\u00e9triment de victimes, consentantes ou non, \u00e0 la mesure des leurres mis en place pour s\u2019en repa\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait rester sur ce tableau m\u00e9dico-l\u00e9gal mais il faut bien reconna\u00eetre que ce serait totalement injuste pour tous ceux d\u2019entre nous, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 peu pr\u00e8s nous tous qui intervenons quotidiennement dans l\u2019entretien de clivages indispensables ou, \u00e0 tout le moins, tr\u00e8s recommandables.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud \u00e9tait parti d\u2019une perversion, le f\u00e9tichisme, il ne tarda point \u00e0 se reconvertir et le second exemple qu\u2019il nous a donn\u00e9 rel\u00e8ve plut\u00f4t de la <em>Protection maternelle et infantile<\/em>, ce fut une ouverture vers de nouveaux horizons&nbsp;; ceux d\u2019un bref rappel de la mythologie grecque. Je cite Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est impossible de ne pas rapporter comment le vieux p\u00e8re-dieu Kronos d\u00e9vore ses enfants et veut aussi d\u00e9vorer son plus jeune fils Zeus et comment Zeus, sauv\u00e9 par la ruse de la m\u00e8re, \u00e9mascule plus tard le p\u00e8re.&nbsp;\u00bb La ruse du petit gar\u00e7on qui installe le p\u00e9nis manquant \u00e0 la femme dans l\u2019apparition du f\u00e9tiche, cette ruse, Freud la qualifie de <em>Kniffige<\/em>, c\u2019est \u00e0 dire rus\u00e9e mais avec les marques p\u00e9joratives de malhonn\u00eatet\u00e9 et de mauvaise foi, de \u00ab&nbsp;petite astuce&nbsp;\u00bb qui n\u2019en impose pas (RIP, p. 286) Il me semble qu\u2019avec nos jeunes patients <em>Kniffige<\/em>, il est possible de passer par le jeu plut\u00f4t que par la ruse, ou plut\u00f4t de les laisser jouer la ruse tout en maintenant fermement nos cadres de travail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les solutions \u00ab&nbsp;cocktails-\u00e9tats-limites&nbsp;\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<p>Toutes les associations sont possibles entre les diverses sources d\u2019\u00e9nergies psychiques mobilisables. Il faut cependant tenir compte de ce que les processus psychotiques n\u2019apportent rien \u00e0 notre bilan \u00e9nerg\u00e9tique. Ils seraient plut\u00f4t \u00e9nergivores. Notre coll\u00e8gue Benno Rosenberg soutenait justement que les patients psychotiques ne viennent pas nous voir pour supprimer leurs clivages, mais bien plut\u00f4t pour les renforcer. La solidit\u00e9 des institutions, leur visibilit\u00e9, leur mat\u00e9rialit\u00e9, la solidit\u00e9 de leurs personnels aussi, \u00e0 tous les niveaux, limitent la casse psychotique. Les co-th\u00e9rapies permettent de mettre en place des \u00e9quipes vou\u00e9es aux soins comme le sont les <em>teams<\/em> de soigneurs de sportifs de haut niveau. Je reviendrai plus loin sur les pratiques actuelles de co-th\u00e9rapies mais retenons d\u00e9j\u00e0 que les clivages techniques qu\u2019elles peuvent constituer sont d\u2019une grande aide quant \u00e0 l\u2019all\u00e8gement de l\u2019entretien des clivages des patients.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La solution caract\u00e9rielle<\/h3>\n\n\n\n<p>Devant les manifestations caract\u00e9rielles qui sont comme des murailles autour de certains clivages, on peut penser qu\u2019elles n\u2019ont pas un bilan tr\u00e8s net. Certes, il y a des rigidit\u00e9s sur lesquelles on peut compter pour maintenir \u00e9tanches des clivages qui, s\u2019ils s\u2019effondraient, pourraient entra\u00eener des maladies et la mort. Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les n\u00e9vroses de caract\u00e8re et de comportement sont si demandeuses d\u2019\u00e9nergie et si lourdes \u00e0 porter qu\u2019elles ne donnent pas l\u2019impression d\u2019une bonne vie chez ceux qui nous les pr\u00e9sentent. Surtout, elles entrent dans une probl\u00e8matique de transmission transg\u00e9n\u00e9rationnelle qu\u2019il nous faut maintenant aborder.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le clivage structurel<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une ruse \u0153dipienne<\/h3>\n\n\n\n<p>De toutes les ruses \u0153dipiennes qui permettent de contourner n\u00e9vrotiquement les r\u00e8gles d\u2019interdit de l\u2019inceste et du meurtre, celle qui consiste \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 un trait de l\u2019objet aim\u00e9 impose bien des sacrifices.<\/p>\n\n\n\n<p>Monologue&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Puisque je ne peux pas le poss\u00e9der, je vais \u00eatre semblable \u00e0 lui (ou elle). Mais cela se verra et je dois ruser. Alors je vais m\u2019identifier \u00e0 une caract\u00e9ristique tr\u00e8s d\u00e9valoris\u00e9e. Je vais le poss\u00e9der en m\u2019attribuant cette caract\u00e9ristique dont personne ne voudrait. Un d\u00e9faut, un trouble, un manque\u2026Oui, un manque, c\u2019est ce qui se voit le moins. Ainsi resterons-nous coll\u00e9s pour toujours.&nbsp;\u00bb\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je laisserai de c\u00f4t\u00e9 les diverses implications de cette ruse pour m\u2019en tenir \u00e0 l\u2019identification par un enfant \u00e0 des traits parentaux en rapport direct ou indirect avec un clivage. Notons au passage que Freud a indiqu\u00e9 cette ruse dans <em>Le moi et le \u00e7a<\/em> puis dans <em>Psychologie des foules et analyse du moi<\/em>, au chapitre de l\u2019identification. Il pr\u00e9cise que sa structure est proche de celle du processus m\u00e9lancolique. Or ce qui fait probl\u00e8me n\u2019est pas tant cette forme de clivage structurel, que le vide qui le caract\u00e9rise. Ce que les enfants empruntent aux parents n\u2019est pas le contenu des clivages de ceux-ci, mais les d\u00e9fenses qui y conduisent. D\u00e9ni, id\u00e9alisation, sublimations, addictions, n\u00e9vrose d\u2019intendance, mais agissant sur un contenu inexistant. Une forme vide et aspirant \u00e0 se remplir, voire \u00e0 se combler par divers moyens. C\u2019est \u00e0 ce niveau que les addictions, d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es plus haut pour leur haut pouvoir de co-excitation, se doublent d\u2019une fonction de remplissage. On pourrait reprendre la boutade de Woody Allen&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui a des questions, j\u2019ai des r\u00e9ponses&nbsp;\u00bb. Or ici, les questions sont hors du registre symbolique, elles sont abolies par le silence parental, mais les r\u00e9ponses par l\u2019isolation sont perceptibles par les enfants et ils s\u2019en emparent.<\/p>\n\n\n\n<p>En voici un exemple qui m\u2019a beaucoup pr\u00e9occup\u00e9 depuis plus de trente ans<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Linda<\/h3>\n\n\n\n<p>Linda me fut adress\u00e9e par une clinique \u00e0 la suite d\u2019une tentative de suicide stopp\u00e9e par elle-m\u00eame. Les parents de Linda ont perdu toute leur famille dans un camp de concentration nazi. Ils n\u2019en ont jamais parl\u00e9 et se protegeaient par une activit\u00e9 sociale, scientifique et politique d\u00e9bordante. Sa m\u00e8re avait de violents acc\u00e8s de fureur, et le p\u00e8re campait sur des positions caract\u00e9rielles tr\u00e8s tranch\u00e9es accompagn\u00e9es de violences physiques visant ses enfants. Linda savait comment ses grands-parents \u00e9taient morts. \u00ab&nbsp;Mais \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance. On n\u2019en parle pas, c\u2019est tout&nbsp;!&nbsp;\u00bb disait-elle. Selon les moments, elle \u00e9tait boulimique ou anorexique, d\u2019aliments ou de sexe. Par ces troubles, elle constituait pour ses parents un contre-investissement narcissique de plus, un bouchon de plus, pour d\u00e9nier l\u2019impact de leurs pertes et contenir les deuils non faits. Elle soutenait leurs clivages fonctionnels par un clivage structurel personnel. Telle \u00e9tait ma compr\u00e9hension de sa relation intime avec eux. Je ne tenais pas compte alors de la ruse \u0153dipienne vue plus haut. Je ne comprenais pas que ce qu\u2019elle avait pris \u00e0 ses parents, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 son p\u00e8re, \u00e9tait une fa\u00e7on de s\u2019identifier \u00e0 eux sur un mode incestuel. Tout comme sa s\u0153ur cadette, elle avait re\u00e7u une excellente \u00e9ducation. Elle avait toutes les apparences de la r\u00e9ussite. Son mariage l\u2019avait confirm\u00e9e dans sa richesse mat\u00e9rielle et professionnelle. Mais sa s\u0153ur se suicida apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d\u2019addictions de remplissage qui faisaient scandale dans la famille. Les troubles de Linda se major\u00e8rerent&nbsp;: anorexie, boulimie, vomissements s\u2019encha\u00eenaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Je la recevais en face-\u00e0-face mais elle avait beaucoup de mal pour venir aux s\u00e9ances. Elle se cantonnait dans des r\u00e9cits traumatiques sur la d\u00e9ch\u00e9ance et la mort de sa s\u0153ur, puis sur le caract\u00e8re intrusif et violent de son p\u00e8re et de sa m\u00e8re. Elle s\u2019en inqui\u00e9tait, mais peu \u00e0 peu mon \u00e9coute la rassura. De nombreux r\u00eaves traumatiques suivirent les s\u00e9ances. Elle n\u2019avait pas d\u2019associations. Apr\u00e8s la naissance d\u2019un premier enfant, ses agirs de d\u00e9charge s\u2019att\u00e9nu\u00e8rent puis disparurent. Nous aurions pu en rester l\u00e0 si n\u2019\u00e9tait intervenu l\u2019\u00e9pisode crucial de la rencontre d\u2019un changement important chez elle et d\u2019une interpr\u00e9tation qui aurait pu avoir un destin mortel. Comme elle se demandait pourquoi un sentiment de f\u00e9brilit\u00e9 angoiss\u00e9e g\u00e2chait la paix qu\u2019elle retrouvait, j\u2019avais interpr\u00e9t\u00e9 cela comme une fa\u00e7on de se punir pour s\u2019\u00eatre d\u00e9gag\u00e9e des tourments de ses parents et de sa s\u0153ur. Interpr\u00e9tation peu incisive, me semblait-il mais qui eut des r\u00e9sonances extr\u00eamement dangereuses. Apr\u00e8s coup je compris combien le respect d\u2019une n\u00e9vrose d\u2019intendance aurait \u00e9t\u00e9 plus opportun qu\u2019une interpr\u00e9tation propre \u00e0 d\u00e9tourner un courant libidinal \u0153dipien utilis\u00e9 pour maintenir un <em>statu quo<\/em> des troubles familiaux. Seule avec son enfant, Linda s\u2019enferma dans sa cuisine, ouvrit le gaz dans le four et y mit sa t\u00eate un moment. Puis elle se ressaisit et a\u00e9ra la pi\u00e8ce. Cette situation, si terriblement dangereuse fut suivie de nouveaux r\u00eaves traumatiques. Chacun d\u2019eux contenait une image de camp de concentration. Elle venait de d\u00e9couvrir une r\u00e9ponse pour combler le clivage vide, clivage structurel, pris par identification aux parents. Mais cette r\u00e9ponse ne relevait pas du langage et de l\u2019ordre symbolique. Elle \u00e9tait agie, figur\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un passage par l\u2019acte sur le chemin d\u2019une figuration rendant possible une expression onirique puis verbale.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avance l\u2019hypoth\u00e8se suivante&nbsp;: la disparition trop rapide des clivages de Linda, associ\u00e9e \u00e0 un r\u00e9veil du surmoi, lui-m\u00eame li\u00e9 \u00e0 mon interpr\u00e9tation, avait cr\u00e9\u00e9 une situation m\u00e9lancolique aig\u00fce. La prudence aurait voulu que je reste silencieux et qu\u2019elle acc\u00e8de d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019ambivalence puis au conflit. De mon c\u00f4t\u00e9, je m\u2019\u00e9tais trop rapidement r\u00e9joui de ce que je voyais comme une reprise n\u00e9vrotique en rapport avec une position d\u00e9pressive. Elle n\u2019en \u00e9tait pas l\u00e0, m\u00eame si elle en \u00e9tait proche. J\u2019aurais d\u00fb respecter l\u2019effacement progressif de son clivage. Cela s\u2019est pass\u00e9 il y a trente ans. Depuis, je me m\u00e9fie grandement de ces d\u00e9diff\u00e9renciations topiques dans lesquelles les limites entre le moi et le surmoi sont encore fragiles. Puis m\u2019est venue une hypoth\u00e8se compl\u00e9mentaire celle des \u00ab&nbsp;r\u00e9ponses sans question&nbsp;\u00bb, des \u00ab&nbsp;remplissages apr\u00e8s coup&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;d\u00e9fenses avant-coup&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion\/Le clivage technique\/Discretion<\/h2>\n\n\n\n<p>Ayant constat\u00e9 combien les psychotiques laissent leurs d\u00e9lires et hallucinations au vestiaire du lieu o\u00f9 on les re\u00e7oit, on peut se rendre compte de la participation du psychanalyste \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et \u00e0 la dynamique des activit\u00e9s clivantes. Ainsi peut-on se demander&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi un psychotique tr\u00e8s sens\u00e9 et pr\u00e9sent reprend-il son d\u00e9lire et ses hallucinations en sortant du bureau o\u00f9 on l\u2019a re\u00e7u&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il semble que ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne tient pas seulement \u00e0 la qualit\u00e9 de l\u2019accueil et de la pr\u00e9sence du soignant en sant\u00e9 mentale. L\u2019ignorance dans laquelle il est de ce qui se passe dans les autres lieux de soins qui s\u2019adressent au patient, contribue \u00e0 une parcellisation des soins, donc \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment de clivage plus ou moins modul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Partant d\u2019un constat semblable, notre regrett\u00e9e coll\u00e8gue Liliane Abensour s\u2019est approch\u00e9e du concept de \u00ab&nbsp;clivage technique&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit de la mise en place par un consultant de clivages entre diverses interventions. Le patient est seul \u00e0 poss\u00e9der toutes les donn\u00e9es des divers sites qui le concernent. Il est seul \u00e0 pouvoir m\u00e9diatiser les divers processus, les multiples apports. Le voil\u00e0 \u00ab&nbsp;ma\u00eetre du clivage&nbsp;\u00bb, alors que les divers intervenants ne disposent que d\u2019une facette. Il va de soi qu\u2019entre eux, il ne doit y avoir aucune communication, seul le consultant pourrait \u00eatre inform\u00e9 en cas de difficult\u00e9s insurmontables ou de danger.<\/p>\n\n\n\n<p>On notera que le \u00ab&nbsp;clivage technique&nbsp;\u00bb est pratiqu\u00e9 depuis longtemps sans qu\u2019on ait eu recours \u00e0 une semblable appellation. Nombreux sont les soignants exp\u00e9riment\u00e9s qui ont per\u00e7u l\u2019int\u00e9r\u00eat narcissique du patient et le besoin de le respecter en le laissant avoir plusieurs vies priv\u00e9es. Cette attitude privil\u00e9gie la richesse des processus psychiques et d\u00e9laisse l\u2019id\u00e9e totipotente d\u2019un savoir exhaustif sur telle ou telle situation. Prescrire un clivage technique rel\u00e8ve d\u2019un consultant. Les bi ou tri-th\u00e9rapies constitutives de ce dispositif, ont chacune leur g\u00e9nie propre, mais tous les sites d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9 mentale m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre pris en compte sur le m\u00eame mode dans cette approche.<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9ativit\u00e9, non intrusion, respect des d\u00e9fenses, sont autant de facteurs pour l\u2019av\u00e8nement ou le renforcement d\u2019une vie priv\u00e9e aussi riche que possible. Du jeu, au sens m\u00e9canique du terme, est laiss\u00e9 aux patients. L\u00e0 o\u00f9 aurait pu r\u00e9gner un \u00e9talage nosographique g\u00e9n\u00e9rateur de dissimulation peut alors \u00e9merger le jeu d\u2019une discr\u00e9tion.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><em>Le f\u00e9tichisme<\/em>, 1926.<\/li><li><em>Le clivage du moi<\/em>, 1938.<\/li><li><em>Abr\u00e9g\u00e9 de psychanalyse<\/em>, 1929<\/li><li>Bayle, G. <em>Clivages, le moi et les d\u00e9fenses<\/em><\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Bayle G. (2012) <em>Clivages, le moi et les d\u00e9fenses<\/em>. Coll. Le fil rouge. Paris. PUF<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1927), \u00ab&nbsp;Le f\u00e9tichisme&nbsp;\u00bb, in <em>La vie sexuelle<\/em>, Paris, PUF, 1969, p. 133-138.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S. (1939) <em>Abr\u00e9g\u00e9 de psychanalyse<\/em>. Paris, PUF<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1940), \u00ab&nbsp;Le clivage du Moi dans le processus de d\u00e9fense&nbsp;\u00bb, in <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em>, Paris, PUF, 1985, p. 283-286.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10291?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le rejet est toujours doubl\u00e9 d\u2019une acceptation&nbsp;; deux attitudes oppos\u00e9es, ind\u00e9pendantes l\u2019une de l\u2019autre, s\u2019instaurent, ce qui aboutit \u00e0 un clivage du moi. Ici encore l\u2019issue doit d\u00e9pendre de celle des deux qui disposera de la plus grande intensit\u00e9. 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