{"id":10289,"date":"2021-08-22T07:31:41","date_gmt":"2021-08-22T05:31:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/etre-vu-echec-et-math-2\/"},"modified":"2021-09-17T16:06:57","modified_gmt":"2021-09-17T14:06:57","slug":"etre-vu-echec-et-math","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/etre-vu-echec-et-math\/","title":{"rendered":"Etre vu \u00ab \u00e9chec et mat(h) \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>Il dit non avec la t\u00eate<br>Mais il dit oui avec le c\u0153ur<br>Il dit oui \u00e0 ce qu\u2019il aime<br>Il dit non au professeur<br>Il est deboutOn le questionne<br>Et tous les probl\u00e8mes sont pos\u00e9s<br>Soudain le fou rire le prend<br>Et il efface tout<br>Les chiffres et les mots<br>(&#8230;)<br>Sur le tableau noir du malheur<br>Il dessine le visage du bonheur.&nbsp;\u00bb.<footer>Jacques Pr\u00e9vert, <em>Le cancre<\/em><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Lorsque le th\u00e8me de la honte \u00e0 l\u2019adolescence a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 pour cette journ\u00e9e, j\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019aborder la question \u00e0 travers la lunette du psychop\u00e9dagogue en math\u00e9matiques avait tout son sens. Au premier abord, on peut se demander&nbsp;: qu\u2019est-ce que les math\u00e9matiques ont \u00e0 voir avec la honte&nbsp;? Deux notions, \u00e0 certains \u00e9gards, radicalement \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est le d\u00e9fi de ma proposition. A travers l\u2019approche clinique qu\u2019est la psychop\u00e9dagogie en math\u00e9matiques, la question de la honte se pose de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons chez les adolescents, et permet, me semble-t-il, d\u2019en travailler certains aspects.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour illustrer mon propos, je partirai d\u2019une situation scolaire classique, afin d\u2019\u00e9tudier comment les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments constitutifs de la sc\u00e8ne sociale qu\u2019est la situation scolaire, peuvent favoriser l\u2019\u00e9mergence de la honte chez l\u2019adolescent. J\u2019interrogerai ensuite, \u00e0 partir d\u2019une s\u00e9quence clinique, les liens qu\u2019on peut \u00e9tablir entre pens\u00e9e et honte \u00e0 l\u2019adolescence. Dans ces deux situations, je tenterai d\u2019\u00e9voquer la honte dans ses affleurements, ses manifestations, qui rendent compte de sa pr\u00e9sence sans la nommer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Honte et sc\u00e8ne scolaire<\/h2>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne de d\u00e9part est la suivante&nbsp;: un \u00e9l\u00e8ve est appel\u00e9 au tableau par son professeur pour r\u00e9soudre une \u00e9quation. L\u2019exercice semble en soi banal, il n\u00e9cessite de savoir appliquer une technique pour d\u00e9masquer le nombre cach\u00e9 derri\u00e8re la lettre x. Mais l\u2019\u00e9quation est plus complexe qu\u2019il n\u2019y para\u00eet pour certains adolescents. Je propose de lire l\u2019exercice en trois temps, trois \u00e9preuves pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019adolescent.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re \u00e9preuve qu\u2019il rencontre dans cette \u00e9quation est <em>la d\u00e9signation<\/em>. Le choix al\u00e9atoire ou r\u00e9fl\u00e9chi du professeur est d\u2019embl\u00e9e marqu\u00e9 de sa r\u00e9sonnance surmo\u00efque, de son autorit\u00e9 d\u2019adulte sur l\u2019adolescent qui a \u00e0 se soumettre. Le \u00ab&nbsp;pourquoi moi&nbsp;?&nbsp;\u00bb qui s\u2019ensuit signe, dans un flottement, son questionnement voire son inqui\u00e9tude quant \u00e0 ce qu\u2019il est. Pourquoi l\u2019a-t-on choisi lui, et pas un autre&nbsp;? Est-ce parce qu\u2019on l\u2019aime, ou au contraire parce qu\u2019on le d\u00e9teste&nbsp;? L\u2019\u00e9cho de son pr\u00e9nom r\u00e9sonne avec cette interrogation angoiss\u00e9e sur sa pr\u00e9sence en classe, sa pr\u00e9sence au monde. Son pr\u00e9nom, n\u2019est-ce pas d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019il a de plus intime, l\u2019empreinte sonore de sa singularit\u00e9, qui porte, \u00e0 son insu, les effets de la transmission&nbsp;? La d\u00e9signation conf\u00e8re \u00e0 l\u2019adolescent, pour un moment, une place \u00e0 part. Elle le situe dans un temps de diff\u00e9renciation, et rompt avec l\u2019illusion qu\u2019il a d\u2019\u00eatre comme les autres parmi les autres, ce qu\u2019il cherche souvent \u00e0 travers ses appartenances \u00e0 des groupes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019appel glisse rapidement vers le regard, celui du professeur et des autres \u00e9l\u00e8ves. Qu\u2019est-ce que l\u2019adolescent va alors reconna\u00eetre de lui dans le regard de l\u2019autre&nbsp;? Va-t-il y trouver les insignes d\u2019une possibilit\u00e9 de r\u00e9affirmer ce qui le constitue dans son identit\u00e9 ou au contraire va-t-il y perdre pour un instant l\u2019image unifi\u00e9e de lui-m\u00eame dans un vacillement identitaire&nbsp;? Ce moment de d\u00e9signation, o\u00f9 l\u2019adolescent se voit vu par les autres, pourra-t-il permettre la permanence d\u2019un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb unifiant, support et voile fantasmatique qui le relie \u00e0 son propre corps, ou bien va-t-il r\u00e9v\u00e9ler les d\u00e9faillances de cette enveloppe fantasmatique pour ouvrir sur une r\u00e9alit\u00e9 plus crue, morcel\u00e9e, sur un vide, une angoisse&nbsp;? L\u2019enjeu du stade du miroir r\u00e9appara\u00eet ici en filigrane (int\u00e9gration d\u2019une image unifi\u00e9e distincte de la m\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 la reconnaissance symbolique de cette derni\u00e8re). Ainsi la d\u00e9signation, issue d\u2019un d\u00e9sir de l\u2019adulte de voir et de mesurer ce que l\u2019\u00e9l\u00e8ve sait et peut r\u00e9ussir, ouvre, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019adolescent, sur le regard et la mesure de ce qu\u2019il est. S\u2019il sait ou s\u2019il r\u00e9ussit, il est bon&nbsp;; s\u2019il \u00e9choue, il est nul. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019adulte attend de l\u2019\u00e9l\u00e8ve l\u2019acquisition de capacit\u00e9s, l\u2019adolescent attend une reconnaissance quant \u00e0 son \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde \u00e9preuve est l\u2019<em>exposition<\/em> devant la classe&nbsp;: accepter d\u2019\u00eatre pris physiquement dans le regard de ses pairs et d\u2019un adulte, dans un corps dont les remaniements en cours ne sont pas encore bien int\u00e9gr\u00e9s. Quoi qu\u2019il ressente et vive de ce corps, de ses mouvements pulsionnels, l\u2019adolescent est contraint de se montrer en train de r\u00e9fl\u00e9chir face aux autres. Quoi que son apparence physique donne \u00e0 voir de lui-m\u00eame, le fasse entrer ou non dans l\u2019id\u00e9al collectif, par sa pr\u00e9sentation vestimentaire, sa physiologie pub\u00e8re ou non, sa morphologie, il lui est impos\u00e9 de chercher en lui-m\u00eame, par lui-m\u00eame, une r\u00e9ponse, celle qui viendra satisfaire ou non l\u2019adulte qui l\u2019a d\u00e9sign\u00e9. Le moment est d\u00e9licat du fait de cette double contrainte, \u00eatre vu et penser, de ce chass\u00e9-crois\u00e9 entre ext\u00e9riorit\u00e9 et int\u00e9riorit\u00e9, entre une forme de para\u00eetre, en cours de construction, dont l\u2019adolescent ne ma\u00eetrise pas encore toutes les donn\u00e9es, et l\u2019activit\u00e9 de penser, modifi\u00e9e elle aussi par les enjeux pulsionnels et imaginaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette sc\u00e8ne se joue dans un temps de r\u00e9actualisation du conflit \u0153dipien. L\u2019adolescent, du fait de cette reviviscence, se trouve contraint de poser un voile pudique sur ce qui a trait \u00e0 l\u2019enfance, \u00e0 la naissance, \u00e0 la sc\u00e8ne primitive, afin de mettre \u00e0 distance les imagos parentales, et chercher de nouveaux rep\u00e8res dans une tentative, selon P. Gutton, de cr\u00e9ation de son \u00eatre. Le temps du plaisir infantile, d\u00e9nu\u00e9 de pudeur, avec sa ribambelle de questions sur le monde, le rappelle \u00e0 sa d\u00e9pendance, et \u00e0 sa soumission \u00e0 l\u2019\u00e9gard des figures parentales. L\u2019adolescent a \u00e0 prendre d\u00e9sormais le pari d\u2019une autre solution, la sienne, en se cr\u00e9ant son monde interne, \u00e0 l\u2019abri du regard des adultes, un monde o\u00f9 il se trouve tout entier engag\u00e9, dans un rapport intime au plaisir. Face au professeur, il a \u00e0 penser, construire un raisonnement, r\u00e9sultat d\u2019un processus psychique int\u00e9rioris\u00e9, qui n\u00e9cessite selon D. Anzieu, ni trop, ni trop peu d\u2019excitation. La crainte d\u2019un l\u00e2chage pulsionnel d\u00e9bordant le fonctionnement psychique menace. L\u2019adolescent est aux aguets de ce qu\u2019il peut donner \u00e0 voir, du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un corps en exc\u00e8s et d\u2019une pens\u00e9e dont les al\u00e9as (doute, oubli parasitage, blocage\u2026) viendraient le mettre \u00e0 nu.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me \u00e9preuve pour l\u2019adolescent est <em>la r\u00e9ponse<\/em>. Lors d\u2019une r\u00e9solution d\u2019\u00e9quation, la r\u00e9ponse attendue se veut unique et br\u00e8ve. Pas de place pour l\u2019approximation et la subjectivit\u00e9. Pas de mots pour dire ce qu\u2019on sait ou ce qu\u2019on fantasme de cette inconnue. La r\u00e8gle math\u00e9matique, par le rep\u00e9rage qu\u2019elle incarne, pose un interdit limitant l\u2019univers des possibles. Elle donne un cadre inscrivant une s\u00e9paration d\u2019avec une pens\u00e9e intime, personnelle, au profit d\u2019un usage symbolique partageable par tous. Le propre du d\u00e9sir infantile est de trouver la r\u00e9ponse imm\u00e9diatement, \u00e0 travers une solution instantan\u00e9e voire magique. Ainsi, devant l\u2019\u00e9quation pos\u00e9e, l\u2019adolescent aura tendance \u00e0 r\u00e9pondre d\u2019embl\u00e9e x = 3 ou 7\u2026 sans r\u00e9fl\u00e9chir. Pour parvenir \u00e0 la r\u00e9solution, le d\u00e9sir de trouver est soumis \u00e0 une contrainte qui implique un cheminement d\u00e9ductif, une suspension de l\u2019imaginaire et impose du m\u00eame coup une autre temporalit\u00e9. Finalement, la solution math\u00e9matique rentre bien dans la machinerie ali\u00e9nante de l\u2019id\u00e9al, avec sa r\u00e9ponse exacte, triomphante, r\u00e9sultat de l\u2019exigence, qui rejette la r\u00e9ponse fausse, r\u00e9volt\u00e9e, \u00e0 son humiliant \u00e9chec. Du fait de son intraitable exigence, l\u2019id\u00e9al d\u2019exactitude de la solution math\u00e9matique met le narcissisme de l\u2019adolescent \u00e0 rude \u00e9preuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, la r\u00e9ponse de l\u2019adolescent est singuli\u00e8re. D\u00e8s lors qu\u2019il prend la craie pour inscrire au tableau l\u2019inconnue d\u00e9masqu\u00e9e, il prend lui aussi le risque de se d\u00e9voiler. Il prend le risque de se montrer dans un corps sexu\u00e9, diff\u00e9renci\u00e9 du groupe classe. Il prend le risque qu\u2019une erreur, un oubli se glisse dans son raisonnement, qu\u2019un instant quelque chose lui \u00e9chappe, un tr\u00e9buchement, la craie qui lui tombe des mains, une question inattendue du professeur\u2026 Ce qu\u2019il donne \u00e0 voir de l\u2019ext\u00e9rieur l\u2019expose de l\u2019int\u00e9rieur. La r\u00e9ponse elle-m\u00eame offre sa singularit\u00e9 et relie l\u2019adolescent \u00e0 son int\u00e9riorit\u00e9, \u00e0 son histoire. Si la r\u00e9ponse est fausse, elle devient la marque de son \u00e9tourderie, de sa b\u00eatise, de sa nullit\u00e9, de son manque de travail, elle devient le repr\u00e9sentant de l\u2019insatisfaction du professeur et au-del\u00e0 de la d\u00e9ception, ou de la col\u00e8re parentale. Elle confronte l\u2019adolescent aux attentes et aux id\u00e9aux parentaux, comme \u00e0 ses propres id\u00e9aux. La r\u00e9ponse fausse peut \u00eatre aussi la signature d\u2019une opposition, consciente ou inconsciente, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toute demande du professeur, de l\u2019\u00e9cole, des parents, un jeu d\u00e9nigrant l\u2019autorit\u00e9. Elle peut rendre compte de la r\u00e9signation face \u00e0 des \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. La r\u00e9ponse juste pourra, elle aussi, dire quelque chose de l\u2019adolescent, soutenir un narcissisme fragile, renforcer une position de prestance et parfois une forme d\u2019exclusion \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres\u2026 La troisi\u00e8me option est l\u2019impossibilit\u00e9 \u00e0 se lancer dans une r\u00e9ponse \u00e9crite ou orale, elle corrobore la probl\u00e9matique de l\u2019interface entre le dedans et le dehors. On peut penser que la limite de l\u2019espace psychique int\u00e9rieur n\u2019appara\u00eet pas suffisamment protectrice, pour maintenir une distance adapt\u00e9e au regard ext\u00e9rieur. La perte de contr\u00f4le, en lien avec l\u2019organisation anale et sa fonction de r\u00e9gulateur psychique, risque de faire basculer l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019image donn\u00e9e dans la pr\u00e9sentation de soi, et ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019une effraction de la sph\u00e8re intime dans un v\u00e9cu \u00ab&nbsp;passivant&nbsp;\u00bb. Inhibition, refus, retrait, fr\u00e9quents chez l\u2019adolescent, peuvent renvoyer \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de se prot\u00e9ger d\u2019un risque d\u2019effraction interne, effraction d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cue ou non, devenant alors \u00ab&nbsp;d\u00e9sint\u00e9gratrice&nbsp;\u00bb, comme le note S. Tisseron, du lien \u00e0 l\u2019autre.<sup>1<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes loin d\u2019une r\u00e9solution d\u2019\u00e9quation au sens math\u00e9matique du terme. Pourtant la m\u00e9taphore de la r\u00e9solution d\u2019\u00e9quation a bien ici toute sa pertinence, \u00e0 travers l\u2019op\u00e9ration de r\u00e9\u00e9quilibrage progressif et ma\u00eetris\u00e9 entre la partie inconnue, intime, inconsciente dont il est question pour l\u2019adolescent, et son d\u00e9voilement par une expression \u00e9labor\u00e9e et socialisante. L\u2019\u00e9quation \u00e0 r\u00e9soudre est donc, avant tout, l\u2019\u00e9quation interne de l\u2019adolescent qui cherche \u00e0 cr\u00e9er une interface capable de contenir l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, tout en soutenant une ext\u00e9riorit\u00e9 accept\u00e9e. Les situations de la vie scolaire sont, au fond, des mises en sc\u00e8ne dans lesquelles l\u2019adolescent rejoue sa probl\u00e9matique, \u00e0 travers une tentative de construction de son identit\u00e9 sociale. La honte y affleure sans arr\u00eat, diffuse, attach\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00eatre en devenir. Elle peut surgir \u00e0 tout moment, signaler la tension entre le moi et son id\u00e9al. Silencieuse, elle impr\u00e8gne l\u2019\u00eatre de son ombre ravageuse, desservie par la pudeur qui vient s\u2019y accoler tel un rempart contre le surgissement de l\u2019innommable. La honte comme affect semble partie li\u00e9e avec celui de la pudeur et sa fonction protectrice de l\u2019espace intime. Elle s\u2019en distingue cependant par son point de franchissement qui ouvre \u00e0 l\u2019insupportable propre \u00e0 la honte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La honte, une entrave \u00e0 la pens\u00e9e&nbsp;: le cas d\u2019Ad\u00e8le<\/h2>\n\n\n\n<p>Ad\u00e8le est une jolie adolescente de quatorze ans, \u00e0 la silhouette filiforme, \u00e0 la pr\u00e9sence presque transparente. Elle pr\u00e9sente d\u2019importantes difficult\u00e9s scolaires, particuli\u00e8rement en math\u00e9matiques&nbsp;: une inhibition massive, une impossibilit\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir qui frise parfois la pseudo-d\u00e9bilit\u00e9 et une angoisse d\u2019\u00eatre vue comme nulle. En classe, le cours de maths lui appara\u00eet incompr\u00e9hensible. Elle se sent perdue, n\u2019ose poser aucune question, donner une r\u00e9ponse devant la classe est source d\u2019une grande angoisse et d\u2019un sentiment de honte. La relation au professeur est v\u00e9cue avec hostilit\u00e9. Elle se plaint qu\u2019il ne reconnaisse pas ses efforts. Une relation de confiance s\u2019installe n\u00e9anmoins assez ais\u00e9ment avec Ad\u00e8le. En s\u00e9ance, mon travail consiste en une traduction du cours qu\u2019elle assimile \u00e0 une langue \u00e9trang\u00e8re. Au fil des explications, les mots et signes incompr\u00e9hensibles prennent un peu sens, un fil auquel elle essaie de s\u2019accrocher avec difficult\u00e9. Ad\u00e8le est une enfant unique. Elle dit ne pas avoir de souvenirs de son enfance, mais elle a toujours d\u00e9test\u00e9 les maths et se rappelle que ses parents criaient fort lorsqu\u2019elle ne comprenait pas ses le\u00e7ons de math\u00e9matiques&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils s\u2019acharnaient sur moi&nbsp;\u00bb pr\u00e9cise-t-elle. Elle d\u00e9crit sa m\u00e8re comme \u00ab&nbsp;dure, sombre, distante&nbsp;\u00bb et son p\u00e8re comme peu prolixe. Elle raconte un grand-p\u00e8re maternel tyrannique, cassant, qui humiliait sa fille, la m\u00e8re d\u2019Ad\u00e8le, lorsqu\u2019enfant, elle ne comprenait pas les math\u00e9matiques. La grand-m\u00e8re, d\u00e9pressive, est soumise \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un mari despotique et souvent alcoolis\u00e9. Lorsqu\u2019Ad\u00e8le va chez ses grands-parents, la sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te, elle se retrouve \u00e0 travailler les math\u00e9matiques avec son grand-p\u00e8re. La m\u00e8re n\u2019ose pas intervenir lorsqu\u2019il hurle et humilie Ad\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous travaillons, Ad\u00e8le peut se trouver d\u00e9pass\u00e9e par des mouvements r\u00e9gressifs. Elle perd le fil, se bloque face aux \u00e9nonc\u00e9s, n\u2019ose proposer de r\u00e9ponse de peur de se tromper, dit-elle. Mais elle m\u2019appara\u00eet aussi prise dans un vide de la pens\u00e9e. D\u2019une fois sur l\u2019autre, les points de rep\u00e8res que j\u2019ai pu apporter disparaissent comme des traces inscrites sur une plage de sable. Les mouvements de d\u00e9liaison semblent l\u2019entra\u00eener vers de l\u2019indiff\u00e9renci\u00e9. Les symboles et les raisonnements math\u00e9matiques la paralysent. Elle se fige devant les signes&nbsp;: plus grand que, plus petit que, \u00e9gal, signes dont la fonction est d\u2019inscrire une diff\u00e9renciation entre deux nombres. Elle s\u2019angoisse face \u00e0 certaines op\u00e9rations&nbsp;: 7-7 par exemple. Ad\u00e8le ne parvient \u00e0 articuler z\u00e9ro, r\u00e9sultat d\u2019une diff\u00e9rence qui dispara\u00eet. Une nullit\u00e9 qui efface tout \u00e9cart possible \u00e0 sa m\u00e8re ou un z\u00e9ro qui la rappelle \u00e0 son point d\u2019origine&nbsp;? Elle craint d\u2019\u00eatre jug\u00e9e, moqu\u00e9e&nbsp;: pourquoi ne parvient-elle pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des questions si simples&nbsp;? s\u2019interroge-t-elle. Et si c\u2019\u00e9tait elle le z\u00e9ro. Elle se croit b\u00eate et porte honteusement le fardeau de sa nullit\u00e9. Elle est son propre bourreau, se d\u00e9nigre avant m\u00eame d\u2019avoir propos\u00e9 la moindre r\u00e9ponse. Ce sera faux dans tous les cas. Elle est \u00e0 la fois l\u2019objet de sa disqualification et le sujet qui inflige. Parfois, elle se pr\u00e9cipite dans l\u2019erreur comme si elle acceptait inconsciemment le sort qui lui \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9&nbsp;: rester assign\u00e9e au z\u00e9ro. La honte chez Ad\u00e8le est \u00e0 la fois sourde et palpable, \u00e0 travers sa crainte d\u2019\u00eatre rep\u00e9r\u00e9e comme marqu\u00e9e d\u2019une tare et la confusion qu\u2019elle laisse entendre entre le pers\u00e9cuteur qui s\u00e9vit en elle et elle-m\u00eame en tant que sujet. A l\u2019\u00e9cole, les relations aux autres sont difficiles. On la prend de haut. Elle est exclue d\u2019un petit groupe de filles qu\u2019elle croyait \u00eatre des amies. Elles ne veulent pas partager leurs secrets avec Ad\u00e8le, qui n\u2019arrive pas \u00e0 les int\u00e9resser. Elle devient bouc-\u00e9missaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En s\u00e9ance, elle alterne les moments o\u00f9 elle se trouve fig\u00e9e, coll\u00e9e \u00e0 moi, dans une incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et d\u2019autres o\u00f9 la possibilit\u00e9 de retrouver un raisonnement lui permet d\u2019\u00eatre plus autonome. Je pense au <em>Fort-Da<\/em> et \u00e0 la mani\u00e8re dont la pens\u00e9e na\u00eet pour l\u2019enfant de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019insatisfaction provoqu\u00e9e par l\u2019absence de la m\u00e8re. Gr\u00e2ce \u00e0 ce jeu d\u2019alternances r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de pr\u00e9sence et d\u2019absence maternelle, l\u2019enfant se construit un espace lui permettant de recr\u00e9er le lien \u00e0 l\u2019objet maternel. Lorsque les \u00e9changes avec la m\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 suffisamment bons, l\u2019\u00e9cart entre pr\u00e9sence et absence permet d\u2019ouvrir un lieu de pens\u00e9e. C\u2019est dans cet \u00e9cart que langage et pens\u00e9e, comme expression du manque, viennent \u00e0 na\u00eetre. Quelque chose semble avoir fait d\u00e9faut pour Ad\u00e8le dans la cr\u00e9ation de cet espace.<\/p>\n\n\n\n<p>En s\u00e9ance, je pr\u00e9f\u00e8re laisser tomber les formules, trop abstraites, au profit d\u2019exemples qu\u2019elle peut s\u2019approprier. Je choisis de reprendre les notions en tentant d\u2019y insuffler du vivant, du palpable. Je raconte une histoire de chambres et de bisous pour le d\u00e9veloppement, nous fabriquons un ascenseur pour les nombres relatifs, une machine \u00e0 transformer pour les fonctions. J\u2019utilise des mots simples que nous pouvons partager afin qu\u2019Ad\u00e8le puisse poser des questions et peu \u00e0 peu quitter ce monde \u00e9tranger et terrorisant dont seul le professeur d\u00e9tient les clefs. Un professeur qui se joue d\u2019elle, sort des formules comme un magicien sortirait des lapins de son chapeau. Ad\u00e8le se voit comme l\u2019unique fille de la classe inapte aux math\u00e9matiques. Elle est tr\u00e8s angoiss\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on l\u2019interroge, qu\u2019on lui rende son contr\u00f4le devant les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, soutenue par la relation, ce qui revient fait peu \u00e0 peu sens. Ad\u00e8le commence \u00e0 accepter de comprendre. Nous pouvons rire, parfois. Elle ne parvient pas encore \u00e0 garder les b\u00e9n\u00e9fices de notre travail en contr\u00f4le, mais elle entrevoit que, m\u00eame si elle ne la trouve pas toujours, la r\u00e9ponse est quelque part en elle. Son int\u00e9riorit\u00e9 se dessine d\u2019une coloration plus lumineuse. Elle devient plus indulgente avec elle-m\u00eame, se heurte moins \u00e0 cette image noire et m\u00e9prisante d\u2019elle m\u00eame. Elle sort doucement des affres de la nullit\u00e9 et de la honte. A certains moments les r\u00e9ponses arrivent comme une \u00e9vidence, la logique est intacte, elle n\u2019en revient pas, cela lui semble facile. Mais lorsqu\u2019elle est seule, le chemin de la pens\u00e9e reste difficile et douloureux \u00e0 retrouver. Les notes progressent, Ad\u00e8le est soulag\u00e9e de ne plus flirter avec le z\u00e9ro, indice de sa nullit\u00e9, t\u00e9moin de sa honte. Elle atteint presque la moyenne, norme dont elle a tant besoin pour se r\u00e9parer. La fin de l\u2019ann\u00e9e approche, Ad\u00e8le passe finalement en seconde, alors que sa m\u00e8re l\u2019imaginait en apprentissage. L\u2019ann\u00e9e suivante elle passe en premi\u00e8re technologique, elle aimerait plus tard travailler dans la petite enfance. Le travail se poursuit avec ses hauts et ses bas, mais Ad\u00e8le a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 quelque chose de son narcissisme. Elle ne se sent plus hors jeu, s\u2019est fait un nouveau groupe de copines. Elle appara\u00eet physiquement plus incarn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le blocage de la pens\u00e9e chez Ad\u00e8le peut \u00eatre mis en relation avec la question du lien \u00e0 l\u2019objet maternel. La honte est venue s\u2019y nicher dans la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019humiliation transmise de m\u00e8re en fille, liant Ad\u00e8le \u00e0 sa m\u00e8re. Ad\u00e8le r\u00e9actualise l\u2019humiliation maternelle qui menace de r\u00e9appara\u00eetre \u00e0 tout moment dans la cour comme dans la classe. Dans un premier temps, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 possible pour cette m\u00e8re d\u2019envisager et de soutenir les progr\u00e8s de sa fille. Comme elle, Ad\u00e8le souffrait de difficult\u00e9s, auxquelles il \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable, selon elle, de ne pas toucher. Il me semble que chez Ad\u00e8le, la honte renvoie moins \u00e0 la sc\u00e8ne sexuelle \u0153dipienne qu\u2019\u00e0 un stade de formation du sujet plus ant\u00e9rieur, stade en lien avec la formation du moi dans le regard de l\u2019autre. Une honte qui signalerait alors le d\u00e9voilement d\u2019une zone o\u00f9 le sujet n\u2019a pas encore pu se diff\u00e9rencier de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>A la mani\u00e8re du <em>Cancre<\/em> de Pr\u00e9vert, face au \u00ab&nbsp;tableau noir&nbsp;\u00bb, l\u2019adolescent a \u00e0 r\u00e9soudre son \u00e9quation personnelle, entre un intime \u00e0 prot\u00e9ger et une image \u00e0 donner, entre un corps soumis au processus pubertaire et une pens\u00e9e en devenir. La r\u00e9solution de cette \u00e9quation n\u2019est pas sans risque et sans tourment. La honte vient y affleurer en ces points d\u2019effraction de l\u2019intime et du social. La psychop\u00e9dagogie, elle aussi \u00e0 la jonction entre deux disciplines, s\u2019invente avec les patients pour y accueillir la douleur et tenter de mettre des mots, soutenir, construire ensemble leur \u00ab&nbsp;visage du bonheur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Note<\/h1>\n\n\n\n<p>1- Tisseron S. (2006), \u00ab\u00a0De la honte qui tue \u00e0 la honte qui sauve\u00a0\u00bb, <em>Le Coq H\u00e9ron<\/em>, Secret, honte et violences, La honte \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la psychanalyse, n\u00b0 184, p.18-31, Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Anzieu D. (2000), <em> L\u2019enfant, ses parents et le psychanalyste.<\/em> Sous la direction de C. Geissmann et D. Houzel, Bayard.<\/p>\n\n\n\n<p>Berges J. (2002), \u00ab&nbsp;Le regard et l\u2019imaginaire&nbsp;\u00bb, <em> JPF<\/em> , n\u00b016, Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Casper M-C. (2001), \u00ab&nbsp;L\u2019effet de transmission du pr\u00e9nom&nbsp;: d\u2019un h\u00e9ritage \u00e0 son appropriation&nbsp;\u00bb, <em> Cliniques m\u00e9diterran\u00e9ennes<\/em> , Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1920), <em> Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em> , chap 2, Payot, coll. \u00ab&nbsp;Petite Biblioth\u00e8que Payot&nbsp;\u00bb, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>Freyman J-R. (dir) (2005), <em> De la honte \u00e0 la culpabilit\u00e9<\/em> , Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Freyman J-R., Neunreuther C. (2005), \u00ab&nbsp;Honte et humiliation&nbsp;\u00bb, <em> De la honte \u00e0 la culpabilit\u00e9<\/em> , p.69-90, Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Labrune L. (2014), \u00ab&nbsp;La honte dans la vie quotidienne&nbsp;: cr\u00e9ation de soi et personnage social&nbsp;\u00bb, <em> La honte \u00e0 l\u2019adolescence<\/em> , p.47-76, In Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Raoult P-A. (2014), \u00ab&nbsp;Prospectives \u00e0 propos de la honte et du lien social&nbsp;\u00bb, <em> La honte \u00e0 l\u2019adolescence<\/em> , p.9-21, In Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Seltz M. (2006), \u00ab&nbsp;Clinique de la honte. Honte et pudeur&nbsp;: les deux bornes de l\u2019intime&nbsp;\u00bb, <em> Le Coq H\u00e9ron<\/em> , Secret, honte et violences, La honte \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la psychanalyse, n\u00b0184, p.48-56, Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Silvestre Cathie. (2006), \u00ab&nbsp;La honte, face obscure de l\u2019id\u00e9ale du moi&nbsp;\u00bb, <em> Le Coq H\u00e9ron<\/em> , Secret, honte et violences, La honte \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la psychanalyse, n\u00b0184, p.32-45, Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Tisseron S. (2006), \u00ab&nbsp;De la honte qui tue \u00e0 la honte qui sauve&nbsp;\u00bb, <em> Le Coq H\u00e9ron<\/em> , Secret, honte et violences, La honte \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la psychanalyse, n\u00b0 184, p.18-31, Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D.W (1971), <em> Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em> , Paris, Gallimard, coll. \u00ab&nbsp;Connaissance de l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10289?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il dit non avec la t\u00eateMais il dit oui avec le c\u0153urIl dit oui \u00e0 ce qu\u2019il aimeIl dit non au professeurIl est deboutOn le questionneEt tous les probl\u00e8mes sont pos\u00e9sSoudain le fou rire le prendEt il efface toutLes chiffres&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214,1215],"thematique":[176,177],"auteur":[1394],"dossier":[179],"mode":[60],"revue":[180],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10289","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-corps","thematique-narcissisme","auteur-marie-alice-dronet","dossier-honte-et-adolescence","mode-payant","revue-180","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10289","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10289"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10289\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13700,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10289\/revisions\/13700"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10289"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10289"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10289"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10289"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10289"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10289"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10289"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10289"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10289"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}