{"id":10286,"date":"2021-08-22T07:31:41","date_gmt":"2021-08-22T05:31:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/inventer-les-traces-des-disparus-2\/"},"modified":"2021-09-19T00:57:45","modified_gmt":"2021-09-18T22:57:45","slug":"inventer-les-traces-des-disparus","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/inventer-les-traces-des-disparus\/","title":{"rendered":"Inventer les traces des disparus"},"content":{"rendered":"\n<p>Au cours du printemps 1931, Lou Andreas-Salom\u00e9 \u00e9crivait \u00e0 Sigmund Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;(..) <em>il est si mince le voile transparent qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9 sur l\u2019\u0153uvre d\u2019art, dans le but de couvrir \u00e0 la fois les conditions extr\u00eames qui lui ont permis de na\u00eetre et le danger effroyable pr\u00e9sent dans ce qu\u2019avec tant d\u2019aimable int\u00e9r\u00eat nous nommons l\u2019\u201cesth\u00e9tique\u201d<\/em>.&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour souligner la force de son affirmation, la psychanalyste faisait ensuite r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la d\u00e9finition que du <em>Beau<\/em> donne Rainer Maria Rilke dans la <em>Premi\u00e8re El\u00e9gie de Duino<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Car le beau n\u2019est que le commencement du terrible, ce que tout juste nous pouvons supporter et nous l\u2019admirons tant parce qu\u2019il d\u00e9daigne de nous d\u00e9truire.&nbsp;\u00bb\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il est des \u0153uvres d\u2019art qui nous permettent de faire une exp\u00e9rience esth\u00e9tique profonde, en nous confrontant au Beau en tant que commencement du <em>Terrible<\/em>, avec la certitude pourtant de pouvoir le supporter et l\u2019admirer parce qu\u2019il d\u00e9daigne de nous d\u00e9truire. Le voile transparent que de telles \u0153uvres d\u00e9ploient sur des violences extr\u00eames, par exemple, est \u00e0 la fois mince et subtil. Et pourtant, il nous offre une protection indispensable pour parvenir \u00e0 nous approcher de la r\u00e9alit\u00e9 effrayante sous-jacente que l\u2019artiste am\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 notre champ de vision. Il est probable que ce soit justement dans sa capacit\u00e9 de nous prot\u00e9ger, de rendre supportable l\u2019insupportable et tol\u00e9rable l\u2019intol\u00e9rable \u2013 <em>sans l\u2019occulter pour autant<\/em>, de nous servir en somme de <em>pare-excitation<\/em> sans introduire avec une telle fonction le mensonge, que ce soit donc dans une telle capacit\u00e9 que se situe une partie du secret de l\u2019importance d\u2019un artiste et de son \u0153uvre. Ni la <em>violence spectacle<\/em>, si fr\u00e9quente dans un certain art contemporain, ni la tendance \u00e0 <em>embellir<\/em> ce qui d\u2019un point de vue \u00e9thique ne peut pas l\u2019\u00eatre, si commune dans les productions de certains artistes renomm\u00e9s. Il y a l\u00e0 un manque ou un exc\u00e8s, respectivement, d\u2019\u00e9laboration. Or, en adoptant de telles positions extr\u00eames, la v\u00e9rit\u00e9 se perd, comme les traces de la violence, dans l\u2019oubli.<\/p>\n\n\n\n<p>Je partirai tout d\u2019abord dans ce qui suit \u2013 et dans le cadre de la r\u00e9flexion collective que nous propose ce Colloque autour du th\u00e8me \u00ab\u00a0<em>La cr\u00e9ation et ses environnements<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 de l\u2019hypoth\u00e8se pos\u00e9e par Lou Andr\u00e9as-Salom\u00e9 sur les <em>conditions extr\u00eames<\/em> qui permettent \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019art de na\u00eetre et du <em>danger effroyable<\/em> qui reste pr\u00e9sent dans ce que nous nommons l\u2019\u00ab\u00a0esth\u00e9tique\u00a0\u00bb. La d\u00e9finition du Beau propos\u00e9e par Rilke et la possibilit\u00e9 introduite par l\u2019\u0153uvre d\u2019art de rendre supportable l\u2019insupportable pourraient compl\u00e9ter une telle hypoth\u00e8se en nous permettant, comme le pr\u00e9sente l\u2019argument du colloque, d\u2019\u00e9tablir des liens \u00e9troits entre les\u00a0<em>parts archa\u00efques de la psych\u00e9<\/em>\u00a0impliqu\u00e9es dans le processus de transformation qu\u2019est la cr\u00e9ation et la\u00a0<em>tentative de symbolisation des exp\u00e9riences premi\u00e8res impensables et irrepr\u00e9sentables<\/em>\u00a0qui serait un de ses enjeux principaux. L\u2019expression \u00ab\u00a0conditions extr\u00eames\u00a0\u00bb de naissance de l\u2019\u0153uvre d\u2019art \u2013 quant \u00e0 elle \u2013 ne nous impose pas de d\u00e9cider pour le moment si elle d\u00e9signe l\u2019int\u00e9rieur ou l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa6\">Si nous nous centrons \u00e0 pr\u00e9sent sur la question \u00ab&nbsp;environnements&nbsp;\u00bb (au pluriel) du titre du Colloque, je vous propose de mettre l\u2019accent sur ces \u00e9l\u00e9ments r\u00e9f\u00e9rentiels de base que sont le&nbsp;<em>temps<\/em>&nbsp;et l\u2019espace au sens large.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa7\">Prenons le cas d\u2019une photographie de presse c\u00e9l\u00e8bre, qui ne fut pas produite initialement comme \u0153uvre d\u2019art et dont la valeur esth\u00e9tique \u2013 et non seulement historique et politique \u2013 a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9e pourtant par de nombreux critiques et historiens de l\u2019art, comme Georges Didi-Huberman. Il s\u2019agit de la\u00a0<em>Veill\u00e9e fun\u00e8bre<\/em>\u00a0de Georges M\u00e9rillon<sup>2<\/sup>, prise le 29 janvier 1990 au Kosovo autour du corps d\u2019un jeune homme, Nasimi Elshani, tu\u00e9 par la police serbe lors d\u2019une manifestation pour l\u2019ind\u00e9pendance du Kosovo. Cette \u00ab\u00a0image de l\u2019inexorable douleur\u00a0\u00bb<sup>3<\/sup> d\u2019une m\u00e8re est devenue par la suite la <em>Piet\u00e0 du Kosovo<\/em>, avec une r\u00e9f\u00e9rence donc directe \u00e0 l\u2019iconographie chr\u00e9tienne, alors que la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019elle documente renvoie \u00e0 une trag\u00e9die qui advient en monde musulman.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l\u2019image, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un lieu g\u00e9ographique sp\u00e9cifique et \u00e0 un temps tr\u00e8s pr\u00e9cis de l\u2019histoire para\u00eet \u00e9vidente. Et n\u00e9anmoins, tout en documentant un \u00e9v\u00e9nement historique pr\u00e9cis dans un lieu clairement d\u00e9fini, au Kosovo en janvier 1990, c\u2019est-\u00e0-dire neuf ans avant le d\u00e9but effectif de la guerre proprement dite, cette image \u00ab&nbsp;recueille toute une stratification de formes issues d\u2019autres temps et d\u2019autres lieux.&nbsp;\u00bb (GDH, 2007) (\u00ab&nbsp;les images impliquent une dur\u00e9e qui va bien au-del\u00e0 du temps qu\u2019elles repr\u00e9sentent ou qu\u2019elles documentent&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Georges Didi-Huberman) (GDH, 2005). Lorsque des affects intenses tels que la douleur psychique sont pr\u00e9sents, les gestes qui font apparition pour les mettre en forme et les manifester sont tr\u00e8s anciens et tr\u00e8s profonds, ils traversent souvent les lieux et les cultures. Ce qui se met en forme de l\u2019humain, ce qui se met alors en mouvement d\u00e9passe l\u2019endroit et l\u2019\u00e9poque auxquels il appartient. L\u2019image intense qui en r\u00e9sulte a d\u00e8s lors quelque chose de <em>transhistorique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un point de vue historique et politique, l\u2019image de M\u00e9rillon annonce certes la catastrophe d\u2019une guerre \u00e0 venir. \u00ab&nbsp;Mais \u2013 ajoute encore l\u2019historien de l\u2019art Georges Didi-Huberman \u2013 elle porte aussi en elle tout un tas de r\u00e9f\u00e9rences m\u00e9morielles qui s\u2019entrechoquent en elle et entre elles, la constituent et mettent en crise la repr\u00e9sentation qu\u2019elle nous offre&nbsp;: r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 &#8211; l\u2019histoire du photojournalisme, bien s\u00fbr (<em>les pleureuses<\/em> de Capa en Italie, de Don McCullin au Vietnam, etc.)&nbsp;; r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019art occidental (les <em>Piet\u00e0s<\/em> baroques, renaissantes, m\u00e9di\u00e9vales)&nbsp;; r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une dimension anthropologique qui d\u00e9passe de loin le seul cadre de la religion chr\u00e9tienne (lamentations musulmanes, leur lien avec tout ce qui se pratique dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en depuis l\u2019Antiquit\u00e9 tragique jusqu\u2019aux myst\u00e8res byzantins, orthodoxes, catholiques). Bref, chaque image est \u00e0 penser comme un montage de lieux et de temps diff\u00e9rents, voire contradictoires. (\u2026) Le montage intrins\u00e8que \u00e0 tout \u00e9v\u00e9nement pourrait \u00eatre, du point de vue historique, nomm\u00e9 une anachronie ou une h\u00e9t\u00e9rochronie. (\u2026) Devant une image, il ne faut pas seulement se demander quelle histoire elle documente et de quelle histoire elle est contemporaine, mais aussi&nbsp;: quelle m\u00e9moire elle s\u00e9dimente, de quel refoul\u00e9 elle est le retour.&nbsp;\u00bb (GDH, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p>Je tenterai de r\u00e9sumer ici ce que je consid\u00e8re essentiel pour mon propos dans cette \u00ab&nbsp;<em>stratification<\/em> de formes issues d\u2019autres temps et d\u2019autres lieux&nbsp;\u00bb et cette approche de l\u2019image en tant que \u00ab&nbsp;<em>montage<\/em> de lieux et de temps diff\u00e9rents&nbsp;\u00bb, (je souligne ici les mots <em>stratification<\/em> et <em>montage<\/em>), en faisant appel \u00e0 deux propositions que je soumets au lecteur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>ce n\u2019est pas parce qu\u2019une \u0153uvre d\u2019art est contemporaine qu\u2019elle appartient \u00e0 un seul temps, et<\/li><li>ce n\u2019est parce qu\u2019une \u0153uvre d\u2019art plonge ses racines dans un lieu tr\u00e8s pr\u00e9cis qu\u2019elle n\u2019est pas universelle. (\u00ab&nbsp;Chaque lieu singulier, si clos soit-il, appelle la m\u00e9moire de tous les autres&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Georges Didi-Huberman dans ses <em>Essais sur l\u2019apparition<\/em>.<sup>4<\/sup>)<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>En d\u2019autres mots, les images impliquent une dur\u00e9e et une port\u00e9e qui vont bien au-del\u00e0 du temps et de l\u2019espace qu\u2019elles repr\u00e9sentent ou qu\u2019elles documentent<\/em>. Comme si l\u2019ancrage tr\u00e8s fort de l\u2019\u0153uvre dans ses \u00ab\u00a0environnements\u00a0\u00bb pouvait en assurer en quelque sorte son universalit\u00e9. J\u2019irai jusqu\u2019\u00e0 proposer que plus l\u2019enracinement est fort dans les environnements d\u2019une \u0153uvre (qu\u2019elle soit visuelle, litt\u00e9raire ou autre), plus cette \u0153uvre acc\u00e8de \u00e0 l\u2019universalit\u00e9. Ainsi, par exemple, il est possible qu\u2019un livre comme\u00a0<em>Cent ans de solitude<\/em>\u00a0ait pu atteindre une dimension universelle, parce que son point de vue ne sort jamais de Macondo.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa12\">Je souhaite souligner de m\u00eame que, dans la&nbsp;<em>Veill\u00e9e fun\u00e8bre<\/em>&nbsp;de Georges M\u00e9rillon, l\u2019extr\u00eame douleur de la m\u00e8re et les lamentations des femmes qui l\u2019entourent \u2013 avec leur dimension transhistorique et universelle \u2013 se r\u00e9unissent autour d\u2019un corps mort. Le disparu est pr\u00e9sent. Extraordinairement pr\u00e9sent. Et il est mort. Ind\u00e9niable et irr\u00e9versiblement mort.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa13\">Parmi les tr\u00e8s nombreuses acceptions de la \u00ab&nbsp;Disparition&nbsp;\u00bb, il est possible de distinguer \u00e0 tr\u00e8s grands traits dans les dictionnaires deux grands groupes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>la disparition peut \u00eatre entrevue comme\u00a0<em>d\u00e9finitive<\/em>\u00a0et\u00a0<em>irr\u00e9versible<\/em>. Dans cette acception,\u00a0<em>dispara\u00eetre revient \u00e0 cesser d\u2019exister et mourir.<\/em>\u00a0L\u2019illustration que je viens d\u2019\u00e9voquer s\u2019y r\u00e9f\u00e8re. Mais,<\/li><li>la disparition peut \u00eatre envisag\u00e9e, \u00e9galement, comme\u00a0<em>temporaire<\/em>\u00a0et\u00a0<em>r\u00e9versible<\/em>. L\u2019acception de dispara\u00eetre peut se centrer alors sur la perception, par exemple, et revient \u00e0 cesser d\u2019\u00eatre visible ou \u00e0 cesser d\u2019\u00eatre audible. En principe, une nouvelle apparition reste toujours possible.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p id=\"pa14\">Bien entendu, dans la vie de l\u2019\u00e2me, dans la vie psychique, les choses sont beaucoup plus complexes que dans le monde des d\u00e9finitions lexicales.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa15\">Ainsi, la disparition qui revient \u00e0 cesser d\u2019exister et mourir, celle qui peut \u00eatre entrevue comme d\u00e9finitive et irr\u00e9versible, donne lieu dans des conditions ordinaires \u00e0 un\u00a0<em>v\u00e9cu de perte<\/em>, auquel s\u2019ensuit la mise en place d\u2019un long et complexe travail de deuil ou de son \u00e9chec, d\u2019\u00ab\u00a0une m\u00e9lancolie au lieu du deuil\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0en raison d\u2019une pr\u00e9disposition morbide\u00a0\u00bb, comme nous a indiqu\u00e9 Freud<sup>5<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>La disparition qui revient \u00e0 cesser d\u2019\u00eatre visible ou audible, quant \u00e0 elle, celle qui est v\u00e9cue comme temporaire et r\u00e9versible, peut donner lieu \u00e0 tout un travail de symbolisation et d\u2019\u00e9laboration d\u2019une autre nature, un travail de repr\u00e9sentation d\u2019une tr\u00e8s grande complexit\u00e9 et d\u2019une extr\u00eame finesse, dont le jeu de la bobine dans <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em> en serait une bonne illustration. La m\u00e8re, avec sa pr\u00e9sence aimante, a assur\u00e9 \u00e0 son enfant un sentiment de continuit\u00e9 d\u2019existence. L\u2019enfant met en jeu l\u2019alternance apparition-disparition, r\u00e9apparition. La disparition est ici suivie d\u2019une apparition et d\u2019ailleurs, comme l\u2019a montr\u00e9 Ren\u00e9 Roussillon, elle n\u2019est pas pure disparition, mais \u00ab&nbsp;disparition convenue au sein du jeu, et suivant une convention \u00ab&nbsp;sensorielle&nbsp;\u00bb. En t\u00e9moigne principalement que si l\u2019\u0153il feint d\u2019ignorer la pr\u00e9sence de l\u2019objet, la main par contre \u00ab&nbsp;sait&nbsp;\u00bb que la bobine est toujours pr\u00e9sente, au bout de la ficelle que l\u2019enfant tient. Gr\u00e2ce \u00e0 ce dispositif sensoriel articul\u00e9, l\u2019objet est \u00e0 la fois pr\u00e9sent (dans la main) et absent de la vision. Absent au-dehors et pr\u00e9sent au-\u00ab&nbsp;dedans&nbsp;\u00bb.<sup>6<\/sup>. Mais la disparition, initialement appr\u00e9hend\u00e9e comme temporaire et r\u00e9versible, peut \u00e9galement donner lieu \u00e0 des catastrophes. Ainsi, dans <em>La localisation de l\u2019exp\u00e9rience culturelle<\/em>, Winnicott formule l\u2019id\u00e9e d\u2019un seuil de retour possible de la m\u00e8re qui s\u2019absente sans que le b\u00e9b\u00e9 en subisse d\u2019alt\u00e9ration. Mais <em>au-del\u00e0<\/em> de cette limite, \u00ab&nbsp;le retour de la m\u00e8re ne r\u00e9pare (plus) l\u2019alt\u00e9ration de l\u2019\u00e9tat du b\u00e9b\u00e9.<sup>7<\/sup>&nbsp;\u00bb (p.135). La continuit\u00e9 d\u2019existence du b\u00e9b\u00e9 est d\u00e9sormais rompue et les d\u00e9fenses vont s\u2019organiser pour \u00e9viter la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019une \u00ab&nbsp;angoisse impensable&nbsp;\u00bb. Il y a des disparitions qui, m\u00eame suivies d\u2019une r\u00e9apparition, ne pourront plus r\u00e9installer un rythme ou un battement qui assurent la continuit\u00e9 d\u2019exister. Un seuil critique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9. Afin d\u2019apporter de nouveaux \u00e9l\u00e9ments<sup>8<\/sup> \u00e0 ce tr\u00e8s vaste territoire de la disparition, je vous propose d\u2019introduire un autre type de disparition qui, par rapport au premier, ne peut pas s\u2019assumer en tant que perte et, par rapport au deuxi\u00e8me, interdit toute possibilit\u00e9 de travail psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les acceptions tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales du verbe <em>dispara\u00eetre<\/em>, nous savions qu\u2019il \u00e9tait possible de subir les disparitions et aussi de les produire activement. On peut faire dispara\u00eetre quelque chose et m\u00eame quelqu\u2019un. Le tuer. Il est possible de supprimer, d\u2019effacer, d\u2019\u00e9liminer l\u2019autre. Et de telles actions peuvent se r\u00e9aliser autant dans le monde de la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle que dans celui de la r\u00e9alit\u00e9 psychique, par une attaque violente ou par la violence plus silencieuse et parfois plus meurtri\u00e8re du d\u00e9sinvestissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019histoire de certains pays, en particulier en Am\u00e9rique Latine, nous a appris que dispara\u00eetre pouvait devenir un verbe transitif direct&nbsp;: <em>on dispara\u00eet quelqu\u2019un, un tel dispara\u00eet tel autre<\/em>. Je fais ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 effrayante des disparus, dans ses tr\u00e8s diverses formes. Lorsque des \u00eatre proches sont disparus dans le sens donn\u00e9 ici au mot \u00ab&nbsp;dispara\u00eetre&nbsp;\u00bb, l\u2019une des plus grandes sources de douleur est celle de <em>l\u2019absence de toute trace<\/em>&nbsp;: il n\u2019y a aucune trace d\u2019accusation, aucun registre d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, aucune admission dans un service d\u2019urgences, personne ne revendique l\u2019enl\u00e8vement du disparu, aucun corps n\u2019est trouv\u00e9. Rien.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La mort peut \u00eatre objet de deuil, la disparition \u00e0 laquelle je me r\u00e9f\u00e8re ici laisse un blanc insupportable et non susceptible d\u2019\u00e9laboration<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces disparus ne sont ni vivants, ni morts. On les a perdus de vue. Ils ne sont plus visibles. Ils sont (ou se sont) \u00e9gar\u00e9s. Ils ne sont nulle part, tout en \u00e9tant partout. Ils pourraient revenir n\u2019importe quand, ou ne retourner jamais plus. Il n\u2019y a pas de corps, ni de s\u00e9pulture, ni de tombe, ni un lieu susceptible d\u2019\u00eatre imagin\u00e9 dans lequel ils pourraient vivre. Ce sont des fant\u00f4mes errants, vagabonds. Et la possibilit\u00e9 m\u00eame d\u2019un retour potentiel bloque tout travail psychique qui pourrait nous conduire \u00e0 assumer l\u2019une ou l\u2019autre parmi les deux options, avec toutes ses cons\u00e9quences. Avec les disparus, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une\u00a0<em>pr\u00e9sence en n\u00e9gatif<\/em>, qui ne r\u00e9ussit pas \u00e0 \u00eatre assum\u00e9e dans sa dimension de perte, ni \u00e0 \u00eatre v\u00e9cue non plus comme d\u00e9finitivement absente.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa21\">Tentons de penser, ne fut-ce qu\u2019un instant, au disparu qui n\u2019est pas en voie de r\u00e9appara\u00eetre et qui n\u2019est pas non plus v\u00e9ritablement un objet d\u00e9j\u00e0 perdu. Essayons maintenant de penser ce que c\u2019est que de vivre des ann\u00e9es durant dans un supplice qui ne semble jamais prendre de fin et qui reste accroch\u00e9 \u00e0 l\u2019attente d\u2019une r\u00e9ponse qui devrait venir de l\u2019ext\u00e9rieur et qui n\u2019advient jamais. Cette impossibilit\u00e9 de se repr\u00e9senter le traumatisme en cours et l\u2019\u00e9prouv\u00e9 li\u00e9 \u00e0 ces\u00a0<em>situations extr\u00eames<\/em>\u00a0n\u2019est pas sans \u00e9voquer cet \u00e9tat traumatique originaire que D. W. Winnicott<sup>9<\/sup>, a conceptualis\u00e9 en tant qu\u2019\u00ab\u00a0agonies primitives\u00a0\u00bb et dont Ren\u00e9 Roussillon a prolong\u00e9 l\u2019\u00e9tude en les appr\u00e9hendant comme exp\u00e9riences archa\u00efques d\u2019angoisse <em>extr\u00eame<\/em>, <em>sans fin, sans limites et sans \u00e9chappatoire possible<\/em><sup>10<\/sup>. Des modification plus ou moins brutales et durables de l\u2019environnement seraient \u00e0 l\u2019origine de\u00ab\u00a0v\u00e9cus qui surviennent et d\u00e9sorientent compl\u00e8tement l\u2019humanit\u00e9 du sujet\u00a0\u00bb<sup>11<\/sup>. Bien que la question d\u00e9passe de loin les limites de cette intervention, je tiens ici \u00e0 souligner qu\u2019il reste essentiel, d\u2019un point de vue m\u00e9tapsychologique, de bien distinguer les probl\u00e9matiques qui se situent du c\u00f4t\u00e9 de la <em>perte<\/em> et du <em>deuil<\/em> de celles qui se situent du c\u00f4t\u00e9 de la <em>disparition<\/em>. Un auteur comme Pierre F\u00e9dida s\u2019y est consacr\u00e9. Ainsi, \u00ab\u00a0du c\u00f4t\u00e9 de la perte et du deuil, on a encore des objets, on a encore la possibilit\u00e9 de concevoir un objet. Du c\u00f4t\u00e9 de la disparition, on est dans l\u2019inconnu du devenir de soi et de l\u2019objet. On sait que, pour bien des personnes qui souffrent de n\u2019avoir pu identifier la mort de leur proche (je pense aux pays d\u2019Am\u00e9rique du Sud sous les dictatures), la disparition n\u2019est pas un vain mot puisqu\u2019on ne peut pas faire le deuil d\u2019un disparu\u00a0\u00bb<sup>12<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans oublier ce qui a \u00e9t\u00e9 dit des aspects <em>transhistoriques<\/em> et <em>universels<\/em> ou \u00ab&nbsp;<em>transg\u00e9ographiques<\/em>&nbsp;\u00bb de l\u2019\u0153uvre d\u2019art, j\u2019\u00e9voquerai dans ce qui suit trois artistes dont les environnements sont d\u00e9terminants dans la cr\u00e9ation d\u2019\u0153uvres qui approchent le territoire de la disparition.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa recherche des traces des disparus<sup>13<\/sup> tout au long des ann\u00e9es 80, l\u2019artiste Doris Salcedo a rencontr\u00e9 de tr\u00e8s nombreuses familles et de proches de personnes disparues. La m\u00eame crainte, la m\u00eame paralysie, la m\u00eame attente interminable. La peur de les \u00e9voquer et la m\u00eame terreur de les oublier. Elle a eu l\u2019impression que lorsque les proches cessaient d\u2019en parler, la m\u00e9moire se logeait souvent dans les corps et dans les objets qui avaient \u00e9t\u00e9 en contact avec ces corps et qui devenaient parfois de v\u00e9ritables reliques. De nombreuses familles lui en ont fait don. Des chaussures, tr\u00e8s souvent, en particulier lorsque les disparues \u00e9taient des femmes. Les chaussures semblent porter l\u2019empreinte du corps plus que tout autre v\u00eatement et peut-\u00eatre conservent-ils la m\u00e9moire ou l\u2019\u00e9bauche possible d\u2019un chemin parcouru et dont on ne sait rien, dont on ignore tout. Les marques du corps, les traces des pas vers\u2026 vers quoi aujuste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre <em>Atrabiliarios<\/em><sup>14<\/sup> du d\u00e9but des ann\u00e9es 90 est faite d\u2019une s\u00e9rie de niches, cases ou caveaux, ouverts dans le mur en pl\u00e2tre. Dans chaque niche, une chaussure ou une paire. Chaque case est ferm\u00e9e par une membrane de tissu animal semi-translucide, tendue, fix\u00e9e au mur avec des points de suture chirurgicale. Les bo\u00eetes vides, \u00e9galement faites en tissu animal, sont plac\u00e9es \u00e0 c\u00f4t\u00e9, par terre, en attente s\u00fbrement d\u2019\u00eatre remplies de traces d\u2019autres disparus.<sup>15<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>En 2008, Doris Salcedo a \u00e9t\u00e9 l\u2019artiste invit\u00e9e \u00e0 intervenir au <em>Turbine Hall<\/em> de la <em>Tate Modern Gallery<\/em> \u00e0 Londres, lieu embl\u00e9matique de l\u2019art contemporain.<sup>16<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le <em>Projet pour un m\u00e9morial<\/em>, 2005, d\u2019Oscar Mu\u00f1oz<sup>17<\/sup>, la main de l\u2019artiste tente de dessiner en vain les visages de cinq personnes disparues, sur cinq \u00e9crans diff\u00e9rents, \u00ab\u00a0mais le m\u00e9dium utilis\u00e9e (l\u2019eau) et le support (une dalle de pierre en plein soleil) emp\u00eachent que cette simple t\u00e2che puisse aboutir. Alors que le pinceau est parvenu \u00e0 dessiner une partie de ce portrait \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, le reste s\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e9vapor\u00e9\u00a0; pourtant, la main continue, inlassablement son processus incessant, motiv\u00e9e semble-t-il par une farouche t\u00e9nacit\u00e9.\u00a0\u00bb<sup>18<\/sup>. <\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa27\">Le geste par lequel l\u2019\u00e9vocation du disparu est r\u00e9alis\u00e9e, ne se termine jamais et ne laisse aucune trace. Tout est \u00e0 reprendre, \u00e0 chaque fois.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa28\">Oscar Mu\u00f1oz, qui a beaucoup travaill\u00e9 sur le mythe de Narcisse, reprend ici cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une identit\u00e9 qui ne parvient pas \u00e0 \u00eatre atteinte de mani\u00e8re stable. Toujours \u00e0 refaire, toujours \u00e0 construire. Tel Sisyphe et sa t\u00e2che \u00e9ternelle, dont les efforts pour atteindre son but resteront vains. J\u2019ai propos\u00e9 dans un autre contexte, de tenter d\u2019imaginer et de construire le mythe de \u00ab\u00a0Narcisyphe\u00a0\u00bb pour souligner un tel aspect.\u202f<sup>19<\/sup> Le Mus\u00e9e <em>Jeu de Paume<\/em> \u00e0 Paris a consacr\u00e9 une exposition \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019Oscar Mu\u00f1oz en 2014, intitul\u00e9e <em>Protographies<\/em>.<sup>20<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste Juan Fernando Herr\u00e1n, avec son \u0153uvre <em>Campo Santo<\/em><sup>21<\/sup>, nous apporte des \u00e9l\u00e9ments importants en lien avec la m\u00e9moire des disparus.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur un site de tr\u00e8s difficile acc\u00e8s et relativement proche de Bogot\u00e1, nomm\u00e9e l\u2019<em>Alto de las cruces<\/em>, par un geste r\u00e9it\u00e9ratif avec des mat\u00e9riaux trouv\u00e9s sur place, aussi anonyme qu\u2019humble et fragile, quelqu\u2019un se r\u00e9siste \u00e0 oublier. On y trouve des croix, quelques fois \u00e9videntes, manifestes, d\u2019autres cach\u00e9es, occultes, camoufl\u00e9es, fondues dans l\u2019entourage, visibles seulement pour l\u2019\u0153il sensible \u00e0 la douleur qu\u2019elles comm\u00e9morent. La r\u00e9ponse de l\u2019artiste \u00e0 une exp\u00e9rience semblable est de la transmettre \u00e0 son tour, sans la trahir, mais avec la transformation que suppose son \u0153uvre. Une mani\u00e8re de s\u2019unir \u00e0 celui, celles ou ceux qui luttent contre l\u2019oubli, tout en respectant, en m\u00eame temps, la digne mesure qu\u2019il y a dans la comm\u00e9moration que nous imaginons se r\u00e9aliser chaque jour, au milieu de la solitude et de la sobri\u00e9t\u00e9 les plus absolues.<sup>22<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>En accueillant, ramassant et \u00e9laborant la douleur inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience qui accompagne ses visites \u00e0 l\u2019<em>Alto de las cruces<\/em>, l\u2019artiste nous offre la possibilit\u00e9 d\u2019accueillir, de ramasser et d\u2019\u00e9laborer la douleur que comporte notre propre exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mots <em>Campo Santo<\/em> choisis par l\u2019artiste pour donner un nom \u00e0 son \u0153uvre, enferment une ambig\u00fcit\u00e9 que je voudrais souligner et je mettrais en lien avec les diff\u00e9rences entre disparition et perte. Dans leur sens premier, ils d\u00e9signent le cimeti\u00e8re que l\u2019<em>Alto de las cruces<\/em> n\u2019est \u00e9videmment pas. On dit, aussi, que l\u2019on <em>d\u00e9clare un lieu campo santo<\/em>, lorsqu\u2019apr\u00e8s une trag\u00e9die de dimensions cataclysmiques il n\u2019est point possible de localiser, de r\u00e9cup\u00e9rer, ni d\u2019individualiser les corps pour leur donner s\u00e9pulture. Ce qui est ici repr\u00e9sent\u00e9 ne correspond pas, non plus, \u00e0 cette deuxi\u00e8me acception. Il ne s\u2019agit non plus d\u2019un temple, lieu de p\u00e8lerinage, l\u00e0 o\u00f9 seraient conserv\u00e9es des reliques dignes d\u2019adoration et de souvenir. <em>Campo Sant o<\/em> semble plut\u00f4t correspondre \u00e0 la d\u00e9signation d\u2019un <em>espace sacr\u00e9 de la m\u00e9moire<\/em> ou d\u2019un <em>sanctuaire<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les croix, ici, \u00e0 la diff\u00e9rence de ce qui a lieu dans un cimeti\u00e8re, ne d\u00e9signent pas la pr\u00e9sence d\u2019un corps mort. Nous ignorons de m\u00eame o\u00f9 se trouve la fosse \u00e9ventuelle ou la tombe qu\u2019elles \u00e9voqueraient en tant que signe plus distant. Ce rituel contre l\u2019oubli \u00e9voque, en cons\u00e9quence, sa dimension manqu\u00e9e ou tout au moins incompl\u00e8te et arr\u00eat\u00e9e dans le temps. Certes il s\u2019agit, comme il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 dit, d\u2019une lutte contre l\u2019oubli et c\u2019est en cela que r\u00e9side ce qu\u2019il y a d\u2019\u00e9mouvant dans leur fonction. Mais la disparition qui se comm\u00e9more de cette mani\u00e8re se p\u00e9rennise dans le geste m\u00eame de la comm\u00e9morer. La croix ne marque pas ici le territoire de ce qui est d\u00e9finitivement perdu. La croix d\u00e9signe <em>ce qui n\u2019est pas l\u00e0 en-dessous d\u2019elle et qui peut-\u00eatre n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus nulle part, tout en \u00e9tant \u00e0 la fois partout, car disparu<\/em>. Elle assume sa place et, en l\u2019incarnant, la croix signale ce qui \u00e0 pr\u00e9sent ne se trouve plus qu\u2019en elle. Ce qui n\u2019est pas pr\u00e9sent ne cesse ainsi de se rendre pr\u00e9sent. Ce qui est disparu s\u2019arr\u00eate sans rem\u00e8de et se fige dans un d\u00e9part immobile, \u00e9ternel, qui rena\u00eet une et mille fois, \u00e0 chaque mise en sc\u00e8ne. Ainsi, ce qui est disparu ne finit pas de se dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9sistance contre l\u2019oubli est une partie essentielle d\u2019une vie qui fait face \u00e0 la mort. Les proches des disparus peuvent en t\u00e9moigner. Mais doit arriver le moment o\u00f9 le sanctuaire inviolable pourra \u00eatre visit\u00e9 voire fr\u00e9quent\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 psychique pour le quitter et l\u2019abandonner, lorsqu\u2019il aura \u00e9t\u00e9 possible d\u2019absenter enfin ce qui ne reviendra jamais. C\u2019est l\u00e0 que se situe le caract\u00e8re trompeur de la rem\u00e9moration et de la comm\u00e9moration. Si l\u2019oubli va tr\u00e8s souvent de pair avec l\u2019\u00e9vitement de la douleur et l\u2019ingratitude pour l\u2019objet, il est \u00e9galement vrai que la persistance et la t\u00e9nacit\u00e9 non susceptibles de transformation d\u2019un souvenir se situent plus sur la rive du d\u00e9ni de la mort et aussi de la propre vie.\u00a0<em>Il y a quelque chose de terrible dans la r\u00e9p\u00e9tition qui se r\u00e9p\u00e8te elle m\u00eame<\/em>. La fid\u00e9lit\u00e9 extr\u00eame vis-\u00e0-vis de l\u2019objet disparu peut occulter l\u2019immolation de soi par le gel, en lui offrant un refuge glac\u00e9 et fait de silence. Tout reste alors comme au premier jour. Dans son \u00e9ternel rituel d\u2019\u00e9vocation, le soi se sacrifie sur l\u2019autel d\u2019un objet qui ne cesse de mourir\u202f<sup>23<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un oubli qui vit du c\u00f4t\u00e9 de la mort. Sans aucun doute. Mais la m\u00eame chose pourrait \u00eatre dite de certaines formes de la m\u00e9moire. Elles sont l\u00e0 pour emp\u00eacher la r\u00e9surgence de la vie. En d\u2019autres mots, il existe un oubli qui se situe du c\u00f4t\u00e9 de la vie. Le deuil, tout compte fait, suppose la possibilit\u00e9 de rendre enfin absent ce qui en disparaissant se voit tout d\u2019abord dou\u00e9 d\u2019une pr\u00e9sence massive, pour pouvoir \u00eatre ensuite \u2013 apr\u00e8s un travail tr\u00e8s ardu \u2013 \u00eatre enfin perdu et donc susceptible d\u2019oubli. Non pour qu\u2019il n\u2019existe pas ou pour qu\u2019il n\u2019existe plus, mais pour le rem\u00e9morer enfin, d\u2019une autre mani\u00e8re. Absent. Pour qu\u2019il existe en tant que souvenir susceptible d\u2019\u00e9vocation et d\u2019oubli et non en tant que pr\u00e9sence gel\u00e9e et immobile. \u00c0 la pr\u00e9sentation de la mort suit alors la possibilit\u00e9 de sa re-pr\u00e9sentation. Se souvenir du disparu, maintenant irr\u00e9m\u00e9diablement perdu, pour l\u2019oublier. L\u2019oublier pour se le rappeler ou pour s\u2019en souvenir. S\u2019en souvenir pour le laisser partir. L\u2019oublier pour le retrouver et l\u2019amener finalement avec soi, en soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste \u00e0 savoir comment passer de la disparition \u00e0 la perte, et donc, \u00e0 la possibilit\u00e9 du deuil. Il y a l\u00e0 tout un territoire de travail f\u00e9cond, une r\u00e9flexion \u00e0 poursuivre du c\u00f4t\u00e9 de la disparition et la perte dans leurs rapports avec la m\u00e9lancolie et le deuil. Des contr\u00e9es \u00e0 explorer avec nos patients, en nous appuyant souvent sur le travail des artistes et des \u00e9crivains dont les environnements connaissent de telles situations extr\u00eames et qui parviennent avec leurs cr\u00e9ations \u00e0 atteindre l\u2019universel. Comme le soulignait F\u00e9dida dans le texte d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, \u00ab&nbsp;la place de la m\u00e9lancolie est centrale dans la psychanalyse. Peut-\u00eatre la m\u00e9lancolie est-elle diff\u00e9rente du deuil par ce qu\u2019elle comporte d\u2019exp\u00e9rience de la disparition&nbsp;\u00bb<sup>24<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Prix Piktet a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 Juan Fernando Herr\u00e1n en 2015<sup>25<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019invention des traces des disparus, il y aura toujours quelque chose de l\u2019ordre \u00e0 la fois de l\u2019irr\u00e9alisable et de l\u2019indispensable, de l\u2019impossible et de l\u2019obligatoire. Un travail qui requiert de t\u00e9nacit\u00e9 et de pers\u00e9v\u00e9rance, d\u2019\u00e9vocation, de comm\u00e9moration et aussi de possibilit\u00e9 d\u2019oubli. Une invention qui suppose de se pencher toujours sur la question de l\u2019identit\u00e9&nbsp;: il est des \u00eatres qui vivent sous la menace de la disparition, la disparition de l\u2019autre et la disparition de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est souvent insist\u00e9 sur l\u2019importance de la mise en mots des situations extr\u00eames, mais il importe de tenter de capturer tout d\u2019abord une image qui puisse donner forme \u00e0 l\u2019informe. En reprenant la fin de ce texte extraordinaire que Samuel Beckett a \u00e9crit en 1949 et qui porte pour titre <em>L\u2019innommabl e<\/em><sup>26<\/sup>, Georges Didi-Huberman<sup>27<\/sup>, dans un \u00e9crit pour le peintre Gerhard Richter et ses \u00ab&nbsp;tableaux vides&nbsp;\u00bb en \u00ab&nbsp;attente d\u2019images&nbsp;\u00bb d\u2019autres disparus, propose d\u2019ins\u00e9rer le mot <em>images<\/em>, l\u00e0 o\u00f9 Beckett \u00e9crivait <em>mots<\/em>, et le verbe <em>peindre<\/em>, l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9crivait <em>dire<\/em>. En voici le r\u00e9sultat&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;(\u2026) ce sont des images, il n\u2019y a que \u00e7a, il faut continuer, c\u2019est tout ce que je sais, elles vont s\u2019arr\u00eater, je connais \u00e7a, je les sens qui me l\u00e2chent, ce sera le silence, un petit moment, un bon moment, ou ce sera le mien, celui qui dure, qui n\u2019a pas dur\u00e9, qui dure toujours, ce sera moi, il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer, il faut peindre des images, tant qu\u2019il y en a, il faut les peindre, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles me trouvent, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles me peignent, \u00e9trange peine, \u00e9trange faute, il faut continuer, c\u2019est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 fait, elles m\u2019ont peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 peint, elles m\u2019ont peut-\u00eatre port\u00e9 jusqu\u2019au seuil de mon histoire, devant la porte qui s\u2019ouvre sur mon histoire, \u00e7a m\u2019\u00e9tonnerait, si elle s\u2019ouvre, \u00e7a va \u00eatre moi, \u00e7a va \u00eatre le silence, l\u00e0 o\u00f9 je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer.&nbsp;\u00bb.\n<\/ul>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote wp-block-list\"><li>L. Andreas-Salom\u00e9 (1931)&nbsp;<em>Lettre ouverte \u00e0 Freud.<\/em>&nbsp;\u00c9ditions du Seuil (Points), p118.<\/li><li>http:\/\/www.georgesmerillon.com\/-\/galleries\/galerie-page-daccueil\/-\/medias\/eba061e6-4d81-4918-9cc6-e47344c487c7-kosovo-veillee-funebre-de-nasimi-elshani<\/li><li><a id=\"no3\" class=\"no\" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-le-carnet-psy-2016-5-page-32.htm#re3no3\"><\/a>Ce passage autour de la photographie de Georges M\u00e9rillon reprend les id\u00e9es principales et par moments les mots (mis entre guillemets) de l\u2019historien de l\u2019art Georges Didi-Huberman dans deux textes&nbsp;: Didi-Huberman G. (2005)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Construire la dur\u00e9e.<\/em><a id=\"l3\" href=\"http:\/\/www.pascalconvert.fr\/histoire\/lamento\/lamento-didi-huberman.html\">http:\/\/www.pascalconvert.fr\/histoire\/lamento\/lamento-didi-huberman.html<\/a>&nbsp;et Didi-Huberman G. (2007)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">La condition des images. Entretien avec Fr\u00e9d\u00e9ric Lambert et Fran\u00e7ois Niney<\/em>.<br><a id=\"l4\" href=\"http:\/\/documents.irevues.inist.fr\/bitstream\/handle\/2042\/28239\/2007_19_06.pdf?sequence=1\">http:\/\/documents.irevues.inist.fr\/bitstream\/handle\/2042\/28239\/2007_19_06.pdf?sequence=1<\/a>. Dans le texte, ces r\u00e9f\u00e9rences apparaissent respectivement comme GDH, 2005 et GDH, 2007.<\/li><li>G. Didi-Huberman (1998) \u00ab&nbsp;Le lieu malgr\u00e9 tout&nbsp;\u00bb. In&nbsp;:&nbsp;<em>Phasmes. Essais sur l\u2019apparition<\/em>, 1. Editions de Minuit. Paris, p.237.<\/li><li>S. Freud (1917 [1915]) \u00ab&nbsp;Deuil et M\u00e9lancolie&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>\u0152uvres compl\u00e8tes. Psychanalyse, OCF<\/em>, XIII, Paris, PUF, 2005.<\/li><li>Roussillon R. (2001)&nbsp;<em>Paradoxes et situations limites de la psychanalyse<\/em>. Paris, PUF.<\/li><li>D.W. Winnicott (1971)&nbsp;<em>Jeu et R\u00e9alit\u00e9. L\u2019espace potentiel.<\/em>&nbsp;Paris, Gallimard, 1975.<\/li><li>Je reprends et d\u00e9veloppe ici une des id\u00e9es propos\u00e9es dans le chapitre d\u2019un livre consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019artiste Juan Fernando Herr\u00e1n&nbsp;: A. Rojas-Urrego (2009) El Campo Santo de Juan Fernando Herr\u00e1n&nbsp;:&nbsp;<em>\u00bfLucha contra el olvido o imposibilidad del duelo ?<\/em>&nbsp;In&nbsp;: \u00ab&nbsp;Campo Santo. Bogot\u00e1, Especial Impresores&nbsp;\u00bb.<\/li><li>D.W. Winnicott. \u00ab&nbsp;Fear of Breakdown&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>Int. Rev. Psychoanal<\/em>. 1, 1973 (trad.fran\u00e7. \u00ab&nbsp;La crainte de l\u2019effondrement&nbsp;\u00bb. In&nbsp;:&nbsp;<em>La crainte de l\u2019effondrement et autres situations cliniques<\/em>. Paris, Gallimard, 2000).<\/li><li>R. Roussillon (1999)&nbsp;<em>Agonie, clivage et symbolisation<\/em>. Paris, PUF.<\/li><li>P. F\u00e9dida (2007) \u00ab&nbsp;Humain \/ D\u00e9shumain. L\u2019oubli, l\u2019effacement des traces, l\u2019\u00e9radication subjective, la disparition&nbsp;\u00bb. In&nbsp;: P. F\u00e9dida et al. (2007)&nbsp;<em->Humain \/ D\u00e9shumain&nbsp;:&nbsp;Paris, PUF, Petite Biblioth\u00e8que de Psychanalyse (pp.14-15). Je remercie Vincent Estellon de m\u2019avoir donn\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 ce texte dans le cadre des discussions du Colloque.<\/em-><\/li><li><em>ibid.<\/em>&nbsp;pp.14-15.<\/li><li>Voir \u00e0 ce propos&nbsp;:&nbsp;<em>Doris Salcedo<\/em>. (2000) Survey by Nancy Princenthal, Interview by Carlos Basualdo, Focus by Andreas Huyssen, Artist\u2019s Choice by Paul Celan and Emmanuel Levinas, Writings by Doris Salcedo. Phaidon Press. <div class=\"wrapper-note\">\u2013&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Cantos\/Cuentos Colombianos<\/em>.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Arte Colombiano Contempor\u00e1neo\/Contemporary Colombian Art<\/em>. (2004) Edited by Hans-Michael Herzog, Texts by Fern\u00e1n E. Gonzalez, Plinio Apuleyo Mendoza, Alfredo Molano, William Ospina. Daros Exhibition.<br>\u2013 A. Rojas-Urrego et al. (2011)&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Shibboleth<\/em>&nbsp;de Doris Salcedo.&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Reflexoes sobre representa\u00e7ao do negativo. Revista Brasileira de Psican\u00e1lise<\/em>. Vol.45, No. 1, 2011, 89-94.<\/div> <\/li><li><a id=\"l5\" href=\"http:\/\/www3.mcachicago.org\/2015\/salcedo\/works\/atrabiliarios\/\">http:\/\/www3.mcachicago.org\/2015\/salcedo\/works\/atrabiliarios\/<\/a><a id=\"l6\" href=\"http:\/\/www.moma.org\/collection\/works\/134303?locale=en\">http:\/\/www.moma.org\/collection\/works\/134303?locale=en<\/a><a id=\"l7\" href=\"http:\/\/www.artgallery.nsw.gov.au\/collection\/works\/372.1997.a-o\/\">http:\/\/www.artgallery.nsw.gov.au\/collection\/works\/372.1997.a-o\/<\/a><\/li><li>http:\/\/www.a<a id=\"l9\" href=\"http:\/\/cademia.edu\/7596690\/Memory_and_\">cademia.edu\/7596690\/Memory_and_<\/a><a id=\"l10\" href=\"http:\/\/melancholia_on_atrabiliarios_by_doris_salcedo\/\">Melancholia_On_Atrabiliarios_by_Doris_Salcedo<\/a><\/li><li>http:\/\/www.ta<a id=\"l12\" href=\"http:\/\/te.org.uk\/whats-on\/tate-modern\/\">te.org.uk\/whats-on\/tate-modern\/<\/a><a id=\"l13\" href=\"http:\/\/exhibition\/unilever-series-doris-salcedo-shibboleth\">exhibition\/unilever-series-doris-salcedo-shibboleth<\/a><\/li><li><a id=\"l14\" href=\"http:\/\/universes-in-universe.org\/eng\/magazine\/articles\/2008\/oscar_munoz\/photos\/03\">http:\/\/universes-in-universe.org\/eng\/magazine\/articles\/2008\/oscar_munoz\/photos\/03<\/a><a id=\"l15\" href=\"http:\/\/secca.org\/exhibition\/oscar-munoz-imprints-fora-fleeting-memorial\/\">http:\/\/secca.org\/exhibition\/oscar-munoz-imprints-fora-fleeting-memorial\/<\/a><a id=\"l16\" href=\"http:\/\/artscenecal.com\/ArticlesFile\/Archive\/Articles2005\/Articles1105\/OMunozA.html\">http:\/\/artscenecal.com\/ArticlesFile\/Archive\/Articles2005\/Articles1105\/OMunozA.html<\/a><\/li><li>O. Mu\u00f1oz, J. Roca et al. (2014).&nbsp;<em>Protographies<\/em>. Paris, Filigranes Editions<\/li><li>A. Rojas-Urrego (2008) \u00ab&nbsp;A la recherche du temps perdu. A propos de l\u2019amour en soi&nbsp;\u00bb, dans&nbsp;<em>Marelle<\/em>&nbsp;de Julio Cort\u00e1zar. Conf\u00e9rence. Colloque Babylone. Paris, D\u00e9cembre.<\/li><li><a id=\"l17\" href=\"http:\/\/www.jeudepaume.org\/?page=article&amp;idArt=2011\">http:\/\/www.jeudepaume.org\/?page=article&amp;idArt=2011<\/a> <div class=\"wrapper-note\">Un catalogue a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 cette occasion&nbsp;: O. Mu\u00f1oz, J. Roca et al. (2014) Op. Cit.<\/div> <\/li><li>http:\/\/www.arte-sur.org\/artists\/juan-fernandoherran\/<\/li><li>J. F. Herr\u00e1n (2009).&nbsp;<em>Campo Santo<\/em>. Bogot\u00e1, Especial Impresores.<\/li><li>Andr\u00e9 Green (1980). \u00ab&nbsp;La m\u00e8re morte&nbsp;\u00bb. In&nbsp;:&nbsp;<em>Narcissisme de vie, narcissisme de mort<\/em>. Paris, \u00c9ditions de Minuit, 1983.<\/li><li>P. F\u00e9dida (2007).&nbsp;<em>Op. Cit.<\/em>&nbsp;(p. 15).<\/li><li><a id=\"l19\" href=\"http:\/\/www.prixpictet.com\/portfolios\/consumptionshortlist\/juan-fernando-herran\/bio\/\">http:\/\/www.prixpictet.com\/portfolios\/consumptionshortlist\/juan-fernando-herran\/bio\/<\/a><\/li><li>S. Beckett,&nbsp;<em>L\u2019Innommable<\/em>&nbsp;(1949), Paris, \u00c9ditions de Minuit, 1953, p. 212-213.<\/li><li>G. Didi-Huberman (2014). \u00ab&nbsp;Sortir du plan&nbsp;\u00bb. In&nbsp;: Gerhard Richter&nbsp;<em>Tableaux S\u00e9ries<\/em>. Beyeler Museum AG, Riehen\/B\u00e2le, 2014.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10286?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au cours du printemps 1931, Lou Andreas-Salom\u00e9 \u00e9crivait \u00e0 Sigmund Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;(..) il est si mince le voile transparent qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9 sur l\u2019\u0153uvre d\u2019art, dans le but de couvrir \u00e0 la fois les conditions extr\u00eames qui lui ont&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[396],"auteur":[1571],"dossier":[507],"mode":[61],"revue":[632],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10286","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-art","auteur-alejandro-rojas-urrego","dossier-la-creation-et-ses-environnements","mode-gratuit","revue-632","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10286","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10286"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10286\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14345,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10286\/revisions\/14345"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10286"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10286"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10286"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10286"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10286"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10286"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10286"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10286"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10286"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}