{"id":10284,"date":"2021-08-22T07:31:41","date_gmt":"2021-08-22T05:31:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/eros-doloris-2\/"},"modified":"2021-09-19T21:51:35","modified_gmt":"2021-09-19T19:51:35","slug":"eros-doloris","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/eros-doloris\/","title":{"rendered":"Eros doloris"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>A la diff\u00e9rence des autres maladies, la vie est toujours mortelle et ne supporte aucun traitement. Soigner la vie ce serait vouloir boucher des orifices de notre organisme, en les consid\u00e9rant comme des blessures. A peine gu\u00e9ries, nous serions \u00e9touff\u00e9s.<footer>Italo Svevo, <em>La conscience de Zeno,<\/em> Folio, Gallimard<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les th\u00e9orisations de J.-B. Pontalis (\u00e0 la recherche de l\u2019<em>infans<\/em>, entre r\u00eave et douleur, au plus pr\u00e8s du corps maternel, dans le royaume interm\u00e9diaire&#8230;) t\u00e9moignent en partie de ce qu\u2019\u00e9taient le psychanalyste et l\u2019homme. Son \u0153uvre litt\u00e9raire, (<em>Perdre de vue<\/em>, <em>Un homme dispara\u00eet, Le dormeur \u00e9veill\u00e9, L\u2019enfant des limbes<\/em>&#8230;) est selon son expression une \u00ab&nbsp;autographie&nbsp;\u00bb (sans <em>bio<\/em> au milieu donc&nbsp;?) qui compl\u00e8te bien qu\u2019\u00e9videmment toujours imparfaitement le portrait de l\u2019artiste en \u00e9ternel jeune homme, tant il est vrai qu\u2019on \u00e9crit toujours sur la nostalgie de notre adolescence. Je vais essayer de dire quelques mots de cette belle et g\u00e9n\u00e9reuse \u0153uvre de ce merveilleux ami et ma\u00eetre&nbsp;; \u00ab&nbsp;quelques beaux pr\u00e9sents \u00e0 un bel absent&nbsp;\u00bb&nbsp;; aurait dit Georges Perec, \u00e0 partir des th\u00e9matiques propos\u00e9es dans ce colloque.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Douleur d\u2019exister<\/h2>\n\n\n\n<p>Je vais parler, non d\u2019une vulgaire rage de dents, mais de la douleur psychique et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de \u00ab\u00a0la douleur d\u2019exister\u00a0\u00bb, terme de J.-B. Pontalis emprunt\u00e9 \u00e0 Lacan, et qui n\u2019est pas, disons-le tout de suite, la douleur morale (il n\u2019y entre pas l\u2019ombre d\u2019une m\u00e9lancolie&#8230; peut-\u00eatre juste une grande peine), et me semble se rapprocher de la forme litt\u00e9raire (heureusement insuffisamment) \u00ab\u00a0n\u00e9vrotis\u00e9e\u00a0\u00bb, trop ou pas assez ma\u00eetris\u00e9e (se sentir ou ne pas se sentir \u00eatre, telle serait la question), de ce qui anime et d\u00e9sanime tout sujet en crise\u00a0: la terreur d\u2019exister. La terreur agonique sans nom de Bion, le d\u00e9semparement et le d\u00e9saide, l\u2019esseulement, le choix de l\u2019appellation est grand tant de nombreux auteurs l\u2019ont \u00e9voqu\u00e9 et l\u2019on pourra pr\u00e9f\u00e9rer selon sa sensibilit\u00e9 le tranchant de l\u2019<em>hiflosigkeit<\/em> de Freud ou le p\u00e2tir du <em>helplessness<\/em> de Winnicott. Terreur d\u2019exister, un terme vol\u00e9 \u00e0 Nietzsche et \u00e0 sa \u00ab\u00a0puissance d\u2019exister\u00a0\u00bb. D\u00e9buter dans la vie psychique selon la culture des \u00e9motions en \u00ab\u00a0vigueur\u00a0\u00bb dans le pays, o\u00f9 il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de na\u00eetre, par la puissance ou la terreur d\u2019exister\u00a0! Tout est l\u00e0 peut-\u00eatre et entre les deux, la douleur d\u2019exister est d\u2019abord et imm\u00e9diatement \u00ab\u00a0conservations du possible\u00a0\u00bb. Mais les rages de dents ne sont pas tant vulgaires qu\u2019inqui\u00e9tantes, aussi ne faut-il pas les m\u00e9priser\u00a0!? Freud n\u2019\u00e9voquait-il pas, dans une m\u00e9taphore plus que sensible, la douleur insupportable du \u00ab\u00a0trou noir\u00a0\u00bb dans une dent cari\u00e9e qui absorbait toute l\u2019\u00e9nergie psychique du sujet, le rendant litt\u00e9ralement fou en le vampirisant et lui retournant de l\u2019int\u00e9rieur ce qu\u2019il lui restait d\u2019esprit. Je me souviens de J.-B. m\u2019invitant \u00e0 lire\u00a0:\u00a0<em>Le jour o\u00f9 Beaumont fit connaissance avec sa douleur<\/em>, la premi\u00e8re nouvelle de J.-M.G. le Cl\u00e9zio<sup>1<\/sup>. G\u00e9rard Pirlot et Dominique Cupa rappellent que dans <em>L\u2019esquisse<\/em>, Freud \u00e9crit que la douleur bouleversait \u00ab\u00a0l\u2019organisation psychique elle-m\u00eame, quand elle \u00e9tait alors ce d\u00e9bordement de limites qui vont jusqu\u2019\u00e0 s\u2019invaginer dans l\u2019organisation psychique et cr\u00e9er une blessure dans celle-ci &#8211; son ombilic\u00a0?<sup>2<\/sup>\u00a0\u00bb. Je me souviens de J.-B., qui \u00e9voquant cette effraction interne, utilisait le mot d\u2019implosion et nous invitait \u00e0 relire <em>L\u2019ombilic des limbes<\/em> d\u2019Antonin Artaud. C\u2019est dire dans les deux cas et \u00e0 des degr\u00e9s divers et diff\u00e9rents, que nous sommes dans l\u2019en-de\u00e7\u00e0 du langage et <em>a fortiori<\/em> de la nomination, face au noyau opaque et dur de la douleur-terreur agonique, fait de l\u2019agr\u00e9gation bouillonnante d\u2019un conglom\u00e9rat d\u2019affects et de pr\u00e9-pr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait ici m\u00e9tapsychologiser&nbsp;; mais \u00e0 quoi bon, qui peut dire ce qu\u2019il y eut au commencement de la vie psychique (la douleur&nbsp;?, le plaisir&nbsp;?,\u2026 le commencement). Du commencement\u2026 tout le monde (en) est revenu et personne n\u2019a eu les mots justes pour dire ce qui eut lieu dans les limbes quand nous \u00e9tions plus en germe qu\u2019en conscience. Mais essayons quand m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le langage ne dit pas l\u2019essence des choses&nbsp;\u00bb (A. Green), l\u2019essence c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019origine\u2026.ce commencement \u00e0 jamais inconnu et qui est amen\u00e9 \u00e0 se perp\u00e9tuer. \u00ab&nbsp;Le mot est le meurtre de la chose&nbsp;\u00bb (J. Lacan), et si la chose est entendue dans son acceptation libidinale, on comprend pourquoi, plus on tend \u00e0 la d\u00e9finir jusqu\u2019\u00e0 parfois l\u2019inventer, et plus il manque quelque chose\u2026 et plus elle fait mal. Toute traduction et donc toute interpr\u00e9tation est donc (moins) une r\u00e9v\u00e9lation qu\u2019une trahison consentie et il faut bien constater \u00ab&nbsp;la d\u00e9faite compl\u00e8te des mots&nbsp;\u00bb (Beckett). La douleur d\u2019exister peut-elle trouver dans un mot, un lieu et une nomination (n\u2019est-ce jamais qu\u2019une formule&nbsp;?) ou ne sent-on pas in\u00e9luctablement sa dissolution en passant de la vie dans les mots, qui, l\u2019enganguent apr\u00e8s l\u2019avoir d\u00e9pulp\u00e9e, la neutralisant jusqu\u2019\u00e0 la rendre inerte? N\u2019est-ce pas proprement insultant de ne pas trouver le mot juste qui corresponde \u00e0 sa peine, et ne vaut-il pas alors mieux laisser parler le silence qui sied mieux aux grandes douleurs&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres termes, la lev\u00e9e du refoulement primaire, au plus pr\u00e8s de ces noyaux archa\u00efques de douleur, n\u2019aboutit pas \u00e0 retrouver quelque chose, mais \u00e0 r\u00e9\u00e9prouver et r\u00e9endurer dans une terreur sauvage l\u2019humiliation de l\u2019abandon g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019absence de l\u2019objet. Humiliation est un mot encore trop affut\u00e9 d\u2019affect pour tenter de dire\u2026 quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>&#8211; <em>la premi\u00e8re rencontre avec le vide en soi en \u00e9cho \u00e0 l\u2019absence de l\u2019objet.<\/em><br>&#8211; <em>la premi\u00e8re chambre d\u00e9couverte en et \u00e0 soi de Virginia Woolf<\/em>,<br>&#8211; <em>la pi\u00e8ce manquante du puzzle de soi, au soir de sa vie, de Georges Perec<\/em>,<br>&#8211; <em>la chambre toujours demeur\u00e9e vide et o\u00f9 pourtant se d\u00e9ployait la vie priv\u00e9e dans l\u2019appartement de Henri James<\/em>,<br>&#8211; <em>le petit n\u00e9ant personnel de Jean-Paul Sartre<\/em>,<br>&#8211; <em>le rien n\u2019aura eu lieu que le lieu de St\u00e9phane Mallarm\u00e9.<\/em>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>On ne retrouve rien, et on colmate tout de suite ce vide, dans l\u2019actuel du r\u00e9el par le mot qui supprime la chose en (se) la racontant, l\u2019anesth\u00e9siant, de tant l\u2019encorbellir en l\u2019appelant cafard, m\u00e9lancolie, ou <em>saudade<\/em>. Ah l\u2019auto-calmant du mot juste, sur les berges du trou blanc de la m\u00e9moire&nbsp;: le blanc, la couleur du deuil la plus opaque. Autrement dit encore&nbsp;: lors de ce retour en arri\u00e8re, au moment cl\u00e9 de la lev\u00e9e du refoulement primaire, le sujet rencontre immanquablement ses terreurs agoniques sans nom, celles l\u00e0 m\u00eames qui ont t\u00e9moign\u00e9 dans l\u2019enfance de l\u2019absence de l\u2019objet tuteur qui aurait pu lui insuffler un sentiment d\u2019exister (objet qui n\u2019a jamais et ne sera jamais aussi pr\u00e9sent que dans son absence), de l\u2019absence de transmission d\u2019un affect que l\u2019objet sait ne pas savoir ou ignore d\u2019ignorer (alexithymie), ou de la transmission d\u2019un affect que l\u2019objet ne sait que trop savoir et qu\u2019il ne parvient pas \u00e0 ma\u00eetriser (fantasmes mortif\u00e8res).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Freud<sup>3<\/sup>, \u00ab&nbsp;La douleur est assimilable \u00e0 un trou dans les investissements narcissiques des objets d\u2019attachement, elle viendrait en lieu et en place de l\u2019angoisse quand celle-ci ne peut \u00eatre affectivement v\u00e9cue&nbsp;\u00bb. Mais l\u2019on sait que l\u2019attachement, pour peu qu\u2019on n\u2019oublie pas que c\u2019est la libido et l\u2019affect qui en sont le <em>medium<\/em> et la s\u00e8ve, joue des \u00ab&nbsp;tours de folie&nbsp;\u00bb&nbsp;: le besoin de s\u00e9curit\u00e9 s\u2019oppose au d\u00e9sir de libert\u00e9 et si le plaisir unifie et la douleur dissocie, tout toujours est affaire de d\u00e9cor et d\u2019intensit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour G. Pirlot<sup>4<\/sup>, dans une heureuse formulation, c\u2019est ainsi que certaines douleurs, \u00ab&nbsp;plient la subjectivit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;dans le sens d\u2019une passion de la non-s\u00e9paration&nbsp;\u00bb, avec comme corr\u00e9lats pour le sujet, plusieurs impossibilit\u00e9s fondamentales&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>De se s\u00e9parer du corps souffrant&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait mal, c\u2019est moi&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>,<\/li><li>De se s\u00e9parer de l\u2019imago de l\u2019objet absent, non de l\u2019objet mais de son aura pervertie ou effac\u00e9e par les auto-\u00e9rotismes,<\/li><li>De se s\u00e9parer de la libido narcissique investie dans le commerce avec l\u2019objet&nbsp;: \u00e9ternellement en attente de r\u00e9paration et de reconnaissance,<\/li><li>De symboliser, m\u00e9taphoriser ce qui d\u00e9borde (effraction et\/ou excitation non li\u00e9e) dans la psych\u00e9.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Pour J.-B. Pontalis<sup>6<\/sup>, le trou freudien c\u2019est le <em>gap<\/em> winnicottien, et il rapporte que \u00ab&nbsp;<em>The gap<\/em>&nbsp;\u00bb, la lacune, le blanc sont plus r\u00e9els que les mots, les souvenirs, les fantasmes qui tentent de les recouvrir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce blanc n\u2019est pas le gomm\u00e9, l\u2019effac\u00e9 de la censure, le latent du manifeste, il est dans sa pr\u00e9sence-absence, t\u00e9moin d\u2019un non-v\u00e9cu (\u00ab\u00a0un inceste qui n\u2019a pas eu lieu\u00a0\u00bb) et qui impose une qu\u00eate \u00e0 la fois avide et \u00e0 vide, appel aussi \u00e0 le faire reconna\u00eetre pour la premi\u00e8re fois, et ce de mani\u00e8re compulsive, (\u2026) \u00e0 entrer enfin en relation avec lui afin que ce qui n\u2019avait pas pu prendre sens puisse prendre vie&nbsp;\u00bb. Dans ce trou, dans ce <em>gap<\/em>, dans cette discontinuit\u00e9, se trouve \u00ab&nbsp;<em>the privacy of the self<\/em>&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;soi cach\u00e9&nbsp;\u00bb de M. Khan, le rapport de soi \u00e0 soi, dans une vie qui est absence, quand le rapport de soi \u00e0 l\u2019objet est d\u00e9faillant. Ce que l\u2019on sait de soi et que l\u2019on ne dit \u00e0 personne, peut-\u00eatre pas m\u00eame \u00e0 son conjoint ou \u00e0 son analyste,\u2026 ce qui est la douleur la plus priv\u00e9e, la plus vraie, la moins sociale\u2026 qui ne s\u2019exsude parfois que dans un soupir, un geste, un regard, un \u00e9crit (l\u2019art de chevaucher cette discontinuit\u00e9)\u2026 la douleur d\u2019exister\u2026 c\u2019est-\u00e0-dire la douleur de ne pouvoir \u00eatre que soi, et que \u00e7a ne comble pas l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais foin de m\u00e9tapsychologie, disons-le mieux avec Flaubert, \u00ab&nbsp;La parole humaine est comme un chaudron f\u00eal\u00e9 o\u00f9 nous battons des m\u00e9lodies \u00e0 faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les \u00e9toiles&nbsp;\u00bb. La densit\u00e9 de cette phrase est faite de l\u2019alchimie modestement morbide de l\u2019enfant qui a besoin du secours \u00e9clatant des larmes pour mieux percevoir l\u2019\u00e9toile maternelle, et que miroir int\u00e9rieur et miroir ext\u00e9rieur alors se refl\u00e8tent. Mais les psychanalystes sont des enfants qui ne pleurent plus\u2026et que voil\u00e0 donc un d\u00e9fi pour J.-B. psychanalyste et <em>scriptor\u2026&nbsp;!!! words, words, words and non tears<\/em>&nbsp;!!! face au silence de l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Une derni\u00e8re association, pour dire \u00e0 nouveau que la rage de dents, au-del\u00e0 du fait qu\u2019elle pourrait nous amener \u00e0 tuer quelqu\u2019un et en-de\u00e7\u00e0 du symbole de castration et de s\u00e9paration qu\u2019elle porte en elle, me semble signifiante d\u2019une douleur massivement li\u00e9e au sentiment de perte et au v\u00e9cu d\u2019abandon. Une douleur qui ne nous quitte pas est en effet une douleur originaire. Elle nous a \u00e9t\u00e9 et nous est devenue consubstantielle, nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s \u00e0 une certaine \u00e9ducation des \u00e9motions lors de certains accidents, o\u00f9 cette douleur toujours pr\u00e9sente a fini par nous \u00eatre \u00e9trangement inqui\u00e9tante car famili\u00e8re. Nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9e une premi\u00e8re fois, c\u2019est celle de la premi\u00e8re s\u00e9paration qui, dans les bons cas, s\u2019est transform\u00e9e en nostalgie tendre (auto-\u00e9rotismes nourris de l\u2019objet) et dans les mauvais cas, est la reviviscence d\u2019un arrachement dans la d\u00e9tresse&nbsp;: un homme dispara\u00eet car il a \u00e9t\u00e9 perdu de vue, en \u00e9cho-miroir de la disparition de l\u2019objet. Regret souriant, ou remord accablant donc pour les figures extr\u00eames. Et puis pour tous les autres cas toujours si singuliers\u2026 du plus n\u00e9vrotique au plus archa\u00efque en passant par la m\u00e9lancolie, il ne suffira pas de d\u00e9cliner les synonymes de s\u00e9paration pour en cerner les contours&nbsp;: d\u00e9privation, d\u00e9membrement, division, d\u00e9composition, d\u00e9figuration\u2026 La douleur dont on ne gu\u00e9rit pas, celle qui se manifeste par un attachement rageur, un agrippement passionnel \u00e0 l\u2019objet dans la douleur\u2026 le \u00ab&nbsp;j\u2019ai mal \u00e0&nbsp;\u00bb, est celle qui t\u00e9moigne moins d\u2019un attachement que d\u2019un avortement\u2026 d\u2019un l\u00e2chage ou d\u2019un abandon, \u00ab&nbsp;Les lacunes sont ma base de d\u00e9part, mon impuissance est mon origine<sup>7<\/sup>\u00bb. Celle qui signifie que quelque chose a exist\u00e9 mais n\u2019a pas eu lieu d\u2019\u00eatre (d\u00e9finition de l\u2019absence), ne permettant pas que quelque chose chez le sujet advienne \u00ab&nbsp;creux au-dedans de moi, sans avant ni apr\u00e8s&nbsp;\u00bb (F. Pessoa), \u00ab&nbsp;la d\u00e9faite sans avenir&nbsp;\u00bb (A. Rimbaud), le laissant accroch\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9nigme de ce silence\u2026 la nostalgie des choses que l\u2019on n\u2019a pas, connue de Ferenczi, t\u00e9moin de cette affection cruelle de l\u2019\u00e2me qu\u2019est l\u2019absence. C\u2019est elle qui fait que le temps ne passe pas (J.-B.), tant le sujet revit en permanence (fondu encha\u00een\u00e9) le pass\u00e9 au pr\u00e9sent, \u00e9prouve et endure un pr\u00e9sent qui file vers le pass\u00e9. Pourquoi le temps qui efface tout n\u2019efface-t-il pas la douleur&nbsp;? Parce que \u00ab&nbsp;le deuil est plein de temps, rien d\u2019autre que du temps<sup>8<\/sup>\u00bb du temps \u00e0 attendre une r\u00e9ponse de l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u00e0 \u00e0 lire et relire J.-B. Pontalis, le vertige de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 commence \u00e0 nous prendre&nbsp;; il parle moins (trop pudique) de sa douleur \u00e0 lui que de la douleur de ses proches et de celle de ses patients, comme si celle-ci \u00e9tait plus que sienne. Cet homme l\u00e0 est bougrement sympathique&nbsp;: psychanalyste percevant, dans sa d\u00e9tresse m\u00eame, la douleur du sujet pour qui l\u2019objet s\u2019absente fusse pour le prot\u00e9ger, il veille \u00e0 ne pas le perdre de vue&nbsp;: \u00ab&nbsp;je l\u2019ai retrouv\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019\u00e9tait pas (o\u00f9 il se perdait)&nbsp;\u00bb disait J.-B. \u00e0 propos de son patient. Mais apr\u00e8s avoir lou\u00e9 sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, nous aurions interrog\u00e9 aujourd\u2019hui J.-B. sur un point sensible&nbsp;: cette douleur d\u2019exister qui ne trouve pas ou plus d\u2019objet o\u00f9 se poser, ou de mots pour l\u2019envelopper, ne se gonfle-t-elle pas alors de ces anticipations morbides, et ne risque-t-elle pas de verser dans la d\u00e9mesure, d\u00e9mesure de ne pas \u00eatre accord\u00e9 \u00e0 l\u2019objet&nbsp;? Elle ferait alors d\u2019autant plus mal qu\u2019elle d\u00e9borderait les capacit\u00e9s du moi. Sauf \u00e0 penser une \u00e9volution perverse&nbsp;: la source d\u2019excitation interne continue non li\u00e9e, g\u00e9n\u00e9rant des fantasmes sadiques. Bataille absent chez J.-B. ou pourquoi faut-il se <em>shooter<\/em> au malheur quand on a \u00e9t\u00e9 trop t\u00f4t \u00e9lev\u00e9 aux accidents et que le bonheur ne nous dit toujours rien, car il ne nous a jamais rien dit. En d\u00e9finitive et pour en finir avec le mal de dents&nbsp;: un chagrin peut-il \u00eatre d\u2019autre chose que d\u2019amour perdu&nbsp;? Jacques Brel ne chantait-il pas \u00ab&nbsp;nos amours qui ont mal aux dents&nbsp;\u00bb et ne se r\u00e9jouissait-il pas qu\u2019apr\u00e8s la mort enfin, nous n\u2019aurions plus mal aux dents.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Gu\u00e9rison d\u2019une ontalgie<\/h2>\n\n\n\n<p>Et pour passer maintenant du th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de ce colloque (la douleur) au th\u00e8me de cette table ronde, la gu\u00e9rison, disons d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il faut mettre des guillemets \u00e0 ce mot, faute de conna\u00eetre un autre terme plus appropri\u00e9 aux sorties de cure. J.-B. affirme sans cesse dans ses \u00e9crits qu\u2019il ne veut pas gu\u00e9rir de cette douleur d\u2019exister, de cette ontalgie (terme invent\u00e9 par Raymond Queneau qui le trouvait \u00ab&nbsp;plus chic que maladie existentielle&nbsp;\u00bb). Nulle complaisance plus ou moins sadomasochique, dans cette position, mais quelques fortes convictions litt\u00e9raires (une foi&nbsp;?) que je partage&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>l\u2019amour comme la douleur sont au commencement, et c\u2019est heureux dans les deux cas\u2026aveuglants. Coup de foudre et coup de tonnerre dans un ciel qu\u2019on croyait serein, mais qui \u00e9tait en fait depuis longtemps nuageux&nbsp;: il \u00e9tait temps de tomber amoureux pour ne pas tomber malade et inversement&nbsp;; on devrait s\u2019arr\u00eater l\u00e0 avec J.-B.\u2026 \u00e0 l\u2019amour des commencements\u2026 mais poursuivons&nbsp;;<\/li><li>le chagrin dure plus longtemps que l\u2019amour&nbsp;;<\/li><li>l\u2019amour devient insignifiant\u2026 la douleur devient sursignifiante&nbsp;;<\/li><li>la \u00ab&nbsp;vraie&nbsp;\u00bb rencontre avec l\u2019objet et avec soi se ferait dans la douleur qui elle ne mentirait pas&nbsp;? La douleur, mais aussi ses variantes affectives, la haine et la jalousie qui \u00e0 la faveur de la distance qu\u2019ils s\u2019obligent \u00e0 mettre entre l\u2019objet et eux s\u2019av\u00e9reraient de meilleures lunettes sentimentales. Mais \u00e0 cette distance-l\u00e0 est-ce vraiment encore l\u2019objet&nbsp;?\u2026 et qu\u2019est-ce qui est plus aveuglant, qui comble le plus l\u2019\u00e9cart narcissico-objectal, la haine ou l\u2019amour&nbsp;? L\u00e0 encore nous aurions interrog\u00e9 J.-B.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Bref s\u2019appuyant sur Proust, il pose \u00e0 sa mani\u00e8re qu\u2019il y a dans la douleur plus de psychologie que dans la psychologie&nbsp;; que certaines choses ne peuvent \u00eatre comprises que dans l\u2019acceptation d\u2019une immersion m\u00e9lancoliforme au plus profond de soi (<em>Les bienfaits de la d\u00e9pression<\/em> de Pierre Fedida) o\u00f9 le sujet reconna\u00eet l\u2019objet, rena\u00eet \u00e0 lui et \u00e0 soi en le comm\u00e9morant, en faisant comme le mort. Mais, enferm\u00e9 dans le huis clos de la crypte avec l\u2019ombre de l\u2019objet, il doit pourtant sortir vainqueur du d\u00e9senchantement comme du r\u00e9enchantement (Ulysse, Orph\u00e9e) en \u00ab&nbsp;transformant la douleur du marteau qui frappe, non en pri\u00e8re-litanie, mais en chant&nbsp;\u00bb (Lautr\u00e9amont). Je me souviens que J.-B. adorait le film <em>Peter Ibbetson<\/em> (1935) de Henry Hathaway, d\u2019apr\u00e8s Georges du Maurier o\u00f9 Gary Cooper hallucinait au fond de sa prison le retour de son aim\u00e9e Ann Harding\u2026 et la retrouvait \u00ab&nbsp;vraiment&nbsp;\u00bb dans ses r\u00eaves. Il y aurait donc un absolu, une v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 ne pas faire le deuil de, \u00e0 accepter plut\u00f4t en soi le travail douloureux du deuil, de passivement (capacit\u00e9 d\u2019accueil en soi) \u00e9prouver, de ressentir, de p\u00e2tir, de souffrir de\u2026 \u00c0 esp\u00e9rer comme <em>Monsieur Teste<\/em>, encore lui, que \u00ab&nbsp;ma douleur trouverait l\u2019appareil qui l\u2019eut chang\u00e9 en connaissance&nbsp;\u00bb. Co-na\u00eetre, c\u2019est-\u00e0-dire na\u00eetre avec, pas seulement comprendre, c\u2019est-\u00e0-dire prendre avec. Attention, pas de m\u00e9prise, nulle apologie ici de l\u2019enfermement m\u00e9lancolique et de l\u2019asphyxie du sujet dans un circuit ferm\u00e9 selon un syst\u00e8me autarcique ou dans le huis clos sans oxyg\u00e8ne de la crypte o\u00f9 il ne peut respirer que la triste solitude de l\u2019objet&nbsp;! On sait qu\u2019au bout du bout de la douleur morale dans la jouissance d\u2019un fantasme d\u2019union morale absolue avec l\u2019objet, il y a cette dr\u00f4le de forme de fuite de la douleur qu\u2019est le suicide, court-circuit de la d\u00e9pression, ultime antalgique de l\u2019\u00e2me et anti-s\u00e9parateur absolu&nbsp;: l\u2019univers changera mais pas moi\u2026je pars avec, je rejoins. Il faut \u00eatre aussi \u00ab&nbsp;fou&nbsp;\u00bb de sa douleur que Lautr\u00e9amont pour \u00ab&nbsp;interdire au suicide de cicatriser ses plaies&nbsp;\u00bb. Mais attention aussi aux fausses sorties rapides dans une gait\u00e9 enfin lib\u00e9r\u00e9e de veuf ou veuve joyeuse&nbsp;! Le bonheur n\u2019est pas gai, mais grave et profond disait Maupassant. Rester vivant dans la d\u00e9pressivit\u00e9, maintenir vibrante son activit\u00e9 fantasmatique pour rester vivant, y faire revenir l\u2019objet pour ne pas perdre l\u2019amour&nbsp;; on per\u00e7oit bien qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici \u00ab&nbsp;d\u2019une m\u00e9lancolie opaque, mais d\u2019un voile d\u2019infimes particules d\u2019humeurs et de sensations, une pulv\u00e9rulence d\u2019atomes, comme tout ce qui constitue la substance ultime de la diversit\u00e9 des choses&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on osait avec Apollinaire (\u00ab&nbsp;je t\u2019aime\u2026 mais\u2026 \u00e0 peine&nbsp;\u00bb\u2026)&nbsp;: \u00e0 peine l\u2019ombre d\u2019une m\u00e9lancolie. J.-B. Pontalis dans deux de ses articles, <em>La gu\u00e9rison&nbsp;: une id\u00e9e incurable<\/em>, et <em>L\u2019intraitable<\/em> o\u00f9 il \u00e9voque un autre alter-ego, Louis-Ren\u00e9 Des For\u00eats et son livre <em>Ostinato<\/em>, dit avec \u00e9nergie son inqui\u00e9tude et son m\u00e9pris vis-\u00e0-vis de la \u00ab&nbsp;fuite dans la gu\u00e9rison&nbsp;\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire la re-construction en faux-self, d\u2019une personnalit\u00e9 <em>as-if<\/em>, au moi soigneusement recouvert d\u2019un courant conformiste, le temp\u00e9rament alexithymis\u00e9 pour se garder de toute effraction pulsionnelle li\u00e9e \u00e0 des sollicitations internes ou externes&nbsp;; le caract\u00e8re hypernomis\u00e9 (qui se confond avec son statut, son image,). Une vie qui ne serait qu\u2019une existence qui ferait avec\u2026, un personnage qui ferait passer (une identit\u00e9 d\u2019emprunt ou de compensation) jusqu\u2019\u00e0 finir par devenir la machine humaine que craignait son maitre Merleau-Ponty. J.-B. ne veut pas \u00eatre trait\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire maltrait\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire aujourd\u2019hui rem\u00e9di\u00e9, psycho-\u00e9duqu\u00e9, r\u00e9habilit\u00e9, il veut \u00eatre soign\u00e9 et accepte le pari et le prix du jeu dangereux qu\u2019est l\u2019aventure philosophique et psychanalytique (Merleau-Ponty, Sartre, Lacan)<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Dangereux parce que l\u2019on ne sait jamais jusqu\u2019o\u00f9 la r\u00e9gression peut nous amener. Jusqu\u2019\u00e0 la douleur morale la plus aigue de la m\u00e9lancolie&nbsp;: une affectation de la perte des affects perdus ou mieux avec Flaubert \u00ab&nbsp;un souvenir qui s\u2019ignore&nbsp;\u00bb, le sujet ne se souvenant plus que d\u2019une seule chose&nbsp;; de la certitude qu\u2019il a oubli\u00e9 quelque chose d\u2019essentiel pour lui, un vide constitutif.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Aventure o\u00f9 l\u2019on ne promet jamais la gu\u00e9rison (Freud \u00e0 Jung, \u00ab&nbsp;ne les laissez pas penser que vous allez les gu\u00e9rir&nbsp;\u00bb) parce que l\u2019on sait qu\u2019elle est un \u00ab&nbsp;gain marginal&nbsp;\u00bb (Freud), \u00ab&nbsp;qu\u2019elle ne vient que de surcroit&nbsp;\u00bb (sur-croyance&nbsp;? Lacan). L\u2019\u00e9conomique et le religieux ont toujours partie li\u00e9e avec la ma\u00eetrise&nbsp;!! Mais en ajoutant que c\u2019est tout comme la maladie elle-m\u00eame toujours issue d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre, et que la gu\u00e9rison advient avec le r\u00e9\u00e9quilibre qui permet \u00e0 la vie de faire son retour et de stopper la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition. On ne gu\u00e9rit pas, on se rassemble pour finir par se ressembler, on ne retrouve pas sa personnalit\u00e9, on la trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>J.-B. se m\u00e9fie tout autant de l\u2019envers de la fuite dans la gu\u00e9rison \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;la r\u00e9action th\u00e9rapeutique n\u00e9gative&nbsp;\u00bb o\u00f9 le sujet s\u2019accroche \u00e0 son indicible malheur, son ineffable et extraordinaire douleur, qu\u2019il ne consent pas \u00e0 \u00e9changer contre une vulgaire \u00ab&nbsp;mis\u00e8re ordinaire&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>. Avec plus ou moins la complicit\u00e9 du psychanalyste dans un transfert-contre transfert mal ma\u00eetris\u00e9 o\u00f9 les interpr\u00e9tations, cr\u00e9atrices d\u2019un sens plaqu\u00e9 face \u00e0 l\u2019h\u00e9morragie du hors sens et de l\u2019inou\u00ef, ne font que justifier la p\u00e9rennit\u00e9 des sympt\u00f4mes\u2026 permettant que rien ne change&nbsp;: prix \u00e0 payer pour\u2026 toujours et encore\u2026 ne pas se s\u00e9parer\u2026 Reli\u00e9 dans le transfert comme autrefois par le chouinement, les g\u00e9missements, la plainte qui ne parvient pas \u00e0 \u00eatre chant.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait d\u00e9velopper ici ce qui verrouille cette r\u00e9action th\u00e9rapeutique n\u00e9gative&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>les am\u00e9nagements pervers&nbsp;: Flaubert disait que \u00ab&nbsp;la tristesse est un vice&nbsp;\u00bb, Proust que \u00ab&nbsp;le vice est l\u2019\u00e9rotisation du chagrin&nbsp;\u00bb et je ne sais plus lequel des deux que \u00ab&nbsp;le chagrin est une drogue dure&nbsp;\u00bb. Nous sommes au c\u0153ur de notre sujet qui justifie son titre (<em>Eros Doloris<\/em>) que l\u2019on pourrait sous-titrer&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a me fait plaisir \u00e0 force de me faire mal&nbsp;\u00bb, sujet dont la conclusion se r\u00e9sumerait \u00e0 \u00ab&nbsp;A voir certains drogu\u00e9s en analyse ne pas dessaouler de douleur, on se demande parfois o\u00f9 finit la peine et o\u00f9 commence la punition&nbsp;\u00bb. La douleur psychique, on le sait, s\u2019immisce dans le sexuel par la voie du sadomasochisme. Mais Benno Rosenberg nous a appris que fixer la douleur dans le sexuel, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 vouloir gu\u00e9rir et \u00e0 ce titre que le masochisme est gardien de la vie. Mais le masochiste enjou\u00e9 au d\u00e9but (\u00ab&nbsp;j\u2019ai donn\u00e9 un nom \u00e0 ma douleur\u2026 je l\u2019ai appel\u00e9, chien. Elle m\u2019ob\u00e9it et je m\u2019en amuse&nbsp;\u00bb. F. Nietzsche.) devenant quelque peu m\u00e9lancolique sur la fin, ne finit-il-pas par conclure qu\u2019il n\u2019y a d\u2019amour v\u00e9ritable que dans la douleur, laissant entendre <em>via<\/em> celle-ci m\u00eame que l\u2019amour est \u00e0 la fois fr\u00e8re de la mort et rempart contre elle. Plus prosa\u00efquement que le sexe est un perce-douleur ou un tueur de douleur et que c\u2019est \u0153il pour \u0153il, dent contre dent, excitation liante endorphinique contre excitation dissolvante. Et m\u00eame sous-tendant cette activit\u00e9 sexuelle, n\u2019y aurait-il pas peu ou prou \u00e0 l\u2019origine de toute cr\u00e9ation un fantasme sadique\u2026 quelques petites \u00ab&nbsp;salet\u00e9s m\u00e9lancoliques&nbsp;\u00bb&nbsp;: nous avions interrog\u00e9 l\u2019attrait de J.-B. pour les faits divers, pour lesquels il avait une si grande \u00ab&nbsp;complaisance&nbsp;\u00bb amus\u00e9e\u2026 toute litt\u00e9raire.<\/li><li>La perversit\u00e9 moins (ou plus) classique (tous les go\u00fbts comme tous les d\u00e9go\u00fbts sont dans la nature) que constitue la recherche de la saintet\u00e9. Exalter sa douleur jusqu\u2019au sacrifice de soi&nbsp;! Mais sacrifice \u00e0 qui ou \u00e0 quoi&nbsp;? pour jouir de quoi&nbsp;? ou \u00e9viter qui&nbsp;? pour ceux qui peuvent s\u2019en d\u00e9gager quelque peu pour se poser ces questions. M. Little<sup>11<\/sup> comprenait bien qu\u2019\u00eatre clou\u00e9 sur une croix lui permettait de se sentir tenue en fixant sa douleur. Mais on peut aussi penser avec Simone Weil qu\u2019il y aurait un au-del\u00e0 de la douleur\u2026 une transcendance. \u00ab&nbsp;La saintet\u00e9 de la <em>mater dolorosa<\/em> jouissant de son sacrifice et qui ne se console que d\u2019avoir tant de malheur&nbsp;\u00bb. Le malheur lui devenant consubstantiel&nbsp;: qui a (\u2026qui est) la m\u00eame substance\u2026 que Dieu. Rappelons pour finir la d\u00e9finition \u00e9conomique du Sto\u00efcisme selon G. K. Huysmans&nbsp;: soit en finir, soit entrer en religion\u2026 avec au choix comme moyen, le bordel ou l\u2019\u00e9glise, le sexe ou Dieu.<\/li><li>Il y a une troisi\u00e8me voie pourtant quand cet affect douloureux n\u2019a pas trouv\u00e9 de lieu (d\u2019autre objet) o\u00f9 se poser, quand il ne se satisfait plus de sa dissolution sous forme de transe voire d\u2019\u00e9tat orgasmique dans la douleur physique, (douleur qui a l\u2019avantage d\u2019\u00eatre op\u00e9r\u00e9e par quelqu\u2019un d\u2019autre et de ne plus venir accidentellement de l\u2019int\u00e9rieur), quand cette douleur ne satisfait plus le narcissisme dans la gloriolisation du sacrifice de soi\u2026 alors on sait qu\u2019elle peut rebrousser dans le corps pour prot\u00e9ger la psych\u00e9 d\u2019une implosion et g\u00e9n\u00e9rer une hypocondrie douloureuse (le corps et l\u2019\u00e2me confondus dans un seul organe d\u2019\u00e9rection souffrante). Voire plus profond\u00e9ment une d\u00e9sorganisation psychosomatique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon individualit\u00e9 consiste en la souffrance que j\u2019\u00e9prouve (\u2026). Le mot calme a aussi pour moi un aspect inqui\u00e9tant et sinistre. Le calme est tellement tranquille (et je ne con\u00e7ois pas cela comme un mot d\u2019esprit mais plut\u00f4t dans un sens lyrique comme une forme de tristesse). Qui dit calme, dit presque toujours le calme du tombeau<sup>12<\/sup>\u00bb.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Alors face \u00e0 tant de dangers pourquoi certains se refusent-ils \u00e0 faire ce que toute psychanalyse recommande, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab&nbsp;b\u00eatement<sup>13<\/sup>&nbsp;\u00bb sublimer. Ah&nbsp;! sublimer, cette dr\u00f4le de nouvelle forme de confession d\u2019\u00e9ternelles envies et de vieilles haines cuites et recuites, dans le fameux chaudron f\u00eal\u00e9 de Flaubert, \u00e0 force d\u2019\u00eatre sans cesse m\u00e9dit\u00e9es et aussit\u00f4t refoul\u00e9es. Confession toujours et encore forc\u00e9ment narcissique et qui miraculeusement cependant devrait \u00eatre non seulement cathartique, mais aussi source de transsubstantation-mutation-maturation en une \u00ab&nbsp;belle v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb truff\u00e9e de compromis consentis. La r\u00e9ponse n\u2019est pas tant pour certains la complaisance perverse, mais le fait que constitutionnellement (temp\u00e9rament et\/ou biographie traumatique)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Ce qui \u00e0 peine \u00e9rafle le cuir des uns, effracte la trop fine peau de dentelle hypersensible des autres.<\/li><li>Certains \u00e9prouvent avec plus de force et d\u2019authenticit\u00e9 la douleur que le plaisir&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu me tues\u2026tu me fais du bien&nbsp;\u00bb, voire ont besoin d\u2019elle pour se r\u00e9animer.<\/li><li>Certains manquent singuli\u00e8rement de cet anti-douleur qui est l\u2019imaginaire.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Sur la question de la sublimation que J.-B. aurait bien voulu corriger dans son fameux vocabulaire tout comme il voulait y introduire l\u2019entr\u00e9e \u00ab&nbsp;Jeu&nbsp;\u00bb, et quelques r\u00e9flexions. Si tant est que la transsubstantiation de la chair au verbe<sup>14<\/sup> et des solides en gaz ne soit pas une illusion religieuse, il reste \u00e0 d\u00e9couvrir la voie alchimique autrement d\u00e9licate en ce qu\u2019elle supposerait une possible transmutation de la personnalit\u00e9 elle-m\u00eame, telle que le sujet, sans prendre trop de risques, changerait et se verrait parer quasi miraculeusement de nouveaux syst\u00e8mes de d\u00e9fense pr\u00eats \u00e0 l\u2019emploi. En tout \u00e9tat de cause avec la sublimation le sujet risque de mourir, avec une situation et une mine superbe, juste au moment o\u00f9 nous avions le sentiment de l\u2019avoir \u00ab&nbsp;gu\u00e9ri&nbsp;\u00bb, tant il a perdu dans l\u2019affaire en repr\u00e9sentation (ce n\u2019est pas \u00e7a, \u00e7a n\u2019est qu\u2019un milli\u00e8me de ce que je voulais repr\u00e9senter) et en jouissance (la beaut\u00e9 de sa cr\u00e9ation psychique ne compensant pas la perte en satisfaction de l\u2019\u00e9prouv\u00e9 ant\u00e9rieur). Alors qu\u2019avec la n\u00e9vrose et quelques petits am\u00e9nagements pervers (qui plus est de plus en plus socialement accept\u00e9s) il pourrait fantasmer en huis clos et jouir frauduleusement. Surtout avec Italo Calvino<sup>15<\/sup>, n\u2019oublions pas que dans l\u2019op\u00e9ration analytique, comme pour toute intervention sur l\u2019humain, \u00ab&nbsp;chacun est fait de ce qu\u2019il a v\u00e9cu et personne ne peut lui enlever cela. Qui a v\u00e9cu en souffrant reste fait de sa souffrance. Si on pr\u00e9tend lui enlever, ce n\u2019est plus lui&nbsp;\u00bb. Alors quoi&nbsp;? la consolation avec Saint-Augustin&nbsp;? S\u00fbrement pas&nbsp;! elle n\u2019aurait pas plu \u00e0 J.-B. Jamais de religion\u2026 pas m\u00eame celle du d\u00e9sespoir&nbsp;! Alors quoi\u2026 faut-il d\u00e9sesp\u00e9rer&nbsp;? Le scepticisme n\u2019est pas le pessimisme, il n\u2019emp\u00eache pas d\u2019entreprendre\u2026 bien au contraire\u2026 il oblige.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse est simple, \u00e9vidente. Si la douleur psychique est li\u00e9e \u00e0 la s\u00e9paration, alors le rem\u00e8de\u2026 le traitement, le r\u00e9tablissement mais non la gu\u00e9rison, est la rencontre\u2026qui se doit d\u2019\u00eatre aussi vaste que le trou de la s\u00e9paration. Et il n\u2019y a gu\u00e8re de hasard chronologique de la rencontre tant il faut parfois tomber amoureux pour \u00e9viter de tomber malade. Pour autant comment se faire une famille de hasard et renoncer \u00e0 la famille refuge, sans craindre que ses amours ne se d\u00e9composent\u00a0? L\u00e0 est le risque de toute odyss\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Voyager\u2026 aller aimer\u2026 et souffrir<sup>16<\/sup> ailleurs&nbsp;! Rencontrer quelqu\u2019un qui puisse orienter votre douleur vers des endroits \u00e0 vous inconnus o\u00f9 elle s\u2019apaise et se magnifie de simplement ne pas \u00eatre contenue ou exacerb\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il y a \u00e9videmment des voyages immobiles sur des divans&nbsp;: l\u2019analyse bien conduite, celle qui retourne la m\u00e9moire, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019animation r\u00e9trospective des traces m\u00e9morielles par un nouveau souffle et le rendu intelligible d\u2019ant\u00e9riorit\u00e9s survivantes non traduites, celle qui favorise une meilleure circulation psychique et la possibilit\u00e9 amplifi\u00e9e d\u2019un travail de liaison, s\u2019a\u00e9rer, diminuer l\u2019excitation et retrouver un flux, un mouvement, une cadence, un rythme\u2026 trace vivante de ce que nous f\u00fbmes avant le ralentissement jusqu\u2019\u00e0 l\u2019immobilisation impos\u00e9e par la violence de la douleur\u2026\u00e7a n\u2019est pas rien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il y a aussi des voyages immobiles sur des langues de papiers. J.-B. a souffert tr\u00e8s t\u00f4t de \u00ab&nbsp;la maladie litt\u00e9raire&nbsp;\u00bb, cette maladie du r\u00eave et du souvenir, de la lecture et de l\u2019\u00e9criture, qui permet de se donner des nouvelles de soi dans la solitude et c\u2019est donc toute la question de la narrativit\u00e9 sans pour autant se payer de mots. Se raconter des histoires mais des histoires vraies pour faire pendant aux repr\u00e9sentations fausses que la vie vous survend. La m\u00e9lancolie mais au sens litt\u00e9raire du terme, comme rem\u00e8de \u00e0 la pesanteur de la tristesse. En d\u2019autres termes avec G. Steiner dans <em>Errata<\/em><sup>17<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;la douleur peut-elle passer dans l\u2019insubstantielle \u00e9ternit\u00e9 de la fiction&nbsp;\u00bb, dans le miracle de l\u2019art o\u00f9 nous renaissons plus rarement que nous ne mourons. <em>Eros<\/em> non charnel, mais spirituel\u2026 te retrouver, t\u2019aimer encore\u2026 ailleurs dans l\u2019\u00e9criture et les livres. Et si je peux lever les yeux du livre, r\u00eaver encore\u2026 est-ce toi&nbsp;? est-ce moi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En guise de conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Au commencement \u00e9tait le gag\u00a0\u00bb aimait \u00e0 dire Paul Val\u00e9ry. \u00ab\u00a0J\u2019ai vu le n\u00e9ant. Je l\u2019ai vu de profil (tant) il est encore plus mince qu\u2019on ne le pense\u00a0\u00bb<sup>18<\/sup> concluait Alexandre Vialatte. J.-B. avait le visage d\u2019un enfant malicieux toujours un peu absent et au sourire m\u00e9lancolique (E. Gomez-Mango), car toujours travaill\u00e9 par ses r\u00eaveries. Vivre et r\u00eaver et monnayer les tr\u00e9sors de ses songes avec l\u2019infinie courtoisie de l\u2019humour. Il n\u2019y a pas que l\u2019<em>om\u00e9ga<\/em> dans la m\u00e9lancolie\u2026 il y a aussi l\u2019<em>alpha<\/em>\u2026 c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019humour, son reflet sup\u00e9rieur dans le miroir, cette possibilit\u00e9 de finir par se moquer de l\u2019objet perdu et de le renvoyer finalement pour exc\u00e8s d\u2019absence ou parce qu\u2019il ne correspond plus \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on se faisait de lui, id\u00e9e dont on \u00e9tait amoureux. J.-B. a toujours pris le parti de l\u2019humour et refus\u00e9 le tragique de la mort de la jeunesse. Nul doute que l\u2019humour (non l\u2019ironie, politesse trop sulfurique du d\u00e9sespoir) \u00e9tait pour J.-B. d\u2019un utile secours car \u00ab\u00a0tout comme la m\u00e9lancolie est la tristesse devenue l\u00e9g\u00e8re, l\u2019humour est le comique d\u00e9barrass\u00e9 de la pesanteur corporelle et capable de mettre en doute tant le moi que le monde\u00a0\u00bb. (Italo Calvino)<sup>19<\/sup>. L\u2019humour de J.-B. avait une patte malicieuse qui t\u00e9moignait que si l\u2019enfance l\u2019avait quitt\u00e9, lui n\u2019avait jamais abandonn\u00e9 l\u2019esprit de l\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><em>\u00ab&nbsp;La premi\u00e8re fois que Beaumont d\u00fb faire connaissance avec sa douleur, se fut au lit, vers quelque chose comme trois heures vingt-cinq du matin. Il se retourna sur le matelas, p\u00e9niblement, et sentit la r\u00e9sistance des couvertures et des draps qui participaient \u00e0 son mouvement de rotation, mais d\u2019une fa\u00e7on incongrue, en s\u2019y opposant. Comme si une main invisible avait tordu les tissus autour de son torse et de ses hanches immobiles. Apr\u00e8s quelques minutes, ou quelques secondes, il essaya, les yeux ferm\u00e9s, de se d\u00e9gager en tirant avec sa main gauche sur les plis de son pyjama et sur les torsades des draps. Il ne r\u00e9ussit qu\u2019\u00e0 se rendre d\u2019avantage prisonnier, et la mauvaise humeur le gagnant, il rua dans l\u2019enchev\u00eatrement de ce qui devait ressembler de plus en plus \u00e0 une camisole de force. Ses deux pieds perc\u00e8rent \u00e0 la fois et surgirent au bout du lit, livides, plongeant d\u2019un seul coup dans le froid&nbsp;\u00bb, Jean-Marie Gustave Le Cl\u00e9zio Le jour o\u00f9 Beaumont fit connaissance avec sa douleur, Paris, Mercure de France, 1964. Parent\u00e9 du titre avec \u00ab&nbsp;La connaissance de la douleur&nbsp;\u00bb et enfin de Carlo Emilio Gadda, et l\u2019\u0153uvre de H. Michaux \u00ab&nbsp;Connaissance par les gouffres&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les rudes commencements de l\u2019homme o\u00f9 il fait connaissance avec douleur qui ne le quitte plus.&nbsp;\u00bb de Lautr\u00e9amont\u2026Les chants de Maldoror.<\/em><\/li><li>Pirlot G.&nbsp;; Cupa D.&nbsp;: \u00ab&nbsp;la douleur peut elle \u00eatre per\u00e7ue et cherch\u00e9e plus \u00ab&nbsp;vivement&nbsp;\u00bb dans une culture post moderne en perte de sens&nbsp;\u00bb. Evolution Psychiatrique 2006&nbsp;; 71<\/li><li>ADDENDDUM C \u00e0 Inhibition Sympt\u00f4me et Angoisse.<\/li><li>Pirlot G.&nbsp;; Cupa D.&nbsp;: \u00ab&nbsp;la douleur peut elle \u00eatre per\u00e7ue et cherch\u00e9e plus \u00ab\u00a0vivement\u00a0\u00bb dans une culture post moderne en perte de sens&nbsp;\u00bb. <em>Evolution Psychiatrique<\/em>, 2006&nbsp;; 71<\/li><li>F. Zorn. Mars. Folio. Gallimard. 1994<\/li><li>Pr\u00e9face \u00e0 D. Winnicott, <em>Psychanalyse en P\u00e9diatrie<\/em>, Payot. 1992<\/li><li><em>Mr Teste<\/em> de Paul Valery, l\u2019alter \u00e9go pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de JB.<\/li><li>J. Barnes.<\/li><li>Italo Calvino, <em>Le\u00e7ons am\u00e9ricaines<\/em>, Folio. Gallimard 1989 \u00ab&nbsp;L\u00e9g\u00e8ret\u00e9&nbsp;\u00bb pp. 45<\/li><li>S. Freud&nbsp;: \u00ab&nbsp;La tristesse d\u00e9pressive qui accompagne l\u2019\u00e9prouv\u00e9 de \u00ab\u00a0banalit\u00e9 de la vie\u00a0\u00bb du fait d\u2019une gu\u00e9rison qui imposait au sujet de renoncer au narcissisme, id\u00e9alisant sa pathologie, \u00ab\u00a0\u00e0 tout \u00e9gard unique et extraordinaire\u00a0\u00bb, contre une mis\u00e8re ordinaire&nbsp;\u00bb.<\/li><li><blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;Tout est irr\u00e9alit\u00e9.<br>Chaos, tromperie,<br>je n\u2019ai ni centre,<br>ni source, ni Dieu.<br>Si j\u2019avais un cadre,<br>une structure, une charpente,<br>un \u00e9chafaud ou une croix,<br>L\u00e0, les \u00e9pines pourraient me transpercer,<br>p\u00e9n\u00e9trer dans ma chair, s\u2019enfoncer,<br>L\u00e0, le chaos pourrait se fixer.<br>\u00catre centr\u00e9 et prendre forme.&nbsp;\u00bb.<footer>Margaret Little. <em>Des \u00e9tats limites<\/em>, Editions des Femmes, 1991<span style=\"color: initial; font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, &quot;Segoe UI&quot;, Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, &quot;Helvetica Neue&quot;, sans-serif; font-size: medium;\"> <\/span><\/footer><\/div><\/blockquote><\/li><li>F. Zorn, Mars. Folio. Gallimard 1994<\/li><li>C\u2019est-\u00e0-dire tr\u00e8s\u2026 trop intelligemment.<\/li><li>A l\u2019instar de A. Tabucchi qui \u00e9tait convaincu que le verbe ne peut devenir chair sans une certaine dose de vulgarit\u00e9\u2026Je suis convaincu que l\u2019inverse est tout aussi vrai.<\/li><li>Palomar, Seuil, 1992<\/li><li>se faire voir<\/li><li>Georges Steiner, <em>Errata<\/em>, Folio, Gallimard, 1994.<\/li><li>A. Vialatte, <em>Les fruits du Congo<\/em>.<\/li><li>Le\u00e7ons am\u00e9ricaines. L\u00e9g\u00e8ret\u00e9&nbsp;: Ibid op cit\u00e9.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10284?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la diff\u00e9rence des autres maladies, la vie est toujours mortelle et ne supporte aucun traitement. 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