{"id":10282,"date":"2021-08-22T07:31:41","date_gmt":"2021-08-22T05:31:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/exposition-karel-appel-lart-est-une-fete-2\/"},"modified":"2021-09-18T13:22:45","modified_gmt":"2021-09-18T11:22:45","slug":"exposition-karel-appel-lart-est-une-fete","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/exposition-karel-appel-lart-est-une-fete\/","title":{"rendered":"Karel Appel : L\u2019art est une f\u00eate"},"content":{"rendered":"\n<p>Karel Appel est un peintre n\u00e9erlandais, n\u00e9 en 1921 et mort en 2006, peu connu en France, alors qu\u2019il a fait \u00e0 Paris, dans les ann\u00e9es cinquante\/soixante, un s\u00e9jour marquant. \u00ab&nbsp;Si Amsterdam est la ville de ma jeunesse, Paris est celle de mon \u00e9volution. Ce que j\u2019y ai appris prime tout le reste&nbsp;\u00bb. C\u2019est \u00e0 Paris en 1948 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 le co-fondateur, avec Corneille, Constant, Asger Jorn, du mouvement <em>CoBrA<\/em> (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam), dont l\u2019existence a \u00e9t\u00e9 de courte dur\u00e9e, mais qui a laiss\u00e9 des traces sur l\u2019art moderne des d\u00e9cennies suivantes. Comment continuer \u00e0 peindre apr\u00e8s la guerre&nbsp;?, se demandaient ces artistes, cherchant de nouvelles formes artistiques loin des codes acad\u00e9miques. \u00ab&nbsp;Je peins comme un barbare \u00e0 une \u00e9poque barbare. Je peins la vie telle qu\u2019elle se d\u00e9roule autour de moi. (&#8230;) je suis n\u00e9 entre deux guerres mondiales. Alors je peins la sauvagerie de mon \u00e9poque&nbsp;\u00bb. Appel a produit une \u0153uvre puissante, foisonnante, peupl\u00e9e d\u2019enfants, d\u2019animaux, de monstres, de personnages hybrides, de cr\u00e9atures fantasques sorties d\u2019un bestiaire imaginaire. \u00ab&nbsp;J\u2019aurais voulu avoir le regard d\u2019un animal qui pour la premi\u00e8re fois se mettrait \u00e0 peindre le monde humain&nbsp;\u00bb. On peut voir aussi la salle \u00e9tonnante du Cirque, ensemble de personnages dr\u00f4les et bizarres, en bois et mat\u00e9riaux de r\u00e9cup\u00e9ration, qui viennent du mus\u00e9e de Dunkerque.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fr\u00f4le l\u2019abstraction, mais reste fid\u00e8le au figuratif, et surtout il ne perd jamais de vue la figure humaine, pr\u00e9sente dans toutes ses \u0153uvres, toujours d\u00e9routante, m\u00e9tamorphos\u00e9e, d\u2019une expressivit\u00e9 hilarante ou tragique, source d\u2019un questionnement permanent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut absolument voir la vid\u00e9o, moment phare de l\u2019exposition, qui montre Appel en train de peindre. C\u2019est un extrait d\u2019un film que le cin\u00e9aste et journaliste Jan Vrijman a r\u00e9alis\u00e9 en 1961, non sans mal, car Karel Appel, pourtant tr\u00e8s extraverti, ne voulait pas que quiconque entre dans son atelier lorsqu\u2019il travaillait. Le cin\u00e9aste a alors am\u00e9nag\u00e9 et mis \u00e0 la disposition du peintre, dans le ch\u00e2teau d\u2019un de leurs amis, une salle immense, peinte en noir, avec des \u00e9tablis et des pots de peinture de grande dimension. Mais il a d\u00fb patienter plusieurs jours pour que Karel Appel s\u2019y mette\u2026 Le r\u00e9sultat est \u00e9tonnant. On voit le peintre, avan\u00e7ant et reculant comme un boxeur, qui jette la peinture sur la toile en maniant le pinceau comme un samoura\u00ef manie son \u00e9p\u00e9e, dans une gestualit\u00e9 quasi guerri\u00e8re. Dans cet atelier \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, qui \u00e9tait d\u2019ailleurs la salle d\u2019armes du ch\u00e2teau, se d\u00e9roule le combat de l\u2019artiste aux prises avec son \u0153uvre, sur une \u00ab&nbsp;Musique barbare&nbsp;\u00bb compos\u00e9e par Dizzie Gillespie et Appel. Plus que d\u2019autres, Appel t\u00e9moigne de l\u2019intensit\u00e9 de la pulsionnalit\u00e9 dans le geste cr\u00e9ateur, la corporalit\u00e9 de l\u2019acte pictural.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es cinquante, Karel Appel \u00e9tait un peintre tr\u00e8s connu aux Pays-Bas. Incarnant la Modernit\u00e9, il suscitait des critiques sarcastiques&nbsp;: \u00ab&nbsp;N\u2019importe quel enfant pourrait faire \u00e7a&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Le th\u00e8me de l\u2019enfance est en effet au centre de sa d\u00e9marche artistique. On pourrait m\u00eame dire qu\u2019elle en est fondatrice. On pense \u00e0 la fameuse phrase de Picasso&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand j\u2019avais leur \u00e2ge, je dessinais comme Rapha\u00ebl. Mais il m\u2019a fallu toute une vie pour apprendre \u00e0 dessiner comme eux&nbsp;\u00bb. Karel Appel se passionne pour les dessins d\u2019enfant, ainsi que pour l\u2019art des malades mentaux, qu\u2019il d\u00e9couvre en 1947, \u00e0 l\u2019<em>H\u00f4pital Sainte-Anne.<\/em> Les enfants peints par Appel sont troublants. Entre le ludique et le tragique, ils nous questionnent.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons les <em>Vragende kinderen<\/em>, traduits par \u00ab&nbsp;enfants qu\u00e9mandants&nbsp;\u00bb, qui lui ont \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9s par un voyage en Allemagne apr\u00e8s la guerre o\u00f9, traversant des villes en ruines, il voyait ces enfants affam\u00e9s qu\u00e9mander de la nourriture. Karel Appel avait r\u00e9alis\u00e9 cette fresque en 1949 pour la caf\u00e9teria des fonctionnaires de la <em>Maison Communale d\u2019Amsterdam<\/em>, mais elle a suscit\u00e9 des ricanements et des r\u00e9actions hostiles, au point que les autorit\u00e9s ont d\u00e9cid\u00e9 de la recouvrir en 1950, pour \u00e9viter qu\u2019elle ne trouble l\u2019app\u00e9tit des fonctionnaires entrant dans leur cantine, ce qui a provoqu\u00e9 un grand scandale. Ce n\u2019est qu\u2019en 1959 qu\u2019on l\u2019a remise en \u00e9tat. La Mairie ayant \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en h\u00f4tel de luxe, <em>The Grand<\/em>, on vient actuellement l\u2019admirer dans l\u2019entr\u00e9e du restaurant tr\u00e8s chic de l\u2019h\u00f4tel (on peut la retrouver sur Internet).<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me des <em>Vragende kinderen<\/em> sera d\u00e9velopp\u00e9 avec de nombreuses \u0153uvres ult\u00e9rieures, ainsi que dans un tr\u00e8s beau po\u00e8me de Karel Appel. Notons que <em>vragen<\/em> se traduit en fait plut\u00f4t par \u00ab&nbsp;questionner&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Les enfants questionnent<\/em>,<br><em>Questionnent les questions<\/em>,<br><em>Mains qui questionnent<\/em><br><em>Yeux qui questionnent<\/em><br><em>Bouches qui questionnent (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de sa vie, l\u2019\u0153uvre \u00e9volue, plus apais\u00e9e ou plus tragique selon les tableaux. Les formats se r\u00e9duisent \u00e0 cause des probl\u00e8mes de sant\u00e9 de l\u2019artiste. La derni\u00e8re toile expos\u00e9e qui cl\u00f4t l\u2019exposition est un petit format o\u00f9 est \u00e9crit le mot <em>Feestje&nbsp;?<\/em>, qui veut dire \u00ab&nbsp;petite f\u00eate&nbsp;\u00bb en hollandais. Si l\u2019art est une f\u00eate, la f\u00eate est toujours associ\u00e9e chez Appel \u00e0 une dimension tragique.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10282?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Karel Appel est un peintre n\u00e9erlandais, n\u00e9 en 1921 et mort en 2006, peu connu en France, alors qu\u2019il a fait \u00e0 Paris, dans les ann\u00e9es cinquante\/soixante, un s\u00e9jour marquant. \u00ab&nbsp;Si Amsterdam est la ville de ma jeunesse, Paris est&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1318],"thematique":[396],"auteur":[1391],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[621],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-10282","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-exposition","thematique-art","auteur-simone-korff-sausse","mode-gratuit","revue-621","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10282","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10282"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10282\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14182,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10282\/revisions\/14182"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10282"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10282"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10282"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10282"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10282"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10282"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10282"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10282"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10282"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}