{"id":10276,"date":"2021-08-22T07:31:41","date_gmt":"2021-08-22T05:31:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/linquietant-du-monde-un-monde-inquietant-2\/"},"modified":"2021-09-15T19:50:40","modified_gmt":"2021-09-15T17:50:40","slug":"linquietant-du-monde-un-monde-inquietant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/linquietant-du-monde-un-monde-inquietant\/","title":{"rendered":"L\u2019inqui\u00e9tant du monde \/ Un monde inqui\u00e9tant"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u201c<em>La peste, venue d\u2019Orient, entra en Allemagne par la Boh\u00e8me. Elle voyageait sans se presser, au bruit des cloches, comme une imp\u00e9ratrice. Pench\u00e9e sur le verre du buveur, soufflant la chandelle du savant assis parmi ses livres, servant la messe du pr\u00eatre, cach\u00e9e comme une puce dans la chemise des filles de joie, la peste apportait \u00e0 la vie de tous un \u00e9l\u00e9ment d\u2019insolente \u00e9galit\u00e9, un \u00e2cre et dangereux ferment d\u2019aventure. Le glas r\u00e9pandait dans l\u2019air une insistante rumeur de f\u00eate noire&nbsp;: les badauds rassembl\u00e9s au pied des clochers ne se lassaient pas de regarder, tout en haut, la silhouette du sonneur tant\u00f4t accroupi, tant\u00f4t suspendu, pesant de tout son poids sur son grand bourdon. Les \u00e9glises ne ch\u00f4maient pas, les tavernes non plus.<\/em>\u201d<footer>Marguerite Yourcenar, <em>L\u2019\u0153uvre au Noir<\/em><\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le monde ne nous apporte que rarement de bonnes nouvelles. Et ces nouvelles, aussi d\u00e9fendus que nous puissions l\u2019\u00eatre, pourraient de mani\u00e8re souterraine, nous rappeler la fragilit\u00e9 des choses qui sont&nbsp;: l\u2019exp\u00e9rience intime de leurs possibilit\u00e9s incessantes de disparition&nbsp;; cette litanie nous confronte sans cesse \u00e0 ce \u00ab&nbsp;cela ne sera plus jamais comme avant&nbsp;\u00bb, et, avec l\u2019arriv\u00e9e du Covid19, c\u2019est d\u2019autant plus criant&nbsp;; nous sommes plus que jamais face \u00e0 l\u2019\u00e9preuve collective de ce \u00ab&nbsp;\u00e7a ne sera plus jamais comme avant&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entr\u00e9e dans ce si\u00e8cle avec le 11&nbsp;septembre avait, si l\u2019on force le trait, partag\u00e9 le monde en 2&nbsp;; puis la crise \u00e9cologique nous ramenait \u00e0 ce risque de destruction plan\u00e9taire, \u00ab&nbsp;oubli\u00e9&nbsp;\u00bb depuis la fin de la guerre froide&nbsp;; et dans cet entre-deux, une crise \u00e9conomique, des replis identitaires, la mont\u00e9e des nationalismes, des extr\u00e9mismes, et si cela ne suffisait pas, j\u2019oserai dire, pour couronner le tout, l\u2019apparition inopin\u00e9e de ce virus, fruit de notre mondialisation.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019en jetez plus, me direz-vous&nbsp;! Cette accumulation a de quoi donner le vertige&nbsp;! Notre clinique nous dit que les traumatismes ne sont pas qu\u2019un choc violent, mais aussi l\u2019accumulation de multiples effractions brisant nos r\u00e9sistances et nos capacit\u00e9s d\u2019adaptations. Ainsi, en ce moment, en plus des corps et du risque vital encouru, les psychismes sont bien malmen\u00e9s, agress\u00e9s, m\u00eame cern\u00e9s, pourrait-on dire, par autant d\u2019attaques venant du monde ext\u00e9rieur, que provenant de nous-m\u00eames, de ce qui nous fonde intimement.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de stopper la propagation du virus, l\u2019option du confinement a \u00e9t\u00e9 choisie, repli narcissique impos\u00e9, subi mais protecteur. Ce virus (comme m\u00e9taphore de la haine), sournois dans la dur\u00e9e de son incubation, vient attaquer les liens, nous force au retrait, \u00e0 l\u2019isolement, pousse vers la d\u00e9pression, autre mani\u00e8re de s\u2019auto-attaquer \/ autre manifestation d\u2019autodestruction&nbsp;; il nous malm\u00e8ne, induisant doutes et parano\u00efa&nbsp;; il est nulle part, invisible, et au m\u00eame moment potentiellement partout, nous surplombant sans cesse, impalpable et omnipr\u00e9sent, dans nos conversations, dans les m\u00e9dias, dans nos pens\u00e9es. Il cherche aveuglement nos fragilit\u00e9s, les cible et frappe sans aucune piti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l\u2019humanit\u00e9 est plong\u00e9e dans une <em>inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/em>&nbsp;; pour soi, autant que collective. Ce texte, formidable intuition de Freud, tardif mais fondateur (re)prend aujourd\u2019hui une tonalit\u00e9 plus qu\u2019actuelle, et sa lecture s\u2019av\u00e8re essentielle et salvatrice&nbsp;; elle se r\u00e9v\u00e8le une n\u00e9cessit\u00e9, tant l\u2019effort pour penser nos \u00e9prouv\u00e9s, notre v\u00e9cu est grand face \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Freud nous dit que l\u2019inqui\u00e9tant s\u2019immisce du familier, du quotidien, mais au d\u00e9tour d\u2019une lev\u00e9e du refoulement, une porte s\u2019ouvre brusquement sur de l\u2019archa\u00efque, sur de l\u2019infantile, sur des manifestations de l\u2019inconscient. Nous sommes ainsi, chez nous, en nous, projet\u00e9s hors de chez nous, hors de notre familier et de nos routines quotidiennes (<em>Unheimliche<\/em>). L\u2019inqui\u00e9tant familier brouille ou dissout les fronti\u00e8res, nous chasse de nos rep\u00e8res et ouvre sur l\u2019ab\u00eeme cher \u00e0 Nietszche, avec en retour, par sp\u00e9cularit\u00e9, ce m\u00eame ab\u00eeme qui regarde en nous. Freud a cette intuition g\u00e9niale quand il comprend que cet \u00e9tat d\u2019\u00e9tranget\u00e9, d\u2019angoisse, est la r\u00e8gle&nbsp;! L\u2019angoisse d\u00e9termine fondamentalement l\u2019existence humaine&nbsp;; elle est l\u2019origine et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon de notre rapport au monde&nbsp;; l\u2019angoisse ne sera jamais exception.<\/p>\n\n\n\n<p>Heidegger part lui aussi de l\u2019angoisse et la met en \u00e9vidence dans son questionnement sur l\u2019\u00eatre. Nous ne saurons jamais si Heidegger avait lu ce texte de Freud, rien ne le prouve, mais rien ne l\u2019exclut non plus (aurait-il pu seulement le reconna\u00eetre&nbsp;?), mais sans aucun doute ce concept d\u2019<em>Unheimlickeit<\/em> les rapproche. L\u2019<em>Unheimlich<\/em> est pour chacun d\u2019eux, le point de d\u00e9part de leur r\u00e9flexion sur l\u2019angoisse, et devient angoisse existentielle. Tous deux explorent ce qui fait l\u2019essence de l\u2019homme, Freud bien s\u00fbr, avec l\u2019inconscient et ses forces obscures, et Heidegger, en naturalisant un peu, traque, lui, le <em>Dasein<\/em>, dont le n\u00e9ant et l\u2019angoisse rendent possible sa manifestation. Ainsi pour Heidegger, \u00eatre existant, c\u2019est \u00eatre angoiss\u00e9, <em>\u00eatre-pour-la-mort<\/em>, \u00eatre face \u00e0 cette \u00e9nigme qui ne nous appartient pas, notre mort. Tous deux mettent \u00e0 l\u2019\u00e9preuve l\u2019homme dans sa toute-puissance, en lui rappelant ce qu\u2019il porte en lui de fragilit\u00e9, de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Tous deux placent l\u2019homme devant sa solitude.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab&nbsp;(\u2026) le mode d\u2019\u00eatre du <em>Dasein<\/em> comme \u00eatre-dans-lemonde, implique qu\u2019il se trouve toujours de fait affect\u00e9, et donc que lui appartient essentiellement l\u2019angoisse comme tonalit\u00e9 fondamentale. \u00catre-dans-le-monde sur le mode de la qui\u00e9tude famili\u00e8re est un mode de l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 du <em>Dasein<\/em>, et non l\u2019inverse. <em>C\u2019est le pas-chez-soi qu\u2019il faut concevoir sur un plan existentialo-ontologique comme le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus originel.<\/em>&nbsp;\u00bb.<footer>(<em>\u00catre et Temps<\/em>, pp.&nbsp;188-189)<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>D\u2019ordinaire cette angoisse existentielle nous est cach\u00e9e, nous vivons dans la quotidiennet\u00e9, et le monde de la technique sait grandement nous d\u00e9tourner d\u2019elle. Aujourd\u2019hui, par ce confinement prolong\u00e9, la perte de nos libert\u00e9s individuelles et la menace constante du virus, s\u2019ouvre \u00e0 nous, plus ou moins douloureusement cette question de l\u2019angoisse, projet\u00e9s que nous sommes, continuellement vers l\u2019avenir, vers notre finitude, cette \u00ab&nbsp;mort comme possibilit\u00e9 qui ne se r\u00e9alisera jamais&nbsp;\u00bb dit Heidegger.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation du monde a aussi de quoi inqui\u00e9ter et nous maintenir dans cet \u00e9tat d\u2019angoisse. Si la sortie du confinement est attendue et programm\u00e9e, comment ne pas \u00e9voquer des r\u00e9actions possiblement violentes, \u00e0 la fois de la part de dirigeants politiques, dont certains ont de grandes capacit\u00e9s de nuisance, que des populations. Le virus et les cons\u00e9quences \u00e9conomiques du confinement pourraient faire advenir un risque d\u2019instabilit\u00e9 politique mondiale, n\u2019ayant jamais touch\u00e9 autant de nations simultan\u00e9ment, pouvant aller d\u2019un populisme autoritaire \u00e0 des conflits internationaux (affectant ainsi l\u2019efficacit\u00e9 des politiques de lutte contre le virus\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche de l\u2019origine de la pand\u00e9mie, la chasse aux coupables, voire m\u00eames des rumeurs, parfois confirm\u00e9es, de d\u00e9tournement d\u2019envoi de mat\u00e9riels m\u00e9dicaux aux complots les plus farfelus, confrontent les pays entre eux. La simple existence de ces rumeurs, m\u00eame infond\u00e9es, leur traitement par les m\u00e9dias et la perm\u00e9abilit\u00e9 et l\u2019instabilit\u00e9 des opinions publiques \u00e0 ces questions pourraient suffire \u00e0 cr\u00e9er des tensions internationales. Le virus et son pouvoir contagieux de pers\u00e9cution sont donc bien \u00e0 l\u2019\u0153uvre et viennent raviver cette haine pr\u00e9sente en chacun de nous d\u00e8s l\u2019origine&nbsp;; cette haine, \u00ab&nbsp;maladie virale&nbsp;\u00bb, dont l\u2019homme ne sera jamais immunis\u00e9. Ainsi, aux Etats-Unis, au d\u00e9but de la pand\u00e9mie, la vente d\u2019armes a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Corn\u00e9lius Castoriadis dans son texte <em>Les racines psychiques et sociales de la haine<\/em>, retrace tr\u00e8s clairement le chemin de cette haine \u00ab&nbsp;plus vieille que l\u2019amour&nbsp;\u00bb. Il nous rappelle, d\u2019un point de vue psychanalytique, qu\u2019il existe deux vecteurs de haine&nbsp;: le premier consiste en tout ce qui n\u2019est pas <em>Moi<\/em>, Moi consid\u00e9r\u00e9 comme ce qui est bien, et donc par r\u00e9percussion, tout ce qui n\u2019est pas Moi est non bien, par un renversement de l\u2019investissement positif de soi&nbsp;; le deuxi\u00e8me est la haine de soi, car si nous reprenons cette angoisse primitive et le sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 qui y est associ\u00e9, le Moi est le premier \u00e9tranger qui se pr\u00e9sente \u00e0 la psych\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, la psych\u00e9 a un besoin primordial de sens. Les soci\u00e9t\u00e9s et les significations imaginaires qui les composent, s\u2019en chargent&nbsp;: les religions, les mythes, les totems, les lois, les \u00e9tats, etc\u2026 fondent, \u00e0 l\u2019aide du langage, notre vision de la r\u00e9alit\u00e9. Cette vision rev\u00eat in\u00e9vitablement, nous dit Castoriadis, le caract\u00e8re d\u2019une <em>cl\u00f4ture<\/em> de diff\u00e9rents types&nbsp;: d\u2019abord une <em>cl\u00f4ture<\/em> \u00ab&nbsp;mat\u00e9rielle&nbsp;\u00bb, des territoires, des fronti\u00e8res, des individus. On retrouve une s\u00e9mantique similaire en temps d\u2019\u00e9pid\u00e9mie&nbsp;: mesures barri\u00e8re, distanciation sociale, <em>clusters<\/em>, confinement, etc. Et enfin, la plus importante, la cl\u00f4ture du sens. Un \u00e9tranger ne l\u2019est que parce qu\u2019il ne partage pas les m\u00eames \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9s&nbsp;\u00bb. Il y a bien s\u00fbr des mondes plus ouverts que d\u2019autres. Tout ceci n\u2019est possible que par le vaste r\u00e9seau d\u2019identification des individus \u00e0 la cl\u00f4ture qui leur est propre (\u00ab&nbsp;je suis ma tribu, je suis mon \u00e9glise, je suis ma nation, etc.&nbsp;\u00bb), avatar de la toute-puissance perdue. Et cette identification rend possible le d\u00e9ploiement, par exemple, de la destructivit\u00e9 meurtri\u00e8re dans la guerre. Il en est de m\u00eame avec le Covid19&nbsp;: rivalit\u00e9s morbides autour du comptage des d\u00e9c\u00e8s, fermetures des fronti\u00e8res, repli vers des exigences d\u2019autosuffisance \u00e9conomique, fragilit\u00e9 du projet europ\u00e9en, clivage des populations au sujet des m\u00e9thodes de sorties de crise, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, haine de soi et haine de l\u2019autre sont intriqu\u00e9es et leurs racines communes seraient le refus pour la psych\u00e9 d\u2019accepter ce qui est \u00e9tranger \u00e0 soi, refus dompt\u00e9 par l\u2019\u00e9ducation, la socialisation, contenu sous le vernis de la culture&nbsp;; mais ce vernis qui se craquelle \u00e0 intervalles plus ou moins r\u00e9guliers dans l\u2019Histoire, laisse libre court \u00e0 la destruction, plus sourdement en temps de paix, \u00e0 la x\u00e9nophobie et au racisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi ce d\u00e9tour th\u00e9orique par l\u2019interm\u00e9diaire de ce texte de Castoriadis qui, lui aussi, se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une ressource essentielle aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aimerai que ce texte r\u00e9sonne comme un avertissement, si ce n\u2019est un cri d\u2019alarme et, comme Castoriadis le d\u00e9ploie si bien, qu\u2019il nous invite, en suivant l\u2019exemple d\u2019Hom\u00e8re, H\u00e9rodote et d\u2019autres qui ont montr\u00e9 la voie, \u00e0 ce qu\u2019il en va donc de reconna\u00eetre, encore et toujours, toujours et encore, cette \u00e9tranget\u00e9 en nous, cette angoisse existentielle et enfin \u00ab&nbsp;l\u2019extraordinaire quantit\u00e9 de haine contenue dans le r\u00e9servoir psychique, que l\u2019institution sociale n\u2019a pas pu, ou n\u2019a pas voulu canaliser vers d\u2019autres objets&nbsp;\u00bb. Castoriadis conclut avec une note d\u2019espoir&nbsp;: \u00ab&nbsp;(\u2026) la pleine d\u00e9mocratie, et l\u2019acceptation de l\u2019autre ne forment pas la pente naturelle de l\u2019humanit\u00e9. (\u2026) Mais pour ceux qui sont engag\u00e9s dans le seul projet politique d\u00e9fendable, le projet de la Libert\u00e9 universelle, la seule voie ouverte est la continuation de la lutte \u00e0 contre pente&nbsp;\u00bb. Et je rajouterais, en plus de ce pr\u00e9cepte \u00e0 toujours accueillir l\u2019\u00e9tranger, Autrui et son narcissisme irr\u00e9ductible, que l\u2019acceptation de soi, avec tout ce que l\u2019on porte en nous d\u2019inqui\u00e9tant, d\u2019\u00e9tranger, de haine et donc de vuln\u00e9rabilit\u00e9 ne peut \u00eatre que le fondement \u00e9thique pour participer \u00e0 ce projet humaniste et, je ne le pense pas, utopique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019h\u00e9ritage de Darwin se serait perdu. Nous avons voulu oublier nos origines simiesques, cette profonde <em>blessure narcissique<\/em> qui nous rappelle que nous ne sommes que le fruit d\u2019une longue \u00e9volution du r\u00e8gne animal, et non une esp\u00e8ce \u00e9lue de la nature&nbsp;; que cette faiblesse d\u00e8s la naissance et notre d\u00e9pendance prolong\u00e9e aux soins parentaux, nous obligent pour assurer notre survie, \u00e0 d\u00e9velopper des liens sociaux intenses, des <em>qualit\u00e9s morales<\/em>, ainsi que des capacit\u00e9s rationnelles et techniques. Ce n\u2019est donc pas notre force, mais cette faiblesse originelle qui a d\u00e9termin\u00e9 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de l\u2019esp\u00e8ce humaine. Jusqu\u2019\u00e0 notre potentielle perte. Nous ne serions encore que ces primates apeur\u00e9s de la sc\u00e8ne d\u2019ouverture de <em>2001, l\u2019odyss\u00e9e de l\u2019espace<\/em>, autre r\u00e9flexion sur la violence, notre pouvoir d\u2019autodestruction, fil rouge de l\u2019\u0153uvre de Kubrick.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, en suivant les chemins de Heidegger, pour qui l\u2019art dans le monde moderne a perdu son pouvoir r\u00e9v\u00e9lateur de la manifestation du monde, tournons-nous comme lui, vers la po\u00e9sie, qui est une voie de l\u2019\u00e9claircie de l\u2019\u00catre, son origine et son sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Le c\u00f4t\u00e9 lumineux de la plan\u00e8te s\u2019enfonce dans les t\u00e9n\u00e8bres<\/em><br><em>Et les villes s\u2019endorment, chacune \u00e0 son heure<\/em><br><em>Et pour moi, aujourd\u2019hui comme alors, c\u2019en est trop<\/em><br><em>Le monde est trop pr\u00e9sent<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Freud, S., \u00ab&nbsp;L\u2019Inqui\u00e9tant&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em class=\"marquage italique\">\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, (1919), PUF, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>Heidegger, M., \u00catre et Temps, (1927),&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Authentica<\/em>&nbsp;1985.<\/p>\n\n\n\n<p>Heidegger, M., \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que la M\u00e9taphysique&nbsp;?&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">in Question I et II<\/em>, (1929), TEL Gallimard, 1968.<\/p>\n\n\n\n<p>Castoriadis, C., \u00ab&nbsp;Les racines psychiques et sociales de la haine&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Figures du pensable&nbsp;: Les carrefours du labyrinthe VI<\/em>, (1999), Seuil, 1999.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10276?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u201cLa peste, venue d\u2019Orient, entra en Allemagne par la Boh\u00e8me. Elle voyageait sans se presser, au bruit des cloches, comme une imp\u00e9ratrice. 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