{"id":10268,"date":"2021-08-22T07:31:39","date_gmt":"2021-08-22T05:31:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-vertiges-de-la-beaute-a-propos-du-pavillon-dor-de-mishima-2\/"},"modified":"2021-10-01T11:43:22","modified_gmt":"2021-10-01T09:43:22","slug":"les-vertiges-de-la-beaute-a-propos-du-pavillon-dor-de-mishima","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-vertiges-de-la-beaute-a-propos-du-pavillon-dor-de-mishima\/","title":{"rendered":"Les vertiges de la beaut\u00e9. A propos du Pavillon d&rsquo;or de Mishima"},"content":{"rendered":"\n<p><em>\u00ab La beaut\u00e9 est un cheval superbe \u00e9chapp\u00e9 (&#8230;)<br>le fant\u00f4me d\u2019un cheval blanc immacul\u00e9. \u00bb<br>Yukio Mishima, Le bois du plein de la fleur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab La beaut\u00e9, l\u2019extase de la mort constituent<br>le Saint-Graal personnel de Mishima. \u00bb<\/em><br>John Nathan, <em>La vie de Mishima<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Processus cr\u00e9ateur et sublimation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre de Yukio Mishima est une d&rsquo;extr\u00eame complexit\u00e9 et ne saurait s\u2019aborder en profondeur sans le recours \u00e0 son histoire de vie. D\u2019abord parce que le r\u00e9cit autobiographique est une composante importante de sa cr\u00e9ation litt\u00e9raire et ensuite parce que tous les th\u00e8mes trait\u00e9s, tous les personnages d\u00e9crits ont des r\u00e9sonances personnelles \u00e0 la fois subjectives et circonstancielles puisqu\u2019ils se r\u00e9f\u00e9rent aussi bien \u00e0 son fonctionnement psychique propre qu\u2019\u00e0 la singularit\u00e9 de son histoire. Il n\u2019est pas jusqu\u2019\u00e0 la force m\u00eame de son style qui ne soit directement impr\u00e9gn\u00e9 des v\u00e9cus traumatiques de son enfance. Un style \u00e9nergique, pr\u00e9cis, efficace, comme s\u2019il \u00e9tait savamment pass\u00e9 au fil du sabre.&nbsp; Le recours \u00e0 la puissance des mots comme d\u00e9multiplicateur de la cr\u00e9ativit\u00e9 primaire est d\u2019une grande pr\u00e9cocit\u00e9. D\u00e8s qu\u2019il sait lire et \u00e9crire, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 5 ans, il commence \u00e0 griffonner des po\u00e8mes. Il d\u00e9couvre presque instantan\u00e9ment comment il peut prolonger et enrichir son imagerie omnipotente par les potentialit\u00e9s infinies que lui ouvre le langage.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte sur la cit\u00e9 imaginaire \u00e9crit \u00e0 5 ans, le recours au processus cr\u00e9ateur est pour Y. Mishima une question imminente de survie psychique : s\u00e9questr\u00e9 par une grand-m\u00e8re possessive et souffrante, il n\u2019a d\u2019autre modalit\u00e9 de d\u00e9sengagement que de trouver les moyens d\u2019\u00e9vasion dans la soumission aux exigences tyranniques de la vieille Natsu. Femme tr\u00e8s cultiv\u00e9e, elle l\u2019initie au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 la litt\u00e9rature.<br>Le jeune Mishima r\u00eave sur les images des livres et dessine avant de pouvoir lui-m\u00eame \u00e9crire des po\u00e8mes et des histoires. Les contraintes physiques de son enfermement dans la chambre de la malade, aux volets toujours clos sont l\u2019occasion de son ouverture vers l\u2019infini de l\u2019imaginaire. Mishima accepte d\u2019autant plus les conditions de sa d\u00e9tention qu\u2019il aime \u00e9perdument sa tortionnaire, comme de son c\u00f4t\u00e9 elle l\u2019aime de fa\u00e7on folle. Elle est impitoyable envers lui dans sa domination castratrice, tout en canalisant sa vie cognitive et affective vers des objectifs<br>culturels. Le non-acc\u00e8s au monde qu\u2019impose Natsu est compens\u00e9 par l\u2019accession au monde de l\u2019art.<br>L\u2019enfant s\u2019\u00e9panouit dans la cr\u00e9ation aux fronti\u00e8res illimit\u00e9es d\u2019une toute-puissance \u00e9tay\u00e9e sur un objet d\u2019amour implacable, alors que sa survie physique est aux limites du supportable. Meurtri dans son corps par cet enfermement inhumain, il d\u00e9veloppe des capacit\u00e9s exceptionnelles gr\u00e2ce aux pouvoirs des mots, \u00ab ces fripouilles que les liens ont fait tomber en disgr\u00e2ce \u00bb comme Shakespeare dans La nuit des rois. La d\u00e9fiance par rapport au langage appara\u00eetra surtout dans les ann\u00e9es 60-70 (dix derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie) lorsque Mishima rejette les mots qui deviennent pour lui trop pervers, inop\u00e9rants et inad\u00e9quats. Son illusion de tenir le monde avec le langage s\u2019\u00e9croule et son d\u00e9sillusionnement le m\u00e8ne \u00e0 l\u2019auto-destruction. Son dernier ouvrage La mer de la fertilit\u00e9, r\u00e9f\u00e9rera ironiquement \u00e0 sa s\u00e9cheresse cr\u00e9atrice. Le style a perdu de sa force, les images de leur tranchant. Mishima va se rabattre sur l\u2019acte destructeur concret et symbolis\u00e9 : la tentative de coup d\u2019\u00e9tat et le Seppuku.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Pour Mishima ce sont ces liaisons entre les mots, m\u00eame si elles sont d\u00e9gradantes ou au contraire parce qu\u2019elles le sont, qui conf\u00e8rent \u00e0 sa toute-puissance infantile une modalit\u00e9 fabuleuse de vitalit\u00e9. Mais ce mod\u00e8le est construit sur un biais incontournable qui le pervertit. Certes la cr\u00e9ation litt\u00e9raire sauve l\u2019enfant d\u2019un d\u00e9p\u00e9rissement certain, mais elle porte sur un objet singulier qui comporte, en son sein m\u00eame, sa destruction. L\u2019amour qui est le sien pour la beaut\u00e9 est un amour \u00e0 mort. Les images de vie et de mort sont inextricablement m\u00eal\u00e9es pour lui. Par exemple, tout enfant, il ne se passionne pour les princes des contes que s\u2019ils sont vou\u00e9s \u00e0 une mort certaine. En parall\u00e8le avec la force mortif\u00e8re de Natsu, Mishima est contraint \u00e0 c\u00f4toyer puis \u00e0 aimer toutes les souffrances qu\u2019elle endure. Il faut aussi noter le risque l\u00e9tal constant qui est li\u00e9 \u00e0 l\u2019auto-intoxication qui a failli l\u2019emporter \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 4 ans et qui s\u2019est install\u00e9 par la suite de fa\u00e7on chronique. Tous les mois, les convulsions le reprennent et la famille tremble et envisage une mort imminente.<\/p>\n\n\n\n<p>La force vitale de Mishima, ind\u00e9niable tant sur le plan physique que litt\u00e9raire, est constamment suspendue \u00e0 une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s que repr\u00e9sente sa propre pulsion destructrice et qui finira par prendre le dessus. Au sommet de sa gloire, pressenti pour le prix Nobel, Mishima d\u00e9cide de mourir et construit sa disparition dans un auto-sacrifice fanatique. Il s\u2019ouvre rituellement le ventre \u00e0 45 ans, apr\u00e8s un lamentable essai de soul\u00e8vement militaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment comprendre son rapport ambigu \u00e0 la beaut\u00e9, vecteur central de son \u0153uvre ? L\u2019analyse du Pavillon d\u2019Or va nous permettre de saisir tous les registres qui d\u00e9finissent l\u2019objet de la cr\u00e9ation et les niveaux de cette esth\u00e9tique du d\u00e9truire le beau qui caract\u00e9rise sa cr\u00e9ation. A la fois esth\u00e9tisation magistrale de l\u2019objet et jouissance perverse sado-masochique par la destruction de l\u2019objet, pr\u00e9figuration anticipatrice de l\u2019auto-destruction finale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Le sacrifice du temple sacr\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Mishima traque la beaut\u00e9 sous toutes ses formes. Elle l\u2019obs\u00e8de au point d\u2019y vouer l\u2019essentiel de son \u00e9nergie. Il est \u00e9bloui par ce qui brille, qu\u2019il s\u2019agisse de r\u00e9alit\u00e9s naturelles ou d\u2019art\u00e9facts. Et il redouble, par l\u2019effet du style cet \u00e9blouissement, jusqu\u2019au vertige. Mais le travail d\u2019esth\u00e9tisation qu\u2019il entreprend dans son \u00e9criture est sans cesse travers\u00e9 par une volont\u00e9 mortif\u00e8re. Tant qu\u2019op\u00e8re la sublimation, la destruction de l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9 magnifi\u00e9 reste incluse dans la repr\u00e9sentation. Ce n\u2019est que lorsqu\u2019il n\u2019est plus en mesure de cr\u00e9er qu\u2019il va passer \u00e0 l\u2019acte suicidaire. La transfiguration de sa n\u00e9gativit\u00e9 interne par le recours \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique suffit \u00e0 faire tenir ensemble les composantes instables de sa psych\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons pour exemple la fantastique description d\u2019une vague \u00e9norme qui le saisit de plaisir et d\u2019effroi \u00e0 l\u2019adolescence, alors qu\u2019il est seul \u00e0 r\u00eaver sur un rocher du rivage (Confession d\u2019un masque, p.87). La vague monte, grandit, mena\u00e7ante et superbe, puis s\u2019auto-d\u00e9truit en se d\u00e9capitant. L\u2019\u00e9cume est le sang blanc qui jaillit du corps, tandis que la t\u00eate de la vague roule sauvagement sur les r\u00e9cifs.<br>\u00ab La vague grandit, aussi haut que l\u2019\u0153il pouvait atteindre, r\u00e9v\u00e9la la lame, affil\u00e9e comme un rasoir, de l\u2019\u00e9norme hache de l\u2019oc\u00e9an, lev\u00e9e et pr\u00eate \u00e0 frapper. Soudain, la guillotine bleu sombre s\u2019abattit, projetant une \u00e9claboussure de sang blanc. Le corps de la vague, bouillonnant et retombant, se lan\u00e7a \u00e0 la poursuite de sa t\u00eate coup\u00e9e et, pendant un moment, il refl\u00e9ta le bleu pur du ciel, ce m\u00eame bleu c\u00e9leste qui miroite dans les yeux d\u2019un \u00eatre au seuil de la mort. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On constate combien la m\u00e9taphore est infiltr\u00e9e par le fantasme sado-masochiste de l\u2019auteur. La jouissance mortif\u00e8re trouve son aboutissement dans la beaut\u00e9 formelle de la mise en mots et sa capacit\u00e9 \u00e9vocatrice. Une telle audace cr\u00e9atrice n\u2019est pas sans faire penser au coucher du soleil africain, d\u00e9crit comme un assassinat transcrit par C\u00e9line dans Voyage au bout de la nuit. Pour Mishima, on est en droit de dire que l\u2019inspiration, issue de ses longues r\u00eaveries de l\u2019enfance dans la chambre aux volets clos de Natsu, permet une intrication pulsionnelle r\u00e9ussie et susceptible de d\u00e9passer dans un \u00e9lan vital renouvel\u00e9, la fascination des gouffres et de l\u2019horreur destructrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Mishima est fascin\u00e9 par le passage \u00e0 l\u2019acte du jeune moine ayant incendi\u00e9 le Pavillon d\u2019Or en 1950. Aussi va-t-il, dans son roman, s\u2019attacher \u00e0 rendre compte, au plus pr\u00e8s du v\u00e9cu, du parcours int\u00e9rieur qui a conduit \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019objet aim\u00e9. C\u2019est quasiment une \u00e9tude clinique que propose l\u2019auteur, fond\u00e9e sur l\u2019empathie et l\u2019\u00e9preuve identificatoire de la v\u00e9racit\u00e9 des \u00e9motions, des ressentis et des aspirations. De cette fa\u00e7on, Mishima suscite \u00e9galement le mouvement identificatoire du lecteur qui entre en r\u00e9sonance participative ou r\u00e9pulsive avec la r\u00e9alit\u00e9 psychique du profanateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier mouvement est la construction de la repr\u00e9sentation sublimatoire. Le<em> Pavillon d\u2019Or<\/em> devient, peu \u00e0 peu, dans l\u2019esprit souffrant de Mizoguchi, le novice, une r\u00e9alit\u00e9 psychique sacralis\u00e9e qui s\u2019\u00e9rige au-dessus des autres et acquiert une fonction propre de refuge et d\u2019\u00e9vasion. On verra par la suite, combien une telle r\u00e9alit\u00e9 peut devenir un vecteur d\u2019obnubilation susceptible d\u2019envahir la conscience du sujet. On distingue trois \u00e9tapes dans l\u2019\u00e9laboration du v\u00e9cu interne de Mizoguchi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Le temple est d\u2019abord connu et imagin\u00e9 \u00e0 partir des descriptions paternelles. Le p\u00e8re du jeune homme lui raconte ses visites au Pavillon d\u2019Or, son \u00e9merveillement renouvel\u00e9, sa joie de le retrouver et le plaisir anticip\u00e9 qu\u2019il a en songeant qu\u2019il va bient\u00f4t le lui faire conna\u00eetre. Le Pavillon d\u2019Or est d\u2019abord relat\u00e9, et investi dans une r\u00eaverie plus ou moins exalt\u00e9e, en fonction du besoin d\u2019un recours r\u00e9parateur des blessures du r\u00e9el, d\u2019un recours \u00e0 l\u2019imagination : \u00ab Mon p\u00e8re, sans doute, ne m\u2019avait jamais dit, du vrai Pavillon d\u2019Or, que, par exemple, il \u00e9tincel\u00e2t de mille dorures. Mais, \u00e0 l\u2019entendre, il n\u2019existait nulle chose au monde qui l\u2019\u00e9gal\u00e2t en beaut\u00e9 ; et le Pavillon d\u2019Or qui se dessinait dans ma pens\u00e9e \u00e0 la seule vue des lettres, \u00e0 la seule r\u00e9sonance du mot, avait quelque chose de fabuleux&#8230; \u00bb (Y. Mishima,<em> Le Pavillon d\u2019Or<\/em>, p.28)<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Ensuite Mizoguchi est inscrit au temple comme novice. <em>Le Pavillon d\u2019O<\/em>r perd insensiblement de sa magie, au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il est fr\u00e9quent\u00e9 au quotidien. Les \u00e9preuves de la r\u00e9alit\u00e9 tuent la beaut\u00e9 native de l\u2019objet. Plus d\u2019esth\u00e9tisation lorsque l\u2019objet investi est trop ancr\u00e9 dans la monotonie des t\u00e2ches journali\u00e8res. On ne voit plus la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9sir\u00e9e si elle est recouverte par la chape de la n\u00e9cessit\u00e9. Le contact du r\u00e9el abrase la r\u00eaverie et amorce le d\u00e9sillusionnement. Il n\u2019est plus \u00e0 r\u00eaver quand il faut survivre.<br>Le<em> Pavillon d\u2019Or<\/em> est devenu non plus source d\u2019exaltation, mais r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9pressog\u00e8ne ayant perdu couleur et saveur.&nbsp; \u00ab (&#8230;) ce n\u2019\u00e9tait rien de plus qu\u2019une vieille, insignifiante construction noir\u00e2tre \u00e0 deux \u00e9tages ; m\u00eame le ph\u00e9nix semblait n\u2019\u00eatre qu\u2019un corbeau pos\u00e9 \u00e0 la pointe du toit. \u00bb (Ibid., p.58)<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022 Enfin surgit la troisi\u00e8me \u00e9tape qui va instaurer la repr\u00e9sentation de l\u2019objet hors de l\u2019atteinte de la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9pr\u00e9ciatrice et l\u2019\u00e9riger en sublimation. L\u2019image, le mot et la chose se condensent en une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle, totalement internalis\u00e9e et qui \u00e9chappe aussi bien aux contraintes de la spatialit\u00e9 qu\u2019\u00e0 celles de la temporalit\u00e9. En tant que figure sublim\u00e9e, le <em>Pavillon d\u2019Or<\/em> devient une ressource interne pour Mizoguchi, figure qui d\u00e9passe en rayonnement et intensit\u00e9 toutes les autres. On pourrait risquer ici la comparaison avec la Sainte-Victoire de C\u00e9zanne. La figure sublim\u00e9e est un recours permanent pour le cr\u00e9ateur, capable de l\u2019inspirer et de renouveler sa cr\u00e9ativit\u00e9, pour autant qu\u2019elle ne devienne pas une hantise g\u00e9n\u00e9ratrice de dysfonctionnements internes.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici comment Mishima d\u00e9crypte ce troisi\u00e8me temps fondateur du sublime en tant que tel : \u00ab De retour \u00e0 Yasuoka, je sentis, jour apr\u00e8s jour, ressusciter en mon c\u0153ur la beaut\u00e9 de ce Pavillon d\u2019Or qui m\u2019avait pourtant si cruellement d\u00e9\u00e7u. A la fin, il fut plus merveilleux encore que celui dont j\u2019avais primitivement r\u00eav\u00e9. En quoi l\u2019\u00e9tait-il ? J\u2019eusse \u00e9t\u00e9 incapable de le dire ; mais tout se passait comme si la vision si longtemps nourrie en moi p\u00fbt d\u00e9sormais, avec les retouches de la r\u00e9alit\u00e9, donner \u00e0 son tour une impulsion nouvelle \u00e0 mes r\u00eaves. \u00bb (Ibid., p.64)<\/p>\n\n\n\n<p>Pour se d\u00e9prendre de l\u2019objet surinvesti devenu objet d\u2019obnubilation, il faut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Jorge-Luis Borges qui analyse de fa\u00e7on remarquable cette \u00ab th\u00e9rapie \u00bb de d\u00e9prise que seul est capable de r\u00e9aliser le processus cr\u00e9ateur. Il s\u2019agit de la nouvelle intitul\u00e9e Le Zahir au cours de laquelle Borges met en lumi\u00e8re le r\u00f4le de l\u2019\u00e9criture et du travail psychique qu\u2019elle repr\u00e9sente pour transformer l\u2019objet d\u2019emprise en objet esth\u00e9tique. La ciselure des mots, l\u2019\u00e9laboration stylistique op\u00e8re peu \u00e0 peu une redistribution transformante de la r\u00e9alit\u00e9 et en fait une \u0153uvre artistique transmissible et admirable par un public potentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre &#8211; ici le roman de Mishima qui porte le nom de l\u2019objet convoit\u00e9, le <em>Pavillon d\u2019Or<\/em> &#8211;&nbsp; constitue en quelque sorte le quatri\u00e8me temps, celui de la cr\u00e9ation proprement dite qui traduit dans une r\u00e9alit\u00e9 tangible et concr\u00e8te la figure sublim\u00e9e qui, sinon resterait encore trop fugace et impalpable, soumise \u00e0 des variations qui pourraient la d\u00e9grader. Il est possible d\u2019\u00e9tablir une diff\u00e9rence entre la mani\u00e8re dont Mizoguchi investit le<em> Pavillon d\u2019Or<\/em> et ce que serait une id\u00e9alisation du m\u00eame objet. Id\u00e9alis\u00e9, le temple ne compte plus pour sa beaut\u00e9 mais seulement pour son caract\u00e8re sacr\u00e9. Il est habit\u00e9 par le divin et rayonne de sa spiritualit\u00e9 au lieu d\u2019\u00eatre adul\u00e9 pour son \u00e9clat de magnificence terrestre, m\u00eame si le beau lui conf\u00e8re quelque forme d\u2019\u00e9l\u00e9vation. Le bonze id\u00e9aliste d\u00e9fend l\u2019objet, il est pr\u00eat \u00e0 attaquer en fanatique quiconque menace son int\u00e9grit\u00e9. Il est capable, \u00e0 l\u2019extr\u00eame, de se sacrifier pour \u00e9liminer les ennemis du temple qui viendraient \u00e0 mettre sa survie religieuse en p\u00e9ril.<\/p>\n\n\n\n<p>Mizoguchi est \u00e0 l\u2019inverse de cette posture id\u00e9ale. Il va d\u00e9truire le temple admir\u00e9 pour se l\u2019approprier jalousement, pour s\u2019unir fusionnellement avec lui dans un holocauste auto-destructeur. La jouissance de la possession de l\u2019objet se r\u00e9alise sur un mode sadique de la destruction. Se venger d\u2019un prieur malveillant \u00e9tait une motivation bien pi\u00e8tre, compte-tenu de&nbsp; l\u2019ampleur de la profanation r\u00e9alis\u00e9e. Mishima propose dans le roman des mobiles plus profonds, des mobiles qui, en tout cas, sont totalment en phase avec sa propre r\u00e9alit\u00e9 interne.<br>Deux sc\u00e8nes primitives symboliques sont \u00e9voqu\u00e9es, qui pr\u00e9figurent l\u2019an\u00e9antissement fusionnel de la fin. La jeune fille qui avait humili\u00e9 Mizoguchi en se moquant de son b\u00e9gaiement va \u00eatre cruellement punie par la suite des \u00e9v\u00e9nements. Sa mort sonne comme la vengeance de l\u2019adolescent bless\u00e9. Elle d\u00e9nonce son amant, d\u00e9serteur de la marine r\u00e9fugi\u00e9 dans un temple, un autre temple. Dans sa furie d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, ce dernier l\u2019abat \u00e0 coup de revolver, avant d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame abattu par les gendarmes qui l\u2019avait traqu\u00e9. Longtemps apr\u00e8s le d\u00e9part de tous, Mizoguchi reste cach\u00e9 pr\u00e8s du temple, fascin\u00e9 par le spectacle des corps ensanglant\u00e9s du couple maudit. On sait combien Mishima \u00e9rotisait de telles sc\u00e8nes dont il nourrissait ses fantasmes sado-masochistes.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde sc\u00e8ne est celle de la lactation sublime sur les marches du<em> Pavillon d\u2019Or<\/em>, transformation r\u00e9gressive orale du d\u00e9sir incestueux. Mizoguchi a grandi, il est novice au <em>Pavillon d\u2019Or <\/em>et il contemple le sein offert au lait g\u00e9n\u00e9reux avec une avidit\u00e9 stup\u00e9faite. Il faut se rappeler ici combien Mishima a \u00e9t\u00e9 frustr\u00e9, d\u00e8s les premiers mois de son existence, des temps merveilleux de la t\u00e9t\u00e9e par une grand-m\u00e8re tyrannique qui mesurait chichement la dur\u00e9e<br>r\u00e9glementaire de sa prise de lait au sein maternel.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>Pavillon d\u2019Or<\/em> est le lieu o\u00f9 se d\u00e9roule, dans le roman, la sc\u00e8ne symbolique du lait offert \u00e0 l\u2019amant. Ce dernier mourra \u00e0 la guerre et Mizoguchi \u00e9chouera lamentablement par la suite \u00e0 poss\u00e9der le corps de cette femme si longtemps d\u00e9sir\u00e9. Lorsque la femme entrouvre son kimono pour lui montrer le sein si longtemps convoit\u00e9, Mishima est pris de vertige, et par un renversement m\u00e9tonymique, le sein convoit\u00e9 se m\u00e9tamorphose en image hallucinatoire du <em>Pavillon d\u2019Or<\/em>. Cette vision lui procure une extase qui va entrer en r\u00e9sonance n\u00e9gative avec le m\u00e9pris que lui adresse la femme qui ne comprend pas ce qui arrive \u00e0 Mizoguchi et qui le renvoie brutalement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab St\u00e9rile comme la Beaut\u00e9 m\u00eame, impassible comme elle, et tout offert qu\u2019il f\u00fbt \u00e0 ma vue, il se retranchait peu \u00e0 peu dans son secret essentiel (&#8230;) le sein que je contemplais prit la forme du Temple d\u2019Or. \u00bb (Ibid., p.231)<\/p>\n\n\n\n<p>Sa vengeance se portera sur le temple lui-m\u00eame, symbole de cette m\u00e8re archa\u00efque adul\u00e9e mais inaccessible. Le seul moyen que trouvera le jeune bonze pour assouvir son d\u00e9sir va \u00eatre l\u2019embrasement r\u00e9el de l\u2019objet convoit\u00e9. Le<em> Pavillon d\u2019Or<\/em> repr\u00e9sente la condensation des deux m\u00e8res de Mishima, la grand-m\u00e8re possessive omnipr\u00e9sente et la m\u00e8re toute bonne mais absente. L\u2019image maternelle archa\u00efque est immanquablement associ\u00e9e \u00e0 la mort. Mishima se nourrit de ses fantasmes sadiques et profanateurs, mais il ne passera \u00e0 l\u2019acte que sur lui-m\u00eame dans l\u2019accomplissement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 du Seppuku. Le jeune homme qu\u2019il poss\u00e8de tout en le poignardant et en jouissant des flux de sang qui s\u2019\u00e9coulent de sa blessure n\u2019est, en fin de compte, que son double.<br>Ce fantasme est d\u00e9crit de fa\u00e7on magistrale dans ce r\u00e9cit auto-biographique qu\u2019est Confession d\u2019un masque. Tout se passe comme si, au final, il s\u2019identifiait au d\u00e9sir fou de cette grand-m\u00e8re qui l\u2019idol\u00e2tre au point de pr\u00e9f\u00e9rer qu\u2019il meure plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9e de lui. Mishima r\u00e9dige sa derni\u00e8re \u0153uvre dans les affres du doute, craignant son infertilit\u00e9 cr\u00e9atrice. Il met la derni\u00e8re main \u00e0 son \u0153uvre en r\u00e9digeant L\u2019ange en d\u00e9composition et se suicide, rejoignant par ce geste d\u2019auto-sacrifice celle qui l\u2019avait initi\u00e9 aussi bien \u00e0 la litt\u00e9rature qu\u2019\u00e0 la jouissance du souffrir, la grand-m\u00e8re Natsu, h\u00e9riti\u00e8re ultime d\u2019une longue lign\u00e9e de samoura\u00efs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. De l&rsquo;identification \u00e0 l&rsquo;incendiaire au sacrifice de soi<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Revenons sur la r\u00e9alit\u00e9 du passage \u00e0 l&rsquo;acte du jeune bonze. Le 3 juillet 1950, un bonze novice incendiait le <em>Pavillon d\u2019Or<\/em>, le temple bouddhiste le plus prestigieux de l\u2019ancienne capitale imp\u00e9riale du Japon, Kyoto. Ce qui est incompr\u00e9hensible dans cet acte destructeur, c\u2019est que le coup port\u00e9 au patrimoine artistique japonais ne vient pas de l\u2019ext\u00e9rieur, d\u2019un ennemi suppos\u00e9, mais de l\u2019int\u00e9rieur. L\u2019auteur du crime est l\u2019un des membres de la communaut\u00e9 religieuse qui est cens\u00e9e \u00eatre la gardienne du temple. Hayashi Shoken, tel est son nom, n\u2019avait apparemment aucune complicit\u00e9 externe, il a agi seul, librement et pour son propre compte. Alors pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeune initi\u00e9 avait la ferme intention de mourir au moment m\u00eame o\u00f9 il mettait un terme \u00e0 l\u2019existence du plus pur joyau de l\u2019art bouddhique nippon. Pour lui avant tout \u2013 c\u2019est ce qui est le plus intrigant dans l\u2019histoire \u2013 le <em>Pavillon d\u2019Or<\/em> repr\u00e9sentait le supr\u00eame symbole du Beau, tant au niveau esth\u00e9tique que religieux, car il \u00e9tait profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9 de la doctrine bouddhique. Avant d\u2019allumer le brasier qu\u2019il avait soigneusement pr\u00e9par\u00e9 en entassant meubles et chaises, il avale une trentaine de somnif\u00e8res et s\u2019enferme dans le temple. Puis il se juche en haut du b\u00fbcher dont les flammes commencent \u00e0 grandir et se frappe la poitrine d\u2019un coup de poignard. La mise en sc\u00e8ne est parfaite, avec la mort pour ultime certitude, au terme de ce grandiose autodaf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, le sort en d\u00e9cide autrement. Le<em> Pavillon d\u2019Or <\/em>est bien enti\u00e8rement consum\u00e9 par l\u2019incendie, mais Shoken \u00e9chappe myst\u00e9rieusement au sinistre. Les policiers qui interviennent promptement sur les lieux le retrouvent install\u00e9 sur la colline qui fait face au temple, en train de contempler tranquillement son \u0153uvre. Les flammes \u00e9clairent encore la nuit et Shoken est arr\u00eat\u00e9. Il est dans un \u00e9tat second, s\u00e9rieusement bless\u00e9 au c\u00f4t\u00e9, mais il est encore en mesure de parler. Ce que d\u00e9clare Shoken ne fait pourtant qu\u2019accro\u00eetre le caract\u00e8re \u00e9nigmatique de l\u2019acte. S\u2019il a voulu d\u00e9truire le fameux pavillon, c\u2019est \u00ab par haine de la beaut\u00e9 \u00bb. La haine \u00e9tant le renversement en son contraire de l\u2019\u00e9lan amoureux, peut-on dire que l\u2019agir du jeune bonze correspondrait simplement \u00e0 une sorte de d\u00e9pit amoureux ? Certainement, mais il faut pousser plus loin l\u2019analyse pour saisir les mobiles qui ont conduit \u00e0 un tel retournement et surtout quelle est la nature du mouvement passionnel qui unit un sujet \u00e0 un objet inerte, fut-il un monument de beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019expert psychiatre qui a rencontr\u00e9 Shoken a vu en lui un \u00ab psychopathe de type schizo\u00efde \u00bb. Parler de psychopathie est peut-\u00eatre excessif dans la mesure o\u00f9 Shoken ne s\u2019en prend pas \u00e0 autrui. Certes son acte fait montre d\u2019une grande agressivit\u00e9, mais elle est de nature suicidaire. Il exerce sa destructivit\u00e9 contre sa seule et unique personne, lui-m\u00eame. Il est d\u00e9crit comme un gar\u00e7on renferm\u00e9 et taciturne qui a tendance \u00e0 s\u2019isoler et \u00e0 se replier sur lui-m\u00eame.<br>Il s\u2019int\u00e9resse peu \u00e0 ses \u00e9tudes et cherche \u00e0 se r\u00e9fugier dans la r\u00eaverie. Il est amen\u00e9 \u00e0 la transgression pour se retrouver dans ses fugues solitaires et renouer avec son monde int\u00e9rieur. Shoken explique par la suite qu\u2019il a agi pour se venger du prieur du temple qu\u2019il ha\u00efssait. Peu \u00e0 peu, il s\u2019\u00e9tait enferm\u00e9 dans une spirale de provocations \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la communaut\u00e9 dont il ne se sentait pas vraiment faire partie. Son rapport \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 que repr\u00e9sentait le prieur s\u2019\u00e9tait tellement d\u00e9grad\u00e9 qu\u2019il ne savait plus du tout comment s\u2019en sortir autrement qu\u2019en posant un acte qui prenait pour lui une valeur d\u00e9finitive : d\u00e9truire ce que v\u00e9n\u00e9raient ses fr\u00e8res en Bouddha et ab\u00eemer son propre d\u00e9shonneur dans les flammes.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait dire que l\u2019agir du jeune bonze est, en fait, un acte fanatique par inversion. Au lieu d\u2019agir pour la seule gloire de son groupe d\u2019appartenance, il agit par int\u00e9r\u00eat personnel. Au lieu de se conformer au dogme et de le porter aux nues, il le bafoue et le foule aux pieds dans un geste sacril\u00e8ge. Les explications que Shoken donne aux enqu\u00eateurs confirment notre lecture. Il affirme dans des propos quelque peu d\u00e9cousus et confus que le bouddhisme est vou\u00e9 \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence car il s\u2019endort sur ses vieilles traditions. Il avoue \u00eatre scandalis\u00e9 par la qui\u00e9tude et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 affich\u00e9es par les dirigeants du culte. En somme, si son acte avait un objectif pr\u00e9cis \u2013 ce qui reste \u00e0 prouver, car il donne ces explications dans l\u2019apr\u00e8s-coup \u2013 ce serait de sacrifier le Beau pour r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer l\u2019Id\u00e9al. Mais stricto sensu, le geste de Shoken se r\u00e9duit \u00e0 sa seule n\u00e9gativit\u00e9. Il est d\u00e9nu\u00e9 de toute revendication et il ne comporte aucune proposition. En cherchant \u00e0 se d\u00e9truire lui-m\u00eame avec l\u2019objet, le fanatique invers\u00e9 commet un pur acte de d\u00e9sespoir. Pour lui, pas de Grand Soir ni de lendemains qui chantent, pr\u00e9vaut seul l\u2019an\u00e9antissement \u00e0 la fois de soi et de tout d\u00e9sir. Par son geste \u00e9minemment provocateur, Shoken, l\u2019anti-sectateur, r\u00e9alise une \u00e9trange apoth\u00e9ose au cours de laquelle s\u2019\u00e9vanouit et le sujet d\u00e9sirant et l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9. Mieux, il s\u2019approprie, dans et par sa destruction m\u00eame, l\u2019objet id\u00e9al v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par tout un peuple. En entra\u00eenant avec lui pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 le Pavillon d\u2019Or, il en prive \u00e0 jamais le reste de l\u2019humanit\u00e9. Geste qui eut un retentissement immense \u00e0 travers tout le Japon et qui vint encore accentuer le sentiment de d\u00e9faite apr\u00e8s la chute de l\u2019Empire en 1945. Le choc fut si rude qu\u2019il fut d\u00e9cid\u00e9 de reconstruire \u00e0 l\u2019identique, dans le moindre d\u00e9tail, ce symbole in\u00e9gal\u00e9 d\u2019un peuple et d\u2019une culture.<\/p>\n\n\n\n<p>Yukio Mishima, jeune \u00e9crivain \u00e2g\u00e9 de 25 ans au moment de l\u2019incendie du temple, est si impressionn\u00e9 par l\u2019acte de Shoken et sa port\u00e9e symbolique qu\u2019il entreprend d\u2019en raconter l\u2019histoire. Cinq ann\u00e9es de documentation, d\u2019analyse et d\u2019\u00e9criture. Le roman para\u00eet en 1955 et obtient un vif succ\u00e8s. Mishima y excelle aussi bien dans le style que dans la finesse et la qualit\u00e9 de la compr\u00e9hension interne du personnage. En s\u2019identifiant totalement \u00e0 l\u2019auteur du crime, il nous retrace par le menu tous les moments de la fomentation. Chacun peut revivre, \u00e0 travers ses mots, les tourments int\u00e9rieurs du jeune bonze et le cheminement psychique qui l\u2019a conduit \u00e0 l\u2019immolation supr\u00eame. Evidemment Yukio Mishima pr\u00eate au personnage sa version des faits et les interpr\u00e9tations qu\u2019il propose rel\u00e8vent de sa propre vision du monde, m\u00eame s\u2019il se limite strictement \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements et au portrait psychique du h\u00e9ros tel qu\u2019il a pu le reconstruire \u00e0 partir des propos que Shoken a tenus et du t\u00e9moignage des proches.<\/p>\n\n\n\n<p>Shoken est devenu sous la plume de Mishima le personnage immortel de Mizoguchi auquel chacun va pouvoir, le temps d\u2019une lecture, s\u2019identifier. Au-del\u00e0 des donn\u00e9es \u00e9v\u00e8nementielles, ce jeune homme a acquis une dimension universelle et il nous parle du tragique dans ce que chacun, \u00e0 un niveau ou un autre, est \u00e0 m\u00eame de saisir et d\u2019entendre. Nous ne sommes pas tous des incendiaires potentiels, mais nous pouvons marcher pas \u00e0 pas sur les traces de celui qui a commis l\u2019acte et percevoir les raisons internes qui ont motiv\u00e9 son geste. Mizoguchi est construit un peu sur le mod\u00e8le du\u00a0<em>Richard III<\/em>\u00a0de Shakespeare. D\u00e9favoris\u00e9 par la nature \u2013 il est b\u00e8gue et plut\u00f4t laid \u2013 il va chercher \u00e0 se venger d\u2019elle. Mais la comparaison s\u2019arr\u00eate l\u00e0\u00a0: il ne sera ni sadique, ni meurtrier\u00a0; m\u00eame si la logique parano\u00efaque e\u00fbt voulu qu\u2019il assassine le vrai pers\u00e9cuteur, celui qui focalisait sa haine et par qui il se sentait humili\u00e9 et brim\u00e9, le prieur du temple. Cela aurait \u00e9t\u00e9 trop simple, en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019histoire est plus complexe.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa33\">Parall\u00e8lement \u00e0 sa souffrance psychique, Mizoguchi a un ego d\u00e9mesur\u00e9, il se sent taill\u00e9 pour de grandes&nbsp;choses et il vit mal la petite vie \u00e9triqu\u00e9e du bonze moyen. Les r\u00e8gles, les punitions l\u2019oppressent, lui qui r\u00eave de beaut\u00e9 et d\u2019id\u00e9al. Mizoguchi s\u2019est fait bonze pour \u00eatre au contact permanent de l\u2019objet de sa fascination, le&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>. Il a d\u00e9pos\u00e9 dans cet objet mythique toute sa force d\u2019aimer. Compensation id\u00e9ale \u00e0 une existence terne et d\u00e9primante. Contempler le&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>&nbsp;suffit \u00e0 remplir son c\u0153ur de joie et d\u2019all\u00e9gresse. Que repr\u00e9sente cette image de la beaut\u00e9 id\u00e9alis\u00e9e qui va devenir pour l\u2019anti-h\u00e9ros la cible privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 d\u00e9truire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa34\">Mishima en fait, \u00e0 juste titre pensons-nous, une forme symbolique de la m\u00e8re. Mais pas n\u2019importe quelle image de la m\u00e8re, la m\u00e8re archa\u00efque, la m\u00e8re des origines. Le&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>&nbsp;figure la bonne m\u00e8re, la m\u00e8re nourrici\u00e8re au sein g\u00e9n\u00e9reux. Ce n\u2019est pas la m\u00e8re \u0153dipienne qui oriente le choix sexuel futur du gar\u00e7on, mais la m\u00e8re qui donne au b\u00e9b\u00e9 son plaisir d\u2019exister et son amplitude narcissique. Tout ce que Shoken l\u2019incendiaire n\u2019a pas eu, d\u2019apr\u00e8s l\u2019enqu\u00eate de Mishima. La m\u00e8re \u00e9tait d\u00e9faillante dans ses premiers soins \u00e0 l\u2019enfant et pr\u00e9sentait m\u00eame des traits pervers, se complaisant \u00e0 laisser le nourrisson dans la d\u00e9tresse. Rester sourde aux cris et aux plaintes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s constitue une maltraitance av\u00e9r\u00e9e de la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa35\">Le jeune Mizoguchi pense trouver dans la communaut\u00e9 des bonzes, une enveloppe maternelle contenante et protectrice. D\u00e9\u00e7u par les rivalit\u00e9s mesquines et les brimades qu\u2019il vit comme des pers\u00e9cutions, il se r\u00e9fugie dans un imaginaire merveilleux o\u00f9 triomphent deux repr\u00e9sentations dominantes et structurantes pour son psychisme d\u00e9faillant&nbsp;: la mer et le&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>. Mishima insiste beaucoup sur la puissance apaisante de la mer pour Mizoguchi. Il fuit de temps \u00e0 autre la compagnie des moines pour aller se ressourcer, solitaire, au contact de la mer. Il en revient apais\u00e9 et pouvant supporter, d\u00e8s lors, les affres du quotidien. Si la mer constitue l\u2019ambiance basique de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et de bien-\u00eatre, le&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>&nbsp;est l\u2019objet de pure beaut\u00e9 dont la contemplation nourrit la vie psychique, \u00e0 la mani\u00e8re du bon sein. Pour forger cette image id\u00e9alis\u00e9e du&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>&nbsp;\u00e0 la source de la v\u00e9n\u00e9ration illimit\u00e9e de Mizoguchi, Mishima introduit deux sc\u00e8nes capitales qui vont pr\u00e9parer dans une certaine mesure le d\u00e9nouement ultime de l\u2019histoire, et en fournir quelques pistes de compr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa36\">A la fin de l\u2019enfance, Mizoguchi est t\u00e9moin d\u2019une sc\u00e8ne \u00e9trangement inqui\u00e9tante qui va le marquer profond\u00e9ment. Il est dissimul\u00e9 dans un buisson et il voit de sa cachette, en haut des marches du&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>, une jeune femme en compagnie de son amant. Elle a ouvert son kimono et laisse appara\u00eetre un sein blanc immacul\u00e9. Fascin\u00e9, l\u2019enfant ne voit bient\u00f4t plus que cette sublime part du corps f\u00e9minin. Mais que fait-elle&nbsp;? Elle a entour\u00e9 le sein \u00e9panoui de ses deux mains et le presse pour en faire jaillir un lait g\u00e9n\u00e9reux qu\u2019elle d\u00e9verse dans la tasse de th\u00e9 de son amant. Ce dernier partira bient\u00f4t pour la guerre et ne reviendra jamais plus. Mais la sc\u00e8ne de la sublime lactation va hanter l\u2019imaginaire de Mizoguchi devenu adolescent et venu servir comme bonze aupr\u00e8s du&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa37\">Il est int\u00e9ressant de noter au passage la troublante correspondance avec une autre sc\u00e8ne, celle-l\u00e0 issue d\u2019un imaginaire m\u00e9di\u00e9val compl\u00e8tement \u00e9tranger \u00e0 la culture de Mishima. Bernard de Clervaux, le c\u00e9l\u00e8bre fondateur de l\u2019ordre cistercien, le futur Saint-Bernard rapporte dans ses \u00e9crits la vision fantasmatique d\u2019un \u00e9pisode qui le plongea dans un profond \u00e9tat extatique, vision connue sous le nom du miracle de la lactation. Dans une petite chapelle, en pri\u00e8re au pied-d\u2019une statue de la Vierge, il vit Marie ouvrir sa tunique, sortir l\u2019un de ses seins et le presser g\u00e9n\u00e9reusement afin d\u2019asperger du lait divin le visage du mystique au comble de la jouissance. Seul J\u00e9sus enfant avait connu ce sublime privil\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa38\">Le fait qu\u2019une sc\u00e8ne similaire soit cr\u00e9\u00e9e par un \u00e9crivain japonais \u00e0 mille lieues de la pens\u00e9e chr\u00e9tienne atteste de la valeur universelle des repr\u00e9sentations originaires inconscientes. Fort de cette vision r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice de la lactation, le jeune Mizoguchi la d\u00e9place sur la totalit\u00e9 du lieu sacr\u00e9 o\u00f9 elle s\u2019est produite et en fait l\u2019image absolue de la Beaut\u00e9 id\u00e9alis\u00e9e. Apr\u00e8s la mort de son amant soldat, la jeune et belle m\u00e8re perd son b\u00e9b\u00e9 et sombre dans la prostitution pour survivre. Lors d\u2019une soir\u00e9e de d\u00e9bauche en ville, le novice Mizoguchi rencontre celle qui avait aliment\u00e9 ses fantasmes d\u2019enfant et tente d\u2019avoir une relation sexuelle avec elle. Malheureusement, lorsque la femme d\u00e9voile sa superbe poitrine, l\u2019adolescent est saisi d\u2019un malaise. Le Sein de la lactation de l\u2019image fantasmatique vient s\u2019interposer entre lui et le corps f\u00e9minin d\u00e9sir\u00e9. Il reste impuissant et se fait m\u00e9priser par la femme qui s\u2019en veut d\u2019avoir perdu son temps avec lui. Plong\u00e9 dans l\u2019amertume et le d\u00e9sespoir, Mizoguchi commence \u00e0 songer \u00e0 en finir avec cette vie de d\u00e9solation. Son image r\u00e9currente et sublime de la femme, de la m\u00e8re, de l\u2019amante est d\u00e9finitivement d\u00e9truite. Qu\u2019en serait-il s\u2019il arrivait la m\u00eame chose au&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa39\">Peu \u00e0 peu, s\u2019\u00e9clairent dans l\u2019\u0153uvre de Yukio Mishima les mobiles inconscients qui conduisent \u00e0 l\u2019acte fanatique par inversion n\u00e9gatrice. La beaut\u00e9 est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, elle a une dur\u00e9e forc\u00e9ment limit\u00e9e, elle doit forc\u00e9ment dispara\u00eetre. Comme il ne pourrait survivre \u00e0 la disparition du&nbsp;<em>Pavillon d\u2019Or<\/em>, Mizoguchi pense qu\u2019il vaut mieux qu\u2019il devienne l\u2019auteur de cette disparition. Il substitue \u00e0 l\u2019insoutenable&nbsp;spectacle de la fin derni\u00e8re de l\u2019objet aim\u00e9, spectacle passivement subi, l\u2019id\u00e9e d\u2019une ultime communion avec l\u2019objet au sein d\u2019une disparition partag\u00e9e. Un holocauste actif de dissolution totale. Le fanatique du n\u00e9ant pr\u00e9f\u00e8re conserver uniquement pour lui, jalousement, l\u2019objet de son amour passionnel. Holocauste total de soi et de l\u2019objet id\u00e9al fusionn\u00e9 pour en priver \u00e0 jamais les autres et le monde.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa40\">Apprenant son geste impensable, la m\u00e8re de Shoken a cherch\u00e9 vainement \u00e0 le revoir. Il s\u2019est refus\u00e9 fermement \u00e0 cette rencontre. De d\u00e9sespoir, pour effacer le d\u00e9shonneur g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par ce fils maudit, elle a fini par se suicider. Nous ne savons pas si Shoken a surv\u00e9cu \u00e0 cette double disparition, celle de la m\u00e8re id\u00e9alis\u00e9e et celle de la m\u00e8re r\u00e9elle. Un suicide rat\u00e9 peut \u00eatre l\u2019occasion d\u2019un nouveau d\u00e9part dans la vie, mais qu\u2019en est-il \u00e0 ce moment-l\u00e0 de la fibre fanatique mue par le seul d\u00e9sir de destruction&nbsp;? Shoken est un kamikaze qui retourne contre l\u2019objet la violence d\u00e9ploy\u00e9e. Pour lui pas d\u2019autosacrifice au profit d\u2019une Cause, ni de b\u00e9n\u00e9fice personnel escompt\u00e9 dans l\u2019autre monde pour prix de l\u2019acte destructeur. D\u00e9truire pour soi et pour un soi qui n\u2019a d\u2019autre avenir que le n\u00e9ant. Comment survivre \u00e0 une telle d\u00e9marche&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa41\">Quant \u00e0 Mishima lui-m\u00eame, il surv\u00e9cut quinze ans \u00e0 son identification \u00e0 Shoken, le h\u00e9ros de la n\u00e9gativit\u00e9.&nbsp;<em>Le Pavillon d\u2019Or<\/em>&nbsp;eut un succ\u00e8s mondial d\u00fb \u00e0 la qualit\u00e9 litt\u00e9raire de l\u2019\u0153uvre et peut-\u00eatre surtout \u00e0 la prodigieuse performance d\u2019empathie de l\u2019auteur vis-\u00e0-vis du jeune incendiaire. Voulant renouer avec les valeurs authentiques du Samoura\u00ef, Mishima a cr\u00e9\u00e9 un mouvement politique traditionaliste et s\u2019est laiss\u00e9 emporter par une v\u00e9ritable d\u00e9rive sectaire qui l\u2019a conduit \u00e0 un suicide rev\u00eatant le masque de la fin honorable de la figure h\u00e9ro\u00efque du Samoura\u00ef. Avec trois autres comparses partageant la m\u00eame vision quasi d\u00e9lirante d\u2019un Japon purifi\u00e9, il s\u2019est livr\u00e9 au&nbsp;<em>Seppuku<\/em>, l\u2019\u00e9ventration suicidaire rituelle. Contrairement \u00e0 son personnage de Mizoguchi, il n\u2019a rien d\u00e9truit dans son acte. Il a tent\u00e9 d\u2019entra\u00eener un sursaut nationaliste qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019un lamentable \u00e9chec. Le g\u00e9nie litt\u00e9raire de l\u2019auteur s\u2019est retourn\u00e9 en un fanatisme d\u00e9risoire qui n\u2019a fait de victime que lui-m\u00eame et les quelques amis qu\u2019il a entra\u00een\u00e9s dans ses folles visions imaginaires d\u2019une tradition h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Mishima Yukio (1956), <em>Le pavillon d\u2019or<\/em>, Paris, Gallimard,1980.<\/p>\n\n\n\n<p>Nathan John (1974), <em>La vie de Mishima<\/em>, Paris, Gallimard, 1980.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10268?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab La beaut\u00e9 est un cheval superbe \u00e9chapp\u00e9 (&#8230;)le fant\u00f4me d\u2019un cheval blanc immacul\u00e9. \u00bbYukio Mishima, Le bois du plein de la fleur \u00ab La beaut\u00e9, l\u2019extase de la mort constituentle Saint-Graal personnel de Mishima. \u00bbJohn Nathan, La vie de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[200],"auteur":[1385],"dossier":[507],"mode":[61],"revue":[508],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10268","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-litterature","auteur-bernard-chouvier","dossier-la-creation-et-ses-environnements","mode-gratuit","revue-508","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10268","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10268"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10268\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16247,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10268\/revisions\/16247"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10268"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10268"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10268"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10268"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10268"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10268"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10268"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10268"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10268"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}