{"id":10266,"date":"2021-08-22T07:31:39","date_gmt":"2021-08-22T05:31:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/winnicott-libido-precoce-et-sexuel-profond-2\/"},"modified":"2021-10-24T20:51:59","modified_gmt":"2021-10-24T18:51:59","slug":"winnicott-libido-precoce-et-sexuel-profond","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/winnicott-libido-precoce-et-sexuel-profond\/","title":{"rendered":"Winnicott : libido pr\u00e9coce et sexuel profond"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab Je me rends compte moi-m\u00eame que lorsque je parle de la r\u00e9gression et des probl\u00e8mes infantiles pr\u00e9coces, les gens pensent tr\u00e8s facilement que je suis incapable de faire un bout d\u2019analyse ordinaire incluant la pulsion et le travail ordinaire dans la situation transf\u00e9rentielle, que je consid\u00e8re \u00e0 vrai dire toujours comme allant de soi, sachant qu\u2019il est sans objet de chercher \u00e0 d\u00e9couvrir de nouvelles choses si on oublie les anciennes. \u00bb<footer>Lettre \u00e0 Hanna Ries, 27 nov. 1953, in <strong>Lettres vives<\/strong>, p. 94.<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab \u2026nous essayons tous d\u2019exprimer la m\u00eame chose, \u00e0 ceci pr\u00e8s que j\u2019ai une mani\u00e8re irritante de les dire dans mon propre langage au lieu d\u2019apprendre \u00e0 utiliser les termes de la m\u00e9tapsychologie psychanalytique.<br>J\u2019essaie de trouver pourquoi je me m\u00e9fie de ces termes si profond\u00e9ment. Est-ce parce qu\u2019ils peuvent donner l\u2019apparence d\u2019une compr\u00e9hension commune alors qu\u2019une telle compr\u00e9hension n\u2019existe pas ? Ou est-ce \u00e0 cause de quelque chose en moi ? Cela peut, bien s\u00fbr, \u00eatre les deux. \u00bb<footer>Lettre \u00e0 Anna Freud, 18 mars 1954, Loc. cit. p. 98.<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div>\u00ab Il me semble tr\u00e8s difficile d\u2019amener les analystes \u00e0 consid\u00e9rer la toute premi\u00e8re enfance autrement qu\u2019en termes de pulsions et de d\u00e9sirs. \u00bb<footer>Lettre \u00e0 Clifford Scott, le 13 avril 1954, loc. cit. p. 101.<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Autant le dire tout de suite : je ne vois pas ce qu\u2019on gagnerait \u00e0 \u00e9tablir si oui ou non Winnicott adh\u00e9rait explicitement \u00e0 la th\u00e9orie freudienne des pulsions. De toute fa\u00e7on, il est clair que le concept op\u00e8re dans sa pens\u00e9e. La question est plut\u00f4t de savoir si la place qu\u2019il fait occuper \u00e0 celui-ci dans le cadre de la t\u00e2che pratique est de nature \u00e0 faciliter ou au contraire \u00e0 nuire \u00e0 la conduite de l\u2019analyse. En ce qui me concerne, je n\u2019h\u00e9siterai pas \u00e0 dire que la pens\u00e9e de Winnicott m\u2019aide \u00e0 travailler, j\u2019allais dire \u00e0 survivre, comme analyste. Or comme ma pratique d\u2019analyste et ma compr\u00e9hension de l\u2019ensemble conceptuel qui \u00e9claire mon travail tient amplement compte de la notion de pulsion, j\u2019ai \u00e0 me demander si ces deux aspects de ma pratique clinique et th\u00e9orique sont congruents ou s\u2019ils d\u00e9notent un \u00e9clectisme discutable. Je n\u2019ignore pas que chacun d\u2019entre nous produit une sorte de \u00ab bricolage \u00bb th\u00e9orique avec lequel il peut s\u2019expliquer \u00e0 lui-m\u00eame, le plus souvent dans l\u2019apr\u00e8s-coup, sa pratique. Je sais aussi que ce qui se dit en th\u00e9orie ne correspond pas syst\u00e9matiquement \u00e0 ce qui se fait en s\u00e9ance. Il ne s\u2019agit pas seulement de l\u2019\u00e9cart in\u00e9vitable entre th\u00e9orie et pratique, tel que l\u2019a \u00e9tudi\u00e9 J.-L. Donnet, mais aussi de ces \u00ab arrangements \u00bb, de ces improvisations et exp\u00e9dients que tout analyste, je suppose, est amen\u00e9 \u00e0 produire dans le cours de sa pratique. Improvisations et arrangements qui d\u00e9notent bien la nature particuli\u00e8re de l\u2019aventure analytique ; je veux dire par l\u00e0 que cette aventure, comme toute aventure v\u00e9ritable, est ouverte sur l\u2019impr\u00e9vu, qu\u2019elle ne saurait donc \u00eatre parfaitement balis\u00e9e par une claire vision th\u00e9orique de ce qui s\u2019y passe. Ce serait m\u00eame une monstruosit\u00e9 technique \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019entreprise analytique et \u00e0 son \u00e9thique, si nous pensions pouvoir tenir sous un contr\u00f4le constant et toujours guid\u00e9 par la th\u00e9orie ce qui se produit dans le transfert qui noue les deux membres du couple analytique. Il y aurait danger de pens\u00e9e totalitaire et d\u2019emprise au lieu de l\u2019effort de d\u00e9gagement et de libert\u00e9 que repr\u00e9sente l\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Or ce qui est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant avec Winnicott, c\u2019est que son \u0153uvre est de nature \u00e0 rendre pensable l\u2019irruption de l\u2019impr\u00e9vu, du geste spontan\u00e9 et de la cr\u00e9ation <em>in situ<\/em> au cours de l\u2019analyse. Th\u00e9orisation paradoxale, il va de soi, qui pense ses propres limites et la possibilit\u00e9 de son d\u00e9passement pratique sans espoir de syst\u00e9matisation en quelque manuel. Cet intervalle de libert\u00e9, ces marges un peu floues entre une ferme th\u00e9orie et une pratique ouverte sur la cr\u00e9ation, voil\u00e0, entre autres choses, ce qui rend pour moi la fr\u00e9quentation de Winnicott si inspirante, quand bien m\u00eame son alignement conceptuel laisserait trop de \u00ab jeu \u00bb, si on me permet ce clin d\u2019\u0153il. C\u2019est que ce \u00ab jeu \u00bb me devient au contraire de plus en plus n\u00e9cessaire dans mon d\u00e9sir, peut-\u00eatre pr\u00e9tentieux et utopique, de parvenir \u00e0 dire quelque chose de ne serait-ce que l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rent sur mon exp\u00e9rience d\u2019analyste. Dans cette optique, le texte phare de Winnicott est pour moi <em>The Use of an Object and Relating Through Identifi\u00adcations<\/em><sup>1<\/sup> qui se base sur une communication faite \u00e0 New-York le 12 novembre 1968, c\u2019est-\u00e0-dire pas tr\u00e8s longtemps avant sa mort. Pour qui conna\u00eet les p\u00e9rip\u00e9ties entourant cette pr\u00e9sentation, ce texte a pos\u00e9 \u00e0 ses premiers auditeurs le probl\u00e8me pr\u00e9cis dont il traite, celui de leur capacit\u00e9 de \u00ab survivre \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9lan cr\u00e9ateur-destructeur de Winnicott lui-m\u00eame. Or on sait que les discutants new-yorkais ont si mal \u00ab surv\u00e9cu \u00bb que Winnicott lui-m\u00eame a failli mourir dans la suite imm\u00e9diate de cette rencontre. Je mentionne cela pour souligner que le texte winnicottien est tellement pr\u00e8s de la chose dont il parle qu\u2019il se pr\u00e9sente \u00e0 nous pour ainsi dire \u00ab en acte \u00bb et non comme simple compte-rendu th\u00e9orique d\u2019une exp\u00e9rience v\u00e9cue par lui jadis, ailleurs. \u00c0 mon avis, c\u2019est la marque d\u2019une psychanalyse vivante, quand, tout comme dans un vrai texte litt\u00e9raire, l\u2019\u00e9crit porte en lui au moins une partie de la charge qui a suscit\u00e9 son \u00e9criture et la transmet \u00e0 ses lecteurs qui, de leur c\u00f4t\u00e9, doivent savoir y survivre<sup>2<\/sup>.<br>Dans ce sens, le pulsionnel me para\u00eet d\u2019embl\u00e9e pr\u00e9sent chez Winnicott, m\u00eame quand il ne semble pas intentionnellement vis\u00e9 par lui. Mais ce serait trop simple de se contenter de faire ainsi cr\u00e9dit \u00e0 Winnicott de son all\u00e9geance \u00e0 la th\u00e9orie des pulsions. Je crois en effet que le pulsionnel, le sexuel, travaille dans sa pens\u00e9e en fonction de sa fa\u00e7on particuli\u00e8re de penser la pratique psychanalytique avec la m\u00e9fiance dont il fait \u00e9tat envers la langue m\u00e9tapsychologique. On pourrait ainsi craindre que l\u2019espace potentiel o\u00f9 il se situe puisse se d\u00e9grader en relativisme ou en subjectivisme. On peut \u00e0 mon avis \u00e9viter un tel destin \u00e0 condition de garder bien tendue l\u2019\u00e9coute &#8211; au sens auditif comme au sens marin du terme -, \u00e9coute qui non seulement d\u00e9note une \u00e9thique de la discussion entre psychanalystes, mais nous fait aussi entendre les \u00e9chos proprement freudiens de la pens\u00e9e de Winnicott. Je voudrais ici proposer une telle \u00e9coute. L\u2019\u00e9coute d\u2019un Winnicott qui ne remplace pas Freud, mais lui ajoute quelque chose comme une nouvelle interface.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pr\u00e9sence du sexuel<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019appui de la th\u00e8se que Winnicott tient pleinement compte du sexuel, j\u2019invoquerai, outre les lettres cit\u00e9es en \u00e9pigraphe, des textes comme celui, en apparence tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de la question, intitul\u00e9 <em>Contribution de l\u2019observation directe des enfants \u00e0 la psychanalyse<\/em><sup>3<\/sup>. Texte de 1957, mais qui reste d\u2019une grande pertinence, surtout aujourd\u2019hui o\u00f9 l\u2019observation directe a beaucoup plus d\u2019adeptes. La finesse dialectique de Winnicott est ici \u00e0 son apog\u00e9e. Il distingue, en des termes tr\u00e8s simples, entre profond (<em>deep<\/em>) et pr\u00e9coce (<em>early<\/em><sup>4<\/sup>). Distinction importante qui, comme on le verra, situe assez pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019advenue du pulsionnel dans la psych\u00e9 infantile. Usant implicitement, comme il l\u2019a fait dans d\u2019autres textes, de la notion d\u2019apr\u00e8s-coup<sup>5<\/sup>, Winnicott pr\u00e9cise que le profond s\u2019instaure dans un second temps par rapport aux exp\u00e9riences pr\u00e9coces. Il \u00e9crit : \u00ab Certains concepts ont l\u2019air vrai de mon point de vue quand je pratique l\u2019analyse, mais sonnent faux lorsque je suis en train d\u2019observer des enfants dans ma clinique \u00bb. Mais pour qui penserait qu\u2019il oppose l\u00e0 un d\u00e9menti \u00e0 la conceptualisation tir\u00e9e de l\u2019analyse, il ajoute aussit\u00f4t que : \u00ab (\u2026) l\u2019observation directe est incapable de construire par elle-m\u00eame une psychologie de la premi\u00e8re enfance \u00bb (p.114) et conclut par cette formule : \u00ab En deux mots : le petit humain doit faire un bout de chemin \u00e0 partir du pr\u00e9coce pour avoir la maturit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00eatre profond. \u00bb (<em>Ibid<\/em>.) Nous tenterons de d\u00e9crire ce \u00ab bout de chemin \u00bb mais pour l\u2019instant, mettons en r\u00e9serve cette distinction entre pr\u00e9coce et profond et tournons-nous vers les commentaires que Winnicott a lui-m\u00eame faits \u00e0 son texte sur l\u2019utilisation de l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un de ces commentaires, dat\u00e9 de janvier 1969 et publi\u00e9 apr\u00e8s sa mort, Winnicott met en parall\u00e8le les pens\u00e9es qu\u2019il a d\u00e9velopp\u00e9es dans sa fameuse conf\u00e9rence de New York avec le d\u00e9veloppement de Freud dans <em>Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme<\/em><sup>6<\/sup>. Ce rapprochement, \u00e9tonnant \u00e0 premi\u00e8re vue, se r\u00e9v\u00e8le des plus \u00e9clairants quant \u00e0 la position de Winnicott sur la th\u00e9orie pulsionnelle. Il renvoie en effet explicitement au dernier dualisme freudien. Il serait trop long et hors de notre propos de suivre tous les d\u00e9veloppements qui figurent dans ce commentaire. J\u2019en souligne les \u00e9l\u00e9ments les plus en rapport avec notre th\u00e8me. Winnicott adh\u00e8re volontiers \u00e0 l\u2019opposition &#8211; formul\u00e9e par Emp\u00e9docle d\u2019Agrigente et cit\u00e9e par Freud \u00e0 l\u2019appui du dernier dualisme pulsionnel &#8211; entre <em>philia<\/em>, ou tendance \u00e0 l\u2019agglom\u00e9ration et \u00e0 l\u2019unit\u00e9, et <em>neikos<\/em>, ou tendance au d\u00e9sordre, \u00e0 la discorde. Comme tant d\u2019autres, Winnicott ne voit<sup>7<\/sup>. Winnicott pense n\u00e9anmoins qu\u2019avec la pulsion de mort, Freud s\u2019effor\u00e7ait de formuler quelque chose de \u00ab global \u00bb (<em>comprehensive<\/em>), mais pour lequel lui manquait la le\u00e7on qu\u2019allait fournir dans les d\u00e9cennies suivant sa mort l\u2019exp\u00e9rience avec les patients <em>borderline<\/em> et psychotiques. \u00ab Les psychanalystes, \u00e9crit-il, allaient apprendre qu\u2019il se passe beaucoup de choses chez les b\u00e9b\u00e9s en rapport avec le besoin, tel que distinct du d\u00e9sir et distinct des repr\u00e9sentants (pr\u00e9-g\u00e9nitaux) du \u00e7a qui exige satisfaction. \u00bb (p. 242.)<\/p>\n\n\n\n<p>Parlant, toujours dans ce commentaire de 1969, de la destruction de l\u2019objet, il \u00e9crit ce qui suit : \u00ab On verra que j\u2019essaie de r\u00e9crire une petite partie de notre th\u00e9orie. Cette pouss\u00e9e provocante\/destructive\/agressive\/envieuse (Klein), n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne relevant du principe de plaisir\/douleur. Elle n\u2019a rien \u00e0 voir avec la col\u00e8re due \u00e0 la frustration qui est associ\u00e9e au principe de r\u00e9alit\u00e9. Elle pr\u00e9c\u00e8de cet ensemble de ph\u00e9nom\u00e8nes qui sont vrais chez les n\u00e9vros\u00e9s mais ne le sont pas chez les psychotiques. \u00bb (p. 246). Winnicott, qui r\u00e9cuse la pulsion de mort, admet donc quand m\u00eame un au-del\u00e0, ou un en-de\u00e7a, du principe de plaisir. Ce qui, au passage, change sensiblement l\u2019id\u00e9e que l\u2019on peut se faire de sa conception de l\u2019univers des besoins. Loin du \u00ab long fleuve tranquille \u00bb qu\u2019on semble parfois postuler lorsqu\u2019il est question des besoins vitaux et de l\u2019adaptation, il y voit plut\u00f4t des pouss\u00e9es potentiellement destructrices du seul fait, pour le b\u00e9b\u00e9, de vivre, de respirer : \u00ab \u00c0 cette \u00e9tape d\u2019importance vitale, la vivacit\u00e9 destructive (feu, air ou autre) de l\u2019individu est simplement un sympt\u00f4me du fait d\u2019\u00eatre vivant\u2026 \u00bb (p. 239). Vitalisme au lieu du pulsionnel ? Je crois au contraire que la \u00ab vivacit\u00e9 destructive \u00bb dont il est question, non seulement pr\u00e9figure le pulsionnel mais en pr\u00e9pare le terrain, selon une logique que je tenterai de mettre en \u00e9vidence.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, si la question du besoin n\u2019est pas, chez Winnicott, un vestige inutilisable pour la psychanalyse, mais se pose en termes de destruction, cela change totalement la donne. Et les racines freudiennes ne sont pas loin si l\u2019on se souvient que Freud a, pour un bref moment de son texte de 1919, fait s\u2019\u00e9quivaloir, pulsions du moi (ou d\u2019autoconservation) et pulsions de mort<sup>8<\/sup>. Son repentir ult\u00e9rieur, qui lui a fait ranger l\u2019auto-conservation sous le parapluie d\u2019<em>Eros<\/em>, est objet de discussions encore de nos jours<sup>9<\/sup>. Revenant \u00e0 Winnicott, peut-\u00eatre trouvons-nous ici une premi\u00e8re approximation de ce qui m\u00e8nera du pr\u00e9coce au profond, si nous posons que le profond correspond \u00e0 l\u2019instauration du pulsionnel sexuel et du principe de plaisir dans la vie psychique, tandis que le pr\u00e9coce fonctionne sous l\u2019\u00e9gide du besoin, <em>entendu cependant comme une forme de l\u2019au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em> et donc apparent\u00e9 de quelque fa\u00e7on avec le pulsionnel de mort freudien, celui que Freud a fait correspondre, pour peu de temps il est vrai, aux pulsions du moi ou d\u2019auto-conservation.<br>Winnicott ne raisonne pas explicitement en ces termes, mais ce retour inopin\u00e9 \u00e0 un au-del\u00e0 du principe de plaisir qui logerait dans le domaine du besoin devrait retenir notre attention. Il est en effet peut-\u00eatre trop facile de dichotomiser le domaine des pulsions et celui des besoins. Sans confondre ces deux registres, on peut avancer que le besoin humain doit bien avoir en lui, du fait de l\u2019<em>hilfl\u00f6sigkeit<\/em> du nouveau-n\u00e9, une affinit\u00e9 particuli\u00e8re avec le pulsionnel, affinit\u00e9 qui nous autorise \u00e0 int\u00e9grer, comme le fait Winnicott, le plan du besoin dans le champ psychanalytique lui-m\u00eame. Freud ne raisonnait pas autrement, dans les <em>Trois essais<\/em>. Ainsi, la \u00ab pouss\u00e9e provocatrice\/destructrice \u00bb que Winnicott ins\u00e8re dans l\u2019\u00e9change avec l\u2019objet, serait-elle une forme pr\u00e9coce du pulsionnel \u00e0 venir ? J\u2019oserais m\u00eame avancer que nous trouvons l\u00e0, \u00e0 plus fort grossissement, le champ o\u00f9 se joue la s\u00e9duction originaire, champ qui est d\u2019habitude sinon exclu, du moins pos\u00e9 comme simple toile de fond (l\u2019attachement, par exemple) et tr\u00e8s peu th\u00e9oris\u00e9 psychanalytiquement. Or, la pens\u00e9e winnicottienne m\u2019am\u00e8ne \u00e0 poser que l\u2019incapacit\u00e9 de survivre que d\u00e9montre l\u2019objet en exer\u00e7ant des repr\u00e9sailles correspond assez bien \u00e0 l\u2019intromission dont parle Laplanche, variante violente de la s\u00e9duction. L\u2019angle d\u2019approche est diff\u00e9rent, mais la description me para\u00eet sans contradiction<sup>10<\/sup>, mais je le crois n\u00e9anmoins l\u00e9gitime et utile, comme je tenterai de le montrer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019irruption paternelle de l\u2019unit\u00e9 et la fracture sexuelle<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le commentaire de 1969 d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, Winnicott nous surprend en invoquant la recherche amorc\u00e9e par Freud, dans son <em>Mo\u00efse<\/em>, sur la question du p\u00e8re. Un p\u00e8re dont le r\u00f4le sp\u00e9cifique se r\u00e9v\u00e8le, \u00e9crit Winnicott, \u00ab \u00e0 mesure que le b\u00e9b\u00e9 va d\u2019un renforcement du moi d\u00fb \u00e0 l\u2019apport du moi de la m\u00e8re vers l\u2019acquisition d\u2019une identit\u00e9 propre &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire que, \u00e0 mesure que la tendance inn\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9gration fait progresser l\u2019enfant dans l\u2019environnement <em>good-enough<\/em> ou environnement moyen pr\u00e9visible &#8211; la tierce personne joue ou me semble jouer un grand r\u00f4le. \u00bb (p. 242) On voit ici surgir implicitement le p\u00e8re comme tiers s\u00e9parateur entre l\u2019enfant et la m\u00e8re. Winnicott formulera la chose ainsi : \u00ab Le p\u00e8re peut, ou non, avoir \u00e9t\u00e9 un substitut maternel, mais il commence parfois \u00e0 \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 comme jouant un r\u00f4le diff\u00e9rent, et je propose que c\u2019est alors que le b\u00e9b\u00e9 est en mesure d\u2019utiliser le p\u00e8re comme mod\u00e8le (<em>blueprint<\/em>) pour sa propre int\u00e9gration lorsque par moments il devient unifi\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re fait donc son entr\u00e9e dans l\u2019univers de l\u2019enfant en tant que prototype de l\u2019unit\u00e9, mais je crois utile de consid\u00e9rer que ce faisant il introduit aussi la diff\u00e9rence entre l\u2019unit\u00e9 que constituait l\u2019ensemble m\u00e8re-enfant et l\u2019unit\u00e9 nouvelle, qui est celle du p\u00e8re et qui sera aussi celle de l\u2019enfant lui-m\u00eame. On peut d\u2019ailleurs poser que c\u2019est au point de rencontre (ou de s\u00e9paration) entre ces deux formes de l\u2019unit\u00e9 que surgit le mouvement pulsionnel<sup>11<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott aligne ses remarques \u00e0 propos du p\u00e8re sur celles de Freud parlant de l\u2019unification apport\u00e9e par le monoth\u00e9isme, qui est aussi une universalisation : \u00ab Un dieu, un monoth\u00e9isme, et non un dieu pour moi et un autre dieu pour toi \u00bb, \u00e9crit Winnicott. Mais ce dieu unitaire qu\u2019est le p\u00e8re sera bient\u00f4t \u00ab dot\u00e9 d\u2019un objet partiel significatif \u00bb. Et avec cet objet partiel, il est clair que nous nous trouvons maintenant dans la sph\u00e8re du sexuel, du pulsionnel. On voit que l\u2019attention de Winnicott est centr\u00e9e non sur le seul monde des besoins mais sur la br\u00e8che dynamique, sur ce qui travaille entre le plan du besoin et le plan du sexuel. Selon la piste que nous suivons ici, le pulsionnel sexuel est inaugur\u00e9 chez Winnicott par la fragmentation du p\u00e8re unitaire, fracture qui survient apr\u00e8s l\u2019acc\u00e8s de l\u2019<em>infans<\/em> \u00e0 son unit\u00e9 et \u00e0 son identit\u00e9 propre &#8211; \u00e0 sa singularit\u00e9. Toute la question sera de penser comment s\u2019op\u00e8re cette fracture, par o\u00f9 s\u2019introduit le pulsionnel. Cela nous donnera l\u2019occasion de voir la th\u00e9orie de la s\u00e9duction apporter \u00e0 son tour quelque lumi\u00e8re sur le mod\u00e8le winnicottien.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019apparition du p\u00e8re unitaire et de son \u00ab objet partiel significatif \u00bb permet de pr\u00e9ciser davantage ce que Winnicott entend par \u00ab destruction \u00bb dans le texte sur l\u2019utilisation de l\u2019objet<sup>12<\/sup>. L\u2019unit\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 acquises \u00e0 l\u2019aide du prototype paternel entre en effet dans un mouvement dialectique o\u00f9, pour l\u2019enfant, assumer sa singularit\u00e9 (en pensant par soi-m\u00eame, par exemple) implique automatiquement une \u00ab destruction \u00bb qui n\u2019est pas an\u00e9antissement, mais fractionnement de l\u2019objet en personne \u00ab totale \u00bb et objet partiel, objet du d\u00e9sir ou de la pulsion ; objet, aussi, du fantasme. Il va de soi qu\u2019apr\u00e8s l\u2019identification de l\u2019enfant au prototype unitaire du p\u00e8re, l\u2019objet \u00e0 d\u00e9truire, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9composer en total et partiel, ce n\u2019est pas le p\u00e8re uniquement, mais toute personne significative. L\u2019apparition du sentiment et du concept d\u2019unit\u00e9 a d\u00e9sormais rendu pensable et d\u00e9sirable le partiel, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y avait auparavant qu\u2019un \u00ab tout \u00bb. Que l\u2019objet soit \u00ab toujours en train d\u2019\u00eatre d\u00e9truit en fantasme \u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Winnicott dans <em>The use of an Object<\/em>, cela peut donc aussi s\u2019entendre en clef sexuelle : d\u00e9truire <em>en<\/em> fantasme peut signifier d\u00e9truire <em>par<\/em> le fantasme ; la \u00ab destruction \u00bb (qui, pr\u00e9cise Winnicott, ne comporte aucune agressivit\u00e9) de l\u2019objet total r\u00e9sultant du simple fait de d\u00e9sirer et de fantasmer en lui l\u2019objet partiel. Il sera d\u00e8s lors attendu de l\u2019objet externe qu\u2019il se laisse utiliser, dans le sens de se pr\u00eater au \u00ab pr\u00e9l\u00e8vement \u00bb de l\u2019objet fantasmatique, c\u2019est-\u00e0-dire de laisser l\u2019enfant d\u00e9velopper son univers de d\u00e9sir, son univers fantasmatique, sans exercer de repr\u00e9sailles. C\u2019est \u00e0 ce point que l\u2019on peut le mieux raccorder la pens\u00e9e de Winnicott avec la th\u00e9orie de la s\u00e9duction de Laplanche. Il me semble en effet qu\u2019une des formes que peuvent prendre les \u00ab repr\u00e9sailles \u00bb en question, c\u2019est pour l\u2019adulte d\u2019entrer dans un rapport de s\u00e9duction perverse et d\u2019abolir ainsi violemment la distance entre objet du besoin (objet pourvoyeur du soin, objet du \u00ab courant tendre \u00bb) et l\u2019objet du d\u00e9sir ou du fantasme <em>de l\u2019enfant<\/em>, mena\u00e7ant du m\u00eame coup l\u2019unit\u00e9 individuelle acquise par cet enfant, du fait de la soumission qui est exig\u00e9e de lui. Si on croit entendre l\u00e0 un \u00e9cho de la <em>confusion des langues<\/em> ferenczienne, ce n\u2019est pas un hasard. Dans la langue de Winnicott, on peut ajouter que l\u2019espace transitionnel dans lequel l\u2019objet trouv\u00e9-d\u00e9truit est appel\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer est litt\u00e9ralement <em>traumatis\u00e9<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9chir\u00e9, \u00e9cras\u00e9 par cette intrusion r\u00e9elle, trop r\u00e9elle, d\u2019un objet violemment incapable de survivre.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Laplanche ne d\u00e9coule cependant pas du simple plaisir de trouver des correspondances. Elle nous permettra d\u2019aplanir certaines difficult\u00e9s inh\u00e9rentes au mod\u00e8le winnicottien. Nous avons en effet donn\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant le r\u00f4le de d\u00e9composer l\u2019unit\u00e9 paternelle (et ensuite maternelle) pour y d\u00e9sirer l\u2019objet partiel. On peut l\u00e9gitimement se demander par quelle magie s\u2019op\u00e9rerait cette d\u00e9coupe, ce fractionnement. \u00c0 ce sujet, il me semble \u00e9vident que Winnicott reste prisonnier d\u2019une conception \u00ab instinctuelle \u00bb du pulsionnel et d\u2019une description un peu trop empirique du cours des \u00e9v\u00e9nements. Nous verrons maintenant qu\u2019apr\u00e8s avoir jet\u00e9 quelque lumi\u00e8re sur le moment de la s\u00e9duction, la pens\u00e9e de Winnicott pourra \u00e0 son tour \u00eatre \u00e9clair\u00e9e par la th\u00e9orie de la s\u00e9duction.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Winnicott souligne que le d\u00e9but de la vie ne lui appara\u00eet pas tout descriptible en termes de pulsions et de d\u00e9sirs, il me semble ouvrir exactement l\u2019espace o\u00f9 intervient la s\u00e9duction originaire. \u00c0 tout le moins, il y a accord entre les deux th\u00e9ories sur le fait que l\u2019enfant n\u2019arrive pas au monde avec un appareil pulsionnel pr\u00e9form\u00e9 et pr\u00eat \u00e0 agir. La s\u00e9duction originaire, comme on sait, op\u00e8re \u00e0 l\u2019insu des s\u00e9ducteurs eux-m\u00eames qui, du fait de leur sexuel inconscient, \u00e9mettent des messages v\u00e9hiculant un exc\u00e8s. Qu\u2019en est-il de cet exc\u00e8s ? Ne serait-ce pas ce qui provoque et justifie la d\u00e9composition partielle, op\u00e9r\u00e9e par l\u2019enfant, de l\u2019unit\u00e9 introduite par le p\u00e8re ? Si oui, comment ? Par rapport \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019unit\u00e9 individuelle, on peut dire que l\u2019unit\u00e9 de l\u2019adulte est n\u00e9cessairement amen\u00e9e \u00e0 vaciller du fait d\u2019\u00eatre habit\u00e9e par le sexuel refoul\u00e9. L\u2019objet se voudrait seulement tendre, mais il est habit\u00e9 par du sexuel inconscient. L\u2019enfant ne capte pas normalement le \u00ab sexuel \u00bb en tant que tel ; mais il peut tr\u00e8s bien sentir les effets du vacillement identitaire que ce refoul\u00e9 provoque chez l\u2019adulte. Ce vacillement, je propose que c\u2019est la forme sous laquelle se pr\u00e9sente l\u2019exc\u00e8s que capte l\u2019enfant. L\u2019exp\u00e9rience d\u2019un \u00ab <em>relating<\/em> \u00bb tendre est perturb\u00e9e par ce vacillement. La \u00ab destruction \u00bb op\u00e9r\u00e9e par l\u2019enfant serait ainsi la r\u00e9ponse \u00e0 la perception obscure de ce vacillement \u00e0 travers lequel il sent qu\u2019il y a plus et autre chose dans, devant ou derri\u00e8re l\u2019image unitaire de l\u2019adulte. Cela impose \u00e0 l\u2019enfant la t\u00e2che de penser par lui-m\u00eame cette \u00e9nigmatique oscillation, ouvrage herm\u00e9neutique infini qui fait de l\u2019enfant &#8211; de chacun de nous &#8211; un traducteur-destructeur de la belle et mystifiante unit\u00e9 de l\u2019adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>En s\u2019en tenant au p\u00e8re winnicottien, on peut formuler la m\u00eame id\u00e9e autrement, en disant que l\u2019\u00e9nigme r\u00e9side dans la diff\u00e9rence \u00e9prouv\u00e9e entre le p\u00e8re-simple substitut maternel et le p\u00e8re unitaire, symbolique. Cette diff\u00e9rence interne \u00e0 l\u2019unit\u00e9 faisant message \u00e9nigmatique, la destruction se con\u00e7oit comme ceci : ayant introduit l\u2019unit\u00e9 et par l\u00e0 un id\u00e9al de coh\u00e9rence et de non-contradiction (\u00ab un seul dieu pour tous \u00bb), le p\u00e8re se verra \u00ab d\u00e9truire \u00bb par l\u2019effort qu\u2019il aura lui-m\u00eame suscit\u00e9 chez l\u2019enfant du fait de son \u00ab vacillement \u00bb. L\u2019effort de parvenir \u00e0 UN sens, \u00e0 UNE version unitaire du monde sera vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec du fait de l\u2019impact du pulsionnel refoul\u00e9 de l\u2019adulte. \u00c9chec n\u00e9cessaire, faut-il ajouter, sans quoi ce serait l\u2019adh\u00e9sion sans r\u00e9serve au discours de l\u2019autre, de l\u2019adulte infaillible ; mais \u00e9chec qui, si l\u2019objet ne survit pas, peut d\u00e9courager la recherche infantile et la r\u00e9orienter dans le sens du retour \u00e0 la seule unit\u00e9 effective qui ait exist\u00e9 : l\u2019indiff\u00e9renciation m\u00e8re-enfant. Rappelons que ce mouvement de retour \u00e0 un \u00e9tat ant\u00e9rieur correspond \u00e0 ce que Freud assigne, dans son dernier dualisme, au pulsionnel de vie comme de mort<sup>13<\/sup>. Mais ici, nous dirons avec Winnicott : nul besoin de retour \u00e0 l\u2019inorganique. Le retour \u00e0 cet impensable d\u2019avant la diff\u00e9renciation, Hans Loewald a signal\u00e9 que cela a toujours \u00e9t\u00e9 la vis\u00e9e des pulsions, dans&nbsp;<em>toutes<\/em>&nbsp;les versions de la th\u00e9orie freudienne\u202f<sup>14<\/sup>. Retrouver l\u2019objet primordial, en effet, ce n\u2019est pas pour en jouir en tant que sujet, ce n\u2019est pas pour \u00ab l\u2019utiliser \u00bb, c\u2019est pour s\u2019y dissoudre, pour abolir le manque. Toutes les pulsions, y compris la pulsion sexuelle du premier dualisme freudien, sont en ce sens \u00ab conservatrices \u00bb et visent un retour. Selon Loewald, \u00ab un courant libidinal, (c\u2019est ce qui) surgit entre l\u2019<em>infans<\/em>&nbsp;et la m\u00e8re, dans une pouss\u00e9e visant \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019unit\u00e9 originelle<sup>14<\/sup>. Retrouver l\u2019objet primordial, en effet, ce n\u2019est pas pour en jouir en tant que sujet, ce n\u2019est pas pour \u00ab l\u2019utiliser \u00bb, c\u2019est pour s\u2019y dissoudre, pour abolir le manque. Toutes les pulsions, y compris la pulsion sexuelle du premier dualisme freudien, sont en ce sens \u00ab conservatrices \u00bb et visent un retour. Selon Loewald, \u00ab un courant libidinal, (c\u2019est ce qui) surgit entre l\u2019<em>infans<\/em> et la m\u00e8re, dans une pouss\u00e9e visant \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019unit\u00e9 originelle<sup>15<\/sup>. \u00bb Par cons\u00e9quent, le sexuel n\u2019est pas \u00e0 vrai dire quelque chose qui s\u2019introduit comme une \u00ab chose \u00bb dans la psych\u00e9 de l\u2019enfant. La libido est plut\u00f4t, comme le sugg\u00e9rait Lacan, \u00ab couleur de vide, suspendue dans la lumi\u00e8re d\u2019un b\u00e9ance<sup>16<\/sup> \u00bb ; non une entit\u00e9 positive, mais un courant qui s\u2019installe entre l\u2019enfant et l\u2019objet-perdu-et-\u00e0-retrouver ; objet dont les retrouvailles, si elles \u00e9taient possibles, ram\u00e8neraient du profond au pr\u00e9coce, en direction de l\u2019indiff\u00e9renci\u00e9. Dans cette optique, l\u2019implantation du sexuel dont parle Laplanche se laisse concevoir comme moment particulier du courant libidinal tel que con\u00e7u dans ce contexte winnicottien. Ce moment serait pr\u00e9cis\u00e9ment celui de la mutation et complexification du pr\u00e9coce en profond, selon les termes que nous avions mis en r\u00e9serve tout \u00e0 l\u2019heure. Le pr\u00e9coce correspondrait \u00e0 un moment pr\u00e9alable, moment o\u00f9 la vis\u00e9e libidinale d\u2019origine, la tendance au retour \u00e0 l\u2019unit\u00e9 primordiale, emprunte la voie de sa r\u00e9alisation directe, favoris\u00e9e par la tr\u00e8s r\u00e9elle pr\u00e9occupation maternelle primaire et la satisfaction effective, quoiqu\u2019imparfaite, des besoins de l\u2019enfant.<br>Le second moment s\u2019ouvre, lui, avec la pr\u00e9sentation de l\u2019unit\u00e9 paternelle : l\u2019enfant se sent maintenant, m\u00eame si par moments seulement, lui-m\u00eame \u00ab un \u00bb, sans pour autant \u00eatre uni \u00e0 la m\u00e8re. L\u2019<em>unit\u00e9 individuelle<\/em> se substitue ainsi \u00e0 l\u2019<em>unit\u00e9 primordiale m\u00e8re-enfant<\/em> que cherchait \u00e0 r\u00e9tablir le courant libidinal primaire. L\u2019unit\u00e9 nouvelle, r\u00e9sultat de l\u2019identification \u00e0 l\u2019unit\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par le p\u00e8re, on a vu qu\u2019elle ne tarde pas \u00e0 se fracturer sous l\u2019effet de l\u2019enqu\u00eate cr\u00e9atrice-destructrice de l\u2019enfant, quand celui-ci se met \u00e0 penser la diff\u00e9rence introduite par ce tiers<sup>17<\/sup>. Mais nous disions que Winnicott s\u2019en tient peut-\u00eatre ici \u00e0 une description trop empirique. En effet, on ne saurait n\u00e9gliger le fait que la perception du vacillement identitaire ne se produit pas exclusivement dans le rapport au p\u00e8re. La diff\u00e9rence s\u2019\u00e9prouve aussi bien avec la m\u00e8re, celle-ci \u00e9tant tout autant porteuse d\u2019un sexuel inconscient qui contamine ses \u00ab messages \u00bb. Nous compliquerons donc un tout petit peu le tableau peint par Winnicott en posant que l\u2019apparition du p\u00e8re en tant que tiers (au lieu du substitut maternel) introduit l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019unit\u00e9 non par magie, mais parce que ce tiers force l\u2019enfant &#8211; qui jusque l\u00e0 alternait entre un sentiment passager d\u2019unit\u00e9 individuelle et un retour \u00e0 l\u2019union avec la m\u00e8re &#8211; \u00e0 \u00e9prouver tous les objets comme individus distincts. Ce tiers, en effet, fait du m\u00eame coup sentir que la m\u00e8re elle-m\u00eame d\u00e9sire ailleurs. Pour l\u2019enfant, le retour \u00e0 l\u2019union avec la m\u00e8re n\u2019est plus aussi ais\u00e9 qu\u2019avant, d\u2019autant plus que le p\u00e8re, agent d\u2019une exp\u00e9rience nouvelle, devient lui-m\u00eame un p\u00f4le d\u2019attraction qui le distrait de son rapport libidinal plus ou moins exclusif \u00e0 la m\u00e8re. Le vacillement d\u00fb au pulsionnel chez les adultes fait maintenant \u00e9merger des objets de d\u00e9sir qui sont forc\u00e9ment con\u00e7us sur le mod\u00e8le des objets partiels, objets qui avaient \u00e9t\u00e9 jusque l\u00e0 concr\u00e8tement pr\u00e9lev\u00e9s sur le corps de la m\u00e8re mais non v\u00e9cus ou pens\u00e9s comme partiels. La survenue du p\u00e8re cristallise en quelque sorte la diff\u00e9rence plus confus\u00e9ment pressentie, sinon \u00e9prouv\u00e9e, dans le rapport \u00e0 la m\u00e8re, entre courant tendre li\u00e9 au besoin et courant \u00ab v\u00e9h\u00e9ment \u00bb du sexuel, entre relation \u00e0 la personne totale et irruption de l\u2019objet partiel, objet de d\u00e9sir.<br>Nous voici donc capables, tout en usant d\u2019un idiome winnicottien, d\u2019identifier non pas un, mais deux moments sexuels. D\u2019une part un courant libidinal que nous dirons \u00ab pr\u00e9coce \u00bb : c\u2019est un sexuel qui, dans les faits, est par moments presque harmonieusement r\u00e9alis\u00e9 vu l\u2019ad\u00e9quation optimale entre l\u2019enfant et son environnement maternel<sup>18<\/sup>. D\u2019autre part, un sexuel \u00ab profond \u00bb, r\u00e9sultat d\u2019une reprise cr\u00e9atrice-destructrice cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019unit\u00e9, exp\u00e9rience qui advient dans le cadre de la s\u00e9duction et qui correspond au pulsionnel proprement dit de la th\u00e9orie classique. Pulsionnel qui, contrairement au courant libidinal primaire, conduit du c\u00f4t\u00e9 de la complexification et de la psychisation. Notons en passant que cette double caract\u00e9risation du sexuel nous permet de r\u00e9soudre en partie le probl\u00e8me de savoir si les pulsions sont des moteurs de progr\u00e8s (Freud, version 1915) ou sont essentiellement conservatrices (version 1919). On peut affirmer qu\u2019elles sont les deux \u00e0 la fois puisque si la libido \u00ab pr\u00e9coce \u00bb est d\u2019embl\u00e9e dirig\u00e9e vers le retour \u00e0 l\u2019indiff\u00e9renci\u00e9, le mouvement progressif du pulsionnel \u00ab profond \u00bb, tout tourn\u00e9 vers la recherche d\u2019un objet dans le monde ext\u00e9rieur, vise lui aussi, en d\u00e9finitive, le retour \u00e0 l\u2019unit\u00e9, bien que par des voies indirectes, long chemin sur lequel il rencontre des objets \u00e0 \u00ab utiliser \u00bb. La vis\u00e9e ultime des deux r\u00e9gimes sexuels est donc \u00e0 la limite la m\u00eame : r\u00e9tablir l\u2019unit\u00e9 primordiale, dans le premier cas \u00e0 travers le seul \u00ab&nbsp;<em>relating<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e0 peine \u00e9merg\u00e9 de l\u2019indiff\u00e9renciation, dans le second cas, \u00e0 travers une&nbsp;<em>utilisation<\/em>&nbsp;de l\u2019objet, utilisation qui suppose l\u2019existence d\u2019un espace d\u2019exp\u00e9rience distinct, bien \u00e0 soi. Si, pour l\u2019enfant ayant fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019unit\u00e9 individuelle, si cette vis\u00e9e devait se r\u00e9aliser r\u00e9ellement, elle exigerait du m\u00eame coup qu\u2019il renonce \u00e0 penser par lui-m\u00eame, qu\u2019il renonce donc \u00e0 sa destructivit\u00e9 pour s\u2019engager sur le chemin du retour vers l\u2019unit\u00e9 indiff\u00e9renci\u00e9e. Mais, comme on sait, il n\u2019y a pas de retour. L\u2019objet qui ne survit pas, c\u2019est celui qui impose \u00e0 l\u2019enfant ce renoncement, le laissant non dans une b\u00e9atifique union avec l\u2019objet, mais sous le&nbsp;<em>diktat<\/em>&nbsp;de son message intraduisible, dans la pire solitude qui soit.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote\">\n<li id=\"no1\" class=\"note renvoi-in-alinea\">In&nbsp;<em>Psychoanalytic Explorations<\/em>, \u00c9dit\u00e9 par Clare Winnicott, Ray Shepherd et Madeleine Davis, Cambridge Mass., Harvard University Press, 1989. Dans cet article, sauf indication contraire, je traduirai moi-m\u00eame les extraits des textes de Winnicott.<\/li>\n<li id=\"no2\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Cf. \u00ab V\u00e9rit\u00e9 d\u2019un texte \u00bb,&nbsp;<em>Bulletin de la soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique de Montr\u00e9al<\/em>, vol. 21, n\u00b0 3, 2009, p. 40-43.<\/li>\n<li id=\"no3\" class=\"note renvoi-in-alinea\">\u00abOn the contribution of Direct Child Observation to Psychoanalysis\u00bb, in&nbsp;<em>The Maturational Process and the Facilitating Environment<\/em>, London, Karnac Books, 1990.<\/li>\n<li id=\"no4\" class=\"note renvoi-in-alinea\">La traductrice fran\u00e7aise a choisi de rendre \u00ab early \u00bb par \u00ab primitif \u00bb, mais cela pose probl\u00e8me puisque nous pouvons facilement entendre du \u00ab profond \u00bb dans le \u00ab primitif \u00bb psychanalytique -pensons ici au \u00ab primitif \u00bb tel que con\u00e7u par Freud dans&nbsp;<em>Totem et Tabou<\/em>, tandis que \u00ab pr\u00e9coce \u00bb exprime tout ce qu\u2019il y a dans \u00ab early \u00bb, sans malentendu possible.<\/li>\n<li id=\"no5\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Voir \u00ab Fear of Breakdown \u00bb, in&nbsp;<em>Psychoanalytic Explorations<\/em>, op. cit. Trad. Fr. \u00ab La crainte de l\u2019effondrement \u00bb, dans le livre \u00e9ponyme, Paris, Gallimard.<\/li>\n<li id=\"no6\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Cf. \u00ab The Use of an Object in the Context of Moses and Monotheism \u00bb,&nbsp;<em>Psychoanalytic Explorations<\/em>, op. cit. p. 240-246<\/li>\n<li id=\"no7\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Cf. Le Chap. VII de mon petit ouvrage&nbsp;<em>Les pulsions<\/em>, Paris, PUF, Coll. \u00ab Que sais-je ? \u00bb, 2004.<\/li>\n<li id=\"no8\" class=\"note renvoi-in-alinea\">S. Freud,&nbsp;<em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em><br>\n, OCF-P, v. XV, p. 311, puis le repentir en p. 326. Voir aussi la longue note en p. 335.<\/li>\n<li id=\"no9\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Michel de M\u2019Uzan, par exemple, regrette que Freud ait renonc\u00e9 \u00e0 cette conception.<\/li>\n<li id=\"no10\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Laplanche a r\u00e9cus\u00e9, dans son s\u00e9minaire, ce que j\u2019ai avanc\u00e9 l\u00e0-dessus dans un texte publi\u00e9 au Royaume-Uni, \u00ab Laplanche and Winnicott meet\u2026 and survive\u00bb, in (sous la direction de Lesley Caldwell)&nbsp;<em>Sex and sexuality : winnicottian perspectives<\/em>, London, Karnack Books, 2000.<\/li>\n<li id=\"no11\" class=\"note renvoi-in-alinea\">D. Scarfone, article en pr\u00e9paration.<\/li>\n<li id=\"no12\" class=\"note renvoi-in-alinea\">J\u2019ai soulign\u00e9 dans un autre article le fait que Winnicott ne dit pas ce qu\u2019il entend par \u00abdestruction\u00bb, et j\u2019ai propos\u00e9 que c\u2019\u00e9tait en toute logique avec sa pens\u00e9e sur le sujet (cf. D. Scarfone, \u00ab \u00c0 quoi \u0153uvre la psychanalyse ? \u00bb,&nbsp;<em>Libres cahiers pour la psychanalyse<\/em>, n\u00b0 9, 2004, p. 109-123.) Rien ne nous interdit cependant de faire \u00e9tat de notre interpr\u00e9tation.<\/li>\n<li id=\"no13\" class=\"note renvoi-in-alinea\">S. Freud,&nbsp;<em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>, op. cit.<\/li>\n<li id=\"no14\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Cf. Hans Loewald, \u00ab Ego and reality \u00bb (1949), ainsi que \u00ab On Motivation and Instinct Theory \u00bb (1971), tous deux in&nbsp;<em>The Essential Loewald<\/em>, Hagerstown MD, The University Publishing Group, 2000, p. 3-20.<\/li>\n<li id=\"no15\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Loewald, \u00ab Ego and reality \u00bb Op. Cit. p.6.<\/li>\n<li id=\"no16\" class=\"note renvoi-in-alinea\">J. Lacan, \u00ab Du \u201ctrieb\u201d de Freud et du d\u00e9sir du psychanalyste \u00bb, in&nbsp;<em>\u00c9crits<\/em>, Paris, Seuil, 1966, p. 851.<\/li>\n<li id=\"no17\" class=\"note renvoi-in-alinea\">On retrouve ainsi la th\u00e8se freudienne du \u00ab Mo\u00efse \u00bb selon laquelle le p\u00e8re est du c\u00f4t\u00e9 du \u00abprogr\u00e8s spirituel\u00bb.<\/li>\n<li id=\"no18\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Sexuel implicite dans le Winnicott du besoin ; pr\u00e9sent anonymement, comme l\u2019air qu\u2019on respire et en rapport avec ce que dit Mereleau-Ponty (<em>L\u2019Institution. La Passivit\u00e9.<\/em>&nbsp;Notes de cours au Coll\u00e8ge de France 1954-55. Paris, Belin, 2003.) de la nature sexuelle desr\u00eaves ; ceux-ci ne parlent pas du sexuel, ils sont sexuels. \u00ab La t\u00e2che st moins de donner clef sexuelle, transcription sexuelle en pens\u00e9e conventionnelle que de faire retrouver la sursignification du sexuel dans la vie pr\u00e9objective \u00bb (p. 212) ; \u00ab \u2026la censure consistant dans le refus de notre passivit\u00e9 et de sa grande pourvoyeuse : la sexualit\u00e9. \u00bb<\/li>\n<\/ol><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10266?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Je me rends compte moi-m\u00eame que lorsque je parle de la r\u00e9gression et des probl\u00e8mes infantiles pr\u00e9coces, les gens pensent tr\u00e8s facilement que je suis incapable de faire un bout d\u2019analyse ordinaire incluant la pulsion et le travail ordinaire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1231,1223,1214],"thematique":[459,458],"auteur":[1629],"dossier":[461],"mode":[61],"revue":[686],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10266","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-enfance","rubrique-perinatalite","rubrique-psychanalyse","thematique-jeu","thematique-winnicott","auteur-dominique-scarfone","dossier-winnicott-et-la-creation-humaine","mode-gratuit","revue-686","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10266","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10266"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10266\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18356,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10266\/revisions\/18356"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10266"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10266"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10266"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10266"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10266"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10266"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10266"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10266"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10266"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}