{"id":10256,"date":"2021-08-22T07:31:39","date_gmt":"2021-08-22T05:31:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-folie-des-interdits-2\/"},"modified":"2021-09-15T23:25:44","modified_gmt":"2021-09-15T21:25:44","slug":"la-folie-des-interdits","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-folie-des-interdits\/","title":{"rendered":"La folie des interdits"},"content":{"rendered":"\n<p><span>\u00ab<\/span>&nbsp;<em>Je suis d\u2019une sensibilit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9rante au reproche, \u00e0 l\u2019interdit et au jugement<\/em>&nbsp;\u00bb. Luc est en analyse depuis trois ans quand il formule cette phrase. C\u2019est pour moi un soulagement, le signe que, si le surmoi ne desserre toujours pas son \u00e9tau, sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 lui appara\u00eet d\u00e9sormais. Quelques s\u00e9ances auparavant, Luc avait constat\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je suis dans une situation psychique qui me para\u00eet caract\u00e9ris\u00e9e par deux choses&nbsp;: d\u2019une part, une culpabilit\u00e9 permanente&nbsp;; d\u2019autre part, l\u2019absence assez g\u00e9n\u00e9rale de satisfaction dans la vie. J\u2019ai une vision exacerb\u00e9e et d\u00e9mesur\u00e9e du devoir&nbsp;\u00bb<\/em>. L\u2019analyse retourne inlassablement \u00e0 la force, qu\u2019il constate intacte en lui bien qu\u2019il ne soit plus croyant, de son \u00e9ducation religieuse catholique traditionnelle. Sa m\u00e8re, tr\u00e8s croyante, consid\u00e8re les enfants comme des anges. Elle a pour eux une grande tendresse. Luc, son premier fils, a grandi dans cet amour qu\u2019il savait proportionnel \u00e0 l\u2019\u00e9radication de toute sexualit\u00e9 en lui. Mais alors, que pouvait-il et que devait-il faire de son sexe, ce sexe terriblement excitable et excit\u00e9, ce sexe qui risquait de vouer l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de son existence \u00e0 la faute irr\u00e9ductible et inexpiable&nbsp;? A l\u2019adolescence, l\u2019affaire est pour Luc entendue&nbsp;: loin d\u2019\u00eatre un ange, il est un d\u00e9mon. Il ne peut r\u00e9sister \u00e0 l\u2019envie de se masturber alors qu\u2019il sait que c\u2019est interdit&nbsp;; il n\u2019arrive pas \u00e0 renoncer \u00e0 regarder des sc\u00e8nes pornographiques sur Internet alors qu\u2019il sait que c\u2019est violemment condamn\u00e9 par l\u2019\u00c9glise et que sa m\u00e8re, si elle l\u2019apprenait, en serait horrifi\u00e9e&nbsp;; il sait qu\u2019il ne deviendra pas pr\u00eatre comme sa m\u00e8re le souhaite car il ne pourrait \u00eatre qu\u2019un pr\u00eatre lubrique et d\u00e9froqu\u00e9&nbsp;; enfin, il est oblig\u00e9 de s\u2019avouer qu\u2019il \u00e9prouve du d\u00e9sir pour les jambes nues de ses s\u0153urs alors qu\u2019il sait que c\u2019est un p\u00e9ch\u00e9 mortel. La culpabilit\u00e9 qu\u2019il ressent confus\u00e9ment depuis son plus jeune \u00e2ge s\u2019abat maintenant sur lui comme un aigle, elle lui coupe le souffle, elle fait de son existence un cauchemar, elle lui donne envie, mais l\u00e0 aussi ce serait un p\u00e9ch\u00e9, de mettre un terme \u00e0 une vie qu\u2019il consid\u00e8re au plus profond de lui comme profond\u00e9ment indigne des siens.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour essayer de se lib\u00e9rer de son sentiment de culpabilit\u00e9, Luc d\u00e9cide d\u2019aller se confesser, et d\u2019avouer ses fautes au risque de devoir s\u2019entendre dire qu\u2019il sera damn\u00e9. La confession est un soulagement&nbsp;: face au pr\u00eatre, il avoue ses p\u00e9ch\u00e9s, des v\u00e9niels aux mortels et ex\u00e9cute ensuite les p\u00e9nitences avec ferveur&nbsp;: 15&nbsp;<em>ave<\/em>, 30&nbsp;<em>pater<\/em>, se signer d\u00e8s qu\u2019il aper\u00e7oit une croix, un calvaire ou une \u00e9glise. Pourtant, bient\u00f4t, se confesser de plus en plus souvent lui devient n\u00e9cessaire, le soulagement est de trop courte dur\u00e9e. C\u2019est au point qu\u2019il en vient parfois \u00e0 se masturber ou \u00e0 regarder une s\u00e9quence porno pour ensuite pouvoir courir \u00e0 l\u2019Eglise avouer sa faute. Il lui faut donc d\u00e9sormais p\u00e9cher pour pouvoir avouer, pour sentir le poids de la culpabilit\u00e9 s\u2019all\u00e9ger le temps de la punition et de l\u2019ex\u00e9cution de la sentence. Un cycle infernal s\u2019installe, transgresser l\u2019interdit devient addictif tandis que la punition ne parvient plus \u00e0 r\u00e9guler l\u2019intensit\u00e9 maladive de son sentiment de culpabilit\u00e9. Rien n\u2019y fait. La folie des interdits s\u2019est install\u00e9e en lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette folie de l\u2019interdit et de la culpabilit\u00e9 qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re, Luc la retrouve intacte dans son analyse avec moi. L\u2019analyse n\u2019est-elle pas au fond une longue confession o\u00f9 l\u2019on avoue ses fautes \u00e0 un confesseur qu\u2019on ne voit pas&nbsp;? Et n\u2019attend-il pas de moi une absolution dont il sait pourtant qu\u2019elle ne viendra jamais puisqu\u2019il a constat\u00e9 que je m\u2019abstiens de tout jugement&nbsp;\u00e0 son endroit ? Luc continue de se sentir coupable d\u2019absolument tout, il craint en permanence un ch\u00e2timent aussi implacable et irr\u00e9versible qu\u2019imaginaire. Bien qu\u2019il renonce en permanence \u00e0 se faire plaisir, Luc vit avec le sentiment permanent qu\u2019il est toujours en faute sans pouvoir toujours comprendre quelle est cette faute qu\u2019il pourrait avoir commise. Il me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je me rends compte que je vis avec un sentiment de culpabilit\u00e9 permanent<\/em>.&nbsp;<em>Et je me sens coupable de ce sentiment de culpabilit\u00e9<\/em>.&nbsp;<em>Les endroits du monde o\u00f9 je me sens bien sont tr\u00e8s rares pour moi. Je pense \u00e0 tout ce dont je me suis amput\u00e9 moi-m\u00eame, \u00e0 tout ce \u00e0 quoi j\u2019ai renonc\u00e9, \u00e0 tout ce que je me suis refus\u00e9, et je me dis que je n\u2019ai pas la moindre id\u00e9e de comment je pourrais desserrer cet appareil \u00e0 produire de la culpabilit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Quelqu&rsquo;un avait bien d\u00fb calomnier Josef K., car un matin, sans qu\u2019il a\u00eet rien fait de mal, il fut arr\u00eat\u00e9<sup>1,<\/sup>\u00bb. Ainsi s\u2019ouvre\u00a0<em>Le Proc\u00e8s<\/em>\u00a0de Kafka, ce roman universellement c\u00e9l\u00e8bre sur le rapport intime et tragique qui unit l\u2019homme moderne \u00e0 la loi. D\u00e8s l\u2019<em>incipit<\/em>, le fond\u00e9 de pouvoir Josef K. est arr\u00eat\u00e9, bien que toutefois laiss\u00e9 en libert\u00e9, sans qu\u2019il parvienne \u00e0 comprendre les motifs de son arrestation. Quelques 200 pages plus loin, \u00ab\u00a0La veille de son trenti\u00e8me anniversaire \u2013 c\u2019\u00e9tait vers 9 heures du soir, l\u2019heure du silence dans les rues \u2013, deux messieurs entr\u00e8rent dans l\u2019appartement de K<sup>2\u00a0<\/sup>\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0C\u2019est donc vous qu\u2019on a d\u00e9sign\u00e9s pour moi\u00a0?, demanda-t-il<sup>3<\/sup>\u00a0\u00bb. Une fois dans la rue, K. meurt, \u00e9trangl\u00e9 et poignard\u00e9 par ses deux bourreaux, qui sont les seuls t\u00e9moins de ses derni\u00e8res paroles : \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Comme un chien\u00a0\u00bb, dit-il, comme si c\u2019\u00e9tait la honte qui allait lui survivre<sup>4<\/sup>\u00a0\u00bb. Entre le d\u00e9but et la fin du roman, le lecteur a accompagn\u00e9 les efforts d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s et inutiles de K. pour tenter de comprendre par quelle autorit\u00e9 il est accus\u00e9, de quel d\u00e9lit ou crime il est consid\u00e9r\u00e9 comme coupable et comment il peut tenter de mettre sur pied sa d\u00e9fense. K. mourra sans avoir pu trouver de r\u00e9ponse \u00e0 aucune de ces questions, et, tour de force de la narration, il aura fait vivre au lecteur le tourment infini d\u2019une culpabilit\u00e9 ind\u00e9cise et d\u2019une r\u00e9demption impossible. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 emp\u00eatr\u00e9 comme K. dans la glu du r\u00e9cit et de ses p\u00e9rip\u00e9ties, le lecteur referme le livre \u00ab\u00a0seul face \u00e0 la t\u00e2che d\u2019une interpr\u00e9tation sans fin<sup>5<\/sup>\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de son arrestation, les gardiens avaient pourtant dit \u00e0 K.\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019erreur en la mati\u00e8re (\u2026) comme le dit la loi, elle est attir\u00e9e par la faute commise et doit nous envoyer sur place, nous les gardiens. C\u2019est la loi. (..) &#8211; Je ne connais pas cette loi-l\u00e0, dit K. \u2013 c\u2019est d\u2019autant plus grave pour vous, dit le gardien (\u2026). \u00ab\u00a0Tu vois, Willem, il avoue qu\u2019il ne connait pas la loi et pr\u00e9tend en m\u00eame temps qu\u2019il est innocent<sup>6<\/sup>\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Le Proc\u00e8s<\/em>\u00a0serait-il le roman du sentiment, conscient et inconscient, de culpabilit\u00e9\u00a0? L\u2019univers onirique \u00e0 tonalit\u00e9 cauchemardesque dans lequel le roman se d\u00e9ploie pourrait le laisser penser. Cet univers de faubourgs sales et sombres, de pi\u00e8ces confin\u00e9es et de couloirs labyrinthiques au sein desquels ont lieu d\u2019interminables d\u00e9bats sur le fonctionnement de la justice ne viendrait-il pas donner une forme pleine d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence du surmoi en chacun de nous et au conflit intra-psychique qui r\u00e9sulte de son affrontement avec le \u00e7a et avec le moi\u00a0? La description de la salle du proc\u00e8s, \u00ab\u00a0une pi\u00e8ce de dimensions moyennes, pourvue de deux fen\u00eatres et tout autour de laquelle courait, juste en dessous du plafond, une galerie \u00e9galement bond\u00e9e, o\u00f9 les gens ne pouvaient se tenir que pli\u00e9s en deux, cognant de la t\u00eate et du dos contre le plafond<sup>7<\/sup>\u00a0\u00bb peut appara\u00eetre en ce sens comme une figuration remarquablement r\u00e9ussie de l\u2019\u00e9crasement du surmoi sur le moi qui en re\u00e7oit les ordonnances. De m\u00eame, le tribunal, dont Josef K. se rend peu \u00e0 peu compte qu\u2019il est partout, que tout le monde en fait partie, rend compte de l\u2019omnipr\u00e9sence de ce surmoi. Le monde de K. est tout entier celui de la culpabilit\u00e9 et du jugement. Il n\u2019y a pas d\u2019ailleurs. Dans\u00a0<em>Le Proc\u00e8s<\/em>, au fond, \u00ab\u00a0l\u2019homme\u00a0<em>poursuit la Loi qui le poursuit\u2026.<\/em><sup>8<\/sup>\u00a0\u00bb. Car comme l\u2019aum\u00f4nier de la prison l\u2019apprend \u00e0 K. dans la cath\u00e9drale \u00e0 la fin du roman\u00a0: \u00ab\u00a0le tribunal ne veut rien de toi. Il t\u2019accueille quand tu arrives et il te laisse partir quand tu t\u2019en vas<sup>9<\/sup>\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, au sein de ce proc\u00e8s devenu un mode de vie et un environnement, quelle est la faute de K.\u00a0? Sur ce point, le narrateur reste \u00e9tonnement silencieux. K. ne cesse de proclamer son innocence, et, d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du roman, la faute qui pourrait \u00eatre la sienne n\u2019est pas nomm\u00e9e. C\u2019est donc au lecteur, devenu avocat ou juge, de mener l\u2019enqu\u00eate. Il peut s\u2019appuyer sur la prolif\u00e9ration des sc\u00e8nes sexuelles entre K. et toutes les femmes qu\u2019il croise et y voir un lien avec la fa\u00e7on dont la culpabilit\u00e9 va hanter de plus en plus le h\u00e9ros. Apr\u00e8s avoir fait l\u2019amour avec Mlle B\u00fcrstner, sa voisine, Josef K. en est \u00ab\u00a0satisfait\u00a0\u00bb, m\u00eame s\u2019il s\u2019\u00e9tonne, trait d\u2019humour kafka\u00efen supposant l\u2019\u00e9mergence d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9 diffus, \u00ab\u00a0de ne pas l\u2019\u00eatre plus encore\u00a0\u00bb. Avant de s\u2019endormir, autre trait d\u2019humour kafka\u00efen nous indiquant la source possible de son sentiment de culpabilit\u00e9, K. a une pens\u00e9e pour le capitaine qui dort dans la chambre d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0A cause de ce capitaine, il se faisait s\u00e9rieusement du souci pour Mlle B\u00fcrstner<sup>10\u00a0<\/sup>\u00bb. La mention d\u2019un substitut paternel, plus ou moins mena\u00e7ant, ne manque jamais d\u2019appara\u00eetre autour des diff\u00e9rentes conqu\u00eates de K., qui, le plus souvent, appartiennent en effet \u00e0 un autre homme m\u00eame si elles s\u2019offrent \u00e0 lui avec lascivit\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Dans\u00a0<em>Les criminels par sentiment de culpabilit\u00e9<\/em>, Freud remarque\u00a0: \u00ab\u00a0Cet obscur sentiment de culpabilit\u00e9 provient du complexe d\u2019\u0152dipe, il est une r\u00e9action aux deux grands desseins criminels, mettre \u00e0 mort le p\u00e8re et avoir un commerce sexuel avec la m\u00e8re. Compar\u00e9s \u00e0 ces deux desseins, les crimes commis en vue d\u2019une fixation du sentiment de culpabilit\u00e9 sont assur\u00e9ment des soulagements pour le tourment\u00e9<sup>11<\/sup>\u00a0\u00bb. En ne cessant de chercher, sans jamais parvenir \u00e0 la trouver, la faute qu\u2019il aurait commise, Kafka t\u00e9moignerait-il de ce fond de culpabilit\u00e9 qui provient, chez tout un chacun, de l\u2019amour incestueux pour la m\u00e8re et de la haine pour le p\u00e8re qui nous interdit et nous prive de la m\u00e8re\u00a0? Sur ce que Freud a appel\u00e9 le complexe paternel, Kafka a en effet offert \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 un magnifique t\u00e9moignage avec la\u00a0<em>Lettre au p\u00e8re<\/em>. Dans cette lettre, \u00e9crite en 1919 et jamais envoy\u00e9e \u00e0 son p\u00e8re, Kafka donne une image saisissante de l\u2019autoritarisme brutal de son p\u00e8re et des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses de cette tyrannie paternelle sur sa propre vie\u00a0: \u00ab\u00a0De ton fauteuil, tu gouvernais le monde. Ton opinion \u00e9tait juste, toute autre \u00e9tait folle, extravagante,\u00a0<em>meschugge<\/em>, anormale<sup>12<\/sup>\u00a0\u00bb. L\u2019arbitraire du pouvoir du p\u00e8re n\u2019a d\u2019\u00e9gal que sa d\u00e9mesure, elle induit chez le fils une culpabilit\u00e9 infinie, elle le r\u00e9duit \u00e0 une soumission sans \u00e9mancipation possible\u00a0: \u00ab\u00a0Il m\u2019arrive d\u2019imaginer la carte de la terre d\u00e9ploy\u00e9e et de te voir \u00e9tendu transversalement sur toute sa surface. Et j\u2019ai l\u2019impression que seules peuvent me convenir pour vivre les contr\u00e9es que tu ne recouvres pas ou celles qui ne sont pas \u00e0 ta port\u00e9e. Etant donn\u00e9 la repr\u00e9sentation que j\u2019ai de ta grandeur, ces contr\u00e9es ne sont ni nombreuses ni tr\u00e8s consolantes\u2026<sup>13<\/sup>\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Toute mon \u00e9criture porte sur toi, te concerne\u00a0\u00bb \u00e9crit enfin Kafka \u00e0 son p\u00e8re, et en effet, comme le note Walter Benjamin, \u00ab\u00a0tout indique que pour Kafka le monde des fonctionnaires et celui des p\u00e8res se confondent <sup>14<\/sup>\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, m\u00eame si la \u00ab\u00a0lettre au p\u00e8re\u00a0\u00bb semble confirmer la pr\u00e9sence chez lui d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9 torturant sans doute li\u00e9 \u00e0 un intense conflit \u0153dipien, rien ne permet de restreindre\u00a0<em>Le Proc\u00e8s<\/em>\u00a0\u00e0 cette seule lecture psychologique. Car si se sentir coupable et l\u2019\u00eatre peuvent devenir des \u00e9quivalents au sein de la vie psychique, au regard du droit du citoyen et de la vie en soci\u00e9t\u00e9, se sentir coupable et \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 comme tel ne sont pas des \u00e9quivalents.\u00a0Plus qu\u2019une parabole sur la culpabilit\u00e9,\u00a0<em>Le Proc\u00e8s<\/em>, tout entier \u00e9crit entre 1914 et 1915, est une parabole sur la loi, une parabole la\u00efque venant interroger \u00e0 la fois son origine \u2013 d\u2019o\u00f9 vient-elle\u00a0? qui l\u2019\u00e9crit\u00a0? \u2013 et son fondement \u2013 qu\u2019est-ce qui la garantit\u00a0? comment \u00eatre s\u00fbr qu\u2019elle est juste\u00a0? Les interrogations de Kafka rejoignent celles de Freud, qui, exactement \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, et lui aussi dans le contre coup du bouleversement de la premi\u00e8re guerre mondiale, se demande si la loi ne serait pas, au fond, juste la loi du plus fort.\u00a0En 1915, dans un texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La d\u00e9sillusion caus\u00e9e par la guerre\u00a0\u00bb, Freud fait un amer constat\u00a0: \u00ab\u00a0Tout ressortissant d\u2019un peuple peut, \u00e0 titre individuel, constater dans cette guerre, avec effroi (\u2026) que l\u2019Etat a interdit \u00e0 l\u2019individu l\u2019usage de l\u2019injustice, non parce qu\u2019il veut l\u2019abolir, mais parce qu\u2019il veut en avoir le monopole, comme du sel et du tabac. L\u2019Etat bellig\u00e9rant se permet des injustices, des actes de violence qui d\u00e9shonoreraient l\u2019individu<sup>15<\/sup>\u00a0\u00bb. En 1933, dans\u00a0<em>Pourquoi la guerre?<\/em>, Freud va encore plus loin concernant le monopole de la violence l\u00e9gitime par l\u2019Etat\u00a0: \u00ab\u00a0Nous voyons que le droit est la puissance d\u2019une communaut\u00e9. C\u2019est encore et toujours de la violence, pr\u00eate \u00e0 se tourner contre tout individu qui s\u2019oppose \u00e0 elle, elle travaille avec les m\u00eames moyens, elle poursuit les m\u00eames fins<sup>16<\/sup>\u00a0\u00bb. Ainsi l\u2019interdit, la loi, le droit ne sont-ils plus consid\u00e9r\u00e9s comme ce qui viendrait limiter la violence des motions pulsionnelles des \u00eatres humains mais bien plut\u00f4t comme une violence pulsionnelle qui s\u2019impose \u00e0 eux et qui leur fait violence.\u00a0\u00ab\u00a0Je ne les tiens en effet pas du tout pour coupable, c\u2019est le syst\u00e8me qui est coupable, ce sont les hauts fonctionnaires qui sont coupables<sup>17\u00a0<\/sup>\u00bb, s\u2019\u00e9crie K.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Un grand nombre de commentateurs de Kafka, dont entre autres Walter Benjamin, Hannah Arendt, Milan Kundera et Imre Kerteszont vu dans\u00a0<em>Le Proc\u00e8s<\/em>\u00a0un texte rendant compte, par le biais de la parabole ou de la fable, du traitement des Juifs dans l\u2019Europe \u00e0 la fin du XIX\u00e8me et au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, un texte pr\u00e9figurant les totalitarismes et le g\u00e9nocide \u00e0 venir<sup>18<\/sup>. Il est clair en effet, comme le notent Deleuze et Guattari, que \u00ab\u00a0les textes c\u00e9l\u00e8bres du\u00a0<em>Proc\u00e8s<\/em>\u00a0(\u2026) pr\u00e9sentent la loi comme pure forme vide et sans contenu, dont l\u2019objet reste inconnaissable\u00a0: la loi ne peut donc s\u2019\u00e9noncer que dans une sentence, et la sentence ne peut s\u2019apprendre que dans un ch\u00e2timent. Personne ne conna\u00eet l\u2019int\u00e9rieur de la loi<sup>19<\/sup>\u00a0\u00bb. Dans le monde qui est celui de K., la loi n\u2019est plus transcendante, elle n\u2019est plus garantie par l\u2019existence de Dieu, elle est immanente, elle co\u00efncide absolument avec le moment de son \u00e9nonciation, ce qui explique pourquoi K. est toujours confront\u00e9 aux repr\u00e9sentants de la loi et jamais \u00e0 la loi en tant que telle, et ce bien qu\u2019il la recherche ardemment.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son livre\u00a0<em>Ce que le nazisme a fait \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Laurence Kahn entreprend de montrer comment l\u2019\u00e9mergence de la propagande nationale-socialiste a litt\u00e9ralement mis la loi \u00ab\u00a0hors la loi\u00a0\u00bb en faisant dispara\u00eetre l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous devant la loi au profit d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9 circonscrite par l\u2019appartenance identitaire au \u00ab\u00a0type allemand\u00a0\u00bb<sup>20\u00a0<\/sup>\u00bb. Dans\u00a0<em>Le Proc\u00e8s<\/em>, ce processus de perversification de la loi n\u2019est certes pas arriv\u00e9 \u00e0 son terme mais le soup\u00e7on est de mise, tant la loi demeure inaccessible, inconnaissable, ne se manifestant plus qu\u2019\u00e0 travers les ch\u00e2timents iniques qu\u2019elle met en \u0153uvre, \u00e0 l\u2019image de la machine de\u00a0<em>La Colonie p\u00e9nitentiaire<\/em>\u00a0qui inscrit la loi dans la chair des condamn\u00e9s et ce jusqu\u2019\u00e0 leur mort. En ce sens, les romans de Kafka peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s, \u00ab\u00a0comme la description du processus par lequel un appareil de domination \u2013 \u00e9tatique ou autre \u2013 rejette ses marges, exclut, voire \u00e9limine ses \u00ab\u00a0juifs\u00a0\u00bb \u2013 entendus comme figures exemplaires de l\u2019individu d\u00e9sarm\u00e9 expos\u00e9 \u00e0 la violence l\u00e9gale<sup>21<\/sup>\u00a0\u00bb. Roman, donc, des minorit\u00e9s, des parias, de ceux pour qui la loi ne s\u2019exerce plus, ou pour lesquelles une loi d\u2019exception a cours, faisant d\u2019eux, litt\u00e9ralement, des \u00ab\u00a0hors la loi\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Victime d\u2019une justice arbitraire et absurde, K. tente pourtant de retourner \u00e0 la Loi, \u00e0 son fondement, dont la parabole \u00ab\u00a0Devant la loi\u00a0\u00bb est cens\u00e9e lui d\u00e9livrer le sens ultime. Dans\u00a0<em>Le Proc\u00e8s<\/em>, c\u2019est l\u2019aum\u00f4nier de la prison, rencontr\u00e9 par K. dans la cath\u00e9drale, qui lui en fait le r\u00e9cit, mais ce texte, fort c\u00e9l\u00e8bre, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 du vivant de Kafka isol\u00e9ment du reste du roman. \u00ab\u00a0Devant la Loi il y a un gardien. Un homme de la campagne vient trouver ce gardien et demande \u00e0 entrer dans la Loi. Mais le gardien lui dit qu\u2019il ne peut pas le laisser entrer maintenant. L\u2019homme r\u00e9fl\u00e9chit et demande s\u2019il pourra \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 entrer plus tard. \u00ab\u00a0C\u2019est possible, dit le gardien, mais pas maintenant<sup>22\u00a0<\/sup>\u00bb. On connait la suite\u00a0: l\u2019homme de la campagne n\u2019ose pas braver l\u2019interdiction du gardien, d\u2019autant plus que celui-ci lui pr\u00e9sente le monde de la loi, celui qui est derri\u00e8re la porte, comme un monde effrayant, prot\u00e9g\u00e9 par des gardiens de plus en plus puissants. L\u2019homme de la campagne tente d\u2019amadouer le gardien, de le soudoyer pour obtenir le droit d\u2019entrer, et finalement il passe sa vie enti\u00e8re \u00e0 attendre une autorisation d\u2019entrer qui ne vient jamais. Arriv\u00e9 au terme de sa vie, il pose une ultime question au gardien\u00a0: \u00ab\u00a0Tout le monde, n\u2019est-ce pas, aspire \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la Loi, dit l\u2019homme, comment se fait-il que pendant toutes ces ann\u00e9es, personne \u00e0 part moi n\u2019ait demand\u00e9 \u00e0 entrer\u00a0? Le gardien se rend compte que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la fin pour l\u2019homme, et, pour atteindre encore son ou\u00efe d\u00e9liquescente, il hurle\u00a0: \u00ab\u00a0Personne d\u2019autre ne pouvait obtenir le droit d\u2019entrer ici, puisque cette porte n\u2019\u00e9tait destin\u00e9e qu\u2019\u00e0 toi. Maintenant je m\u2019en vais et je la ferme<sup>23 <\/sup>\u00bb\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible de d\u00e9terminer le sens exact de cette parabole, et la longue discussion qui s\u2019ensuit entre K. et l\u2019aum\u00f4nier de la prison ne parvient d\u2019ailleurs pas \u00e0 en \u00e9tablir un sch\u00e8me d\u2019explication unique. Comme une parabole rabbinique, dont elle est une parodie romanesque, elle r\u00e9siste \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation, ou plut\u00f4t elle peut recevoir plusieurs interpr\u00e9tations qui ne s\u2019excluent pas l\u2019une l\u2019autre mais au contraire s\u2019enrichissent de leurs contradictions. Voici une interpr\u00e9tation possible&nbsp;: le gardien de la loi, autrement dit le repr\u00e9sentant de la loi, interdit l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la loi au profane, au peuple non \u00e9duqu\u00e9, pour mieux exercer sur lui son pouvoir. Dans le m\u00eame temps, il lui reproche et il le culpabilise, ultime ironie de son pouvoir, de ne pas conna\u00eetre la loi qu\u2019il l\u2019emp\u00eache de conna\u00eetre. Comme K. l\u2019avait fait remarquer \u00e0 la femme de l\u2019appariteur du tribunal&nbsp;: \u00ab&nbsp;le propre de ce type de syst\u00e8me judiciaire, c\u2019est qu\u2019on est condamn\u00e9 par lui non seulement innocent, mais aussi ignorant<sup>24<\/sup>\u00bb. <br><br>Au bout du compte, il n\u2019y a pas de loi en-de\u00e7a ou par-del\u00e0 la loi du plus fort. La loi des p\u00e8res tout-puissants, les gardiens, s\u2019abat sur les fils, les hommes de la campagne, avec une violence dont le paroxysme r\u00e9side dans l\u2019humiliation ultime qu\u2019elle leur inflige de leur reprocher d\u2019avoir accept\u00e9 un ordre inique auquel elle les a en r\u00e9alit\u00e9 contraints.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, mais le tour de force du&nbsp;<em>Proc\u00e8s<\/em>&nbsp;r\u00e9side dans sa logique narrative. En se privant d\u2019un point de vue surplombant, la narration \u00e9pouse le point de vue de K., perdu dans cet interminable proc\u00e8s qui n\u2019aura jamais lieu comme Fabrice del Dongo, le h\u00e9ros de&nbsp;<em>La chartreuse de Parme<\/em>&nbsp;de Stendhal, \u00e9tait perdu \u00e0 Waterloo. Mais l\u00e0 o\u00f9 le narrateur stendhalien avait acc\u00e8s \u00e0 la subjectivit\u00e9 de son personnage, l\u00e0 o\u00f9 il le comprenait de l\u2019int\u00e9rieur, le narrateur kafka\u00efen \u00e9choue \u00e0 percer l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de K., \u00e0 la fois parce que K. lui reste en un sens ext\u00e9rieur et ind\u00e9chiffrable, mais aussi parce que K. lui-m\u00eame \u00e9choue \u00e0 comprendre ses propres motivations int\u00e9rieures. Drame d\u2019un personnage opaque \u00e0 lui-m\u00eame dans un monde qui lui est \u00e9galement devenu opaque,&nbsp;<em>Le Proc\u00e8s<\/em>&nbsp;livre au lecteur l\u2019\u00e9nigme du rapport tragique de l\u2019homme moderne face \u00e0 la loi s\u00e9cularis\u00e9e. Perdu face \u00e0 une loi externe dont il pressent qu\u2019elle n\u2019est peut-\u00eatre que le masque hypocrite de la violence ill\u00e9gitime du p\u00e8re, le h\u00e9ros kafka\u00efen est en m\u00eame temps terrass\u00e9 par un sentiment de culpabilit\u00e9 interne dont il ne peut venir \u00e0 bout et qui peut-\u00eatre est li\u00e9 au fait qu\u2019il ne croit plus au bien-fond\u00e9, ni de l\u2019autorit\u00e9 de la justice, ni de celle du p\u00e8re, ayant l\u2019intuition qu\u2019elles reposent toutes deux sur l\u2019exercice d\u2019un pouvoir ill\u00e9gitime. Drame sans issue, \u00e0 part celle de mourir comme un chien, terrass\u00e9 par la honte, honte du monde et honte de soi m\u00e9lang\u00e9es pour celui qui a c\u00f4toy\u00e9 de trop pr\u00e8s de la folie des interdits.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019analyse de Luc, c\u2019est la prise de conscience, lente et progressive, du d\u00e9calage entre les interdits surmo\u00efques internes et les interdits de la r\u00e9alit\u00e9 externe qui permit peu \u00e0 peu de desserrer l\u2019\u00e9tau de la culpabilit\u00e9. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre \u00e9tonn\u00e9 que la police ne soit pas venue l\u2019arr\u00eater pour le priver de tous ses droits et le mettre en prison quand il s\u2019\u00e9tait rendu compte qu\u2019il avait omis de d\u00e9clarer aux Imp\u00f4ts une petite somme d\u2019argent pourtant gagn\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e, Luc se mit tout \u00e0 coup \u00e0 rire de sa terreur permanente de la faute et de l\u2019\u00e9pouvantable menace du ch\u00e2timent imminent qui l\u2019accompagnait immanquablement. Je ris aussi, tant l\u2019\u00e9cart \u00e9tait grand entre l\u2019oubli et la chaine d\u2019\u00e9v\u00e9nements qu\u2019il avait d\u2019embl\u00e9e imagin\u00e9. Cet \u00e9v\u00e9nement se r\u00e9p\u00e9ta&nbsp;: Luc racontait en s\u00e9ance un oubli, un manquement, une l\u00e9g\u00e8re infraction. S\u2019ensuivait le r\u00e9cit de la catastrophe irr\u00e9versible et totale que cette l\u00e9g\u00e8re transgression allait entra\u00eener et puis, il riait de croire \u00e0 tout cela et il repensait \u00e0 lui, adolescent, allant se confesser, pensant que tout \u00e9tait fini et esp\u00e9rant quand m\u00eame une absolution. La loi en vigueur en France ou m\u00eame celle de l\u2019Eglise catholique \u00e9tait ind\u00e9niablement moins s\u00e9v\u00e8re que celle de son surmoi, et, par l\u2019humour, et c\u2019\u00e9tait d\u00e9sormais son surmoi lui-m\u00eame qui, comme l\u2019\u00e9crit Freud, semblait lui dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Regarde, le voil\u00e0 donc ce monde qui a l\u2019air si dangereux. Un jeu d\u2019enfants, tout juste bon \u00e0 ce qu\u2019on en plaisante&nbsp;!&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Force est de constater que, pour Kafka, l\u2019\u00e9cart entre la folie de ses propres interdits et ceux de son temps est plus r\u00e9duit, engageant un tragique existentiel dont&nbsp;<em>Le Proc\u00e8s<\/em>&nbsp;est la mise en forme.&nbsp;Et pourtant, m\u00eame chez&nbsp;lui, l\u2019humour tente d\u2019all\u00e9ger le poids des contraintes et de restaurer, envers et contre tout,&nbsp;le principe de plaisir. Ses contemporains, Max Brod au premier chef, ont racont\u00e9 comment Kafka, quand il leur lisait ses propres textes \u00e0 haute voix, \u00e9clatait souvent de rire, parfois m\u00eame \u00e0 la grande surprise de ses auditeurs plut\u00f4t sensibles au tragique de l\u2019\u0153uvre. Certes, on est plus proches avec Kafka de l\u2019humour du condamn\u00e9 \u00e0 mort de Freud men\u00e9 le lundi \u00e0 la potence et qui d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;Eh bien, la semaine commence bien&nbsp;\u00bb que de l\u2019humour de Luc, mais il n\u2019emp\u00eache. Dans les deux cas, face \u00e0 des interdits qui menacent de devenir fous, c\u2019est l\u2019humour, issu du surmoi, qui permet au moi de s\u2019identifier \u00e0 un p\u00e8re bienveillant traitant le moi comme un enfant que l\u2019on doit consoler et rassurer. En contrepoint du p\u00e8re meurtrier et violent, le surmoi qui se manifeste dans l\u2019humour fait advenir un p\u00e8re tendre, porteur d\u2019une loi qui permet aux p\u00e8res et aux fils de vivre ensemble.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h1>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote wp-block-list\"><li id=\"no1\" class=\"note renvoi-in-alinea\">F. Kafka (1914-1915),&nbsp;<em>Le Proc\u00e8s<\/em>, trad. J.-P. Lefebvre,&nbsp;<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, II, Paris, Gallimard, coll. La Pl\u00e9iade, 2018, p.&nbsp;275. Cette \u00e9dition sert de r\u00e9f\u00e9rence pour l\u2019ensemble des citations du&nbsp;<em>Proc\u00e8s<\/em>.<\/li><li id=\"no2\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;471.<\/li><li id=\"no3\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;472.<\/li><li id=\"no4\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;476.<\/li><li id=\"no5\" class=\"note renvoi-in-alinea\">S. Mos\u00e8s,&nbsp;<em>Ex\u00e9g\u00e8se d\u2019une l\u00e9gende. Lectures de Kafka<\/em>, Paris Tel Aviv, Editions de l\u2019\u00e9clat, 2006, p.&nbsp;123.<\/li><li id=\"no6\" class=\"note renvoi-in-alinea\">F. Kafka,&nbsp;<em>Le Proc\u00e8s<\/em>.<\/li><li id=\"no7\" class=\"note renvoi-in-alinea\">F. Kafka,&nbsp;<em>Le Proc\u00e8s<\/em>, p.&nbsp;308-309.<\/li><li id=\"no8\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Ph. Zard,&nbsp;<em>De Shylock \u00e0 Cinoc. Essai sur les juda\u00efsmes apocryphes<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 2018, p.433.<\/li><li id=\"no9\" class=\"note renvoi-in-alinea\">F. Kafka,&nbsp;<em>Le Proc\u00e8s<\/em><\/li><li id=\"no10\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Ibid.<\/em>, pp.&nbsp;302-303.<\/li><li id=\"no11\" class=\"note renvoi-in-alinea\">S. Freud (1916), Les criminels par sentiment de culpabilit\u00e9,&nbsp;<em>Quelques types de caract\u00e8re d\u00e9gag\u00e9s par la m\u00e9thode psychanalytique, OCF-P<\/em>, XV, Paris, Puf, 1996, p.&nbsp;39.<\/li><li id=\"no12\" class=\"note renvoi-in-alinea\">F. Kafka (1919), Lettre au p\u00e8re,&nbsp;<em>Pr\u00e9paratifs de noces \u00e0 la campagne<\/em>, Paris, Gallimard, Folio, 2001, p.19.<\/li><li id=\"no13\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;90-91.<\/li><li id=\"no14\" class=\"note renvoi-in-alinea\">W. Benjamin, (1931), Franz Kafka, lors de la construction de&nbsp;<em>La Muraille de Chine<\/em>, \u0152uvres, II, Paris, Gallimard, Folio-essais, 2000, p.&nbsp;414.<\/li><li id=\"no15\" class=\"note renvoi-in-alinea\">S. Freud (1915), La d\u00e9sillusion caus\u00e9e par la guerre,&nbsp;<em>Consid\u00e9rations actuelles sur la guerre et la mort, OCF-P<\/em>, XIII, Paris, Puf, 2005, p. 134.<\/li><li id=\"no16\" class=\"note renvoi-in-alinea\">S. Freud (1933),&nbsp;<em>Pourquoi la guerre&nbsp;?, OCF-P<\/em>, XIX, Paris, Puf, 1995, p.&nbsp;71.<\/li><li id=\"no17\" class=\"note renvoi-in-alinea\">F. Kafka,&nbsp;<em>Le Proc\u00e8s<\/em>, p. 345.<\/li><li id=\"no18\" class=\"note renvoi-in-alinea\">W. Benjamin (1931&nbsp;; 1934), \u00ab&nbsp;Franz Kafka, lors de la construction de la Muraille de Chine&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Franz Kafka. Pour le dixi\u00e8me anniversaire de sa mort&nbsp;\u00bb, \u0152uvres, II, Paris, Gallimard, Folio-essais, 2000. Hannah Arendt (1932-1948),&nbsp;<em>La tradition cach\u00e9e. Le Juif comme paria<\/em>, Paris, Christian Bourgois \u00e9diteur, coll. Choix-Essais, 2000. M. Kundera,&nbsp;<em>L\u2019art du roman<\/em>, Paris, Gallimard, 1986, 2018. Kert\u00e9sz,&nbsp;<em>L\u2019holocauste comme culture<\/em>, Arles, Actes-Sud, 2009.<\/li><li id=\"no19\" class=\"note renvoi-in-alinea\">G. Deleuze, F. Guattari,&nbsp;<em>Kafka. Pour une litt\u00e9rature mineure<\/em>, Paris, Les Editions de minuit, coll. Critique, 1975, p.&nbsp;79.<\/li><li id=\"no20\" class=\"note renvoi-in-alinea\">L. Kahn,&nbsp;<em>Ce que le nazisme a fait \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Paris, Puf, coll. Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse, 2018, p.&nbsp;33.<\/li><li id=\"no21\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Ph. Zard, \u00ab&nbsp;Tradition cach\u00e9e, tradition cass\u00e9e&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>De Shylock \u00e0 Cinoc. Essai sur les juda\u00efsmes apocryphes<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 2018, p.&nbsp;424.<\/li><li id=\"no22\" class=\"note renvoi-in-alinea\">F. Kafka,&nbsp;<em>Le Proc\u00e8s<\/em>, p.&nbsp;463.<\/li><li id=\"no23\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;464-465.<\/li><li id=\"no24\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;320.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10256?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Je suis d\u2019une sensibilit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9rante au reproche, \u00e0 l\u2019interdit et au jugement&nbsp;\u00bb. Luc est en analyse depuis trois ans quand il formule cette phrase. 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