{"id":10250,"date":"2021-08-22T07:31:36","date_gmt":"2021-08-22T05:31:36","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/paranoia-2\/"},"modified":"2021-09-17T00:05:23","modified_gmt":"2021-09-16T22:05:23","slug":"paranoia","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/paranoia\/","title":{"rendered":"Paranoia"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je suis poursuivi par la CIA&#8230; la preuve&nbsp;! Je leur ai \u00e9crit, ils ne m\u2019ont pas r\u00e9pondu.<\/em>&nbsp;\u00bb m\u2019affirmait p\u00e9remptoire un patient. Je me suis alors souvenu d\u2019un texte de Gabriel Garcia Marquez o\u00f9 un homme tombait \u00ab&nbsp;<em>dans le puit profond d\u2019un jardin<\/em>&nbsp;\u00bb tandis que \u00ab&nbsp;<em>quelque chose dans l\u2019air d\u00e9non\u00e7ait une pr\u00e9sence invisible souriant dans l\u2019obscurit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb et aussi d\u2019un autre texte du m\u00eame auteur o\u00f9 le narrateur exil\u00e9 \u00e0 Paris et pers\u00e9cut\u00e9 par la police, distinguait dans le brouillard un homme, un poursuiveur \u00ab&nbsp;osseux et pale&nbsp;\u00bb, qui pleurait. J\u2019en conclus que ce patient qui me poursuivait trop de ses attaques devait se sentir forc\u00e9ment poursuivi et \u00eatre tr\u00e8s malheureux&#8230; je d\u00e9cidai alors d\u2019\u00eatre un poursuiveur mi-souriant mi-pleureur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le seul \u00eatre au monde qui ait toujours raison (contre vous) c\u2019est le parano&nbsp;! Pour la simple et bonne raison qu\u2019il projette sur l\u2019autre (ici vous)\u2026 les raisons (qu\u2019il sait sub-consciemment siennes) de sa m\u00e9prise et de sa d\u00e9faite, avant que de mixer le tout dans un d\u00e9lire de pers\u00e9cution. Mais si c\u2019est bien sa raison (sa dr\u00f4le de conscience r\u00e9flexive) qui le rend si malade. Le seul \u00eatre au monde qui ne doit en aucun cas changer d\u2019avis, c\u2019est toujours le parano&nbsp;! Et pour (quelle) cause&nbsp;? si ce n\u2019est celle d\u2019all\u00e9es et venues entre l\u2019interne et l\u2019externe d\u2019affects et de repr\u00e9sentations intempestives et d\u00e9stabilisantes. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019absolue certitude. Ne sait-il donc pas que c\u2019est la certitude qui rend fou et non le doute (Nietzsche)\u2026 Mais il est vrai que le doute qui est la position de l\u2019homme libre de penser, le place dans une insupportable ins\u00e9curit\u00e9. On c\u00f4toie volontiers dans le monde politique ou religieux\u2026 des gens tr\u00e8s s\u00fbrs de leurs convictions, mais ces grenouilles de b\u00e9nitiers et ces apparatchiks ne sont pas si s\u00fbrs d\u2019eux-m\u00eames pour autant. Confus, traqu\u00e9s, hagards, ils ne savent que faire peur pour contrer leur propre peur. Et leur cruaut\u00e9 est \u00e0 la hauteur de leurs angoisses plus que de leurs d\u00e9sirs. Ces paranos-l\u00e0 sont des pervers rat\u00e9s aussi ne sont-ils pas du tout heureux de ressasser sans cesse leur statut de victime.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le monde sait\u2026(s\u2019il est suffisamment parano\u2026 mais sans pour autant d\u00e9nier de se conna\u00eetre un peu \u00ab&nbsp;soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb, ce qui est la meilleure fa\u00e7on de ne pas trop se m\u00e9priser.) que le parano\u00efaque projette au dehors et accessoirement sur quelqu\u2019un (\u00e9lu par lui), et moins accessoirement dans ce quelqu\u2019un, ce qu\u2019il d\u00e9nie en lui-m\u00eame. Et celui qui le sait encore le mieux est \u00e9videmment l\u2019\u00e9lu-accessoire. Aussi le parano a-t-il raison d\u2019en vouloir \u00e0 ce quelqu\u2019un qui consent si obligeamment \u00e0 se prendre pour lui, qui plus est en sa plus mauvaise part, et qui plus est surtout de la lui renvoyer si bien\u2026 quoiqu\u2019un peu trop fort. Et de fait le choix de son pers\u00e9cuteur, comme celui de son ami, de son psy ou de son juge, d\u00e9pend pour beaucoup de l\u2019id\u00e9e que le parano pense que l\u2019autre se fait de lui\u2026 et en \u00ab&nbsp;particulier&nbsp;\u00bb qu\u2019il pourrait \u00eatre l\u2019homme dont la cl\u00e9 corresponde \u00e0 sa serrure\u2026 (ah la peu joyeuse part de libido homosexuelle du parano, ce grand petit enfant laiss\u00e9 trop souvent et trop longtemps tout seul) et qu\u2019il prendra pour autant soin d\u2019\u00e9viter de la forcer par un jugement ou une interpr\u00e9tation\u2026 aussi sauvages qu\u2019inadapt\u00e9s. Mais a-t-on suffisamment song\u00e9 au fait que c\u2019est pour beaucoup mieux (c\u2019est-\u00e0-dire pour beaucoup moins) investir (cette fois du dehors\u2026 plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre menac\u00e9 et jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre violent\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur) et mieux garder un \u0153il attentif \u00e0 ce qui le tourmente&nbsp;? Quoi&nbsp;? Ce quelque chose qui gratte l\u2019ectoderme psychique qui tapisse sa chambre c\u00e9r\u00e9brale, fait souffrir son mental, et lui rappelle, sans cesse, sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 et le peu d\u2019estime qu\u2019il se porte. L\u2019\u00e9lu peut donc \u00e0 bon droit s\u2019estimer peu chanceux\u2026 mais aussi admirablement investi et furieusement envi\u00e9\u2026 fut-ce haineusement, que le parano ait choisi de s\u00e9journer une saison enti\u00e8re dans sa bo\u00eete cr\u00e2nienne et de l\u2019accaparer. Il n\u2019avait qu\u2019\u00e0 parer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 d\u00e9faut d\u2019accepter et de faire, comme tout \u00e0 chacun, l\u2019exp\u00e9rience que c\u2019est l\u2019Autre, cet incontr\u00f4lable (l\u2019autre externe et l\u2019autre int\u00e9rieur) qui me pense et me panse, puisque me porte et me supporte, me donne des rep\u00e8res, m\u2019accr\u00e9dite et me valide, le parano organise un syst\u00e8me o\u00f9 c\u2019est, non l\u2019amour mais la menace de l\u2019autre qui le pense, (et le panse), le d\u00e9porte, l\u2019ind\u00e9finit, le discr\u00e9dite, l\u2019invalide. Et ce avec la m\u00eame intensit\u00e9&nbsp;! tout est question d\u2019orientation de la valence \u00e9nerg\u00e9tique en somme&nbsp;! Mais le parano a une singuli\u00e8re th\u00e9orie de l\u2019esprit o\u00f9 c\u2019est l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui le s\u00e9curise et comme \u00e7a ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui, si le danger qui de tout temps le poursuit lui est continument pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 la qui\u00e9tude, il n\u2019est pas s\u00fbr qu\u2019il soit fait pour le bonheur. Et quand il le rencontre (l\u2019amour&nbsp;!) force est de constater que \u00e7a ne le rend ni tranquille\u2026 ni heureux. Le parano a connu au moins une fois l\u2019amour et tout de suite avec le chagrin et la jalousie, et depuis son c\u0153ur d\u00e9sire plus d\u2019angoisse que quiconque &#8211; qu\u2019une seule personne &#8211; ne peut en donner.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, il peut bien voir que si \u00e7a tourne mal, c\u2019est uniquement (pauvre Narcisse en qu\u00eate d\u2019un miroir o\u00f9 projeter son image et se voir \u00ab&nbsp;m\u00e9g\u00e8re&nbsp;\u00bb) parce que son d\u00e9go\u00fbt de lui-m\u00eame l\u2019oblige \u00e0 an\u00e9antir ceux qui osent l\u2019aimer et ainsi \u00e0 ne pouvoir survivre que de rupture. \u00c7a n\u2019est certes pas une raison pour imposer \u00e0 autrui la tyrannie de son propre d\u00e9go\u00fbt. Mais cet autre aim\u00e9 devenu pers\u00e9cuteur n\u2019est que le repr\u00e9sentant m\u00e9tonymique de la m\u00e8re-monde, du corps de la m\u00e8re\u2026 cette premi\u00e8re maison (close), ce premier lieu de rencontre avec le plaisir et le d\u00e9go\u00fbt, la caresse et la violence, corps \u00e9rotique et tragique que le parano hait plus que tout au monde. Et qu\u2019il ne conna\u00eet le mieux que dans la haine et non dans l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma\u00eetre \u00e8s ambigu\u00eft\u00e9s, en proie \u00e0 toutes les ambivalences et tous les clivages, le parano peut \u00eatre pour autant d\u2019excellent conseil (pervers), au trop simple (mais profond et grave) n\u00e9vros\u00e9 en proie \u00e0 la confusion des sens et des sentiments, et toujours prompt \u00e0 se soumettre et collaborer avec quelqu\u2019un qui ne se pose apparemment pas de questions, qui se montre intransigeant sur l\u2019essentiel comme il reste soucieux du moindre d\u00e9tail\u2026 et avance sans cesse avance. Puis \u00e0 aimer quelqu\u2019un qui le retourne ainsi sans m\u00e9nagement, esp\u00e9rant que s\u2019il peut \u00eatre aim\u00e9 d\u2019un sujet aussi s\u00fbr de lui, il pourrait peut-\u00eatre apprendre \u00e0 s\u2019aimer lui-m\u00eame. Tout le monde sait\u2026 s\u2019il est suffisamment d\u00e9prim\u00e9 que le v\u00e9cu sensitif de pers\u00e9cution du parano est l\u2019envers d\u2019un besoin de reconnaissance d\u2019un sujet qui craint de se conna\u00eetre trop lui-m\u00eame (jusqu\u2019en sa part sombre et maudite o\u00f9 il rencontrerait la mati\u00e8re obscure d\u2019un moi archa\u00efque oppos\u00e9 \u00e0 tous ses d\u00e9sirs)&nbsp;: il y aura toujours plus de gens \u00e0 m\u00e9dire sur lui (sur nous), que de gens \u00e0 le (nous) glorifier\u2026 et puis si c\u2019est eux tous alors c\u2019est qu\u2019il est (que je suis\u2026 que nous sommes) important (s)\u2026&nbsp;; je suis (nous sommes) victime(s) non de ma (notre) folie des grandeurs et de notre trop grand s\u00e9rieux, mais de leur petite envie mesquine\u2026 et surtout si c\u2019est eux qui le disent ce n\u2019est pas lui (nous) qui le pensons. Et enfin, eux tous\u2026 tous ceux qui (nous) m\u2019en veulent \u00e0 ce point\u2026 au moins j\u2019en suis s\u00fbr ne (nous) me l\u00e2cheront pas tandis que l\u2019amour singulier est si fugitif et jamais aussi exclusif que je (nous) le souhaite. Oui je sais hypocrite lecteur, mon semblable, mon fr\u00e8re\u2026 On commence (alors que nous sommes qu\u2019au mitan de cette entr\u00e9e) \u00e0 s\u2019embrouiller et \u00e0 tout confondre d\u00e8s que l\u2019identification projective est \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Que voil\u00e0 un terme tr\u00e8s difficile \u00e0 comprendre, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 saisir tellement il semble tourner autour de lui-m\u00eame, jusqu\u2019\u00e0 s\u2019invaginer en doigt de gant. Il ne dit pas ce qui est et ce qu\u2019il hait, il le fait \u00e9prouver\u2026 et parfois m\u00eame endurer. Il faut commencer par inverser cet idiolecte trop savant en disant qu\u2019il sous-tend \u00ab&nbsp;un processus d\u2019identification par projection qui permet au patient de faire entrer en l\u2019autre partie ou totalit\u00e9 de soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb. Et de s\u2019y voir t\u00e9moin d\u2019un sentiment de non-reconnaissance, voire de non-perception (qui remonte \u00e0 l\u2019enfance) qui fait que le parano toujours en rajoute pour parer au risque de la transparence voire de l\u2019effacement de soi et revendiquer la r\u00e9paration de ce qui lui a fait d\u00e9faut. Bref le hanter jusqu\u2019\u00e0 le poss\u00e9der, en distillant, infusant des fantasmes que la morale r\u00e9prouve, tel un <em>dibbouk<\/em>, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du sujet \u00e9lu. Rendre fou l\u2019autre de soi\u2026 probablement en \u00e9cho et miroir de la fa\u00e7on dont le parano a \u00e9t\u00e9 rendu fou. Et sur le mod\u00e8le de la passion amoureuse o\u00f9 le sujet ne peut \u00e9chapper \u00e0 un mixte de fantasmes d\u2019amour et de meurtre.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le parano\u00efaque est vindicatif, qu\u00e9rulent, et proc\u00e9durier (et aime choisir des mots pr\u00e9cieux pour se justifier), c\u2019est que faute de rep\u00e8res interne-externe, il a un absolu besoin que la loi s\u2019incarne en quelqu\u2019un\u2026 m\u00eame si elle n\u2019est pas juste. Ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas, si le jugement ne lui est pas favorable, de s\u2019en prendre \u00e0 l\u2019ordre social comme au vrai responsable de ses fautes. Et c\u2019est bien l\u00e0 le malheur du parano\u00efaque, qui pr\u00e9f\u00e8re toujours apostropher et saisir un juge anonyme, arbitraire et totalitaire, plut\u00f4t que de parler \u00e0 un psychiatre qu\u2019il croit \u00eatre un pr\u00eatre masqu\u00e9. Ce en quoi il a tort puisque disons-le ici tout net, la surestimation de soi, la m\u00e9fiance, la tendance \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation, et (encore) l\u2019ironie sont les t\u00e9moins (et les armes) d\u2019un temp\u00e9rament parano qu\u2019on rencontre souvent chez certains coll\u00e8gues psy dont le regard est constamment aux aguets et \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de ce qu\u2019on pense ou dit d\u2019eux. Il n\u2019y a pas dans ces deux assertions de quoi fouetter l\u2019esprit chafouin du moindre coll\u00e8gue puisqu\u2019un confr\u00e8re aussi \u00e9minent que Paul Denis estime que, pour \u00eatre un bon psychanalyste, il faut \u00eatre un peu parano pour prendre en compte le tranchant de la r\u00e9alit\u00e9 externe voire du r\u00e9el, et un peu d\u00e9prim\u00e9 pour rester au plus pr\u00e8s de son monde interne. Tout est \u00e9videmment comme toujours dans le <em>un peu<\/em>, ou le <em>suffisamment<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes on nous reprochera le trop de parenth\u00e8ses, de points de suspension et de guillemets, de citations, et m\u00eame une mise en croches dans cette entr\u00e9e. D\u2019aucuns m\u00eame diront qu\u2019elle en devient obscure et donc vise \u00e0 masquer une part d\u2019ombre de l\u2019auteur. On rappellera \u00e0 toutes fins utiles que Luis Bunel a mis beaucoup de lui-m\u00eame dans son film <em>El<\/em> (film que Jacques Lacan utilisera pour illustrer ses cours sur la parano\u00efa \u00e0 Sainte Anne), puisque que le r\u00e9alisateur ira jusqu\u2019\u00e0 porter la robe de moine pour mimer \u00e0 son acteur principal la d\u00e9marche zigzagante (clivage) ou ondoyante en S (ambivalence) que le personnage (grand parano (devant l\u2019Eternel) reclus dans un couvent) devait jouer lors du plan final du film. Tandis qu\u2019un pr\u00eatre et un architecte se f\u00e9licitaient de ce qu\u2019ils esp\u00e9raient avoir \u00e9t\u00e9 (le couvent) une solution ou une gu\u00e9rison. Disons alors tout de go \u00e0 ces esprits chagrins que \u00ab&nbsp;<em>boiter n\u2019est pas p\u00e9cher<\/em>&nbsp;\u00bb et que la tendance \u00e0 l\u2019ironie est le t\u00e9moin d\u2019un temp\u00e9rament d\u00e9pressif m\u00e9lancoliforme que l\u2019on reconna\u00eet volontiers chez beaucoup de coll\u00e8gues psy dont le regard (maladie professionnelle) est souvent par trop retourn\u00e9 vers l\u2019int\u00e9rieur. Le monde interne rec\u00e8le tant de choses intriqu\u00e9es et complexes, qu\u2019\u00e0 les explorer sans cesse le long de voies souterraines, au lieu de les comprendre on finit par les confondre\u2026 Si la beaut\u00e9 est dans l\u2019\u0153il de celui qui regarde, le malheur est dans celui du parano.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors comment faire la diff\u00e9rence entre un tr\u00e8s bon psychanalyste qui a \u00ab&nbsp;r\u00e9ussi l\u00e0 ou le parano\u00efaque a \u00e9chou\u00e9&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup> et un parano d\u00e9prim\u00e9&nbsp;? Contrairement \u00e0 ce qui se passe avec le parano, chez le psy le d\u00e9lire ne s\u2019accouche et ne se d\u00e9livre jamais dans l\u2019ordre et la clart\u00e9. Et surtout la psychanalyse (la confrontation et l\u2019affrontement le plus intime et ultime avec soi-m\u00eame) qui vise \u00e0 se regarder au-dedans et \u00e0 mettre en question ses propres syst\u00e8mes de valeurs, permet de r\u00e9ussir \u00e0 \u00ab&nbsp;\u00eatre (\u00e0) soi&nbsp;\u00bb. De fait, persister \u00e0 ignorer (et s\u2019en glorifier) ou \u00e0 d\u00e9nier son monde interne, ce <em>je<\/em> est <em>un autre<\/em> pulsionnel en diable issu du \u00e7a et du surmoi et plus ou moins temp\u00e9r\u00e9 par un moi craintif, accentue notre absence de pouvoir sur nous-m\u00eame. Nous ne sommes d\u00e9finitivement pas ma\u00eetre dans notre propre maison et celle-ci \u00e9tant un analogon de notre cerveau, semble chez certains paranos pleine d\u2019objets et d\u2019agencements myst\u00e9rieux aussi inqui\u00e9tants que certaines de leurs pens\u00e9es. D\u00e8s lors ce monde interne qui nous rend malade nous fait r\u00e9p\u00e9ter dans un myst\u00e9rieux fatalisme les m\u00eames erreurs, en particulier celle qui nous fait croire que ce domaine (nos propri\u00e9t\u00e9s) a (projectivement) le visage de l\u2019autre. Cet autre externe (l\u2019\u00e9tranger, la femme, l\u2019enfant, l\u2019homosexuel, le fou) sur lequel s\u2019exercera la violence du parano parce que cet autre r\u00e9ussit et jouit l\u00e0 o\u00f9 le parano a eu peur de prendre plaisir, suscitant chez lui l\u2019envie (plus archa\u00efque que la jalousie) celle qui dit c\u2019est lui ou c\u2019est moi. Cet autre externe est d\u2019abord et avant tout le lieu de d\u00e9p\u00f4t de son autre interne inavouable. Le d\u00e9sir et le d\u00e9go\u00fbt&nbsp;; l\u2019amour et la haine sont des contraintes internes qui nous violentent de l\u2019int\u00e9rieur et nous pers\u00e9cutent\u2026tant il est vrai que quand \u00e7a va mal avec tout le monde, c\u2019est \u00e9videmment toujours le signe d\u2019un d\u00e9sordre personnel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Note<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Sigmund Freud l\u2019a \u00e9crit dans une lettre \u00e0 Ferenczi (1910) ou il \u00e9voquait sa relation complexe \u00e0 Fliess, et ce au moment de sa rupture avec C. G Jung (et tandis qu\u2019il r\u00e9digeait le cas Schreiber). (sic)<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10250?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Je suis poursuivi par la CIA&#8230; la preuve&nbsp;! Je leur ai \u00e9crit, ils ne m\u2019ont pas r\u00e9pondu.&nbsp;\u00bb m\u2019affirmait p\u00e9remptoire un patient. Je me suis alors souvenu d\u2019un texte de Gabriel Garcia Marquez o\u00f9 un homme tombait \u00ab&nbsp;dans le puit profond&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1212],"thematique":[],"auteur":[1372],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[495],"type_article":[451],"check":[2023],"class_list":["post-10250","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-imprecis","auteur-maurice-corcos","mode-gratuit","revue-495","type_article-articles","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10250","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10250"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10250\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13604,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10250\/revisions\/13604"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10250"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10250"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10250"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10250"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10250"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10250"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10250"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}