{"id":10235,"date":"2021-08-22T07:31:36","date_gmt":"2021-08-22T05:31:36","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/ladolescent-dans-ladulte-identifications-duelles-2\/"},"modified":"2021-09-19T11:54:56","modified_gmt":"2021-09-19T09:54:56","slug":"ladolescent-dans-ladulte-identifications-duelles","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/ladolescent-dans-ladulte-identifications-duelles\/","title":{"rendered":"L\u2019adolescent dans l\u2019adulte : identifications duelles"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Je ne savais pas qui aller voir. J\u2019ai pris l\u2019annuaire, je vous ai googleis\u00e9 et j\u2019ai vu que vous \u00e9tiez sp\u00e9cialiste des adolescents. Alors j\u2019ai pens\u00e9 que vous pourriez m\u2019aider, car pour moi l\u2019essentiel vient de l\u00e0<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce sont les premiers mots d\u2019un homme proche de la cinquantaine, que j\u2019appellerai Philippe, brutalement en arr\u00eat dans sa vie du fait d\u2019un effondrement d\u00e9pressif. Il n\u2019est pas rare, dans mon exp\u00e9rience d\u2019analyste d\u2019adultes traversant ce qu\u2019on nomme commun\u00e9ment\u00ab&nbsp;la crise du milieu de la vie&nbsp;\u00bb, que les blessures de l\u2019adolescence soient invoqu\u00e9es d\u2019embl\u00e9e dans la premi\u00e8re rencontre comme cause des souffrances et de r\u00e9\u00e9dition des emp\u00eachements actuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Effet de ma propre histoire d\u2019analyste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en effet aupr\u00e8s d\u2019adolescents en grande souffrance que je me suis construite professionnellement, leurs travers\u00e9es th\u00e9rapeutiques chaotiques sollicitant continument ma propre adolescence et mobilisant un travail de r\u00e9flexion et d\u2019\u00e9laboration qui a nourri, et encore aujourd\u2019hui, mes travaux de recherche. J\u2019ai donc grandi comme analyste dans la lumi\u00e8re vive de l\u2019adolescence et de ses ombres, de ses espoirs bouleversants et de ses tumultes parfois ravageurs. Dans quelle mesure cette exp\u00e9rience colore singuli\u00e8rement mon \u00e9coute et me rend plus sensible \u00e0 ce qui traduirait les effets d\u2019un processus adolescent \u00ab&nbsp;manqu\u00e9&nbsp;\u00bb dont l\u2019adulte porterait apr\u00e8s-coup les empreintes, les r\u00e9p\u00e9titions&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pos\u00e9e ainsi, la question invite d\u2019embl\u00e9e \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que serait cet <em>adolescent dans l\u2019adulte<\/em> d\u00e9sign\u00e9 comme fauteur de troubles par les patients et \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 des processus li\u00e9s au travail de l\u2019adolescence qui se trouveraient &#8211; \u00e0 la faveur d\u2019une nouvelle crise de vie &#8211; de nouveau convoqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, l\u2019expression par les patients de ce qui justifie leur adresse \u00e0 mon endroit, interroge ce qui se transf\u00e8re d\u2019embl\u00e9e du patient sur l\u2019analyste avant toute rencontre, c\u2019est-\u00e0-dire ce que le patient se repr\u00e9sente de l\u2019offre potentielle de l\u2019analyste, offre qui rend possible sa demande. Ici, la d\u00e9signation de l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescence comme pr\u00e9texte \u00e0 une d\u00e9marche autrement impossible, en cet autre temps qu\u2019est celui du milieu de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre temps, qui est bien souvent celui d\u2019un premier bilan de son existence, d\u2019un regard port\u00e9 sur ce qui a pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 et les renoncements effectu\u00e9s ou contraints \u00e0 certaines aspirations personnelles que le temps de l\u2019adolescence avait fait \u00e9clore. Le temps a pass\u00e9. Il ne s\u2019offre plus comme temps de tous les possibles (\u00ab&nbsp;quand je serai majeur&nbsp;\u00bb), mais comme celui qui reste, qui presse, pour satisfaire suffisamment les exigences de l\u2019id\u00e9al. Le sujet devenu adulte se trouve confront\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il est devenu, \u00e0 la r\u00e9alisation de ce qu\u2019il ne croyait pas devenir, \u00e0 l\u2019\u00e9cart qui s\u00e9pare ce \u00ab&nbsp;devenu&nbsp;\u00bb de ce qu\u2019il imaginait devenir et du temps qu\u2019il lui reste pour \u00e9ventuellement r\u00e9duire cet \u00e9cart&nbsp;; autrement dit \u00e0 la finitude, autant la sienne que celle de ses objets d\u2019investissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette confrontation \u00e0 ce qui peut \u00eatre v\u00e9cu comme une douleur cruelle du \u00ab&nbsp;temps qui passe&nbsp;\u00bb reconvoque donc avec force sur la sc\u00e8ne psychique la question du sens de son existence. Le d\u00e9sarroi existentiel peut \u00eatre immense. Cet autre temps d\u2019apr\u00e8s-coup de l\u2019adolescence invite en effet \u00e0 r\u00e9-exp\u00e9rimenter le plus intime de la difficult\u00e9 \u00e0 \u00eatre et \u00e0 en chercher le sens. Ce n\u2019est sans doute pas un hasard si certains parlent de la crise du milieu de vie comme une seconde crise d\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019adolescence est en elle-m\u00eame un temps d\u2019apr\u00e8s-coup, celui d\u2019un travail de traduction, de r\u00e9\u00e9criture de l\u2019enfance, qui d\u00e9limite nouvellement une forme d\u2019avant et d\u2019apr\u00e8s du fait de l\u2019in\u00e9dit de la g\u00e9nitalit\u00e9 pubertaire. Temporalisation, li\u00e9e \u00e0 ce que Freud (1895) nommait les \u00ab&nbsp;processus primaires posthumes&nbsp;\u00bb, traces mn\u00e9siques inconscientes ne pouvant prendre sens qu\u2019une fois la maturit\u00e9 sexuelle atteinte<sup>1<\/sup>, et qui se d\u00e9ploie sur fond d\u2019atemporalit\u00e9 infantile. Car, comme le souligne J.-B. Pontalis dans son ouvrage <em>Ce temps qui ne passe pas<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019infantile est le sexuel indiff\u00e9renci\u00e9 o\u00f9 peuvent coexister tendresse et sensualit\u00e9, masculin et f\u00e9minin, actif et passif. (\u2026) Cet infantile est sans \u00e2ge. Il ne correspond \u00e0 aucun lieu, \u00e0 aucun temps assignable. Il n\u2019est pas derri\u00e8re nous, il est une source au pr\u00e9sent&nbsp;; source vive jamais tarie<sup>2<\/sup>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence a donc ceci de sp\u00e9cifique qu\u2019elle introduit une scansion, li\u00e9e \u00e0 ce que P. Aulagnier<sup>3<\/sup> a th\u00e9oris\u00e9 comme une des t\u00e2ches sp\u00e9cifiquement adolescente, et qui consiste \u00e0 pouvoir \u00ab&nbsp;construire son enfance comme pass\u00e9&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 effectuer un \u00ab&nbsp;travail de mise en m\u00e9moire et mise en histoire&nbsp;\u00bb. L\u2019enjeu consiste \u00e0&nbsp;: \u00ab&nbsp;conjointement pr\u00e9server son investissement \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9tait et qu\u2019il n\u2019est plus et investir son auto-anticipation et donc celui qu\u2019il n\u2019est pas encore&nbsp;\u00bb. Ce travail d\u2019adolescence est donc un travail destin\u00e9 \u00e0 modifier la version infantile de son histoire dans une \u00ab&nbsp;auto-alt\u00e9ration bien difficile \u00e0 assumer&nbsp;\u00bb, et pourtant n\u00e9cessaire \u00e0 la poursuite de son projet identificatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette proposition me semble s\u2019inscrire dans le droit fil de ce que Freud soulignait dans une note de <em>L\u2019homme aux rats<\/em> <sup>4<\/sup>&nbsp;: \u00ab&nbsp;On peut reconna\u00eetre clairement que l\u2019adolescent cherche \u00e0 effacer, par des fantasmes concernant sa premi\u00e8re jeunesse, le souvenir de son activit\u00e9 auto-\u00e9rotique. Il y arrive en \u00e9levant au niveau de l\u2019amour objectal les traces laiss\u00e9es par l\u2019auto-\u00e9rotisme, tout comme le fait le v\u00e9ritable historien qui t\u00e2che d\u2019envisager le pass\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re du pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb. C\u2019est bien l\u2019importance de notre historicit\u00e9 sexuelle qui est relev\u00e9e par Freud. Mais existe-t-il une autre histoire que l\u2019histoire sexuelle, que celle de l\u2019impasse des d\u00e9sirs infantiles, requestionn\u00e9s \u00e0 l\u2019aune des d\u00e9sirs adolescents, et qui marque durablement de ses blessures toute une vie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, pouvoir se construire un pass\u00e9 suppose qu\u2019une co-\u00e9criture ant\u00e9rieure et anticipatrice se soit effectu\u00e9e, \u00e0 partir d\u2019un double investissement diff\u00e9renci\u00e9 de l\u2019enfant et de sa m\u00e8re. Il faut, comme l\u2019\u00e9crit P. Aulagnier, que \u00ab&nbsp;les deux historiens aient pu mettre \u00e0 l\u2019abri du d\u00e9sinvestissement comme du refoulement le souvenir d\u2019un nombre minimal d\u2019\u00e9v\u00e8nements, d\u2019exp\u00e9riences, qui seront interpr\u00e9t\u00e9s et fantasm\u00e9s <em>par les deux<\/em> comme la preuve que tout au long de cette suite de rencontres (\u2026) des moments de plaisir partag\u00e9 ont bien fait partie de leur relation&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>. Soutenu par cette co-\u00e9criture ant\u00e9rieure, l\u2019adolescent pourra entrer en possession de son histoire en acceptant de se confronter aux remaniements narcissiques et objectaux. Le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019enfance, o\u00f9 se d\u00e9ployaient les jeux d\u2019investissement des objets d\u2019amour \u0153dipiens, appelle apr\u00e8s-coup une <em>r\u00e9\u00e9criture solitaire<\/em>, r\u00e9\u00e9criture adolescente de l\u2019infantile que le sujet doit pouvoir assumer seul. La c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9taphore de Freud n\u2019est pas sans \u00e9voquer ce nouveau d\u00e9fi qui se pose \u00e0 l\u2019adolescent&nbsp;: \u00ab&nbsp;la sc\u00e8ne a enti\u00e8rement chang\u00e9, tout se passe comme si quelque com\u00e9die e\u00fbt \u00e9t\u00e9 soudainement interrompue par un \u00e9v\u00e9nement r\u00e9el, par exemple comme lorsque le feu \u00e9clate pendant une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale&nbsp;\u00bb<sup>6<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au c\u0153ur donc de cette r\u00e9\u00e9criture adolescente, l\u2019av\u00e8nement pubertaire. La r\u00e9\u00e9dition \u0153dipienne au temps de la pubert\u00e9, dans son articulation au pr\u00e9-\u0153dipien, s\u2019inscrit dans un mouvement d\u2019appropriation de l\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e qui reformule la bisexualit\u00e9 psychique. C\u2019est le temps de l\u2019advenue d\u2019un nouveau couple, celui de l\u2019organisation g\u00e9nitale, masculin\/ f\u00e9minin, qui d\u00e9signe une v\u00e9ritable diff\u00e9rence, la diff\u00e9rence des sexes dans leur compl\u00e9mentarit\u00e9. Temps de la g\u00e9nitalit\u00e9 qui reconvoque le double registre de l\u2019\u0153dipien et de l\u2019archa\u00efque, auquel s\u2019attache respectivement l\u2019angoisse de castration et l\u2019angoisse de perte, cette derni\u00e8re \u00e9tant susceptible de mobiliser la reviviscence de l\u2019angoisse d\u2019effraction et d\u2019intrusion. Cet av\u00e8nement de l\u2019identification sexu\u00e9e, confronte \u00e0 la complexit\u00e9 des jeux d\u2019identification dans un temps o\u00f9 l\u2019alliance infantile entre Moi et Surmoi ne peut \u00eatre maintenue. Le drame principal se noue autour de la perte et de la possibilit\u00e9 de trouver\/cr\u00e9er de nouveaux objets d\u2019amour, \u00e0 la faveur de l\u2019int\u00e9gration de la compl\u00e9mentarit\u00e9 des sexes. Mais le <em>duel<\/em> qui oppose les forces qui poussent l\u2019adolescent \u00e0 renoncer au fantasme narcissique d\u2019ambisexualit\u00e9 (\u00eatre les deux \u00e0 la fois sans jeu dialectique des diff\u00e9rences) et les forces qui y r\u00e9sistent est parfois violent. Car renoncer, c\u2019est pouvoir consentir \u00e0 la perte. Ainsi, l\u2019enjeu de la r\u00e9\u00e9criture dans la solitude, appel\u00e9e par l\u2019av\u00e8nement pubertaire et la r\u00e9activation du feu pulsionnel qui l\u2019accompagne, correspond au renoncement \u00e0 la co-\u00e9criture infantile&nbsp;; renoncement au service de l\u2019\u00e9laboration d\u2019une nouvelle construction qui conf\u00e8re du sens, sens donnant son orient \u00e0 sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Serait-ce \u00e0 une r\u00e9\u00e9criture adolescente emp\u00each\u00e9e que nous aurions \u00e0 faire dans certaines cures d\u2019adultes&nbsp;? Des adultes pour lesquels cet emp\u00eachement adolescent se trouve ent\u00e9 sur le manque d\u2019une histoire infantile co-\u00e9crite, c\u2019est-\u00e0-dire co-construite, et au sein de laquelle le jeu des identifications qui participent de la construction de l\u2019identit\u00e9 sexuelle est central&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui a conduit Philippe vers moi est une histoire d\u2019amour avec une jeune femme, sold\u00e9e par une s\u00e9paration il y a quelques mois. Philippe a perdu l\u2019amour, ce qui provoque en lui une douleur sans nom qui fait se conjuguer la perte non plus avec le verbe avoir mais avec le verbe \u00eatre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je suis perdu<\/em>&nbsp;\u00bb me dit-il. Mots qui interrogent la dialectique des investissements narcissiques et objectaux, de l\u2019\u00eatre et de l\u2019avoir, au sein de laquelle, l\u2019identification narcissique (\u00ab&nbsp;je suis perdu&nbsp;\u00bb) remplace l\u2019investissement d\u2019objet (\u00ab&nbsp;j\u2019ai perdu mon amoureuse&nbsp;\u00bb). Mani\u00e8re de sortir d\u2019une situation impossible que Philippe vit par rapport \u00e0 son objet d\u2019amour, coinc\u00e9 entre l\u2019impossibilit\u00e9 de le d\u00e9sinvestir et l\u2019impossibilit\u00e9 de continuer \u00e0 l\u2019investir. Contre-investissement narcissique qui tente d\u2019aspirer l\u2019investissement libidinal vers le moi, au risque d\u2019une d\u00e9rive vers un narcissisme n\u00e9gatif, dont atteste la tentative de suicide r\u00e9cente de Philippe. Mouvement qui pourrait traduire l\u2019identification narcissique \u00e0 l\u2019objet-aim\u00e9, d\u00e9cevant et ha\u00ef, qui s\u2019est ainsi substitu\u00e9e \u00e0 l\u2019investissement d\u2019amour, permettant \u00e0 Philippe de faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019un renoncement \u00e0 l\u2019objet dont l\u2019abandon ne peut \u00eatre, pour l\u2019heure, consenti. Philippe a perdu le go\u00fbt de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se dit obs\u00e9d\u00e9 par la mort, comme poss\u00e9d\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Y\u2019a plus rien qui me retient. Depuis que j\u2019ai fait une TS, je n\u2019ai plus peur de la mort, mais j\u2019ai l\u2019impression que \u00e7a a tu\u00e9 en m\u00eame temps l\u2019espoir<\/em>&nbsp;\u00bb. Pourtant, en s\u2019adressant \u00e0 moi, Philippe n\u2019a sans doute pas tout \u00e0 fait perdu l\u2019espoir. D\u2019ailleurs il poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je voudrais vivre et que ma vie s\u2019efface en m\u00eame temps<\/em>&nbsp;\u00bb. Vivre sans laisser trace, vivre sans faire acte d\u2019existence. Une vie qui ne s\u2019inscrirait pas, car l\u2019inscription t\u00e9moigne inexorablement de la douleur consubstantielle \u00e0 ce vivre. Pas d\u2019\u00e9criture possible. \u00ab&nbsp;Tout doit s\u2019effacer, tout s\u2019effacera&nbsp;\u00bb a \u00e9crit M. Blanchot, comme en r\u00e9sonance, dans <em>Le Pas au-del\u00e0<\/em> <sup>7<\/sup>, pour souligner, il me semble, que l\u2019\u00e9criture fait signe vers l\u2019absence qu\u2019elle ne saurait atteindre. Ce qui n\u2019est pas sans lien &#8211; je pense &#8211; avec la solitude, avec l\u2019\u00eatre seul&nbsp;; \u00eatre seul que le pas adolescent rencontre in\u00e9luctablement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Quand j\u2019\u00e9tais ado, j\u2019allais tr\u00e8s mal, j\u2019avais des moments de crise terrible, je tremblais de tous mes membres. Je me suis repli\u00e9 sur moi-m\u00eame. Mes parents n\u2019ont rien vu. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que j\u2019ai compris qu\u2019on est toujours seul, profond\u00e9ment seul<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019adolescent dans l\u2019adulte est tr\u00e8s pr\u00e9sent, actualis\u00e9 par le tableau vivant que Philippe met en sc\u00e8ne sous mon regard, tableau de liqu\u00e9faction tant dans la posture que dans l\u2019abondance des larmes qui semblent impuissantes \u00e0 charrier suffisamment sa peine. Image sans doute proche de ce qu\u2019il me d\u00e9crit de lui alors. Sc\u00e8ne adolescente faisant \u00e9cran \u00e0 l\u2019enfance&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Philippe craint la r\u00e9surgence de souvenirs plus anciens, ceux d\u2019une enfance effac\u00e9e de sa m\u00e9moire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00c7a sert \u00e0 rien les souvenirs. \u00c7a m\u2019aide pas&nbsp;!\u2026 De toute fa\u00e7on on r\u00e9p\u00e8te ses erreurs, alors la m\u00e9moire \u00e7a sert \u00e0 rien. Si on n\u2019a pas le sens des choses<\/em> \u2026&nbsp;\u00bb. Comme en \u00e9cho \u00e0 ce que Freud interrogeait avec force quand la rem\u00e9moration se heurte \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de r\u00e9p\u00e9titions. Chez Philippe, la m\u00e9moire est donn\u00e9e pour vaine, inutile. Une m\u00e9moire qui ne saurait se souvenir, et qui, d\u00e9sarrim\u00e9e du sens, fait le lit de r\u00e9p\u00e9titions douloureuses. Alors, plut\u00f4t rester immobile&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>En ce moment je suis en arr\u00eat, j\u2019attends. J\u2019attends quoi, je ne sais pas\u2026je voudrais pouvoir vivre sans attendre, ce que je veux dire c\u2019est vivre sans manque<\/em>.&nbsp;\u00bb. Vivre sans manque, dans l\u2019illusion d\u2019un fantasme de compl\u00e9tude narcissique, qui exon\u00e8rerait de toute attente objectale, de toute confrontation \u00e0 la diff\u00e9rence, celle qui inexorablement confronte \u00e0 ce que nous n\u2019avons pas, \u00e0 ce que nous ne sommes pas, soit \u00e0 la perte. Autrement dit, la demande transf\u00e9rentielle est paradoxale et immense&nbsp;: dans le m\u00eame temps qu\u2019elle reconna\u00eet le manque sans leurre, elle traduit l\u2019espoir fantasmatique de retrouvailles avec l\u2019objet perdu du narcissisme originaire, peut-\u00eatre seul capable d\u2019apaiser la douleur de la nostalgie \u00e0 la source de ce sentiment inextinguible de solitude. Une solitude qui renvoie, au-del\u00e0 des exp\u00e9riences de s\u00e9paration et de la perte de l\u2019objet d\u2019amour, \u00e0 l\u2019incompl\u00e9tude fondamentale de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>La violence des exp\u00e9riences de perte travers\u00e9es par cet homme n\u2019est cependant pas n\u00e9gligeable. Des deuils d\u2019abord. Celui de sa m\u00e8re r\u00e9cemment et de son p\u00e8re il y a 2 ans. Entre les deux, un infarctus. Et plus loin dans le pass\u00e9, il y a presque 20 ans, la perte d\u2019un fr\u00e8re. Deuils auxquels s\u2019ajoute la rupture r\u00e9cente avec sa jeune amoureuse, d\u00e9cision prise \u00e0 son actif, et le d\u00e9part \u00e0 venir pour l\u2019\u00e9tranger de son fils. Autant de s\u00e9parations qui lui font dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tout \u00e7a c\u2019est peut-\u00eatre trop pour moi<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>De son amoureuse, il parle abondamment. Il veut comprendre. Pourquoi est-il tomb\u00e9 en amour de cette jeune femme qui pourrait \u00eatre sa fille et qu\u2019il conna\u00eet depuis qu\u2019elle est enfant&nbsp;? Serait-il pervers s\u2019interroge-t-il&nbsp;? Je rel\u00e8ve en moi-m\u00eame que cette relation s\u2019est transform\u00e9e \u00e0 l\u2019adolescence de son propre fils, alors parti vivre avec sa m\u00e8re dont Philippe \u00e9tait s\u00e9par\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es. Soit, pour son fils, \u00e0 un moment d\u2019appropriation de son identit\u00e9 sexu\u00e9e, r\u00e9activant sans doute chez Philippe ses propres conflits identificatoires. A quel renoncement impossible cela a-t-il pour partie li\u00e9e&nbsp;? Un choix d\u2019objet d\u2019amour qui lui permettrait dans un jeu complexe d\u2019identifications, de tenir toutes les places&nbsp;: celle de l\u2019enfant imaginaire dont ses parents avaient besoin, celle de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent qu\u2019il n\u2019a pas pu \u00eatre, celle d\u2019une m\u00e8re aimante et non rejetante, celle d\u2019un p\u00e8re pr\u00e9sent&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sa d\u00e9cision de rompre au moment o\u00f9 il perd ses parents et craint de perdre sa vie, d\u00e9cision qui ouvre \u00e0 une demande d\u2019\u00e9tayage sur l\u2019auto-r\u00e9flexivit\u00e9 d\u2019un analyste, semble relever d\u2019un formidable effort pour r\u00e9instaurer des diff\u00e9renciations, notamment des places de p\u00e8re et de m\u00e8re. Aux prises avec la reviviscence des positions pr\u00e9-\u0153dipiennes et \u0153dipiennes conflictuelles, qui nouent au plus serr\u00e9 l\u2019angoisse d\u2019abandon et l\u2019angoisse de castration, Philippe se trouve exhort\u00e9, dans le v\u00e9cu d\u2019une solitude profonde, \u00e0 se re-confronter \u00e0 ses identifications aux figures parentales, faisant se conjuguer rejet, oubli et effacement. \u00ab&nbsp;<em>Toute mon enfance et mon adolescence j\u2019ai d\u00fb supporter d\u2019\u00eatre le fils repr\u00e9sentant du m\u00e9chant p\u00e8re qui avait abandonn\u00e9 sa femme<\/em>&nbsp;\u00bb. Car l\u2019histoire de Philippe est \u00e9maill\u00e9e de ruptures&nbsp;: ruptures amoureuses, mais surtout, rupture du couple de ses parents quand il \u00e9tait enfant, et rupture d\u2019avec ses parents alors jeune adulte. Avec son p\u00e8re, li\u00e9 \u00e0 son \u00e9loignement et \u00e0 son absence d\u2019investissement. P\u00e8re avec lequel, dans un mouvement d\u00e9fensif, Philippe soutient n\u2019avoir rien de commun. Ce refus de filiation redouble le refus de la m\u00e8re de rencontrer son petit-fils, le fils de Philippe, et donc de reconna\u00eetre ce dernier comme p\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire autoris\u00e9 \u00e0 s\u2019inscrire dans la cha\u00eene des g\u00e9n\u00e9rations. R\u00e9cusation r\u00e9f\u00e9r\u00e9e au deuil irr\u00e9alisable pour elle de son autre fils, fr\u00e8re de Philippe, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. Refus qui s\u2019arrime sans doute au risque de rompre avec le pacte narcissique d\u00e9n\u00e9gatif, qui assigne Philippe, dans la confusion, \u00e0 une double place de mari-abandonnant et de fils-mort, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019un et l\u2019autre <em>perdus<\/em>, dans l\u2019effacement de sa propre alt\u00e9rit\u00e9. Philippe est perdu, mais <em>perdu pour qui&nbsp;?<\/em> Rompant l\u2019alliance d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, il acte d\u00e8s lors la rupture avec sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus de vingt ans ont pass\u00e9, le p\u00e8re abandonnant est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, et Philippe se d\u00e9cide \u00e0 \u00e9crire \u00e0 sa m\u00e8re une longue lettre pour lui dire \u00ab&nbsp;<em>comment il avait v\u00e9cu les choses<\/em>&nbsp;\u00bb. Sa m\u00e8re a bien accus\u00e9 r\u00e9ception mais seulement par ces mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>ce n\u2019est pas du tout \u00e7a<\/em>&nbsp;\u00bb, renouvelant avec le d\u00e9saveu de ce qu\u2019il avait \u00e9prouv\u00e9 enfant et opposant un refus \u00e0 toute tentative r\u00e9it\u00e9r\u00e9e d\u2019une co-\u00e9criture du pass\u00e9. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, et sans qu\u2019il puisse lui-m\u00eame faire aucun lien, Philippe fait un infarctus dont il r\u00e9chappe. Philippe est malade du c\u0153ur\u2026Son c\u0153ur menace de rompre. Sa m\u00e8re d\u00e9c\u00e8de peu de temps apr\u00e8s, le conduisant \u00e0 ce constat douloureux&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>mes parents sont morts en emportant avec eux des myst\u00e8res qui resteront toujours. Je ne pourrai jamais savoir<\/em>&nbsp;\u00bb. Comment r\u00e9-\u00e9crire seul un texte qui n\u2019a pas pu s\u2019\u00e9crire pr\u00e9alablement \u00e0 deux&nbsp;? Comment trouver les mots qu\u2019il faut pour dire et \u00eatre entendu&nbsp;? Cette confidence alors&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai peur des mots. C\u2019est pas facile de parler pour moi. Les mots sont dangereux. Vous en savez quelque chose vous qui ne parlez pas \u00e0 tort et \u00e0 travers<\/em>.&nbsp;\u00bb. Une confidence qui me para\u00eet traduire \u00e0 la fois la confiance dans le dispositif analytique et l\u2019espoir dans l\u2019analyste pour que puisse se vivre une co-\u00e9criture dans le transfert&nbsp;; mais aussi &#8211; peut-\u00eatre &#8211; la menace que cet espoir porte, qui serait d\u00e9nonc\u00e9e par le \u00ab&nbsp;\u00e0 tort et \u00e0 travers&nbsp;\u00bb m\u00e9nag\u00e9e en ce cas par une d\u00e9n\u00e9gation protectrice de l\u2019id\u00e9alisation. La bivalence et la polys\u00e9mie des mots ne doivent jamais \u00eatre perdues de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Philippe craint l\u2019abandon et le rejet, peut-\u00eatre l\u2019effacement avec ma disparition.<\/p>\n\n\n\n<p>Une sc\u00e8ne banale&nbsp;: il arrive un jour bien plus t\u00f4t que l\u2019heure pr\u00e9vue de son rendez-vous. Il s\u2019est tromp\u00e9 d\u2019heure. Il est mon premier patient et je ne r\u00e9ponds pas aux coups insistants de la sonnette, \u00e0 la fois contrari\u00e9e et d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 ne r\u00e9pondre qu\u2019\u00e0 son heure pr\u00e9vue, ne doutant pas qu\u2019il s\u2019agit de lui. Pendant la s\u00e9ance, la col\u00e8re de Philippe s\u2019adresse clairement, alors qu\u2019il me parle de sa m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je suis en col\u00e8re mais j\u2019ai pas envie d\u2019en avoir, me dit-il, \u2026et comme la personne \u00e0 laquelle \u00e7a s\u2019adresse ne r\u00e9pond pas et bien c\u2019est toujours la m\u00eame histoire&nbsp;: je suis seul avec tout \u00e7a<\/em>.&nbsp;\u00bb. Il me dira en fin de s\u00e9ance avoir cru que je l\u2019avais oubli\u00e9. Tentation transf\u00e9rentielle de me voir rev\u00eatir les attributs d\u2019une m\u00e8re rejetante qui ne r\u00e9pond pas et d\u2019un p\u00e8re oublieux de ses engagements&nbsp;? Mais Philippe n\u2019est pas seul dans ce qui se rejoue sur cette autre sc\u00e8ne transf\u00e9rentielle, ce qui lui permet de commencer \u00e0 voir les choses diff\u00e9remment. Lui qui affirmait n\u2019avoir rien de commun avec ses parents, s\u2019interroge, reconnaissant en lui des traits de personnalit\u00e9 apparent\u00e9s \u00e0 certains de sa m\u00e8re ou de son p\u00e8re. Les figures parentales redeviennent des images identificatoires tol\u00e9rables. Mais d\u00e8s lors, les raisons de la rupture qu\u2019il avait mises en \u0153uvre en r\u00e9ponse au refus de reconnaissance maternelle sont douloureusement interrog\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pourquoi j\u2019ai pas cherch\u00e9 \u00e0 comprendre&nbsp;? Pourquoi je leur en ai tellement voulu&nbsp;?&nbsp;\u00bb. La culpabilit\u00e9 est grande&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est comme s\u2019il fallait que je casse tout \u00e0 chaque fois. C\u2019est comme si j\u2019y prenais du plaisir finalement. C\u2019est possible \u00e7a&nbsp;? Pr\u00e9f\u00e9rer aller mal que bien et y trouver une sorte de plaisir&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La figure du masochisme moral se d\u00e9couvre dans des retrouvailles possibles avec l\u2019objet indiquant la sortie de la menace m\u00e9lancolique. Masochisme rep\u00e9r\u00e9 par B. Rosenberg comme jouant un r\u00f4le important dans la r\u00e9solution d\u2019un acc\u00e8s m\u00e9lancolique, ce qu\u2019il nomme autrement \u00ab&nbsp;le travail de m\u00e9lancolie&nbsp;\u00bb<sup>8<\/sup> et qui s\u2019op\u00e8re, p\u00e9niblement, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019investissement objectal soutenu par le jeu de d\u00e9placement que mobilise le transfert dans la cure.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre temps, autre sc\u00e8ne. \u00c0 la fin d\u2019une s\u00e9ance o\u00f9 je me vois contrainte (pour quelle raison&nbsp;?) \u00e0 \u00e9noncer son nom, je l\u2019\u00e9corche sans m\u2019en rendre compte en rempla\u00e7ant par un \u00ab&nbsp;s&nbsp;\u00bb la lettre finale. Philippe me reprend, se d\u00e9fendant de son mouvement d\u2019agacement&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>c\u2019est pas bien grave, j\u2019ai m\u00eame vu un jour au boulot mon nom \u00e9crit Mr Matas, alors<\/em>&nbsp;!!&nbsp;\u00bb. Par la magie de plusieurs changements de lettres nous voil\u00e0 donc mari et femme&nbsp;! Rouerie de l\u2019amour de transfert et de sa force, qui condense dans sa dynamique les diff\u00e9rents niveaux de probl\u00e9matiques. Dans quelle mesure, mon lapsus qui <em>\u00e9corne<\/em> son nom (le terme est choisi dans sa r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la castration) renouvelle-t-il la non reconnaissance du p\u00e8re, la castration de la m\u00e8re, et trahit la complicit\u00e9 maternelle dans le v\u0153u d\u2019amour \u0153dipien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard Philippe interroge&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>c\u2019est quoi l\u2019amour&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb puis apr\u00e8s un temps de silence&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il y a beaucoup d\u2019amour ici. Mais qu\u2019est-ce qui fait la diff\u00e9rence finalement&nbsp;? La diff\u00e9rence par rapport \u00e0 un couple, ou par rapport \u00e0 une m\u00e8re et son fils<\/em>&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une diff\u00e9rence nouvellement questionn\u00e9e, qui, comme le dit C. Chabert<sup>9<\/sup> dans <em>L\u2019amour de la diff\u00e9rence<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;n\u2019est pas seulement d\u00e9nonc\u00e9e par la haine, ou par la tyrannie du m\u00eame et du reflet&nbsp;: elle souligne la double r\u00e9f\u00e9rence au masculin et au f\u00e9minin, au p\u00e8re et \u00e0 la m\u00e8re, elle permet d\u2019aller chercher ailleurs ce que l\u2019un n\u2019a pas donn\u00e9 mais qu\u2019un autre peut offrir&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, pour Philippe, l\u2019ailleurs tel qu\u2019il se propose dans la situation transf\u00e9rentielle est source d\u2019inqui\u00e9tudes. \u00ab&nbsp;<em>Je suis pas s\u00fbr que \u00e7a me convienne bien d\u2019aller voir une femme<\/em>&nbsp;\u00bb. Comment faire en effet avec la rencontre de la diff\u00e9rence&nbsp;? Comment consentir \u00e0 aimer sans se confronter \u00e0 l\u2019espoir adolescent et au risque de d\u00e9ception qui lui est inh\u00e9rent, de pouvoir trouver dans l\u2019autre, semblable diff\u00e9rent et compl\u00e9mentaire, de quoi satisfaire l\u2019aspiration \u00e0 la compl\u00e9tude&nbsp;? Comment se mouvoir dans le champ du d\u00e9sir o\u00f9 peut se cultiver une compl\u00e9mentarit\u00e9 fond\u00e9e sur l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, qui in\u00e9vitablement confronte \u00e0 la dimension du manque&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sur ces questions auxquelles nous mettons toute notre vie \u00e0 tenter de r\u00e9pondre que j\u2019arr\u00eate avec vous l\u2019\u00e9criture de cette histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Histoire reconstruite. L\u2019adolescente en moi s\u2019est pr\u00eat\u00e9e au jeu d\u2019une r\u00e9\u00e9criture solitaire, rendue possible par la co\u00e9criture de cette rencontre analytique avec Philippe. Reconstruction nourrie de mes propres affects contre-transf\u00e9rentiels qui ont sans doute particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9animation de la m\u00e9moire affective de Philippe qui au d\u00e9but du travail se disait &#8211; ce sont ses mots &#8211; \u00ab&nbsp;<em>vivre par s\u00e9quences, comme s\u2019(il) n\u2019avait pas int\u00e9gr\u00e9 la continuit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. Mon \u00e9criture t\u00e9moigne donc &#8211; peut-\u00eatre &#8211; de ce qui a \u0153uvr\u00e9 contre-transf\u00e9rentiellement chez moi en creux, ouvrant la possibilit\u00e9 \u00e0 Philippe d\u2019une reprise de sa r\u00e9\u00e9criture solitaire emp\u00each\u00e9e \u00e0 l\u2019adolescence. Travail qui a permis que des temps absent\u00e9s car peut-\u00eatre jamais encore v\u00e9cus, se constituent dans l\u2019analyse, et qu\u2019alors les mots retrouvent leur force de <em>discours vivant<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Banalit\u00e9 que cette situation de travers\u00e9e de l\u2019adolescence et de sa r\u00e9\u00e9dition en un autre temps qui agite avec force les jeux de bisexualit\u00e9 et de diff\u00e9rences, mais rien de moins banal que ce qui s\u2019y \u00e9meut chaque fois et tente de s\u2019inscrire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Freud S. (1895), <em>Lettres \u00e0 Wilhelm Fliess<\/em> (1887-1904), Paris, PUF, 2006, p. 663&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019arriv\u00e9e retard\u00e9e de la pubert\u00e9 rend possibles les processus primaires posthumes&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Pontalis J.-B. (1997), <em>Ce temps qui ne passe pas<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Trac\u00e9s&nbsp;\u00bb, p. 32.<\/li><li>Aulagnier P. (1989), \u00ab&nbsp;Se construire un pass\u00e9&nbsp;\u00bb, <em>Journal de la psychanalyse de l\u2019enfant<\/em>, 7, pp. 191-220, p. 192.<\/li><li>Freud S. (1909), \u00ab&nbsp;L\u2019homme aux rats&nbsp;\u00bb, <em>OCF<\/em>, vol. IX, Paris PUF.<\/li><li>Aulagnier P. (1989), op.cit., p.213.<\/li><li>Freud S. (1915), \u00ab&nbsp;Observations sur l\u2019amour de transfert&nbsp;\u00bb, <em>La technique psychanalytique<\/em>, Paris, PUF, 1977, pp. 116-130.<\/li><li>Blanchot M. (1973), <em>Le pas au-del\u00e0<\/em>, Paris, Gallimard, p. 76.<\/li><li>Rosenberg B. (1986), \u00ab&nbsp;Le travail de m\u00e9lancolie ou la fonction \u00e9laborative de l\u2019identification ou le r\u00f4le du masochisme dans la r\u00e9solution de l\u2019acc\u00e8s m\u00e9lancolique&nbsp;\u00bb, <em>RFP<\/em>, 6, pp. 1523-1543.<\/li><li>Chabert C. (2011), <em>L\u2019amour de la diff\u00e9rence<\/em>, pbp, Paris, PUF.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10235?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Je ne savais pas qui aller voir. J\u2019ai pris l\u2019annuaire, je vous ai googleis\u00e9 et j\u2019ai vu que vous \u00e9tiez sp\u00e9cialiste des adolescents. Alors j\u2019ai pens\u00e9 que vous pourriez m\u2019aider, car pour moi l\u2019essentiel vient de l\u00e0&nbsp;\u00bb. 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