{"id":10229,"date":"2021-08-22T07:31:34","date_gmt":"2021-08-22T05:31:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/de-noel-a-paques-le-temps-du-remplissage-commentaire-sur-les-productions-de-pauline-en-art-therapie-2\/"},"modified":"2021-09-18T08:50:30","modified_gmt":"2021-09-18T06:50:30","slug":"de-noel-a-paques-le-temps-du-remplissage-commentaire-sur-les-productions-de-pauline-en-art-therapie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/de-noel-a-paques-le-temps-du-remplissage-commentaire-sur-les-productions-de-pauline-en-art-therapie\/","title":{"rendered":"De No\u00ebl \u00e0 P\u00e2ques, le temps du remplissage : Commentaire sur les productions de Pauline en art-th\u00e9rapie"},"content":{"rendered":"\n<p>&#8211; Pauline&nbsp;: \u00ab&nbsp;je vous pr\u00e9viens, pour P\u00e2ques, je veux des vacances&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dr V.&nbsp;: \u00ab&nbsp;dans ce cas on peut pr\u00e9voir une sortie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pauline&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est vrai&nbsp;? dit-elle le visage rempli de joie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un des principes fondamentaux du traitement institutionnel de l\u2019anorexie consiste \u00e0 laisser le temps aux patients d\u2019atteindre le poids cible fix\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. Pauline stagnait depuis des mois entre 1 \u00e0 2 kg en dessous de ce poids conditionnant la sortie. Apr\u00e8s ce dialogue, quelques semaines avant les vacances de P\u00e2ques, elle atteint le poids cible pour sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>De No\u00ebl \u00e0 P\u00e2ques, l\u2019hospitalisation aura dur\u00e9 plus d\u2019un an, le temps de faire reculer le vide du silence log\u00e9 dans son corps. Ce qui l\u2019a remplie&nbsp;? Certainement le principe de vie qu\u2019elle accueille en elle et qui l\u2019a fait grossir. Cela s\u2019est pass\u00e9 entre No\u00ebl et P\u00e2ques, deux moments \u00e0 tr\u00e8s forte charge symbolique dans notre culture.<\/p>\n\n\n\n<p>Pauline est arriv\u00e9e en d\u00e9cembre dans un \u00e9tat de d\u00e9nutrition extr\u00eame, cons\u00e9quence d\u2019une anorexie mentale implacable. Son hospitalisation aura permis une reprise pond\u00e9rale tr\u00e8s progressive jusqu\u2019\u00e0 un poids normal. Ce qu\u2019il y a de particulier dans cette situation, au regard d\u2019une publication, concerne sa valeur d\u2019exemplarit\u00e9, l\u2019illustration d\u2019une probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale dont nous ne retiendrons uniquement que la dynamique de remplissage au travers de la s\u00e9quence temporelle de ses productions en art-th\u00e9rapie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sc\u00e8ne adolescente au rythme des saisons<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019il a pu se passer entre le solstice d\u2019hiver et l\u2019\u00e9quinoxe de printemps n\u2019appara\u00eet pas au demeurant comme relevant d\u2019une raison astrale. Cette r\u00e9f\u00e9rence ne se justifie <em>a priori<\/em> que par la co\u00efncidence temporelle entre un intervalle scand\u00e9 par deux moments symboliques dans la vie sociale et une \u00e9volution clinique, centr\u00e9e sur le corps, aux d\u00e9terminants multiples. Cependant, la vie biologique n\u2019a en soi aucun sens, c\u2019est pourquoi les changements physiques au cours de la vie, jusqu\u2019\u00e0 la mort, ont toujours \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9s de rituels pour aider les hommes \u00e0 g\u00e9rer l\u2019impact des transformations<sup>1<\/sup>. L\u2019intervalle entre ces deux temps astronomiques a toujours influenc\u00e9 les hommes, autant par les changements climatiques qu\u2019ils ponctuent, que par l\u2019impuissance \u00e0 laquelle les renvoie le combat entre la vie et la mort. Quand se d\u00e9ploient les forces colossales qui font souffler le vent, chasser les nuits, chauffer les rayons du soleil, jusqu\u2019\u00e0 faire na\u00eetre les bourgeons sur le vert des arbres, les habitants de la terre se rappellent que la Nature est l\u2019ordre du monde. C\u2019est en quelque sorte le principe directeur, ce qui sur Terre insuffle la vie, ou la plonge dans le froid de la nuit hivernale, qui rentrera dans l\u2019ordre du sens et sera renvoy\u00e9 aux histoires des forces c\u00e9lestes, qu\u2019on appelle les mythes. Or, le changement des saisons rencontre ici les transformations pubertaires et leurs cycles lunaires. Dans notre histoire avec Pauline, ce f\u00fbt ce temps saisonnier, ordonn\u00e9 par le soleil, qui a rencontr\u00e9 le cycle de la lune qui commande la m\u00e9narche. L\u2019ordre de grandeur est tel, qu\u2019on h\u00e9site \u00e0 envisager l\u2019influence des ces temps symboliques dans la relance du cycle de la biologie tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 chez cette jeune fille. L\u2019humilit\u00e9 dans laquelle nous laisse l\u2019\u00e9vocation astronomique et c\u00e9leste, pourrait nous conduire \u00e0 ne voir dans l\u2019\u00e9volution de cette prise en charge que des raisons biologiques pour rendre compte de la prise de poids et rabattre l\u2019action sur un seul mot&nbsp;: grossir. Or, la biologie n\u2019a d\u2019autre sens que celui qu\u2019on veut bien lui conc\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<p>En entrant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital en p\u00e9riode de No\u00ebl, et en sortant \u00e0 P\u00e2ques, le sens invoque l\u2019ordre symbolique et les rites o\u00f9, \u00e0 partir des r\u00e9cits mythiques<sup>2<\/sup>, ils se sc\u00e9narisent. Toutefois, rabattre la question de cette \u00e9volution sur le probl\u00e8me du sens demeure confusionnant si l\u2019on n\u2019am\u00e8ne pas deux pr\u00e9cisions&nbsp;: premi\u00e8rement, qu\u2019il demeure de l\u2019ordre de la linguistique que de consid\u00e9rer que la signification rel\u00e8ve autant du registre symbolique que litt\u00e9ral, et deuxi\u00e8mement, que la clinique des troubles des conduites \u00e0 l\u2019adolescence prend volontiers la forme d\u2019une mise en sc\u00e8ne o\u00f9 le contexte rentre en r\u00e9sonance avec l\u2019inconscient<sup>3<\/sup>. Les \u00e9l\u00e9ments qu\u2019on pensait jusqu\u2019alors accessoires s\u2019invitent sur sc\u00e8ne et entrent dans la danse onirique des symboles, dont on discernera les correspondances pour peu qu\u2019on r\u00e9ussisse \u00e0 en d\u00e9crypter la signification. En effet, se r\u00e9f\u00e9rer ainsi \u00e0 cette part symbolique, suppose que le sens ne soit pas donn\u00e9 d\u2019embl\u00e9e mais se devine, comme dans les r\u00eaves, dans l\u2019agencement des symboles. On peut alors consid\u00e9rer que la part de myst\u00e8re des rites saisonniers, comme des rites en g\u00e9n\u00e9ral, correspond \u00e0 l\u2019ouverture aux possibles dans le domaine de la signification. Ici, il y a d\u2019abord le temps des saisons et leur pendant rituel et ce qu\u2019ils disent \u00e0 propos de la question du remplissage, puis le fil de la figuration de la production artistique, qui contient une interpr\u00e9tation du v\u00e9cu dans l\u2019\u0153uvre. Sur ce deuxi\u00e8me point, la production artistique renvoie \u00e0 une forme et \u00e0 une signification que la patiente tente, avec l\u2019aide de l\u2019art-th\u00e9rapeute, de se donner \u00e0 elle-m\u00eame de ce qu\u2019elle vit. Cette auto-interpr\u00e9tation peut nous permettre un commentaire, qui pourra \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019une production sublimatoire, mais qui, au fond, se veut avant tout un petit r\u00e9cit, comme un t\u00e9moignage de ce parcours, dans la mesure o\u00f9 le r\u00e9cit noue l\u2019exp\u00e9rience et le temps<sup>4<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">No\u00ebl<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans le froid des jours sombres que Pauline est hospitalis\u00e9e, quelque jours apr\u00e8s No\u00ebl. Dans les semaines suivantes, elle commence son travail cr\u00e9atif en art-th\u00e9rapie, figurant des bustes impassibles, des personnages en photophores creux qui attendent la chaleur d\u2019une bougie.<\/p>\n\n\n\n<p>No\u00ebl c\u00e9l\u00e8bre la survivance des enfants lors du solstice d\u2019hiver. Comme le rappelle Claude L\u00e9vi-Strauss dans son interpr\u00e9tation du rite du p\u00e8re No\u00ebl, ce personnage si sympathique et g\u00e9n\u00e9reux doit autant aux \u00e9volutions r\u00e9centes sous l\u2019influence de la culture am\u00e9ricaine qu\u2019\u00e0 sa g\u00e9n\u00e9alogie m\u00e9di\u00e9vale et antique. Son analyse montre la transaction \u00e0 laquelle se livraient ses formes pr\u00e9curseuses&nbsp;: les cadeaux aujourd\u2019hui destin\u00e9s aux enfants, revenaient autrefois aux morts pour respecter la vie des vivants<sup>5<\/sup>. La menace toujours pr\u00e9sente du souvenir des enfants morts, exige des offrandes pour \u00e9pargner les petits ayant surv\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 ce moment de l\u2019ann\u00e9e. La chr\u00e9tient\u00e9 a pu nous faire oublier les f\u00eates pa\u00efennes par des \u00e9pisodes du r\u00e9cit biblique, sauf qu\u2019il persiste la c\u00e9l\u00e9bration de ce moment de survivance infantile transpos\u00e9e dans la naissance de l\u2019enfant J\u00e9sus accueilli par les cadeaux des Rois mages. On peut penser que pendant des mill\u00e9naires cette p\u00e9riode, o\u00f9 la nuit envahissait le jour, a pu se montrer particuli\u00e8rement cruelle avec les enfants. C\u2019est dans ce contexte que Pauline arrive \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, envahie par le silence des appels des enfants morts, menac\u00e9e par le myst\u00e8re de No\u00ebl. Notre \u00ab&nbsp;petite fille aux allumettes&nbsp;\u00bb, n\u2019arrivait plus \u00e0 se r\u00e9chauffer avec du pain&nbsp;; hant\u00e9e par le souvenir de sa grand-m\u00e8re maternelle, dont on retrouvait la trace du deuil sur sa courbe de poids par un d\u00e9crochage \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 10 ans, il y a quatre ans d\u00e9j\u00e0, et qui semblait agir encore en la tirant silencieusement vers le bas aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aura fallu deux fois neuf mois \u00e0 Pauline pour laisser derri\u00e8re elle cette petite fille et s\u2019imposer peu \u00e0 peu comme jeune fille vis-\u00e0-vis des hommes. Les photophores ont accept\u00e9 petit \u00e0 petit la lumi\u00e8re chaleureuse en elle. Parall\u00e8lement, un fil se tisse entre le silence du pass\u00e9, o\u00f9 elle n\u2019a jamais rien dit de ses tourments, et la violence des \u00e9motions, qui ont rarement trouv\u00e9 les moyens de prendre forme, d\u2019\u00eatre canalis\u00e9es. La prise de poids se fait \u00e0 coups de fourchette, avec des victoires et des d\u00e9faites, des mets comestibles et des plats interminables. La courbe pond\u00e9rale avance avec une r\u00e9gularit\u00e9 m\u00e9tronomique, la d\u00e9naturant au point de la transformer en droite. Celle-ci suit une pente douce en dehors des coups de freins, \u00e0 chaque fois qu\u2019il y a la sortie qui se profile. La pente n\u2019est plus douce du tout, elle se fait dure, la droite s\u2019horizontalise d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. Le temps s\u2019\u00e9tire, se d\u00e9tend&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">P\u00e2ques<\/h2>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riode de P\u00e2ques, les choses prennent forme, des vacances, des cours en dehors de l\u2019h\u00f4pital, aller au bout du chemin pour pouvoir sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, comme le rappelle Philippe Walter, P\u00e2ques signifie \u00ab&nbsp;passage&nbsp;\u00bb, celui de l\u2019hiver au printemps, celui de la mort \u00e0 la vie, passage de la mer Rouge pour la <em>Bible<\/em><sup>6<\/sup>. Ce n\u2019est pas par hasard que le christianisme soit venu imposer la passion du Christ et sa r\u00e9surrection. Ce passage conna\u00eet des rituels autour de l\u2019alimentation, celui de l\u2019agneau pascal, du pain sans levain du juda\u00efsme qui aura ensuite impos\u00e9 le repas eucharistique avec son fameux&nbsp;: \u00ab&nbsp;ceci est mon corps, ceci est mon sang&nbsp;\u00bb. Si bien que pour Walter, le sacrifice christique pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme substitution de celui de l\u2019agneau dans un rituel cannibalique incorporant le principe de vie, dans une v\u00e9ritable qu\u00eate d\u2019immortalit\u00e9. Autrement dit, lors de cette p\u00e9riode pascale, en reliant les aliments au principe vital du monde, les repas ont acquis une valeur symbolique leur accordant le pouvoir de ressusciter les morts. Chez Pauline, comme pour bien d\u2019autres dans son cas, la vie est revenue en mangeant. Mais la condition de cette ingestion se situe dans les capacit\u00e9s du corps \u00e0 pouvoir accueillir l\u2019aliment qui am\u00e8ne la vie en elle. Or, l\u2019image du corps christique supplici\u00e9 dit bien l\u2019indistinction entre manger et \u00eatre mang\u00e9, donner sa vie ou la recevoir, qui renvoie \u00e0 l\u2019ind\u00e9cidabilit\u00e9 de l\u2019appartenance du corps. Ce qui la particularise serait d\u2019avoir attendu cette p\u00e9riode printani\u00e8re pour symboliser une sc\u00e8ne cr\u00e9atrice d\u2019elle-m\u00eame. Car ce passage est aussi celui marqu\u00e9 mythiquement par l\u2019\u0153uf, d\u2019origine probablement pa\u00efenne, il reste encore vivace aujourd\u2019hui dans les rites en chocolat. Evoquer sa pr\u00e9sence derri\u00e8re la passion christique, met l\u2019accent sur la renaissance et la cr\u00e9ation pascale. A cette occasion, elle aura consist\u00e9 \u00e0 emprunter le chemin de croix symbolique qui m\u00e8ne au sacrifice pour pouvoir se r\u00e9inventer subjectivement &#8211; v\u00e9ritable r\u00e9surrection &#8211; qui est aussi acte de cr\u00e9ation. Faire de son corps un espace propre serait-il obtenu au prix du sacrifice&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pauline a trouv\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital un espace cr\u00e9atif. Avec l\u2019aide des art-th\u00e9rapeutes, elle se donne l\u2019occasion de se r\u00e9inventer. D\u2019abord en remplissant ses personnages, puis en abordant le corps f\u00e9minin, jusqu\u2019\u00e0 la femme enceinte. Rappelons que cette production co\u00efncide avec la finalisation d\u2019une maison, qu\u2019elle fabriquait en parall\u00e8le avec une autre patiente. Soudain le corps est devenu un espace habitable.<\/p>\n\n\n\n<p>Symboliquement, l\u2019\u0153uf est aussi une histoire de f\u00e9minit\u00e9, d\u2019abord du point de vue biologique, en consid\u00e9rant le roc qui distingue homme et femmes, petite fille et femme, mais aussi du point de vue symbolique. Si bien que derri\u00e8re la cr\u00e9ation de soi et son myst\u00e8re se cache le f\u00e9minin de l\u2019enfantement. A ce niveau, se rejoignent le devenir femme, la naissance et l\u2019enfantement. Quand manger rituellement l\u2019\u0153uf de P\u00e2ques d\u00e9rive des mythes structurant l\u2019originaire, on c\u00e9l\u00e8bre par la m\u00eame occasion la cr\u00e9ation et le devenir femme qui passe par l\u2019enfantement. On remarque que la possibilit\u00e9 de \u00ab&nbsp;se reproduire&nbsp;\u00bb dit bien, l\u00e0 encore, l\u2019indistinction fondamentale entre la vie re\u00e7ue et sa propre conception, la cr\u00e9ation de soi et celle du don de vie, entre la vie qu\u2019on accueille en soi et la cr\u00e9ation qui en \u00e9mane. La progression du travail de symbolisation figur\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la grossesse par Pauline, conduit \u00e0 concevoir le corps de la femme enceinte comme un lieu, une enceinte ferm\u00e9e, un \u0153uf clos. La figuration de l\u2019acte sexuel, \u00e0 l\u2019origine de cette conception, serait celui d\u2019une cr\u00e9ation prolongement de soi-m\u00eame, cela d\u00e9finirait un sexuel narcissique, renvoyant \u00e0 la parth\u00e9nogen\u00e8se -qui ne serait plus du sexuel- sauf, qu\u2019en se r\u00e9f\u00e9rant au cannibalisme, il renvoie \u00e0 une conception orale, c\u2019est-\u00e0-dire par incorporation d\u2019un autre<sup>7<\/sup>. On voit l\u00e0 la menace qui \u00e9merge sous les traits de M\u00e9duse. Or, le mod\u00e8le \u00e9tant celui du cannibalisme, l\u2019acte de d\u00e9truire fait partie int\u00e9grante de l\u2019action de cr\u00e9er en transformant ce qui est ing\u00e9r\u00e9 du corps de l\u2019autre pour le transformer en soi. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui est en question.<\/p>\n\n\n\n<p>La P\u00e2ques serait le moment cr\u00e9atif par excellence qui ouvre \u00e0 cette possibilit\u00e9 pour peu qu\u2019il y ait acceptation du principe vital. C\u2019est par lui qu\u2019est introduite la section du sexe, qui suivant son \u00e9tymologie &#8211; section -, coupe la cl\u00f4ture narcissique et l\u2019enceinte familiale, jusque l\u00e0 marqu\u00e9es par le silence. Le principe vital serait consubstantiel de cette ouverture. C\u2019est pourquoi la femme enceinte n\u2019est pas seulement un lieu, un contenant, mais aussi la repr\u00e9sentation d\u2019une grossesse, en tant que conception, qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019\u0153uf. Le th\u00e8me de la fertilisation des cultes du lapin distribuant des \u0153ufs, n\u2019a probablement pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mythologie chr\u00e9tienne b\u00e2tie en recyclant le paganisme, puisque c\u2019est aussi en cette p\u00e9riode qu\u2019elle situe l\u2019<em>Annonciation<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019Annonciation<\/h2>\n\n\n\n<p>Le printemps est aussi l\u2019Annonciation, ou l\u2019\u00e9pisode biblique au cours duquel Marie devint m\u00e8re. Avant m\u00eame de devenir la femme de Joseph, Marie assume la conception hors mariage, telle que cela lui a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 par l\u2019Archange Gabriel neuf mois avant No\u00ebl. Comme en t\u00e9moigne les productions en art-th\u00e9rapie, il est possible que Pauline y ait pens\u00e9 \u00e0 la fin de son parcours, puisqu\u2019elle s\u2019est inspir\u00e9e de ce couple mythique, et y a fait converger les transformations de son personnage f\u00e9minin pour le faire devenir m\u00e8re et cr\u00e9er une sainte famille. Pour ce faire, elle aura accueilli dans ses modelages le principe vital, en figurant la grossesse, moment pr\u00e9cis de cet accueil. De la sorte, elle a fait rentrer en jeu la perspective, une troisi\u00e8me dimension\u00a0; en particulier dans son centaure, qui renvoie \u00e0 l\u2019originaire comme l\u2019Annonciation repr\u00e9sente, au cours de la Renaissance Italienne, le myst\u00e8re de l\u2019incarnation<sup>8<\/sup>. En effet, c\u2019est en partie \u00e0 la peinture de la Renaissance italienne que l\u2019on doit d\u2019avoir reconnu l\u2019importance de cet \u00e9pisode et sa r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019originaire, en la repr\u00e9sentant sous une forme r\u00e9volutionnaire\u00a0: la perspective. Avant le florentin Filippo Brunelleschi, inventeur officiel de la perspective en peinture (1427), c\u2019est dans la s\u00e9rie des <em>Annonciations<\/em> qu\u2019est introduite progressivement cette construction picturale. Cependant, ce n\u2019est pas la prouesse technique qui est au travail, ces tableaux des grands ma\u00eetres italiens jouent sur la perspective pour rendre compte d\u2019un point de fuite o\u00f9 se loge le myst\u00e8re<sup>9<\/sup>. C\u2019est pour rendre compte de ce principe de vie, dans son enti\u00e8re abstraction qu\u2019il s\u2019introduit en peinture en tant que point de fuite, ce qui dans le dogme chr\u00e9tien se nomme l\u2019incarnation<sup>10<\/sup>. Or, ici, dans le parcours de Pauline, le premier niveau de cette perspective se joue dans la mise en ab\u00eeme de se repr\u00e9senter dans le ventre de sa m\u00e8re, tout en s\u2019imaginant enceinte. Dans le regard du th\u00e9rapeute, dans son regard vis-\u00e0-vis de ses productions, dans ce que ses \u0153uvres disent d\u2019elle, le rapport sp\u00e9culaire maternel est ici ce qu\u2019elle reconstruit. S\u2019\u00e9labore une image d\u2019elle dans ses rapports \u00e0 l\u2019autre en deux dimensions. Pourvoir accueillir le principe vital en elle par la bouche, d\u00e9pend de la possibilit\u00e9, par le jeu de miroir, de se repr\u00e9senter dans le ventre maternel. Rappelons que justement ce moment pr\u00e9cis correspond \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019imaginer des murs dans la maison qu\u2019elle s\u2019est construite. Revenir dans une maison s\u00e9cure soutenue et reconnue, sans se faire d\u00e9vorer par sa m\u00e8re, avoir un lieu qui ne soit pas l\u2019antre maternel, n\u2019est possible que sous condition. Alors, la perspective peut entrer en jeu, corr\u00e9lativement \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du rapport sp\u00e9culaire. Elle introduit le myst\u00e8re du sexe dans la conception en tant que nouvelle perspective justement. Cela constitue une troisi\u00e8me dimension, qui r\u00e9organise la probl\u00e9matique en cr\u00e9ant des distinctions\u00a0: se dissocient l\u2019incorporation de la conception, le miroir du cannibalisme, l\u2019introjection de l\u2019incorporation. Le principe vital qui fertilise est renvoy\u00e9 au sexuel, mais pas dans sa dimension biologique, ou charnelle, mais au niveau symbolique, qui passe par le verbe. On ne conna\u00eet pas l\u2019origine du langage, mais il nous d\u00e9finit et nous constitue.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette histoire, nombreuses sont les hypoth\u00e8ses pour rendre compte du remplissage par le principe vital, mais on pourrait en retenir une&nbsp;: celle qui nous est propos\u00e9e par l\u2019autre \u00e9l\u00e9ment central de l\u2019Annonciation, celui des paroles de l\u2019ange \u00e0 la Vierge&nbsp;: \u00ab&nbsp;rien est impossible \u00e0 Dieu qui est tout verbe&nbsp;\u00bb<sup>11<\/sup>. L\u2019incarnation serait ici la possibilit\u00e9 qui lui aura \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de se dire, de se penser dans des mots plut\u00f4t que dans un corps, en sortant du monde du silence pour se raconter dans un r\u00e9cit, qui va des origines \u00e0 celui du devenir femme. Le myst\u00e8re du principe vital serait renvoy\u00e9 \u00e0 celui du verbe. En effet, ce r\u00e9cit est pass\u00e9 par des mots et des symboles, figur\u00e9s dans ses productions, constituant le processus th\u00e9rapeutique. Cette possibilit\u00e9 aura \u00e9t\u00e9 celle d\u2019un espace subjectif, d\u2019une distance \u00e0 l\u2019imago maternel, dans l\u2019ordre du monde paternel, celui qui s\u00e9pare par s mots, par le dispositif institutionnel&nbsp;: l\u2019accueil, la relation, la continuit\u00e9, ordonn\u00e9e par la verbe qui fait autorit\u00e9&nbsp;: en bref, la vie sociale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Van Gennep A. <em>Les rites de passage<\/em>, (1909), \u00e9d. Picard, Paris, 1981.<\/li><li>Ces r\u00e9cits seraient le produit d\u2019une sorte de syncr\u00e9tisme qui s\u2019est construit tout au long du Moyen-Age entre les cultes chr\u00e9tiens et pa\u00efens. La persistance de ces r\u00e9f\u00e9rences mythiques se r\u00e9v\u00e8le dans les traces rituelles. Les premiers prenant progressivement le pas sur le deuxi\u00e8me en inscrivant ses propres c\u00e9l\u00e9brations rituelles sur des temps originairement d\u00e9vou\u00e9s aux cultes pr\u00e9chr\u00e9tiens, d\u2019apr\u00e8s Philippe Walter.<\/li><li>Votadoro P. \u00ab\u00a0Clinique du pouvoir \u00e0 l\u2019adolescence.\u00a0\u00bb, <em>Enfances &amp; Psy<\/em> 3\/2007 (n\u00b0 36), p. 154-164.<\/li><li>Ric\u0153ur P. <em>Temps et r\u00e9cit 3, le temps racont\u00e9<\/em>, Seuil, Paris, 1991.<\/li><li>L\u00e9vi-Strauss C. \u00ab\u00a0Le P\u00e8re No\u00ebl supplici\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Les Temps Modernes<\/em>, n\u00b077, 1952, p. 1572-1590<\/li><li>Walter Ph. <em>La mythologie chr\u00e9tienne, f\u00eates, rites et mythes du Moyen Age<\/em>, Imago, Paris, 2015.<\/li><li>qui pourrait \u00eatre ici de la famille, le th\u00e9rapeute ou de l\u2019institution\u2026<\/li><li>L\u2019archange Gabriel annonce \u00e0 Marie, jeune vierge juive, qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 choisie entre toutes les femmes pour concevoir un enfant du Seigneur\u00a0; apr\u00e8s avoir manifest\u00e9 une l\u00e9gitime surprise, Marie accepte et autorise du m\u00eame coup l\u2019Incarnation divine.<\/li><li>Arrasse D. \u00ab\u00a0Perspective et Annonciation\u00a0\u00bb, <em>Histoires de peinture<\/em>, Gallimard, Paris, 2004, p.73-85.<\/li><li>Dogme chr\u00e9tien selon lequel le Verbe divin s\u2019est fait chair en J\u00e9sus Christ.<\/li><li>Phrase \u00e9crite en lettre d\u2019or en latin sur le tableau de Ambrogio Lorenzetti, l\u2019Annonciation de 1344.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10229?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211; Pauline&nbsp;: \u00ab&nbsp;je vous pr\u00e9viens, pour P\u00e2ques, je veux des vacances&nbsp;\u00bb. &#8211; Dr V.&nbsp;: \u00ab&nbsp;dans ce cas on peut pr\u00e9voir une sortie&nbsp;\u00bb. &#8211; Pauline&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est vrai&nbsp;? dit-elle le visage rempli de joie&nbsp;\u00bb. Un des principes fondamentaux du traitement institutionnel de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1215,1245],"thematique":[463,464],"auteur":[1370],"dossier":[466],"mode":[61],"revue":[467],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10229","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychopathologie","rubrique-soin","thematique-maternite","thematique-tca","auteur-pablo-votadoro","dossier-troubles-des-comportements-alimentaires-le-defis-de-la-maternite","mode-gratuit","revue-467","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10229"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10229\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13827,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10229\/revisions\/13827"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10229"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10229"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10229"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10229"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10229"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10229"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10229"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}