{"id":10199,"date":"2021-08-22T07:31:31","date_gmt":"2021-08-22T05:31:31","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/desir-a-deux-encore-faut-il-quon-soit-deux-le-risque-de-lautre-2\/"},"modified":"2021-09-19T23:19:19","modified_gmt":"2021-09-19T21:19:19","slug":"desir-a-deux-encore-faut-il-quon-soit-deux-le-risque-de-lautre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/desir-a-deux-encore-faut-il-quon-soit-deux-le-risque-de-lautre\/","title":{"rendered":"D\u00e9sir \u00e0 deux. Encore faut-il qu&rsquo;on soit deux ! Le risque de l&rsquo;autre"},"content":{"rendered":"\n<p>Tomber amoureux, quel que soit l\u2019\u00e2ge, est une op\u00e9ration typiquement adolescente. L\u2019\u00e9tat amoureux, comme l\u2019a not\u00e9 Freud, rend toujours l\u2019amoureux tr\u00e8s r\u00e9ceptif \u00e0 la suggestion. D\u2019o\u00f9 le coup de foudre&nbsp;! L\u2019amour, c\u2019est \u00ab&nbsp;quand on rencontre quelqu\u2019un qui vous donne de vos nouvelles&nbsp;\u00bb, a dit Andr\u00e9 Breton. A l\u2019adolescence, la relation commence le plus souvent par un d\u00e9sir de fusion avec un autre, dont il sera souvent difficile de se d\u00e9faire sans trop de dommage. Il y a recherche de retrouvaille du corps \u00e0 corps avec la m\u00e8re, de sensualit\u00e9 fusionnelle, mais l\u2019objet d\u2019amour n\u2019est plus maternel, il s\u2019agit du corps d\u2019un autre, d\u2019un \u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence est un passage, une op\u00e9ration de s\u00e9paration. Il s\u2019agit de sortir de son espace connu, d\u2019aller vers l\u2019\u00e9tranger, vers l\u2019inconnu aussi \u00e9trange qu\u2019inqui\u00e9tant, mais tellement attirant. Dans l\u2019\u00e9tat amoureux on peut id\u00e9alement ne faire qu\u2019un, avoir cette illusion de fusionner, de se fondre et se confondre dans l\u2019autre, d\u2019abolir toutes les diff\u00e9rences. Mais qu\u2019en est-il du d\u00e9sir, du d\u00e9sir sexuel&nbsp;? Le d\u00e9sir expose tout un chacun au risque de l\u2019autre, radicalement \u00e9tranger. La fille attend du gar\u00e7on qu\u2019il l\u2019aime d\u2019amour, le gar\u00e7on cherche en sa partenaire f\u00e9minine le plaisir sexuel et la r\u00e9assurance phallique. Angoisse de castration oblige&nbsp;! L\u2019une donnera peut-\u00eatre son corps contre de l\u2019amour. L\u2019un donnera peut-\u00eatre de l\u2019amour en \u00e9change de cette conqu\u00eate. Les deux pourront souvent en voir tr\u00e8s t\u00f4t les limites. En effet, une fois pass\u00e9s l\u2019embrasement du coup de foudre et l\u2019attraction irr\u00e9sistible des corps, qui participent \u00e0 l\u2019illusion de se confondre en un, le d\u00e9sir sexuel ne peut que se retrouver disjoint par la diff\u00e9rence des sexes. C\u2019est l\u2019angoisse de castration, celle de l\u2019organisation phallique, qui en est le chef d\u2019orchestre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sir des hommes est pro\u00e9minent, saillant, comme l\u2019est leur p\u00e9nis, visible et \u00e9rectile. Sa relation \u00e0 l\u2019autre sexe est ce qui provoque chez lui attirance et fascination, d\u00e9sir, effroi, excitation. Lorsqu\u2019un homme pr\u00e9tend parler du \u00ab&nbsp;f\u00e9minin&nbsp;\u00bb, il ne parle en v\u00e9rit\u00e9 que de relation sexuelle. Le d\u00e9sir f\u00e9minin est plus int\u00e9rioris\u00e9, moins figurable, non repr\u00e9sentable, comme l\u2019est son sexe. Une femme en r\u00e9f\u00e8re \u00e0 son int\u00e9riorit\u00e9, m\u00eame si elle ne lui est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e que dans l\u2019\u00e9change des regards et dans l\u2019union des corps. Freud, au cr\u00e9puscule de sa vie, en 1937, a d\u00e9sign\u00e9 le \u00ab&nbsp;refus du f\u00e9minin&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup> comme \u00ab&nbsp;une part de cette grande \u00e9nigme de la sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb, comme un \u00ab&nbsp;roc d\u2019origine&nbsp;\u00bb, mais aussi comme un roc ultime sur lequel viennent se briser tous les efforts th\u00e9rapeutiques. C\u2019est le moi qui r\u00e9siste au \u00ab&nbsp;f\u00e9minin&nbsp;\u00bb, qui s\u2019en d\u00e9marque ou qui le rejette pour ce qu\u2019il repr\u00e9sente fantasmatiquement du c\u00f4t\u00e9 du manque, de la d\u00e9pendance et de la passivit\u00e9, pour tout dire, de la castration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le f\u00e9minin peut en effet se repr\u00e9senter selon deux versants tr\u00e8s contrast\u00e9s, soit sous l\u2019angle de l\u2019opposition phallique\/ch\u00e2tr\u00e9 de l\u2019organisation phallique, qui renvoie \u00e0 l\u2019angoisse de castration, soit sous celui de l\u2019ouverture et de la fermeture du corps, qui renvoie aux angoisses d\u2019intrusion et de p\u00e9n\u00e9tration, que je nomme \u00ab&nbsp;angoisses de f\u00e9minin&nbsp;\u00bb, pour les deux sexes. Le sexe masculin peut \u00eatre exhib\u00e9, \u00e9rig\u00e9, et brandi \u00e0 l\u2019envie comme signe de puissance. Cependant, son ext\u00e9riorit\u00e9 constitue une fragilit\u00e9, et le signe risque de devenir celui de l\u2019impuissance. Car c\u2019est celui, irr\u00e9ductible par excellence, de l\u2019impuissance du moi de l\u2019homme \u00e0 commander ce qui est pour lui de la plus grande importance&nbsp;: l\u2019\u00e9rection de sa puissance virile. \u00ab&nbsp;Le moi n\u2019est pas ma\u00eetre en sa demeure&nbsp;\u00bb dit Freud. C\u2019est le domaine o\u00f9 l\u2019inconscient s\u2019impose de la fa\u00e7on la plus intempestive. D\u2019o\u00f9, peut-\u00eatre, cette extraordinaire valorisation, pour ne pas dire cette divinisation du phallus en majest\u00e9. Cette organisation phallique, celle de la survalorisation narcissique du p\u00e9nis, issue d\u2019une th\u00e9orie sexuelle infantile, est une d\u00e9fense qui consiste \u00e0 nier la diff\u00e9rence des sexes, et donc le f\u00e9minin, assimil\u00e9 \u00e0 une \u00ab&nbsp;castration&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le f\u00e9minin, alors, c\u2019est ce qui fait probl\u00e8me \u00e0 la diff\u00e9rence des sexes, car il est le plus difficile \u00e0 cadrer dans une logique anale ou phallique. Un sexe f\u00e9minin invisible, secret, \u00e9tranger et porteur de tous les fantasmes dangereux. Il est inqui\u00e9tant pour les hommes parce qu\u2019il \u00e9voque une image de sexe ch\u00e2tr\u00e9, qui leur fait craindre pour leur propre sexe, mais surtout parce que l\u2019ouverture du corps f\u00e9minin, sa qu\u00eate de jouissance sexuelle et sa capacit\u00e9 d\u2019accueillir de grandes quantit\u00e9s de pouss\u00e9e constante libidinale sont source d\u2019angoisse, pour l\u2019homme comme pour la femme. Au moment de la perception de la diff\u00e9rence anatomique des sexes, que Freud qualifie de traumatisme, comment la fille peut-elle se faire reconna\u00eetre comme \u00eatre sexu\u00e9 en l\u2019absence de ce p\u00e9nis qu\u2019elle per\u00e7oit comme porteur de toute la valeur narcissique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sa ruse inconsciente sera d\u2019annuler cette diff\u00e9rence qui fait probl\u00e8me, et d\u2019adopter la logique phallique. L\u2019envie du p\u00e9nis est une envie phallique narcissique, non \u00e9rotique. Car sur le plan \u00e9rotique, la fille sait tr\u00e8s bien que l\u2019absence de p\u00e9nis ne l\u2019emp\u00eache pas de ressentir toutes sortes de sensations voluptueuses. Elle sent bien aussi que l\u2019auto\u00e9rotisme est l\u2019objet d\u2019un conflit, un conflit qui a un lien avec les objets parentaux. L\u2019organisation phallique est un passage oblig\u00e9, pour la fille comme pour le gar\u00e7on, car le surinvestissement narcissique du p\u00e9nis permet le d\u00e9gagement de l\u2019imago pr\u00e9g\u00e9nitale de la m\u00e8re toute puissante et de l\u2019emprise maternelle. Le gar\u00e7on est en principe favoris\u00e9 par le fait qu\u2019il poss\u00e8de un p\u00e9nis que la m\u00e8re n\u2019a pas. Il peut parvenir, gr\u00e2ce \u00e0 son angoisse de castration, \u00e0 symboliser la partie pour le tout, avec l\u2019appui de son identification paternelle. Mais comment la fille peut-elle symboliser un int\u00e9rieur qui est un tout, et comment s\u00e9parer le sien de celui de sa m\u00e8re&nbsp;? Puisque la m\u00e8re ne lui a pas donn\u00e9 de p\u00e9nis, ce qui lui vaut les plus haineux reproches, dit Freud, la fille va se tourner vers son p\u00e8re. La reconnaissance par le p\u00e8re r\u00e9el de la f\u00e9minit\u00e9 de la fille est essentielle. C\u2019est ce regard paternel, diff\u00e9rent du regard \u00ab&nbsp;miroir&nbsp;\u00bb de la m\u00e8re, qui va marquer le destin de la f\u00e9minit\u00e9 de la femme dans le sens du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre regard\u00e9e et d\u00e9sir\u00e9e par un homme. Le regard d\u2019un p\u00e8re qui peut dire \u00ab&nbsp;Tu es une jolie petite fille&nbsp;\u00bb, mais aussi \u00ab&nbsp;Un jour ton prince viendra&nbsp;!&nbsp;\u00bb. A la pubert\u00e9, la grande d\u00e9couverte c\u2019est celle du vagin. Freud dit qu\u2019il est ignor\u00e9 pendant l\u2019enfance, dans les deux sexes, du fait de l\u2019intense investissement phallique narcissique du p\u00e9nis, l\u2019unique sexe de l\u2019enfance. Le vagin n\u2019est pas un organe infantile. Les petites filles n\u2019ignorent pas qu\u2019elles ont un creux, et elles ressentent des sensations internes, li\u00e9es \u00e0 des \u00e9mois \u0153dipiens, mais aussi aux traces archa\u00efques du corps \u00e0 corps avec la m\u00e8re primitive, la premi\u00e8re s\u00e9ductrice, selon Freud. Cependant, la v\u00e9ritable r\u00e9v\u00e9lation du vagin \u00e9rotique, l\u2019\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 profonde de cet organe ne peut \u00eatre d\u00e9couverte que dans la relation sexuelle de jouissance.<\/p>\n\n\n\n<p>La grande question de l\u2019adolescence, c\u2019est l\u2019existence du sexe f\u00e9minin. Cette irruption du f\u00e9minin lors de la pubert\u00e9 change les donn\u00e9es. Le complexe de castration n\u2019est plus le m\u00eame&nbsp;: il va au-del\u00e0 de l\u2019angoisse de perdre le p\u00e9nis, ou de ne pas l\u2019avoir. Comment, pour le gar\u00e7on, utiliser ce p\u00e9nis dans la r\u00e9alisation sexuelle&nbsp;? Comment rencontrer le f\u00e9minin, si ce n\u2019est plus une absence de p\u00e9nis, mais un autre sexe&nbsp;? Et quelle angoisse&nbsp;! Comment, chez la fille, vivre ces transformations corporelles qui ne la renvoient plus seulement au manque, puisqu\u2019il lui pousse, non pas un p\u00e9nis, mais des seins&nbsp;? Des transformations de son corps qui l\u2019approchent dangereusement de la sc\u00e8ne primitive et de la r\u00e9alisation incestueuse. Chez elle, le pulsionnel reste tr\u00e8s proche du corporel, de la source. C\u2019est le ventre, l\u2019int\u00e9rieur du corps qui peut \u00eatre objet d\u2019angoisse, ou menac\u00e9 de destruction. Il l\u2019est davantage par envahissement et intrusion que par ce qui peut \u00eatre arrach\u00e9, coup\u00e9, par l\u2019angoisse de castration. Les angoisses d\u2019intrusion vont devoir s\u2019\u00e9laborer en angoisses de p\u00e9n\u00e9tration. Les fantasmes de viol sont fr\u00e9quents \u00e0 l\u2019adolescence. Pour les deux sexes, donc, comment \u00e9laborer les fantasmes que g\u00e9n\u00e8re la d\u00e9couverte de ce nouvel organe qu\u2019est le vagin&nbsp;? Si le narcissisme des hommes est avant tout phallique, du fait de l\u2019angoisse de castration portant sur leur p\u00e9nis, chez les femmes c\u2019est leur corps tout entier qui est investi, mais celui-ci est d\u00e9pendant de la r\u00e9assurance du regard de l\u2019autre. Le d\u00e9sir masculin est anim\u00e9 par son organisation phallique, celle de la symbolisation de la partie pour le tout, donc tent\u00e9 par le f\u00e9tichisme. Il est attir\u00e9 par le d\u00e9coupage de parties d\u00e9sirables sur le tout de la femme&nbsp;: des seins, un cou, des jambes, des pieds, \u00ab&nbsp;tu as de beaux yeux, tu sais&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Ce que les femmes savent fort bien utiliser comme app\u00e2t. C\u2019est ainsi que se diff\u00e9rencie la f\u00e9minit\u00e9 du f\u00e9minin. La f\u00e9minit\u00e9, c\u2019est l\u2019apparence, celle du leurre, de la mascarade, des accessoires de la s\u00e9duction, qui font bon m\u00e9nage avec le phallique. Le \u00ab&nbsp;f\u00e9minin&nbsp;\u00bb, c\u2019est l\u2019int\u00e9rieur, invisible et inqui\u00e9tant. La f\u00e9minit\u00e9, c\u2019est le corps&nbsp;; le f\u00e9minin, c\u2019est la chair. Le narcissisme f\u00e9minin est avant tout corporel, m\u00eame s\u2019il peut \u00eatre investi \u00e9galement sur le mode phallique. Le besoin de reconnaissance du narcissisme phallique c\u2019est d\u2019\u00eatre admir\u00e9, celui du narcissisme f\u00e9minin est d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9e. Et le d\u00e9sir f\u00e9minin est donc celui d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9e. La femme, dont le narcissisme ne peut se fonder sur la valorisation phallique, reste davantage d\u00e9pendante de l\u2019objet qui l\u2019a confirm\u00e9e dans son image narcissique, et elle construit son objet libidinal sur le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9e. Si elle n\u2019est d\u00e9pendante que de son image dans le miroir, si elle n\u2019a pas constitu\u00e9 des objets internes suffisamment valorisants, et si un objet aimant ne lui donne pas, par le brillant de son regard, un autre miroir, elle risque, lors de toute s\u00e9paration, la chute d\u00e9pressive.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la m\u00e8re n\u2019a pas donn\u00e9 de p\u00e9nis \u00e0 la fille, ce qui lui vaut, selon Freud, beaucoup d\u2019agressivit\u00e9, ce n\u2019est pas elle non plus qui lui donne un vagin. \u00ab&nbsp;Que veut la femme&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Je propose que c\u2019est dans la relation de jouissance avec un amant que la femme est reconnue comme ayant v\u00e9ritablement un organe sexuel, un sexe f\u00e9minin. Et que l\u2019amant de jouissance vient aussi en position de tiers s\u00e9parateur pour arracher la femme \u00e0 sa relation archa\u00efque \u00e0 sa m\u00e8re. Depuis la nuit des temps les hommes doivent venir arracher les filles \u00e0 la nuit des femmes, aux \u00ab&nbsp;reines de la nuit&nbsp;\u00bb. L\u2019autre sexe, qu\u2019on soit homme ou femme, c\u2019est toujours le sexe f\u00e9minin. Car le phallique est pour tout un chacun le m\u00eame. L\u2019organisation phallique est une solution qui vise \u00e0 annuler ce qui pose probl\u00e8me \u00e0 la diff\u00e9rence des sexes&nbsp;: le f\u00e9minin. Assimiler le phallique au masculin, c\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9 du premier investissement du gar\u00e7on pour son p\u00e9nis, mais \u00e0 l\u2019heure de la rencontre sexuelle adulte, le phallique et le masculin deviennent antagonistes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enjeu de la rencontre avec l\u2019autre sexe, c\u2019est celui de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 du f\u00e9minin que le sujet doit apprivoiser en lui-m\u00eame et en l\u2019autre, avant toute rencontre. Sinon, comment ne pas virer vers la d\u00e9valorisation, le m\u00e9pris, la peur ou la haine du f\u00e9minin, avec leur potentiel de violence destructrice&nbsp;? Et comment, chez les hommes, ne pas \u00eatre attir\u00e9 vers le clivage de la maman et la putain, ou\u2026 vers l\u2019homosexualit\u00e9&nbsp;? Au-del\u00e0 du phallique, donc, le f\u00e9minin.<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes actuelles, celles qui ont v\u00e9cu la lib\u00e9ration de leur corps et la ma\u00eetrise de la procr\u00e9ation, savent ou peuvent ressentir que leurs \u00ab&nbsp;angoisses de f\u00e9minin&nbsp;\u00bb ne peuvent s\u2019apaiser ni se r\u00e9soudre de mani\u00e8re satisfaisante par une r\u00e9alisation de type dit \u00ab&nbsp;phallique&nbsp;\u00bb. Elles savent et peuvent ressentir surtout que le fait de ne pas \u00eatre d\u00e9sir\u00e9es ou de ne plus \u00eatre d\u00e9sir\u00e9es par un homme les renvoie \u00e0 un douloureux \u00e9prouv\u00e9 d\u2019absence de sexe, ou de sexe f\u00e9minin ni\u00e9, et ravive leur blessure de petite fille forc\u00e9e \u00e0 s\u2019organiser sur un mode phallique face \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la perception de la diff\u00e9rence des sexes. C\u2019est l\u00e0 que se situe leur \u00ab&nbsp;angoisse de castration&nbsp;\u00bb. L\u2019impuissance et la frigidit\u00e9 n\u2019ont nullement disparu aujourd\u2019hui du fait de l\u2019\u00e9volution sociale. La lib\u00e9ration sexuelle, si elle a donn\u00e9 aux femmes le pouvoir de dissocier consciemment leur d\u00e9sir \u00e9rotique de leur d\u00e9sir de procr\u00e9ation, n\u2019a pas pour autant favoris\u00e9 leur acc\u00e8s au f\u00e9minin dans une relation sexuelle de jouissance, ni aux hommes le sentiment qu\u2019ils aient encore un grand r\u00f4le \u00e0 y jouer. On a trop tendance \u00e0 mettre ces ph\u00e9nom\u00e8nes au seul compte de l\u2019\u00e9volution des m\u0153urs qui a donn\u00e9 davantage d\u2019autonomie et m\u00eame de pouvoir aux femmes, privant les hommes de leurs privil\u00e8ges virils. Ne peut-on mettre davantage en cause une certaine impuissance et frigidit\u00e9, pour les deux sexes, \u00e0 se pr\u00eater au \u00ab&nbsp;travail de f\u00e9minin&nbsp;\u00bb<sup>1<\/sup> que n\u00e9cessite une rencontre et le maintien d\u2019une relation \u00e9rotique&nbsp;? Aujourd\u2019hui, la \u00ab&nbsp;morale civilis\u00e9e&nbsp;\u00bb, comme disait Freud, n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait&nbsp;! De nos jours la jouissance est devenue un droit, et une revendication. Ce qui n\u2019est pas pour rassurer l\u2019angoisse de castration des hommes, pour peu que leur investissement phallique, leur identification f\u00e9minine et leur identification paternelle ne soient pas tr\u00e8s assur\u00e9s. Et chez les femmes, on peut m\u00eame dire que l\u2019exigence de l\u2019orgasme \u00e0 tout prix d\u00e9veloppe plut\u00f4t une envie du p\u00e9nis\/phallus qu\u2019un d\u00e9sir du p\u00e9nis libidinal.<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes et les hommes se trouveront toujours confront\u00e9s \u00e0 la d\u00e9fense phallique, \u00e0 la terreur de la m\u00e8re archa\u00efque et aux mouvements envieux r\u00e9ciproques. Les fixations pr\u00e9g\u00e9nitales homosexuelles sont difficiles \u00e0 d\u00e9passer. Le couple masculin\/f\u00e9minin se construit donc dans une co-cr\u00e9ation. La rencontre et le maintien d\u2019une relation \u00e9rotique amoureuse entre un homme et une femme, est un travail constant. Car le f\u00e9minin est constamment en mouvement d\u2019\u00e9laboration et de d\u00e9s\u00e9laboration vers le refus du f\u00e9minin qui sommeille en chacun de nous. Le f\u00e9minin est donc toujours \u00e0 reconqu\u00e9rir par le masculin. C\u2019est ce qui maintient le d\u00e9sir. C\u2019est, \u00e0 mon sens, la condition d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9mancipation propre \u00e0 \u00e9viter la guerre des sexes, et la domination de l\u2019un par l\u2019autre. C\u2019est alors que les hommes peuvent ne plus avoir peur des femmes<sup>2<\/sup>. La domination de l\u2019homme, incontestable dans l\u2019organisation de toutes les soci\u00e9t\u00e9s, renvoie, du point de vue psychanalytique, \u00e0 la n\u00e9cessaire fonction phallique paternelle, symbolique, laquelle instaure la loi, qui permet au p\u00e8re de s\u00e9parer l\u2019enfant de sa m\u00e8re et de le faire entrer dans le monde social. Il est troublant de constater \u00e0 quel point ce \u00ab&nbsp;refus du f\u00e9minin&nbsp;\u00bb constitue une loi g\u00e9n\u00e9rale des comportements humains et participe \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de leur gen\u00e8se psychique, au point que Freud en a construit une th\u00e9orie phallocentrique du d\u00e9veloppement psychosexuel, et que Lacan a fait du phallus le signifiant central de la sexuation, du d\u00e9sir et de la jouissance. Cette th\u00e9orie sexuelle infantile, celle d\u2019un sexe unique, le p\u00e9nis phallique, a d\u00fb constituer une tactique d\u00e9fensive puissante face \u00e0 l\u2019effraction de la d\u00e9couverte de la diff\u00e9rence des sexes, face \u00e0 l\u2019\u0152dipe. Mais comment comprendre que ce \u00ab&nbsp;refus du f\u00e9minin&nbsp;\u00bb ait une telle port\u00e9e et une telle persistance&nbsp;? Peut-on penser que ce qui a toujours menac\u00e9 l\u2019ordre politique, social et religieux, c\u2019est ce qui touche \u00e0 la puissance de procr\u00e9ation des femmes, mais davantage encore \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e9rotique&nbsp;? Et le fait qu\u2019osent s\u2019interp\u00e9n\u00e9trer la m\u00e8re dans la femme, et la femme dans la m\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le statut des femmes est le miroir de la structure et de l\u2019histoire d\u2019une civilisation, le pivot et le r\u00e9v\u00e9lateur de ce qui change dans une soci\u00e9t\u00e9, le sympt\u00f4me des crises et des enjeux de pouvoir entre les sexes, l\u2019embl\u00e8me de toute \u00e9galit\u00e9. Autant, dans les domaines social, politique et \u00e9conomique, le combat pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes est essentiel et \u00e0 mener constamment, autant il est n\u00e9faste, pr\u00e9judiciable dans le domaine sexuel, s\u2019il tend \u00e0 se confondre avec l\u2019abolition de la diff\u00e9rence des sexes. Celle-ci doit \u00eatre exalt\u00e9e, du fait de l\u2019antagonisme entre les d\u00e9fenses du moi et la libido. A l\u2019oppos\u00e9 du couple phallique\/ch\u00e2tr\u00e9, qui conforte le maintien de l\u2019organisation sociale et de ses rapports de pouvoir, la constitution d\u2019une relation de couple masculin\/f\u00e9minin est une cr\u00e9ation psychique. La reconnaissance et l\u2019affrontement de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans la diff\u00e9rence des sexes d\u00e9terminent le mode et la qualit\u00e9 de la relation sexuelle, affective et sociale qui s\u2019\u00e9tablit entre un homme et une femme, et t\u00e9moignent d\u2019un \u00ab&nbsp;travail de culture&nbsp;\u00bb <em>(Kulturarbeit).<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Expression que j\u2019ai \u00e9galement initi\u00e9e dans <em>Le refus du f\u00e9minin<\/em>, op. cit.<\/li><li>J. Cournut (2001), <em>Pourquoi les hommes ont peur des femmes&nbsp;?<\/em>, PUF, coll. Le fil rouge.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10199?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tomber amoureux, quel que soit l\u2019\u00e2ge, est une op\u00e9ration typiquement adolescente. L\u2019\u00e9tat amoureux, comme l\u2019a not\u00e9 Freud, rend toujours l\u2019amoureux tr\u00e8s r\u00e9ceptif \u00e0 la suggestion. D\u2019o\u00f9 le coup de foudre&nbsp;! L\u2019amour, c\u2019est \u00ab&nbsp;quand on rencontre quelqu\u2019un qui vous donne de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[186,210],"auteur":[1643],"dossier":[838],"mode":[60],"revue":[839],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10199","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-amour","thematique-sexualite","auteur-jacqueline-schaeffer","dossier-sexe-sexuel-sexualites","mode-payant","revue-839","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10199","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10199"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10199\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14484,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10199\/revisions\/14484"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10199"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10199"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10199"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10199"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10199"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10199"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10199"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10199"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10199"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}