{"id":10197,"date":"2021-08-22T07:31:31","date_gmt":"2021-08-22T05:31:31","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-psychotherapies-psychanalytiques-nexistent-pas-2\/"},"modified":"2021-09-24T15:43:17","modified_gmt":"2021-09-24T13:43:17","slug":"les-psychotherapies-psychanalytiques-nexistent-pas","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-psychotherapies-psychanalytiques-nexistent-pas\/","title":{"rendered":"Les psychoth\u00e9rapies psychanalytiques n&rsquo;existent pas"},"content":{"rendered":"\n<p>Titre parfaitement provoquant dans le cadre de ce recueil, mais je persiste et signe&nbsp;: la psychoth\u00e9rapie psychanalytique n\u2019existe pas&nbsp;; issue du m\u00eame corpus th\u00e9orique et m\u00e9tapsychologique que la psychanalyse, elle se fonde sur l\u2019\u00e9coute du discours d\u2019un patient dans le cadre d\u2019une s\u00e9ance et ne peut qu\u2019\u00eatre \u201cpsychanalytique\u201d&nbsp;: soit elle est men\u00e9e par un psychanalyste, ou bien elle n\u2019est pas. Cette affirmation me para\u00eet tr\u00e8s simplement freudienne. Je ne doute pas de l\u2019existence d\u2019autres formes de th\u00e9rapies et m\u00eame de psychoth\u00e9rapies&nbsp;; je ne me permettrais en aucun cas de les \u00e9valuer n\u2019en ayant ni le savoir ni les moyens, encore moins de sugg\u00e9rer leur inefficacit\u00e9. Je ne consid\u00e8re ici que le champ des psychoth\u00e9rapies dites \u201cpsychanalytiques\u201d parfois d\u00e9nomm\u00e9es \u201cd\u2019inspiration psychanalytique\u201d, appellation \u00e0 mon sens \u00e9nigmatique et propre \u00e0 faire perdurer un certain flou dans les esprits.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Freud la psychanalyse est une \u201ccure\u201d&nbsp;; elle est th\u00e9rapeutique et reste \u00e0 ses yeux la meilleure des psychoth\u00e9rapies \u201c<em>prima inter pares<\/em>\u201d, non en ce qu\u2019elle serait hi\u00e9rarchiquement sup\u00e9rieure mais parce qu\u2019elle nous sert de mod\u00e8le th\u00e9orico-clinique. Et Freud d\u2019ajouter pour clore sa 34<sup>\u00e8me<\/sup> Conf\u00e9rence&nbsp;: \u201csi elle n\u2019avait pas de valeur th\u00e9rapeutique elle n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte au contact des malades et ne se serait pas d\u00e9velopp\u00e9e pendant plus de trente ans\u201d. Nous sommes en 1933.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyse comme savoir scientifique et la pratique qui en d\u00e9coule sont indissociables l\u2019une de l\u2019autre et dans une constante interaction mutuelle. Il me para\u00eet impensable d\u2019\u00eatre un penseur ou un chercheur en psychanalyse sans pratique, de m\u00eame je ne crois pas \u00e0 l\u2019existence de \u201cbons praticiens\u201d qui ne s\u2019appuient pas sur de solides connaissances th\u00e9oriques, certains n\u2019ont pas le talent de l\u2019expression orale ou \u00e9crite, mais ceci est autre chose. A l\u2019aube de ce XX<sup>\u00e8<\/sup> si\u00e8cle souffle, au c\u0153ur m\u00eame des institutions psychanalytiques les plus v\u00e9n\u00e9rables, un vent hautement toxique que je ne peux que rapprocher de la derni\u00e8re d\u00e9finition freudienne de la pulsion de mort comme motion de d\u00e9liaison. Ce vent toxique proc\u00e8de d\u2019un esprit de d\u00e9liaison selon lequel la psychanalyse se d\u00e9coupe et se diversifie. D\u2019aucuns seront les th\u00e9oriciens, d\u2019autres se consacreront \u00e0 des recherches empiriques n\u00e9cessitant des connaissances annexes, d\u2019autres enfin ayant acquis une formation psychanalytique labellis\u00e9e enseigneront et exporteront la psychanalyse au sein de disciplines diff\u00e9rentes. De ce m\u00eame esprit que je qualifie de \u201chautement toxique\u201d -et je p\u00e8se mes mots- proc\u00e8de aussi l\u2019id\u00e9e de former pour de \u201cbasses besognes\u201d soit dit en passant&nbsp;: les patients les plus difficiles et les plus en danger, des \u201cpsychoth\u00e9rapeutes\u201d certes form\u00e9s par des psychanalystes mais sans exp\u00e9rience personnelle de la conduite de cures-type. Comment peut-on imaginer utiliser un mod\u00e8le et en diverger en l\u2019adaptant aux situations sans le poss\u00e9der pleinement&nbsp;? Comment s\u2019abstenir de faire une interpr\u00e9tation si l\u2019on n\u2019a pas l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019interpr\u00e9tation classique de transfert&nbsp;? Ce seront mes premi\u00e8res questions mais j\u2019y reviendrai.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La question politique<\/h2>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re une apparence \u201couverte\u201d, voire d\u00e9magogique, se profile l\u2019\u00e9ternelle volont\u00e9 hi\u00e9rarchique qui pourrait trivialement se comprendre en termes d\u2019\u00e9tude de march\u00e9s&nbsp;: les plus galonn\u00e9s, disons par exemple les psychanalystes didacticiens membres titulaires d\u2019une association internationale voire mondiale de psychanalyse, que nous pourrions d\u00e9finir comme g\u00e9n\u00e9raux \u201c5 \u00e9toiles\u201d, s\u2019assurent une client\u00e8le facile faite d\u2019\u00e9l\u00e8ves des instituts et d\u2019autres qui s\u2019ils \u00e9taient refus\u00e9s deviendraient des psychoth\u00e9rapeutes de premier ordre puisqu\u2019analys\u00e9s par un \u201c5 \u00e9toiles\u201d. Ces premiers, d\u00e9pendants des psychanalystes labellis\u00e9s, re\u00e7oivent les patients \u201cnon-n\u00e9vrotiques\u201d&nbsp;: <em>border-line<\/em>, psychotiques, psychosomatiques, les n\u00e9vroses de caract\u00e8re grave. Peu importe que ces th\u00e9rapeutes soient en difficult\u00e9, ils pourront avoir recours \u00e0 des enseignements, voire des supervisions on\u00e9reuses mais enrichissantes, avec un \u201c5 \u00e9toiles\u201d! au mieux, mais en tous les cas trouveront-ils un \u201c3 \u00e9toiles\u201d heureux de leur dispenser son savoir. Au pire s\u2019ils s\u2019av\u00e9raient vraiment d\u00e9bord\u00e9s, leur sera \u00e9ventuellement conseill\u00e9 de retourner sur le divan \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Par-del\u00e0 cet aspect banalement commercial auquel nulle profession n\u2019\u00e9chappe, n\u2019assiste-t-on pas l\u00e0 \u00e0 une v\u00e9ritable perversion du syst\u00e8me qui ne fait que renforcer les diff\u00e9rences tant pour les patients que pour les soignants et ne va pas \u00e0 mon sens sans soulever quelques questions \u00e9thiques. Pour n\u2019en \u00e9voquer qu\u2019une, entre autres, choisie au hasard&nbsp;: que penser d\u2019un psychanalyste didacticien qui au sein d\u2019une commission d\u2019enseignement participe au refus d\u2019un candidat mais accepte hors institution de superviser ce m\u00eame candidat, voire lui adresse des patients difficiles et d\u00e9munis avec lesquels les \u201c\u00e9l\u00e8ves officiels\u201d, de son institut, ne se lanceraient peut-\u00eatre pas dans l\u2019aventure&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019ai, dans un mouvement d\u2019humeur, \u00e9voqu\u00e9 d\u2019embl\u00e9e les aspects politiques et \u00e9thiques de la question, il n\u2019en reste pas moins que ces derniers restent, \u00e0 mon sens, tr\u00e8s secondaires par rapport \u00e0 la philosophie et \u00e0 la th\u00e9orie qui me font d\u00e9noncer la pratique de la psychoth\u00e9rapie psychanalytique par des non-psychanalystes. Il me faut d\u2019abord clarifier un point&nbsp;: je ne me place pas d\u2019un point de vue institutionnel&nbsp;; ceux que j\u2019appelle ici psychanalystes sont, toutes \u00e9coles confondues, ceux qui pratiquent la psychanalyse et ont l\u2019exp\u00e9rience de la cure-type m\u00eame si beaucoup de leurs patients n\u2019en rel\u00e8vent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La cure-type et l\u2019analyse de la n\u00e9vrose de transfert font partie d\u2019un mod\u00e8le incontournable et toujours en vigueur qui est celui des psychon\u00e9vroses de d\u00e9fense. La psychanalyse, en tant que fait culturel et r\u00e9volution scientifique, est issue de l\u2019\u00e9tude du fonctionnement mental des patients hyst\u00e9riques d\u2019abord, puis g\u00e9n\u00e9ralement atteints de n\u00e9vrose mentale. La m\u00e9thode psychanalytique est indissociablement li\u00e9e \u00e0 un corpus th\u00e9orique qui cherche, \u00e0 partir de la clinique, \u00e0 explorer la structure profonde de l\u2019appareil psychique mais surtout les forces qui y sont en jeu. L\u2019\u00e9criture en psychanalyse est la r\u00e9\u00e9laboration apr\u00e8s-coup d\u2019une exp\u00e9rience et cherche \u00e0 r\u00e9ordonner \u00e0 l\u2019aide de cat\u00e9gories conceptuelles une compr\u00e9hension qui soit transmissible. Le concept de refoulement est issu de la confrontation de Freud \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie&nbsp;; la conceptualisation du transfert comme outil est li\u00e9e \u00e0 ses difficult\u00e9s dans ses premi\u00e8res cures. Il forge les notions de projection et de clivage parce que le refoulement ne suffit pas \u00e0 rendre compte des m\u00e9canismes de d\u00e9fense qu\u2019il subodore dans la psychose\u2026. La seconde th\u00e9orie des pulsions et par cons\u00e9quent l\u2019\u00e9laboration de la deuxi\u00e8me topique sont le r\u00e9sultat des \u00e9checs de Freud dans la clinique&nbsp;: r\u00e9action th\u00e9rapeutique n\u00e9gative, inanalysibilit\u00e9 du caract\u00e8re\u2026 En 1924 il revient sur sa premi\u00e8re d\u00e9finition du masochisme pour postuler l\u2019existence d\u2019un masochisme primaire \u00e9rog\u00e8ne conceptuellement inaccessible sans l\u2019hypoth\u00e8se de la pulsion de mort.<br>La th\u00e9orie psychanalytique -et le parcours de Freud en reste exemplaire- ne peut \u00eatre l\u2019\u0153uvre de penseurs qui ne seraient pas immerg\u00e9s dans une pratique quotidienne faite d\u2019errements et de d\u00e9ceptions, d\u2019\u00e9merveillements parfois aussi, mais qui assaillent de questions lancinantes et obligent sans cesse \u00e0 red\u00e9couvrir la m\u00e9tapsychologie. Imaginer que puissent travailler avec des patients des praticiens qui ne disposeraient que d\u2019une part de l\u2019exp\u00e9rience et ne sachent avoir recours qu\u2019\u00e0 certaines notions me para\u00eet folie. Il s\u2019agit en tous les cas d\u2019une d\u00e9rive selon laquelle le savoir psychanalytique \u00e9voluerait pour son propre compte comme discipline culturelle ou scientifique mais serait coup\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience intime de ce qu\u2019est une s\u00e9ance, du d\u00e9ploiement du transfert et plus encore donc de ce qu\u2019interpr\u00e9ter veut dire. Mais \u00e0 titre d\u2019exemple, prenons cette seule question de l\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019interpr\u00e9tation virtuelle<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Une d\u00e9finition classique de l\u2019interpr\u00e9tation serait&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>D\u00e9gagement par l\u2019investigation psychanalytique du sens latent. L\u2019interpr\u00e9tation met au jour les modalit\u00e9s du conflit et vise le d\u00e9sir qui se formule dans toute production de l\u2019inconscient.<\/li><li>Dans la cure, communication faite au sujet et visant \u00e0 le faire acc\u00e9der \u00e0 ce sens latent, selon les r\u00e8gles command\u00e9es par la direction de la cure<sup>1<\/sup>.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Rappelons ici qu\u2019Aristote disait lui qu\u2019\u00e9noncer quelque chose sur quelque chose est d\u00e9j\u00e0 une interpr\u00e9tation. Toutes les discussions sur ce qui seraient des interpr\u00e9tations et les interventions qui n\u2019en seraient pas me semblent vaines ici. Tout \u00e9nonc\u00e9 par l\u2019analyste a valeur interpr\u00e9tative, et ceci qu\u2019il le veuille ou non. L\u2019interpr\u00e9tation surgit de la r\u00e9union de deux pr\u00e9conscients au travail dans l\u2019espace virtuel du cadre qui fait l\u2019unit\u00e9 d\u2019une s\u00e9ance. Elle vient \u00e0 l\u2019analyste en relation avec le mat\u00e9riel donn\u00e9 d\u2019un patient dans cette s\u00e9ance-l\u00e0. Il ne suffit pas de dire qu\u2019elle se construit gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience et au savoir th\u00e9orique du psychanalyste car il faut aussi reconna\u00eetre qu\u2019elle s\u2019impose en lui \u00e0 la faveur d\u2019automatismes psychiques qui gouvernent la cure<sup>2<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019ai d\u00e9nomm\u00e9e interpr\u00e9tation virtuelle pour bien montrer qu\u2019elle est virtuellement infinie et se d\u00e9ploie sous l\u2019effet de forces diverses dans un espace potentiel qui ne se pr\u00e9sentera plus jamais \u00e0 l\u2019identique. Mais virtuelle est aussi l\u2019interpr\u00e9tation qui surgit et que tout psychanalyste avis\u00e9 s\u2019abstient de dire, de transmettre, et met en latence. S\u2019il s\u2019abstient ce n\u2019est pas en raison de la non validit\u00e9 de cette interpr\u00e9tation mais en raison de son in\u00e9quation pour ce patient \u00e0 ce moment donn\u00e9 du processus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci implique que pour s\u2019abstenir&nbsp;: il faut d\u2019abord savoir pourquoi on s\u2019abstient et de quoi en s\u2019abstient, c\u2019est-\u00e0-dire de quoi on diverge. Pour retenir une interpr\u00e9tation il faut qu\u2019elle se soit int\u00e9rieurement formul\u00e9e. Si le lecteur veut bien me suivre, il faut par cons\u00e9quent admettre que l\u2019on ne cesse pas d\u2019\u00eatre psychanalyste pour devenir psychoth\u00e9rapeute parce que l\u2019on garde par devers soi l\u2019intervention classique qui se serait en d\u2019autres circonstances impos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne vient jamais \u00e0 l\u2019esprit qu\u2019un m\u00e9decin qui, devant tel tableau clinique, d\u00e9cide de ne rien prescrire, d\u00e8s ce moment-l\u00e0 cesse d\u2019\u00eatre m\u00e9decin, ou bien qu\u2019un avocat qui d\u00e9conseille une action soit d\u00e9qualifi\u00e9 de sa fonction parce que prenant une position d\u2019attente. La psychanalyse, \u00e9crivait Freud toujours dans sa 34<sup>\u00e8me<\/sup> <em>Nouvelle Conf\u00e9rence<\/em><sup>3<\/sup> \u201cest difficile et exigeante, elle ne se laisse pas manier aussi ais\u00e9ment que des lunettes qu\u2019on chausse pour lire et que l\u2019on enl\u00e8ve pour aller se promener\u2026 En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, la psychanalyse poss\u00e8de totalement ou pas du tout. Les psychoth\u00e9rapeutes qui se servent aussi, \u00e0 l\u2019occasion, de la psychanalyse ne se trouvent pas sur un terrain analytique solide&nbsp;; ils n\u2019ont pas accept\u00e9 toute l\u2019analyse, mais ils l\u2019ont dilu\u00e9e, peut-\u00eatre d\u00e9sintoxiqu\u00e9e\u2026<sup>4<\/sup><br>Ces textes ne me paraissent toujours pas caducs aujourd\u2019hui et je ne peux imaginer qu\u2019il en soit autrement, sauf \u00e0 penser la psychanalyse d\u00e9pass\u00e9e dans son ensemble. Pour revenir plus strictement sur le terrain de l\u2019interpr\u00e9tation que je d\u00e9nomme virtuelle&nbsp;: son \u00e9nonc\u00e9 ou sa non-\u00e9nonciation, comme l\u2019infini combinatoire qui lui donnera sa formulation d\u00e9finitive, d\u00e9pendent du psychanalyste -c\u2019est pourquoi plus minutieusement et patiemment se sera-t-il form\u00e9, mieux cela vaudra-mais aussi essentiellement de l\u2019organisation relation psychique du patient avec lequel il est actuellement en relation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un seul et m\u00eame mod\u00e8le th\u00e9orico-clinique, une m\u00eame r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un seul corpus m\u00e9ta-psychologique<\/h2>\n\n\n\n<p>Pourquoi et au nom de quoi d\u00e9cr\u00e9ter que l\u2019extension d\u2019un m\u00eame mod\u00e8le scientifique, forc\u00e9ment adapt\u00e9 \u00e0 des pathologies nouvelles, en fait autre chose&nbsp;? Je r\u00e9cuse et tiens pour une erreur logique l\u2019id\u00e9e selon laquelle une seule et m\u00eame pratique change d\u2019essence selon les modalit\u00e9s techniques qu\u2019elle adopte. J\u2019utilise ici le terme essence dans la stricte d\u00e9finition Husserlienne de la variation \u00e9id\u00e9tique. En fonction des mat\u00e9riaux et de son inspiration, le sculpteur peut utiliser le ciseau, le marteau, le couteau, il n\u2019en reste pas moins sculpteur. Devant un m\u00eame paysage dix peintres, \u00e9galement mais diff\u00e9remment talentueux feront, qui \u00e0 la gouache, qui \u00e0 l\u2019huile, qui \u00e0 l\u2019aquarelle, des ex\u00e9cutions chacune singuli\u00e8re -des interpr\u00e9tations- dont l\u2019essence n\u2019en restera pas moins une.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019extension de la psychanalyse aux patients non-n\u00e9vrotiques, <em>border-line<\/em>, psychotiques, psychosomatiques ne va pas sans entra\u00eener des param\u00e8tres techniques dont la p\u00e9riodicit\u00e9 des s\u00e9ances comme la modalit\u00e9 du face \u00e0 face font partie. Ils ne sont \u00e0 consid\u00e9rer que comme des param\u00e8tres ou am\u00e9nagements du <em>setting<\/em> en fonction de l\u2019organisation psychique et de la pathologie des patients. Cette extension est parfaitement n\u00e9cessaire \u00e0 la survie de la psychanalyse tant comme <em>praxis<\/em> que comme th\u00e9orie scientifique. Seule l\u2019\u00e9tude constante des limites du champ de la psychanalyse peut nous permettre d\u2019exister.<\/p>\n\n\n\n<p>Or je maintiens que toute pratique aux limites implique la parfaite connaissance de ce que je qualifierai de \u201cc\u0153ur\u201d de la discipline&nbsp;: le mod\u00e8le de la n\u00e9vrose. Pour reconna\u00eetre en quoi le transfert est plut\u00f4t de l\u2019ordre de l\u2019app\u00e9tence relationnelle, ou bien si et comment il est id\u00e9alis\u00e9, f\u00e9tichique, encore faut-il avoir eu l\u2019exp\u00e9rience de la n\u00e9vrose de transfert classique. Et je ne pense pas que la seule exp\u00e9rience individuelle de sa propre analyse suffise pour faire un psychanalyste. Je crois par contre que seul le maniement d\u2019au moins trois cures de divan, parcours minimum demand\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, peut donner de l\u2019analyse une exp\u00e9rience interne suffisante pour estimer ce mod\u00e8le int\u00e9gr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Travail psychanalytique de face \u00e0 face<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce que l\u2019on appelle psychoth\u00e9rapie psychanalytique ou d\u2019inspiration psychanalytique est \u00e0 mon sens du travail de psychanalyse men\u00e9 par un psychanalyste dans des circonstances qu\u2019il juge assez complexes pour utiliser des param\u00e8tres. La vis\u00e9e d\u2019une psychoth\u00e9rapie psychanalytique ne saurait \u00eatre autre que celle de l\u2019analyse, soit le changement psychique. La non interpr\u00e9tation du transfert est une d\u00e9cision technique comme peut l\u2019\u00eatre par exemple celle du respect d\u2019un clivage d\u2019objet. La psychoth\u00e9rapie dite \u201cde soutien\u201d est une modalit\u00e9 selon laquelle est privil\u00e9gi\u00e9e la relation au d\u00e9triment du transfert. Il s\u2019agit \u00e0 mon sens d\u2019un temps d\u2019abstention interpr\u00e9tative qui peut s\u2019av\u00e9rer indispensable mais qui n\u2019est en aucun cas isolable comme m\u00e9thode en elle-m\u00eame. L\u2019isoler et la faire pratiquer par des praticiens non psychanalystes voudrait dire que l\u2019on consid\u00e8re impossible le changement psychique que l\u2019on pr\u00f4ne et que l\u2019on cherche. Le passage d\u2019un mode d\u2019intervention psychanalytique \u00e0 un mode plus psychoth\u00e9rapeutique n\u2019est, de plus, pas toujours li\u00e9 au\u00a0<em>setting<\/em>. Selon l\u2019organisation psychique du patient et l\u2019exp\u00e9rience et les options th\u00e9oriques du psychanalyste peuvent s\u2019instaurer des psychoth\u00e9rapies sur divan au rythme de 5 fois par semaine comme des psychanalyses de face \u00e0 face. Personnellement mon souhait serait que tout travail psychanalytique soit d\u00e9nomm\u00e9 \u201cpsychanalyse\u201d, qu\u2019il soit de face \u00e0 face ou sur le divan et que soit pr\u00e9cis\u00e9 le cadre.<sup>5<\/sup><br>Ne nous arrive-t-il pas de plus avec m\u00eame patient et selon les classique du transfert ou les avatars du moment d\u2019\u00eatre dans l\u2019interpr\u00e9tation bien parfois d\u2019intervenir plus pr\u00e8s du moi\u00a0? Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019interpr\u00e9ter le transfert, mais de l\u2019accueillir et de l\u2019entendre, d\u2019attendre qu\u2019il s\u2019organise et organise un mat\u00e9riel aussi pauvre fut-il dans les commencements. Etre psychanalyste \u00e0 mon sens ne va pas sans la conviction de la force de l\u2019inconscient et un espoir forcen\u00e9 dans le travail de penser. Penser est douloureux souvent, difficile, plein de plaisir mais irr\u00e9ductible \u00e0 quelque destin\u00a0: il peut toujours en \u00eatre autrement et toute histoire peut aussi se raconter diff\u00e9remment.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En guise de conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Je sais ce texte partisan mais il me tenait \u00e0 c\u0153ur de d\u00e9fendre des options qui ne sont que strictement freudiennes. Je ne les d\u00e9fends pas au nom de l\u2019histoire mais parce que la lecture de Freud me para\u00eet toujours bouleversante de modernit\u00e9. Je crois ceci li\u00e9 \u00e0 une \u00e9criture faite de l\u2019\u00e9laboration d\u2019une confrontation de tous les instants \u00e0 l\u2019inconscient, aux forces conflictuelles du psychisme, au malaise, \u00e0 la destructivit\u00e9, \u00e0 la souffrance. C\u2019est dans sa suite que j\u2019ai violemment r\u00e9cus\u00e9 ici ce que je consid\u00e8re comme un faux d\u00e9bat opposer, comparer, psychanalyse et psychoth\u00e9rapie psychanalytique alors qu\u2019elles ne sont que des variations d\u2019une seule et m\u00eame m\u00e9thode, fond\u00e9es sur la m\u00eame doctrine et ont la m\u00eame vis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00f4ner une certaine puret\u00e9 psychanalytique ne veut en aucun cas dire ne pas s\u2019engager. Je l\u2019ai suffisamment \u00e9crit ailleurs, le psychanalyste d\u2019aujourd\u2019hui ne peut qu\u2019\u00eatre engag\u00e9 sur le terrain. Il faut que des psychanalystes travaillent \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral, dans les prisons, dans le service public en g\u00e9n\u00e9ral et avec des patients extr\u00eames\u2026 Il en va m\u00eame de la survie de la psychanalyse. Comment aller sur le terrain sans faire de l\u2019analyse une adaptation affadie&nbsp;? C\u2019est justement chose possible, \u00e0 mon sens, si ce travail aux limites sait transformer l\u2019obstacle en moyen pour, sans approfondir le savoir m\u00e9tapsychologique, enrichir aussi ce mod\u00e8le classique de la n\u00e9vrose qui, s\u2019il ne nous suffit pas toujours, n\u2019en reste pas moins fondamental pour appr\u00e9hender les difficult\u00e9s de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Voir Laplanche et Pontalis, Vocabulaire de la Psychanalyse, p.&nbsp;206 \u00e0 209.<\/li><li>voir <em>Differend, conversion, interpr\u00e9tation<\/em>, in J.C. Rolland, <em>Gu\u00e9rir du mal d\u2019aimer<\/em>, p.&nbsp;147-169, Paris, Gallimard, 1998.<\/li><li>Eclaircissemnts, orientations, applications, p.&nbsp;182-211, Edition Galimard 1984.<\/li><li>p. 204-205 Op. Cit\u00e9.<\/li><li>Marilia Aisenstein, \u201cOn est pri\u00e9 de ne pas tourner le dos\u201d <em>in D\u00e9bats de psychanalyse<\/em>, 1998.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10197?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Titre parfaitement provoquant dans le cadre de ce recueil, mais je persiste et signe&nbsp;: la psychoth\u00e9rapie psychanalytique n\u2019existe pas&nbsp;; issue du m\u00eame corpus th\u00e9orique et m\u00e9tapsychologique que la psychanalyse, elle se fonde sur l\u2019\u00e9coute du discours d\u2019un patient dans le&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225,1214],"thematique":[217],"auteur":[1363],"dossier":[219],"mode":[61],"revue":[311],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10197","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-dispositif","rubrique-psychanalyse","thematique-psychotherapie","auteur-marilia-aisenstein","dossier-psychanalyse-et-psychotherapie","mode-gratuit","revue-311","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10197","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10197"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10197\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15369,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10197\/revisions\/15369"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10197"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10197"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10197"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10197"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10197"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10197"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10197"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10197"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10197"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}