{"id":10171,"date":"2021-08-22T07:31:26","date_gmt":"2021-08-22T05:31:26","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/introduction-a-loeuvre-de-roger-perron-parcours-apports-enjeux-2\/"},"modified":"2021-11-13T20:32:16","modified_gmt":"2021-11-13T19:32:16","slug":"introduction-a-loeuvre-de-roger-perron-parcours-apports-enjeux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/introduction-a-loeuvre-de-roger-perron-parcours-apports-enjeux\/","title":{"rendered":"Introduction \u00e0 l&rsquo;oeuvre de Roger Perron : parcours, apports, enjeux"},"content":{"rendered":"\n<p>Roger Perron est une des figures tut\u00e9laires marquantes de la psychologie clinique fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019instar de Daniel Lagache, Juliette Favez Boutonnier, Claude Revault-d\u2019Allones, Didier Anzieu, Nina Rausch de Traubenberg, Pierre F\u00e9dida, Colette Chiland, Jean Guillaumin, Ren\u00e9 Ka\u00ebs, Roland Gori, Catherine Chabert, etc&#8230; Discret m\u00e9diatiquement, il n\u2019en est pas moins l\u2019auteur prolifique d\u2019ouvrages et de mises au point fondamentales sur la d\u00e9finition de la psychologie clinique, son objet, sa d\u00e9marche, ses m\u00e9thodes et objets de recherche. Pour situer l\u2019\u0153uvre de R. Perron, celle-ci ne manque pas d\u2019impressionner&nbsp;: 25 livres en son nom propre, 14 (co)directions d\u2019ouvrages, 45 chapitres, 154 articles, de quoi \u00eatre assez bien qualifi\u00e9 par le CNU et accr\u00e9dit\u00e9 par l\u2019AERES aujourd\u2019hui malgr\u00e9 des crit\u00e8res de plus en plus drastiques&nbsp;! Par ailleurs son parcours -de la psychologie exp\u00e9rimentale et diff\u00e9rentielle \u00e0 la psychanalyse en passant par la psychologie clinique o\u00f9 il contribua \u00e0 donner ses lettres de noblesse au bilan psychologique- et sa culture lui permettent une ampleur et profondeur de vue exemplaires en mati\u00e8re de r\u00e9flexions \u00e9pist\u00e9mologiques concernant le statut de la scientificit\u00e9 de la psychologie clinique puis de la psychanalyse qu\u2019il d\u00e9fend avec opini\u00e2tret\u00e9 face au retour imp\u00e9rialiste de la psychologie et psychiatrie dite scientifique, calqu\u00e9e sur les principes de l\u2019<em>Evidence Based Medecine<\/em>, la m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves. Il ne suffit pas de proclamer, m\u00eame \u00e0 raison, qu\u2019elle repose sur une id\u00e9ologie scientiste, il importe de montrer comment les crit\u00e8res de scientificit\u00e9 de la clinique d\u2019orientation psychanalytique ne sauraient s\u2019aligner sur les crit\u00e8res des sciences exp\u00e9rimentales&nbsp;: de ce point de vue l\u2019\u0153uvre de R. Perron est exemplaire et elle permet de penser et d\u2019organiser une r\u00e9ponse constructive qui puisse faire r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<p>Roger Perron est n\u00e9 en 1926. Apr\u00e8s des \u00e9tudes primaires et secondaires \u00ab&nbsp;fin de 3<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e9publique&nbsp;\u00bb (bon \u00e9l\u00e8ve en primaire il est orient\u00e9 vers le secondaire), il entra \u00e0 l\u2019<em>\u00c9cole Normale<\/em> d\u2019instituteurs puis il obtint son bachot en deux parties. Il effectua alors la toute nouvelle licence de psychologie, cr\u00e9e en 1947 \u00e0 la Sorbonne par Lagache o\u00f9 il passa alors les 4 certificats r\u00e9glementaires&nbsp;: psychophysiologie, psychologie de l\u2019enfant, psychologie exp\u00e9rimentale, psychologie sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1949 il entra, non pas comme psychologue, mais comme \u00ab&nbsp;collaborateur technique&nbsp;\u00bb, ce qui correspond \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 nos actuels ing\u00e9nieurs d\u2019\u00e9tudes, au service de R. Zazzo au laboratoire de psychologie de l\u2019H\u00f4pital Henri Rousselle, laboratoire rattach\u00e9 au CNRS. R. Zazzo (1910-1995), fondateur de la psychologie scolaire en France, travaillait alors \u00e0 la r\u00e9vision du Binet-Simon et R. Perron a donc collabor\u00e9 \u00e0 la refonte du premier test d\u2019intelligence. Il est tr\u00e8s t\u00f4t au c\u0153ur de l\u2019\u00e9laboration pratique des tests et donc tr\u00e8s au fait des d\u00e9bats scientifiques et id\u00e9ologiques qui les concernaient et dont il rendit compte avec beaucoup d\u2019honn\u00eatet\u00e9 et d\u2019humour dans son livre <em>L\u2019intelligence de l\u2019enfant et ses troubles<\/em> (2004), parcours comment\u00e9 de ses travaux les plus significatifs sur la question.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s 4 ou 5 ans \u00e0 tracer des courbes de d\u00e9veloppement et \u00e0 traiter des donn\u00e9es techniques pour Zazzo, R. Perron revendiqua un statut de chercheur autonome qu\u2019il obtint et il devint successivement attach\u00e9 de recherches, charg\u00e9 de recherches puis directeur de recherches, dans le champ de la psychologie de l\u2019enfance, \u00e0 l\u2019\u00e9poque dite inadapt\u00e9e, et ce toujours au CNRS qu\u2019il ne quitta pas. Dans le livre pr\u00e9cit\u00e9, il rapporte son emploi du temps d\u2019alors&nbsp;: consultations (cliniques) le matin et activit\u00e9s de recherche (diff\u00e9rentielles) l\u2019apr\u00e8s-midi sur les outils utilis\u00e9s le matin, une activit\u00e9 alimentant l\u2019autre, mais on voit d\u00e9j\u00e0 appara\u00eetre tout son souci de ressaisir le fonctionnement de l\u2019instrument (l\u2019intelligence, les \u00ab&nbsp;instruments&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9criture) dans le fonctionnement plus global de la personnalit\u00e9. Le titre de son premier livre co\u00e9crit avec H\u00e9l\u00e8ne de Gobineau en 1954 en t\u00e9moigne <em>G\u00e9n\u00e9tique de l\u2019\u00e9criture et \u00e9tude de la personnalit\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 50, R. Perron travaille en compagnie de Zazzo, Fraisse, Reuchlin, Ol\u00e9ron, soit le meilleur de la psychologie exp\u00e9rimentale et diff\u00e9rentielle, mais il c\u00f4toie aussi H. Wallon et J. Piaget. A cette \u00e9poque, entre autres, il porte son attention sur le test du double barrage (rapports vitesse-pr\u00e9cision) et il montre que les r\u00e9sultats d\u00e9pendent des facteurs d\u2019atmosph\u00e8re de la relation et de la posture du psychologue, anticipation clinique de l\u2019inter-d\u00e9pendance entre l\u2019observ\u00e9 et l\u2019observant, le sujet connu et le sujet connaissant. Il fait \u00e9galement partie du groupe de pionniers qui \u00e9labora le premier code de d\u00e9ontologie des psychologues en 1958.<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue acad\u00e9mique, il obtint en 1961 son dipl\u00f4me de l\u2019<em>\u00c9cole Pratique des Hautes Etudes<\/em> avec une recherche (\u00e9quivalent de th\u00e8se) dirig\u00e9e par Zazzo portant sur les niveaux de tension et le contr\u00f4le de l\u2019action. Sa premi\u00e8re th\u00e8se de doctorat de 3<sup>\u00e8me<\/sup> cycle, en 1963, sous la direction de P. Fraisse, est encore tr\u00e8s exp\u00e9rimentale, et elle portait sur \u00ab&nbsp;la r\u00e9action \u00e9lectrodermale comme indicateur de l\u2019activit\u00e9&nbsp;\u00bb. Zazzo quitta en 1962 l\u2019h\u00f4pital H. Rousselle et prit la suite de H. Wallon au laboratoire de psychobiologie de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019<em>\u00c9cole des Hautes Etudes<\/em>. R. Perron le suit mais il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise avec les conceptions organicistes de Zazzo sur la d\u00e9bilit\u00e9 mentale, conceptions que R. Perron ne trouvait d\u2019ailleurs pas tr\u00e8s coh\u00e9rentes avec l\u2019engagement \u00ab&nbsp;marxiste&nbsp;\u00bb de ce dernier. Il travaille alors au d\u00e9gagement des facteurs de personnalit\u00e9 dans la gen\u00e8se et le fonctionnement de la d\u00e9ficience, anticipant sur l\u2019approche \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique d\u2019aujourd\u2019hui et, seul ou en collaboration, il d\u00e9veloppe de nouveaux instruments d\u2019analyse du fonctionnement mental de l\u2019enfant comme par exemple le DPI (Dynamique personnelle et images), une \u00e9preuve projective assez utilis\u00e9e en psychologie scolaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons que de son c\u00f4t\u00e9, mais leurs travaux sont \u00e9videmment tr\u00e8s li\u00e9s, Mich\u00e8le Perron-Borelli, psychologue \u00e0 la Fondation Vall\u00e9e, d\u00e9veloppe les EDEI \u00ab&nbsp;Echelles diff\u00e9rentielles d\u2019efficiences intellectuelles&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9preuves qui tentent de combiner une \u00e9valuation globale du niveau intellectuel et une analyse fonctionnelle des troubles de la pens\u00e9e cat\u00e9gorielle observables dans les psychoses infantiles d\u00e9ficitaires, mais \u00e9galement dans d\u2019autres types d\u2019\u00e9volution d\u00e9ficitaire. En compagnie de M. Perron-Borelli, R. Perron (1971), tout en ne se d\u00e9partissant jamais d\u2019une critique \u00e9pist\u00e9mologique, plus qu\u2019id\u00e9ologique, sur les tests et l\u2019utilisation d\u00e9natur\u00e9e des mesures (le QI et ses illusions, mais \u00e9galement les \u00e9chelles de mesures), contribua \u00e0 fonder ce qui s\u2019appellera plus tard le bilan psychologique \u00ab&nbsp;complet&nbsp;\u00bb, combinant des \u00e9preuves intellectuelles, instrumentales, et projectives (telles que d\u00e9finies par N. Rausch de Traubenberg, V. Shentoub, C. Chabert) pour appr\u00e9hender les difficult\u00e9s de l\u2019enfant dans leur rapport avec la personnalit\u00e9 globale. Bilan complet, interpr\u00e9t\u00e9 dans une perspective psychanalytique, qui sera d\u00e9fendu et illustr\u00e9 par la suite par R. Debray (2000), M. Emmanuelli (2004) et toute l\u2019\u00c9cole dite de Paris, mais qui est aujourd\u2019hui menac\u00e9 par le retour d\u2019une conception parcellaire, dite \u00ab&nbsp;moderne et scientifique&nbsp;\u00bb ayant infiltr\u00e9 les CHU, les centres ressources (autisme ou dys) et la m\u00e9decine scolaire. Cette psychologie moderne et scientifique, sous pr\u00e9texte d\u2019objectivit\u00e9 absolue et de n\u00e9o-positivisme, nous renvoie en fait plus d\u2019un si\u00e8cle en arri\u00e8re sur le plan des id\u00e9es, tout ceci pour permettre une approche rationnelle des \u00ab&nbsp;troubles mentaux&nbsp;\u00bb devenus des handicaps, envisag\u00e9s dans une perspective cat\u00e9gorielle \u00e9cartant l\u2019aspect dimensionnel, et ce sur le mod\u00e8le de la m\u00e9decine la plus technique et la moins humaniste qui soit, loin des avanc\u00e9es psychopathologiques de Binet et Simon, Janet, Wallon et Freud bien s\u00fbr. Bien que d\u00e9nonc\u00e9e de toutes parts cette approche gagne du terrain car elle est soutenue par \u00ab&nbsp;la dictature de l\u2019opinion&nbsp;\u00bb (Hochmann) en collusion avec le mod\u00e8le gestionnaire n\u00e9olib\u00e9ral, l\u2019attrait obsessionnel des comptes et mesures permettant d\u2019\u00e9liminer la subjectivit\u00e9, l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 psychique, qui peinent \u00e0 entrer dans les logiciels informatiques. Derri\u00e8re la psychologie clinique et la psychanalyse ce sont les sciences humaines et sociales et la pens\u00e9e qui sont aujourd\u2019hui mises en cause par le n\u00e9olib\u00e9ralisme et, de ce point de vue, il a \u00e9t\u00e9 remarquablement rappel\u00e9 par J-P Pinel dans un colloque r\u00e9cent que le 4<sup>\u00e8me<\/sup> temps, postmoderne, des institutions sociales et de soins met en jeu une crise de la transmission, de la g\u00e9n\u00e9alogie et de la filiation, le mod\u00e8le gestionnaire n\u00e9olib\u00e9ral qui a pris la place des grands fondateurs et humanistes \u00e0 la t\u00eate des institutions n\u2019ayant que faire de (la pens\u00e9e) de l\u2019histoire au profit de l\u2019instant pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais revenons \u00e0 la trajectoire de R. Perron&nbsp;: au milieu des ann\u00e9es 60, il est donc insatisfait de son approche de la d\u00e9ficience, ce qui l\u2019am\u00e8ne progressivement \u00e0 des changements m\u00e9thodologiques, th\u00e9oriques, et pratiques. Je le cite&nbsp;: \u00ab&nbsp;au fil des ann\u00e9es je n\u2019ai pas cess\u00e9, \u00e0 propos de ces questions et de bien d\u2019autres, de ressentir une certaine insatisfaction&nbsp;; l\u2019insatisfaction pr\u00e9cis\u00e9ment de ce qui manquait dans ma fa\u00e7on de penser le manque (\u2026) J\u2019avais la sensation de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce dont pourtant ces enfants me donnaient sans cesse, dans la clinique, le spectacle&nbsp;: il s\u2019agit aussi d\u2019espoirs et de d\u00e9ceptions, de d\u00e9sirs et d\u2019angoisses, de blessures narcissiques et de rodomontades compensatrices, de sup\u00e9riorit\u00e9 et d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, d\u2019adaptation sociale et de perspectives de vie, etc. (\u2026) J\u2019avais \u00e0 faire avec des personnes (\u2026) et je souhaitais comprendre mieux le fonctionnement psychique de ces personnes. Je ne savais trop comment traiter cela&nbsp;; les instruments de la psychologie m\u2019y paraissaient bien pauvres. Je soup\u00e7onnais depuis longtemps que Freud pouvait offrir mieux, dans une optique o\u00f9 le conflit est situ\u00e9 au c\u0153ur des choses&nbsp;; or c\u2019est bien \u00e0 des conflits, interpersonnels et intra-personnels, qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9vidence on a ici affaire (\u2026) Il me fallut donc du temps, une analyse personnelle, une pratique analytique suffisante, une nouvelle clinique, une longue r\u00e9flexion aliment\u00e9e de lectures dans ce champ nouveau, etc. Cela s\u2019accompagna d\u2019un glissement de mes int\u00e9r\u00eats, des \u00ab&nbsp;d\u00e9bilit\u00e9s simples&nbsp;\u00bb (ou suppos\u00e9es telles) qu\u2019on rencontre banalement dans les classes de perfectionnement, vers les psychoses d\u00e9ficitaires et d\u2019un changement de cadre de travail, du Laboratoire de psychobiologie de l\u2019enfant dirig\u00e9 par Zazzo \u00e0 la Fondation Vall\u00e9e&nbsp;\u00bb dirig\u00e9e par le Pr Roger Mis\u00e8s (2004, p. 156).<\/p>\n\n\n\n<p>R. Mis\u00e8s (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en Juillet 2012) est avec S. Lebovici et R. Diatkine un des pionniers de la p\u00e9dopsychiatrie psychodynamique fran\u00e7aise. Il avait transform\u00e9 dans l\u2019apr\u00e8s guerre l\u2019asile qu\u2019\u00e9tait la Fondation Vall\u00e9e, situ\u00e9e \u00e0 Gentilly, en un inter-secteur moderne o\u00f9 s\u2019\u00e9laboraient les structures institutionnelles que nous connaissons aujourd\u2019hui (h\u00f4pital de jour, CATTP, travail en r\u00e9seau) et o\u00f9 se d\u00e9finissait la psychopathologie psychanalytique qui donnera lieu \u00e0 la CFTMEA. Ensemble R. Mis\u00e8s et R. Perron cr\u00e9ent donc au d\u00e9but des ann\u00e9es 70 le \u00ab&nbsp;laboratoire d\u2019\u00e9tudes g\u00e9n\u00e9tiques de la personnalit\u00e9&nbsp;\u00bb et ils se consacrent \u00e0 l\u2019\u00e9tude du fonctionnement affectivo-cognitif (les deux faces du m\u00eame psychisme) de l\u2019autisme, des psychoses infantiles, des dysharmonies \u00e9volutives, les TED non sp\u00e9cifi\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui selon le DSM, on mesure la r\u00e9gression. La d\u00e9ficience est alors r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e dans le champ plus large des perturbations des structures de la personnalit\u00e9 ce qui autorise aussi des perspectives th\u00e9rapeutiques moins pessimistes. Leur collaboration aboutira \u00e0 un livre de synth\u00e8se ind\u00e9pass\u00e9 cosign\u00e9 avec R. Salbreux, <em>Retards et troubles de l\u2019intelligence chez l\u2019enfant<\/em>. De cette \u00e9poque date \u00e9galement un int\u00e9r\u00eat pour les origines et fondements du psychisme, sur les encha\u00eenements processuels intrapsychiques et intersubjectifs qui font passer l\u2019enfant de l\u2019hallucination primitive aux premi\u00e8res repr\u00e9sentations mentales et \u00e0 l\u2019\u00e9laboration fantasmatique. Ces pr\u00e9occupations irriguent les nombreux travaux que R. Perron (et M. Perron-Borelli) consacr\u00e8rent \u00e0 ces questions et qui furent r\u00e9unis dans un ouvrage publi\u00e9 (en Alg\u00e9rie) intitul\u00e9 <em>Fantasme, action, pens\u00e9e. Aux origines de la vie psychique<\/em> (1997).<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on revient sur son parcours acad\u00e9mique, R. Perron soutint en 1974 \u00e0 Nanterre sa th\u00e8se dite d\u2019\u00c9tat, ce qui correspond \u00e0 notre HDR (habilitation \u00e0 diriger des recherches) moderne, th\u00e8se dont le titre est \u00ab&nbsp;Le sentiment de valeur personnelle&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit d\u2019une synth\u00e8se de ses premiers travaux (d\u00e9j\u00e0 40-50 articles) o\u00f9 il tente, dans un esprit tout Lagachien, de r\u00e9concilier la psychologie clinique et la psychologie exp\u00e9rimentale. Il est alors f\u00e9licit\u00e9 par J. Favez-Boutonnier mais essuie les critiques de Fraisse, Reuchlin et Ol\u00e9ron&nbsp;: probablement voient-ils qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 perdu pour la psychologie diff\u00e9rentielle et exp\u00e9rimentale&nbsp;! Sur le plan de l\u2019enseignement et de la recherche, R. Perron est appel\u00e9 en tant que chercheur CNRS \u00e0 exercer comme charg\u00e9 de cours (il n\u2019\u00e9tait pas Professeur des Universit\u00e9s) en DESS et en DEA \u00e0 l\u2019Institut de Psychologie de Paris V o\u00f9 il dirigea l\u2019essentiel de ses th\u00e8ses (plus de 40), mais aussi \u00e0 Aix et \u00e0 l\u2019ULB \u00e0 Bruxelles, etc. Il fut \u00e9galement un an \u00ab&nbsp;professeur extraordinaire&nbsp;\u00bb \u00e0 Gen\u00e8ve. A l\u2019Institut de psychologie il assura en DEA un s\u00e9minaire d\u2019\u00e9pist\u00e9mologie et de m\u00e9thodologie de la recherche, enseignement que lui-m\u00eame d\u00e9finit comme \u00ab&nbsp;aust\u00e8re&nbsp;\u00bb, mais \u00f4 combien pr\u00e9cieux pour ceux qui l\u2019ont suivi et qui pr\u00e9par\u00e8rent ensuite une th\u00e8se&nbsp;: Ch. Arbisio, mais \u00e9galement S. Missonnier, F. Marty et moi dans la promotion de 1990-1991, et probablement bien d\u2019autres. Il encadra \u00e9galement de nombreux travaux de psychologie scolaire sur les inhibitions, et autres difficult\u00e9s d\u2019apprentissage rencontr\u00e9es par les psychologues \u00e0 l\u2019\u00e9cole (R. Perron, J-P. Aubl\u00e9 et Y. Compas, <em>L\u2019enfant en difficult\u00e9s<\/em>, Dunod, 1994).<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les ann\u00e9es h\u00e9ro\u00efques de la psychologie clinique (Lagache, Favez-Boutonnier, Anzieu) l\u2019heure est dans les ann\u00e9es 80-90 au retour r\u00e9flexif sur ce qui constitue et d\u00e9finit la discipline, ses objets, sa m\u00e9thode, sa d\u00e9marche&nbsp;: paraissent ainsi plusieurs ouvrages de synth\u00e8se (Pedinielli, Revault d\u2019Allones, S\u00e9chaud). Celui de R. Perron est un collectif bas\u00e9 sur la pratique clinique (<em>La pratique de la psychologie clinique<\/em>, Dunod, 1997). Il y d\u00e9finit la psychologie clinique comme centr\u00e9e sur la personne&nbsp;: \u00ab&nbsp;la psychologie clinique se donne pour but d\u2019expliquer les processus psychiques de transformation dont la personne est le si\u00e8ge&nbsp;\u00bb, la personne \u00e9tant elle m\u00eame d\u00e9finie comme \u00ab&nbsp;une structure, r\u00e9gie par des lois d\u2019autor\u00e9gulation et qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un syst\u00e8me de transformations&nbsp;\u00bb. Il d\u00e9fend avec vigueur une approche descriptive, explicative et compr\u00e9hensive de la personne (ou du groupe de personnes) en termes fonctionnels et non classificatoires, taxinomiques. C\u2019est \u00e0 ce niveau, celui de l\u2019\u00e9tude du fonctionnement mental ou psychique, du fonctionnement de l\u2019appareil psychique, qu\u2019il pose la question des mod\u00e8les th\u00e9oriques utilisables en psychologie clinique et de leurs rapports. Un chapitre fort s\u2019intitule <em>Que faire de la psychanalyse&nbsp;?<\/em> tant pour l\u2019enseignant, l\u2019\u00e9tudiant que le psychologue clinicien lui-m\u00eame, puisqu\u2019il existe un r\u00e9el risque de r\u00e9ductionnisme et de confusion si l\u2019on rabat l\u2019une sur l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces pr\u00e9cisions sur les risques de r\u00e9ductionnisme sont remarquables. Pour beaucoup d\u2019entre nous, qui d\u00e9fendons \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 un enseignement de psychologie clinique et de psychopathologie r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 \u00e0 la psychanalyse sans exclusive totalitaire, car les deux m\u00e9tiers de psychologue clinicien et de psychanalyste ne sauraient \u00eatre confondus, la m\u00e9tapsychologie psychanalytique intra et intersubjective (Ka\u00ebs, Roussillon) reste un outil f\u00e9cond pour penser les pratiques et les dispositifs cliniques des cliniciens qui ne sauraient \u00ab&nbsp;singer&nbsp;\u00bb la cure type et certains de ses insignes dat\u00e9s (le silence\u2026). En retour ces nouveaux territoires (dans la rue, dans les corridors, les interstices, les salles d\u2019attente, au travail, etc.), ces nouveaux dispositifs (m\u00e9diations individuelles, groupales, institutionnelles), ces nouvelles cliniques (extr\u00eames, limites, fronti\u00e8res, inter et transculturelles, etc..) doivent venir r\u00e9interroger la th\u00e9orie qui sinon se scl\u00e9rose et devient r\u00e9p\u00e9tition mortif\u00e8re. Nous ne devons ni nous isoler dans notre tour d\u2019ivoire, ni tomber dans \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9clectisme confus, n\u00e9gligent ou orgueilleux&nbsp;\u00bb (les termes de R. Perron) de la \u00ab&nbsp;psycho(patho)logie dite \u00ab&nbsp;int\u00e9grative&nbsp;\u00bb qui, dans certains lieux, vise surtout \u00e0 \u00ab&nbsp;d\u00e9sint\u00e9grer&nbsp;\u00bb la clinique, mais nous devons dialoguer sur des positions \u00e9pist\u00e9miques fermes avec nos coll\u00e8gues des autres disciplines, psychologie du d\u00e9veloppement, psychologie cognitive, neurosciences pour trouver les articulations, les interfaces, les mises en tension n\u00e9cessairement contradictoires qui nous permettront d\u2019avancer dans la compr\u00e9hension du psychisme humain et de soutenir des prises en charge multidimensionnelles, multiaxiales combinant soin, \u00e9ducation et p\u00e9dagogie (Mis\u00e8s, Hochmann).<\/p>\n\n\n\n<p>R. Perron avait commenc\u00e9 sa formation analytique \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60 \u00e0 la SPP. Il en est aujourd\u2019hui un membre formateur, recherch\u00e9 pour ces qualit\u00e9s humaines affich\u00e9es en supervision. Il pratique \u00e9galement de longue date le psychodrame, activit\u00e9 qu\u2019il poursuit au centre J. Favreau qui est le centre de consultations psychanalytiques de l\u2019Institut de psychanalyse. Depuis plus de 30 ans il consacre maintenant l\u2019essentiel de ses \u00e9crits \u00e0 des th\u00e8mes tr\u00e8s actuels&nbsp;: notons en compagnie de M. Perron-Borelli un rapport intitul\u00e9 <em>Fantasme et action<\/em>, qui fit date au <em>Congr\u00e8s des psychanalystes des langues romanes<\/em> de 1987 et qui interrogeait d\u00e9j\u00e0 cette opposition fig\u00e9e entre repr\u00e9sentation, pens\u00e9e et action. Aujourd\u2019hui o\u00f9 80% des probl\u00e9matiques rencontr\u00e9es par les psychologues seraient des probl\u00e9matiques d\u2019agirs et de violences, il est vital de penser le langage de l\u2019acte, du corps, du comportement, de l\u2019affect, etc. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 ses int\u00e9r\u00eats pour l\u2019originaire, la naissance de la vie psychique, les processus de diff\u00e9renciation au c\u0153ur de l\u2019\u00eatre qui s\u2019articulent avec la probl\u00e9matique repr\u00e9sentation\/acte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, R. Perron consacra de nombreux articles et chapitres, puis son avant dernier livre (<em>La raison psychanalytique<\/em>), dans le prolongement de ses travaux plus anciens, \u00e0 tenter de r\u00e9pondre aux critiques et aux exhortations de nombreux coll\u00e8gues \u00e0 rendre la psychanalyse \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb, la science se r\u00e9duisant ici au mod\u00e8le n\u00e9opositiviste des sciences exactes, de la physico-chimie et encore d\u2019avant la r\u00e9volution quantique. R. Perron examine donc au triple plan de la th\u00e9orie, de la clinique et de la pratique psychanalytiques, ce qui d\u00e9finit une activit\u00e9 comme source et objet de science. A une \u00e9poque o\u00f9 la psychanalyse est mal intentionnellement syst\u00e9matiquement rabattue sur la question \u00e9tiologique mettant en cause les parents, alors que l\u2019approche compr\u00e9hensive et fonctionnelle (le comment) importe au total beaucoup plus que l\u2019approche explicative (<em>le pourquoi<\/em>) toujours multifactorielle, il faut lire la remarquable argumentation de R. Perron sur la complexit\u00e9 du d\u00e9terminisme psychique o\u00f9 les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019apr\u00e8s coup ont leur part, infirmant toute pr\u00e9tention lin\u00e9aire, et sur l\u2019utilisation que nous pouvons faire des th\u00e9ories du chaos, du hasard, de l\u2019auto-organisation, etc. Enfin il d\u00e9finit les diff\u00e9rents niveaux de r\u00e9alit\u00e9 (\u00e9v\u00e9nementielle, historique, psychique) auxquels nous avons affaire et r\u00e9pond point par point aux critiques habituelles concernant le d\u00e9faut d\u2019objectivit\u00e9, le statut de la preuve, les questions de pr\u00e9dictivit\u00e9, de r\u00e9futabilit\u00e9, de falsifiabilit\u00e9, etc., qui nous sont habituellement adress\u00e9es dans une certaine m\u00e9connaissance de la clinique. En ce sens cet ouvrage tr\u00e8s \u00e9rudit de R. Perron peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le br\u00e9viaire de tout chercheur en herbe ou plus confirm\u00e9 ayant un jour \u00e0 dialoguer avec la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019on soit en accord relativement complet ou en d\u00e9saccord sur tel ou tel point, l\u2019\u0153uvre progressive de R. Perron, par sa coh\u00e9rence, sa force de conviction, son optimisme \u00e9galement, constitue pour notre communaut\u00e9 une assise de pens\u00e9e et de r\u00e9flexion dont nous le remercions infiniment.<sup>1,2,3<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce texte reprend une communication introductive au colloque organis\u00e9 le 5\/04\/2012 par l\u2019UTRPP de l\u2019Universit\u00e9 Paris 13, \u00ab&nbsp;Autour de l\u2019\u0153uvre de Roger PERRON&nbsp;: du bilan psychologique \u00e0 l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de la recherche en psychologie clinique et en psychanalyse&nbsp;\u00bb, en pr\u00e9sence de l\u2019auteur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Les \u00e9l\u00e9ments biographiques \u00e9voqu\u00e9s ici sont issus pour une part du recueil de textes de R. Perron intitul\u00e9 <em>L\u2019intelligence de l\u2019enfant et ses troubles<\/em> (Dunod, 2004), pour une autre part des \u00e9changes que j\u2019ai eus avec lui pour la pr\u00e9paration de ce colloque.<\/li><li>On y ajoutera, entre autres, les travaux de J. Guillaumin, S. et J. Pragier, G. Pirlot, R. Roussillon, etc.<\/li><li>\u00ab&nbsp;Actualit\u00e9 des cliniques institutionnelles&nbsp;\u00bb, Universit\u00e9 Paris 13, 29 et 30\/03\/2012.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10171?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Roger Perron est une des figures tut\u00e9laires marquantes de la psychologie clinique fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019instar de Daniel Lagache, Juliette Favez Boutonnier, Claude Revault-d\u2019Allones, Didier Anzieu, Nina Rausch de Traubenberg, Pierre F\u00e9dida, Colette Chiland, Jean Guillaumin, Ren\u00e9 Ka\u00ebs, Roland Gori, Catherine&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[203],"auteur":[1626],"dossier":[328],"mode":[61],"revue":[329],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10171","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-hommages","auteur-jean-yves-chagnon","dossier-loeuvre-de-roger-perron","mode-gratuit","revue-329","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10171","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10171"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10171\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14490,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10171\/revisions\/14490"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10171"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10171"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10171"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10171"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10171"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10171"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10171"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10171"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10171"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}