{"id":10163,"date":"2021-08-22T07:31:26","date_gmt":"2021-08-22T05:31:26","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/un-cadre-ethique-pour-une-pratique-de-psychologue-en-institution-psychiatrique-2\/"},"modified":"2021-10-04T11:56:21","modified_gmt":"2021-10-04T09:56:21","slug":"un-cadre-ethique-pour-une-pratique-de-psychologue-en-institution-psychiatrique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/un-cadre-ethique-pour-une-pratique-de-psychologue-en-institution-psychiatrique\/","title":{"rendered":"Un cadre \u00e9thique pour une pratique de psychologue en institution psychiatrique"},"content":{"rendered":"\n<p>Notre r\u00e9flexion sur le cadre des soins trouve sa source dans notre pratique de Psychologue au sein du groupe ORPEACLINEA<sup>1<\/sup>, en psychiatrie. Penser l\u2019\u00e9thique comme devant pr\u00e9sider \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du cadre des pratiques constitue une pr\u00e9occupation majeure pour les \u00e9tablissements de soins du groupe qui ont favoris\u00e9 depuis de nombreuses ann\u00e9es la cr\u00e9ation d\u2019espaces de r\u00e9flexion ayant notamment abouti \u00e0 la r\u00e9alisation de Chartes Ethiques<sup>2<\/sup>. C\u2019est aussi la large place faite aux Psychologues qui a conduit tout naturellement ces derniers \u00e0 mieux circonscrire le champ et la nature de leur travail aupr\u00e8s des patients. Il convient en effet d\u2019observer que les temps de travail sont tr\u00e8s importants, et que le nombre de Psychologues par \u00e9tablissement permet de constituer <em>de facto<\/em> des \u00e9quipes. Cette heureuse configuration a notamment pour avantage de faire sortir le Psychologue de son traditionnel isolement. Elle pr\u00e9sente cependant le risque de favoriser un certain \u00ab consum\u00e9risme \u00bb. Aussi pour \u00e9viter cet \u00e9cueil, nos engagements \u00e9thiques s\u2019entendraient alors comme autant de \u00ab puissances de refus \u00bb (Olivier Douville, 1998) aux fins de d\u00e9finir et limiter le champ de notre exercice.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce climat qu\u2019a pu \u00eatre cr\u00e9\u00e9 un <em>Coll\u00e8ge des Psychologues<\/em><sup>3<\/sup> que nous coordonnons depuis bient\u00f4t cinq ans en parall\u00e8le \u00e0 notre travail en institution, et qui constitue aujourd\u2019hui un espace pour penser \u00e0 distance de la pratique quotidienne. Les th\u00e8mes d\u00e9battus lors de nos rencontres sont presque toujours de nature \u00e9thique : ils rel\u00e8vent du positionnement, des limites que le praticien se donne dans l\u2019exercice de sa profession, et de sa prise de position personnelle par rapport \u00e0 des questions que la d\u00e9ontologie ne peut r\u00e9soudre seule\u2026 L\u2019objectif principal \u00e9tant de pouvoir rester au plus proche de l\u2019essence m\u00eame de notre profession qui se trouve \u00e9galement \u00eatre un des fondements de l\u2019\u00e9thique moderne : entendre, respecter et comprendre la personne dans sa singularit\u00e9 et dans son int\u00e9grit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi ne peut-il y avoir de position \u00e9thique sans un cadre d\u00e9fini et d\u00e9limit\u00e9. A l\u2019instar de Paul-Claude Racamier, le cadre des soins et, par l\u00e0-m\u00eame, le champ d\u2019exercice du Psychologue peuvent se d\u00e9finir selon les facteurs suivants : un lieu, des temps, des r\u00e8gles, des seuils, des personnes, un objectif, une ambiance, une conception (Paul-Claude Racamier, 2001). C\u2019est cette trame que nous avons choisie comme guide \u00e0 notre r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avant toute chose, penser le cadre qui constituera le lieu d\u2019exercice pour le Psychologue\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>Les r\u00e8gles ne suffisent pas \u00e0 elles-seules \u00e0 d\u00e9finir le cadre et le processus des soins. Si la notion de r\u00e8gle est fondamentale, elle n\u2019est cependant pas suffisante \u00e0 rendre compte de la fonction fondamentale du cadre th\u00e9rapeutique au-del\u00e0 des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019\u0152dipe et aux exigences surmo\u00efques. Le cadre, lorsqu\u2019il se r\u00e9f\u00e8re aux r\u00e8gles de l\u2019institution et des soins prodigu\u00e9s, renvoie effectivement \u00e0 un niveau de structuration, vestige de la p\u00e9riode \u0153dipienne ; pourtant il constitue aussi, en de\u00e7\u00e0, une contenance, un rep\u00e9rage temporo-spatial, le soutien organisateur de l\u2019identit\u00e9 des personnes et le support des soubassements narcissiques. Or, ces questions renvoient bien plus \u00e0 la pr\u00e9histoire infantile, au \u00ab maternel primaire \u00bb (P.C. Racamier, 2001, p. 27-29), bien avant l\u2019\u0152dipe.<\/p>\n\n\n\n<p>Les patients accueillis lors d\u2019hospitalisations traversent des moments o\u00f9 leur fonctionnement psychique devient justement fort discontinu. Or, que le cadre soit pens\u00e9 aussi en de\u00e7\u00e0 de l\u2019organisation \u0153dipienne et puisse donc potentiellement faire \u00e9cho \u00e0 la qualit\u00e9 du tissu psychique des patients, constitue tout son int\u00e9r\u00eat : pour que le cadre des soins soit porteur, encore faut-il qu\u2019une m\u00eame langue y soit parl\u00e9e implicitement. Le cadre doit donc pouvoir reprendre, selon nous, les diff\u00e9rents niveaux de structuration des fronti\u00e8res du soin : de la limite diff\u00e9renciatrice, \u00e0 la limite interdictrice.<br>L\u2019institution comme lieu d\u2019accueil des personnes hospitalis\u00e9es est donc \u00e0 entendre comme un maillage contenant, pare-excitant et ordonn\u00e9. C\u2019est dans ce cadre que le Psychologue exerce et participe avec le reste de l\u2019\u00e9quipe \u00e0 \u00ab l\u2019h\u00e9bergement psychique \u00bb (P.-C. Racamier, 2001) des patients.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le sens et l\u2019objectif de la prise en charge psychologique\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>La question de l\u2019objectif est bien celle de la pertinence de l\u2019intervention du Psychologue aupr\u00e8s des patients dans le cadre d\u2019hospitalisation de court s\u00e9jour. Quel sens donner aux entretiens avec le patient, si ponctuels soient-ils ? Diff\u00e9rentes r\u00e9ponses ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es lors des rencontres du Coll\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les entretiens nous semblent pertinents lorsqu\u2019ils offrent un espace de libre parole o\u00f9 le patient peut avec nous tenter de retrouver du sens derri\u00e8re ce moment de \u00ab crise \u00bb dans sa trajectoire de vie, gr\u00e2ce \u00e0 la sollicitation, dans un espace propice et accueillant, de ses capacit\u00e9s associatives. Encore une fois, peut-\u00eatre s\u2019agit-il de lui montrer \u00e0 partir de ce qu\u2019il nous dit, ce que nous entendons comme quelque chose qui se r\u00e9p\u00e8te et dont il pourrait se saisir : qu\u2019il retrouve une place de sujet o\u00f9 il puisse penser ce qui lui arrive autrement, comprendre un peu du sens subjectif de ses sympt\u00f4mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la prise en charge est courte et se r\u00e9sume \u00e0 trois ou quatre rencontres, l\u2019objectif doit rester modeste : entendre ce que le patient souhaite d\u00e9poser, lui faire entrevoir en quoi consiste notre \u00e9coute, et peut-\u00eatre l\u2019amener \u00e0 formuler une demande qui nous permettra de le r\u00e9orienter vers un professionnel \u00e0 sa sortie. Le patient se saisira de cet espace ou pas, le tout \u00e9tant peut \u00eatre de le proposer.<\/p>\n\n\n\n<p>Inversement, lorsque la prise en charge est longue, la question du sens et de l\u2019objectif est complexe. Nous exer\u00e7ons au Pavillon des adolescents, \u00e0 la clinique <em>Villa des Pages<\/em> o\u00f9 l\u2019essentiel des prises en charge s\u2019\u00e9tale le plus souvent sur plusieurs mois, lorsque les patients sont hospitalis\u00e9s pour un motif originel tournant autour de leur conduite alimentaire. Dans la mesure o\u00f9 la nature du travail et du lien th\u00e9rapeutique s\u2019inscrivent dans une hospitalisation qui s\u2019annonce longue, le risque serait de laisser s\u2019instaurer un lien th\u00e9rapeutique fort auquel il ne pourrait \u00eatre mis un terme que brutalement lors de la sortie du patient. Dans une telle hypoth\u00e8se, il est donc important de consid\u00e9rer que l\u2019hospitalisation bien que longue arrivera \u00e0 son terme au bout de quelques mois et qu\u2019il nous appartient en cons\u00e9quence de fixer nous-m\u00eames des limites claires. La vigilance du Psychologue se doit d\u2019\u00eatre d\u2019autant plus accrue, qu\u2019il ne saurait ma\u00eetriser l\u2019investissement du patient. Cette derni\u00e8re question est particuli\u00e8rement bruyante dans le travail avec les adolescents dont la capacit\u00e9 d\u2019investissement en demi-teinte est relativement restreinte! De surcro\u00eet, la probl\u00e9matique de s\u00e9paration\/individuation est souvent au c\u0153ur de ce qui va se jouer sur la sc\u00e8ne de l\u2019institution. On voit bien ici combien la question de la fin du suivi se pose avec acuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Psychologue s\u2019efforce donc avec l\u2019\u00e9quipe de maintenir une fronti\u00e8re tr\u00e8s claire entre le dedans et le dehors, ce d\u2019autant que le patient peut \u00eatre r\u00e9hospitalis\u00e9, ce qui conduirait \u00e0 une v\u00e9ritable confusion o\u00f9 les acteurs de la prise en charge seraient post\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9 des murs de l\u2019institution. Ainsi ne poursuivons-nous jamais le travail en cabinet priv\u00e9, m\u00eame dans les cas o\u00f9 le suivi institutionnel s\u2019est engag\u00e9 durant de nombreux mois. N\u00e9anmoins, nous travaillons tr\u00e8s en amont de la sortie les orientations vers des praticiens : le relais se fait ainsi progressivement et l\u2019\u00e9quipe soutient le d\u00e9sinvestissement de l\u2019hospitalisation et de ses protagonistes, mais aussi le r\u00e9investissement vers l\u2019ext\u00e9rieur.<br>A ce stade, il convient d\u2019aborder la question du consentement, c\u2019est-\u00e0-dire celle de l\u2019adh\u00e9sion du patient \u00e0 l\u2019objectif des entretiens que nous lui proposons. Nous n\u2019aborderons pas ici la complexit\u00e9 \u00e0 le recueillir chez des personnes en \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et pour qui la d\u00e9sorganisation est telle qu\u2019elle peut \u00e9corner leur capacit\u00e9 \u00e0 consentir de mani\u00e8re \u00e9clair\u00e9e. Dans tous les autres cas, il ne nous para\u00eet pas utile d\u2019emprunter la voie de l\u2019explication formelle. En effet, son caract\u00e8re intellectuel visant l\u2019\u00e9claircissement de l\u2019objectif des entretiens et ayant vocation \u00e0 offrir au patient la possibilit\u00e9 d\u2019exprimer une quelconque volont\u00e9 d\u2019y adh\u00e9rer, nous semble \u00eatre un leurre. Seul l\u2019acquiescement s\u2019entend comme la rencontre de deux volont\u00e9s. Le consentement est d\u2019une autre nature : il ne r\u00e9sulte pas de l\u2019expression de volont\u00e9s communes mais bien de sentiments communs. Con-sentir signifierait donc sentir avec. Il s\u2019agirait alors pour le Psychologue de \u00ab faire sentir \u00bb au patient et non de lui expliquer ce qu\u2019implique de parler \u00e0 un Psychologue pour rechercher ce que nous pourrions appeler son con-sentiment. Danielle Quinodoz (2002), au sujet de la cure analytique, pr\u00e9conise d\u2019aider le patient \u00e0 sentir en quoi consiste ce type de travail plut\u00f4t que d\u2019en passer par l\u2019explicitation litt\u00e9rale afin qu\u2019il ne soit pas re\u00e7u comme un objet arbitraire mais comme la condition n\u00e9cessaire au travail. Si dans l\u2019esprit de son auteur, cette pr\u00e9conisation concerne la cure analytique proprement dite, elle nous semble n\u00e9anmoins applicable au travail institutionnel, en ce qu\u2019elle nous enjoint \u00e0 utiliser certes un langage qui parle au patient mais surtout des mots qui le touchent psychiquement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La demande du patient, la r\u00e9ponse de l\u2019\u00e9quipe\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous voyons les adolescents dans le cadre d\u2019hospitalisations libres, uniquement lors d\u2019entretiens individuels et sur indication du m\u00e9decin psychiatre r\u00e9f\u00e9rent du patient. Ceci sous-entend que nous ne les recevons jamais sans avoir au pr\u00e9alable r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la pertinence de la prise en charge avec le m\u00e9decin et l\u2019\u00e9quipe soignante.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette \u00e9pineuse question de l\u2019indication m\u00e9dicale, de nombreuses exigences de genres diff\u00e9rents entrent en r\u00e9sonnance. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les principes g\u00e9n\u00e9raux de notre d\u00e9ontologie pr\u00e9conisent que \u00ab toute personne doit pouvoir s\u2019adresser directement et librement \u00e0 un Psychologue \u00bb. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la nouvelle l\u00e9gislation en vigueur (Loi du 4 Mars 2002 et les recommandations de HAS), dispose de pouvoir retrouver dans le dossier unique du patient son parcours dans l\u2019institution, et les motivations qui ont conduit le m\u00e9decin, responsable de la prise en charge globale, \u00e0 construire tel ou tel projet de soin associant diff\u00e9rents partenaires dont nous sommes souvent. Bref, la balance s\u2019\u00e9quilibre sans fin entre ces deux types d\u2019exigences. C\u2019est pourquoi nous avons choisi d\u2019aborder cette question sous un angle diff\u00e9rent : outre les obligations l\u00e9gales ou d\u00e9ontologiques, en quoi l\u2019indication du m\u00e9decin peut-elle constituer un pr\u00e9cieux outil de lien et de coh\u00e9sion salutaire \u00e0 l\u2019accueil du patient ?<\/p>\n\n\n\n<p>Signifier \u00e0 un patient que nous avons entendu sa demande, mais que nous l\u2019invitons \u00e0 en parler au pr\u00e9alable \u00e0 son m\u00e9decin, constitue souvent en soi un message structurant : ce temps formalis\u00e9 par \u00ab le passage oblig\u00e9 \u00bb aupr\u00e8s du m\u00e9decin est au fond un temps propice o\u00f9 peut s\u2019\u00e9laborer la pertinence de la prise en charge. D\u2019ailleurs nous savons que dans la r\u00e9alit\u00e9, la demande du patient est bien moins claire et accessible que nous pourrions le penser. Bien souvent, elle est d\u2019abord n\u00e9e dans l\u2019esprit du m\u00e9decin psychiatre avant que d\u2019appara\u00eetre dans celui du patient ! Le temps de la discussion que suscite l\u2019indication constitue donc un temps d\u2019\u00e9laboration autour de ce qui motive l\u2019orientation du patient vers le Psychologue. Plus encore, il nous apparait bien souvent que l\u2019indication m\u00e9dicale est au fond une inscription qui marque l\u2019\u00e9quipe dans sa globalit\u00e9 du sceau de l\u2019unit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 le corps institutionnel dans son entier tente de r\u00e9sister aux mouvements de clivage induit par les patients. Nous ne sommes ainsi jamais ce praticien isol\u00e9 que le patient peut consulter d\u2019embl\u00e9e, engageant tout le cort\u00e8ge de ses fantasmes et mouvements d\u00e9fensifs. Par cet itin\u00e9raire trac\u00e9, le patient sait qu\u2019il s\u2019adresse \u00e0 une \u00e9quipe unifi\u00e9e et coh\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous rejoignons \u00e0 nouveau Paul-Claude Racamier lorsqu\u2019il \u00e9voque l\u2019organisation temporelle et spatiale d\u2019une institution. Entre autre chose, il fonde cette organisation sur les seuils de la prise en charge qui seuls feront sentir au patient lorsqu\u2019il entre dans le soin et lorsqu\u2019il en sort (Racamier, 2001). Cette approche est d\u2019autant plus pr\u00e9cieuse avec de jeunes patients pour qui l\u2019alliance de l\u2019\u00e9quipe dans son ensemble est sans cesse soumise \u00e0 leurs assauts fantasmatiques, dans une sorte de diviser pour mieux r\u00e9gner tout-puissant. L\u2019enjeu inconscient est en effet bien souvent que quelque chose de leur fonctionnement psychique puisse continuer \u00e0 se d\u00e9ployer sur la sc\u00e8ne de l\u2019institution dans un mouvement de r\u00e9p\u00e9tition qui, quoique fort co\u00fbteux, constitue souvent ce qu\u2019il y a de plus familier pour eux.<br>En marge de ce qui vient d\u2019\u00eatre \u00e9voqu\u00e9, la question de l\u2019am\u00e9nagement dans le temps et dans l\u2019espace nous semble une question tout \u00e0 fait fondamentale : la temporalit\u00e9, et le rep\u00e9rage dans l\u2019espace, sont des notions fondatrices du fonctionnement psychique. La question est donc de savoir si nous pouvons participer modestement \u00e0 son r\u00e9am\u00e9nagement lors du s\u00e9jour en institution : un temps pour chaque chose et des lieux diff\u00e9renci\u00e9s. Sans aboutir \u00e0 une f\u00e9tichisation des rituels, il s\u2019agit de transmettre aussi par cette voie un message clair. L\u00e0 o\u00f9 le collectif est ma\u00eetre, retrouver le singulier et l\u2019intime\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entendre le sujet dans sa globalit\u00e9\u2026 l\u2019\u00e9cueil du diagnostic<sup>4<\/sup><\/h2>\n\n\n\n<p>Diagnostiquer c\u2019est identifier la maladie par ses sympt\u00f4mes. Pourtant, bien que le Psychologue travaille toujours dans le souci de rep\u00e9rer la qualit\u00e9 des m\u00e9canismes de d\u00e9fenses, le niveau de fonctionnement psychique, et qu\u2019il entretient, il est vrai, un rapport d\u2019extr\u00eame contigu\u00eft\u00e9 avec la d\u00e9marche diagnostique (lorsqu\u2019elle s\u2019entend au sens strict, c\u2019est-\u00e0-dire quand elle se fonde sur les manifestations symptomatiques), est-elle vraiment utile dans le cadre de nos prises en charge ? La tentation est souvent grande d\u2019un corps \u00e0 corps intellectuel avec le reste des acteurs du soin, en particulier le m\u00e9dical, et d\u2019emprunter cette voie du diagnostic. Pourtant, il est fatalement r\u00e9ducteur dans la mesure o\u00f9 sont prises en compte les manifestations symptomatiques du fonctionnement psychique, essentiellement la part \u00ab malade \u00bb du patient, sa part adaptative passant au second plan. La d\u00e9marche diagnostique nous \u00e9loigne donc souvent d\u2019une compr\u00e9hension globale du fonctionnement psychique d\u2019un patient et nous emp\u00eache de l\u2019entendre dans son unicit\u00e9 et sa singularit\u00e9. Le diagnostic devrait selon nous rester une affaire m\u00e9dicale puisqu\u2019il est \u00e0 l\u2019origine du choix de la m\u00e9dication et du projet de soin pour un patient donn\u00e9. Il constitue une d\u00e9marche d\u00e9ductive\/exclusive, parfaitement compl\u00e9t\u00e9e par la n\u00f4tre, descriptive\/exhaustive. Mais voil\u00e0 que surgit toute la complexit\u00e9 du travail institutionnel : \u00eatre avec les acteurs de la prise en charge dans une r\u00e9flexion pluridisciplinaire qui poursuit le but d\u2019une vision unifi\u00e9e et unificatrice du patient, tout en restant diff\u00e9renci\u00e9 les uns des autres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Respecter le sujet l\u00e0 o\u00f9 il en est\u2026 les limites de l\u2019interpr\u00e9tation<\/h2>\n\n\n\n<p>Attendre, s\u2019abstenir, faire taire les th\u00e9ories, et suspendre son jugement voil\u00e0 un projet bien ambitieux, et d\u2019autant plus difficile \u00e0 r\u00e9aliser que, si le diagnostic n\u2019est pas de notre ressort, l\u2019interpr\u00e9tation l\u2019est indubitablement ! Pourtant l\u00e0 aussi la question ne va pas de soi lorsque le Psychologue travaille en institution.<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons tout d\u2019abord que l\u2019interpr\u00e9tation interpr\u00e8te le transfert. Tout ce qui n\u2019est pas interpr\u00e9tation de transfert n\u2019est pas \u00e0 proprement parler une interpr\u00e9tation. Il s\u2019agit alors d\u2019interventions d\u2019une autre nature que nous sommes amen\u00e9s \u00e0 faire, et qui s\u2019apparentent plut\u00f4t \u00e0 des remarques, des liens que nous faisons dans le mat\u00e9riel amen\u00e9 par le patient, mais aussi des interventions \u00e9tayantes. Ce peut \u00eatre aussi parfois l\u2019explication qui nous vient faute de mieux ! On sait combien ces interventions sont peu porteuses, mais il est parfois souhaitable de donner quelque chose au patient dans le vide qu\u2019il traverse. Peut \u00eatre qu\u2019alors l\u2019explication transfigur\u00e9e en hypoth\u00e8se ou voire m\u00eame en constructions constitue-t-elle un tour de passe-passe acceptable.<\/p>\n\n\n\n<p>De surcro\u00eet, l\u2019interpr\u00e9tation devrait pouvoir reprendre, <em>stricto-sensu<\/em>, le mat\u00e9riel amen\u00e9 par le patient, en lien avec ce qui se joue dans la relation th\u00e9rapeutique actuelle, \u00e0 savoir le transfert, en lien encore avec les relations du pass\u00e9. L\u2019interpr\u00e9tation, pour \u00eatre ni trop intrusive, ni trop excitante, ni trop invasive dans la vie actuelle du patient, se situe donc, dans l\u2019id\u00e9al, au centre de ce triangle, tant sur le plan dynamique que sur le plan \u00e9conomique. Que se passe-t-il lorsqu\u2019un des \u00ab sommets \u00bb du triangle vient \u00e0 manquer dans nos interpr\u00e9tations ? Lorsque l\u2019interpr\u00e9tation ne prend en compte que le transfert, elle sollicite excessivement la relation au praticien\u2026 Ou bien encore lorsqu\u2019elle ne prend en compte que l\u2019actualit\u00e9 du patient, elle peut \u00eatre entendue comme une intervention active dans sa vie. L\u2019interpr\u00e9tation d\u00e9voile le transfert mais aussi l\u2019\u00e9labore et lui donne sens \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019histoire du patient.<br>Autant dire qu\u2019en institution nous sommes bien loin de ces consid\u00e9rations. Car nous pensons que le recours syst\u00e9matique \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation telle que nous l\u2019avons d\u00e9finie, peut \u00eatre une v\u00e9ritable violence faite \u00e0 la personne. Une violence lorsque nous sollicitons \u00e0 outrance le transfert, pour le rompre violemment \u00e0 la sortie du patient. Une violence encore car, nous manquons de recul et de distance ; et pour qu\u2019un processus soit en place et permette ce type d\u2019intervention aupr\u00e8s du patient, il faut du temps. Or, le temps de l\u2019hospitalisation n\u2019est pas toujours en harmonie avec le temps psychique du patient.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les risques de l\u2019approche normative et de l\u2019effraction interpr\u00e9tative<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute en mati\u00e8re d\u2019investigation psychom\u00e9trique qu\u2019il devient particuli\u00e8rement ardu pour le Psychologue de respecter l\u2019int\u00e9grit\u00e9 psychique du patient. Comment concilier notre intervention clinique avec le respect de la temporalit\u00e9 et de l\u2019autonomie psychique du patient ? Comment \u00e9viter que nos hypoth\u00e8ses interpr\u00e9tatives \u00e0 partir du mat\u00e9riel des tests ne constituent pour le patient \u00ab test\u00e9 \u00bb une effraction dans le cours de son processus \u00e9laboratif ?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi, qu\u2019il est entre autre souhaitable, \u00e0 notre avis, d\u2019effectuer avant toute investigation psychom\u00e9trique un pr\u00e9-entretien o\u00f9 peuvent \u00eatre abord\u00e9es les questions suivantes : Comment le patient se repr\u00e9sente-t-il cette situation de test ? Comment va-t-il <em>a priori<\/em> se positionner par rapport \u00e0 l\u2019examinateur ? Outre les pr\u00e9cieux \u00e9l\u00e9ments cliniques recueillis \u00e0 cette occasion, cela nous permet de saisir la mani\u00e8re dont le patient appr\u00e9hende cette rencontre particuli\u00e8re\u2026 et d\u2019en tenir compte. Comment associer le patient \u00e0 ce travail, le rendre acteur ? Qu\u2019en est-il de sa demande propre, d\u00e9sintriqu\u00e9e de celle de son m\u00e9decin ? Gageons que l\u2019exigence \u00e9thique pourrait \u00eatre la suivante : que le bilan soit construit certes en fonction de l\u2019indication m\u00e9dicale, mais aussi et peut-\u00eatre m\u00eame, surtout \u00e0 partir des questions que le patient se pose pour lui-m\u00eame. Cet \u00e9l\u00e9ment nous semble tout \u00e0 fait fondamental dans la mesure o\u00f9, puisque nous sommes par ailleurs contraints \u00e0 un retour apr\u00e8s le bilan, cette restitution des \u00ab r\u00e9sultats \u00bb ne pourra respecter l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la vie psychique du patient que si elle est en parfaite ad\u00e9quation avec l\u2019\u00e9laboration du patient.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 cette seule condition que les r\u00e9ponses apport\u00e9es peuvent participer du processus th\u00e9rapeutique : si elles s\u2019inscrivent dans la continuit\u00e9 du cheminement du patient, si elles peuvent faire \u00e9cho, et de ce fait \u00eatre \u00ab utilisables \u00bb\u2026 Ainsi, respectons-nous la temporalit\u00e9 psychique du patient et tentons-nous de faire en sorte que le sujet test\u00e9 n\u2019ait jamais l\u2019impression que nous lui parlons d\u2019un \u00e9tranger et qu\u2019il ne se sente jamais prisonnier de notre savoir au travers d\u2019un expos\u00e9 exhaustif de son fonctionnement intellectuel et affectif.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ensemble des tests, \u00e9chelles et \u00e9valuations psychom\u00e9triques, ne sont donc que des \u00ab commodit\u00e9s professionnelles \u00bb venant enrichir, appuyer et agr\u00e9menter la r\u00e9flexion clinique. Elles restent donc un moyen et non une finalit\u00e9 en soi, dans lequel le patient doit garder sa place d\u2019acteur principal.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Etre un tiers pour l\u2019autre\u2026 Le tierc\u00e9isation en institution<\/h2>\n\n\n\n<p>Travailler en institution psychiatrique requiert une certaine forme d\u2019identification au patient, que l\u2019on peut appeler empathie, accordage, partage d\u2019affect\u2026 Or \u00ab si l\u2019identification est in\u00e9vitable, comment s\u2019identifier sans se confondre ? (\u2026) Comment sentir avec sans \u00e9pouser la pathologie ? \u00bb (R. Roussillon, 2004, p. 70-71). Ou \u00e0 l\u2019inverse comment ne pas chercher une position de repli, o\u00f9 l\u2019identification serait \u00e9vit\u00e9e au profit de la diff\u00e9renciation outranci\u00e8re entre patients et soignants ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019identification semble \u00eatre le point essentiel sur lequel toutes les d\u00e9sh\u00e9rences psychiques deviennent possibles sur la sc\u00e8ne de l\u2019institution tant pour les soignants que pour les patients : la confusion identitaire, la d\u00e9tresse psychique ou au contraire l\u2019indiff\u00e9rence et le cloisonnement.<br>C\u2019est sans doute le travail en lien et en \u00e9quipe, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque chacun des acteurs du soin devient un tiers pour l\u2019autre, qui constitue une des voies possibles pour sortir de l\u2019impasse. \u00ab Retrouver le contact empathique avec des \u00e9tats extr\u00eames (des patients), y \u00eatre accompagn\u00e9 par la pr\u00e9sence d\u2019un autre capable de partager au moins en partie ces \u00e9tats, \u00eatre ainsi moins seul et moins exclu de l\u2019humanit\u00e9 par la nature m\u00eame de ces \u00e9tats \u00bb (R. Roussillon, 2004, p. 73).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9veloppements qui pr\u00e9c\u00e8dent mettent en \u00e9vidence que d\u00e9finir un cadre \u00e9thique sous-entend que l\u2019accueil et l\u2019h\u00e9bergement psychique du patient se donne comme priorit\u00e9 de respecter au mieux sa singularit\u00e9 et son int\u00e9grit\u00e9. Pour cela, le Psychologue tente de d\u00e9finir au plus pr\u00e8s sa place au sein de l\u2019\u00e9quipe et ses missions, de limiter le champ de son exercice professionnel tant \u00e0 l\u2019\u00e9gard du patient, que vis-\u00e0-vis du reste des acteurs du soin. Penser l\u2019institution comme un lieu ordonn\u00e9 mais aussi contenant et pare-excitant, structur\u00e9 dans le temps et dans l\u2019espace, d\u00e9finir des objectifs pr\u00e9cis et r\u00e9pondre au plus juste aux demandes latentes et manifestes des patients, \u00eatre l\u00e0 au bon moment, marquer les seuils d\u2019entr\u00e9e et de sortie du soin, travailler en \u00e9quipe tout en restant diff\u00e9renci\u00e9, et penser les restrictions n\u00e9cessaires \u00e0 nos interventions diagnostiques, interpr\u00e9tatives ou d\u2019\u00e9valuation seraient les ressorts primordiaux d\u2019un cadre de soin \u00ab humanisant \u00bb qui cherche \u00e0 pr\u00e9server l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et l\u2019autonomie psychique des personnes hospitalis\u00e9es. Au-del\u00e0 de ces consid\u00e9rations \u00e9thiques, il demeurerait que la meilleure garantie offerte au patient d\u2019un accueil unifiant r\u00e9siderait dans la \u00ab tierc\u00e9isation \u00bb de la relation th\u00e9rapeutique, que permet l\u2019institution, \u00e0 savoir quand chacun des protagonistes est tout \u00e0 la fois partenaire et tiers pour l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Groupe priv\u00e9 regroupant des maisons de retraite, des cliniques psychiatriques et de soins de suite.<\/li><li>Des philosophes interviennent dans chaque institution dans le but de r\u00e9diger une Charte \u00e9thique des engagements de l\u2019\u00e9quipe\u2026 L\u2019ensemble des professionnels est r\u00e9uni \u00e0 cette occasion et invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur des notions telles que l\u2019accueil, le respect, l\u2019\u00e9coute, la conscience professionnelle, et la comp\u00e9tence. La charte ainsi r\u00e9dig\u00e9e collectivement par l\u2019\u00e9quipe constitue le point de r\u00e9f\u00e9rence d\u2019une position \u00e9thique identifi\u00e9e comme ancrage et appartenance \u00e0 une institution donn\u00e9e.<\/li><li>Cr\u00e9\u00e9 en 2004 \u00e0 l\u2019initiative de la psychiatrie, il regroupe aujourd\u2019hui pr\u00e8s de 80 professionnels.<\/li><li>Du grec <em>diagn\u00f4stikos, dia<\/em> signifiant \u00ab en traversant, en divisant \u00bb, et <em>gignoskein<\/em> apprendre \u00e0 connaitre \u00bb : apprendre \u00e0 conna\u00eetre en divisant\u2026<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Douville, O. (1998). \u00ab Dimension \u00e9thique, probl\u00e8mes d\u00e9ontologiques \u00bb, <em>Psychologie Clinique<\/em>, L\u2019Harmattan. p. 7-22.<\/p>\n\n\n\n<p>Quinodoz, D. (2002), <em>Des mots qui touchent<\/em>, Paris, PUF, coll. Le fait psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Racamier, P. C. (2001), <em>L\u2019esprit des soins, le cadre<\/em>, Les \u00e9ditions du Coll\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussillon, R. (2004), \u00ab L\u2019identification narcissique et le soignant dans le travail de soin psychique \u00bb. <em>Malaise dans la psychiatrie, changements dans la clinique, malentendus dans les pratiques<\/em>, Er\u00e8s, p. 67-78.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10163?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notre r\u00e9flexion sur le cadre des soins trouve sa source dans notre pratique de Psychologue au sein du groupe ORPEACLINEA1, en psychiatrie. 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