{"id":10150,"date":"2021-08-22T07:31:24","date_gmt":"2021-08-22T05:31:24","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/separation-temporalite-et-creativite-a-ladolescence-2\/"},"modified":"2021-11-21T22:06:49","modified_gmt":"2021-11-21T21:06:49","slug":"separation-temporalite-et-creativite-a-ladolescence","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/separation-temporalite-et-creativite-a-ladolescence\/","title":{"rendered":"S\u00e9paration, temporalit\u00e9 et cr\u00e9ativit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;adolescence"},"content":{"rendered":"\n<p>Qu\u2019il en soit des fonctionnements des soci\u00e9t\u00e9s anciennes ou actuelles, ou du fonctionnement psychique individuel, il semblerait que la cr\u00e9ation s\u2019origine dans la s\u00e9paration. Peut-il y avoir cr\u00e9ation sans s\u00e9paration&nbsp;? D\u00e9j\u00e0, le r\u00e9cit biblique de la Gen\u00e8se (E. Munk, 1974) pose cette r\u00e9flexion aux tout premiers moments de l\u2019origine du monde&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au commencement, Dieu cr\u00e9a le ciel et la terre&nbsp;\u00bb. Mais pour cr\u00e9er la vie, Dieu, a fait acte de s\u00e9paration&nbsp;: il a s\u00e9par\u00e9 le jour et la nuit, la terre et le ciel, sur la terre il a s\u00e9par\u00e9 la terre et les eaux. Jusqu\u2019au verset 19 qui inaugure le cinqui\u00e8me jour, celui au cours duquel Dieu va commencer \u00e0 cr\u00e9er la vie sur terre, le verbe \u00ab&nbsp;s\u00e9parer&nbsp;\u00bb appara\u00eet en tout cinq fois. En h\u00e9breu, \u00ab&nbsp;s\u00e9parer&nbsp;\u00bb se dit \u00ab&nbsp;<em>l\u00e9avdil<\/em>&nbsp;\u00bb et signifie&nbsp;: \u00ab&nbsp;action de s\u00e9parer ou de faire une diff\u00e9rence, diff\u00e9rencier&nbsp;\u00bb. Avec la m\u00eame racine de ce verbe, nous retrouvons le mot \u00ab&nbsp;<em>levad<\/em>&nbsp;\u00bb qui signifie \u00ab&nbsp;seul&nbsp;\u00bb. S\u00e9parer, diff\u00e9rencier et \u00eatre seul, en h\u00e9breu, sont des termes de m\u00eame origine. Le cinqui\u00e8me et le sixi\u00e8me jour sont des moments de pure cr\u00e9ation de vie, on y trouve des termes qui \u00e9voquent essentiellement l\u2019exaltation cr\u00e9atrice vitale&nbsp;: \u00ab&nbsp;grouillement d\u2019\u00eatres vivants, soyez f\u00e9conds, croissez, multipliez, emplissez, produisez&#8230;&nbsp;\u00bb. A ce stade de la cr\u00e9ation de la vie, s\u2019il n\u2019est plus question de s\u00e9paration, on ne peut manquer de se dire que ce foisonnement de vies est le r\u00e9sultat des s\u00e9parations ant\u00e9rieures qui les conditionnent. On constate aussi dans cette illustration issue de la Gen\u00e8se que ce travail de s\u00e9paration\/cr\u00e9ation divin invente l\u2019espace tout en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un processus temporel extr\u00eamement cadr\u00e9 et rigoureux, permettant \u00e0 la fois de lier et de s\u00e9parer les s\u00e9quences temporelles du premier au septi\u00e8me jour de la cr\u00e9ation. Ainsi, l\u2019exp\u00e9rience de s\u00e9paration cr\u00e9e non seulement une dynamique vitale mais aussi, de mani\u00e8re conjointe, donne forme et sens \u00e0 l\u2019espace et au temps, condition d\u2019accueil de l\u2019existence humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que ce mouvement cr\u00e9ateur est potentiellement pr\u00e9sent dans chaque psych\u00e9 humaine depuis l\u2019origine de la vie, la gen\u00e8se personnelle, et plus particuli\u00e8rement dans la psych\u00e9 de l\u2019adolescent pour laquelle la s\u00e9paration s\u2019inscrit au c\u0153ur m\u00eame du processus de construction de l\u2019histoire. La victoire du mouvement de s\u00e9paration \u00e0 l\u2019adolescence d\u00e9bouche ainsi sur du sens, dans sa double traduction&nbsp;: le sens directionnel, permettant d\u2019orienter des choix personnels (\u00e9tudes, profession, choix d\u2019orientation sexuelle et choix d\u2019objet d\u2019amour), et le sens impliquant la signification de la valeur accord\u00e9e \u00e0 sa vie propre. Cependant, il ne saurait y avoir de victoire authentique ni de cr\u00e9ation p\u00e9renne de son histoire, sans la mise en \u0153uvre du d\u00e9sir, force pulsionnelle inconsciente qui tend irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 se lier, ou plut\u00f4t \u00e0 se relier \u00e0 son objet primordial. En effet, pour Freud tout d\u00e9sir vers un objet correspond \u00e0 un d\u00e9sir de retrouvailles des satisfactions rencontr\u00e9es avec le premier objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sixi\u00e8me jour, je cite la Gen\u00e8se, \u00ab&nbsp;Dieu cr\u00e9a l\u2019homme \u00e0 son image, m\u00e2le et femelle, il les cr\u00e9a.&nbsp;\u00bb Les commentateurs de la Bible (Elie Munk, 1974, op. cit.) nous disent que la s\u00e9paration, institu\u00e9e comme grand principe de l\u2019univers, a pour prototype la s\u00e9paration du genre humain, en sexe masculin et sexe f\u00e9minin. C\u2019est en effet la division universelle en deux \u00e9l\u00e9ments oppos\u00e9s qui assigne \u00e0 l\u2019homme et \u00e0 la femme leur t\u00e2che sur terre. Homme et femme ne form\u00e8rent \u00e0 l\u2019origine qu\u2019un seul \u00eatre humain, ce qui fait qu\u2019il y a une tendance naturelle chez tout \u00eatre humain \u00e0 revenir \u00e0 la source unique, \u00e0 l\u2019unit\u00e9 supr\u00eame. Ainsi, reprend le texte biblique, \u00ab&nbsp;L\u2019homme quittera son p\u00e8re et sa m\u00e8re, il s\u2019unira \u00e0 sa femme, et ils deviendront une seule chair.&nbsp;\u00bb Dans ce texte fondateur de l\u2019humanit\u00e9, tout se passe comme si la s\u00e9paration contenait intrins\u00e8quement les germes d\u2019une \u00e9nergie pulsionnelle cr\u00e9atrice, c\u2019est-\u00e0-dire charg\u00e9e de libido, susceptibles de se d\u00e9velopper dans la qu\u00eate et la possibilit\u00e9 d\u2019union avec l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9. L\u2019union avec l\u2019objet d\u2019amour sous-tend la cr\u00e9ation d\u2019un autre \u00e0 venir, l\u2019enfant, d\u00e9j\u00e0 et toujours s\u00e9par\u00e9, d\u00e8s lors qu\u2019il est reconnu, dans le d\u00e9sir qui le cr\u00e9e et le fait na\u00eetre, comme diff\u00e9rent aux plans sexuel et g\u00e9n\u00e9rationnel.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien ce que rappelle Catherine Chabert (2011), dans son dernier ouvrage, <em>L\u2019amour de la diff\u00e9rence<\/em>&nbsp;: la diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations \u00ab&nbsp;se place au fondement m\u00eame de la psych\u00e9, dans sa dynamique, dans son intimit\u00e9 la plus absolue.&nbsp;\u00bb L\u2019auteure \u00e9tablit clairement la distinction entre alt\u00e9rit\u00e9 et diff\u00e9rence&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 repr\u00e9sente ce qui n\u2019est pas moi, ce qui est \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de moi, la personne secourable ou l\u2019\u00e9tranger, comme un \u00ab&nbsp;non-moi&nbsp;\u00bb certes diff\u00e9renci\u00e9 du moi mais dont la part sexuelle est effac\u00e9e&nbsp;\u00bb (p. 10)&nbsp;; la diff\u00e9rence, entendue comme diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations, \u00ab&nbsp;soutient et affirme l\u2019existence et la reconnaissance d\u2019objets internes pris dans les r\u00e9seaux de la sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en r\u00e9f\u00e9rence au complexe d\u2019\u0152dipe, et ce, quels qu\u2019en soient les registres.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence serait \u00e9galement ce moment charni\u00e8re o\u00f9 l\u2019int\u00e9gration de la diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations acqui\u00e8re toute son importance, dans l\u2019acuit\u00e9 des ressentis psychiques, corporels, sexuels qu\u2019elle fait vivre, r\u00e9clamant dans une certaine urgence, la s\u00e9paration psychique d\u2019avec les objets \u0153dipiens de l\u2019enfance et le d\u00e9placement de la libido vers des objets pairs.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon propos consiste donc \u00e0 tenter de rendre compte de l\u2019articulation entre la s\u00e9paration psychique et la mise en sens de la temporalit\u00e9 chez l\u2019adolescent, mise en sens de la temporalit\u00e9 qui ouvre vers la cr\u00e9ativit\u00e9 nou\u00e9e par la pulsion libidinale, entra\u00eenant ce formidable d\u00e9sir de conqu\u00eate du nouveau, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019autre, inscrivant alors le sujet dans son histoire. Si comme le dit Winnicott, grandir est un acte agressif, cr\u00e9er sa propre existence est une mani\u00e8re de \u00ab&nbsp;Tuer le p\u00e8re&nbsp;\u00bb. Du c\u00f4t\u00e9 des victoires adolescentes, \u00ab&nbsp;tuer le p\u00e8re&nbsp;\u00bb ne signifie pas abolir le pass\u00e9 (non pas&nbsp;: du pass\u00e9 faisons table rase&nbsp;!) mais correspond \u00e0 son int\u00e9gration au sein d\u2019un moi qui admet sa ressemblance et sa diff\u00e9rence avec l\u2019autre&nbsp;: l\u2019autre du pass\u00e9, investi de libido, permet l\u2019investissement libidinal de l\u2019autre du futur.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence est travers\u00e9e par diff\u00e9rents temps qui s\u2019inscrivent en rupture par rapport aux temps de l\u2019enfance&nbsp;: le temps de la d\u00e9ception et de la perte&nbsp;; le temps de la menace pulsionnelle et de l\u2019angoisse du sexuel&nbsp;; le temps de la violence o\u00f9 les s\u00e9parations et les conflits sont v\u00e9cus comme des arrachements&nbsp;; le temps des contradictions, telle que celles dont parle C. Chabert (2004), \u00ab&nbsp;qui oppose et associe la lutte contre la passivit\u00e9 et l\u2019extr\u00eame d\u00e9pendance&nbsp;\u00bb (p. 708). Mais avant toute chose, il semble que l\u2019adolescence, c\u2019est le temps de la rencontre avec la sexualit\u00e9 corporellement v\u00e9cue dans la reconnaissance de la diff\u00e9rence des sexes qui permet l\u2019int\u00e9gration de la bisexualit\u00e9 psychique. Nous retrouvons alors le mouvement s\u00e9paration\/cr\u00e9ation qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 plus haut&nbsp;: se s\u00e9parer de son corps d\u2019enfant permet d\u2019int\u00e9grer un corps d\u2019adulte cr\u00e9ateur de sa propre sexualit\u00e9, se s\u00e9parer du fantasme d\u2019androgynie de l\u2019enfance permet d\u2019int\u00e9rioriser la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la bisexualit\u00e9 psychique cr\u00e9ant l\u2019espace interne de rencontre avec l\u2019autre sexe.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces temps et ces passages adolescents se conjuguent d\u2019une fa\u00e7on a-synchronique, voire disruptive, s\u2019amalgamant entre temps forts, d\u00e9bordants de pulsions et d\u2019<em>acting<\/em>, et temps plus calmes, dont l\u2019apparent d\u00e9faut de liaison \u00e9voque des clivages temporels, mais qui cr\u00e9ent n\u00e9anmoins un maillage rythmant l\u2019\u00e9volution de l\u2019adolescent. Car ainsi que le rappelle J. Andr\u00e9 (2010), le contraire de \u00ab&nbsp;continu&nbsp;\u00bb n\u2019est pas \u00ab&nbsp;discontinu&nbsp;\u00bb, comme dans la pr\u00e9sence\/absence, mais \u00ab&nbsp;impr\u00e9visible&nbsp;\u00bb, l\u2019impr\u00e9visible qui an\u00e9antit la confiance en l\u2019autre et rend caduque la potentielle f\u00e9condit\u00e9 de la rencontre. Dans un texte intitul\u00e9 <em>Se construire un pass\u00e9<\/em>, Piera Aulagnier (1988) met en avant une double n\u00e9cessit\u00e9 dans le d\u00e9roulement du fil de l\u2019adolescence&nbsp;: la coexistence de la permanence et du changement et l\u2019investissement \u00e9motionnel du pass\u00e9. C\u2019est de \u00ab&nbsp;l\u2019intrication entre les fils du temps et les fils du d\u00e9sir&nbsp;\u00bb que le \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb trouve acc\u00e8s \u00e0 la temporalit\u00e9. Pour l\u2019auteur, \u00ab&nbsp;l\u2019investissement du pr\u00e9sent n\u00e9cessite ainsi un retrait de libido qui permet d\u2019investir un temps futur&nbsp;: le pr\u00e9sent n\u2019est rien d\u2019autre que ce mouvement de d\u00e9placement libidinal entre deux temps qui n\u2019ont d\u2019autre existence que psychique&nbsp;\u00bb (p. 210).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019adolescence, le processus de s\u00e9paration vu sous l\u2019angle de la question de la temporalit\u00e9 psychique passerait alors par la mise en jeu, (au sens transitionnel), et la mise en m\u00e9moire des souvenirs, cr\u00e9ant un tissu temporel libidinal reliant pr\u00e9sent, pass\u00e9 et futur. Pour reprendre cette c\u00e9l\u00e8bre phrase de Freud de 1908&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pass\u00e9, pr\u00e9sent, avenir donc, comme enfil\u00e9s sur le cordeau du d\u00e9sir qui les traverse&nbsp;\u00bb. Dans la description qu\u2019il fait des processus inconscients en 1915, Freud souligne, je cite, qu\u2019\u00ab&nbsp;ils sont intemporels, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils ne sont pas ordonn\u00e9s dans le temps, ne sont pas modifi\u00e9s par l\u2019\u00e9coulement du temps, n\u2019ont absolument aucune relation avec le temps.&nbsp;\u00bb C\u2019est pourquoi dans le fonctionnement psychique individuel, l\u2019intemporalit\u00e9 de l\u2019inconscient engage n\u00e9cessairement la r\u00e9\u00e9dition du pass\u00e9 qui agit ind\u00e9pendamment de l\u2019\u00e2ge ou de l\u2019organisation du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un de ses derniers ouvrages Andr\u00e9 Green (2000) remarque \u00e0 quel point Freud, sans en avoir fait un concept, n\u2019a rien fait d\u2019autre que de s\u2019int\u00e9resser au temps d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de son \u0153uvre. Pour Green, l\u2019intemporalit\u00e9 de l\u2019inconscient signifie bien l\u2019intemporalit\u00e9 d\u2019Eros, c\u2019est-\u00e0-dire que, je cite Green, \u00ab&nbsp;les traces des exp\u00e9riences li\u00e9es \u00e0 la sexualit\u00e9, au plaisir, au d\u00e9sir, inscrites depuis la toute premi\u00e8re enfance, continuent d\u2019\u0153uvrer activement hors de la conscience, quels que soient par ailleurs les changements qui affectent la sexualit\u00e9 proprement dite ou l\u2019activit\u00e9 psychique consciente.&nbsp;\u00bb (p. 172). La temporalit\u00e9 psychique plonge ses racines dans des exp\u00e9riences de nature affective mues par le d\u00e9sir. Le d\u00e9sir est en quelque sorte une projection automatique dans l\u2019avenir et en tant que tel, il organise le pr\u00e9sent en lui donnant sens et authenticit\u00e9. C\u2019est ce que Freud a si bien d\u00e9crit en 1920 dans l\u2019observation de son petit fils jouant \u00e0 la bobine, jeu gr\u00e2ce auquel il r\u00e9cup\u00e9rait la continuit\u00e9 de la pr\u00e9sence spatiale de sa m\u00e8re par la ma\u00eetrise du temps. Le d\u00e9sir est organisateur du temps de la psych\u00e9 et, de ce fait, le temps ne se d\u00e9veloppe que dans l\u2019interaction libidinale entre le sujet et son objet. Ainsi pourrait-on arguer que la victoire qu\u2019op\u00e8re l\u2019adolescent dans le processus m\u00eame de construction de son histoire (ce qu\u2019un certain nombre d\u2019auteurs dans la lign\u00e9e de Raymond Cahn (1997) nomment processus de subjectivation), repr\u00e9sente la mise en \u0153uvre de l\u2019\u00e9laboration d\u2019un mouvement actif de s\u00e9paration\/cr\u00e9ation dans un espace et une temporalit\u00e9 investis de libido.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant aux catastrophes de l\u2019adolescence, li\u00e9es aux accidents de la s\u00e9paration, elles peuvent se rencontrer et s\u2019interpr\u00e9ter de bien des fa\u00e7ons. Cet \u00e9t\u00e9, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la question de la liaison entre temporalit\u00e9 et cr\u00e9ativit\u00e9 dans la catastrophe psychique que constitue la d\u00e9compensation schizophr\u00e9nique, je me suis pench\u00e9e sur la personnalit\u00e9 et sur l\u2019\u0153uvre d\u2019Unica Z\u00fcrn. J\u2019ai remarqu\u00e9, qu\u2019au-del\u00e0 de la beaut\u00e9, de la violence po\u00e9tique, de l\u2019\u00e9criture de la souffrance et de la folie, Unica Z\u00fcrn exprimait avec une clart\u00e9 \u00e9blouissante la rupture des liens pulsionnels qui affecte le fonctionnement psychique schizophr\u00e9nique et entrave l\u2019acc\u00e8s au sens de l\u2019histoire du sujet. Unica Z\u00fcrn est une femme artiste, \u00e9crivaine, po\u00e8te, dessinatrice et peintre d\u2019origine allemande, n\u00e9e en 1916 et morte par suicide, en 1970. Elle est surtout connue pour avoir \u00e9t\u00e9 la compagne et la muse d\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres artistes surr\u00e9alistes allemands, Hans Bellmer, qu\u2019elle rencontre en 1953, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 37 ans, et avec lequel elle entretiendra une relation qu\u2019on peut facilement qualifier de sado-masochique. Toutefois, son \u0153uvre consid\u00e9rable est quasiment inconnue du grand public comme si elle n\u2019avait pas pu, pas su, inscrire une trace vivante dans l\u2019histoire de l\u2019art. Elle a v\u00e9cu de nombreuses ann\u00e9es \u00e0 Paris et a notamment \u00e9t\u00e9 intern\u00e9e plusieurs fois \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Maison Blanche et \u00e0 Sainte-Anne. Elle \u00e9crit trois ouvrages en tout et de tr\u00e8s nombreux po\u00e8mes-anagrammes. Elle est aussi l\u2019auteur de fabuleux dessins \u00e0 l\u2019encre de chine.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Sombre printemps<\/em> (paru en 1971), elle fait le r\u00e9cit de son enfance et du d\u00e9but de son adolescence. A travers une \u00e9criture tourment\u00e9e, d\u00e9pouill\u00e9e, incisive, parfois cruelle, elle relate une enfance faite d\u2019attente du p\u00e8re, d\u2019un p\u00e8re qu\u2019elle idol\u00e2tre au-del\u00e0 de tout, p\u00e8re souvent, trop souvent absent et dont elle vit douloureusement chaque s\u00e9paration. Les premiers mots du livre, \u00e9crit au pr\u00e9sent et \u00e0 la troisi\u00e8me personne, sont les suivants&nbsp;: \u00ab&nbsp;Son p\u00e8re est le premier homme dont elle fait la connaissance\u2026&nbsp;\u00bb, comme si sa vie commen\u00e7ait par son p\u00e8re et avec son p\u00e8re, mais aussi et surtout comme si elle attendait du p\u00e8re qu\u2019il compense le manque d\u2019int\u00e9r\u00eat, nous dirions le manque d\u2019investissement, qu\u2019elle ressent chez sa m\u00e8re qui la consid\u00e8re comme une chose. M\u00eame si, de sa m\u00e8re, il n\u2019est quasiment pas question, \u00e0 part dans deux ou trois faits au cours desquels elle relate ses rares tentatives de rapproch\u00e9 avec elle. Voici ce qu\u2019elle peut en dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;La m\u00e8re, une montagne de chair ti\u00e8de o\u00f9 l\u2019esprit impur de cette femme est enferm\u00e9, s\u2019abat sur l\u2019enfant \u00e9pouvant\u00e9.&nbsp;\u00bb Le contact qu\u2019elle ressent comme incestueux avec sa m\u00e8re, la plonge dans l\u2019aversion et l\u2019effroi, et ce, dans la mesure o\u00f9 cette m\u00e8re se montre \u00e0 elle ou plut\u00f4t s\u2019exhibe comme une femme qui ne cherche en rien \u00e0 cacher \u00e0 sa fille ou \u00e0 son fils, ni son corps ni ses amants. Elle comprendra aussi assez rapidement que son p\u00e8re s\u2019accorde les m\u00eames libert\u00e9s sexuelles que sa m\u00e8re, avec des ma\u00eetresses, y compris dans la maison familiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce climat incestuel psychotisant d\u00e9crit par Racamier (1980) d\u00e9signe l\u2019effacement de la diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations et, par cons\u00e9quent, du tabou de l\u2019inceste. Dans ce contexte, on est \u00e0 peine surpris de lire le r\u00e9cit du viol qu\u2019elle subit par son fr\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans, comme s\u2019il \u00e9tait le r\u00e9sultat logique de l\u2019absence et de la d\u00e9faillance d\u2019un p\u00e8re s\u00e9parateur et protecteur et de l\u2019omnipr\u00e9sence effractante d\u2019une m\u00e8re au comportement obsc\u00e8ne. De l\u00e0, \u00e0 l\u2019or\u00e9e de l\u2019adolescence, la haine se cristallise, se soude irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 l\u2019image de la m\u00e8re et du fr\u00e8re mais aussi \u00e0 l\u2019image de la sexualit\u00e9 qui devient immanquablement mortif\u00e8re. C\u2019est n\u00e9anmoins gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement d\u2019un fort courant masochiste qui va s\u2019ancrer dans ses relations aux hommes, et en premier \u00e0 Hans Bellmer, qu\u2019Unica Z\u00fcrn va r\u00e9ussir \u00e0 faire de ses exp\u00e9riences de rencontres infantiles et adolescentes catastrophiques, une \u0153uvre puissante et inclassable. Mais aussi une \u0153uvre hors du temps et qui ne s\u2019inscrira pas dans le temps. Sa biographe fran\u00e7aise, Anouchka D\u2019Anna (2010), dans son r\u00e9cent ouvrage intitul\u00e9&nbsp;: <em>Unica Z\u00fcrn, l\u2019\u00e9criture du vertige<\/em>, fait cette remarque&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019absence de temporalit\u00e9 rend la lecture ardue. Unica passe d\u2019une s\u00e9quence \u00e0 l\u2019autre, sans se soucier de la chronologie, \u00e9crivant au pr\u00e9sent des \u00e9v\u00e9nements qui se situent parfois \u00e0 des ann\u00e9es de distance, comme s\u2019ils se succ\u00e9daient dans le temps. Nous suivons une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements sans liens apparents les uns avec les autres, marqu\u00e9s par des va-et-vient entre d\u00e9lire et raison, sans aucune mise en perspective. Ni pr\u00e9sent, ni pass\u00e9, ni futur dans ce temps \u00e9clat\u00e9 o\u00f9 l\u2019on ne peut se rep\u00e9rer.&nbsp;\u00bb (p. 80).<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les trois ouvrages d\u2019Unica Z\u00fcrn sont tous \u00e9crits au pr\u00e9sent et \u00e0 la troisi\u00e8me personne, et les chapitres se juxtaposent sans parvenir \u00e0 cr\u00e9er un lien dans le temps de la narration. Un jour, Unica est malade, au lit, avec la fi\u00e8vre et elle r\u00e9dige une nouvelle qu\u2019elle intitule&nbsp;: <em>A la maison des maladies<\/em>. Il y est question d\u2019une femme qui se retrouve alit\u00e9e dans la maison des maladies car, selon le docteur Mortimer qui s\u2019occupe d\u2019elle&nbsp;: les c\u0153urs de ses yeux ont \u00e9t\u00e9 atteints en plein milieu par deux balles et il en r\u00e9sulte une plaie en forme de c\u0153ur \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la balle et une plaie en forme de c\u0153ur \u00e0 la sortie. On apprend peu apr\u00e8s qu\u2019elle craint par-dessus tout celui qu\u2019elle appelle \u00ab&nbsp;l\u2019ennemi mortel&nbsp;\u00bb. Voici ce qu\u2019elle dit \u00e0 son sujet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Goethe met instamment en garde contre le danger d\u2019\u00e9mettre trop fortement vers une personne \u00e9loign\u00e9e des id\u00e9es d\u2019amour ou de haine. N\u00e9anmoins, on ne peut extirper la magie noire. M\u00eame si l\u2019on r\u00e9fr\u00e8ne ses \u00e9missions de pens\u00e9es afin de ne pas nouer mentalement des liens puissants et inconvenants avec qui ou quoi que ce soit, on n\u2019est pas s\u00fbre que les autres agissent de la m\u00eame fa\u00e7on. C\u2019est maintenant la troisi\u00e8me fois, sinon la quatri\u00e8me que mon ennemi mortel me harc\u00e8le. Cet homme, qui me fit savoir qu\u2019il m\u2019aime, me poursuit de ses assiduit\u00e9s avec un tel esprit de vengeance que je succomberai \u00e0 une de ses futures attaques. Depuis presque un an, je ne suis plus sortie de la maison des maladies. Je suis soumise aux puissantes et effroyables pens\u00e9es d\u2019un magicien. Je me plains am\u00e8rement que la haine et l\u2019amour soient si proches l\u2019une de l\u2019autre&nbsp;; je d\u00e9plore que l\u2019on ne sache jamais si on est ha\u00efe ou aim\u00e9e. Il n\u2019a eu de moi ni un cheveu, ni un baiser, \u00e0 peine a-t-il re\u00e7u une poign\u00e9e de main, et malgr\u00e9 cela il r\u00e9ussit \u00e0 me p\u00e9trir, \u00e0 me presser, \u00e0 me traverser en me d\u00e9vorant finalement\u2026Quand il m\u2019aura tu\u00e9e alors que sera le d\u00e9nouement&nbsp;? Lui-m\u00eame mourra. Cela a-t-il un sens&nbsp;? Comme si c\u2019\u00e9tait une erreur de croire que l\u2019amour prot\u00e8ge la vie. Comme s\u2019il \u00e9tait faux que l\u2019amour f\u00fbt une b\u00e9n\u00e9diction.&nbsp;\u00bb (p. 239-241). Face \u00e0 ce constat radical de fusion absolue entre amour et haine, entre amour et mort, le docteur Mortimer lui ass\u00e8ne la prescription suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout d\u00e9sir est interdit&nbsp;! Le d\u00e9sir ab\u00eeme la sant\u00e9. Je vous l\u2019interdis.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le psychisme d\u2019Unica Z\u00fcrn, l\u2019auto-prescription d\u2019interdiction du d\u00e9sir est peut-\u00eatre un des indices du processus d\u2019extinction des mouvements pulsionnels qu\u2019elle conna\u00eetra plus tard dans un h\u00f4pital psychiatrique allemand (Wittenau), ce qu\u2019elle expose de fa\u00e7on magistrale dans son second ouvrage, \u00e9crit quatre ans avant sa mort&nbsp;: <em>L\u2019homme-jasmin<\/em> (paru en 1970). Elle \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;La sombre d\u00e9pression s\u2019approche lentement. Autrefois, en entendant le mot d\u00e9pression, en observant des amis pris de pareilles crises, elle n\u2019avait jamais compris quelle sorte d\u2019\u00e9tat il exprimait. Depuis son enfance, elle conna\u00eet la m\u00e9lancolie, mais pas la d\u00e9pression. De jour en jour elle devient de plus en plus incapable d\u2019une activit\u00e9 quelconque ou d\u2019une conversation avec les autres malades. Elle cesse m\u00eame de penser. Impossible, pour s\u2019inspirer de leur exemple, de se rappeler des hommes qui ont fait impression sur elle. Impossible de se reporter par la pens\u00e9e aux richesses que lui ont apport\u00e9es les livres qu\u2019elle a lus et tellement aim\u00e9s, ou la musique. Son esprit ne fonctionne plus. Il est au point mort.&nbsp;\u00bb (p. 95). Avant cette plong\u00e9e dans la m\u00e9lancolie schizophr\u00e9nique correspondant \u00e0 un \u00e9tat psychique d\u2019abolition du d\u00e9sir, elle \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quel bonheur d\u2019\u00eatre avant le commencement. Rien ne peut nous arriver parce que nous ne pouvons pas nous arriver \u00e0 nous-m\u00eames.&nbsp;\u00bb (p. 17). \u00catre avant le commencement, avant sa propre gen\u00e8se, sa propre conception, c\u2019est, comme l\u2019a montr\u00e9 Racamier (1992), d\u00e9nier le sens de ses origines et de la sc\u00e8ne primitive, c\u2019est ne pas na\u00eetre \u00e0 soi-m\u00eame ni pour l\u2019autre, c\u2019est donc ne pas se s\u00e9parer de soi ni de l\u2019autre, c\u2019est demeurer \u00e9ternellement fusionn\u00e9 \u00e0 un objet-non-objet o\u00f9 vie et mort, amour et haine se condensent et se confondent hors du temps et de l\u2019espace. Dans <em>Vacances \u00e0 Maison Blanche<\/em> (1988), compilation de ses derniers textes, Unica Z\u00fcrn \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;La plus grande partie de ma vie, je l\u2019ai pass\u00e9e \u00e0 dormir, l\u2019autre \u00e0 attendre un miracle, \u00e0 m\u00e9diter sur l\u2019inaccessible\u2026 Une enfance qui, vue de l\u2019ext\u00e9rieur, s\u2019est arr\u00eat\u00e9e en l\u2019espace d\u2019une heure et qui, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, ne cesse pas de r\u00e9gner (r\u00e9f\u00e9rence sans doute au viol commis par son fr\u00e8re dans sa pr\u00e9-adolescence). Combien de fois ai-je souhait\u00e9 que mon fils soit mon p\u00e8re, que ma fille soit ma m\u00e8re. Souvent\u2026si souvent&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Et un peu plus loin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Etre adulte, je n\u2019y arrive pas et je ne peux plus changer&nbsp;: je ne peux pas changer cette attente, ma folle, \u00e9ternelle attente que le miracle se fasse. Mon miracle se fera payer. Pour qu\u2019il condescende \u00e0 appara\u00eetre, pour qu\u2019il me fasse cette gr\u00e2ce, il faudra payer le prix. Probablement devrais-je, pour pouvoir le vivre, payer de ma vie. Le chiffre de ma destin\u00e9e, le 99, nourrit mon obsession que le miracle vient vers moi, le miracle dont le prochain pas signifie la mort.&nbsp;\u00bb (p. 15).<\/p>\n\n\n\n<p>Didier Anzieu (1981) nous dit que \u00ab&nbsp;cr\u00e9er requiert comme premi\u00e8re condition, une filiation symbolique \u00e0 un cr\u00e9ateur reconnu. Sans cette filiation, et sans son reniement ult\u00e9rieur, pas de paternit\u00e9 possible d\u2019une \u0153uvre.&nbsp;\u00bb S\u2019appuyer sur ses cr\u00e9ateurs, sa filiation et secondairement s\u2019en d\u00e9partir pour se reconna\u00eetre cr\u00e9ateur et porteur de l\u2019\u0153uvre de sa propre vie, c\u2019est l\u00e0 aussi que se r\u00e9v\u00e8le la victoire de la s\u00e9paration \u00e0 l\u2019adolescence. Revenons une derni\u00e8re fois au texte de la Gen\u00e8se pour constater que le verbe cr\u00e9er poss\u00e8de deux acceptions&nbsp;: dans le tout premier verset&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au commencement, Dieu cr\u00e9a le ciel et la terre&nbsp;\u00bb, le verbe cr\u00e9er \u00ab&nbsp;<em>libro<\/em>&nbsp;\u00bb (au pass\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>bara<\/em>&nbsp;\u00bb) n\u2019est plus utilis\u00e9 en h\u00e9breu moderne. Ce verbe d\u00e9signe uniquement une Cr\u00e9ation <em>ex nihilo<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire une cr\u00e9ation divine, seule \u00e0 pouvoir faire sortir quelque chose de vivant du n\u00e9ant. Lorsque le texte en arrive \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019homme, le verbe cr\u00e9er n\u2019est plus le m\u00eame en h\u00e9breu m\u00eame si sa traduction est identique en fran\u00e7ais. Le verbe \u00ab&nbsp;<em>litsor<\/em>&nbsp;\u00bb signifie cr\u00e9er dans le sens de fa\u00e7onner, en d\u2019autres termes, faire exister \u00e0 partir de quelque chose qui existe d\u00e9j\u00e0. Ce qui semble vouloir dire, l\u00e0 aussi, qu\u2019on ne peut cr\u00e9er qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un autre, \u00e0 moins d\u2019\u00eatre Dieu \u2026. ou schizophr\u00e8ne, aurait pu dire Racamier. Certes, Unica Z\u00fcrn a cr\u00e9\u00e9 une \u0153uvre mais elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9atrice de sa propre vie. Son existence psychique n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e avec le terreau d\u2019une filiation reconnue. \u00ab&nbsp;Tout d\u00e9sir est interdit&nbsp;\u00bb dit-elle, car, sans doute pour elle, le d\u00e9sir conduit \u00e0 l\u2019inceste qui constitue un non-sens existentiel. Et dans le m\u00eame temps, ne plus d\u00e9sirer c\u2019est aussi ne pas exister. C\u2019est la raison pour laquelle cet expos\u00e9 aurait pu comporter comme sous-titre&nbsp;: <em>La travers\u00e9e du d\u00e9sir<\/em>.<\/p>\n\n\n<h2>Notes<\/h2>\n<p>Andr\u00e9 J. (2010), <em>Les d\u00e9sordres du temps<\/em>, Petite Biblioth\u00e8que de Psychanalyse, Paris, PUF.<\/p>\n<p>Anzieu D. (1981), <em>Le corps de l\u2019\u0153uvre. Essais psychanalytiques sur le travail cr\u00e9ateur<\/em>. Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>Aulagnier P. (1988) <em>Se construire un pass\u00e9<\/em>, Journal de la psychanalyse de l\u2019enfant, 7, p. 191-220.<\/p>\n<p>Cahn R. (1997) Le processus de subjectivation \u00e0 l\u2019adolescence, in Adolescence et psychanalyse&nbsp;: une histoire. Lausanne, Delachaux et Niesl\u00e9, p. 213-227.<\/p>\n<p>Chabert C. (2004) Le temps du pass\u00e9, une forme passive&nbsp;? Adolescence, \u201c Temporalit\u00e9\u201d, 22, 4, 705-717.<\/p>\n<p>Chabert C. (2011), <em>L\u2019amour de la diff\u00e9rence<\/em>, Petite Biblioth\u00e8que de Psychanalyse, Paris, PUF.<\/p>\n<p>D\u2019Anna A. (2010), <em>Unica Z\u00fcrn, L\u2019\u00e9criture du vertige<\/em>, Editions Cartouche.<\/p>\n<p>Freud S. (1908) Le po\u00e8te et l\u2019activit\u00e9 de fantaisie, \u0152uvres Compl\u00e8tes, T. VIII, PUF, 2007, p. 161-171.<\/p>\n<p>Freud S. (1915) \u00ab&nbsp;L\u2019inconscient&nbsp;\u00bb M\u00e9tapsychologie, \u0152uvres Compl\u00e8tes, T. XIII, PUF, 1988, 2\u00e8 ed. corrig\u00e9e 1994, p. 207-244.<\/p>\n<p>Freud S. (1920) Au-del\u00e0 du principe de plaisir, \u0152uvres Compl\u00e8tes, T. XV, PUF, 1996, p. 274-338.<\/p>\n<p>Green A. (2000), <em>Le temps \u00e9clat\u00e9<\/em>, Les Editions de Minuit.<\/p>\n<p>Munk E. (1974) La voix de la Thora. Commentaires du Pentateuque. Vol. I, La Gen\u00e8se, Paris, Ed. Association Samuel et Odette Levy.<\/p>\n<p>Racamier P.C. (1980), <em>Les schizophr\u00e8nes<\/em>, Paris, Payot.<\/p>\n<p>Racamier P.C. (1992) Le g\u00e9nie des origines. Psychanalyse et psychoses. Paris, Payot.<\/p>\n<p>Z\u00fcrn U. (1970), <em>L\u2019homme-Jasmin<\/em>, Collection l\u2019Imaginaire, Gallimard, 2007.<\/p>\n<p>Z\u00fcrn U. (1971), <em>Sombre Printemps<\/em>, Dijon, Collection Motifs n\u00b0 188, 2007.<\/p>\n<p>Z\u00fcrn U. (1988), <em>Vacances \u00e0 Maison Blanche, derniers \u00e9crits et autres in\u00e9dits<\/em>. Ed. Jo\u00eblle Losfeld, 2000.<\/p>\n<h2>Gen\u00e8se<\/h2>\n<p>Gn 1:1- Au commencement, Dieu cr\u00e9a le ciel et la terre.<\/p>\n<p>Gn 1:2- Or la terre \u00e9tait vide et vague, les t\u00e9n\u00e8bres couvraient l\u2019ab\u00eeme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux.<\/p>\n<p>Gn 1:3- Dieu dit&nbsp;: Que la lumi\u00e8re soit et la lumi\u00e8re fut.<\/p>\n<p>Gn 1:4- Dieu vit que la lumi\u00e8re \u00e9tait bonne, et Dieu s\u00e9para la lumi\u00e8re et les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>Gn 1:5- Dieu appela la lumi\u00e8re jour et les t\u00e9n\u00e8bres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin&nbsp;: premier jour.<\/p>\n<p>Gn 1:6- Dieu dit&nbsp;: Qu\u2019il y ait un firmament au milieu des eaux et qu\u2019il s\u00e9pare les eaux d\u2019avec les eaux et il en fut ainsi.<\/p>\n<p>Gn 1:7- Dieu fit le firmament, qui s\u00e9para les eaux qui sont sous le firmament d\u2019avec les eaux qui sont au-dessus du firmament,<\/p>\n<p>Gn 1:8- et Dieu appela le firmament ciel. Il y eut un soir et il y eut un matin&nbsp;: deuxi\u00e8me jour.<\/p>\n<p>Gn 1:9- Dieu dit&nbsp;: Que les eaux qui sont sous le ciel s\u2019amassent en une seule masse et qu\u2019apparaisse le continent et il en fut ainsi.<\/p>\n<p>Gn 1:10- Dieu appela le continent terre et la masse des eaux mers, et Dieu vit que cela \u00e9tait bon.<\/p>\n<p>Gn 1:11- Dieu dit&nbsp;: Que la terre verdisse de verdure&nbsp;: des herbes portant semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre selon leur esp\u00e8ce des fruits contenant leur semence et il en fut ainsi.<\/p>\n<p>Gn 1:12- La terre produisit de la verdure&nbsp;: des herbes portant semence selon leur esp\u00e8ce, des arbres donnant selon leur esp\u00e8ce des fruits contenant leur semence, et Dieu vit que cela \u00e9tait bon.<\/p>\n<p>Gn 1:13- Il y eut un soir et il y eut un matin&nbsp;: troisi\u00e8me jour.<\/p>\n<p>Gn 1:14- Dieu dit&nbsp;: Qu\u2019il y ait des luminaires au firmament du ciel pour s\u00e9parer le jour et la nuit&nbsp;; qu\u2019ils servent de signes, tant pour les f\u00eates que pour les jours et les ann\u00e9es&nbsp;;<\/p>\n<p>Gn 1:15- qu\u2019ils soient des luminaires au firmament du ciel pour \u00e9clairer la terre et il en fut ainsi.<\/p>\n<p>Gn 1:16- Dieu fit les deux luminaires majeurs&nbsp;: le grand luminaire comme puissance du jour et le petit luminaire comme puissance de la nuit, et les \u00e9toiles.<\/p>\n<p>Gn 1:17- Dieu les pla\u00e7a au firmament du ciel pour \u00e9clairer la terre,<\/p>\n<p>Gn 1:18- pour commander au jour et \u00e0 la nuit, pour s\u00e9parer la lumi\u00e8re et les t\u00e9n\u00e8bres, et Dieu vit que cela \u00e9tait bon.<\/p>\n<p>Gn 1:19- Il y eut un soir et il y eut un matin&nbsp;: quatri\u00e8me jour.<\/p>\n<p>Gn 1:20- Dieu dit&nbsp;: Que les eaux grouillent d\u2019un grouillement d\u2019\u00eatres vivants et que des oiseaux volent au-dessus de la terre contre le firmament du ciel et il en fut ainsi.<\/p>\n<p>Gn 1:21- Dieu cr\u00e9a les grands serpents de mer et tous les \u00eatres vivants qui glissent et qui grouillent dans les eaux selon leur esp\u00e8ce, et toute la gent ail\u00e9e selon son esp\u00e8ce, et Dieu vit que cela \u00e9tait bon.<\/p>\n<p>Gn 1:22- Dieu les b\u00e9nit et dit&nbsp;: Soyez f\u00e9conds, multipliez, emplissez l\u2019eau des mers, et que les oiseaux multiplient sur la terre.<\/p>\n<p>Gn 1:23- Il y eut un soir et il y eut un matin&nbsp;: cinqui\u00e8me jour.<\/p>\n<p>Gn 1:24- Dieu dit&nbsp;: Que la terre produise des \u00eatres vivants selon leur esp\u00e8ce&nbsp;: bestiaux, bestioles, b\u00eates sauvages selon leur esp\u00e8ce et il en fut ainsi.<\/p>\n<p>Gn 1:25- Dieu fit les b\u00eates sauvages selon leur esp\u00e8ce, les bestiaux selon leur esp\u00e8ce et toutes les bestioles du sol selon leur esp\u00e8ce, et Dieu vit que cela \u00e9tait bon.<\/p>\n<p>Gn 1:26- Dieu dit&nbsp;: Faisons l\u2019homme \u00e0 notre image, comme notre ressemblance, et qu\u2019ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les b\u00eates sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.<\/p>\n<p>Gn 1:27- Dieu cr\u00e9a l\u2019homme \u00e0 son image, \u00e0 l\u2019image de Dieu il le cr\u00e9a, homme et femme il les cr\u00e9a.<\/p>\n<p>Gn 1:28- Dieu les b\u00e9nit et leur dit&nbsp;: Soyez f\u00e9conds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la&nbsp;; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.<\/p>\n<p>Gn 1:29- Dieu dit&nbsp;: Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence&nbsp;: ce sera votre nourriture.<\/p>\n<p>Gn 1:30- A toutes les b\u00eates sauvages, \u00e0 tous les oiseaux du ciel, \u00e0 tout ce qui rampe sur la terre et qui est anim\u00e9 de vie, je donne pour nourriture toute la verdure des plantes et il en fut ainsi.<\/p>\n<p>Gn 1:31- Dieu vit tout ce qu\u2019il avait fait&nbsp;: cela \u00e9tait tr\u00e8s bon. Il y eut un soir et il y eut un matin&nbsp;: sixi\u00e8me jour.<\/p>\n<p><\/p><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10150?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu\u2019il en soit des fonctionnements des soci\u00e9t\u00e9s anciennes ou actuelles, ou du fonctionnement psychique individuel, il semblerait que la cr\u00e9ation s\u2019origine dans la s\u00e9paration. Peut-il y avoir cr\u00e9ation sans s\u00e9paration&nbsp;? D\u00e9j\u00e0, le r\u00e9cit biblique de la Gen\u00e8se (E. Munk, 1974)&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214,1215],"thematique":[239],"auteur":[1663],"dossier":[240],"mode":[61],"revue":[874],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10150","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-separation","auteur-catherine-azoulay","dossier-les-separations","mode-gratuit","revue-874","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10150","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10150"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10150\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19196,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10150\/revisions\/19196"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10150"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10150"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10150"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10150"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10150"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10150"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10150"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10150"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10150"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}