{"id":10147,"date":"2021-08-22T07:31:24","date_gmt":"2021-08-22T05:31:24","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-paradoxes-de-la-maladie-depressive-2\/"},"modified":"2021-09-23T19:33:58","modified_gmt":"2021-09-23T17:33:58","slug":"les-paradoxes-de-la-maladie-depressive","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-paradoxes-de-la-maladie-depressive\/","title":{"rendered":"Les paradoxes de la maladie d\u00e9pressive"},"content":{"rendered":"\n<p>Publi\u00e9e en 2001, une \u00e9tude de l\u2019OMS pr\u00e9voit, si les tendances actuelles se maintiennent, que la d\u00e9pression sera la premi\u00e8re cause d\u2019invalidit\u00e9 dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s d\u00e8s 2020<sup>1<\/sup>. De fa\u00e7on plus pr\u00e9cise, en France, les statistiques de l\u2019Assurance maladie, font appara\u00eetre que si en 1998, 6 661 salari\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s invalides en raison de \u00ab&nbsp;D\u00e9pressions, n\u00e9vroses, troubles r\u00e9actionnels&nbsp;\u00bb, en 2006, leur nombre a pratiquement doubl\u00e9 s\u2019\u00e9levant \u00e0 12 902 personnes<sup>2<\/sup>. Pourtant, entre 1980 et 2001, les ventes d\u2019antid\u00e9presseurs dans notre pays ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9es par 6, 7<sup>3<\/sup>. Il n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9, dans ces conditions, de conclure \u00e0 l\u2019inutilit\u00e9 de ces produits en termes de sant\u00e9 publique. Ce constat a conduit plusieurs chercheurs \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer les \u00e9tudes ant\u00e9rieures qui avaient conclu \u00e0 leur efficacit\u00e9. Toutes r\u00e9centes, ces m\u00e9ta-analyses \u00e9tablissent que lorsque l\u2019ensemble des r\u00e9sultats des essais cliniques est pris en compte, et non plus seulement ceux qui ont conduit \u00e0 des r\u00e9sultats favorables, les r\u00e9ponses des sujets sont identiques, que la mol\u00e9cule exp\u00e9riment\u00e9e leur ait effectivement \u00e9t\u00e9 prescrite ou qu\u2019ils aient re\u00e7u \u00e0 leur insu un placebo<sup>4<\/sup>. Aujourd\u2019hui, il est g\u00e9n\u00e9ralement admis que les antid\u00e9presseurs sont actifs dans la moiti\u00e9 des cas. Ce chiffre ne doit cependant pas faire illusion car, dans les protocoles, l\u2019efficacit\u00e9 est retenue lorsque le score aux \u00e9chelles de d\u00e9pression a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 par deux, m\u00eame si le r\u00e9sultat terminal se situe dans une zone pathologique. Les gu\u00e9risons sont beaucoup plus r\u00e9duites, leur taux \u00e9tant compris entre un quart et un tiers des sujets trait\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Psychiatres \u00ab&nbsp;organicistes&nbsp;\u00bb et psychanalystes n\u2019utilisent pas le signifiant d\u00e9pression exactement dans le m\u00eame sens. Pour les premiers, en effet, celle-ci est avant tout le r\u00e9sultat d\u2019un dysfonctionnement du c\u00e9r\u00e9bral, dont la nature exacte reste encore \u00e0 d\u00e9terminer \u00e0 ce jour, pr\u00e9cis\u00e9ment corrig\u00e9 par les effets m\u00e9taboliques des antid\u00e9presseurs. Comme l\u2019ont \u00e9crit trois \u00e9minents psychiatres fran\u00e7ais en 2003&nbsp;: <em>Depuis 1957, date de la d\u00e9couverte des antid\u00e9presseurs, il est en effet montr\u00e9 que ces m\u00e9dicaments sont efficaces dans toutes les d\u00e9pressions, quelle qu\u2019en soit l\u2019hypoth\u00e9tique physiopathologie. Qu\u2019une d\u00e9pression n\u00e9vrotique r\u00e9siste aux <sup>5<\/sup>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective, il a \u00e9t\u00e9 longtemps soutenu que si les tranquillisants avaient une action indiff\u00e9renci\u00e9e, proche des effets de l\u2019alcool, les antid\u00e9presseurs n\u2019agissaient que sur la seule maladie pour laquelle ils \u00e9taient indiqu\u00e9s. En m\u00eame temps, les crit\u00e8res cliniques de diagnostic \u00e9tant toujours incertains, il n\u2019y avait aucun inconv\u00e9nient \u00e0 les prescrire en cas de doute&nbsp;: l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019\u00e9tat du patient au d\u00e9cours du traitement confirmait la r\u00e9alit\u00e9 de sa d\u00e9pression. Pourtant, t\u00e9moignage d\u2019un optimisme r\u00e9solu qui a mis longtemps \u00e0 \u00eatre d\u00e9menti, les indications des antid\u00e9presseurs ont \u00e9t\u00e9 \u00e9largies \u00e0 l\u2019ensemble des troubles n\u00e9vrotiques et anxieux. Comme l\u2019ont \u00e9crit les auteurs responsables de la pr\u00e9paration du DSM-V en 2002&nbsp;: <em>L\u2019efficacit\u00e9 de nombreuses m\u00e9dications psychotropes d\u00e9borde les cat\u00e9gories diagnostiques du DSM-IV&nbsp;; par exemple les inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (IRS) ont d\u00e9montr\u00e9 leur efficacit\u00e9 dans une grande quantit\u00e9 de troubles d\u00e9crits dans diff\u00e9rentes sections du DSM, incluant le trouble d\u00e9pressif majeur, le trouble panique, le trouble obsessionnel compulsif, le trouble dysthymique, la boulimie nerveuse, le trouble anxi\u00e9t\u00e9 sociale, l\u2019\u00e9tat de stress post-traumatique, le trouble anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, l\u2019hypocondrie, le trouble dysmorphophobique, et le trouble de la personnalit\u00e9 \u00e9tat limite<\/em><sup>6<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi, la d\u00e9sillusion th\u00e9rapeutique actuelle ne peut pas conduire seulement \u00e0 reporter les espoirs sur de nouveaux traitements (en particulier la stimulation \u00e9lectrique intrac\u00e9r\u00e9brale au moyen d\u2019\u00e9lectrodes implant\u00e9es chirurgicalement), elle oblige \u00e0 remettre en cause les fondements m\u00eame de la psychiatrie ath\u00e9orique. En effet, comme je l\u2019ai \u00e9tabli dans un autre travail, <em>la maladie d\u00e9pressive est une construction<\/em><sup>7<\/sup>. Celle-ci, qui se r\u00e9clame pourtant d\u2019une perspective empirique, a repos\u00e9, comme nous venons de le voir, sur l\u2019assomption de l\u2019efficacit\u00e9 non discut\u00e9 des antid\u00e9presseurs&nbsp;; elle a jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans la d\u00e9marche qui a conduit aux \u00e9ditions successives du DSM. Avant toutes choses, il faut rappeler que, des d\u00e9cennies durant, des m\u00e9decins ont prescrit des antid\u00e9presseurs, que des malades les ont r\u00e9clam\u00e9s et que, d\u2019une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 scientifique a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 cette croyance. Elle a m\u00eame inspir\u00e9 des travaux philosophiques, en particulier l\u2019essentiel de la critique d\u2019Adolf Gr\u00fcnbaum \u00e0 la psychanalyse<sup>8<\/sup>. C\u2019est donc peu dire que ces travaux apparaissent comme particuli\u00e8rement d\u00e9pass\u00e9s. Dans la situation pr\u00e9sente, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 d\u2019autres d\u00e9fis. Au minimum, nous devons comprendre ce qui a conduit \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e8re du Prozac&nbsp;\u00bb<sup>9<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019efficacit\u00e9 r\u00e9elle des antid\u00e9presseurs avait \u00e9t\u00e9 conforme \u00e0 ce qu\u2019elle pr\u00e9tendait \u00eatre, nous n\u2019aurions gu\u00e8re d\u2019objections \u00e0 la croissance vertigineuse des prescriptions \u00e0 laquelle nous avons assist\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. S\u2019il est vrai qu\u2019il faut dans bien des cas souffrir pour comprendre, nous devons limiter cette exp\u00e9rience au minimum tol\u00e9rable. D\u00e8s lors qu\u2019elle est inutilement prolong\u00e9e, la douleur, f\u00fbt-elle psychique, est le plus souvent avilissante. Au cours des si\u00e8cles, dans la plupart des cultures, les hommes ont voulu donner un sens \u00e0 ce qui leur paraissait autrement intol\u00e9rable en la pr\u00e9sentant comme le signe d\u2019une punition inflig\u00e9e par la Transcendance ayant valeur de r\u00e9demption. Les bienfaits attribu\u00e9s \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience douloureuse doivent \u00eatre d\u00e8s lors compris comme le rabattement la\u00efque de cette n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le succ\u00e8s des antid\u00e9presseurs constitue un cas unique dans l\u2019histoire de la m\u00e9decine. Par principe, une r\u00e9volution th\u00e9rapeutique si elle ne s\u2019accompagne pas toujours de la disparition de la maladie trait\u00e9e permet du moins d\u2019en r\u00e9duire l\u2019incidence sociale. L\u2019am\u00e9lioration de la sant\u00e9 publique est le meilleur indice, apr\u00e8s la phase initiale des essais cliniques de l\u2019efficacit\u00e9 r\u00e9elle d\u2019une mol\u00e9cule. Ainsi, la d\u00e9couverte des antibiotiques a entrain\u00e9, au lendemain de la II<sup>\u00e8me<\/sup> Guerre mondiale une r\u00e9volution de nos conditions d\u2019existence, en faisant dispara\u00eetre, en quelques mois, des fl\u00e9aux s\u00e9culaires. Dans les ann\u00e9es 50, les antibiotiques antituberculeux ont entra\u00een\u00e9 la fermeture des sanatoriums de la m\u00eame fa\u00e7on que la diffusion des neuroleptiques, en favorisant un meilleur contact pour les patients psychotiques, ont apport\u00e9 une contribution non n\u00e9gligeable au d\u00e9veloppement du secteur psychiatrique en autorisant le d\u00e9veloppement de soins ambulatoires. La question m\u00e9rite donc d\u2019\u00eatre pos\u00e9e de savoir si, contrairement \u00e0 ce qui est affirm\u00e9 avec insistance, les modalit\u00e9s actuelles biologiques de prise en charge des d\u00e9pressions, loin d\u2019am\u00e9liorer l\u2019\u00e9tat des patients <sup>10<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, l\u2019histoire de la d\u00e9pression est marqu\u00e9e par une triple tendance&nbsp;: tout d\u2019abord tenter de mettre en \u00e9vidence des perturbations c\u00e9r\u00e9brales sp\u00e9cifiques par la constatation de l\u2019action du m\u00e9dicament&nbsp;; d\u2019autre part, contribuer en permanence \u00e0 populariser la d\u00e9pression aupr\u00e8s du grand public pour qu\u2019il identifie sa souffrance aux tableaux cliniques pr\u00e9sent\u00e9s (en France, la derni\u00e8re tentative en date est la campagne de pr\u00e9vention de l\u2019INPES en 2006). D\u2019une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 partir du postulat de l\u2019efficacit\u00e9 sp\u00e9cifique des antid\u00e9presseurs, la clinique s\u2019est trouv\u00e9e consid\u00e9rablement infl\u00e9chie. Tout d\u2019abord, la n\u00e9cessit\u00e9 de tester les m\u00e9dicaments psychotropes d\u2019abord sur l\u2019animal de laboratoire oblige \u00e0 construire pour eux des mod\u00e8les \u00e9quivalents aux troubles psychiques humains. \u00c0 cet \u00e9gard, la d\u00e9pression occupe une place privil\u00e9gi\u00e9e puisque, comme nous le savons depuis Darwin, l\u2019ensemble des \u00e9motions aussi bien humaines qu\u2019animales peut \u00eatre ramen\u00e9 soit \u00e0 celles qui excitent soit \u00e0 celles qui d\u00e9priment. Ainsi, il est relativement facile d\u2019abattre un animal, par m\u00e9dicaments ou mise en place de r\u00e9flexes conditionn\u00e9s, pour ensuite tester les produits susceptibles de le relever. Le probl\u00e8me est de savoir si l\u2019infinie diversit\u00e9 des difficult\u00e9s psychiques \u00e9prouv\u00e9es par les \u00eatres humains peut \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 une seule maladie, elle-m\u00eame d\u00e9duite de ce qui est observ\u00e9 chez l\u2019animal. En effet, \u00e0 partir de 1980, le DSM-III a impos\u00e9 pour la clinique humaine les m\u00eames crit\u00e8res que ceux utilis\u00e9s lors des essais cliniques de m\u00e9dicaments chez l\u2019animal. Paradoxalement, cette simplification grossi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme un progr\u00e8s d\u00e9cisif puisque qu\u2019elle pr\u00e9tendait appliquer \u00e0 l\u2019homme des m\u00e9thodes issues de la recherche. \u00c0 partir du moment o\u00f9, toute subjectivit\u00e9 \u00e9tant \u00e9cart\u00e9e, seuls ont \u00e9t\u00e9 pris en compte des index tr\u00e8s grossiers de la vie psychique, le nombre de diagnostics de d\u00e9pression n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le postulat de l\u2019efficacit\u00e9 absolue des antid\u00e9presseurs a conduit tout d\u2019abord \u00e0 consid\u00e9rer que lorsqu\u2019un patient n\u2019\u00e9tait pas gu\u00e9ri, ce n\u2019\u00e9tait pas tant l\u2019efficacit\u00e9 du produit qui \u00e9tait en cause mais, bien au contraire, la maladie qui pr\u00e9sentait un g\u00e9nie \u00e9volutif particulier&nbsp;: celui d\u2019\u00eatre une d\u00e9pression chimio-r\u00e9sistante. Dans un deuxi\u00e8me temps, pour expliquer l\u2019efficacit\u00e9 de plus incertaine \u00e0 long terme des antid\u00e9presseurs, de nouvelles directions ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es&nbsp;: d\u2019une part, il a \u00e9t\u00e9 dit que les antid\u00e9presseurs n\u2019\u00e9taient pas prescrits \u00e0 bon escient et qu\u2019il fallait revenir \u00e0 des crit\u00e8res stricts de d\u00e9pression (en d\u2019autres termes \u00e0 ceux du DSM-IV). En France, selon un rapport parlementaire, publi\u00e9 en juin 2006, 122 millions de bo\u00eetes de psychotropes auraient \u00e9t\u00e9 vendues en France en 2005, un adulte sur quatre en a consomm\u00e9 cette ann\u00e9e, 80% de ces produits \u00e9tant prescrits par des m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes. H\u00e9l\u00e8ne Verdoux et Bernard B\u00e9gaud, coordonnateurs du rapport, \u00e9crivent&nbsp;: \u00ab&nbsp;La moiti\u00e9 des personnes consommant des antid\u00e9presseurs et plus des deux tiers de celles utilisant des somnif\u00e8res et des anxiolytiques ne pr\u00e9sentent pas de troubles psychiatriques relevant d\u2019une indication reconnue&nbsp;; inversement, moins d\u2019une personne sur trois <sup>11<\/sup>. L\u2019importance des ces chiffres confirme le caract\u00e8re hasardeux des donn\u00e9es cliniques qui conduisent \u00e0 la d\u00e9cision de prescription. L\u2019assertion selon laquelle les deux tiers des d\u00e9prim\u00e9s ne seraient pas trait\u00e9s est une estimation personnelle des rapporteurs<sup>12<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tableau de d\u00e9pression majeure du DSM-IV est d\u2019une grande banalit\u00e9. En r\u00e9sum\u00e9, le malade doit pr\u00e9senter, au minimum depuis deux semaines, de fa\u00e7on continue, au moins cinq des neuf sympt\u00f4mes suivants&nbsp;: humeur d\u00e9pressive permanente, diminution de l\u2019int\u00e9r\u00eat et du plaisir, perte d\u2019app\u00e9tit et de poids d\u2019au moins 5&nbsp;% par mois, insomnie ou hypersomnie, agitation ou ralentissement au niveau psychomoteur, fatigue et perte d\u2019\u00e9nergie, sentiment de d\u00e9valorisation ou culpabilit\u00e9 inappropri\u00e9e, trouble de concentration, pens\u00e9e de mort et de suicide. De plus, ces sympt\u00f4mes provoquent une d\u00e9tresse chez la personne ou une diminution du fonctionnement au niveau social ou au travail, ils ne sont pas provoqu\u00e9s par l\u2019utilisation de m\u00e9dicaments ou de drogues, ils ne sont pas dus \u00e0 un probl\u00e8me m\u00e9dical et ils ne r\u00e9sultent pas d\u2019un deuil<sup>13<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces crit\u00e8res sont particuli\u00e8rement vagues et incomplets&nbsp;: aucune r\u00e9f\u00e9rence n\u2019est faite \u00e0 la sexualit\u00e9, alors que la perte d\u2019app\u00e9tit est relev\u00e9e. Ils sont peu sp\u00e9cifiques puisqu\u2019on ne peut \u00e9voquer la d\u00e9pression lorsque les troubles constat\u00e9s sont mieux expliqu\u00e9s par un deuil, et enfin ils pr\u00e9sentent une fa\u00e7on pr\u00e9tendument objective des donn\u00e9es qui ne le sont pas. Ainsi, compte-tenu des neuf crit\u00e8res, il est impossible pour un \u00e9tudiant anxieux \u00e0 l\u2019approche de ses examens de ne pas satisfaire aux conditions du diagnostic. D\u2019autre part, la notion m\u00eame de rechute s\u2019est trouv\u00e9e \u00e9cart\u00e9e. Ainsi lorsque le patient, transitoirement am\u00e9lior\u00e9, revient \u00e0 son trouble initial, loin de conclure \u00e0 un \u00e9chec th\u00e9rapeutique, on conclut aujourd\u2019hui \u00e0 un trouble bipolaire car le patient \u00e0 pr\u00e9sent\u00e9 un nouvel \u00e9pisode de trouble de l\u2019humeur. La constatation de ce diagnostic impose un traitement \u00e0 vie. Il arrive m\u00eame que le trouble bipolaire puisse \u00eatre diagnostiqu\u00e9 apr\u00e8s un \u00e9pisode initial de d\u00e9pression, si un membre de la famille a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 d\u00e9prim\u00e9. Cette extension de l\u2019ancienne psychose maniaco-d\u00e9pressive justifie un d\u00e9bat \u00e9thique. Aux Etats-Unis, de graves accusations ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es sur d\u2019\u00e9minents psychiatres. Dans son \u00e9dition du 8 juin 2008, le <em>New-York Times<\/em> a annonc\u00e9 que, au sein de la <em>Harvard Medical School<\/em>, l\u2019une des plus prestigieuses facult\u00e9s de m\u00e9decine qui soient, deux chercheurs, dont le premier est un p\u00e9dopsychiatre de renomm\u00e9e mondiale, ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s d\u2019avoir viol\u00e9 les lois f\u00e9d\u00e9rales am\u00e9ricaines et les r\u00e8gles \u00e9thiques de l\u2019universit\u00e9 pour avoir touch\u00e9, en ne les d\u00e9clarant que pour une faible part, 1 600 000 dollars chacun &#8211; un troisi\u00e8me ayant, quant \u00e0 lui, re\u00e7u seulement 1 000 000 dollars &#8211; par les <em>drug-makers<\/em> afin de promouvoir l\u2019id\u00e9e que la fr\u00e9quence du trouble bipolaire chez l\u2019enfant avait \u00e9t\u00e9 jusque l\u00e0 consid\u00e9rablement sous-estim\u00e9e<sup>14<\/sup>. En pratique, les travaux des trois chercheurs de Harvard ont conduit, en quelques ann\u00e9es, \u00e0 une explosion de ce diagnostic, ce qui a eu pour cons\u00e9quence directe d\u2019accro\u00eetre le volume des prescriptions de psychotropes impos\u00e9s aux enfants. Enfin, plus r\u00e9cemment, la puissante <em>American Psychiatric Association<\/em> (APA), a fait l\u2019objet de vives suspicions pour savoir si l\u2019importance des ses liens avec l\u2019industrie pharmaceutique n\u2019avait pas compromis son ind\u00e9pendance scientifique<sup>15<\/sup>. Au d\u00e9cours de son enqu\u00eate, le s\u00e9nateur Charles E. Grassley a demand\u00e9 un audit d\u00e9taill\u00e9 des comptes de l\u2019APA.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, comme le constatent r\u00e9guli\u00e8rement les hommes politiques \u00e0 leurs d\u00e9pens, toute la publicit\u00e9 du monde n\u2019est pas en mesure d\u2019imposer aux consommateurs un produit dont ils n\u2019auraient que faire. Dans le cadre de consultations individuelles, j\u2019ai pu constater, \u00e0 l\u2019occasion, des am\u00e9liorations chez certains patients. A une \u00e9chelle plus globale, l\u2019engouement pour les antid\u00e9presseurs ne semble pas devoir se ralentir. Alors&nbsp;? Pour pouvoir r\u00e9pondre, il est n\u00e9cessaire d\u2019analyser dans un premier temps les modifications affectives induites par la mise en place du traitement m\u00e9dicamenteux. Les antid\u00e9presseurs ne sont pas des placebos car ils entrainent des modifications psychiques, assez facilement perceptibles&nbsp;: le sommeil, l\u2019app\u00e9tit, la sexualit\u00e9, pour ne citer qu\u2019elles, se trouvent modifi\u00e9es. Il est vraisemblable alors que ces modifications puissent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es, au moins parmi les plus susceptibles des patients, comme le signe m\u00eame d\u2019une action antid\u00e9pressive. En somme, l\u2019action des antid\u00e9presseurs, \u00e0 l\u2019instar de ce qui a \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9 aux tranquillisants, ne serait pas diff\u00e9renci\u00e9e. A l\u2019appui de cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se, il faut relever l\u2019\u00e9largissement des indications de ces produits qui, pour leur tr\u00e8s grande majorit\u00e9, sont maintenant propos\u00e9s pour les troubles n\u00e9vrotiques et anxieux les plus divers. Mais ce n\u2019est pas le plus important. A leur insu, la mise en place des protocoles de prescription pose le cadre d\u2019une forme sp\u00e9cifique de psychoth\u00e9rapie et c\u2019est elle qui a la part la plus importante. Un seul exemple, d\u00e9cisif, doit \u00eatre rappel\u00e9&nbsp;: celui des perfusions d\u2019antid\u00e9presseurs. Il a \u00e9t\u00e9 souvent constat\u00e9 que les effets th\u00e9rapeutiques sont plus marqu\u00e9s lorsque le m\u00e9dicament a \u00e9t\u00e9 prescrit par cette voie. Or, le recours \u00e0 la perfusion n\u2019est vraiment justifi\u00e9 que pour les patients en r\u00e9animation pour lesquels il est important de maintenir en permanence un \u00e9quilibre hydro\u00e9lectrique ou pour certains antibiotiques, mol\u00e9cules organiques complexes, qui, autrement, seraient dig\u00e9r\u00e9s par la muqueuse gastrique. Rien de tel n\u2019est observ\u00e9 avec les antid\u00e9presseurs constitu\u00e9s de mol\u00e9cules simples qui sont absorb\u00e9s sans transformation. Dans ces conditions, la d\u00e9cision du recours \u00e0 la perfusion, comme la constatation de ses effets plus marqu\u00e9s, rel\u00e8vent uniquement d\u2019un effet de suggestion renforc\u00e9 par un soutien plus marqu\u00e9 par l\u2019\u00e9quipe infirmi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la seule annonce du diagnostic par un m\u00e9decin a un retentissement psychologique important sur le patient dans l\u2019imm\u00e9diat comme \u00e0 long terme. Le plus souvent, l\u2019effet est imm\u00e9diat, \u00e0 lui seul, il entra\u00eene une am\u00e9lioration sensible et, dans les cas les plus favorables, le sentiment de gu\u00e9rison. En effet, lorsqu\u2019une personne en souffrance, \u00e9prouve des sentiments d\u2019incapacit\u00e9 et d\u2019\u00e9chec, se sent malaim\u00e9e et rejet\u00e9e, le fait de lui dire qu\u2019elle se per\u00e7oit \u00e0 travers le prisme d\u00e9formant de sa d\u00e9pression, revient \u00e0 lui indiquer que ses pens\u00e9es n\u00e9gatives rel\u00e8vent d\u2019une erreur de jugement due \u00e0 sa maladie. Sa gu\u00e9rison, toujours pr\u00e9sent\u00e9e comme tr\u00e8s prochaine, ne manquera pas de lui apporter une autre image d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Annoncer la d\u00e9pression est une fa\u00e7on d\u2019inciter le patient \u00e0 ne plus s\u2019interroger sur ses pr\u00e9occupations pour l\u2019inviter \u00e0 accepter un statut de malade qui va l\u2019amener progressivement \u00e0 ne plus prendre en compte que des sympt\u00f4mes coup\u00e9s de sa vie relationnelle\u00a0: o\u00f9 en sont le sommeil, l\u2019app\u00e9tit, la vivacit\u00e9 d\u2019esprit et le dynamisme\u00a0? Ce qui \u00e9tait signe d\u2019incapacit\u00e9 il y a peu devient, au contraire, par le bref regard du m\u00e9decin, une preuve de la maladie qui l\u00e9gitime le droit aux soins. En termes plus psychologiques, poser le diagnostic de d\u00e9pression permet de favoriser le refoulement. Non seulement celui qui est d\u00e9prim\u00e9 n\u2019a plus \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter, mais il lui est express\u00e9ment demand\u00e9 de tout remettre au lendemain. Loin de s\u2019entendre, son activit\u00e9 se bornera, au moins pendant quelques semaines, \u00e0 s\u2019\u00e9couter. Il le fera d\u2019autant plus volontiers que les \u00e9chelles de comportement lui auront appris vers o\u00f9 porter ses signes d\u2019inqui\u00e9tude. Il sera confort\u00e9 dans son attitude par le fait que, pour les adeptes de la psychiatrie ath\u00e9orique, la r\u00e9daction d\u2019observations longues et d\u00e9taill\u00e9es, \u00e0 laquelle les psychiatres d\u2019autrefois attachaient un grand prix en essayant de mettre en \u00e9vidence leurs talents litt\u00e9raires, est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9e comme inutile.<br>De ce fait, aujourd\u2019hui, le diagnostic de d\u00e9pression, n\u2019est pas seulement comme en m\u00e9decine somatique la reconnaissance d\u2019une maladie, mais l\u2019adoption d\u2019un mode de vie et la porte d\u2019entr\u00e9e dans un nouveau monde culturel. Etre malade oblige \u00e0 suivre une ordonnance. Mais ici, bien plus qu\u2019en m\u00e9decine interne, elle porte sur l\u2019ensemble de l\u2019existence\u00a0: le m\u00e9decin est sollicit\u00e9, le plus souvent malgr\u00e9 lui, \u00e0 donner son avis sur le travail, le conjoint, les enfants, les loisirs, les histoires d\u2019amour, le choix d\u2019un logement ou encore le mode et la d\u00e9signation du lieu de vacances. Plus d\u00e9licates encore les relations avec l\u2019entourage sont \u00e0 red\u00e9finir. Les d\u00e9prim\u00e9s ne sont pas rares \u00e0 se plaindre en permanence de l\u2019incompr\u00e9hension de leur entourage. Cette plainte n\u2019a pas d\u2019\u00e9quivalent dans d\u2019autres domaines de la m\u00e9decine. C\u2019est ce qui explique \u00e9galement l\u2019insistance \u00e0 annoncer que la d\u00e9pression est constamment m\u00e9connue alors m\u00eame qu\u2019elle se place aujourd\u2019hui au premier plan. Pour le patient, demander \u00e0 \u00eatre compris, n\u2019est-ce pas reconna\u00eetre que, contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tend la psychiatrie ath\u00e9orique, la d\u00e9pression n\u2019est pas une maladie comme les autres\u00a0? A-t-on besoin de comprendre une grippe, un cancer ou m\u00eame un acc\u00e8s massif d\u2019angoisse\u00a0? En pratique, ce que beaucoup de d\u00e9prim\u00e9s demandent \u00e0 leur entourage c\u2019est de leur reconna\u00eetre le statut de malade et en m\u00eame temps, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 est le paradoxe de percevoir le sens de cette souffrance, alors que le patient refuse, quant \u00e0 lui de le prendre en compte. Dans une<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote wp-block-list\"><li id=\"no1\" class=\"note renvoi-in-alinea\">OMS (2001) Rapport sur la sant\u00e9 dans le monde&nbsp;:&nbsp;<em>La sant\u00e9 mentale, nouvelle conception, nouveaux espoirs<\/em>, Gen\u00e8ve, OMS, p.&nbsp;30.<\/li><li id=\"no2\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Anne Cuenq, Michel Pa\u00efta, Philippe Ricordeau (2008),&nbsp;<em>Les causes m\u00e9dicales de l\u2019invalidit\u00e9 en 2006<\/em>, Points de rep\u00e8re, 16, 2008, p.&nbsp;5.<\/li><li id=\"no3\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Michel Boutsen, Jean-Marc Laasman, Nadine Reginster (2006),&nbsp;<em>Donn\u00e9es socio-\u00e9conomiques et \u00e9tude longitudinale de la prescription des antid\u00e9presseurs<\/em>, Bruxelles, Publications de la mutualit\u00e9 socialiste.<\/li><li id=\"no4\" class=\"note renvoi-in-alinea\">EH Turner, AM Matthews, E Linardos, RA Tell, R Rosenthal (2008) Selective publication of antidepressants trials and its influence on apparent efficacy.&nbsp;<em>New England Journal of Medicine<\/em>, Jan 17; 358(3): 252-60; Corrado Barbui, Toshiaki Furukawa, Andrea Cipriani (2008) Effectiveness of paroxetine in the treatment of acute major depression in adults: a systematic re-examination of published and unpublished data from randomized trials,&nbsp;<em>Canadian Medical Association Journal<\/em>&nbsp;\u2013&nbsp;<em>Journal de l\u2019Association m\u00e9dicale canadienne<\/em>, January 29; 178 (3): 296-305.<\/li><li id=\"no5\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Jean-Pierre Oli\u00e9, Marie-France Poirier et Henri L\u00f4o (2003),&nbsp;<em>Les maladies d\u00e9pressives<\/em>, Paris, Flammarion, Introduction p. XIII.<\/li><li id=\"no6\" class=\"note renvoi-in-alinea\">D.J. Kupfer, M. F. First, D. A. Regier. 2002, \u00ab&nbsp;A research Agenda for DSM-V&nbsp;\u00bb, Washington,&nbsp;<em>American Psychiatric Association Press<\/em>, pp. XVIII-XIX.<\/li><li id=\"no7\" class=\"note renvoi-in-alinea\">S. Lepastier (2008), \u00ab&nbsp;La construction de la maladie d\u00e9pressive dans la psychiatrie ath\u00e9orique&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Cliniques m\u00e9diterran\u00e9ennes<\/em>, 77, 77-92.<\/li><li id=\"no8\" class=\"note renvoi-in-alinea\">A. Gr\u00fcnbaum (1993),&nbsp;<em>Les fondements de la psychanalyse, une critique philosophique<\/em>, Paris PUF, 1996.<\/li><li id=\"no9\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Edward Shorter (1997),&nbsp;<em>A History of Psychiatry&nbsp;: From the Era of the Asylum to the Age of Prozac<\/em>, New York, Wiley.<\/li><li id=\"no10\" class=\"note renvoi-in-alinea\">William L. Laurence (1957),&nbsp;<em>Drug Called a \u2018Psychic Energizer\u2019 Found Useful in Treating Mental Illnesses<\/em>, New York Times, December, 22, 1957, p.&nbsp;97.<\/li><li id=\"no11\" class=\"note renvoi-in-alinea\">M. Briot. 2006,&nbsp;<em>Rapport sur le bon usage des m\u00e9dicaments psychotropes<\/em>, Paris, Journal Officiel, Annexes, 22 juin 2006.<\/li><li id=\"no12\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Comme il ressort du d\u00e9bat lors de la pr\u00e9sentation du rapport (Bulletin des Travaux de l\u2019Office parlementaire d\u2019\u00e9valuation des politiques de sant\u00e9, s\u00e9ance du 15 juin 2006).<\/li><li id=\"no13\" class=\"note renvoi-in-alinea\">American Psychiatric Association (2000)&nbsp;<em>Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders, DSM-IV-TR<\/em>, fourth edition, text revision, Washington (D. C.): American Psychiatric Association Press, p.&nbsp;356.<\/li><li id=\"no14\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Gardiner Harris, Benedict Garey (2008) \u00ab&nbsp;Researchers Fail to Reveal Full Drug Pay&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>New York Times<\/em>, June 8th.<\/li><li id=\"no15\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Benedict Garey, Gardiner Harris, (2008) \u00ab&nbsp;Psychiatric Group Faces Scrutiny Over Drug Industry Ties&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>New York Times<\/em>, July 12th.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10147?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9e en 2001, une \u00e9tude de l\u2019OMS pr\u00e9voit, si les tendances actuelles se maintiennent, que la d\u00e9pression sera la premi\u00e8re cause d\u2019invalidit\u00e9 dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s d\u00e8s 20201. 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