{"id":10128,"date":"2021-08-22T07:31:21","date_gmt":"2021-08-22T05:31:21","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/le-psychodrame-avec-des-patients-somatisants-2\/"},"modified":"2021-09-24T12:11:24","modified_gmt":"2021-09-24T10:11:24","slug":"le-psychodrame-avec-des-patients-somatisants","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-psychodrame-avec-des-patients-somatisants\/","title":{"rendered":"Le psychodrame avec des patients somatisants"},"content":{"rendered":"\n<p>Pendant longtemps, Pierre Marty n\u2019a pas voulu entendre parler de psychodrame. Il a toutefois accept\u00e9 de nous laisser tenter une exp\u00e9rience de psychodrame \u00e0 l\u2019Institut de Psychosomatique (IPSO) avec des patients somatisants. Elle dure depuis 18 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>P. Marty assimilait cette technique \u00e0 une th\u00e9rapie de groupe et devait craindre que la multiplicit\u00e9 des liens ne provoque une confrontation forc\u00e9e du patient \u00e0 une conflictualit\u00e9 oedipienne non int\u00e9grable par son propre fonctionnement psychique. Il devait supposer que le psychodrame laisserait moins d\u2019\u00e9chappatoires aux patients intol\u00e9rants aux situations triangul\u00e9es conflictuelles et qu\u2019il en r\u00e9sulterait un risque accru de d\u00e9sorganisation somatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les psychosomaticiens se sont m\u00e9fi\u00e9s du psychodrame jusqu\u2019en 1990, il n\u2019en a pas \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour les praticiens et th\u00e9oriciens du psychodrame vis-\u00e0-vis de la th\u00e9orie psychosomatique pendant la m\u00eame p\u00e9riode. En 1958, S. Lebovici, R. Diatkine et E. Kestemberg posaient comme principe g\u00e9n\u00e9ral des indications du psychodrame qu\u2019il s\u2019adresse \u00e0 des patients ne pouvant pas b\u00e9n\u00e9ficier de psychoth\u00e9rapies verbales. Cette distinction para\u00eet curieuse aujourd\u2019hui mais s\u2019inscrit \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans une vis\u00e9e d\u2019aide \u00e0 la verbalisation lorsque celle-ci est entrav\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1987, E. Kestemberg et P. Jeammet avancent que le psychodrame n\u2019est pas oppos\u00e9 aux th\u00e9rapies verbales et la notion d\u2019entraves \u00e0 la verbalisation laisse la place \u00e0 celle d\u2019entraves au fonctionnement psychique. Le but primordial du psychodrame devient la remise en fonctionnement des capacit\u00e9s pr\u00e9conscientes du sujet, but que se fixaient les psychosomaticiens pour leurs patients somatisants. Au psychodrame, il s\u2019agit d\u2019atteindre ce but par des moyens qui apparaissent en bien des points comparables \u00e0 la technique de th\u00e9rapie des patients somatiques, qu\u2019il s\u2019agisse, comme l\u2019ont \u00e9crit les auteurs, d\u2019offrir \u201cune b\u00e9quille sensorielle\u201d aux patients, d\u2019animer leurs capacit\u00e9s fantasmatiques associatives en ayant recours aux fantasmes des th\u00e9rapeutes et du meneur, ou de favoriser des lat\u00e9ralisations du transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>Les indications du psychodrame concernent d\u00e9sormais en premier lieu des sujets dont les psychosomaticiens diraient qu\u2019ils ont une mentalisation d\u00e9faillante, chez qui le manque de libert\u00e9 associative entravant leur fonctionnement mental peut entra\u00eener \u201cune pens\u00e9e de type op\u00e9ratoire qui ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019au factuel et fuit les \u00e9motions\u201d. Ainsi, au moment m\u00eame o\u00f9 P. Marty et les psychosomaticiens r\u00e9cusaient le psychodrame comme m\u00e9thode de traitement pour ces patients mal mentalis\u00e9s, ceux-ci deviennent, pour les psychodramatistes leur indication principale et m\u00eame la raison d\u2019\u00eatre du psychodrame.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La fonction maternelle du th\u00e9rapeute estelle compatible avec le psychodrame&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>La technique prudente pr\u00e9conis\u00e9e par P. Marty avec les patients somatisants, surtout s\u2019ils ont un fonctionnement op\u00e9ratoire, peut sembler, au premier abord, assez peu compatible avec le psychodrame. Dans une th\u00e9rapie individuelle, il s\u2019agit, avant tout, d\u2019\u00e9viter de traumatiser ces patients chez qui s\u2019exprime une forte tendance \u00e0 la d\u00e9liaison et \u00e0 la dissolution de l\u2019activit\u00e9 repr\u00e9sentative, et sur qui p\u00e8se, de ce fait, un risque de d\u00e9sorganisation somatique.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re t\u00e2che du th\u00e9rapeute, selon P. Marty, n\u2019est donc pas d\u2019interpr\u00e9ter ce qu\u2019il trouve dangereux, mais d\u2019assurer une forme d\u2019accompagnement qu\u2019il a appel\u00e9e \u201cfonction maternelle du th\u00e9rapeute\u201d. Celle-ci assure un accompagnement, un mode de relation qui vise \u00e0 entra\u00eener le patient \u00e0 cr\u00e9er des liens, quels qu\u2019ils soient. Or, la th\u00e9orie du psychodrame a repris \u00e9galement cet objectif, en consid\u00e9rant que son dispositif incite le patient \u00e0 cr\u00e9er des liens en fournissant \u00e0 celui-ci des repr\u00e9sentations. Cette caract\u00e9ristique du psychodrame, cens\u00e9e poursuivre le m\u00eame but que la fonction maternelle du th\u00e9rapeute selon P. Marty, est presque son contraire. Au psychodrame, l\u2019activit\u00e9 de liaison associative du patient est stimul\u00e9e par les figurations apport\u00e9es par les coth\u00e9rapeutes dans le jeu et par le meneur lors de la reprise du mat\u00e9riel, ne serait-ce que, par exemple, lorsqu\u2019il \u00e9tablit des liens entre la sc\u00e8ne qui vient d\u2019\u00eatre jou\u00e9e et d\u2019autres jou\u00e9es ant\u00e9rieurement.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend qu\u2019un enrichissement de l\u2019\u00e9paisseur du pr\u00e9conscient du patient peut en \u00eatre attendu. Cependant, les psychodramatistes sont loin de la \u201cprudence du d\u00e9mineur\u201d pr\u00e9conis\u00e9e par P. Marty, et semblent ignorer que l\u2019injection de fantasmes peut avoir des effets plus n\u00e9fastes chez un patient au fonctionnement psychique \u201cinachev\u00e9\u201d. En proposant ses propres associations, l\u2019analyste risque de confronter son patient \u00e0 un fonctionnement psychique achev\u00e9 postoedipien qui lui est inaccessible. La perception du manque qui s\u2019ensuit peut alors provoquer une blessure narcissique. Chez les patients somatisants, ce risque se double d\u2019un risque d\u2019atteinte du somatique. D\u2019o\u00f9 les am\u00e9nagements techniques pr\u00e9conis\u00e9s par P. Marty afin de diminuer ce danger par rapport \u00e0 celui que fait encourir la cure classique. Or, le psychodrame expose plus encore que la cure-type le fonctionnement psychique des th\u00e9rapeutes et leur nombre d\u00e9multiplie aussi le risque de survenue d\u2019une telle blessure narcissique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">A propos d\u2019un exemple d\u2019intervention de Pierre Marty<\/h2>\n\n\n\n<p>Un exemple d\u2019intervention dans une cure donn\u00e9 par P. Marty concerne la r\u00e9pression et permet aussi de mieux comprendre la technique prudente qu\u2019il recommande. On l\u2019imagine facilement transpos\u00e9 au psychodrame&nbsp;: \u201cIl m\u2019arrive, dit P. Marty, de dire \u00e0 un patient qui me raconte comment il s\u2019est abstenu de r\u00e9pondre \u00e0 une agression dont il a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet&nbsp;: \u201cVous savez&nbsp;? moi j\u2019agis autrement&nbsp;; si quelqu\u2019un me marche sur le pied dans le m\u00e9tro, j\u2019ai envie de le tuer. Bien s\u00fbr, je ne le tue pas&nbsp;!, mais je suis furieux, je fais la t\u00eate, et au bout d\u2019un moment, je me mets en col\u00e8re contre moi-m\u00eame et l\u2019excuse. Il ne l\u2019a pas fait expr\u00e8s. Mais n\u2019importe comment, il m\u2019a fait mal et je reconnais que, sur le moment, j\u2019ai eu envie de le tuer. Mais moi, je ne suis pas vous\u201d. On voit bien que, bien que se m\u00e9fiant du psychodrame avec les patients somatiques, P. Marty pr\u00e9conisait des interventions au style psychodramatique, et en faisait lui-m\u00eame tr\u00e8s souvent. Que peut-on imaginer de l\u2019exemple de P. Marty s\u2019il \u00e9tait transpos\u00e9 au psychodrame&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que le simple fait qu\u2019un coth\u00e9rapeute joue la sc\u00e8ne en supprimant la r\u00e9pression de l\u2019agressivit\u00e9 du patient permettrait de montrer \u00e0 celui-ci qu\u2019un autre fonctionnement est possible dans lequel des d\u00e9sirs peuvent s\u2019exprimer et \u00eatre reconnus. Le psychodrame permettrait, th\u00e9oriquement encore, de proposer d\u2019autres versions de cette sc\u00e8ne, par exemple en exag\u00e9rant le syst\u00e8me de r\u00e9pression du patient \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un miroir grossissant. Le psychodrame pourrait encore permettre une inversion des r\u00f4les, en pla\u00e7ant le patient \u00e0 son tour en position d\u2019\u00e9craseur de pieds et d\u2019agresseur. Le dispositif du psychodrame aurait encore th\u00e9oriquement l\u2019avantage que le meneur s\u2019expose moins, en laissant le soin aux coth\u00e9rapeutes d\u2019exprimer dans le jeu ce que P. Marty seul en face de son patient, doit lui expliquer dans un long monologue. En faisant l\u2019\u00e9conomie de cette d\u00e9monstration explicative gr\u00e2ce au jeu auquel il ne participe pas directement, le meneur risquerait moins de compromettre sa neutralit\u00e9.<br>Mais, cette intense activit\u00e9 de liaison qui fait l\u2019int\u00e9r\u00eat du psychodrame avec des patients psychosomatiques est \u00e9galement ce qui peut le faire \u00e9chouer, car le bon d\u00e9roulement de chacune des occurrences de jeu mentionn\u00e9es peut \u00eatre entrav\u00e9 par une blessure narcissique r\u00e9sultant de la confrontation \u00e0 un fonctionnement auquel le patient ne peut pas s\u2019identifier.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le psychodrame et la r\u00e9pression<\/h2>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en reste pas moins que le psychodrame se r\u00e9v\u00e8le une technique particuli\u00e8rement int\u00e9ressante, me semble-il, dans le cas d\u2019une r\u00e9pression d\u2019affects et\/ou de repr\u00e9sentations. Nous avons fait, des s\u00e9ances d\u2019exploration avec un gar\u00e7on de 13 ans, Louis, qui a un s\u00e9v\u00e8re ecz\u00e9ma g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 cortico-d\u00e9pendant et une n\u00e9vrose d\u2019enfant sage depuis l\u2019\u00e2ge de 4 ans. Il est tr\u00e8s difficile de lui arracher quelques indications pour jouer. A la premi\u00e8re s\u00e9ance, les proc\u00e9d\u00e9s usuels par des questions du genre&nbsp;: \u201c\u00e7a se passerait o\u00f9&nbsp;?, dehors ou dedans&nbsp;?, il y aurait qui&nbsp;?\u201d etc., permettent d\u2019obtenir, comme indication de jeu, que la sc\u00e8ne se passerait au coll\u00e8ge o\u00f9 aurait lieu une discussion entre deux copains, lui-m\u00eame \u00e9tant absent. Il joue l\u2019un des deux. L\u2019autre est jou\u00e9 par un coth\u00e9rapeute qui ne manque pas de rapporter cette absence \u00e0 des conflits, par exemple qu\u2019il craint de se mesurer \u00e0 ses copains. Le copain jou\u00e9 par Louis, de son c\u00f4t\u00e9, explique que Louis est absent parce qu\u2019il est en train d\u2019aider ses parents \u00e0 la maison, qu\u2019il met la table et fait ses devoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la reprise de la sc\u00e8ne avec moi, il m\u2019explique qu\u2019il n\u2019y a aucun conflit entre \u201caller jouer avec ses copains\u201d et \u201crester faire ses devoirs\u201d et \u201c\u00eatre raisonnable\u201d. Il n\u2019a pas d\u2019autres d\u00e9sirs que d\u2019\u00eatre s\u00e9rieux, serviable et gentil.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la sc\u00e8ne suivante, il est avec ses gentils grands-parents. Les deux coth\u00e9rapeutes qui jouent leurs r\u00f4les conflictualisent de toutes les fa\u00e7ons possibles, en comparant Louis \u00e0 sa petite s\u0153ur qu\u2019ils trouvent si parfaite, ou en le pla\u00e7ant en situation d\u2019avoir \u00e0 choisir entre eux deux. L\u2019une des interventions de Louis, dans cette sc\u00e8ne, est pour dire qu\u2019il ne pleure plus autant que lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant. J\u2019interromps la sc\u00e8ne l\u00e0-dessus pour lui demander les raisons de ses pleurs. Il le faisait \u00e0 chaque contrari\u00e9t\u00e9, me dit-il, r\u00e9ponse qui me permet de lui montrer que, s\u2019il affirme ne jamais \u00eatre contrari\u00e9 maintenant, il y a bien eu un temps o\u00f9 il l\u2019a \u00e9t\u00e9. Il en convient et me donne un exemple&nbsp;: quand on lui donnait un bonbon, il en voulait un second et n\u2019en avait jamais assez. Puisqu\u2019il n\u2019est plus contrari\u00e9 maintenant, je lui demande comment il a fait pour ne plus l\u2019\u00eatre&nbsp;? Il me r\u00e9pond&nbsp;: \u201cj\u2019ai grandi\u201d. J\u2019entends, ici&nbsp;: \u201cj\u2019ai r\u00e9prim\u00e9 mes pulsions\u201d, et je pense que c\u2019est comme cela que s\u2019est constitu\u00e9e sa n\u00e9vrose d\u2019enfant sage.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une telle r\u00e9pression de l\u2019affect et un tel effort pour \u00e9carter des repr\u00e9sentations qui me semblent \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez Louis comme chez le patient de P. Marty. Au psychodrame de Louis, de sc\u00e8ne en sc\u00e8ne, les coth\u00e9rapeutes vont continuer \u00e0 en rajouter du c\u00f4t\u00e9 des conflits, qui deviennent de plus en plus violents, alors que Louis reste d\u2019une docilit\u00e9 impressionnante, paraissant non concern\u00e9. Arrive la sc\u00e8ne d\u2019une discussion qu\u2019il aurait avec ses deux s\u0153urs. Les coth\u00e9rapeutes jouent \u00e0 des jeux de filles qui excluent Louis mais disent bien vouloir jouer avec lui \u00e0 condition qu\u2019il se d\u00e9guise en fille. Il finit par r\u00e9agir, rel\u00e2chant la r\u00e9pression de son agressivit\u00e9, en disant pr\u00e9f\u00e9rer un d\u00e9guisement de cow-boy. Les coth\u00e9rapeutes continuent \u00e0 exacerber le conflit oedipien et la menace de castration. Elles lui donnent le costume et le revolver, mais la th\u00e9rapeute qui tient le r\u00f4le de la petite s\u0153ur lui arrache son revolver et le casse. Louis dit \u201cce n\u2019est pas grave\u201d. J\u2019arr\u00eate la sc\u00e8ne et lui fais remarquer que \u201cce n\u2019est pas grave\u201d est une phrase qu\u2019il r\u00e9p\u00e8te tr\u00e8s souvent. Il se justifie&nbsp;: non, ce n\u2019\u00e9tait vraiment pas grave de lui enlever son revolver et le casser. Je lui demande ce qui pourrait bien \u00eatre grave alors. Il r\u00e9pond que ce serait la mort de quelqu\u2019un, une maladie, un accident. Je lui propose de jouer une sc\u00e8ne de ce genre. Il y aurait donc un incendie et il serait pompier. Il essayerait de sauver deux personnes, un homme et une femme. A \u00e9couter cet \u00e9nonc\u00e9, on peut se dire que la conflictualisation apport\u00e9e par le psychodrame a quand m\u00eame permis de rel\u00e2cher la r\u00e9pression pour faire \u00e9merger cet int\u00e9ressant fantasme de sc\u00e8ne primitive.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019impossibilit\u00e9 \u00e0 jouer de l\u2019op\u00e9ratoire<\/h2>\n\n\n\n<p>Le dispositif du psychodrame place le patient dans une situation triangul\u00e9e conflictuelle et, lorsqu\u2019il existe une insuffisance de fonctionnalit\u00e9 du refoulement chez lui, le psychodrame le confronte \u00e0 son incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer son complexe d\u2019oedipe. Cette confrontation au conflit oedipien me semble alors responsable d\u2019une plus grande fr\u00e9quence des arr\u00eats de traitements, et dans l\u2019exp\u00e9rience de notre \u00e9quipe, \u00e9galement d\u2019une plus grande fr\u00e9quence d\u2019indications r\u00e9cus\u00e9es apr\u00e8s quelques s\u00e9ances d\u2019essai.<\/p>\n\n\n\n<p>Un patient tr\u00e8s op\u00e9ratoire qui ne fonctionne que dans le factuel et la reduplication projective se trouve, finalement, incapable de jouer. Le plus souvent, il n\u2019a pas d\u2019id\u00e9es de sc\u00e8ne \u00e0 proposer. Il y a plusieurs fa\u00e7ons d\u2019envisager ce \u201cje n\u2019ai pas d\u2019id\u00e9es de sc\u00e8ne \u00e0 proposer\u201d. Il me semble que certains patients qui disent ne pas avoir d\u2019id\u00e9es au psychodrame pratiquent ainsi une n\u00e9gation immobilisant le psychodrame sur un mode \u00e9quivalent \u00e0 une paralysie hyst\u00e9rique et j\u2019ai montr\u00e9 \u00e0 ce propos les analogies du psychodrame avec les r\u00eaves typiques. L\u2019exhibition d\u2019un manque d\u2019id\u00e9es par un patient me semble, en effet, comparable au r\u00eave de confusion devant la nudit\u00e9 ainsi qu\u2019au r\u00eave d\u2019examen, d\u2019autant plus que ces r\u00eaves typiques s\u2019accompagnent d\u2019une paralysie de l\u2019activit\u00e9 associative.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec les patients somatiques mal mentalis\u00e9s, je crois que la distinction propos\u00e9e par A. Green entre les patients qui disent ne penser \u00e0 rien et ceux qui disent avoir un blanc de la pens\u00e9e prend toute sa pertinence. Les premiers op\u00e8rent une n\u00e9gation&nbsp;: \u201cje n\u2019ai pas d\u2019id\u00e9es\u201d masque qu\u2019ils en ont trop. Ils expriment une pens\u00e9e de transfert et la n\u00e9gation repose sur un refoulement. Les seconds tentent de communiquer un trouble de l\u2019activit\u00e9 de penser, une suspension d\u2019activit\u00e9 psychique. Le blanc de la pens\u00e9e n\u2019est pas \u00e9vocateur d\u2019un refoulement. C\u2019est le cas des patients limites pour Green, et, des plus op\u00e9ratoires dans notre exp\u00e9rience. Ceux-l\u00e0 n\u2019ont pas d\u2019id\u00e9es de sc\u00e8nes \u00e0 jouer parce qu\u2019ils sont fix\u00e9s au factuel et \u00e0 l\u2019utilitaire. S\u2019ils finissent par jouer un r\u00f4le, ils sont dans le r\u00e9alisme, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils jouent sans jouer. La n\u00e9cessit\u00e9 qui les pousse \u00e0 d\u00e9sinvestir les relations objectales compromet toutes les identifications, \u00e0 commencer par l\u2019identification au meneur.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019investissement d\u2019une \u00e9quipe de psychodrame par un op\u00e9ratoire a ceci de particulier qu\u2019il est contrecarr\u00e9, \u00e0 mon avis, par le fait que celui-ci cherche tout en m\u00eame temps \u00e0 d\u00e9sinvestir les relations individuelles sur un mode \u201cd\u00e9sobjectalisant\u201d. Je pense que cet investissement comportant une part de d\u00e9sinvestissement ne peut qu\u2019emp\u00eacher les ph\u00e9nom\u00e8nes identificatoires, notamment au meneur. M\u00eame si on peut supposer que la fragmentation du transfert pourrait \u00eatre un atout avec certains patients somatisants, comme les transferts lat\u00e9raux qui sont respect\u00e9s et valoris\u00e9s par les psychosomaticiens, il y a, me semble-t-il, une difficult\u00e9 majeure due au fait que c\u2019est le transfert lui-m\u00eame qui est absent ou r\u00e9duit au minimum. Et, selon moi, l\u2019op\u00e9ratoire qui supporte la situation de psychodrame, ne le fait que gr\u00e2ce \u00e0 une part non op\u00e9ratoire chez lui, autrement dit, un reste de fonctionnement n\u00e9vrotique ou psychotique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conflits, s\u00e9duction et menace de castration au psychodrame<\/h2>\n\n\n\n<p>M\u00eame si le psychodrame cr\u00e9e des liens, il n\u2019est pas vraiment assimilable \u00e0 une fonction maternelle du th\u00e9rapeute du fait qu\u2019il favorise les tiraillements conflictuels et qu\u2019il est bien difficile de lui \u00f4ter ce caract\u00e8re conflictualisant qui lui est consubstantiel. L\u2019adolescent qui choisit une sc\u00e8ne en classe a toutes les chances de se trouver, dans le jeu, pris en sandwich entre un coth\u00e9rapeute qui le pousse \u00e0 satisfaire ses pulsions et un autre incarnant un surmoi qui s\u2019y oppose. Le psychodrame est un dispositif qui pousse \u00e0 transformer toutes sortes de situations en conflits entre instances, ce qui est l\u2019un de ses atouts avec les n\u00e9vros\u00e9s mais n\u2019est pas un avantage avec un patient qui n\u2019a pas le m\u00eame acc\u00e8s \u00e0 ces conflits. Chez Louis, par exemple, la docilit\u00e9 ne me semble pas r\u00e9sulter d\u2019une culpabilit\u00e9 en rapport avec l\u2019action d\u2019un surmoi individuel plus ou moins s\u00e9v\u00e8re. Je pense qu\u2019il y a, chez lui, la volont\u00e9 de n\u2019avoir aucun conflit pour \u00eatre en conformit\u00e9 \u00e0 un id\u00e9al social qui les d\u00e9savoue. Le consensus social en question ne me semble pas s\u2019\u00eatre forg\u00e9 par l\u2019identification au chef caract\u00e9ristique de la psychologie des foules. Je pense plut\u00f4t qu\u2019il s\u2019y substitue. Dans l\u2019exemple de son psychodrame, les coth\u00e9rapeutes ont beaucoup cherch\u00e9 \u00e0 conflictualiser en incarnant r\u00e9guli\u00e8rement une instance surmo\u00efque classique \u00e0 laquelle il n\u2019est pas s\u00fbr qu\u2019il ait acc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>M. Aisenstein a soulign\u00e9 le r\u00f4le d\u2019activateur du fantasme de sc\u00e8ne primitive du psychodrame et j\u2019ai soulign\u00e9 son action sur le fantasme de s\u00e9duction de l\u2019enfant par l\u2019adulte par de multiples voies. Je n\u2019en \u00e9voquerais qu\u2019une, celle de l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un r\u00f4le par un coth\u00e9rapeute dont le premier r\u00e9flexe est de d\u00e9busquer le sexuel. L\u00e0 encore, je pense qu\u2019il y a quelque chose d\u2019in\u00e9luctable au psychodrame. M\u00eame si la prudence pr\u00e9vaut, les th\u00e9rapeutes jouent forc\u00e9ment double jeu et sont forc\u00e9ment dans le double sens et la bisexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est banal de dire qu\u2019une forme de s\u00e9duction circule in\u00e9vitablement au psychodrame, mais il faudrait ajouter qu\u2019elle exacerbe le fantasme de s\u00e9duction par l\u2019adulte, cet adulte qui interpr\u00e9te des propos innocents, des jeux d\u2019enfants, pour y trouver de la sexualit\u00e9 d\u2019adulte. Or, l\u2019organisation mentale de certains patients ne r\u00e9siste pas lorsque la pens\u00e9e de liens sexuels est trop porteuse de risque de destruction. Lorsqu\u2019il ne leur reste comme \u00e9chappatoire que la d\u00e9liaison de l\u2019activit\u00e9 repr\u00e9sentative, par l\u2019isolation ou la r\u00e9pression par exemple, le psychodrame risque de leur couper ces derniers proc\u00e9d\u00e9s d\u00e9fensifs et les laisser d\u00e9munis.<\/p>\n\n\n\n<p>La menace de castration me semble \u00e9galement inh\u00e9rente aux messages d\u00e9livr\u00e9s par les th\u00e9rapeutes dans le jeu. Cette menace est aussi une cons\u00e9quence du plaisir de l\u2019\u00e9quipe du psychodrame \u00e0 jouer. Les m\u00e9canismes communs \u00e0 l\u2019auto-\u00e9rotisme et \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation d\u00e9crits par D. Braunschweig et M. Fain sont tout aussi pr\u00e9sents au psychodrame que dans la cure classique, et peut-\u00eatre m\u00eame plus encore. Je veux dire que ce plaisir \u00e9rotique trouv\u00e9 par les th\u00e9rapeutes dans le jeu suscite chez eux un contre-transfert se manifestant d\u00e9fensivement par une tendance \u00e0 vouloir en effacer les traces aux yeux du patient. La pratique de la scansion par le meneur fait \u00e9galement peser de fa\u00e7on permanente une menace de castration, utilisable de fa\u00e7on int\u00e9ressante pour le processus analytique avec des n\u00e9vros\u00e9s, mais plus traumatisante avec les patients mal mentalis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a donc des diff\u00e9rences entre l\u2019activit\u00e9 de liaison du psychodrame et l\u2019activit\u00e9 de liaison du th\u00e9rapeute accompagnant son patient somatique sur un mode maternel, selon la technique pr\u00e9conis\u00e9e par P. Marty. Le psychodrame cr\u00e9e des liens, mais en prise directe avec le conflit oedipien et le complexe de castration. La vis\u00e9e de d\u00e9construction de l\u2019\u00e9difice n\u00e9vrotique y est au premier plan <em>via<\/em> les interpr\u00e9tations qui fusent de tous c\u00f4t\u00e9s. A celles qui sont donn\u00e9es par le meneur, s\u2019ajoutent les interventions des coth\u00e9rapeutes qui ont souvent valeur d\u2019interpr\u00e9tations psychanalytiques classiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, je crois que l\u2019\u00e9cart entre le psychodrame et la fonction maternelle du th\u00e9rapeute n\u2019est pas aussi grand qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. C\u2019est parce qu\u2019\u00e0 mon avis, la fonction maternelle n\u2019est pas aussi innocente qu\u2019on veut bien le croire, en ce sens qu\u2019elle aussi ne cr\u00e9e pas de liaisons d\u00e9barrass\u00e9es de toute pulsionnalit\u00e9. Lorsqu\u2019on parle de fonction maternelle, on ne peut pas faire l\u2019impasse sur le d\u00e9sir de la m\u00e8re. Ni chez une m\u00e8re et son nourrisson, ni \u00e0 propos de la fonction maternelle du th\u00e9rapeute avec un patient. Elle n\u2019existe pas sans p\u00e8re, sans tiers, sans traces de la sc\u00e8ne primitive dont elle est issue, sans partage psychique conflictuel entre investissements de m\u00e8re et investissements de femme. Elle n\u2019existe pas, sans articulation avec la censure de l\u2019amante.<br>Lorsqu\u2019un th\u00e9rapeute, se donne comme mod\u00e8le de fonctionnement psychique en proposant ses propres associations sur le mat\u00e9riel du patient, il n\u2019est pas sans d\u00e9sir de s\u00e9duire, et il montre \u00e9galement qu\u2019il est s\u00e9duit par lui. Il est porteur d\u2019une menace de castration pour son patient et se montre lui-aussi ch\u00e2tr\u00e9 en exhibant son incapacit\u00e9 \u00e0 tout comprendre et \u00e0 tout savoir. Autrement dit, m\u00eame s\u2019il a de bonnes capacit\u00e9s d\u2019empathie, l\u2019identification hyst\u00e9rique ne dispara\u00eet pas pour autant chez lui.<br>Pour conclure cette r\u00e9flexion sur les difficult\u00e9s du psychodrame avec les patients risquant une d\u00e9sorganisation somatique, je dirais qu\u2019un psychodrame prudent mais lucide vaut certainement parfois mieux qu\u2019un accompagnement individuel de type maternel \u201cimprudent\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire ignorant la conflictualit\u00e9 qu\u2019il v\u00e9hicule.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10128?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant longtemps, Pierre Marty n\u2019a pas voulu entendre parler de psychodrame. 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