{"id":10118,"date":"2021-08-22T07:31:21","date_gmt":"2021-08-22T05:31:21","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-notion-de-handicap-paradigme-des-droits-de-la-personne-2\/"},"modified":"2021-10-03T12:00:04","modified_gmt":"2021-10-03T10:00:04","slug":"la-notion-de-handicap-paradigme-des-droits-de-la-personne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-notion-de-handicap-paradigme-des-droits-de-la-personne\/","title":{"rendered":"La notion de handicap : paradigme des droits de la personne"},"content":{"rendered":"\n<p>On peut se demander pourquoi ce mot venu de l\u2019anglais, et d\u00e9sormais courant, voire envahissant, soul\u00e8ve tant de passions&nbsp;? Son histoire est aussi compliqu\u00e9e qu\u2019il est polys\u00e9mique. Tout d\u2019abord, il est pass\u00e9 du turf au social&nbsp;: une affaire de poids ou de distance en plus ou en moins, afin d\u2019\u00e9galiser les chances, comme si l\u2019on avait tir\u00e9 le num\u00e9ro gagnant \u00ab&nbsp;dans un chapeau&nbsp;\u00bb. De plus, il signifie commun\u00e9ment l\u2019exclusion et concr\u00e9tise l\u2019opprobre qui se porte sur une personne. Pour l\u2019homme de la rue en effet, \u00eatre handicap\u00e9, c\u2019est \u00eatre infirme, aveugle, sourd, faible d\u2019esprit, bref diminu\u00e9. Par extension, c\u2019est aussi \u00eatre affubl\u00e9 d\u2019un pesant fardeau&nbsp;: une famille tr\u00e8s nombreuse et donc accaparante, un \u00e2ge trop avanc\u00e9 pour \u00eatre \u00ab&nbsp;dans le coup&nbsp;\u00bb! Il s\u2019agit, en somme, d\u2019un emp\u00eachement permanent, d\u2019une libert\u00e9 entrav\u00e9e, auxquels s\u2019ajoutent la notion d\u2019une grande injustice et aussi l\u2019id\u00e9e d\u2019un destin sans issue.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Histoire r\u00e9cente de la notion de handicap et de sa signification<\/h2>\n\n\n\n<p>Outre le sens commun, \u00e9voqu\u00e9 ci-dessus, le terme \u00ab&nbsp;handicap\u00bb poss\u00e8de une signification \u00e9thique et une valeur scientifique, l\u2019une et l\u2019autre oubli\u00e9es devant la pr\u00e9gnance du sens premier, d\u2019o\u00f9 les fr\u00e9quents contresens observ\u00e9s dans la pratique. C\u2019est pourtant dans cette acception populaire qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 introduit en France, au moins sur le plan l\u00e9gislatif, lors de la r\u00e9daction de la loi du 23 novembre 1957 sur le travail prot\u00e9g\u00e9 destin\u00e9e aux travailleurs dont la productivit\u00e9 \u00e9tait diminu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine dix ans plus tard, dans son rapport fondateur, F. Bloch-Lain\u00e9 (1967) l\u2019utilisait dans un sens \u00e9thique, en \u00e9voquant d\u00e9j\u00e0 la compensation n\u00e9cessaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;afin de pr\u00e9venir les faiblesses dont souffrent les personnes handicap\u00e9es, il convient, tant\u00f4t d\u2019agir sur les faits, sur les circonstances qui les produisent, tant\u00f4t les d\u00e9celer \u00e0 temps pour emp\u00eacher qu\u2019ils ne s\u2019aggravent&nbsp;\u00bb. \u00c9tonnamment moderne&nbsp;! Sept ans plus tard, dans le <em>Handbook of Psychiatry<\/em> de 1974, Zena Stein et Mary Susse \u00e9voquent les trois aspects que l\u2019on peut d\u00e9crire \u00e0 propos de la d\u00e9ficience intellectuelle&nbsp;: la d\u00e9ficience, l\u2019incapacit\u00e9 et le handicap, ce dernier \u00e9tant le d\u00e9savantage social qui, en interaction avec les exigences de l\u2019environnement, r\u00e9sulte des deux premiers. Ces diff\u00e9rents regards sur un m\u00eame sujet, partant de sa pathologie, pour observer l\u2019incapacit\u00e9 r\u00e9sultante et ses cons\u00e9quences sociales, repr\u00e9sentent un concept issu de la psychiatrie, on l\u2019ignore trop souvent. Car c\u2019est un rhumatologue anglais, PHN. Wood, qui reprendra cette notion en 1975 et lui donnera la formulation classique des \u00ab&nbsp;trois niveaux d\u2019exp\u00e9rience de vie&nbsp;\u00bb, laquelle fera le tour du monde, entra\u00eenant son adoption par l\u2019OMS en 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aspect situationnel du concept de handicap a \u00e9t\u00e9 par la suite tr\u00e8s travaill\u00e9 notamment au Qu\u00e9bec, par un anthropologue lui-m\u00eame handicap\u00e9, P. Fougeyrollas, lequel insiste (1993, 1997, 1998) sur les obstacles ou les facilit\u00e9s que la soci\u00e9t\u00e9 peut mettre sur le chemin de la personne malade ou d\u00e9ficiente, reprenant l\u00e0 encore une vieille id\u00e9e fran\u00e7aise de P. Minaire et J. Cherpin (1976). Cette derni\u00e8re \u00e9volution du concept aboutira finalement \u00e0 la \u00abclassification internationale du fonctionnement, du handicap et de la sant\u00e9&nbsp;\u00bb (la CIF) qui a opportun\u00e9ment remplac\u00e9 la CIDIH (classification internationale des d\u00e9ficiences, incapacit\u00e9s et handicaps).<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00f4le de l\u2019environnement appara\u00eet en effet de plus en plus essentiel&nbsp;: plus les interactions du sujet avec le milieu seront ajust\u00e9es \u00e0 ses niveaux de comp\u00e9tences et de fonctionnement, moins elles seront \u00ab&nbsp;handicapantes\u00bb. La notion de handicap, telle qu\u2019elle est d\u00e9sormais abord\u00e9e, se d\u00e9finit par l\u2019\u00e9cart entre la r\u00e9alit\u00e9 du fonctionnement d\u2019une personne et les attentes de son milieu. Or, ces derni\u00e8res sont la r\u00e9sultante des adaptations possibles de l\u2019environnement et des repr\u00e9sentations de l\u2019entourage. Ainsi un enfant atteint d\u2019un d\u00e9ficit, pris dans le sens o\u00f9 il y a un \u00e9cart \u00e0 la norme, tel qu\u2019un d\u00e9ficit moteur ou mental, ou encore d\u2019un trouble envahissant du d\u00e9veloppement, va pr\u00e9senter un \u00e9cart notable entre ses capacit\u00e9s et les attentes du milieu, \u00e9cart qui signe le handicap.<\/p>\n\n\n\n<p>Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que la vulgarisation du terme \u00ab&nbsp;handicap&nbsp;\u00bb dans les ann\u00e9es 60-70 n\u2019a gu\u00e8re rempli d\u2019aise la communaut\u00e9 \u00ab&nbsp;psy&nbsp;\u00bb. On a plut\u00f4t assist\u00e9 \u00e0 une lev\u00e9e de boucliers \u00e0 l\u2019occasion de la loi du 30 Juin 1975, au moment o\u00f9 se pr\u00e9cisait justement le contenu de la notion de handicap&nbsp;: le handicap ne repr\u00e9sente pas la maladie, mais sa cons\u00e9quence sociale du fait des incapacit\u00e9s du sujet versus les exigences (ou l\u2019inadaptation) de son environnement. La raison en est simple&nbsp;: les travaux \u00e9pid\u00e9miologiques et \u00e9pist\u00e9mologiques d\u00e9j\u00e0 rappel\u00e9s, puis plus tard les recherches anthropologiques (Patrick Fougeyrollas, 1993, 1997, 1998) \u00e9taient et demeurent encore peu connus en dehors d\u2019un cercle limit\u00e9. Pour le grand public et m\u00eame la majorit\u00e9 des \u00ab&nbsp;psys&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9poque, le vocable \u00ab&nbsp;handicap&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9voque, ni une valeur \u00e9thique, l\u2019\u00e9galisation des chances, conforme \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie hippique, ni le troisi\u00e8me terme du sch\u00e9ma de Wood (1975), mais plut\u00f4t l\u2019image courante d\u2019une diminution, d\u2019un manque d\u00e9finitif et irr\u00e9m\u00e9diable. Or, tout patient, tout \u00eatre humain est susceptible de progr\u00e8s, comme de r\u00e9gression. L\u2019enfermer dans un \u00e9tat d\u00e9finitivement scell\u00e9, c\u2019est tuer l\u2019espoir d\u2019une am\u00e9lioration, c\u2019est d\u00e9nier les projets th\u00e9rapeutiques et les efforts de restauration&nbsp;: cela s\u2019inscrivait et s\u2019inscrit toujours contre l\u2019\u00e9thique \u00ab&nbsp;psy&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ardeur des \u00ab&nbsp;combattants&nbsp;\u00bb f\u00fbt assez vite temp\u00e9r\u00e9e par les avantages qu\u2019offrait indiscutablement la loi de 1975 aux nombreux patients qui, malgr\u00e9 des soins attentifs demeuraient n\u00e9anmoins dans des situations sociales difficiles&nbsp;: l\u2019attribution du statut de personnes handicap\u00e9es leur ouvrait en effet la voie \u00e0 des mesures adaptatives ou \u00e0 des allocations non n\u00e9gligeables. Les oppositions auraient sans doute pu demeurer limit\u00e9es si la situation ne s\u2019\u00e9tait pas compliqu\u00e9e du fait de deux cons\u00e9quences en apparence contradictoires de l\u2019apparition du terme \u00ab&nbsp;handicap&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>l\u2019appropriation de cette d\u00e9nomination nouvelle par les repr\u00e9sentants de plusieurs cat\u00e9gories de patients qui, pour des raisons diverses (allant de l\u2019image de leur propre pathologie aux moyens financiers attach\u00e9s \u00e0 un statut diff\u00e9rent de celui de la sant\u00e9) \u00e9taient mal \u00e0 l\u2019aise dans cette \u00e9tiquette de \u00ab&nbsp;malades&nbsp;\u00bb&nbsp;;<\/li><li>la r\u00e9volte d\u2019un grand nombre de personnes handicap\u00e9es, g\u00e9n\u00e9ralement en pleine possession de leurs moyens intellectuels, contre l\u2019inf\u00e9riorisation et la d\u00e9pendance dans laquelle la soci\u00e9t\u00e9 les abandonnait, r\u00e9volte qui s\u2019est rapidement transform\u00e9e en une lutte pour les droits et contre la discrimination, mouvement d\u2019id\u00e9es qui est \u00e0 l\u2019origine, entre autres, de la nouvelle loi du 11 F\u00e9vrier 2005 dont il sera question ci-apr\u00e8s.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019appropriation du terme handicap<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019exemple historique de ce glissement s\u00e9mantique est l\u2019abandon du terme \u00ab&nbsp;Nos enfants inadapt\u00e9s&nbsp;\u00bb par l\u2019UNAPEI pour adopter le qualificatif de \u00ab&nbsp;handicap\u00e9s mentaux&nbsp;\u00bb jug\u00e9 moins d\u00e9valorisant et plus appropri\u00e9 que celui \u00ab&nbsp;d\u2019inadapt\u00e9&nbsp;\u00bb et surtout destin\u00e9 \u00e0 se d\u00e9marquer des \u00ab&nbsp;malades mentaux&nbsp;\u00bb qui, de leur c\u00f4t\u00e9, revendiquaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque le fait d\u2019\u00eatre en pleine possession de leurs moyens intellectuels. Le cas de figure qui a le plus contribu\u00e9 \u00e0 diaboliser le handicap aux yeux des \u00ab&nbsp;psys&nbsp;\u00bb est celui des syndromes autistiques, qui par un coup de baguette l\u00e9gislatif ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s sous l\u2019angle r\u00e9ducteur du handicap qui en r\u00e9sulte. Cette d\u00e9cision, unique dans les annales, \u00e9tait justifi\u00e9e, me semble-t-il, par une l\u00e9gitime revendication du droit \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, mais surtout \u00e0 une \u00e9ducation en milieu ordinaire, ce qui rel\u00e8ve davantage du d\u00e9ni de la pathologie que de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances et de la non discrimination.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette notable \u00e9volution id\u00e9ologique s\u2019est \u00e9galement nourrie d\u2019une opposition radicale entre les m\u00e9thodes d\u2019\u00e9ducation venues du n\u00e9o-comportementalisme et la prise en charge d\u2019inspiration psychanalytique et\/ou organis\u00e9es suivant le mod\u00e8le de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle (ou plut\u00f4t de ce qu\u2019il en reste), utilis\u00e9e par la majorit\u00e9 des h\u00f4pitaux de jour et \u00e9tablissements ou services sp\u00e9cialis\u00e9s en France. Le choc avec les \u00ab&nbsp;psys&nbsp;\u00bb ne pouvait \u00eatre que violent et durable, bien que l\u2019animosit\u00e9 r\u00e9ciproque qui en r\u00e9sulte tende \u00e0 s\u2019att\u00e9nuer avec le temps.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le mouvement d\u2019\u00e9mancipation des personnes handicap\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p>Le slogan \u00ab&nbsp;<em>Nothing about us without us<\/em>&nbsp;\u00bb des noirs handicap\u00e9s d\u2019Afrique du Sud a fait le tour du monde, engendrant le concept d\u2019<em>enpowerment<\/em>, aiguisant la non discrimination et, par cons\u00e9quent, la revendication sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits. Il faut reconna\u00eetre qu\u2019en effet ces derniers ne sont gu\u00e8re appliqu\u00e9s puisqu\u2019il est n\u00e9cessaire de les proclamer derechef dans toutes les nouvelles lois&nbsp;! De la non-discrimination d\u00e9coule en pratique la condamnation du paternalisme m\u00e9dical et de l\u2019\u00e9ducation sp\u00e9ciale (devenue pour cette raison \u00ab\u00e9ducation adapt\u00e9e\u00bb) auxquels les \u00ab&nbsp;psys&nbsp;\u00bb sont forc\u00e9ment plus ou moins directement m\u00eal\u00e9s. Certes, une personne, enfant, adolescent ou adulte, handicap\u00e9e est une personne et, de ce point de vue, il n\u2019est en droit pas question de la consid\u00e9rer autrement. Mais, ses capacit\u00e9s (physiques, mentales, relationnelles, etc.) sont diff\u00e9rentes et ne pas lui offrir les am\u00e9nagements, les adaptations, les soins n\u00e9cessaires est une autre fa\u00e7on de la priver de ses droits fondamentaux et m\u00eame constitutionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, l\u2019\u00e9ducation et les soins peuvent devenir d\u00e9licats, mais \u00e0 mon sens, pas impossibles. La privation d\u2019autonomie, de libert\u00e9, cons\u00e9quence du handicap nous oblige \u00e0 un surcro\u00eet d\u2019attention, de pr\u00e9cautions, pour respecter le choix, le d\u00e9sir de ces personnes, mais ne nous impose pas de leur infliger les m\u00eames m\u00e9thodes \u00e9ducatives, les m\u00eames proc\u00e9dures th\u00e9rapeutiques qu\u2019\u00e0 tout un chacun, sous le fallacieux pr\u00e9texte qu\u2019en droit elles sont \u00ab&nbsp;des personnes \u00e9gales \u00e0 toutes les autres&nbsp;\u00bb. Le handicap n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un terrain facile pour les soignants qui sont plus facilement dispos\u00e9s \u00e0 entendre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un traitement \u00abhumain\u00bb que celle d\u2019un traitement \u00e9gal \u00e0 celui du voisin, et donc forc\u00e9ment inadapt\u00e9. En raison des fortes r\u00e9sistances rappel\u00e9es ci-dessus et malgr\u00e9 ses ind\u00e9niables cons\u00e9quences familiales et sociales, la \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb a du attendre la loi du 11 f\u00e9vrier 2005 pour faire son entr\u00e9e parmi les autres handicaps sous le nom de handicap psychique. Jusque l\u00e0, les ali\u00e9n\u00e9s \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s seulement comme des malades, familles et psychiatres tenant d\u2019ailleurs beaucoup \u00e0 ce qu\u2019ils le demeurent, afin de sauvegarder le caract\u00e8re \u00e9volutif de leur \u00e9tat, lequel peut s\u2019am\u00e9liorer comme s\u2019aggraver.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La r\u00e9volution l\u00e9gislative des ann\u00e9es 2000<\/h2>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rents mouvements d\u2019id\u00e9es dont il a \u00e9t\u00e9 question ci-dessus ont finalement entra\u00een\u00e9 assez rapidement des modifications r\u00e9glementaires, puis l\u00e9gislatives, dont font partie les lois, du 2 janvier 2002, dite de \u00abr\u00e9novation sociale&nbsp;\u00bb, du 4 mars 2002, dite \u00ab&nbsp;d\u2019am\u00e9lioration du syst\u00e8me de sant\u00e9 et de d\u00e9mocratie sanitaire&nbsp;\u00bb et surtout celle du 11 f\u00e9vrier 2005 sur \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits et des chances, le partenariat et la citoyennet\u00e9 des personnes handicap\u00e9es&nbsp;\u00bb. Voulue par les Nations-Unies et l\u2019Europe cette derni\u00e8re \u00e9tablit l\u2019accessibilit\u00e9 \u00e0 tout pour tous et le droit \u00e0 compensation du handicap (dont le b\u00e9n\u00e9fice des \u00e9tablissements et services fait partie int\u00e9grante). Enfin la loi du 21 juillet 2009, \u00ab&nbsp;portant r\u00e9forme de l\u2019h\u00f4pital et relative aux patients, \u00e0 la sant\u00e9 et aux territoires&nbsp;\u00bb dite \u00abLoi HPST\u00bb, vient compl\u00e9ter une reprise administrative totalement pyramidale de la m\u00e9decine et des soins et pr\u00e9voit de rapprocher les secteurs m\u00e9dico-social et sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce v\u00e9ritable marathon l\u00e9gislatif, r\u00e9sulte une mutation extr\u00eamement profonde, dont les \u00abpsys\u00bb auraient tort de ne pas mesurer les enjeux et l\u2019ampleur. Non seulement, la personne handicap\u00e9e est d\u00e9sormais au centre du dispositif, mais elle exprime ses d\u00e9sirs sous la forme d\u2019un \u00abprojet de vie\u00bb, autour duquel s\u2019organiseront la compensation et les prestations qu\u2019il sera possible de lui proposer&nbsp;: assistance humaine, animali\u00e8re, aides techniques, orientation vers les \u00e9tablissements et services, etc. La disponibilit\u00e9, l\u2019\u00e9coute et l\u2019accueil recentr\u00e9s devraient en \u00eatre am\u00e9lior\u00e9s. Mais le fonctionnement de ce \u00abguichet unique\u00bb appara\u00eet d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 fortement in\u00e9galitaire, en fonction de moyens mat\u00e9riels et humains dont dispose chaque Conseil g\u00e9n\u00e9ral, voire de ses priorit\u00e9s politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La question qui se pose est celle de la compatibilit\u00e9 de ces \u00e9volutions soci\u00e9tales avec la possibilit\u00e9 de soins vraiment individualis\u00e9s. Les risques de d\u00e9rive sont davantage inh\u00e9rents \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie ambiante qu\u2019aux intentions du l\u00e9gislateur et aux termes m\u00eames de la loi&nbsp;: dans ce domaine, c\u2019est souvent en voulant bien faire que le politique r\u00e9ussit le contraire&nbsp;! D\u2019autant qu\u2019en m\u00eame temps le l\u00e9gislateur ne peut que mettre au premier plan son souci du \u00abbien commun\u00bb et ne peut que privil\u00e9gier des solutions collectives \u00e0 des probl\u00e8mes individuels.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une inversion des rapports d\u2019adap\u00adtation de la personne \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>De ces \u00e9volutions l\u00e9gislatives, r\u00e9sulte une v\u00e9ritable inversion du rapport des personnes \u00e0 leur environnement qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9figur\u00e9e par la r\u00e9forme des annexes XXIV du 29 octobre 1989 et confirm\u00e9 par la loi du 2 janvier 2002&nbsp;: on est ainsi pass\u00e9 de \u00abla personne doit s\u2019adapter \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9\u00bb \u00e0 \u00abla soci\u00e9t\u00e9, par exemple l\u2019\u00e9cole ou l\u2019usine, doit s\u2019adapter \u00e0 la personne\u00bb. Mais cette \u00e9volution peut \u00eatre en pratique illusoire, voire induire des effets inacceptables. On observe ainsi qu\u2019une s\u00e9lection f\u00e9roce persiste dans les milieux de travail avec exclusion des personnes handicap\u00e9es, alors que la soci\u00e9t\u00e9 aurait tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 ces derni\u00e8res, afin d\u2018\u00eatre en mesure de b\u00e9n\u00e9ficier de leurs apports sp\u00e9cifiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le handicap, r\u00e9v\u00e9lateur de notre vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Quelle est la place de l\u2019humain dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;? Dans les pratiques qui sont enseign\u00e9es&nbsp;? Quel avenir et quelle esp\u00e9rance laisse, au sujet atteint, sa nouvelle condition de personne handicap\u00e9e&nbsp;? Une des r\u00e9ponses possibles tient au fait que maladie et handicap, surtout dans leurs manifestations extr\u00eames (Simone Korff-Sausse et coll., 2007), poussent l\u2019humain dans ses derniers retranchements et, en quelque sorte, en r\u00e9v\u00e8lent l\u2019essence m\u00eame. La pathologie chronique et les s\u00e9quelles de maladie ou d\u2019accident ne nous rappellent-elles pas notre propre vuln\u00e9rabilit\u00e9 et notre in\u00e9vitable finitude. Elles servent effectivement de r\u00e9v\u00e9lateur \u00e0 l\u2019humain. Bien d\u2019autres formulations sont possibles pour traduire cette id\u00e9e qui me semble centrale&nbsp;; par exemple, les personnes malades mentales ou handicap\u00e9es psychiques ne seraient-elles pas plus avanc\u00e9es que nous sur ce plan de l\u2019humain&nbsp;? Ou encore, en se d\u00e9barrassant d\u2019un bon nombre des convenances sociales auxquelles nous sommes accoutum\u00e9s, ne laisse-t-on pas surgir plus ais\u00e9ment un fond d\u2019humanit\u00e9 qu\u2019elles masquaient&nbsp;? En fin de compte, la question qui se pose est sans doute&nbsp;: en quoi et comment peut-il prendre en compte cet aspect de la fragilit\u00e9 humaine&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>On peut aussi remarquer que le statut de la personne a beaucoup \u00e9volu\u00e9, dans la pens\u00e9e contemporaine&nbsp;: entre 1789 et aujourd\u2019hui on est pass\u00e9 des droits anonymes et indiff\u00e9renci\u00e9s aux droits des personnes. De nos jours, il nous faut aller au-del\u00e0 et franchir une nouvelle \u00e9tape afin de passer de l\u2019approche par la personne \u00e0 une reconnaissance du sujet, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019individu tel qu\u2019il est (avec ses particularit\u00e9s, ses diff\u00e9rences et ses faiblesses propres). C\u2019est de cet autre regard qu\u2019ont aujourd\u2019hui besoin les malades mentaux, les familles et les professionnels. Ne s\u2019agit-il pas l\u00e0 des <em>special needs<\/em> de nos amis anglais, dont nous avons, semble-t-il, pris quelque peu le contre-pied en pr\u00f4nant \u00abl\u2019inclusion\u00bb \u00e0 tout crin. C\u2019est aussi sans doute un des aspects oubli\u00e9s de la \u00abdiversit\u00e9\u00bb, dont se satisfont un peu vite nos d\u00e9mocraties avant de l\u2019avoir vraiment r\u00e9alis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre sujet de r\u00e9flexion\u00a0: la maladie mentale comme le handicap psychique ne sont-ils pas sujet de passions, comme de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 mais aussi de r\u00e9cup\u00e9ration\u00a0? Passion toujours, g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 souvent, r\u00e9cup\u00e9ration parfois, pourrait-on sans doute \u00e9crire. Cependant, la premi\u00e8re mission des soignants, \u00e0 commencer par les \u00abpsys\u00bb est de soulager la douleur et\/ou la souffrance. Or, la diminution, ou la disparition de la souffrance psychique ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Je veux parler ici de la souffrance psychique au sens large, en y incluant celle de ne pouvoir \u00ab\u00a0\u00eatre et agir comme les autres\u00a0\u00bb, selon l\u2019excellente formule de Fran\u00e7ois Bloch-Lain\u00e9, celle d\u2019\u00eatre contraint dans sa libert\u00e9 de choix, de ne pas se reconna\u00eetre dans son image de soi, d\u2019\u00eatre exclu parce que sans voix pour se faire entendre. C\u2019est en ce sens que la situation de handicap est un paradigme des droits de la personne.<\/p>\n\n\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Bloch-Lain\u00e9 F. (1968), <em>\u00c9tude du probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019inadaptation des personnes handicap\u00e9es<\/em>. Rapport pr\u00e9sent\u00e9 au Premier Ministre (d\u00e9cembre 1967). Paris, La Documentation fran\u00e7aise, 72 p.<\/p>\n<p>Fougeyrollas P. (1993), <em>Les applications du concept de handicap (d\u00e9savantage) de la CIH et de sa nomenclature<\/em>, Strasbourg, Conseil de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Fougeyrollas P. (1997) \u00abLes d\u00e9terminants environnementaux de la participation sociale des personnes ayant des incapacit\u00e9s\u00a0: le d\u00e9fi sociopolitique de la r\u00e9vision de la CIDIH\u00bb, <em>Canadian Journal of Rehabilitation<\/em>, vol. 10, no 2, p. 147-160.<\/p>\n<p>Fougeyrollas P. (1998), \u00abLa classification qu\u00e9b\u00e9coise du processus de production du handicap et la r\u00e9vision de la CIDIH\u00bb, <em>Les cahiers du CTNERHI<\/em>\u00a0: 79-80, 85-90.<\/p>\n<p>Korff-Sausse S., Stiker H.-J., Le Poulichet S., Ciccone A. et Coll., (2007), \u00abLes cliniques de l\u2019extr\u00eame\u00bb. <em>Champ Psychosomatique<\/em> n\u00b0 45, Paris, (L\u2019esprit du temps), PUF, 145 p.<\/p>\n<p>Minaire P., Cherpin J. (1976), \u00abHandicaps et handicap\u00e9s\u00a0: pour une classification fonctionnelle\u00bb. <em>Cah. M\u00e9d. Lyon<\/em>, 52, 479-480.<\/p>\n<p>Stein Z., Susser M. (1974), The epidemiology of mental retardation. In\u00a0: S. Arieti (Ed.), \u00abChild and adolescent psychiatry, socio cultural and community psychiatry\u00bb. <em>Amer. handbook of psychiatry<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9dit., Vol. 2, New York, Basic Books, 464-491.<\/p>\n<p>Wood P.H.N. (1975), \u00abClassification of impairments and handicaps\u00bb. Gen\u00e8ve W.H.O. \/ I.C.D., 91, <em>Revue Conf<\/em>., 75, 15.<\/p><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10118?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On peut se demander pourquoi ce mot venu de l\u2019anglais, et d\u00e9sormais courant, voire envahissant, soul\u00e8ve tant de passions&nbsp;? Son histoire est aussi compliqu\u00e9e qu\u2019il est polys\u00e9mique. 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