{"id":10094,"date":"2021-08-22T07:31:19","date_gmt":"2021-08-22T05:31:19","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/naitre-renaitre-etre-2\/"},"modified":"2021-09-27T12:47:51","modified_gmt":"2021-09-27T10:47:51","slug":"naitre-renaitre-etre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/naitre-renaitre-etre\/","title":{"rendered":"Na\u00eetre, rena\u00eetre, \u00eatre"},"content":{"rendered":"\n<p>Na\u00eetre et ensuite&nbsp;? Interrogeait le titre d\u2019un livre qui connut un certain succ\u00e8s il y a quelques ann\u00e9es&#8230; \u00catre&nbsp;: r\u00e9pondrait, sans doute D. Winnicott, qui a pens\u00e9 aussi bien le b\u00e9b\u00e9 que l\u2019adolescent. Entre naissance et adolescence des liens existent, indubitables, mais peut-on vraiment en faire des processus si proches que l\u2019on en vienne \u00e0 utiliser une terminologie semblable comme tendrait \u00e0 nous le faire penser le titre de notre table ronde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La naissance est un ph\u00e9nom\u00e8ne ponctuel, d\u2019une extr\u00eame complexit\u00e9 biologique, d\u00e9fini comme \u201cle commencement de la vie ind\u00e9pendante pour un \u00eatre vivant au sortir de l\u2019organisme maternel\u201d. L\u2019adolescence est un ph\u00e9nom\u00e8ne biopsychique marqu\u00e9 par une processualit\u00e9 de plusieurs ann\u00e9es. Entre les deux, comme nous l\u2019a appris Freud il y a tout le d\u00e9veloppement psychosexuel et ce ph\u00e9nom\u00e8ne propre \u00e0 l\u2019homme du biphasisme de la sexualit\u00e9. Le \u201cre\u201d de renaissance peut nous faire craindre la marque de la r\u00e9p\u00e9tition, de l\u2019identique, or l\u2019apr\u00e8s-coup est un remaniement de la vie pulsionnelle du sujet dont il faut esp\u00e9rer qu\u2019il ne soit pas seulement marqu\u00e9 du sceau de la r\u00e9p\u00e9tition, mais qu\u2019au contraire la rencontre avec l\u2019objet, la red\u00e9couverte de l\u2019objet, aboutisse \u00e0 cette alchimie complexe qu\u2019est l\u2019amour sous forme de la r\u00e9union des deux courants tendre et sensuel, tandis que \u201cles zones \u00e9rog\u00e8nes se subordonnent au primat de la zone g\u00e9nitale\u201d. Rappelons nous aussi que Freud dans une note de bas de page du chapitre 3 des <em>Trois essais<\/em> sur la th\u00e9orie sexuelle, intitul\u00e9 <em>Les m\u00e9tamorphoses de la pubert\u00e9<\/em> (1915 et 1924), dit \u201c \u00e0 quel point la sexualit\u00e9 infantile se rapproche de l\u2019organisation sexuelle d\u00e9finitive par son choix d\u2019objet et par le d\u00e9veloppement de la phase phallique\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, on voit bien, comme nous le proposent nos organisateurs Bernard Golse et Alain Braconnier dans leur argument introductif publi\u00e9 dans le <em>Carnet Psy<\/em>, comment la s\u00e9paration peut \u00eatre un des d\u00e9nominateurs communs des deux temps. On peut y ajouter, dans les cas difficiles, la notion de \u201ctraumatisme\u201d au sens d\u2019un formidable bouleversement de l\u2019\u00e9conomie libidinale du sujet pouvant repr\u00e9senter une menace effractive et d\u00e9sorganisatrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse<\/em>, Freud, \u00e0 propos de la naissance, prend pour fil conducteur l\u2019angoisse. On se rappelle ses propos&nbsp;: \u201cla premi\u00e8re exp\u00e9rience d\u2019angoisse, chez l\u2019homme tout au moins, est la naissance, qui signifie objectivement la s\u00e9paration de la m\u00e8re et pourrait \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 une castration de la m\u00e8re (selon l\u2019\u00e9quation enfant=p\u00e9nis).\u201d Toutefois Freud ajoute \u201cla naissance n\u2019est pas v\u00e9cue subjectivement comme s\u00e9paration de la m\u00e8re car celle-ci est en tant qu\u2019objet, compl\u00e8tement inconnue du f\u0153tus absolument narcissique\u201d. Les connaissances d\u2019aujourd\u2019hui, bien diff\u00e9rentes de celles de 1926, sur le b\u00e9b\u00e9, ne contredisent cependant pas cette conception. Freud \u00e9crit encore&nbsp;: \u201cle f\u0153tus ne peut rien enregistrer d\u2019autre qu\u2019une perturbation consid\u00e9rable dans l\u2019\u00e9conomie de sa libido narcissique. De grandes quantit\u00e9s d\u2019excitation lui parviennent, sources de sensations de d\u00e9plaisir nouvelles&nbsp;; de nombreux organes obtiennent de force une augmentation des investissements, sorte de pr\u00e9lude de l\u2019investissement d\u2019objet qui va bient\u00f4t commencer\u201d. On le sait, dans cet article, Freud r\u00e9fute l\u2019id\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9e par Rank de la naissance comme prototype de l\u2019angoisse qu\u2019il consid\u00e8re, lui, \u201ccomme r\u00e9action \u00e0 l\u2019absence ressentie de l\u2019objet\u201d. Mais la seule notion d\u2019angoisse de perte, de s\u00e9paration ne lui suffit pas. Il insiste sur le point de vue \u00e9conomique&nbsp;: \u201csi le nourrisson manifeste un d\u00e9sir si vif de voir sa m\u00e8re, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il sait par exp\u00e9rience qu\u2019elle satisfait tous ses besoins sans d\u00e9lai. La situation qu\u2019il consid\u00e8re comme \u201cdanger\u201d, contre laquelle il veut \u00eatre garanti, est par cons\u00e9quent celle de l\u2019insatisfaction, de l\u2019accroissement de la tension du besoin, en face de laquelle il est impuissant\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait citer ici tout le texte freudien. Je n\u2019en retiendrai encore que deux id\u00e9es centrales&nbsp;: 1) l\u2019absence de la m\u00e8re devient, d\u00e9sormais, dit Freud, le danger \u00e0 l\u2019occasion duquel le nourrisson donne le signal d\u2019angoisse&nbsp;; 2) l\u2019angoisse appara\u00eet comme le produit de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9tresse psychique du nourrisson corr\u00e9lative de son \u00e9tat de d\u00e9tresse biologique. Une derni\u00e8re citation pour clore ce survol&nbsp;: \u201cla vie intra-ut\u00e9rine et la premi\u00e8re enfance sont bien plus en continuit\u00e9 que ne nous le laisse croire la c\u00e9sure frappante de l\u2019acte de la naissance. L\u2019objet maternel psychique remplace pour l\u2019enfant la situation f\u0153tale biologique. Ce n\u2019est pas une raison pour oublier que dans la vie intra-ut\u00e9rine la m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas un objet pour le f\u0153tus, et qu\u2019il n\u2019y avait alors pas d\u2019objet\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re n\u2019est pas un objet pour le f\u0153tus. Mais le f\u0153tus est un objet pour la future m\u00e8re et pour le futur p\u00e8re. On conna\u00eet, et je n\u2019y reviendrai pas, la th\u00e9orisation de Serge Lebovici quant \u00e0 l\u2019enfant imaginaire, fantasmatique et r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>La naissance est, du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re, un tout aussi formidable bouleversement \u00e9conomique et somato-psychique que pour le b\u00e9b\u00e9. Il en est de m\u00eame pour le p\u00e8re m\u00eame si celui-ci ne le vit pas directement dans son \u00eatre corporel. Je vous renvoie sur ce sujet aux contributions d\u2019Annette Wattillon, Albert Ciccone et Bernard Golse dans le livre paru sous la direction de Christine Anzieu et Mich\u00e8le Pollack-Cornillot <em>Les pratiques psychanalytiques aupr\u00e8s des b\u00e9b\u00e9s<\/em>. L\u2019accouchement fait partie des r\u00e9cits que se transmettent les femmes entre elles, r\u00e9cits infiltr\u00e9s des fantasmes individuels et de l\u2019esp\u00e8ce. Je vous invite, si vous n\u2019en avez pas d\u00e9j\u00e0 eu la curiosit\u00e9, \u00e0 aller faire un tour sur les forums de discussion de femmes enceintes sur Internet, ce grand palabre d\u2019aujourd\u2019hui. Et les femmes, futures m\u00e8res, sur nos divans, en parlent aussi d\u2019abondance. Sylvain Missonnier me rappelait, fort \u00e0 propos, qu\u2019autrefois l\u2019\u00e9tat de grossesse conduisait \u00e0 suspendre l\u2019analyse. Il n\u2019en est plus de m\u00eame aujourd\u2019hui. Dans mon exp\u00e9rience d\u2019analyste, j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 plusieurs patientes pendant et apr\u00e8s leur grossesse. Il n\u2019est pas rare d\u2019ailleurs que l\u2019investissement de l\u2019analyste et celui du b\u00e9b\u00e9 puissent entrer en conflit, rappelant les conflits anciens, mais pr\u00e9figurant aussi les conflits \u00e0 venir de \u201cl\u2019\u00e9tat de parent\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce point, la question de la parentalit\u00e9 et de son propre processus parall\u00e8le au processus d\u00e9veloppemental du b\u00e9b\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019adulte, conna\u00eet sans doute deux acm\u00e9s au moment de la naissance, du devenir parent, et au moment de l\u2019adolescence o\u00f9 il faut cesser d\u2019\u00eatre le parent d\u2019un enfant. Philippe Jeammet insiste beaucoup sur les pathologies de la s\u00e9paration \u00e0 l\u2019adolescence. On se souviendra \u00e0 ce propos du succ\u00e8s du film <em>Tanguy<\/em> qui traite humoristiquement de ce probl\u00e8me. Je voudrais rapporter ici les propos d\u2019un homme en analyse avec moi, p\u00e8re de deux adolescents&nbsp;: un fils de 19 ans qui lui donne quelques soucis et une fille de 12 ans. Son fils qui a du mal \u00e0 passer son bac \u2013 on peut donc penser \u00e0 se s\u00e9parer et \u00e0 grandir \u2013 s\u00e8che les cours et il m\u2019en a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 plusieurs fois. Lui-m\u00eame, mon patient, est \u00e0 un moment compliqu\u00e9 de sa vie professionnelle. Il se sent coupable de ne pas fournir un \u201cbon mod\u00e8le\u201d \u00e0 son fils. Son propre p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 un autodidacte parvenu \u00e0 un poste tr\u00e8s important et il l\u2019admire beaucoup, admiration teint\u00e9e d\u2019une tr\u00e8s forte ambivalence. Non content d\u2019\u00e9chouer \u00e0 ses \u00e9tudes, le fils fait des soir\u00e9es tr\u00e8s arros\u00e9es qui aboutissent \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 l\u2019intervention de la police. Mon patient se sent tr\u00e8s en col\u00e8re mais au moment o\u00f9 il s\u2019appr\u00eate \u00e0 le r\u00e9primander, il s\u2019effondre en larmes et court s\u2019enfermer dans les WC. Dans la s\u00e9ance il se rem\u00e9more la peur de son p\u00e8re en col\u00e8re et ses longues stations dans les WC o\u00f9 il ruminait de sombres id\u00e9es de vengeance, dont il y a fort \u00e0 parier qu\u2019elles \u00e9taient quelque peu parricidaires. Apr\u00e8s cette s\u00e9ance il se d\u00e9cide \u00e0 parler tr\u00e8s longuement avec son fils, calmement. Quelques temps plus tard il me dit&nbsp;: \u201cA. semble aller mieux, ses notes au bac blanc sont plut\u00f4t satisfaisantes\u201d. Et il associe directement sur sa fille&nbsp;: \u201cM. c\u2019est incroyable comme elle a chang\u00e9&nbsp;; je la regardais hier et tout \u00e0 coup je l\u2019ai vue autrement&nbsp;; elle mesure au moins 1m65 et puis elle s\u2019oppose, surtout \u00e0 sa m\u00e8re. Un silence. Mes enfants deviennent grands\u2026\u201d. Mais je peux penser que quelque chose de sa contre-identification paternelle a chang\u00e9 lui permettant de voir ses enfants autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour en revenir au b\u00e9b\u00e9 et \u00e0 ses parents, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 sa m\u00e8re, je voudrai vous rapporter ici tr\u00e8s bri\u00e8vement les fragments d\u2019une s\u00e9ance avec une patiente qui vient d\u2019accoucher d\u2019un premier enfant. Il s\u2019agit de sa premi\u00e8re s\u00e9ance qui a donc n\u00e9cessit\u00e9 qu\u2019elle se s\u00e9pare de son b\u00e9b\u00e9. Elle est cependant tr\u00e8s contente de me retrouver car, me dit-elle, elle a besoin, ce sont ses termes, de venir me faire le r\u00e9cit de tout ce qui c\u2019est pass\u00e9. Elle parle vite et abondamment et me fait un r\u00e9cit haut en couleurs de cette naissance qui lui faisait tr\u00e8s peur, surtout l\u2019acte d\u2019accoucher. Finalement tout s\u2019est bien pass\u00e9. Dans le fil associatif \u00e9mergent deux r\u00eaves&nbsp;: le premier a \u00e9t\u00e9 r\u00eav\u00e9 \u00e0 la maternit\u00e9, le second dans la nuit qui pr\u00e9c\u00e8de la s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<p>1<sup>er<\/sup> r\u00eave&nbsp;: C\u2019est sa deuxi\u00e8me nuit \u00e0 la maternit\u00e9 et elle confie son enfant \u00e0 la pu\u00e9ricultrice pour pouvoir dormir. Celle-ci lui dit qu\u2019elle donnera un biberon vers 4h du matin. Ma patiente fait un cauchemar&nbsp;: une vieille femme mena\u00e7ante fait quelque chose, elle ne sait pas exactement quoi \u00e0 la bouche du b\u00e9b\u00e9. Peut-\u00eatre l\u2019allaite-t-elle&nbsp;? Elle se r\u00e9veille angoiss\u00e9e et regarde l\u2019heure. Il est 4h et elle a une mont\u00e9e de lait. La lecture du r\u00eave lui est facile. Mais que penser de l\u2019heure du r\u00eave&nbsp;? Peut-on y voir un t\u00e9moignage de cet accordage psychique si justement nomm\u00e9 par Daniel Stern pour sa valeur m\u00e9taphorique musicale&nbsp;? 2<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00eave&nbsp;: c\u2019est elle sous sa forme f\u00e9minine actuelle mais elle a 8 ans. Elle se sent tr\u00e8s paniqu\u00e9e car elle doit s\u2019occuper de tripl\u00e9s. L\u2019\u00e2ge de 8 ans la renvoie \u00e0 des \u00e9v\u00e8nements pr\u00e9cis de son enfance, qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de rapporter ici, mais qui furent indubitablement traumatiques. Quant aux tripl\u00e9s il semble bien qu\u2019ils viennent repr\u00e9senter le formidable besoin du b\u00e9b\u00e9 qui l\u2019effraie. Ne va-t-elle pas \u00eatre submerg\u00e9e&nbsp;? Mais il s\u2019agit aussi de nos trois s\u00e9ances hebdomadaires dont elle a tant besoin. Dans les s\u00e9ances suivantes d\u2019autres r\u00eaves viendront tous parler du b\u00e9b\u00e9 r\u00e9el auquel elle s\u2019ajuste progressivement et pas toujours facilement mais aussi du nourrisson en elle qui par le biais de l\u2019identification \u00e0 son b\u00e9b\u00e9 d\u2019une part et de la r\u00e9gression analytique d\u2019autre part r\u00e9clame son d\u00fb\u2026 L\u2019\u00e9conomique est bien au premier plan.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour en revenir \u00e0 l\u2019adolescence, le concept de s\u00e9paration\/individuation d\u00e9veloppe par P. Blos et issu de la psychanalyse malh\u00e9rienne n\u2019est pas pour moi une r\u00e9f\u00e9rence th\u00e9orique centrale, tout comme la th\u00e9orie de l\u2019attachement en ce qui concerne le b\u00e9b\u00e9. Je me r\u00e9f\u00e8re plus volontiers \u00e0 Freud bien entendu, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 les 3 essais, mais aussi aux textes winnicottiens, \u00e0 Evelyne Kestemberg dont l\u2019article <em>Identit\u00e9s et identifications \u00e0 l\u2019adolescence<\/em> m\u2019est toujours un outil pr\u00e9cieux, \u00e0 ceux de Laufer dans la poursuite des travaux d\u2019Anna Freud ou encore \u00e0 Raymond Cahn et \u00e0 ses travaux sur la subjectivation pour les auteurs psychanalystes qui ont plus particuli\u00e8rement travaill\u00e9 l\u2019adolescence. L\u2019angoisse de s\u00e9paration au sens clinique du terme lorsqu\u2019elle est massive chez l\u2019adolescent mais aussi chez l\u2019enfant me para\u00eet plut\u00f4t relever de troubles <em>border-line<\/em> et je vous renvoie l\u00e0 dessus aux travaux th\u00e9oriques d\u2019Andr\u00e9 Green.<\/p>\n\n\n\n<p>Un dernier bref extrait clinique. J\u2019ai eu en analyse une jeune femme dont le sympt\u00f4me \u00e9tait l\u2019inf\u00e9condit\u00e9. Elle avait pr\u00e9sent\u00e9, \u00e0 l\u2019adolescence, un effondrement avec une probl\u00e9matique anorexique et une dimension d\u00e9pressive tr\u00e8s importante. Il ne faisait pas de doute pour elle que inf\u00e9condit\u00e9 et probl\u00e8mes de l\u2019adolescence avait partie li\u00e9e. L\u2019analyse lui a permis d\u2019\u00eatre enceinte une premi\u00e8re, puis une seconde fois. C\u2019est \u00e0 cette deuxi\u00e8me maternit\u00e9 que je voudrai plut\u00f4t m\u2019int\u00e9resser. Son b\u00e9b\u00e9 est une petite fille et l\u2019allaitement, qui ne lui avait pos\u00e9 aucun probl\u00e8me avec son premier b\u00e9b\u00e9, s\u2019av\u00e8re difficile. Le b\u00e9b\u00e9 ne grossit pas suffisamment&nbsp;; elle a le sentiment que le p\u00e9diatre la juge s\u00e9v\u00e8rement&nbsp;; elle se d\u00e9prime.<br>Il appara\u00eetra \u00e9vident que le sexe de son b\u00e9b\u00e9 est d\u00e9terminant dans ses difficult\u00e9s transitoires, la renvoyant \u00e0 sa propre probl\u00e9matique avec sa m\u00e8re et \u00e0 toute sa conflictualit\u00e9 adolescente. Ce sont des th\u00e8mes que nous avions d\u00e9j\u00e0 beaucoup travaill\u00e9 mais la naissance de sa fille vient en quelque sorte mettre en drame la question m\u00e8re-fille, l\u2019actualiser. En outre le suspens temporaire de l\u2019analyse la confronte \u00e0 la perte de l\u2019analyste dans son r\u00f4le de tiers s\u00e9parateur, celui qui permet d\u2019esp\u00e9rer que \u201cdeux ne seront pas laiss\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eame, dans le risque confus d\u2019en revenir \u00e0 un\u201d. Je cite l\u00e0 Jacques Andr\u00e9 et vous renvoie aux contributions de son livre <em>M\u00e8res et filles, la menace de l\u2019identique<\/em>, le temps ne me permettant pas d\u2019en dire plus. Je le cite \u00e0 nouveau \u201cc\u2019est devenu une grande banalit\u00e9 que de relier la s\u00e9paration \u00e0 la premi\u00e8re d\u2019entre elle, la naissance. D\u2019o\u00f9 peut venir l\u2019assurance que la naissance s\u00e9pare, que l\u2019histoire est possible et que la vie ne sera pas simple reproduction quand le m\u00eame engendre le m\u00eame&nbsp;? Dans l\u2019angoisse de s\u00e9paration ce n\u2019est pas, en d\u00e9pit des apparences, la s\u00e9paration qui est angoissante mais son impossibilit\u00e9\u201d. Cet \u00e9pisode difficile s\u2019autogu\u00e9rira et me sera rapport\u00e9 plus tard, \u00e0 la reprise de l\u2019analyse que d\u2019ailleurs il relancera dans un approfondissement des vicissitudes du lien primaire \u00e0 l\u2019objet.<br>Je me rends compte en terminant ses brefs propos que m\u2019ont inspir\u00e9 le titre de notre symposium qu\u2019avec un certain paradoxe, mes vignettes cliniques ont toutes \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es de mon exp\u00e9rience d\u2019analyste d\u2019adulte. Le paradoxe n\u2019est qu\u2019apparent, il refl\u00e8te, je crois, ma position profonde. Certes je suis analyste d\u2019enfant, et au sein de cette activit\u00e9, je m\u00e8ne ces derni\u00e8res ann\u00e9es, avec plusieurs de mes coll\u00e8gues au Centre Alfred Binet \u00e0 Paris, une r\u00e9flexion th\u00e9orico-clinique plus volontiers centr\u00e9e sur mon travail de psychanalyste avec les b\u00e9b\u00e9s et leurs parents, mais je ne saurai me d\u00e9finir comme psychanalyste de b\u00e9b\u00e9, d\u2019adolescent, ou de quelque autre tranche d\u2019\u00e2ge de la vie, l\u2019exp\u00e9rience et la th\u00e9orie formant pour moi un tout indissociable. Je terminerai en citant Winnicott (le concept d\u2019individu sain, monographie de la RFP) \u201cLa vie, c\u2019est quoi&nbsp;? Sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire d\u2019apporter une r\u00e9ponse \u00e0 cette question on peut convenir que c\u2019est quelque chose qui rel\u00e8ve d\u2019avantage de l\u2019\u00eatre que du sexe\u201d et je propose d\u2019ajouter de l\u2019\u00e2ge \u00e0 cette citation.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10094?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Na\u00eetre et ensuite&nbsp;? Interrogeait le titre d\u2019un livre qui connut un certain succ\u00e8s il y a quelques ann\u00e9es&#8230; \u00catre&nbsp;: r\u00e9pondrait, sans doute D. Winnicott, qui a pens\u00e9 aussi bien le b\u00e9b\u00e9 que l\u2019adolescent. 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