{"id":10091,"date":"2021-08-22T07:31:16","date_gmt":"2021-08-22T05:31:16","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/rodin-300-dessins-la-saisie-du-modele-1890-1917-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:31:16","modified_gmt":"2021-08-22T05:31:16","slug":"rodin-300-dessins-la-saisie-du-modele-1890-1917","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/rodin-300-dessins-la-saisie-du-modele-1890-1917\/","title":{"rendered":"Rodin, 300 dessins. La saisie du mod\u00e8le. 1890-1917"},"content":{"rendered":"<p>Mus\u00e9e Rodin, Paris.<br \/>\nJusqu\u2019au 1<sup>er <\/sup>avril 2012.<\/p>\n<p>La plupart des sculpteurs sont des dessinateurs, mais pour chacun le rapport entre sculpture et dessin est diff\u00e9rent. Soit un travail qui pr\u00e9pare et accompagne l\u2019\u0153uvre sculpt\u00e9e, soit une activit\u00e9 cr\u00e9atrice \u00e0 part enti\u00e8re, dont le rapport \u00e0 la sculpture reste \u00e0 d\u00e9finir. C\u2019est le cas de Rodin. Les dessins ne sont pas dat\u00e9s, ils n\u2019ont pas de rapport avec les sculptures.<\/p>\n<p>Ils nous donnent \u00e0 voir une autre mani\u00e8re de traiter ce corps de la femme qui a fascin\u00e9 Rodin toute sa vie. Saisir les \u00ab mouvements <br \/>\nnaturels \u00bb du corps, avec les \u00ab dessins instantan\u00e9s \u00bb, proc\u00e9d\u00e9 qui consiste \u00e0 dessiner rapidement, sans le quitter des yeux, le mod\u00e8le qui \u00e9volue librement dans l\u2019espace. <\/p>\n<p>Si le corps humain est au centre de l\u2019\u0153uvre de Rodin, c\u2019est essentiellement le corps f\u00e9minin qui constitue le th\u00e8me des 300 dessins expos\u00e9s actuellement au mus\u00e9e Rodin, qui en poss\u00e8de 4300 sur les 6000 r\u00e9pertori\u00e9s. C\u2019est dire l\u2019importance de l\u2019\u0153uvre graphique de ce grand sculpteur. On s\u2019attend \u00e0 voir des repr\u00e9sentations du corps en rapport avec les sculptures. Il n\u2019est est rien car ces 300 dessins sont des visions oniriques, relevant du fantasme et non de la r\u00e9alit\u00e9 perceptive. <\/p>\n<p>On suit le cheminement de Rodin du corps repr\u00e9sent\u00e9 vers les m\u00e9tamorphoses du corps, avec des superbes jeux forme\/fond au moyen de l\u2019aquarelle, le lavis, les rehauts. La couleur d\u00e9borde la ligne, ce qui&#160; permet de s\u2019affranchir de la forme du corps et d\u2019introduire ainsi un rapport tout nouveau entre le corps et l\u2019espace. Voici ce qu\u2019en dit Klee : \u00ab Les contours sont trac\u00e9s en quelques coups de crayon, un pinceau charg\u00e9 de couleur \u00e0 l\u2019eau apporte le ton de la chair, un autre tremp\u00e9 dans une couleur verd\u00e2tre, disons, peut indiquer le v\u00eatement. C\u2019est tout et l\u2019effet est monumental \u00bb. <\/p>\n<p>Un corps qui surgit puis s\u2019efface, qui \u00e9merge puis se dissout, dans un espace-temps marqu\u00e9 par l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Elles baignent \u2013 elles volent ? &#8211; dans un milieu tant\u00f4t aquatique, tant\u00f4t a\u00e9rien, ou dont on ne sait plus tr\u00e8s bien de quelle mati\u00e8re il s\u2019agit. On sent la lutte contre les repr\u00e9sentations acad\u00e9miques du corps : les mouvements extravagants, le flou. Tout est ambigu et \u00e9quivoque. Au point que pour certains dessins, on cherche o\u00f9 est le corps. Il faut en deviner les contours, tant il est pris dans cette mati\u00e8re onirique. Pour cela Rodin exploite avec une grande virtuosit\u00e9 toutes les possibilit\u00e9s de l\u2019aquarelle, ses couleurs transparentes et sa fluidit\u00e9, dont il suit les hasards, plus qu\u2019il ne la contr\u00f4le. Telles les Nymph\u00e9as de Monet, les figures sont entre l\u2019eau et l\u2019air. Sont-elles dedans ? Sont-elles dehors ? Etrange renversement, o\u00f9 la femme contenante devient la femme contenue. <\/p>\n<p>Dans les deux dessins sur La Naissance de V\u00e9nus, la femme est tellement pench\u00e9e en avant que sa t\u00eate semble sortir d\u2019entre ses jambes, c\u2019est-\u00e0-dire de son sexe,&#160; comme le b\u00e9b\u00e9 \u00e0 la naissance. Comment na\u00eet V\u00e9nus ? Ici c\u2019est comme si elle accouchait d\u2019elle-m\u00eame ou que l\u2019artiste la mettait au monde. Ce n\u2019est pas seulement un auto-engendrement, mais l\u2019engendrement de la m\u00e8re par le fils.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019\u00e9tais o\u00f9 avant d\u2019\u00eatre n\u00e9 ? \u00bb, demandent les enfants. On a en t\u00eate des images de Rodin, homme imposant plut\u00f4t vieillissant, le ma\u00eetre et l\u2019amant de Camille Claudel, artiste tr\u00e8s reconnu, tr\u00e8s loin de l\u2019image d\u2019un petit gar\u00e7on qui demanderait :<br \/>\n\u00ab Et toi, maman, tu \u00e9tais o\u00f9 avant d\u2019\u00eatre n\u00e9e ? \u00bb <br \/>\n\u00ab Eh bien, mon enfant, j\u2019\u00e9tais dans ton ventre \u00bb, pourrait \u00eatre la r\u00e9ponse insolite. <\/p>\n<p>C\u2019est le fantasme central de Rodin : engendrer le corps de la femme qui engendre. Et le spectateur est fascin\u00e9 par la beaut\u00e9 de cet univers trouble, \u00e0 la limite du r\u00eave et de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10091?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mus\u00e9e Rodin, Paris. Jusqu\u2019au 1er avril 2012. La plupart des sculpteurs sont des dessinateurs, mais pour chacun le rapport entre sculpture et dessin est diff\u00e9rent. Soit un travail qui pr\u00e9pare et accompagne l\u2019\u0153uvre sculpt\u00e9e, soit une activit\u00e9 cr\u00e9atrice \u00e0 part&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1318],"thematique":[396],"auteur":[1391],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[834],"type_article":[451],"check":[],"class_list":["post-10091","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-exposition","thematique-art","auteur-simone-korff-sausse","mode-gratuit","revue-834","type_article-articles"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10091","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10091"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10091\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10091"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10091"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10091"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10091"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10091"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10091"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10091"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}