{"id":10090,"date":"2021-08-22T07:31:16","date_gmt":"2021-08-22T05:31:16","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/masculin-masculin-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:31:16","modified_gmt":"2021-08-22T05:31:16","slug":"masculin-masculin","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/masculin-masculin\/","title":{"rendered":"Masculin\/Masculin"},"content":{"rendered":"<p>Mus\u00e9e d\u2019Orsay, Paris.<br \/>\nJusqu\u2019au 2 janvier 2014<\/p>\n<p>Dommage que les conservateurs du mus\u00e9e aient choisi pour l\u2019affiche la peinture la plus \u00ab ringarde \u00bb de l\u2019expo, une \u0153uvre des artistes contemporains Pierre et Gilles, car d\u2019embl\u00e9e ils en donnent une image trompeuse. L\u2019exposition se donne pour objectif \u00ab d\u2019approfondir toutes les dimensions et significations de la nudit\u00e9 masculine en art \u00bb, mais en fait elle en privil\u00e9gie une. Sept \u0153uvres des artistes Pierre et Gilles, (pourquoi autant ?) rappellent au spectateur ce qu\u2019il doit voir : le nu masculin inspire un d\u00e9sir \u00e9rotique \u00e0 l\u2019artiste masculin.<\/p>\n<p>C\u2019est une vision r\u00e9ductrice qui m\u00e9conna\u00eet les aspects multiples du nu masculin. C\u2019est clair d\u00e8s la premi\u00e8re salle : le spectateur est accueilli par le magnifique et myst\u00e9rieux <em>Saint S\u00e9bastien soign\u00e9 par Ir\u00e8ne \u00e0 la lanterne <\/em>de Georges de la Tour. On y voit un corps nu masculin, objet des soins d\u2019une femme, dans une ambiance pieuse. Tandis que le superbe Saint S\u00e9bastien de Guido R\u00e9ni, lui, d\u00e9gage une forte charge \u00e9rotique. C\u2019est ce tableau qui a suscit\u00e9 chez l\u2019\u00e9crivain japonais Mishima la r\u00e9v\u00e9lation instantan\u00e9e de la perversion de son d\u00e9sir. <\/p>\n<p>J\u2019ai eu l\u2019impression de voir une autre exposition que celle qu\u2019on m\u2019avait annonc\u00e9e. Si on y va en ignorant le battage m\u00e9diatique et les affiches dans le m\u00e9tro, que voit-on ? De tr\u00e8s belles \u0153uvres. Un beau Bourdelle, <em>\u00e9tude pour un monument aux morts.<\/em> Un G\u00e9ricault, un Hodler, un C\u00e9zanne, un Munch, quelques sculptures antiques, un David Hockney, un Lucien Freud, des Schiele, le <em>Balzac nu <\/em>de Rodin. Le magnifique Picasso para\u00eet presque hors de propos, tellement Picasso est loin de la probl\u00e9matique de l\u2019expo, lui qui aimait par dessus tout le corps f\u00e9minin. <\/p>\n<p>Alors on s\u2019interroge. Quel est le sens de cette exposition ? Que veut dire ce double Masculin\/Masculin ? Le masculin regarde le masculin, le regardant et le regard\u00e9 sont identiques, c\u2019est le regard du m\u00eame sur le m\u00eame. L\u2019expo privil\u00e9gie l\u2019identit\u00e9 sexuelle sur l\u2019identit\u00e9 humaine. Il est masculin plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre homme. Mais un artiste, surtout un grand artiste, ne s\u2019en tient pas au masculin. En repr\u00e9sentant un corps d\u2019homme nu, il tient un propos sur l\u2019humanit\u00e9. <\/p>\n<p>L\u2019absence de contextualisation de l\u2019exposition correspond \u00e0 un parti-pris qui fait sympt\u00f4me et le sympt\u00f4me indique toujours un refoulement. Qu\u2019est-ce qui est refoul\u00e9 ? Ce ne peut \u00eatre que le f\u00e9minin\u2026 \u00ab L\u2019homme regarde, la femme est regard\u00e9e. \u00bb.J Pour Nancy Huston, depuis 2000 ans, les yeux masculins regardent un corps f\u00e9minin. Ici des yeux masculins regardent un corps masculin. O\u00f9 est pass\u00e9 la femme ? On aimerait voir des corps d\u2019hommes regard\u00e9s et repr\u00e9sent\u00e9s par des femmes.<\/p>\n<p>Or, sur les 200 \u0153uvres pr\u00e9sent\u00e9es, il y en a cinq qui sont r\u00e9alis\u00e9es par des femmes\u2026 Louise Bourgeois, avec <em>Arch of Hysteria<\/em>, Orlan avec <em>L\u2019Origine de la guerre<\/em> posent la question du regard d\u00e9sirant \u2013 ou terrifi\u00e9, ou d\u00e9go\u00fbt\u00e9, ou envieux \u2026 &#8211; de la femme pour le corps nu de l\u2019homme. Voil\u00e0 un impens\u00e9 de l\u2019histoire de l\u2019art, qui commence tout juste \u00e0 se penser, en particulier avec l\u2019\u0153uvre de Louise Bourgeois.<\/p>\n<p>Ecoutons-la. \u00ab Lorsque je suivais les cours de l\u2019Ecole des Beaux-Arts \u00e0 Paris, nous avions un mod\u00e8le masculin. Un jour il regarda autour de lui et eut soudain une \u00e9rection en apercevant une jeune \u00e9l\u00e8ve. J\u2019\u00e9tais choqu\u00e9e \u2013 puis j\u2019ai pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait formidable de r\u00e9v\u00e9ler ainsi sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 ; d\u2019\u00eatre ainsi expos\u00e9 publiquement ! nous sommes tous vuln\u00e9rables d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, et nous sommes tous homme-femme \u00bb<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10090?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mus\u00e9e d\u2019Orsay, Paris. 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