{"id":10084,"date":"2021-08-22T07:31:16","date_gmt":"2021-08-22T05:31:16","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/psychose-douleur-et-creation-des-liaisons-singulieres-2\/"},"modified":"2021-10-02T14:42:34","modified_gmt":"2021-10-02T12:42:34","slug":"psychose-douleur-et-creation-des-liaisons-singulieres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/psychose-douleur-et-creation-des-liaisons-singulieres\/","title":{"rendered":"Psychose, douleur et cr\u00e9ation : des liaisons singuli\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n<p>Mon propos porte sur la douleur psychique dans la psychose et dans la folie en mettant l\u2019accent sur les mouvements cr\u00e9atifs, d\u2019ordre artistique ou non, qui peuvent en \u00e9merger. A la suite de H. Ey, A. Green (1980) a distingu\u00e9 folie et psychose&nbsp;: la folie, serait cr\u00e9atrice car toujours reli\u00e9e \u00e0 un objet investi de libido, la psychose, serait destructrice car soumise aux retraits des investissements objectaux. Toutefois, cette distinction n\u2019est pas si radicale&nbsp;: dans la psychose, une mobilisation cr\u00e9atrice est possible dans le contexte de la folie et des mouvements passionnels qu\u2019elle d\u00e9cha\u00eene. Alors, la cr\u00e9ation se nourrit de liaisons singuli\u00e8res dans lesquelles la douleur psychique tient une place essentielle, si tant est, bien s\u00fbr, que cette douleur puisse \u00eatre li\u00e9e \u00e0 <em>Eros<\/em>, aux forces de vie. Introduire de la folie dans la psychose, faire de l\u2019angoisse qui d\u00e9lie une douleur qui relie, n\u2019est-ce pas l\u00e0, le souhait de tout \u00ab&nbsp;psy&nbsp;\u00bb, psychologues, psychiatres, psychanalystes, qui s\u2019efforce de prendre soin des sujets psychotiques&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019est-ce pas dans ce sens que des auteurs comme D. Winnicott et M. Milner, D. Anzieu et R. Roussillon, pour ne citer qu\u2019eux, ont travaill\u00e9 sur les processus psychiques sous-jacents \u00e0 la cr\u00e9ation, en en d\u00e9gageant les parts les plus archa\u00efques&nbsp;? N\u2019est-ce pas ce d\u00e9sir qui est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019importance du d\u00e9veloppement des m\u00e9diations artistiques th\u00e9rapeutiques, ou ateliers \u00e0 cr\u00e9ation, selon le terme d\u2019A. Brun (2005), dans les prises en charge des psychotiques, g\u00e9n\u00e9rant de nombreuses formations universitaires dans des masters ou des DU (l\u2019\u00e9quipe de R. Roussillon \u00e0 Lyon 2 particuli\u00e8rement)&nbsp;? Par ailleurs, l\u2019int\u00e9r\u00eat accru pour les \u0153uvres de l\u2019art brut suscite des expositions et des publications d\u2019ouvrages de plus en plus nombreux. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne semble attester de la croyance qu\u2019il existe dans la psychose cr\u00e9ative, un zeste de folie dont la douleur pourrait bien \u00eatre le terreau.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon premier axe de r\u00e9flexion, distinguant angoisse et douleur dans la psychose, s\u2019appuie sur une clinique dans laquelle l\u2019analyse de mon contre-transfert a \u00e9t\u00e9 fortement mobilis\u00e9e. La clinique dont je vais faire \u00e9tat s\u2019est jou\u00e9e sur deux temps&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>1<sup>er<\/sup> temps<\/em>&nbsp;: Il y a de nombreuses ann\u00e9es, alors stagiaire psychologue dans un grand h\u00f4pital psychiatrique de la r\u00e9gion parisienne, je fus confront\u00e9e \u00e0 une exp\u00e9rience psychique extr\u00eame \u00e0 laquelle je n\u2019\u00e9tais ni form\u00e9e, ni pr\u00e9par\u00e9e. Face \u00e0 un jeune patient, qui devait avoir \u00e0 peu pr\u00e8s mon \u00e2ge, auquel je faisais passer, avec le plus grand enthousiasme, un test de niveau intellectuel, il n\u2019a fallu que quelques minutes avant que son regard fixe et inexpressif ne me happe et ne m\u2019aspire dans un monstrueux sentiment d\u2019angoisse. J\u2019\u00e9tais comme p\u00e9trifi\u00e9e, an\u00e9antie par une \u00e9motion terrorisante que les mots ne parviennent pas \u00e0 d\u00e9crire. A ce moment m\u00eame, il m\u2019\u00e9tait impossible de penser et de donner du sens \u00e0 cette \u00e9motion. Plus tard, j\u2019en ai saisi le mouvement sous la forme du ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019angoisse transmise ou projet\u00e9e d\u00e9crit par P.C. Racamier (1976) \u00e0 l\u2019aide du m\u00e9canisme de l\u2019identification projective. Je n\u2019avais pas encore appris \u00e0 laisser des sentiments contre-transf\u00e9rentiels me traverser, \u00e0 \u00e9couter ces derniers au-dedans de moi me parler de l\u2019angoisse du sujet, et \u00e0 traduire ces sentiments en moi-m\u00eame dans la langue de la psychose &#8211; l\u2019angoisse de morcellement, ou de la n\u00e9vrose &#8211; l\u2019angoisse de castration.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exp\u00e9rience douloureuse m\u2019a appris beaucoup sur l\u2019univers mental du psychotique et me tient lieu encore de r\u00e9f\u00e9rence au plan contre-transf\u00e9rentiel.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Second temps<\/em>&nbsp;: Il y a quelques mois, j\u2019ai re\u00e7u une jeune femme de 20 ans, Nathalie, pour un bilan projectif, bilan demand\u00e9 par un psychiatre\/psychanalyste \u00e0 l\u2019or\u00e9e de sa prise en charge.<\/p>\n\n\n\n<p>Nathalie \u00e9voque un important \u00e9pisode qu\u2019elle nomme d\u00e9pressif qui a dur\u00e9 environ trois ans et au cours duquel elle a v\u00e9cu, selon ses termes, une v\u00e9ritable d\u00e9structuration de sa personnalit\u00e9, qui a fait voler en \u00e9clat les mots, les pens\u00e9es, les exp\u00e9riences v\u00e9cues, avec un vif sentiment de d\u00e9connexion de la r\u00e9alit\u00e9. Elle rend compte de l\u2019oubli des 17 premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie et, juste avant cela, du sentiment que c\u2019\u00e9tait quelqu\u2019un d\u2019autre qui avait v\u00e9cu sa vie d\u2019avant. Nathalie a obtenu son Baccalaur\u00e9at L de justesse \u00e9prouvant d\u00e9j\u00e0 des souffrances psychiques intenses lors de sa terminale. Elle s\u2019inscrit dans une fac de langues mais \u00e9choue \u00e0 ses examens et reprend des \u00e9tudes de linguistique, pour tenter de se rapprocher des mots dit-elle, et retrouver \u00ab&nbsp;un niveau de coh\u00e9rence avec elle-m\u00eame par del\u00e0 les mots&nbsp;\u00bb, les mots pour elle \u00e9tant outrageusement r\u00e9ducteurs. En effet, il lui est insupportable d\u2019\u00eatre r\u00e9duite \u00e0 la compr\u00e9hension ou \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension que ses propres mots, ou les mots des autres, suscitent. La peur d\u2019\u00eatre enferm\u00e9e dans les mots g\u00e9n\u00e8re en elle un sentiment d\u2019effroi, semblable \u00e0 celui qu\u2019elle a connu quand elle s\u2019est sentie \u00e9trang\u00e8re au monde qui l\u2019entourait. Elle rapporte qu\u2019elle n\u2019a jamais eu vraiment d\u2019amis ni de relations sociales et pr\u00e9cise qu\u2019elle n\u2019a pas r\u00e9ellement besoin des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa famille ne peut l\u2019aider car elle ressent ses parents et son petit fr\u00e8re, comme \u00e9tant tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s d\u2019elle sur le plan personnel. L\u2019incompr\u00e9hension est totale entre eux et elle car, dit Nathalie, leur d\u00e9marche vers elle n\u2019est fond\u00e9e que sur les mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, elle a trouv\u00e9 un psychanalyste qui semble la comprendre au-del\u00e0 des mots et cela lui donne l\u2019espoir d\u2019une vie meilleure qu\u2019elle sent possible en elle \u00e0 pr\u00e9sent. Ainsi, pour Nathalie, toujours fragilis\u00e9e par la catastrophe psychique v\u00e9cue pr\u00e9c\u00e9demment et, malgr\u00e9 sa peur des mots et la rupture qu\u2019elle ressent encore entre eux et elle, il lui a \u00e9t\u00e9 possible de transmettre sa propre souffrance. Et pour moi, il a \u00e9t\u00e9 possible de lui rendre compte des conclusions de l\u2019analyse de ses tests projectifs en utilisant les mots avec leur fonction premi\u00e8re, comme des facteurs de liens entre elle et son monde interne, un monde interne repeupl\u00e9 avec ses objets investis, dont le psychanalyste faisait d\u00e9j\u00e0 partie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m\u2019int\u00e9resse ici dans cette rencontre, c\u2019est que dans mon contre-transfert j\u2019ai pu ressentir un moment de tristesse profonde, un sentiment d\u2019esseulement absolu, en provenance de l\u2019au-del\u00e0 des mots de Nathalie, cet au-del\u00e0 des mots qu\u2019elle ne pouvait pas dire de peur que les mots ne la tuent en d\u00e9truisant sa pens\u00e9e. On pense alors \u00e0 L. Wolfson et son livre <em>Le schizo et les langues<\/em> (1970) dans lequel l\u2019auteur explique la douleur qu\u2019il ressent \u00e0 entendre les mots prononc\u00e9s par sa m\u00e8re et d\u00e9cide de rompre avec l\u2019anglais, sa langue maternelle. Il vit avec les oreilles bouch\u00e9es pour ne pas risquer d\u2019entendre les mots de sa m\u00e8re, et gr\u00e2ce \u00e0 d\u2019autres langues qu\u2019il apprend, comme le fran\u00e7ais, le russe, l\u2019allemand, l\u2019h\u00e9breu, et \u00e0 l\u2019invention d\u2019un syst\u00e8me linguistique tr\u00e8s sophistiqu\u00e9, il transforme les mots anglais angoissants en mots tol\u00e9rables. L\u2019exemple de L. Wolfson, constitue, me semble-t-il, un mouvement de cr\u00e9ation psychique ordinaire, fond\u00e9 sur des liaisons extraordinaires, qui apaise la souffrance. Petit clin d\u2019\u0153il \u00e0 J. B. Pontalis&nbsp;: c\u2019est lui qui publia le livre de L. Wolfson chez Gallimard dans sa collection <em>Connaissance de l\u2019inconscient<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreuses ann\u00e9es s\u00e9parent ces deux exp\u00e9riences contre-transf\u00e9rentielles mais la seconde m\u2019a remise la premi\u00e8re en m\u00e9moire par l\u2019intensit\u00e9 de la souffrance que j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 ces deux occasions. Angoisse et douleur, angoisse ou douleur&nbsp;? S\u2019il s\u2019agit bien de souffrance dans les deux cas, cette souffrance rend compte de deux \u00e9tats psychiques bien diff\u00e9rents&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019angoisse, un sentiment de perte du lien \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et aussi dans le m\u00eame mouvement, de perte de la signification accord\u00e9e au monde, aux autres, \u00e0 l\u2019existence. C\u2019est la fin et donc la perte du monde, sans reconnaissance de cette perte, une angoisse o\u00f9, comme le disaient S. Nacht et P.C. Racamier (1958), l\u2019espace v\u00e9cu n\u2019a plus de structure, plus de perspective, plus de densit\u00e9 et le temps v\u00e9cu a cess\u00e9 de se d\u00e9rouler, l\u2019instant valant pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Les liens sont d\u00e9truits.<\/li><li>Du c\u00f4t\u00e9 de la douleur, un sentiment de perte absolu d\u2019un lien d\u2019amour unique et primordial, sans lequel la vie s\u2019arr\u00eate\u2026 mais au milieu de cette angoisse de perte du lien avec l\u2019objet, la r\u00e9alit\u00e9 est toujours l\u00e0. C\u2019est la fin et la perte d\u2019un lien, mais avec reconnaissance de la perte, une angoisse de chute dans un trou sans fond, mais avec des bords qui permettent de penser qu\u2019on pourrait s\u2019y agripper. Les liens sont reconstruits ou du moins commencent \u00e0 l\u2019\u00eatre.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Angoisse dissociative, d\u00e9liante d\u2019un c\u00f4t\u00e9, douleur m\u00e9lancolique, reliante de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. N\u00e9anmoins dans l\u2019angoisse de d\u00e9liaison, le sujet psychotique peut cr\u00e9er ou recr\u00e9er du lien en recr\u00e9ant le monde et des objets dedans, en cr\u00e9ant un d\u00e9lire. Je rappellerai qu\u2019une des id\u00e9es g\u00e9niales de Freud (1911) fut celle de consid\u00e9rer la cr\u00e9ation d\u2019un d\u00e9lire par le patient psychotique comme une tentative de gu\u00e9rison de son \u00e9tat pathologique. Avant la construction d\u2019un d\u00e9lire, le monde est devenu \u00e9trange, lointain, d\u00e9nu\u00e9 de sens. L\u2019angoisse de morcellement est alors \u00e0 son comble. La construction d\u2019un d\u00e9lire est une opportunit\u00e9 de renouer les contacts, en retrouvant du sens aux choses et aux personnes gr\u00e2ce \u00e0 une r\u00e9-interpr\u00e9tation du monde et ce faisant, de soulager l\u2019angoisse. Le sujet psychotique produisant son d\u00e9lire proc\u00e8de d\u2019un acte de cr\u00e9ation psychique qui contribue \u00e0 lutter contre la d\u00e9liaison par la trouvaille d\u2019un rapport nouveau avec les objets du monde et la r\u00e9alit\u00e9. Pour Green (<em>id<\/em>), le d\u00e9lire comme tentative de gu\u00e9rison, est \u00e0 entendre comme \u00ab&nbsp;une tentative de reconqu\u00eate par la folie \u00e9rotique du terrain perdu par l\u2019abrasion psychotique.&nbsp;\u00bb (p. 179). Ce qui signifierait que par la cr\u00e9ation du d\u00e9lire, la folie, au sens de la passion soumise \u00e0 <em>Eros<\/em>, s\u2019installerait en faisant reculer la psychose, sous l\u2019emprise quant \u00e0 elle, de <em>Thanatos<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m\u2019a fait penser que Nathalie \u00e9tait en mesure de tirer grand profit d\u2019une prise en charge psychanalytique, c\u2019est qu\u2019elle a pu transmettre dans son approche transf\u00e9rentielle et, par cons\u00e9quent dans les tests projectifs, la version originale (la V.O.) de son fonctionnement psychique, c\u2019est-\u00e0-dire sa version authentique, non d\u00e9form\u00e9e par des mots qu\u2019elle juge, \u00e0 juste titre, trompeurs, version authentique qui la relie \u00e0 la douleur de son histoire, et donc \u00e0 elle-m\u00eame et au reste de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La douleur, cr\u00e9atrice de liens, permet de retrouver et donc de recr\u00e9er les liens rompus. Nous savons bien \u00e9galement combien certains patients tiennent tant \u00e0 leur douleur, en tant qu\u2019elle repr\u00e9sente l\u2019objet perdu, qu\u2019ils peuvent ne jamais s\u2019en s\u00e9parer. C\u2019est ce qui fait dire \u00e0 la philosophe Simone Weil (1947) que \u00ab&nbsp;toute douleur qui ne d\u00e9tache pas est de la douleur perdue&nbsp;\u00bb. Toutefois, chez les patients psychotiques, il semble bien que ce mouvement soit invers\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;toute douleur qui ne relie pas ou qui n\u2019attache pas est une douleur perdue.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Si le d\u00e9lire et la douleur morale de type m\u00e9lancolique sont des sympt\u00f4mes graves, la psychanalyse ne cherche pas \u00e0 les combattre et encore moins \u00e0 les \u00e9radiquer car elle a compris depuis le d\u00e9but, depuis Freud, leurs qualit\u00e9s positives pour la vie psychique du patient lui-m\u00eame. M\u00eame s\u2019ils fragilisent le sujet dans ses rapports au monde et aux autres, ces sympt\u00f4mes le maintiennent dans la relation au monde et aux autres. Toutefois, ce n\u2019est pas l\u2019avis d\u2019une psychiatrie biologisante revenue dans le giron de la m\u00e9decine avec la volont\u00e9 de gu\u00e9rir, et qui cherche avant tout \u00e0 appliquer au sympt\u00f4me psychique un traitement chimique, avant tout traitement humain. Maurice Corcos, qui a r\u00e9cemment d\u00e9nonc\u00e9, dans un ouvrage sans langue de bois (2011), la vision totalitaire d\u2019un \u00ab&nbsp;nouvel ordre psychiatrique&nbsp;\u00bb conduit par le DSM, ne me d\u00e9mentira pas.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce mouvement de r\u00e9bellion contre le \u00ab&nbsp;vouloir gu\u00e9rir&nbsp;\u00bb \u00e0 tout prix que Pontalis se positionne, dans son article de 1978, qu\u2019il intitule <em>Une id\u00e9e incurable<\/em>. Pontalis \u00e9voque dans cet article, qui me semble toujours tr\u00e8s actuel, l\u2019omnipr\u00e9sence de la volont\u00e9 de gu\u00e9rir et parle de la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re comme d\u2019une \u00ab&nbsp;machine \u00e0 gu\u00e9rir&nbsp;\u00bb. La vie, du d\u00e9but \u00e0 sa fin, est m\u00e9dicalis\u00e9e, dit Pontalis, assurant par l\u00e0 le triomphe de la m\u00e9decine, notamment en pr\u00f4nant l\u2019ordre m\u00e9dical tout puissant et omniscient. Tout ce qui cherche \u00e0 s\u2019en \u00e9chapper est rattrap\u00e9 par la mise en sympt\u00f4mes&nbsp;: d\u00e9linquance, violence, drogue, d\u00e9sespoir deviennent des sympt\u00f4mes dont il faut gu\u00e9rir pour assainir la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la psychanalyse, on le sait, la gu\u00e9rison viendrait comme un b\u00e9n\u00e9fice, de surcro\u00eet. Si l\u2019id\u00e9e de gu\u00e9rison ne fait pas partie du vocabulaire des psychanalystes, le d\u00e9sir de gu\u00e9rir n\u2019est jamais absent d\u2019une cure mais il est mis entre parenth\u00e8ses, tant que l\u2019analyse marche. Avec le tournant de l\u2019introduction de la pulsion de mort et du masochisme originaire, Freud fait la d\u00e9couverte de la r\u00e9action th\u00e9rapeutique n\u00e9gative comme d\u2019\u00ab&nbsp;une puissance d\u2019anti-vie, un d\u00e9sir de non-d\u00e9sir&nbsp;\u00bb. Une telle but\u00e9e, dit Pontalis, ne vient-elle pas interdire toute possibilit\u00e9 de gu\u00e9rison&nbsp;? Pour certains analystes (am\u00e9ricains surtout) oui, c\u2019est pourquoi ils ne veulent pas entendre parler de pulsion de mort. Pourtant, souligne Pontalis, c\u2019est lorsque le travail de la mort est le plus actif dans la psych\u00e9 d\u2019un patient que l\u2019analyste peut \u00eatre le plus assujetti au d\u00e9sir de le gu\u00e9rir. Ce d\u00e9sir de gu\u00e9rir chez l\u2019analyste peut prendre plusieurs formes&nbsp;: la r\u00e9paration, le <em>holding<\/em>, la construction du fantasme, le fantasme d\u2019une mise au monde, voire d\u2019une r\u00e9surrection. Tant que vie et mort restent unies dans l\u2019union des pulsions, le terrain de la psychanalyse ne risque pas d\u2019\u00eatre min\u00e9 ou lamin\u00e9. C\u2019est leur d\u00e9sunion qui aboutit au d\u00e9chainement de la pulsion de mort avec l\u2019\u00e9mergence du clivage. D\u00e8s lors, le vouloir gu\u00e9rir vient r\u00e9agir, et non pas r\u00e9pondre, au vouloir mourir, comme c\u2019est le cas pour Pontalis dans l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique\u2026. \u00ab&nbsp;On se gu\u00e9rit de bien des choses plus facilement que de l\u2019id\u00e9e de gu\u00e9rison.&nbsp;\u00bb dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019appui de la th\u00e8se de Pontalis, une recherche toute r\u00e9cente m\u00e9rite d\u2019\u00eatre ici \u00e9voqu\u00e9e&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019une recherche effectu\u00e9e en Su\u00e8de par une \u00e9quipe d\u2019\u00e9pid\u00e9miologistes du <em>Karolinska Institutet<\/em>, publi\u00e9e en octobre 2012 et janvier 2013 dans le <em>Journal of Psychiatric Research<\/em>.&nbsp;: \u00ab<em>Mental illness, suicide and creativity&nbsp;: 40-year prospective total population study<\/em>&nbsp;\u00bb. Cette \u00e9tude a int\u00e9gr\u00e9 une population de pr\u00e8s de 1 200 000 personnes sur une dur\u00e9e de 40 ans pour questionner la croyance selon laquelle la cr\u00e9ativit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 la psychopathologie. L\u2019\u00e9tude a d\u00e9montr\u00e9 que les patients et les proches des patients schizophr\u00e8nes, bipolaires, autistes ou qui ont commis des tentatives de suicide ou des suicides, sont plus souvent des artistes et exercent plus de m\u00e9tiers cr\u00e9atifs (d\u00e9finis comme scientifiques et artistiques) que la population g\u00e9n\u00e9rale. Dans ses conclusions, l\u2019auteur principal du rapport, Simon Kyaga, consid\u00e8re que le traitement de la pathologie mentale est ainsi mis en question et doit \u00eatre revu \u00e0 la lumi\u00e8re de cette \u00e9tude. Patient et m\u00e9decin dit-il, doivent se mettre d\u2019accord sur ce qu\u2019il faut traiter et \u00e0 quel prix. L\u2019auteur met l\u2019accent en m\u00eame temps sur le fait qu\u2019en psychiatrie, comme en m\u00e9decine en g\u00e9n\u00e9ral, il existe une tradition qui fait voir la maladie en noir et blanc, c\u2019est-\u00e0-dire en tout ou rien et tend \u00e0 vouloir annihiler tout ce qui appara\u00eet comme morbide.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de cette \u00e9tude me semble double&nbsp;: d\u2019une part, elle objective \u00ab&nbsp;scientifiquement&nbsp;\u00bb ce qui est connu empiriquement depuis l\u2019Antiquit\u00e9, \u00e9poque durant laquelle diverses formes de maladie ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7ues comme la cons\u00e9quence et parfois m\u00eame la source du g\u00e9nie litt\u00e9raire et artistique. Rappelons qu\u2019Aristote place la m\u00e9lancolie \u00e0 la source des imaginations hors norme et de l\u2019inspiration po\u00e9tique. Plus tard la m\u00e9lancolie sera reconnue par les m\u00e9decins de la Renaissance, puis des XVII<sup>\u00e8me<\/sup> et XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles, comme un mal utile aux hommes de lettres. Le XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, avec le d\u00e9veloppement de la psychopathologie, s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 aux liens entre le g\u00e9nie et certaines formes de folie. Au XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, \u00e9tudes cliniques \u00e0 l\u2019appui, des sp\u00e9cialistes ont montr\u00e9 que la d\u00e9pression et d\u2019autres types de maladies mentales contribuaient \u00e0 la cr\u00e9ation artistique et litt\u00e9raire. Il fallait une recherche de cette envergure pour confirmer une th\u00e8se provenant de si loin dans le temps et admise tant par la croyance populaire que par les observations et \u00e9crits de nombreuses personnalit\u00e9s scientifiques de tous bords et de toutes \u00e9poques.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, l\u2019\u00e9tude et ses conclusions remettent en cause le bien-fond\u00e9 de la volont\u00e9 m\u00e9dicale de gu\u00e9rir la pathologie mentale, et tend \u00e0 privil\u00e9gier le respect de la part cr\u00e9ative, c\u2019est-\u00e0-dire humaine et vivante, du fonctionnement du sujet. Ce constat est \u00e9videmment int\u00e9ressant, venant non pas d\u2019un psychanalyste mais d\u2019un chercheur \u00e9pid\u00e9miologiste qui donne raison \u00e0 Pontalis bien s\u00fbr mais aussi \u00e0 l\u2019ensemble de la d\u00e9marche psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second axe de r\u00e9flexions, interroge (ou r\u00e9interroge, cela n\u2019est pas nouveau&nbsp;!) la douleur comme source de la cr\u00e9ativit\u00e9 artistique. Il est devenu un lieu commun que d\u2019associer l\u2019artiste \u00e0 une forme de folie douloureuse qui lui conf\u00e9rerait la capacit\u00e9 de voir, entendre, ressentir des choses du monde \u00e0 lui seul r\u00e9v\u00e9l\u00e9es. De m\u00eame qu\u2019il est commun de penser que l\u2019artiste cr\u00e9e dans la douleur au m\u00eame degr\u00e9 symbolique que la femme qui enfante, au point qu\u2019une croyance dans le pouvoir bienfaisant de la souffrance sur la cr\u00e9ation litt\u00e9raire et artistique s\u2019est \u00e9rig\u00e9e. Tel Rimbaud (1854-1891) dans le prologue d\u2019<em>Une saison en enfer<\/em>, (1873)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le malheur a \u00e9t\u00e9 mon dieu. Je me suis allong\u00e9 dans la boue. Je me suis s\u00e9ch\u00e9 \u00e0 l\u2019air du crime. Et j\u2019ai jou\u00e9 de bons tours \u00e0 la folie.&nbsp;\u00bb<\/em> Puis dans <em>L\u2019alchimie du verbe&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je finis par trouver sacr\u00e9 le d\u00e9sordre de mon esprit. J\u2019\u00e9tais oisif, en proie \u00e0 une lourde fi\u00e8vre&nbsp;: j\u2019enviais la f\u00e9licit\u00e9 des b\u00eates, &#8211; les chenilles, qui repr\u00e9sentent l\u2019innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la virginit\u00e9&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 4)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que les po\u00e8tes maudits de la fin du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, puis le groupe des surr\u00e9alistes, au d\u00e9but du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, estiment que la folie est la condition <em>sine qua non<\/em> du g\u00e9nie litt\u00e9raire. C\u2019est pourquoi elle est recherch\u00e9e, voire simul\u00e9e par nombre d\u2019\u00e9crivains et de po\u00e8tes. Il s\u2019agit de cr\u00e9er un \u00e9tat pathologique, par la torture du corps et de l\u2019esprit, comme un voyage dans l\u2019univers po\u00e9tique qui peut certes se r\u00e9v\u00e9ler dangereux mais qui vient aussi f\u00e9conder, \u00e0 l\u2019instar de Rimbaud, la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019artiste. Notamment l\u2019\u00ab&nbsp;hallucination artistique&nbsp;\u00bb, notion invent\u00e9e par Flaubert, et qui donne son titre \u00e0 un ouvrage r\u00e9cent publi\u00e9 par J. F. Chevrier (2012) (Professeur d\u2019histoire de l\u2019art contemporain), l\u2019hallucination artistique n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 pathologique, mais du c\u00f4t\u00e9 de la transformation de la perception en vision cr\u00e9atrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Flaubert \u00e9crit au philosophe Hippolyte Taine en 1866&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Dans l\u2019hallucination artistique, le tableau n\u2019est pas bien limit\u00e9 quelque pr\u00e9cis qu\u2019il soit. Ainsi, je vois parfaitement un meuble, une figure, un coin de paysage. Mais cela flotte, cela est suspendu, cela est je ne sais o\u00f9. \u00c7a existe seul et sans rapport avec le reste\u2026 La r\u00e9alit\u00e9 ambiante a disparu. Je ne sais plus ce qu\u2019il y a autour de moi. J\u2019appartiens \u00e0 cette apparition exclusivement.&nbsp;\u00bb (p. 499).<\/em> Plus loin, il pr\u00e9cise&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Dans l\u2019hallucination proprement dite, il y a toujours terreur, on sent que votre personnalit\u00e9 vous \u00e9chappe, on croit qu\u2019on va mourir. Dans la vision po\u00e9tique au contraire, il y a joie. C\u2019est quelque chose qui entre en vous. Il n\u2019en est pas moins vrai qu\u2019on ne sait plus ou l\u2019on est<\/em>&nbsp;?&nbsp;\u00bb (id.)<\/p>\n\n\n\n<p>Ces descriptions renvoient au saisissement cr\u00e9ateur th\u00e9oris\u00e9 par Anzieu (1981) et \u00e0 la r\u00e9gression psychique, voire \u00e0 la dissociation qu\u2019il impose. Anzieu pr\u00e9cise combien la limite est incertaine et fragile entre le processus qui m\u00e8ne \u00e0 la cr\u00e9ation et celui qui aboutit \u00e0 une pathologie mentale destructurante, car ce que le cr\u00e9ateur peut \u00e9prouver au moment de la crise est de l\u2019ordre de la \u00ab&nbsp;d\u00e9r\u00e9liction et de l\u2019agonie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, si certains artistes s\u2019infligent \u00e0 eux-m\u00eames une douleur morale et pr\u00f4nent la folie pour chercher l\u2019inspiration, ou parviennent \u00e0 jouer avec leur imagination d\u00e9lirante, d\u2019autres, subissent cette douleur et tente toute leur vie de la surmonter gr\u00e2ce \u00e0 leur \u0153uvre \u00e0 l\u2019instar du plus c\u00e9l\u00e8bre d\u2019entre eux Van Gogh, \u00e0 propos duquel Antonin Artaud (1947) dira, sans aucun doute en parlant aussi de lui-m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nul n\u2019a jamais \u00e9crit ou peint, sculpt\u00e9, model\u00e9, construit, invent\u00e9, que pour sortir en fait de l\u2019enfer.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 38).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e de gu\u00e9rison, id\u00e9e incurable dans nos soci\u00e9t\u00e9s pour Pontalis, comprend-elle aussi la volont\u00e9 m\u00e9dicale d\u2019effacement de la douleur psychique\u00a0? Alors m\u00eame que celle-ci fait partie de ces affects qui relient l\u2019humain \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 et qui relient l\u2019humain \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0? Alors, face \u00e0 la douleur psychique extr\u00eame dans la psychose, l\u2019id\u00e9e, pour rejoindre Pontalis, ne serait pas d\u2019emp\u00eacher le sujet de souffrir mais de l\u2019aider \u00e0 reconstruire la route qui m\u00e8ne au point d\u2019origine de sa douleur pour qu\u2019il devienne le cr\u00e9ateur de son histoire et peut-\u00eatre un cr\u00e9ateur \u00e0 part enti\u00e8re. N\u2019est-ce pas \u00e0 ce prix, qu\u2019il pourra dialoguer avec sa douleur, comme l\u2019ont fait tant d\u2019artistes, tant d\u2019\u00e9crivains, et comme le po\u00e8te se dire \u00ab\u00a0<em>Sois sage, \u00f4 ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.\u2026 Ma Douleur, donne-moi la main\u00a0; viens par ici\u2026<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? (Baudelaire, <em>Recueillement<\/em>, 1857, p. 171)<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Anzieu D., (1981), <em>Le corps de l\u2019\u0153uvre<\/em>, Gallimard, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Aristote, (1991), <em>L\u2019homme de g\u00e9nie et la m\u00e9lancolie<\/em>. <em>Probl\u00e8me XXX<\/em>, 1, Payot, Rivages poche.<\/p>\n\n\n\n<p>Artaud A., (1947), <em>Van Gogh ou le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, Gallimard, Coll. L\u2019Imaginaire, Paris, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>Baudelaire C., (1857), <em>Les fleurs du mal<\/em>, Pocket, 1989.<\/p>\n\n\n\n<p>Brun A., (2005), \u00ab&nbsp;Historique de la m\u00e9diation artistique dans la psychoth\u00e9rapie psychanalytique&nbsp;\u00bb, <em>Revue de Psychologie Clinique et Projective<\/em>, 2005, 1, p. 323-344.<\/p>\n\n\n\n<p>Chevrier J. F., (2012), <em>L\u2019hallucination artistique. De William Blake \u00e0 Sigmar Polke<\/em>, L\u2019Arachn\u00e9en, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Corcos M., (2011), <em>L\u2019homme selon le DSM. Le nouvel ordre psychiatrique<\/em>, Albin Michel.<\/p>\n\n\n\n<p>Flaubert G., <em>Correspondances<\/em>, (textes choisis par) B. Masson, Paris, Gallimard (Folio classique), 1998. Freud S. (1911) \u00ab&nbsp;Remarques psychanalytiques sur l\u2019autobiographie d\u2019un cas de parano\u00efa (Le Pr\u00e9sident Schreber)&nbsp;\u00bb in <em>Cinq Psychanalyses<\/em>, Paris, France&nbsp;: PUF, 1979, p. 263-324.<\/p>\n\n\n\n<p>Green A., (1980), <em>La folie priv\u00e9e<\/em>, Gallimard, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Kyaga S. and al., (2013) \u00ab&nbsp;Mental illness, suicide and creativity&nbsp;: 40-year prospective total population study&nbsp;\u00bb, <em>J. of Psychiatr. Res.<\/em>, 2013 Jan&nbsp;; 47(1)&nbsp;: 83-90.<\/p>\n\n\n\n<p>Nacht S., Racamier P.C., (1958), \u00ab&nbsp;La th\u00e9orie psychanalytique du d\u00e9lire&nbsp;\u00bb, <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 4-5, p. 417-574.<\/p>\n\n\n\n<p>Pontalis J.B., (1978), \u00ab&nbsp;Une id\u00e9e incurable&nbsp;\u00bb, <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 17, p. 5-12<\/p>\n\n\n\n<p>Racamier P.C., (1976), <em>L\u2019interpr\u00e9tation psychanalytique des schizophr\u00e9nies<\/em>, E.M.C., 37-291-A-10<\/p>\n\n\n\n<p>Rimbaud A. (1873), <em>Une saison en enfer<\/em>, Folio Classique, 1999<\/p>\n\n\n\n<p>Weil S., (1947), <em>La pesanteur et la gr\u00e2ce<\/em>, Paris, Pocket, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p>Wolfson L., (1970), <em>Le schizo et les langues<\/em>, Gallimard, Coll. Connaissance de l\u2019inconscient.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10084?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon propos porte sur la douleur psychique dans la psychose et dans la folie en mettant l\u2019accent sur les mouvements cr\u00e9atifs, d\u2019ordre artistique ou non, qui peuvent en \u00e9merger. A la suite de H. Ey, A. Green (1980) a distingu\u00e9&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[],"auteur":[1663],"dossier":[761],"mode":[60],"revue":[397],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10084","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","auteur-catherine-azoulay","dossier-la-douleur","mode-payant","revue-397","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10084","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10084"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10084\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16453,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10084\/revisions\/16453"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10084"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10084"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10084"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10084"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10084"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10084"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10084"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10084"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10084"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}