{"id":10077,"date":"2021-08-22T07:31:16","date_gmt":"2021-08-22T05:31:16","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/depressivite-et-depression-paternelles-perinatales-2\/"},"modified":"2021-09-24T11:48:38","modified_gmt":"2021-09-24T09:48:38","slug":"depressivite-et-depression-paternelles-perinatales","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/depressivite-et-depression-paternelles-perinatales\/","title":{"rendered":"D\u00e9pressivit\u00e9 et d\u00e9pression paternelles p\u00e9rinatales"},"content":{"rendered":"\n<p>Mercredi 17h. Maternit\u00e9 de Versailles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je termine une consultation parents\/b\u00e9b\u00e9. Louis, le nouvellement n\u00e9 vient d\u2019\u00eatre d\u00e9rang\u00e9 dans son sommeil par le rhabillage et commence \u00e0 pleurer avec vigueur. En raccompagnant le trio \u00e0 la sortie, nous croisons dans la salle d\u2019attente quatre hommes qui attendent sagement le groupe de pr\u00e9paration \u00e0 la naissance r\u00e9serv\u00e9 aux \u201cdevenant p\u00e8re\u201d que j\u2019anime.<\/p>\n\n\n\n<p>Je croise l\u2019\u0153il inquiet de l\u2019un d\u2019entre eux qui observe Louis et ses parents avec une extr\u00eame vigilance. On lit dans son regard de \u201cprimi-p\u00e8re\u201d mille questions intriqu\u00e9es&nbsp;: \u201cque vais-je donc faire dans quelques mois quand je vais me retrouver avec \u201c\u00e7a\u201d dans les bras et dans les oreilles&nbsp;? Vais-je \u201cparler b\u00e9b\u00e9\u201d et trouver les gestes ad\u00e9quats avec aisance ou bien \u00e9chouer ou pire ne pas avoir envie, gentiment\u2026 violemment&nbsp;?\u201d; \u201cQue va me laisser sa majest\u00e9 le b\u00e9b\u00e9 de ma moiti\u00e9, mon amante avec qui j\u2019adore aller sans compter au cin\u00e9ma, au restaurant et en week-end surprise&nbsp;?\u201d&nbsp;; \u201cQuelle sera ma r\u00e9action quand, au retour du travail avec l\u2019envie de raconter ma journ\u00e9e \u00e0 ma douce et tendre, je le verrai, lui ou elle, accroch\u00e9 \u00e0 ses seins nourriciers qui sont mes seins amoureux&nbsp;?\u201d&nbsp;; \u201cEt que dire de \u201cma m\u00e8re \u00e0 moi\u201d, \u201cmon p\u00e8re \u00e0 moi\u201d qui, en se transformant en fringants grands parents, vont devenir g\u00e2teux devant leur tout nouveau \u201ccharg\u00e9 de mission d\u2019\u00e9ternit\u00e9.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela dans un regard me direz-vous&nbsp;? Non, bien plus encore, la liste d\u2019interrogations paternelles est ici seulement esquiss\u00e9e&nbsp;!! Je salue Louis et ses parents et j\u2019invite les \u201capprentis p\u00e8res\u201d \u00e0 rentrer dans la salle de r\u00e9union. Pour inaugurer l\u2019\u00e9change, chacun se pr\u00e9sente. Sont alors le plus souvent \u00e9voqu\u00e9s spontan\u00e9ment&nbsp;: la nouveaut\u00e9 ou l\u2019anciennet\u00e9 du statut de p\u00e8re&nbsp;; le terme de la grossesse de leurs femmes&nbsp;; la description de son \u00e9tat de sant\u00e9 pendant la grossesse et de celui de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre&nbsp;; parfois, la formulation d\u2019embl\u00e9e de questions pr\u00e9cises motivant leurs pr\u00e9sence, ou encore, la revendication d\u2019une curiosit\u00e9 sans demande particuli\u00e8re et, enfin, les pr\u00e9sences impos\u00e9es&nbsp;: \u201cc\u2019est ma femme qui m\u2019a demand\u00e9 de venir. Elle dit que j\u2019en ai dr\u00f4lement besoin\u201d. L\u2019exp\u00e9rience de ces groupes mais aussi des consultations th\u00e9rapeutiques p\u00e9rinatales avec des p\u00e8res seuls ou en couple m\u2019a appris combien de nombreux \u201cdevenant p\u00e8res\u201d manquaient singuli\u00e8rement d\u2019occasions de symboliser sur la sc\u00e8ne sociale ce processus de m\u00e9tamorphose qu\u2019ils traversent. En d\u00e9pit du battage m\u00e9diatique de surface, notre soci\u00e9t\u00e9 est d\u00e9cid\u00e9ment peu accueillante pour en favoriser l\u2019\u00e9laboration. D\u2019une part, j\u2019ai le sentiment que le d\u00e9bat sur les nouveaux p\u00e8res menace constamment de favoriser essentiellement une conception r\u00e9ductrice o\u00f9 il est, finalement, une \u201cm\u00e8re comme les autres\u201d. Et, d\u2019autre part, j\u2019ai l\u2019impression que ces agoras m\u00e9diatiques \u00e0 l\u2019instar des \u00e9missions type \u201c\u00c7a se discute\u201d donnent aux t\u00e9l\u00e9spectateurs peu ou prou passifs, une illusion d\u2019\u00e9laboration dans une r\u00e9flexion par procuration plus propice aux clich\u00e9s id\u00e9ologiques ali\u00e9nants qu\u2019\u00e0 une mise en r\u00e9cit et en sens affect\u00e9e et subjectivante.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019institution Maternit\u00e9 en elle-m\u00eame n\u2019est pas en reste \u00e0 ce sujet&nbsp;: elle semble pr\u00eate \u00e0 tol\u00e9rer ce p\u00e8re maternis\u00e9 si il \u201cassure\u201d en <em>post-partum<\/em> pour le bain et le change mais elle exprime des r\u00e9sistances opini\u00e2tres \u00e0 l\u2019accueil de ce p\u00e8re si il se questionne et, <em>a fortiori<\/em>, risque d\u2019avoir du vague \u00e0 l\u2019\u00e2me alors qu\u2019on a besoin de son soutien sans faille au moment du <em>blues<\/em> du <em>post-partum<\/em> de sa compagne. Et bien je crois qu\u2019il est temps de tenter de rompre avec cet obscurantisme puissant car le processus de paternalit\u00e9 offre un bouquet de possibles dont il ne faut pas sous-estimer la part potentielle de cr\u00e9ativit\u00e9 comme de vuln\u00e9rabilit\u00e9 pour le sujet lui-m\u00eame, pour son couple, sa relation avec son enfant, sa famille et son environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>En termes sp\u00e9cifiquement psychanalytiques, je dirai&nbsp;: ce qu\u2019il y a de remarquable dans cette clinique \u201ctout venant\u201d, c\u2019est qu\u2019elle donne \u00e0 entendre avec une rare g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 la formidable amplification des fantasmes originaires de vie intra-ut\u00e9rine, de sc\u00e8ne primitive, de castration et de s\u00e9duction pendant la p\u00e9riode pr\u00e9natale chez le p\u00e8re. Le questionnement insistant sur l\u2019origine de l\u2019individu, de la sexualit\u00e9 et de la diff\u00e9rence des sexes occupe le devant de la sc\u00e8ne avec une transparence inhabituelle. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore, en reprenant l\u2019\u00e9clairante distinction entre le \u201cmaternel primaire\u201d et le \u201cf\u00e9minin primaire\u201d de Florence Guignard<sup>1<\/sup>, le processus de paternalit\u00e9 confronte \u00e0 une singuli\u00e8re r\u00e9actualisation des fantasmes de vie intraut\u00e9rine et de castration inh\u00e9rents au maternel primaire et de sc\u00e8ne primitive et de s\u00e9duction du f\u00e9minin primaire. En r\u00e9ponse \u00e0 cette confrontation au maternel et au f\u00e9minin en soi, les espaces du paternel et du masculin vont se redistribuer dans une r\u00e9\u00e9dition originale de la bissexualit\u00e9 psychique. Dans ce contexte de crise complexe, le processus de paternalit\u00e9 comporte une variable clinique typique&nbsp;: il s\u2019agit de l\u2019espace-temps des variations, parfois fortes, de la normale de la d\u00e9pressivit\u00e9 paternelle p\u00e9rinatale et de la d\u00e9pression paternelle p\u00e9rinatale en r\u00e9ponse \u00e0 la crise de cette r\u00e9activation fantasmatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u201cd\u00e9pressivit\u00e9 paternelle\u201d s\u2019inscrit tout \u00e0 fait \u00e0 mon sens dans le droit fil de la \u201ccapacit\u00e9 d\u00e9pressive\u201d dont Pierre F\u00e9dida<sup>2<\/sup> a fait l\u2019\u00e9loge en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la d\u00e9pression chez M. Klein. Toutes les manifestations temp\u00e9r\u00e9es comportementales, psychosomatiques, n\u00e9vrotiques du syndrome de couvade<sup>3<\/sup> paternel s\u2019apparentent au travail de cette d\u00e9pressivit\u00e9. Quant au terme d\u00e9pression paternelle p\u00e9rinatale, je crois bon de le r\u00e9server aux sc\u00e9narios o\u00f9 le devenant p\u00e8re voit justement sa \u201ccapacit\u00e9 d\u00e9pressive\u201d mise en \u00e9chec et subit une souffrance qui m\u00e9rite dans le meilleur des cas un \u00e9tayage psychoth\u00e9rapique. Mais c\u2019est ici la diversit\u00e9 des 1001 possibles entre d\u00e9pressivit\u00e9 et d\u00e9pression paternelle dont je souhaite stimuler l\u2019exploration. C\u2019est pourquoi j\u2019utiliserai la formule g\u00e9n\u00e9rique de \u201cd\u00e9pressivit\u00e9\/d\u00e9pression paternelle p\u00e9rinatale\u201d pour convoquer toute la largeur du spectre des possibles sans pr\u00e9sumer du contraste des tableaux cliniques. Je me fonde sur un postulat&nbsp;: l\u2019issue de la travers\u00e9e paternelle de cet espace temps p\u00e9rinatal d\u00e9pend en bonne part des pr\u00e9c\u00e9dentes m\u00e9tamorphoses&nbsp;: celle du foetus devenant b\u00e9b\u00e9, du b\u00e9b\u00e9 devenant enfant et de l\u2019enfant devenant adolescent.<br>Dans cette perspective, je vais d\u2019abord repr\u00e9ciser les pistes psychopathologiques reconnues pour la d\u00e9pressivit\u00e9\/d\u00e9pression paternelle. Secondairement, avec un patient c\u00e9l\u00e8bre de 5 ans, le petit Hans, j\u2019en envisagerai les racines infantiles avec ce que Freud a nomm\u00e9 chez lui une \u201cd\u00e9pression de l\u2019humeur\u201d. Enfin, \u00e0 partir de ce pr\u00e9cieux h\u00e9ritage mais aussi de l\u2019apport r\u00e9cent de Fran\u00e7oise H\u00e9ritier, j\u2019envisagerai une hypoth\u00e8se suppl\u00e9mentaire sur la d\u00e9pressivit\u00e9\/d\u00e9pression paternelle qui, je l\u2019esp\u00e8re, compl\u00e9tera utilement notre vision des vertus et des vertiges de la paternalit\u00e9 p\u00e9rinatale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 D\u00e9pression\/d\u00e9pressivit\u00e9 paternelle et p\u00e9rinatalit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>On dispose aujourd\u2019hui de bon nombre de pistes pour la d\u00e9pressivit\u00e9\/d\u00e9pression paternelle. Il existe une v\u00e9ritable litt\u00e9rature anthropologique, psychiatrique et psychanalytique \u00e0 ce sujet. Anne Aubert<sup>4<\/sup> enrichit remarquablement le d\u00e9bat depuis sa th\u00e8se de doctorat sur ce sujet (1993). Monique Bydlowski et Daniela Luca ont propos\u00e9 en 2001 un excellent article \u00e0 ce sujet dans le <em>Carnet PSY<\/em><sup>5<\/sup>. Enfin, Marianne Dollander<sup>6<\/sup> a r\u00e9cemment fait une synth\u00e8se bien utile sur la d\u00e9pression paternelle p\u00e9rinatale. Ces principales pistes de la d\u00e9pression paternelle d\u00e9crivent chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, la crise p\u00e9rinatale comme une actualisation pour le meilleur et pour le pire des \u00e9l\u00e9ments cruciaux de l\u2019histoire intra et intersubjective du devenant p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Premi\u00e8re piste, la plus attendue, la r\u00e9actualisation chez le devenant p\u00e8re de la conflictualit\u00e9 oedipienne \u00e0 l\u2019\u00e9gard du (re)devenant grand p\u00e8re. L\u2019exp\u00e9rience de la paternit\u00e9, en particulier la premi\u00e8re, met singuli\u00e8rement en exergue la dynamique complexe \u00e0 l\u2019issue de ce long p\u00e9riple initiatique. Elle s\u2019affirme alors quelque part entre les variations symbolig\u00e8nes d\u2019une transmission g\u00e9n\u00e9rationnelle suffisamment bonnes pour m\u00e9taboliser la violence fondamentale dans une ambivalence psychique r\u00e9flexive ou, <em>a contrario<\/em>, les avatars d\u2019une transmission toxique d\u2019une agressivit\u00e9 source de passage \u00e0 l\u2019acte. Le fils en devenant p\u00e8re \u00e0 son tour prend le risque de jouer d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal avec lui et de l\u2019affronter dans le jeu de la com\u00e9die ou la guerre de la trag\u00e9die. La mise en sc\u00e8ne de cette confrontation exprime sans d\u00e9tour l\u2019\u00e9tat des lieux du chantier oedipien lors de l\u2019enfance et, surtout, de l\u2019avanc\u00e9e des travaux \u00e0 l\u2019adolescence. Devenir p\u00e8re s\u2019est aussi risquer de perdre son statut de fils prot\u00e9g\u00e9 par les parents et en particulier par la m\u00e8re&nbsp;: \u00eatre face \u00e0 sa femme enceinte c\u2019est, dans le meilleur des cas, \u201cfaire le deuil de sa m\u00e8re en la m\u00e8re de son enfant\u201d<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; 2<sup>\u00e8me<\/sup> piste&nbsp;: la r\u00e9\u00e9dition d\u2019une relation d\u2019objet archa\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 mon sens le tr\u00e9sor heuristique de la clinique p\u00e9rinatale que de mettre en relief avec insistance la force de cette r\u00e9\u00e9dition dans les troubles de la maternalit\u00e9 mais aussi de la paternalit\u00e9. Pour le devenant p\u00e8re, \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 sa femme habit\u00e9e par un enfant ut\u00e9rin, c\u2019est l\u2019occasion de comm\u00e9morer simultan\u00e9ment le magn\u00e9tisme nostalgique et l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 de ses fantasmes originaires intra-ut\u00e9rins. Dans ma plaidoirie en faveur d\u2019une esquisse objectale pr\u00e9natale parentale sous la formule de \u201crelation d\u2019objet virtuelle avec l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre<sup>8<\/sup>\u201d, je tente essentiellement de mettre en avant ce qu\u2019elle actualise, \u00e0 savoir, une r\u00e9surgence de la conflictualit\u00e9 de la dialectique premi\u00e8re contenu\/contenant. Devenir parent en pr\u00e9natal, c\u2019est r\u00e9\u00e9diter les \u00e9nigmatiques traces sensorielles pr\u00e9natales et le roman ut\u00e9rin construit apr\u00e8s-coup. La m\u00e8re archa\u00efque de la contenance ut\u00e9rine premi\u00e8re qui a droit de vie ou de mort sur ses habitants, r\u00e8gne en ma\u00eetresse sur ce terrain et elle est une actrice principale de la grossesse psychique de la matenit\u00e9 et de la paternit\u00e9. Je crois que quand Monique Bydlowski et Daniela Luca \u00e9crivent que la d\u00e9pression maternelle peut s\u2019envisager \u201ccomme un m\u00e9canisme de d\u00e9fense du Moi contre un effondrement psychotique\u201d elle va, radicalement, dans cette m\u00eame direction. Elle \u00e9voque aussi, \u00e0 juste titre, une autre piste \u00e9tiologique de la d\u00e9pression paternelle la \u201cnaissance comme traumatisme\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; 3<sup>\u00e8me<\/sup> piste&nbsp;: La naissance comme traumatisme. La naissance sera traumatique quand elle r\u00e9actualise l\u2019empreinte d\u2019un \u00e9v\u00e9nement non ou imparfaitement symbolis\u00e9 dans l\u2019histoire individuelle ou g\u00e9n\u00e9rationnelle du sujet. Elle sera aussi potentiellement traumatique et d\u00e9pressiog\u00e8ne pour le p\u00e8re car elle peut le mettre en pr\u00e9sence d\u2019une m\u00e8re phallique, h\u00e9ro\u00efne incontest\u00e9e des stades archa\u00efques du complexe d\u2019oedipe&nbsp;: lorsque le p\u00e8re assiste \u00e0 l\u2019accouchement il peut avoir pendant la phase d\u2019expulsion, \u201cla repr\u00e9sentation d\u2019une femme munie r\u00e9ellement et transitoirement d\u2019un p\u00e9nis, d\u2019une m\u00e8re toute puissante\u201d. Mais ce n\u2019est pas tout, la naissance, nous dit Anne Aubert, est un d\u00e9fi pour l\u2019enveloppe narcissique du p\u00e8re&nbsp;: la menace d\u00e9pressive est l\u00e0 si il ne parvient pas \u00e0 \u201ctransf\u00e9rer une partie du narcissisme attach\u00e9 \u00e0 sa personne propre, et notamment \u00e0 sa puissance g\u00e9nitrice, sur l\u2019enfant qui en r\u00e9sulte<sup>9<\/sup>\u201d. L\u2019enjeu de cette redistribution narcissico-objectale est crucial pour affronter cet enfant parricide qui initie les repr\u00e9sentations de son vieillissement et de sa finitude. S\u2019il parvient \u00e0 l\u2019adopter psychiquement, \u201cce lien signifiant de sa castration reconnue est consolateur de sa mortalit\u00e9<sup>10<\/sup>\u201d<br>Par manque de temps, je ne ferai que citer la derni\u00e8re piste \u00e9tiologique fr\u00e9quemment nomm\u00e9e dans la d\u00e9pression p\u00e9rinatale paternelle&nbsp;: les relations de couple et ce que Alberto Eiguer a justement intitul\u00e9 le choix d\u2019objet conjugal.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sumons-nous&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>r\u00e9actualisation chez le devenant p\u00e8re de la conflictualit\u00e9 oedipienne,<\/li><li>r\u00e9\u00e9dition d\u2019une relation d\u2019objet archa\u00efque,<\/li><li>la naissance comme traumatisme,<\/li><li>les relations de couple.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La p\u00eache est bonne et les cliniciens n\u2019ont pas de difficult\u00e9s pour mettre des visages et des sc\u00e9narios sur ces diff\u00e9rentes pistes de la d\u00e9pressivit\u00e9\/d\u00e9pression paternelle p\u00e9rinatale. En revisitant maintenant le petit Hans, je vais mettre de l\u2019eau au moulin \u00e0 ces pistes oedipienne et pr\u00e9oedipienne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 Le petit Hans et la poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9, il y a bient\u00f4t un si\u00e8cle en 1909<sup>11<\/sup>, l\u2019enfant de la th\u00e9orie freudienne, le petit Hans est encore aujourd\u2019hui un magistral rejeton. Pour la premi\u00e8re fois, l\u2019observation attentive par son p\u00e8re d\u2019un petit gar\u00e7on de cinq ans va permettre au p\u00e8re de la psychanalyse de confirmer ses hypoth\u00e8ses sur la sexualit\u00e9 infantile issue de la cure d\u2019adultes. Avec les donn\u00e9es de l\u2019observation du petit Hans, ce qui est fondamentalement nouveau pour Freud, c\u2019est que ses observations de l\u2019enfant ne sont pas issues d\u2019une publication scientifique impersonnelle comme celle sur le su\u00e7otement du p\u00e9diatre hongrois Samuel Lindner<sup>12<\/sup>, mais bien d\u2019un dialogue soutenu avec un proche disciple, Max Graf, le p\u00e8re du petit Hans. Max Graf tient m\u00e9ticuleusement \u00e0 jour un carnet dont il remet \u00e0 Freud r\u00e9guli\u00e8rement les pr\u00e9cieux feuillets. Cette observation par procuration sera directe lors d\u2019une consultation o\u00f9 Freud re\u00e7oit \u00e0 son cabinet Max Graf et son fils Herbert, renomm\u00e9 Hans \u00e0 l\u2019\u00e9crit pour pr\u00e9server l\u2019anonymat. Contrairement \u00e0 ce que laisse entendre le texte, il est peu probable que cette confrontation directe n\u2019ait eu lieu qu\u2019une seule fois. En effet, Max Graf, critique musical, connaissait Freud depuis huit ans et participait fid\u00e8lement aux r\u00e9unions de la Soci\u00e9t\u00e9 du mercredi depuis quatre ans. Mais surtout, dans un article publi\u00e9 bien plus tard en 1942<sup>13<\/sup>, Max Graf \u00e9voquera les relations intimes que sa famille entretenait alors avec celle de Freud.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire de ce traitement peu orthodoxe est bien connu&nbsp;: il est effectu\u00e9 par le p\u00e8re de Herbert, Max Graf, sous le contr\u00f4le de Freud. C\u2019est une psychoth\u00e9rapie qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer les interrelations en pelure d\u2019oignon de la supervision. Dans son \u00e9crit, Freud charge le petit Hans d\u2019une mission th\u00e9orique tr\u00e8s pr\u00e9cise que l\u2019on peut caricaturalement r\u00e9sumer ainsi&nbsp;: 1) La castration est d\u00e9duite, apr\u00e8s coup, de l\u2019infirmation par la r\u00e9alit\u00e9 du fantasme de l\u2019attribution d\u2019un p\u00e9nis \u00e0 tout \u00eatre vivant masculin et f\u00e9minin. La premi\u00e8re diff\u00e9rentiation s\u2019\u00e9tablit entre les phalliques et les ch\u00e2tr\u00e9s&nbsp;; Hans \u201cne conna\u00eet qu\u2019une esp\u00e8ce d\u2019organe g\u00e9nital, un organe g\u00e9nital comme le sien\u201d (p.97). Freud rajoute en 1923 en note&nbsp;: il n\u2019existe pas \u00e0 cette p\u00e9riode un \u201cprimat g\u00e9nital, mais un primat du phallus\u201d (p.97)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>2) La menace de la castration est indissociable de l\u2019interdit de la masturbation mais elle ne prend effet qu\u2019apr\u00e8s-coup (p.30) bien apr\u00e8s la menace maternelle&nbsp;: \u201cSi tu fais \u00e7a, je fais venir le Dr A., il te coupera le fait-wiwi. Avec quoi alors feras-tu wiwi&nbsp;? Hans&nbsp;: \u201cAvec le popo\u201d. Freud commente&nbsp;: Il r\u00e9pond sans conscience de culpabilit\u00e9 encore, mais il acquiert \u00e0 cette occasion le \u201ccomplexe de castration\u201d que l\u2019on doit si souvent inf\u00e9rer des analyses des n\u00e9vros\u00e9s\u2026&nbsp;\u00bb (p.6)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>3) C\u2019est la conjonction de la perception du sexe de la fille ou de la m\u00e8re et de la menace de castration qui suscite l\u2019angoisse. Une menace prof\u00e9r\u00e9e par la m\u00e8re mais dont l\u2019ex\u00e9cution est l\u2019apanage du p\u00e8re v\u00e9ritable obstacle \u00e0, je cite&nbsp;: \u201cl\u2019\u00eatre seul avec la m\u00e8re\u201d (p.101)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>4) Le sympt\u00f4me phobique \u201cla b\u00eatise\u201d dit Hans (p.25) -un cheval mord, un cheval tombe- est une formation de compromis d\u00e9velopp\u00e9e afin de r\u00e9soudre simultan\u00e9ment le complexe de castration et le complexe de grossesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le conflit oedipien, la d\u00e9sirance sexuelle de Hans pour sa m\u00e8re et ses sentiments ambivalents \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son p\u00e8re, aim\u00e9 profond\u00e9ment, mais aussi ha\u00ef comme rival \u00e0 d\u00e9truire, ont provoqu\u00e9 un \u201cconflit de sentiments\u201d contradictoires. La grossesse de sa m\u00e8re et la naissance d\u2019Hanna ont singuli\u00e8rement amplifi\u00e9 ce conflit car la s\u0153ur devenait elle aussi une rivale face \u00e0 l\u2019amour de la m\u00e8re (p.100). Hans est capable d\u2019exprimer son d\u00e9sir de mort \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa s\u0153ur mais le refoulement de ses pulsions agressives vis \u00e0 vis de son p\u00e8re augmente dangereusement son angoisse de castration et le contraint -gr\u00e2ce aux m\u00e9canismes de d\u00e9placement et d\u2019ext\u00e9riorisation- \u00e0 cr\u00e9er un objet phobique \u00e9vitable- un cheval mord, un cheval tombe- permettant de s\u2019am\u00e9nager une angoisse \u00e9conomiquement moins co\u00fbteuse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 La grossesse du petit Hans<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans une note ajout\u00e9e en 1923, Freud \u00e9voque les \u201cracines\u201d du complexe de castration en ces termes&nbsp;: \u201cl\u2019acte de la naissance, en tant que s\u00e9paration d\u2019avec la m\u00e8re, avec laquelle jusqu\u2019\u00e0 lors on ne faisait qu\u2019un, est l\u2019original de toute castration.\u201d (p.7). Il poursuit&nbsp;: chaque retrait du sein maternel, la cession r\u00e9guli\u00e8re de la selle s\u2019inscrivent dans cette pr\u00e9histoire de la castration centr\u00e9e sur la perte du p\u00e9nis<sup>14<\/sup>. C\u2019est bien en effet de la rencontre et de l\u2019entrecroisement de ce \u201ccomplexe d\u2019excr\u00e9tion\u201d (p.93) et de ce \u201ccomplexe de grossesse\u201d (p.74) que je souhaite t\u00e9moigner car il aboutit dans le texte freudien \u00e0 des propos qui vont comme un gant \u00e0 la clinique du devenir p\u00e8re qui se situe bien, elle aussi, le plus souvent, entre les polarit\u00e9s de \u201cl\u2019hyst\u00e9rie d\u2019angoisse\u201d et \u201cl\u2019hyst\u00e9rie de conversion\u201d (p.102, 103).<br>Autrement dit, les th\u00e9ories sexuelles infantiles du petit Hans confront\u00e9 \u00e0 la grossesse de sa m\u00e8re enceinte d\u2019Hanna constituent le canevas des conflits psychiques du devenant p\u00e8re pendant la grossesse de sa femme. Les conflits de la sc\u00e8ne infantile y sont rejou\u00e9s, <em>mutatis mutandis<\/em>, dans l\u2019apr\u00e8s-coup lors du (re)devenir p\u00e8re. Les axes majeurs de cette r\u00e9\u00e9dition sont les suivants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Confront\u00e9 \u00e0 \u201cla grande baignoire pleine\u201d (p.57) du \u201cventre maternel\u201d (p.112),\n<ul>\n<li>le devenant p\u00e8re a envie d\u2019y retourner,<\/li>\n<li>\u00e7a lui donne envie de faire de la plomberie freudienne oedipienne (percer, d\u00e9monter) comme papa,<\/li>\n<li>mais comme il a peur qu\u2019une petite s\u0153ur\/fr\u00e8re en sorte, il a aussi envie de faire de la plomberie kleinienne&nbsp;: percer\/tuer les rivaux dans la baignoire.<\/li>\n<li>Le devenant p\u00e8re face \u00e0 cette grossesse comm\u00e9more le d\u00e9sir d\u2019avoir un enfant dedans&nbsp;: c\u2019est la th\u00e9orie cloacale de la naissance d\u2019un petit Hans constip\u00e9 \u201cdepuis toujours\u201d et habitu\u00e9 au laxatif maternel.<\/li>\n<li>Il a le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre dot\u00e9 tels l\u2019androgyne du <em>Banquet<\/em> de Platon d\u2019avoir les attributs de la bi-sexualit\u00e9 soit un attelage cheval plus voiture (omnibus ou d\u00e9m\u00e9nagement) pour porter la boite \u00e0 cigogne.<\/li>\n<li>Le devenant p\u00e8re a le souci du passage de l\u2019enfant dedans \u00e0 l\u2019enfant dehors, ce qui le sensibilise particuli\u00e8rement \u00e0 la question bionni\u00e8ne de la dialectique contenu\/contenant&nbsp;: \u201cDans la cour de la douane principale en face, c\u2019est le chargement et le d\u00e9chargement des voitures qui l\u2019int\u00e9ressait le plus\u2026\u201d (p.85).<\/li>\n<li>Le devenant p\u00e8re face au nouveau-n\u00e9 comm\u00e9more le d\u00e9sir d\u2019avoir un enfant dehors&nbsp;: \u201cJe voudrai tellement avoir des enfants, alors je voudrai tout leur faire, les conduire aux waters, leur torcher le derri\u00e8re, enfin tout ce qu\u2019on fait avec des enfant\u201d (p.86).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 \u2013 Hans&nbsp;: \u201cOh si, un petit gar\u00e7on a une petite fille\u2026\u201d<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce paysage psychique du petit Hans est une bonne introduction \u00e0 la toile de fond infantile des conflits psychiques qui se jouent apr\u00e8s-coup chez le devenant p\u00e8re pendant la grossesse. Tous ont une potentialit\u00e9 depressiog\u00e8ne qui met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve \u201cla capacit\u00e9 d\u00e9pressive\u201d du p\u00e8re. Mais, il semble bien que l\u2019un d\u2019entre eux est plus directement li\u00e9 \u00e0 ce que Freud intitule chez Hans, sa \u201cd\u00e9pression de l\u2019humeur\u201d (p.19 et 27)&nbsp;: il s\u2019agit de la d\u00e9couverte de son absence de poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Moi&nbsp;: Tu aimerais bien avoir une petite fille<\/p>\n\n\n\n<p>Hans&nbsp;: \u201cOui l\u2019ann\u00e9e prochaine, j\u2019en aurai une, elle s\u2019appellera aussi Hanna.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Moi&nbsp;: \u201cPour quoi donc maman ne doit-elle pas avoir de petite fille&nbsp;?\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Hans&nbsp;: \u201cparce que moi justement j\u2019ai envie d\u2019une petite fille\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Moi&nbsp;: \u201cMais tu ne peux pas avoir de petite fille\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Hans&nbsp;: \u201cOh si, un petit gar\u00e7on a une petite fille et une petite fille a un petit gar\u00e7on.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Moi (le p\u00e8re)&nbsp;: Un petit gar\u00e7on n\u2019a pas d\u2019enfant. Seule les femmes, les mamans, ont des enfants\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Hans&nbsp;: \u201cpourquoi donc pas moi&nbsp;?\u201d(p.77).<\/p>\n\n\n\n<p>\u201cJe voudrai tellement avoir des enfants\u2026\u201d (p.86).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on l\u2019entend, cette incapacit\u00e9 \u00e0 enfanter met \u00e0 rude \u00e9preuve la \u201ccapacit\u00e9 d\u00e9pressive\u201d du petit Hans. Mais ce n\u2019est pas tout&nbsp;! En effet, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re aux hypoth\u00e8ses de l\u2019anthropologue F. H\u00e9ritier<sup>15<\/sup>, on se demandera \u00e0 bon escient si Hans ne met pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve sa capacit\u00e9 d\u00e9pressive aussi et surtout car il r\u00e9alise qu\u2019il n\u2019a pas le pouvoir d\u2019enfanter du m\u00eame (un fils) et du diff\u00e9rent (une fille) quand il s\u2019exclame&nbsp;: \u201cOh si, un petit gar\u00e7on a une petite fille..\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7oise H\u00e9ritier d\u00e9fend en effet l\u2019id\u00e9e que depuis la nuit des temps, des repr\u00e9sentations et des institutions ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es pour permettre aux hommes de s\u2019approprier la f\u00e9condit\u00e9 des femmes. Le rapport masculin\/f\u00e9minin est ainsi ancestralement con\u00e7u \u00e0 ses yeux sur le mod\u00e8le parent\/enfant ou encore a\u00een\u00e9\/cadet. Et pour elle, ce n\u2019est pas seulement car les femmes ont le pouvoir d\u2019enfanter qu\u2019elles furent d\u2019embl\u00e9e assujetties, c\u2019est bien, r\u00e9p\u00e9tons le, parce qu\u2019elles ont la capacit\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9rangeante de produire \u00e0 la fois du m\u00eame (des filles) et du diff\u00e9rent (des fils). Les hommes ne pouvant faire leur fils, doivent \u201cpasser\u201d par le corps f\u00e9minin pour se reproduire \u00e0 l\u2019identique. C\u2019est cette asym\u00e9trie qui est selon elle \u00e0 l\u2019origine de la domination masculine. Une domination masculine qui ne serait donc finalement qu\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9fense puissant contre la d\u00e9pressivit\u00e9\/d\u00e9pression paternelle face \u00e0 cette impuissance procr\u00e9ative synonyme de profonde blessure narcissique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 \u2013 Quand le petit Hans devient papa<\/h2>\n\n\n\n<p>Le petit Hans devenu grand a fait une carri\u00e8re internationale dans le monde musical<sup>16<\/sup>. Il s\u2019est mari\u00e9 deux fois, en 1927 et en 1966. En 1933, il a eu un fils de son premier mariage, et par la suite une fille de sa deuxi\u00e8me union.<br>Mes recherches ne m\u2019ont apport\u00e9 aucun \u00e9l\u00e9ment au sujet de son v\u00e9cu face \u00e0 ces deux \u201cgrossesses\u201d. De nombreuses questions fusent et restent sans r\u00e9ponse&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Le petit Hans devenu papa a-t-il revisit\u00e9 sa \u201cd\u00e9pression de l\u2019humeur\u201d (p.19 et 27) autrefois initialement associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9couverte de son absence de poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9&nbsp;?<\/li><li>Comment a-t-il chemin\u00e9 entre les polarit\u00e9s de \u201cl\u2019hyst\u00e9rie d\u2019angoisse\u201d et de \u201cl\u2019hyst\u00e9rie de conversion\u201d (p.102 et 103) \u00e0 l\u2019occasion de ce passage de l\u2019\u00eatre fils au devenir p\u00e8re et sa r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;?<\/li><li>Ces deux grossesses ont elles apr\u00e8s-coup confirm\u00e9 le jugement de Freud quand il a retrouv\u00e9 lors d\u2019une visite de Herbert \u00e0 dix neuf ans un \u201csuperbe jeune homme\u201d ne souffrant d\u2019aucune sorte de maux ou d\u2019inhibition en d\u00e9pit du divorce et du remariage de ses parents&nbsp;?<\/li><li><em>A contrario<\/em>, ces grossesses ont-elles confirm\u00e9 les suspicions de Lacan qui percevait chez Hans une relation d\u2019objet peu satisfaisante<sup>17<\/sup>?<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Finalement, toutes ces interrogations sans r\u00e9ponse pour Herbert constituent une excellente trame pour le psychanalyste face aux possibles partitions de la \u201cd\u00e9pressivit\u00e9\/d\u00e9pression\u201d paternelle pendant la grossesse dont j\u2019esp\u00e8re vous avoir sugg\u00e9r\u00e9 qu\u2019elles m\u00e9ritaient v\u00e9ritablement d\u2019\u00eatre entendues comme le troisi\u00e8me temps primordial d\u2019une mesure qu\u2019inaugure le foetus\/b\u00e9b\u00e9 et poursuit l\u2019adolescent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><em>Guignard F. (1997)<\/em>. \u201cDevenir un Homme\u201d. <em>In F. Guignard \u00c9pitre \u00e0 l\u2019objet, (pp.\u00a0146-167)<\/em>, Paris, Puf.<\/li><li>F\u00e9dida P. (2003). <em>Des bienfaits de la d\u00e9pression. \u00c9loge de la psychoth\u00e9rapie<\/em>. Paris, Odile Jacob.<\/li><li>Delaisi de Parceval G., (1981),<em>La part du p\u00e8re<\/em>, Paris, Seuil, 2004.<\/li><li>Aubert-Godart, A. (1999). Devenir p\u00e8re d\u2019un enfant, un risque narcissique. <em>In Devenir p\u00e8re, devenir m\u00e8re<\/em>. Toulouse, \u00c9r\u00e8s, p.\u00a0129-142.<\/li><li>Novembre 2001, n\u00b0\u00a067, 28-33.<\/li><li>Dollander M. (2004). \u201cLa d\u00e9pression p\u00e9rinatale paternelle\u201d. <em>Neuropsychiatrie de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence<\/em>, Vol. 52, n\u00b0\u00a05, 274-278. <\/li><li>Cupa-Perard D, Moinet I., Chassin F., et al (1994). \u201cDevenir p\u00e8re ou la grossesse du p\u00e8re\u201d. <em>Revue de m\u00e9decine psychosomatique<\/em>, 37\/38, 85-106.<\/li><li>Missonnier, S. (2007). \u201cLe premier chapitre de la vie. Nidification parentale. Nidation foetale\u201d. <em>La psychiatrie de l\u2019enfant<\/em>, L, 1, 61-80.<\/li><li>Aubert-Godard A. (1999). \u201cDevenir p\u00e8re d\u2019un enfant, un risque narcissique\u201d. <em>In Devenir p\u00e8re, devenir m\u00e8re<\/em>. Toulouse, \u00c9r\u00e8s, p.\u00a0129-142.<\/li><li>Aubert-Godard A. (1999). \u201cDevenir p\u00e8re d\u2019un enfant, un risque narcissique\u201d. <em>In Devenir p\u00e8re, devenir m\u00e8re<\/em>. Toulouse, \u00c9r\u00e8s, p.\u00a0129-142.<\/li><li>Freud, S. (1909). <em>Le petit Hans. Analyse de la phobie d\u2019un gar\u00e7on de cinq ans<\/em>. Traduit de l\u2019allemand par R. Lain\u00e9 et J. Stute-Cadiot, Paris, Quadrige, Puf, 2006.<\/li><li>Freud S. (1905). <em>Trois essais sur la th\u00e9orie de la sexualit\u00e9<\/em>, Paris, Collection Folio\/Essais, Gallimard, 1985.<\/li><li>\u201cReminiscences of Professor Sigmund Freud\u201d. <em>In Psychoanalytic Quarterly, 1942, 11<\/em>.<\/li><li>Perte du p\u00e9nis \u00e0 laquelle Freud souhaite toutefois en toute rigueur r\u00e9server ce terme de castration.<\/li><li>(2002). <em>Masculin\/F\u00e9minin 2. Dissoudre la hi\u00e9rarchie<\/em>. Paris, Odile Jacob.<\/li><li>Apr\u00e8s avoir obtenu un doctorat en philosophie ax\u00e9 sur l\u2019histoire de la musique, il a d\u00e9but\u00e9 comme chanteur lyrique. Secondairement, il a fait carri\u00e8re comme metteur en sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ras aux US et en Europe. Dans une interview d\u2019une revue sp\u00e9cialis\u00e9e de musique, il t\u00e9moigne de son cheminement en d\u00e9pensant beaucoup d\u2019\u00e9nergie pour mettre en exergue sa modestie\u00a0: l\u2019article est intitul\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00e9moire d\u2019un homme invisible\u00a0\u00bb. Il y souligne \u00e0 l\u2019envie ses \u00e9checs et ses b\u00e9vues insistant sur le fait qu\u2019il est au fond un bon ex\u00e9cutant sans g\u00e9nie. Son p\u00e8re est en revanche port\u00e9 au pinacle ainsi que ses ma\u00eetres musicaux. Sa m\u00e8re brille par son absence.Ayant longuement s\u00e9journ\u00e9 au US dans les ann\u00e9es trente, Herbert Graf deviendra citoyen am\u00e9ricain en 1943. Apr\u00e8s les ann\u00e9es de guerre, il reviendra en Europe et voyagera beaucoup, avant de s\u2019installer en Suisse, au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante. Il meurt \u00e0 Gen\u00e8ve d\u2019un cancer le 5 avril 1973.<\/li><li><em>Lacan J. (1994). Le s\u00e9minaire, livre V, La relation d\u2019objet<\/em>, Paris, Le Seuil, p 279.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10077?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mercredi 17h. Maternit\u00e9 de Versailles. Je termine une consultation parents\/b\u00e9b\u00e9. Louis, le nouvellement n\u00e9 vient d\u2019\u00eatre d\u00e9rang\u00e9 dans son sommeil par le rhabillage et commence \u00e0 pleurer avec vigueur. 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