{"id":10072,"date":"2021-08-22T07:31:16","date_gmt":"2021-08-22T05:31:16","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-pensee-de-didier-anzieu-2\/"},"modified":"2022-01-04T19:49:45","modified_gmt":"2022-01-04T18:49:45","slug":"la-pensee-de-didier-anzieu","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-pensee-de-didier-anzieu\/","title":{"rendered":"La pens\u00e9e de Didier Anzieu"},"content":{"rendered":"\n<p>Ma rencontre avec Didier Anzieu date de mes ann\u00e9es de formation \u00e0 l\u2019APF dont il \u00e9tait un des membres \u00e9minents. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9e par la force de sa pens\u00e9e, une pens\u00e9e vivante, cr\u00e9ative, inventive, en prise directe avec le corps et la clinique, alli\u00e9e \u00e0 un esprit tr\u00e8s vif m\u00ealant humour et ironie. Didier Anzieu avait le go\u00fbt du mot d\u2019esprit qui allie l\u2019esprit des mots \u00e0 l\u2019esprit de la tendance selon la distinction de Freud. Chez Didier Anzieu, le travail cr\u00e9ateur conjugue le circuit court du mot d\u2019esprit et le circuit long que n\u00e9cessite l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son livre sur Beckett, en \u00e9voquant le souvenir de la pi\u00e8ce <em>En attendant Godot<\/em> il l\u2019associe \u00e0 ce qu\u2019auraient pu \u00eatre les <em>Pens\u00e9es<\/em> de Blaise Pascal transpos\u00e9es \u00e0 la sc\u00e8ne, mais en remarquant tout de suite une diff\u00e9rence, celle du rire absent chez Pascal et suscit\u00e9 chez le spectateur par Beckett. \u201cL\u2019\u00e9clat de rire provoqu\u00e9 chez le lecteur, le spectateur, rend tol\u00e9rable le d\u00e9voilement du n\u00e9ant qui occupe le c\u0153ur de notre \u00eatre.\u201d Pascal, Beckett, Bion, Winnicott, (il faudrait en ajouter quelques autres, avec lesquels Didier Anzieu a entretenu des relations multiples voire g\u00e9mellaires, comme avec Andr\u00e9 Green, sans oublier sa fr\u00e9quentation permanente de l\u2019\u0153uvre freudienne ) des auteurs qui ont affront\u00e9 les difficult\u00e9s de penser, l\u2019attaque des pens\u00e9es, le vide de la pens\u00e9e, la douleur de penser, toutes les manifestations qui poussent la psychanalyse aux limites de l\u2019analysable mais en ont aussi repouss\u00e9 les limites. Comment le mode de penser analytique peut-il transformer les entraves, les emp\u00eachements, les limites de la pens\u00e9e en libert\u00e9 et plaisir de penser&nbsp;? Questions centrales qui animent la recherche psychanalytique depuis plus de trente ans&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a chez Didier Anzieu dans la diversit\u00e9 de ses int\u00e9r\u00eats (l\u2019enseignement, le groupe, les processus de cr\u00e9ation, la pratique de l\u2019analyse et notamment avec les organisations psychiques non n\u00e9vrotiques) une grande unit\u00e9&nbsp;: il me semble en effet que la pens\u00e9e constitue l\u2019axe majeur (un vertex selon la terminologie de Bion) qui ordonne ses travaux depuis son int\u00e9r\u00eat pr\u00e9coce pour Blaise Pascal jusqu\u2019\u00e0 son livre de 1994 intitul\u00e9 <em>Le penser<\/em>. A l\u2019\u00e2ge de 17 ans, Didier Anzieu d\u00e9couvre Pascal par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un professeur de philosophie Zacharie Tourneur qui l\u2019associe au travail de r\u00e9vision d\u2019une \u00e9dition nouvelle des <em>Pens\u00e9es<\/em> selon le classement original \u00e9tabli par l\u2019auteur lui-m\u00eame. Il caresse alors l\u2019id\u00e9e de faire une Th\u00e8se sur la pens\u00e9e philosophique de Pascal. Finalement, sur l\u2019instigation de Daniel Lagache, il se tourne vers Freud et suit le cheminement de la pens\u00e9e freudienne dans <em>L\u2019auto-analyse<\/em>, ce qui le conduira sur les voies du travail cr\u00e9ateur puis au Moi-peau et au Moi-pens\u00e9e. \u201cLongtemps j\u2019ai regard\u00e9 penser Freud.\u201d dit il, et, comme il ne cesse jamais de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la clinique et au couple patient\/analyste, il ajoute&nbsp;: \u201cLa s\u00e9ance constitue un observatoire privil\u00e9gi\u00e9 pour regarder penser les autres, pour se regarder penser soi-m\u00eame.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Penser les pens\u00e9es. Une distinction s\u2019impose, celle entre les pens\u00e9es et le penser en utilisant ce n\u00e9ologisme emprunt\u00e9 \u00e0 la langue allemande qui transforme un verbe en substantif. Bion, de son c\u00f4t\u00e9, parle d\u2019un appareil \u00e0 penser les pens\u00e9es et Didier Anzieu est dans la m\u00eame ligne de r\u00e9flexion. Les pens\u00e9es pr\u00e9existent au penser, \u201celles sont en expansion illimit\u00e9e comme l\u2019univers des \u00e9toiles. Le bord o\u00f9 elles s\u2019arr\u00eateraient et s\u2019effondreraient dans le vide absolu est impensable et cependant toujours esquiss\u00e9 \u00e0 l\u2019horizon.\u201d Le bord, le vide, l\u2019effondrement, autant de repr\u00e9sentations qui manifestent le danger qui guette et appara\u00eet plus particuli\u00e8rement dans certaines organisations psychiques, ou \u00e0 la suite de traumatismes, l\u2019impensable. C\u2019est au penser qu\u2019est d\u00e9volue la fonction de contenir, transformer, donner forme aux pens\u00e9es. C\u2019est le penser qui prot\u00e8ge du vide. \u201cLe penser se construit par auto-organisation, pour que les pens\u00e9es deviennent pensables.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Les pens\u00e9es sont constitu\u00e9es des repr\u00e9sentations que se fait l\u2019appareil psychique \u00e0 partir des \u00e9tats et des mouvements du corps. Elles sont des figurations de l\u2019exp\u00e9rience de satisfaction quand celle-ci vient \u00e0 manquer. Cette exp\u00e9rience de satisfaction est \u00e0 la fois sensorielle et motrice. Elle est un v\u00e9cu corporel. La liaison plus tardive avec les mots du pr\u00e9conscient permet l\u2019identification, la perception consciente des \u00e9tats du corps. Le penser, lui, va permettre la mise en relation des pens\u00e9es, la circulation d\u2019une pens\u00e9e \u00e0 une autre. La r\u00e8gle de l\u2019association libre repose sur la possibilit\u00e9 du mouvement psychique. Elle se situe dans une perspective essentiellement dynamique. L\u2019apport de Didier Anzieu est du c\u00f4t\u00e9 de la topique, c\u2019est-\u00e0-dire du c\u00f4t\u00e9 du contenant plus que du contenu. C\u2019est l\u2019appareil \u00e0 penser les pens\u00e9es, le penser, qui constitue la pr\u00e9occupation de Didier Anzieu. Le penser est particuli\u00e8rement mis en \u00e9vidence dans les pathologies narcissiques et limites \u00e0 travers ses distorsions, ses failles, ses emp\u00eachements qui permettent de saisir des fonctions qui sont en fait g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un texte de 1975, Didier Anzieu se penche sur la naissance du concept de vide chez Pascal et d\u00e9gage le travail de transformation qu\u2019op\u00e8re Pascal \u00e0 partir de l\u2019horreur du vide jusqu\u2019\u00e0 la possibilit\u00e9 de le penser. Pascal enfant pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019un an \u201cune maladie de langueur\u201d, terme de l\u2019\u00e9poque, qu\u2019Anzieu apparente \u00e0 une d\u00e9pression, associ\u00e9e \u00e0 deux phobies&nbsp;: il ne pouvait souffrir de voir son p\u00e8re et sa m\u00e8re proches l\u2019un de l\u2019autre, et il avait une aversion pour l\u2019eau. Didier Anzieu interpr\u00e8te ces deux phobies, la premi\u00e8re comme l\u2019angoisse de la sc\u00e8ne primitive, la deuxi\u00e8me comme une angoisse plus archa\u00efque, une angoisse du vide par vidange de tout ce qui s\u2019\u00e9coule du corps, urines, excr\u00e9ments, flatuosit\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire les trois cat\u00e9gories d\u2019\u00e9l\u00e9ments, liquides, solides, gazeux, dont Pascal, savant, \u00e9tudiera les lois g\u00e9n\u00e9rales r\u00e9glant leur \u00e9quilibre. La grossesse de la m\u00e8re, \u00e0 ce moment l\u00e0, preuve du rapprochement intime des parents, et exposition de la pesanteur d\u2019un ventre gravide, a d\u00fb renvoyer l\u2019enfant \u00e0 sa propre terreur oppos\u00e9e du vidage. La pr\u00e9sence chez l\u2019enfant d\u2019un d\u00e9veloppement pr\u00e9coce du moi et de la pens\u00e9e lui a permis des transformations cr\u00e9atrices et non destructrices. La phobie lui permet de projeter l\u2019angoisse d\u2019\u00eatre vid\u00e9 des substances internes de son propre corps sur un objet externe, l\u2019eau. Sa pens\u00e9e en fait aussi un objet contraphobique, sur lequel se porte la connaissance&nbsp;: Pascal ne cessera de se pr\u00e9occuper de l\u2019\u00e9quilibre des \u201cliqueurs\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenant plus tard la notion d\u2019Aristote selon laquelle la nature a horreur du vide, il se lance avec passion dans une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9rimentations sur les effets de la pesanteur et de la pression de l\u2019air. Mais (selon l\u2019interpr\u00e9tation de Didier Anzieu) cette recherche scientifique d\u2019une tr\u00e8s grande importance, se fonde sur \u201cune intuition personnelle, intuition de quelque chose dont il a fait et dont il garde, colmat\u00e9e, l\u2019exp\u00e9rience intime dans son propre corps.\u201d Ce quelque chose est enfin ext\u00e9rioris\u00e9, rendu visible en haut des tubes exp\u00e9rimentaux. Reprenant les \u00e9tudes de Toricelli, Pascal d\u00e9montre que l\u2019horreur du vide n\u2019\u00e9tait qu\u2019une horreur imaginaire. Ce n\u2019est pas la nature, c\u2019est la pens\u00e9e qui a horreur du vide. Et Didier Anzieu ajoute&nbsp;: \u201cLe vide n\u2019est plus l\u2019absence, l\u2019impens\u00e9, l\u2019innommable. Il devient une pi\u00e8ce n\u00e9cessaire de la physique, une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9finie, d\u00e9limit\u00e9e, mise en place. Ce que Pascal, enfant, avait projet\u00e9 au-dedans de lui-m\u00eame dans une angoisse mortelle, Pascal, jeune homme, le projette au-dehors sur la nature. En m\u00eame temps il projette sur cette derni\u00e8re ce qui, dans sa d\u00e9tresse enfantine, avait constitu\u00e9, de ce vide, l\u2019antith\u00e8se et sans doute le contrepoids&nbsp;: la pesanteur.\u201d En d\u00e9finitive, \u201cdans la physique pascalienne, la pesanteur et le vide s\u2019accordent et se compl\u00e8tent\u201d. L\u2019une et l\u2019autre ont des limites. Ce qui s\u2019oppose au vide n\u2019est pas le pesant, mais le sans-limites, l\u2019infini. Comme l\u2019horreur du vide, le d\u00e9sir d\u2019infini appartient au propre de la pens\u00e9e. Mais dans la pens\u00e9e pascalienne, l\u2019angoisse continue d\u2019occuper la place centrale, angoisse du vide que le divertissement donne l\u2019illusion de combler et qui ne peut \u00eatre surmont\u00e9 que par la pens\u00e9e, la pens\u00e9e qui contient, \u201ccomprend\u201d au sens \u00e9tymologique employ\u00e9 par Pascal, cette angoisse fondamentale. Pascal fait \u0153uvre cr\u00e9atrice par un processus de double retournement diff\u00e9rent du double retournement de la pulsion d\u00e9crit par Freud (retournement de la pulsion en son contraire et sur la personne propre). Il s\u2019agit ici d\u2019un retournement entre la r\u00e9alit\u00e9 psychique et la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, mais aussi retournement terminal de la fin sur le d\u00e9but tout en conservant le retournement initial du dedans au dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mode de penser, que figure l\u2019anneau de Moebius, Didier Anzieu le retrouve chez l\u2019homme Beckett et dans son \u0153uvre. Mais c\u2019est aussi en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019anneau de Moebius que Didier Anzieu d\u00e9finit d\u2019une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale l\u2019organisation et le fonctionnement psychique des \u00e9tats limites&nbsp;: avec des troubles de la distinction entre ce qui vient du dedans et ce qui vient du dehors, et des troubles de la distinction entre contenant et contenu. Il y voit l\u2019effet de relations particuli\u00e8res avec l\u2019environnement maternel sous le signe de la discordance. Une m\u00e8re qui alterne brusquement l\u2019excitation et la communication mais aussi passe d\u2019un trop d\u2019excitation \u00e0 un arr\u00eat brusque de l\u2019excitation et de l\u2019absence de communication \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e massive de la communication. Telle \u00e9tait semble-t-il la m\u00e8re de Beckett (et peut-\u00eatre celle de Pascal) dans les reconstructions que l\u2019on peut en faire \u00e0 travers le mode de fonctionnement psychiques de leurs fils.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec sa rencontre, essentiellement litt\u00e9raire avec Beckett, Didier Anzieu poursuit un travail de pens\u00e9e original, d\u00e9rangeant, souvent bouleversant. Les associations sur Pascal sont fr\u00e9quentes. Didier Anzieu construit avec Beckett l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un couple analytique r\u00e9v\u00e9lant comment il est pris dans le fonctionnement de la pens\u00e9e de Beckett mais aussi comment il s\u2019en d\u00e9gage. Un travail de transformation psychique infini ou plut\u00f4t, selon le mot de Didier Anzieu, ind\u00e9finitif o\u00f9 la pens\u00e9e est mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve tant\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la cr\u00e9ation, tant\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du n\u00e9gatif. Et il distingue les retournements, processus d\u00e9fensifs et \u00e9laboratifs des renversements, proc\u00e9d\u00e9s propres du penser n\u00e9gatif, dont la trilogie Murphy, Watt et Mercier et Camier est une parfaite illustration. Aux retournements conceptualis\u00e9s par Freud, retournements de la pulsion (libidinale ou agressive) en son contraire et retournements sur la personne propre (actif, passif) il ajoute les retournements g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s \u00e0 l\u2019espace, au temps, aux quantit\u00e9s et aux qualit\u00e9s sensibles. La logique peut se retourner contre elle-m\u00eame et devenir paradoxale et par l\u00e0 m\u00eame source de cr\u00e9ativit\u00e9. Il les oppose aux renversements, renverser ce qui tient debout, renverser le bon sens, faire fonctionner de travers les organes des sens, distordre le sens des choses, inverser les valeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Penser est une activit\u00e9 du Moi, un moi con\u00e7u selon le mod\u00e8le de la deuxi\u00e8me topique freudienne, c\u2019est-\u00e0-dire un moi en grande partie inconscient. Le Moi tel que le d\u00e9veloppe Freud en 1922 dans <em>le Moi et le \u00e7a<\/em>, conjugue des origines diff\u00e9rentes&nbsp;: d\u2019une part il est d\u00e9riv\u00e9 des sensations corporelles, principalement de celles qui ont leur source dans la surface du corps, ce qui fait dire \u00e0 Freud que le moi est avant tout un moi corporel qui n\u2019est pas seulement un \u00eatre de surface mais lui-m\u00eame la projection d\u2019une surface, et il repr\u00e9sente la surface de l\u2019appareil mental&nbsp;; et d\u2019autre part, il est un pr\u00e9cipit\u00e9 des objets incorpor\u00e9s et introject\u00e9s. Le Moi pour Freud rassemble le corps et l\u2019empreinte de l\u2019objet. A partir de l\u00e0, Didier Anzieu d\u00e9veloppe et enrichit la conception freudienne du Moi en proposant l\u2019id\u00e9e d\u2019un Moi-peau qu\u2019il d\u00e9finit ainsi&nbsp;: \u201cune figuration dont le Moi de l\u2019enfant se sert au cours des phases pr\u00e9coces de son d\u00e9veloppement pour se repr\u00e9senter lui-m\u00eame comme Moi contenant les contenus psychiques, \u00e0 partir de son exp\u00e9rience de la surface du corps.\u201d Et il ajoute&nbsp;: \u201ccela correspond au moment o\u00f9 le Moi psychique se diff\u00e9rencie du Moi corporel sur le plan op\u00e9ratif et reste confondu avec lui sur le plan figuratif.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Le trait d\u2019union entre le mot \u201cMoi\u201d et le mot \u201cpeau\u201d marque une ellipse, figure englobante \u00e0 double foyer&nbsp;: la m\u00e8re et l\u2019enfant. Cette figuration en ellipse fait sortir le moi-peau du solipsisme et l\u2019engage dans la relation avec l\u2019autre. L\u2019id\u00e9e du Moi-peau constitue une r\u00e9ponse originale \u00e0 la question des atteintes des limites du moi ou du flou de ces limites pos\u00e9e par certaines organisations psychiques. L\u2019invention de Didier Anzieu fait \u00e9cho \u00e0 la notion de double limite propos\u00e9e par Andr\u00e9 Green, limite d\u2019une part entre le dehors et le dedans, limite intrapsychique d\u2019autre part entre le pr\u00e9conscient-conscient et l\u2019inconscient, les processus de pens\u00e9e se situant \u00e0 l\u2019intersection des deux.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa d\u00e9marche cr\u00e9atrice, Didier Anzieu donne libre cours \u00e0 un mouvement de pens\u00e9e qui privil\u00e9gie la m\u00e9taphore. L\u2019invention du Moi-peau est une trouvaille m\u00e9taphorique dont le d\u00e9veloppement s\u2019av\u00e8re d\u2019une grande richesse. L\u2019\u00e9coute des mots de la langue comme la situation psychanalytique la privil\u00e9gie, permet d\u2019entendre la dimension m\u00e9taphorique d\u2019un certains nombres d\u2019expressions qui utilisent les fonctions tactiles de la peau&nbsp;: \u201cavoir une sensibilit\u00e9 \u00e0 fleur de peau\u201d connote la r\u00e9ceptivit\u00e9 tactile, \u201ccaresser quelqu\u2019un dans le sens du poil\u201d, \u201cavoir la main heureuse\u201d, fait r\u00e9f\u00e9rence au plaisir tactile&nbsp;; \u201cavoir quelqu\u2019un dans la peau\u201d fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019attachement passionnel&nbsp;; \u201ctu me fais suer\u201d renvoie \u00e0 la fonction d\u2019\u00e9limination&nbsp;; \u201cc\u2019est une peau de vache\u201d, \u201clui faire la peau\u201d, \u201cse faire crever la peau\u201d sont autant d\u2019expressions d\u2019une fonction agressive-d\u00e9fensive&nbsp;; \u201centrer dans la peau d\u2019un personnage\u201d, renvoie \u00e0 une fonction d\u2019identification&nbsp;; \u201cfaire peau neuve\u201d \u00e9voque le renouvellement&nbsp;; \u201ctoucher la r\u00e9alit\u00e9 du doigt\u201d connote l\u2019\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9. Cette liste n\u2019est, bien entendu, pas exhaustive\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On parle de \u201ccontact\u201d pour tous les sens (on contacte au t\u00e9l\u00e9phone quelqu\u2019un qu\u2019on entend \u00e0 distance, sans le voir&nbsp;; on a un bon contact avec quelqu\u2019un qu\u2019on voit mais qu\u2019on ne touche pas)&nbsp;; la peau est ainsi le r\u00e9f\u00e9rent de base auquel sont rapport\u00e9es les diverses donn\u00e9es sensorielles. Et le registre langagier de la peau ouvre un vaste champ m\u00e9taphorique. Le mode de penser m\u00e9taphorique permet de mettre en rapport des ph\u00e9nom\u00e8nes issus de champs \u00e9pist\u00e9mologiques diff\u00e9rents et vari\u00e9s. La m\u00e9taphore favorise l\u2019interconnexion de donn\u00e9es multiples et \u00e9parses. Didier Anzieu a lui-m\u00eame retrac\u00e9 les chemins qui l\u2019ont conduit \u00e0 cette d\u00e9couverte. Il a pris en effet en consid\u00e9ration des donn\u00e9es \u00e9thologiques, groupales, projectives, dermatologiques, sociales, et il s\u2019appuie sur une clinique psychanalytique. C\u2019est en effet surtout en tant qu\u2019analyste, confront\u00e9 \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de penser l\u2019exp\u00e9rience psychanalytique qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9 cette nouvelle notion. C\u2019est la pression interne suscit\u00e9e par la rencontre analytique et ses difficult\u00e9s qui pousse \u00e0 donner des mots nouveaux \u00e0 ce qui jusqu\u2019alors n\u2019\u00e9tait pas repr\u00e9sentable. La m\u00e9taphore met en repr\u00e9sentation l\u2019inconnu, la relation d\u2019inconnu telle que l\u2019a \u00e9tudi\u00e9e Guy Rosolato, et il faut entendre repr\u00e9sentation jusque dans son sens sc\u00e9nique, de mise en sc\u00e8ne, de figuration, qui inclut le sensoriel dans toutes ses dimensions. La m\u00e9taphore est ouverture de sens, \u00e0 partir d\u2019un d\u00e9placement, d\u2019un transfert comme son \u00e9tymologie en t\u00e9moigne, elle est transfert d\u2019un lieu \u00e0 un autre, intrapsychique et intersubjectif. La m\u00e9taphore issue d\u2019une pens\u00e9e associative, incite \u00e0 la circulation de la pens\u00e9e d\u2019une repr\u00e9sentation \u00e0 une autre. Or, ce mode de penser est pr\u00e9cis\u00e9ment difficile dans certaines organisations psychiques en particulier celles qui mettent en place le type de r\u00e9sistance d\u00e9crite par Andr\u00e9 Green dans la position phobique centrale. Devant ces r\u00e9sistances \u00e0 l\u2019analyse, ce blocage de la r\u00e8gle fondamentale, c\u2019est \u00e0 l\u2019analyste de suppl\u00e9er, d\u2019inciter, de susciter la relance de la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9taphore est porteuse d\u2019une dynamique, dans un mouvement d\u2019\u00e9mergence et elle relance effectivement la pens\u00e9e. Elle sollicite la participation active, elle entra\u00eene l\u2019autre dans son transport, dans l\u2019illusion cr\u00e9atrice d\u2019une exp\u00e9rience commune et partag\u00e9e. Il y a de la s\u00e9duction dans la m\u00e9taphore. C\u2019est dire aussi que cet \u00e9lan est port\u00e9 par un mouvement libidinal. Mais elle peut \u00eatre aussi une \u00e9chapp\u00e9e sans fin dans l\u2019imaginaire. Dans un entretien avec Ren\u00e9 Ka\u00ebs en mars 1993, Didier Anzieu disait que la m\u00e9taphore est \u00e0 l\u2019origine m\u00eame du sens et il ajoutait que le travail de recherche s\u2019effectue entre deux p\u00f4les, le p\u00f4le de la m\u00e9taphore et le p\u00f4le du concept, plus abstrait qui garantirait une certaine rigueur. Mais ce que l\u2019on gagne en rigueur, on risque de le perdre par appauvrissement. Et il acquies\u00e7ait \u00e0 la proposition de Ren\u00e9 Ka\u00ebs qu\u2019il y aurait un travail de la mort dans le concept.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9taphore est en lien \u00e9troit avec le fantasme. Elle est issue du fantasme et elle provoque le fantasme. La m\u00e9taphore du Moi-peau maintient le lien entre le corps et la psych\u00e9. Le fantasme \u00e9tablit une r\u00e9action circulaire entre le perceptif incluant tous les aspects de la sensorialit\u00e9 et la repr\u00e9sentation consciente et inconsciente. Ainsi la m\u00e9taphore du Moi-peau permet l\u2019\u00e9mergence du fantasme d\u2019une peau commune entre la m\u00e8re et l\u2019enfant. Ce fantasme est r\u00e9activ\u00e9 dans la relation amoureuse. Cette peau commune tient les partenaires de la relation attach\u00e9s ensemble et assure une communication sans interm\u00e9diaire, une empathie r\u00e9ciproque, mais aussi dans une d\u00e9pendance symbiotique. Le fantasme d\u2019arrachement de cette peau commune est \u00e0 l\u2019origine de la blessure narcissique comme du masochisme. L\u2019enfant acquiert un Moi-peau qui lui est propre par une double int\u00e9riorisation, celle de l\u2019interface qui devient une enveloppe pychique contenante des contenus psychiques, et celle de l\u2019entourage maternant qui devient le monde int\u00e9rieur des pens\u00e9es, des images, des affects. Cette int\u00e9riorisation a pour condition le double interdit du toucher. Le moi-peau s\u2019inscrit dans une topique de l\u2019appareil psychique, voire une topologie (qui \u00e9tudie les relations des espaces et les propri\u00e9t\u00e9s des d\u00e9formations). En 1990, dans <em>L\u2019\u00e9piderme nomade et la peau psychique<\/em>, Didier Anzieu \u00e9crit&nbsp;: \u201cTout point de vue topique est n\u00e9cessairement m\u00e9taphorique&nbsp;; on ne peut en parler que par des analogies&nbsp;; l\u2019espace psychique et l\u2019espace physique se constituent en m\u00e9taphores r\u00e9ciproques. Le Moi-peau est une des ces m\u00e9taphores. Son efficacit\u00e9 se mesure \u00e0 son pouvoir d\u2019\u00e9voquer des cas concrets.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Le Moi-peau remplit des fonctions analogues (au sens fort, pas vaguement ressemblant, mais identiques) aux fonctions de la peau. Le Moi-pensant, \u00e0 son tour transpose les fonctions du Moi-peau. Et Didier Anzieu pr\u00e9cise que le travail associatif du patient et le travail interpr\u00e9tatif de l\u2019analyste ont pour but d\u2019instaurer, d\u2019entretenir, de consolider ces fonctions. La peau, le moi, le penser ont donc des fonctions identiques, \u00e0 des niveaux d\u2019abstraction et de symbolisations diff\u00e9rents. Dans un usage concret, la m\u00e9taphore corporelle peut \u00e9voquer des comportements. Winnicott avec le <em>holding<\/em> et le <em>handling<\/em> a pr\u00eat\u00e9 parfois \u00e0 une interpr\u00e9tation de ce genre. En fait il faut, avec la m\u00e9taphore penser l\u2019\u00e9cart entre le corps, le comportement et les diff\u00e9rents niveaux de symbolisation. Alors que le Moi-peau est une m\u00e9taphore de l\u2019enveloppe corporelle, le penser est, pour l\u2019essentiel, une m\u00e9tonymie du moi. La pens\u00e9e cr\u00e9atrice oscille entre m\u00e9taphore et m\u00e9tonymie, comme l\u2019a montr\u00e9 depuis longtemps Guy Rosolato. Les diff\u00e9rentes fonctions du Moi-peau s\u2019\u00e9tayent sur les fonctions de la peau dont elles d\u00e9veloppent la dimension m\u00e9taphoro-m\u00e9tonymique. Didier Anzieu en d\u00e9crit huit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>1- La maintenance<\/em><\/strong>&nbsp;: de m\u00eame que la peau remplit une fonction de sout\u00e8nement du squelette et des muscles, de m\u00eame le Moi remplit une fonction de maintenance du psychisme. Cette fonction reprend le <em>holding<\/em> de Winnicott&nbsp;; la fonction psychique se d\u00e9veloppe par int\u00e9riorisation du <em>holding<\/em> maternel, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019int\u00e9riorisation d\u2019un objet support qui assure \u00e0 l\u2019espace mental en train de se constituer un axe vertical qui pr\u00e9pare l\u2019exp\u00e9rience d\u2019avoir une vie psychique \u00e0 soi. Le penser maintient ensemble les pens\u00e9es, leur assure une consistance et une fermet\u00e9. L\u2019\u00e9rection du penser est un <em>analogon<\/em> de l\u2019\u00e9rection du corps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>2- La contenance<\/em><\/strong>. A la peau qui recouvre la surface enti\u00e8re du corps et dans laquelle sont ins\u00e9r\u00e9s tous les organes des sens externes r\u00e9pond la fonction contenante du Moi-peau. Cette fonction est exerc\u00e9e essentiellement par le <em>handling<\/em> maternel. Le Moi-peau comme repr\u00e9sentation psychique \u00e9merge des jeux entre le corps de la m\u00e8re et le corps de l\u2019enfant ainsi que des r\u00e9ponses apport\u00e9es par la m\u00e8re aux sensations et aux \u00e9motions du b\u00e9b\u00e9, r\u00e9ponses gestuelles et vocales, r\u00e9ponses \u00e0 caract\u00e8re circulaire qui permettent progressivement au tout-petit d\u2019\u00e9prouver ces sensations et \u00e9motions \u00e0 son propre compte sans se sentir d\u00e9truit. Deux aspects sont \u00e0 distinguer dans cette fonction&nbsp;: un aspect contenant proprement dit, immobile, stable qui s\u2019offre en r\u00e9ceptacle passif aux \u00e9motions-images-affects du b\u00e9b\u00e9 ainsi neutralis\u00e9s et conserv\u00e9s, et un aspect \u201cconteneur\u201d (Ren\u00e9 Ka\u00ebs) qui correspond \u00e0 l\u2019aspect actif, \u00e0 la r\u00eaverie maternelle selon Bion et \u00e0 l\u2019activit\u00e9 <em>alpha<\/em> qui \u00e9labore, transforme et restitue \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ses sensations-images-affects rendues repr\u00e9sentables. Par analogie, le penser enveloppe les pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>3- La Constance<\/em><\/strong>. La couche superficielle de l\u2019\u00e9piderme re\u00e7oit les excitations externes et prot\u00e8ge la couche sensible et l\u2019organisme en g\u00e9n\u00e9ral des agressions physiques et de l\u2019ensemble des stimuli. Freud a reconnu tr\u00e8s t\u00f4t au moi une fonction de pare-excitation (d\u00e8s l\u2019<em>Esquisse d\u2019une psychologie scientifique<\/em> en 1895). Le Moi-peau d\u00e9fend le psychisme contre l\u2019effraction pulsionnelle endog\u00e8ne tout en contribuant \u00e0 satisfaire suffisamment l\u2019app\u00e9tit d\u2019excitation. Il assure l\u2019interface entre l\u2019ext\u00e9rieur et l\u2019int\u00e9rieur traitant les <em>stimuli<\/em> endog\u00e8nes et exog\u00e8nes. Le penser d\u00e9fend le Moi-r\u00e9alit\u00e9 contre l\u2019envahissement par les pens\u00e9es tout en contribuant \u00e0 assurer la continuit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 pensante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>4- La signifiance<\/em><\/strong>. La peau enregistre les traces de l\u2019interaction du corps et du monde. Elle est une surface d\u2019inscription de l\u2019individualit\u00e9. Le Moi-peau associe entre elles les repr\u00e9sentations de choses et de mots et produit les premi\u00e8res formations symboliques. Le penser proc\u00e8de \u00e0 l\u2019encodage des signes qui articulent des signifiants \u00e0 des signifi\u00e9s et renvoie aux qualit\u00e9s distinctes des choses, des mots et des pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>5- La Correspondance<\/em><\/strong>. La peau est une surface porteuse de poches, de cavit\u00e9s o\u00f9 sont log\u00e9s les organes des sens. Le Moi-peau est une surface psychique qui relie entre elles les sensations de diverses natures et qui les fait ressortir comme figures sur ce fond originaire qu\u2019est l\u2019enveloppe tactile&nbsp;: c\u2019est la fonction d\u2019intersensorialit\u00e9 du Moi-peau, qui aboutit \u00e0 la constitution d\u2019un \u201csens commun\u201d. Le penser constitue des syst\u00e8mes de correspondances et des ensembles structur\u00e9s selon des codes.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong><em>6- L\u2019Individuation<\/em><\/strong>. Par son grain, sa couleur, sa texture, son odeur, la peau pr\u00e9sente des diff\u00e9rences individuelles consid\u00e9rables. Le Moi-peau assure de la m\u00eame fa\u00e7on une fonction d\u2019individuation du soi qui apporte \u00e0 celui-ci le sentiment d\u2019\u00eatre un \u00eatre unique. Le sentiment de coh\u00e9rence du penser repose sur l\u2019acquisition des cat\u00e9gories logiques et d\u2019une pens\u00e9e personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong><em>7- La Sexualisation<\/em><\/strong>. La peau du b\u00e9b\u00e9 fait l\u2019objet d\u2019un investissement libidinal de la m\u00e8re. Les contacts peau \u00e0 peau qui accompagnent les soins pr\u00e9parent l\u2019auto-\u00e9rotisme et situent les plaisirs de peau comme toile de fond habituelle des plaisirs sexuels. Le Moi-peau remplit la fonction de surface de soutien de l\u2019excitation sexuelle, surface sur laquelle des zones \u00e9rog\u00e8nes peuvent \u00eatre localis\u00e9es, la diff\u00e9rence des sexes reconnue et leur compl\u00e9mentarit\u00e9 d\u00e9sir\u00e9e. Il y a une continuit\u00e9 entre les plaisirs auto\u00e9rotiques de la peau, les plaisirs narcissiques du moi et les plaisirs intellectuels du penser.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong><em>8- L\u2019\u00e9nergisation<\/em><\/strong>. A la peau comme surface de stimulation du tonus sensori-moteur par les excitations externes r\u00e9pond la fonction du Moi-peau de recharge libidinale du fonctionnement psychique, de maintien de la tension \u00e9nerg\u00e9tique interne et de sa r\u00e9partition in\u00e9gale entre les sous-syst\u00e8mes psychiques. Le penser donne de la force aux pens\u00e9es, mais l\u2019effort intellectuel a un co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique\u2026<br>Chaque fonction de la peau peut \u00eatre l\u2019objet d\u2019une atteinte particuli\u00e8re m\u00e9taphorique par des distorsions sp\u00e9cifiques du Moi-peau caract\u00e9ristiques de telle ou telle organisation psychopathologique. Pour Didier Anzieu, \u201cTous les processus de pens\u00e9e ont une origine corporelle. C\u2019est donc la sp\u00e9cificit\u00e9 des exp\u00e9riences corporelles qui va se traduire par la sp\u00e9cificit\u00e9 des processus de pens\u00e9e et par les angoisses et les inhibitions correspondantes.\u201d Les travaux de Didier Anzieu apportent une confirmation \u00e0 ces mots de Paul Val\u00e9ry&nbsp;: \u201cCe qu\u2019il y a de plus profond dans l\u2019homme, c\u2019est la peau\u201d.<br>Le Moi-peau permet de penser les limites intrapsychiques et intersubjectives. La dimension m\u00e9taphorique met en \u0153uvre la libert\u00e9 de penser. Les pathologies limites caract\u00e9ris\u00e9es par des troubles du penser, obligent l\u2019analyste \u00e0 trouver en lui-m\u00eame la capacit\u00e9 de penser ce qui reste pour le patient un impens\u00e9, souvent impensable. La t\u00e2che de l\u2019analyste n\u2019est elle pas alors de construire, selon cette tr\u00e8s belle formule de Didier Anzieu \u201cune peau vivante pour les pens\u00e9es.\u201d<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10072?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ma rencontre avec Didier Anzieu date de mes ann\u00e9es de formation \u00e0 l\u2019APF dont il \u00e9tait un des membres \u00e9minents. 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