{"id":10071,"date":"2021-08-22T07:31:14","date_gmt":"2021-08-22T05:31:14","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/empreintes-des-fantasmes-originaires-2\/"},"modified":"2021-09-27T12:14:12","modified_gmt":"2021-09-27T10:14:12","slug":"empreintes-des-fantasmes-originaires","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/empreintes-des-fantasmes-originaires\/","title":{"rendered":"Empreintes des fantasmes originaires"},"content":{"rendered":"\n<p>Ma premi\u00e8re r\u00e9action face \u00e0 l\u2019intitul\u00e9 de cette table ronde <em>Fantasmes parentaux<\/em> a \u00e9t\u00e9 la perplexit\u00e9. J\u2019avais initialement \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9e par B. Golse et A. Braconnier sur celle consacr\u00e9e au destin de l\u2019originaire mais comme je ne pouvais \u00eatre pr\u00e9sente hier \u2013ce dont je vous prie de m\u2019excuser- ils ont eu la gentillesse de maintenir leur proposition en me \u201cd\u00e9pla\u00e7ant\u201d du c\u00f4t\u00e9 donc des fantasmes parentaux. Ma perplexit\u00e9 ne m\u2019abandonnant pas, je leur ai demand\u00e9 rapidement, presque furtivement ce qu\u2019ils entendaient par \u201cfantasmes parentaux\u201d et ils ont eu la bonne id\u00e9e de ne pas me r\u00e9pondre tout de suite si bien qu\u2019une fois la question pos\u00e9e, elle m\u2019est apparue comme une voie possible de travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m\u2019a retenue d\u2019abord, c\u2019est l\u2019adjonction de \u201cparental\u201d au fantasme. J\u2019ai pens\u00e9 imm\u00e9diatement que ce n\u2019\u00e9tait pas une conception freudienne, que la nature du fantasme \u00e9tait d\u2019\u00eatre, dans son \u00e9nonciation, essentiellement anonyme, g\u00e9n\u00e9rale, voire d\u00e9pouill\u00e9e \u2013 \u00e0 l\u2019instar du fantasme \u201cOn bat un enfant\u201d ou de sa version sym\u00e9trique \u201cUn enfant est battu\u201d. Je pensais aussi, toujours \u00e0 propos de la nature du fantasme que son destin \u00e9tait paradoxalement de revenir \u00e0 l\u2019originaire -je veux dire aux fantasmes originaires- et que son incarnation relevait surtout d\u2019op\u00e9rations traductrices susceptibles de produire des r\u00eaves, des sc\u00e8nes, voire des comportements ou encore de s\u2019exprimer gr\u00e2ce \u00e0 la construction de \u201cfantaisies\u201d dont la part consciente constituait toujours le point d\u2019appel. Par l\u00e0-m\u00eame, se profilait pour moi le probl\u00e8me de l\u2019identification du fantasme, de sa singularit\u00e9 personnalisante ou fonctionnelle&nbsp;: des fantasmes filiaux, fraternels, conjugaux, parentaux seraient-ils rep\u00e9rables de mani\u00e8re pr\u00e9cise sans que soit abandonn\u00e9e pour autant la d\u00e9finition fondamentale notamment en ce qui concerne sa qualit\u00e9 inconsciente et son inaccessibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au del\u00e0 du temps de mes r\u00e9sistances -et celles-ci me font toujours m\u2019obstiner davantage car, comme vous le savez, les r\u00e9sistances sont un moteur formidable- la mise en perspective propos\u00e9e aujourd\u2019hui entre fantasme et \u201cparentaux\u201d, s\u2019est peu \u00e0 peu impos\u00e9e \u00e0 moi dans la pluralit\u00e9 de r\u00e9flexions et d\u2019associations partant dans des directions diverses\u2026 Je me suis demand\u00e9e si \u201cparentaux\u201d concernait les repr\u00e9sentations inconscientes des parents concernant leur enfant -b\u00e9b\u00e9 ou adolescent- ou si l\u2019adjectif sollicitait plut\u00f4t les repr\u00e9sentations des enfants concernant leur parents, alors qu\u2019avec \u00e9vidence, c\u2019est la premi\u00e8re interpr\u00e9tation qui est la bonne, le maintien de l\u2019ind\u00e9cision permet de penser le caract\u00e8re commun, partag\u00e9, voire transmis, un mat\u00e9riau transitionnel en quelque sorte qui n\u2019appartient ni \u00e0 l\u2019un ni \u00e0 l\u2019autre mais \u00e0 tous en m\u00eame temps. Une ind\u00e9cision qui parfois pourrait s\u2019engager dans la confusion lorsque les limites s\u2019av\u00e8rent poreuses entre le moi et ses objets.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, le pluriel \u201cparentaux\u201d sans distinction entre p\u00e8re et m\u00e8re, entre masculin et f\u00e9minin m\u2019a arr\u00eat\u00e9e. Fallait-il revenir \u00e0 la note de Freud dans <em>Le moi et le \u00e7a<\/em> \u00e0 propos de la premi\u00e8re identification, celle avec le p\u00e8re de la pr\u00e9histoire personnelle. Je le cite&nbsp;: \u201cPeut-\u00eatre serait-il plus prudent de dire&nbsp;: avec les parents, car p\u00e8re et m\u00e8re, avant la connaissance s\u00fbre de la diff\u00e9rence des sexes, du manque de p\u00e9nis, ne se voient pas attribuer une valeur distincte&nbsp;?\u201d Dans cette perspective, \u201cparentaux\u201d renverrait \u00e0 une absence de distinction, de diff\u00e9rence entre p\u00e8re et m\u00e8re, et viendrait inscrire la singularit\u00e9 de la parentalit\u00e9 dans la clinique relationnelle, au sens le plus commun du terme, mais aussi dans un r\u00e9seau fantasmatique de repr\u00e9sentations et d\u2019affects internes, t\u00e9moignant de la particularit\u00e9 de liens pris \u00e0 la fois dans une topique et une \u00e9conomie sp\u00e9cifique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019infl\u00e9chissement narcissique y trouverait des traces \u00e9videntes -qu\u2019on se souvienne du texte de Freud dans <em>Pour introduire le narcissisme<\/em> aussi bien dans l\u2019\u00e9lation id\u00e9alisante que dans la d\u00e9ception, dans l\u2019ambivalence des sentiments et son impossible acceptation. Ma premi\u00e8re hypoth\u00e8se, banale au demeurant, serait donc celle d\u2019une bascule pulsionnelle narcissique pr\u00e9valente dans les fantasmes \u201cparentaux\u201d, en apparence plus \u00e9vidente lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un tout petit enfant \u2026 En apparence car comment oublier sa place dans l\u2019organisation du Complexe d\u2019Oedipe et de la castration&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait peut-\u00eatre en effet rep\u00e9rer dans les fantasmes parentaux, les deux temps de la sexualit\u00e9 humaine et la scansion de l\u2019apr\u00e8s-coup, \u00e0 l\u2019adolescence, avec son cort\u00e8ge de reviviscences oedipiennes, de d\u00e9sir, d\u2019excitation et de renoncement dans une sorte de renversement qui offre et interdit le fils ou la fille comme tentation amoureuse au m\u00eame que, jadis, le parent, alors l\u2019enfant s\u2019est vu \u00e0 la fois offrir et interdire ses objets d\u2019amour originaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Chemin faisant la seconde question que je souhaite \u00e9voquer -il n\u2019est pas question de la traiter aujourd\u2019hui dans le temps qui m\u2019est imparti- pourrait se formuler ainsi&nbsp;: \u201cles fantasmes \u201cparentaux\u201d ne sont-ils pas, finalement, tiss\u00e9s par la trame des fantasmes originaires&nbsp;? Ne constitueraient-ils pas les variantes possibles de ces fantasmes susceptibles de se traduire dans des versions diff\u00e9rentes, dans des changements de points de vue qui rel\u00e8vent d\u2019une mobilit\u00e9 identificatoire plus ou moins effective, selon les moments de la vie, selon les individus, mais qui, finalement sont construits \u00e0 partir du m\u00eame synopsis&nbsp;? Se retrouveraient alors, au-del\u00e0 de situations cliniques singuli\u00e8res, les rep\u00e8res essentiels de la sc\u00e8ne primitive et de la castration travers\u00e9es bien s\u00fbr par la s\u00e9duction -si vivement active \u00e0 l\u2019adolescence des deux c\u00f4t\u00e9s (des parents et de l\u2019adolescent). Une place \u00e0 part, comme toujours peut \u00eatre m\u00e9nag\u00e9e au fantasme de retour au sein maternel- dans lequel l\u2019amour du m\u00eame et la mort s\u2019entrem\u00ealent parfois de fa\u00e7on surprenante.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour illustrer ma premi\u00e8re hypoth\u00e8se, de l\u2019infl\u00e9chissement in\u00e9luctablement narcissique des fantasmes parentaux, je vous livre une s\u00e9quence du discours de la jeune m\u00e8re c\u00e9libataire (s\u00e9duite et abandonn\u00e9e) d\u2019une petite fille de 4 ans qu\u2019elle appelle \u201cB\u00e9b\u00e9\u201d. \u201cVous savez, c\u2019est comme si je portais des \u0153ill\u00e8res qui m\u2019emp\u00eachaient de regarder de c\u00f4t\u00e9 ou en arri\u00e8re. Je ne permets de penser qu\u2019au travail de chaque jour, \u00e0 la pr\u00e9paration des repas et \u00e0 l\u2019avenir de b\u00e9b\u00e9\u2026 Je (lui) fais faire des mises en plis au salon de coiffure (la m\u00e8re est coiffeuse) mais elles ne tiennent pas et il faut qu\u2019elle ait une permanente. Je ne veux pas la lui faire moi-m\u00eame\u2026 Peut-\u00eatre l\u2019emm\u00e8nerai-je chez un grand coiffeur quand j\u2019irai au congr\u00e8s de la parfumerie\u2026 Elle en veut une. B\u00e9b\u00e9 a beau \u00eatre jeune, elle a d\u00e9j\u00e0 autant d\u2019ambition que moi\u2026 Elle profite si bien de ses le\u00e7ons de danse et de diction&nbsp;! L\u2019ann\u00e9e prochaine, je veux qu\u2019elle commence le piano. Je crois qu\u2019il lui serait utile de jouer d\u2019un instrument. Son professeur de danse lui donnera un num\u00e9ro \u00e0 la prochaine soir\u00e9e\u2026 Plus t\u00f4t elle d\u00e9butera dans sa carri\u00e8re, mieux cela vaudra pour nous deux\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques semaines plus tard, un simple accident change radicalement le discours de la m\u00e8re qui sombre dans la d\u00e9ception&nbsp;: \u201cVous savez ce que j\u2019ai toujours dit, si une enfant est soign\u00e9e, \u00e9l\u00e9gante et jolie, elle sera charmante et intelligente. Mais d\u2019une enfant sale et laide vous ne pouvez rien attendre. B\u00e9b\u00e9 est si honteuse d\u2019avoir perdu ses cheveux et d\u2019avoir la t\u00eate band\u00e9e qu\u2019elle est d\u00e9go\u00fbt\u00e9e de tout. Elle ne fait plus aucun effort pour parler correctement, aucun effort pour quoi que ce soit. Je ne peux plus en venir \u00e0 bout.\u201d<br>Voil\u00e0 qui donne raison \u00e0 Freud et au passage consacr\u00e9, en 1914, \u00e0 <em>His majesty the baby<\/em>. Je crois cependant utile de pr\u00e9ciser que j\u2019ai pr\u00e9lev\u00e9 ce fragment dans le roman <em>Le c\u0153ur est un chasseur solitaire<\/em> \u00e9crit par une grande adolescente de 19 ans, Carson Mac Cullers.<br>Pour mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve ma seconde hypoth\u00e8se, celle de la pr\u00e9gnance des fantasmes originaires, j\u2019emprunterai un exemple au cin\u00e9ma, \u00e0 un cin\u00e9aste. Je veux parler de Louis Malle&nbsp;: rapidement d\u2019abord, <em>Le souffle au c\u0153ur<\/em>, qui, en son temps a d\u00e9fray\u00e9 la chronique. Vous connaissez l\u2019histoire&nbsp;: un adolescent est initi\u00e9 amoureusement, sexuellement par sa m\u00e8re. A qui appartient cette r\u00e9alisation de d\u00e9sir, \u00e0 qui appartiennent les fantasmes qui la sous-tendent&nbsp;? Au fils&nbsp;? A la m\u00e8re&nbsp;? Le film &#8211; scandaleusement &#8211; finit bien&nbsp;: le gar\u00e7on termine la nuit commenc\u00e9e avec sa m\u00e8re, dans le lit d\u2019une fille de son \u00e2ge\u2026 et tout le monde est content. Pourtant, trente ans plus tard, Louis Malle r\u00e9alise <em>Passion fatale<\/em>&nbsp;: un homme tombe \u00e9perdument, follement amoureux de la future femme de son fils. Il la s\u00e9duit. Le fils les surprend et pris d\u2019effroi indescriptible devant la sc\u00e8ne, il recule et bascule dans la cage de l\u2019escalier. C\u2019est la s\u00e9quence suivante qui m\u2019int\u00e9resse, celle o\u00f9 l\u2019on voit Jeremy Irons, le p\u00e8re, descendant nu, les cinq \u00e9tages, et l\u00e0, en bas, prenant son fils mort dans ses bras&nbsp;: comment ne pas penser, alors, \u00e0 une \u00e9trange <em>Pieta<\/em> qui m\u00eale la mort et la sexualit\u00e9, l\u2019enfant et le jeune homme, la m\u00e8re et le p\u00e8re, l\u2019homme et la femme&nbsp;?<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10071?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ma premi\u00e8re r\u00e9action face \u00e0 l\u2019intitul\u00e9 de cette table ronde Fantasmes parentaux a \u00e9t\u00e9 la perplexit\u00e9. J\u2019avais initialement \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9e par B. Golse et A. 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