{"id":10058,"date":"2021-08-22T07:31:14","date_gmt":"2021-08-22T05:31:14","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-complexite-psychosomatique-2\/"},"modified":"2021-09-24T12:16:47","modified_gmt":"2021-09-24T10:16:47","slug":"la-complexite-psychosomatique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-complexite-psychosomatique\/","title":{"rendered":"La complexit\u00e9 psychosomatique"},"content":{"rendered":"\n<p>Les relations qu\u2019entretiennent l\u2019\u00e2me et le corps ou la <em>psych\u00e9<\/em> et le <em>soma<\/em> questionnent depuis les d\u00e9buts de la m\u00e9decine. Constituent-ils une m\u00eame unit\u00e9 r\u00e9gie par les m\u00eames principes ou sont-ils des champs h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes entretenant certains liens&nbsp;? Y-a t-il une \u00e9tiologie psychique dans certaines maladies somatiques&nbsp;? Les troubles psychiques prot\u00e8gent-ils d\u2019atteintes somatiques et r\u00e9ciproquement les atteintes somatiques prot\u00e9gent-elles de la folie&nbsp;? Les sciences du vivant qui structurent aujourd\u2019hui leur objet en \u201cniveaux d\u2019organisation\u201d modifient-elles la r\u00e9flexion&nbsp;? Autant de questions \u00e0 se poser lorsqu\u2019on s\u2019interroge sur les faits psychosomatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les grands moments de la r\u00e9flexion en psychosomatique, essentiellement en France, nous tentons dans ce dossier de <em>Carnet Psy<\/em> qui ne peut pas \u00eatre exhaustif, de montrer d\u2019une part diverses compr\u00e9hensions actuelles de la psychosomatique par des psychanalystes fran\u00e7ais et d\u2019autre part la fa\u00e7on dont certains d\u2019entre eux envisagent leur travail avec leurs patients.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bref historique<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une discipline mill\u00e9naire<\/h3>\n\n\n\n<p>Du point de vue historique, la psychosomatique est une discipline mill\u00e9naire qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e depuis les m\u00e9decines chinoise, \u00e9gyptienne, grecque, juive, arabe, proposant une approche globale permettant de rep\u00e9rer l\u2019unit\u00e9 humaine psychosomatique. Le dualisme psych\u00e9-soma qui a domin\u00e9 dans la culture occidentale a conduit au d\u00e9veloppement de plus en plus technique de la m\u00e9decine coexistant avec des th\u00e9orisations psychanalytiques qui favorisent tr\u00e8s largement les processus psychiques dans l\u2019apparition de processus de somatisation.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019ali\u00e9niste et psychiatre J.-C. Heinroth appartenant au courant vitaliste de F.-X. Bichat qui a formalis\u00e9 ce terme en 1818 pour d\u00e9crire certains facteurs \u201csomato-psychiques\u201d ou \u201cpsychosomatiques\u201d. Il tentait de comprendre dans des cas de cancer, de tuberculose et d\u2019\u00e9pilepsie quelle est la place des passions et de la sexualit\u00e9. F. Deutsch, disciple de Freud est le premier psychanalyste \u00e0 envisager un traitement psychanalytique des troubles somatiques. Il introduisit un trait d\u2019union entre psycho et somatique, montrant sa pr\u00e9f\u00e9rence pour une compr\u00e9hension dualiste des ph\u00e9nom\u00e8nes envisag\u00e9s. Freud ne s\u2019est pas v\u00e9ritablement int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 une approche psychosomatique de la maladie et on remarque sa prudence et son ind\u00e9cision quant au choix d\u2019un point de vue explicatif. M. Aisenstein remarque que \u201cFreud se r\u00e9v\u00e8le moniste dans ses \u00e9tudes et conclusions th\u00e9oriques et dualiste lorsqu\u2019il est confront\u00e9 \u00e0 la pratique.\u201d Cependant, le montage pulsionnel qui fait admettre le somatique comme source, le sympt\u00f4me conversionnel pour lequel Freud ne parle pas d\u2019ailleurs de psychogen\u00e8se avan\u00e7ant que l\u2019organe est contraint \u00e0 servir deux ma\u00eetres \u00e0 la fois, la n\u00e9vrose actuelle, la stase libidinale retrouv\u00e9e aussi dans la maladie organique etc. sont des hypoth\u00e8ses th\u00e9oriques qui ont \u00e9t\u00e9 reprises fructueusement par les psychanalystes psychosomaticiens, tout particuli\u00e8rement par ceux de l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La psychosomatique comme discipline<\/h2>\n\n\n\n<p>Les fondements de la psychosomatique comme discipline reposent sur des observations cliniques de psychanalystes, F. Deutsch, G. Groddeck, S. Ferenczi, mais c\u2019est \u00e0 partir de 1940, aux \u00c9tats-Unis, qu\u2019apparaissent des travaux syst\u00e9matiques en psychosomatique. H.-F. Dunbars tentera de mettre en correspondance des profils de personnalit\u00e9 et des maladies somatiques. Elle conclura qu\u2019il existe un rapport statistiquement significatif entre certaines maladies bien d\u00e9finies et certains profils de personnalit\u00e9. Notons que cette tentative de dresser des profils est toujours vivace aux USA mais aussi en France. F. Alexander qui dirigera l\u2019<em>Institut de Psychanalyse de Chicago<\/em>, influenc\u00e9 par les travaux de Cannon sur le syst\u00e8me sympathique et parasympathique th\u00e9orisera une \u201cn\u00e9vrose d\u2019organe\u201d et \u201cune n\u00e9vrose v\u00e9g\u00e9tative\u201d qu\u2019il diff\u00e9renciera de la n\u00e9vrose hyst\u00e9rique. En France, G. Parcheminey va publier <em>La Probl\u00e9matique du psychosomatisme<\/em> et J.-Paul Valabrega <em>Les Th\u00e9ories psychosomatiques<\/em>. Cet auteur avancera plus tard que le sympt\u00f4me somatique se comprend \u00e0 partir d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne de conversion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dont on peut retrouver la source fantasmatique et par cons\u00e9quent le sens. C\u2019est ainsi qu\u2019il parlera de \u201cla conversion psychosomatique\u201d. M.-C. C\u00e9l\u00e9rier qui a travaill\u00e9 avec J.-P. Valabrega puis avec M. Sapir pr\u00e9sente dans ce dossier sa conception actuelle de la psychosomatique. Ce sont L. Chertok et M. Sapir qui ont cr\u00e9\u00e9 la premi\u00e8re <em>Revue de M\u00e9decine Psychosomatique<\/em> \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 dont M.-C. C\u00e9l\u00e9rier a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dactrice en chef longtemps, G. Harrus-R\u00e9vidi lui a succ\u00e9d\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00c9cole de Psychosomatique de Paris<\/h2>\n\n\n\n<p>Durant ces m\u00eames ann\u00e9es, certains psychanalystes fran\u00e7ais commencent \u00e0 se r\u00e9unir, notamment quatre d\u2019entre eux qui vont constituer un groupe qui donnera naissance \u00e0 l\u2019<em>\u00c9cole de Psychosomatique de Paris<\/em>&nbsp;: P. Marty, M. Fain, M. de M\u2019Uzan et C. David auxquels \u00e9taient associ\u00e9es D. Braunschweig et C. Parat. Leurs travaux vont avoir des prolongements dans le champ de la psychosomatique de l\u2019enfant sous l\u2019impulsion de L. Kreisler, p\u00e9diatre, de M. Fain et M. Soul\u00e9. Ces trois auteurs r\u00e9unis ont publi\u00e9 des \u00e9tudes sur les troubles fonctionnels du nourrisson qui ont fond\u00e9 la psychiatrie du nourrisson. Dans cette filiation, N. Boige et S. Misssonnier font part de leur exp\u00e9rience en consultation gastro-p\u00e9diatrique psychosomatique dans la 2<sup>\u00e8me<\/sup> partie de ce dossier (<em>Carnet Psy n\u00b0127\/juin 2008).<\/em> Les conceptions de l\u2019<em>\u00c9cole de Psychosomatique de Paris<\/em> qui proposent des am\u00e9nagements de la cure psychanalytique orthodoxe, pour tenir compte des particularit\u00e9s qu\u2019ils ont d\u00e9couvert chez leurs patients, ont marqu\u00e9 profond\u00e9ment l\u2019histoire de la psychosomatique et de la psychanalyse en France. M. de M\u2019Uzan, dans l\u2019interview propos\u00e9 dans la deuxi\u00e8me partie, retrace entre autres les origines de ce mouvement. M. Aisenstein qui en est aussi un des membres en pr\u00e9sente les principaux concepts. Le travail commun intensif de ce groupe conduit \u00e0 la publication de <em>L\u2019investigation psychosomatique<\/em>. Puis en 1972 \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019<em>Institut de Psychosomatique<\/em> (IPSO) \u201cen vue d\u2019\u00e9tendre, de transmettre et d\u2019appliquer les connaissances psychosomatiques.\u201d En 1978, ouvre l\u2019h\u00f4pital de la Poterne des peupliers, aujourd\u2019hui \u201cD\u00e9partement de psychosomatique IPSO\u201d de l\u2019ASM 13 qui comprend le <em>Centre de Psychosomatique de l\u2019adulte Pierre Marty<\/em> dirig\u00e9 par C. Smadja et le <em>Centre de Psychosomatique de l\u2019enfant L\u00e9on Kreisler<\/em> dirig\u00e9 par G. Szwec.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait clinique central th\u00e9oris\u00e9 par P. Marty et ses coll\u00e8gues est la pens\u00e9e op\u00e9ratoire qui rend compte de l\u2019absence apparente de vie fantasmatique et se trouve fr\u00e9quemment associ\u00e9e \u00e0 des d\u00e9sordres somatiques. Il est int\u00e9ressant de noter qu\u2019au m\u00eame moment Sifneos et Namias aux USA, d\u00e9crivent \u201cl\u2019alexithymie\u201d, pour rendre compte de cette psychopathologie n\u00e9gative. L\u2019intuition du caract\u00e8re unitaire de la psychosomatique g\u00e9n\u00e8re une v\u00e9ritable mutation de la recherche dans ce domaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux de cette \u00c9cole sont tr\u00e8s nombreux. Ils attirent l\u2019attention sur l\u2019\u00e9nergie psychique, les modalit\u00e9s de r\u00e9partition de la libido et sa d\u00e9gradation avec la lib\u00e9ration des forces autodestructrices dans le <em>soma<\/em>. Aux notions de structure ou d\u2019organisation se superposent celles de changements et de diff\u00e9rences de r\u00e9gime et, de nouveaux concepts sont cr\u00e9\u00e9s comme ceux de \u201cr\u00e9duplication projective\u201d, \u201cd\u00e9sorganisation progressive\u201d et adopt\u00e9s par la communaut\u00e9 psychanalytique. De m\u00eame, la n\u00e9cessit\u00e9 de la clinique et sa ph\u00e9nom\u00e9nologie vont entra\u00eener la constitution d\u2019une classification psychosomatique dont le but essentiel est de servir d\u2019outil \u00e0 la recherche dans le champ de la psychosomatique.<br>De plus, un important travail d\u2019\u00e9laboration se fait alors concernant la pratique des traitements psychoth\u00e9rapeutiques des patients somatiques et repr\u00e9sente l\u2019aboutissement de tout cet \u00e9difice th\u00e9orico-clinique. Cet ensemble a ouvert la voie \u00e0 de nombreuses recherches th\u00e9orico-cliniques et th\u00e9orico-pratiques d\u2019une grande cr\u00e9ativit\u00e9 dans lesquelles les topiques freudiennes sont d\u2019une certaine fa\u00e7on remani\u00e9es comme le lecteur peut le rep\u00e9rer au fil des articles propos\u00e9s. Je signale, car il n\u2019est pas pr\u00e9sent\u00e9 dans ces lignes, le concept de \u201cproc\u00e9d\u00e9 auto-calmant\u201d que je trouve particuli\u00e8rement int\u00e9ressant pour notre clinique. A la suite de M. Fain, C. Smadja et G. Szwec ont travaill\u00e9, entre autres, \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du concept de \u201cproc\u00e9d\u00e9 auto-calmant\u201d. Les proc\u00e9d\u00e9s auto calmants consistent essentiellement \u00e0 rechercher le calme par des comportements moteurs ou perceptifs qui peuvent inclure une part de souffrance physique. L\u2019activit\u00e9 auto\u00e9rotique s\u2019en distingue parce qu\u2019elle s\u2019associe \u00e0 des fantasmes tandis que le vide repr\u00e9sentatif accompagne le proc\u00e9d\u00e9 auto-calmant qui participe d\u2019une r\u00e9gression comportementale par opposition \u00e0 une r\u00e9gression donnant lieu \u00e0 une activit\u00e9 de pens\u00e9e. Dans leurs formes les plus autoagressives ils peuvent comporter avant le retour au calme, un premier temps de tension, d\u2019excitation. Ces proc\u00e9d\u00e9s constituent une tentative de ma\u00eetrise r\u00e9troactive de la peur en situant le danger dans l\u2019environnement, de fa\u00e7on d\u00e9fensive contre l\u2019effroi de traumatismes ayant effract\u00e9 le pare-excitant lui-m\u00eame insuffisamment constitu\u00e9 \u00e0 cause d\u2019une fonction maternelle d\u00e9faillante.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Perspectives actuelles de la psychosomatique<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le prolongement des travaux de l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em>, C. Dejours qui propose un travail pour ce dossier a \u00e9labor\u00e9 une \u201ctroisi\u00e8me topique\u201d, ou topique du clivage qui consiste \u00e0 donner une place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019inconscient tel qu\u2019il est d\u00e9crit par Freud \u00e0 un inconscient \u201camential\u201d. Celui-ci correspond aux impasses de la libidinalisation ou aux mutilations du corps \u00e9rotique. Les rejetons de l\u2019inconscient amential ne sont pas des retours du refoul\u00e9 mais les passages \u00e0 l\u2019acte compulsifs ou les crises somatiques. C. Dejours s\u2019en explique dans son texte.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, B. Stora qui travaille \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re \u00e0 Paris, propose une th\u00e9orie globale comprenant le mod\u00e8le de P. Marty coexistant aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un deuxi\u00e8me mod\u00e8le de d\u00e9clenchement des processus de somatisation sous l\u2019\u00e9gide du Syst\u00e8me Nerveux Central qui vise \u00e0 sauver l\u2019hom\u00e9ostasie globale dont il a la charge. L\u2019apparition de tensions intra-psychiques non-\u00e9labor\u00e9es par l\u2019appareil psychique est interpr\u00e9t\u00e9e alors comme une menace qui met automatiquement en marche les s\u00e9cr\u00e9tions hormonales de l\u2019axe hypothalamique en vue de sauvegarder l\u2019organisme. Il existe pour cet auteur un troisi\u00e8me mod\u00e8le dont l\u2019origine est somatique&nbsp;: de nature g\u00e9n\u00e9tique, endocrinienne (syndrome m\u00e9tabolique par exemple), neuronale (Parkinson, Alzheimer etc..) mettant en cause l\u2019\u00e9quilibre des syst\u00e8mes avec des cons\u00e9quences sur le fonctionnement de l\u2019appareil psychique fortement sollicit\u00e9 pour s\u2019adapter aux modifications somatiques. Ces trois mod\u00e8les sont des variantes d\u2019un mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral des processus de somatisations.<\/p>\n\n\n\n<p>On note aussi en France, l\u2019existence de l\u2019<em>\u00c9cole lacanienne de Psychosomatique<\/em> qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1983 et est membre de la F\u00e9d\u00e9ration de Psychiatrie. Elle est organis\u00e9e autour de deux axes de recherche. Le premier concerne la psychosomatique \u00e0 partir de la mise en perspective de l\u2019approche clinique (v\u00e9cu subjectif, somatisations, histoire personnelle) avec les niveaux physiologique et biologique de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de d\u00e9clenchement des troubles. Le travail pluridisciplinaire initi\u00e9 \u00e0 partir des diff\u00e9rents niveaux d\u2019approche de l\u2019objet psychosomatique, s\u2019est donn\u00e9 pour but d\u2019approfondir les conditions biologiques de l\u2019articulation psychosomatique et leur implication dans la prise en charge de patients soumis \u00e0 des traumatismes. Le second axe concerne les pratiques psychoth\u00e9rapeutiques et une recherche sur les changements et leurs m\u00e9canismes en psychoth\u00e9rapie en particulier chez les patients psychosomatiques. Pour ce qui concerne les conceptualisations lacaniennes, constatons qu\u2019en 1948, Lacan faisait un rapport au 51<sup>\u00e8me<\/sup> Congr\u00e8s fran\u00e7ais de Chirurgie sur l\u2019hypertension art\u00e9rielle notant apr\u00e8s les auteurs anglo-saxons un lien entre l\u2019origine de la maladie et l\u2019agressivit\u00e9 inhib\u00e9e par la vie sociale. Il me semble qu\u2019actuellement cette r\u00e9flexion privil\u00e9gie l\u2019id\u00e9e que le \u201cph\u00e9nom\u00e8ne psychosomatique\u201d provient d\u2019un \u00e9chec de la mise en place du langage. Au sens large comme au sens restreint, l\u2019affection psychosomatique \u00e9quivaudrait \u00e0 un ratage dans l\u2019induction signifiante elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire son inscription dans la cha\u00eene signifiante.<br>De leur c\u00f4t\u00e9, R. Gori et M.-J. Del Volgo qui distinguent le sens que la maladie prend pour le malade (roman de la maladie) de la r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9dico-biologique de la maladie, montrent dans leurs travaux les d\u00e9rives d\u2019une \u201csant\u00e9 totalitaire\u201d qui pr\u00e9tend nous dire dans les moindres actes de notre vie comment nous comporter pour bien nous porter. Ils pensent que ces pr\u00e9tentions m\u00e9dicalisantes et psychologisantes se trouvent sous-tendues par une m\u00e9decine et une psychiatrie au service d\u2019un nouvel ordre \u00e9conomique et la fiction anthropologique d\u2019un homme neuro-\u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Psychosomatique dans les services de m\u00e9decine<\/h2>\n\n\n\n<p>Comme M. de M\u2019Uzan le mentionne dans l\u2019interview d\u00e8s l\u2019origine du travail des psychosomaticiens, un certain nombre d\u2019entre eux ont travaill\u00e9 dans des services de m\u00e9decine avec des patients aux atteintes somatiques tr\u00e8s lourdes. D\u00e8s l\u2019origine deux sortes de patients ont pu \u00eatre suivis, ceux qui venaient consulter avec une demande et ceux qui \u00e9taient hospitalis\u00e9s et pris en charge. Ainsi M. de M\u2019Uzan a travaill\u00e9 dans un service de gastro-ent\u00e9rologie comme psychosomaticien et chercheur CNRS. C\u2019est surtout \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, que les h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux ont recrut\u00e9 des psychiatres et des psychologues dans les diff\u00e9rents services de m\u00e9decine. Cette implantation s\u2019est faite en g\u00e9n\u00e9ral, service par service, sp\u00e9cialit\u00e9 par sp\u00e9cialit\u00e9, voire sur-sp\u00e9cialit\u00e9 par sur-sp\u00e9cialit\u00e9. Certains de ces psychiatres ou psychologues ont pu alors adopter les pr\u00e9suppos\u00e9s de ces \u00e9quipes organicistes. Les pionni\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 G. Raimbault en n\u00e9phrologie et en oncologie, N. Alby en oncologie, M.-C. C\u00e9l\u00e9rier en gastro-ent\u00e9rologie. Je rends compte avec l\u2019\u00e9quipe de coll\u00e8gues que j\u2019ai constitu\u00e9e dans un <em>Centre de n\u00e9phrologie et de diab\u00e9tologie<\/em>, de notre r\u00e9flexion et de notre travail \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelques remarques \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Clinique du r\u00e9el<\/h3>\n\n\n\n<p>Lorsque G. Raimbault parle de \u201cclinique du r\u00e9el\u201d, elle fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des cas d\u2019enfants dialys\u00e9s ou atteints de cancer ou proches de la mort. Comme elle l\u2019a souvent soulign\u00e9, il ne s\u2019agit pas dans le champ de la psychosomatique de castration symbolique ou de mort symbolique mais de castration r\u00e9elle, de mort r\u00e9elle. La psychosomatique commence au moment o\u00f9 le sujet est r\u00e9ellement mutil\u00e9, o\u00f9 le sang, dont on peut \u00e9ventuellement parler est un liquide rouge, gluant capable de coaguler, o\u00f9 la castration concr\u00e8tement agie ne poss\u00e8de pas plus qu\u2019un simple rapport de signe avec le fantasme de castration. En psychosomatique, nous sommes soumis \u00e0 la fois \u00e0 la rencontre de cet h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne radical qu\u2019est le corps et qui \u00e9chappe \u00e0 toute saisie langagi\u00e8re et, en m\u00eame temps, confront\u00e9s aux effets de la parole dont on conna\u00eet les impacts tant positifs que n\u00e9gatifs sur le corps. L\u00e0, se situe alors une des particularit\u00e9s contre-transf\u00e9rentielles qui rend notre travail parfois difficile&nbsp;: le lien du sympt\u00f4me se fait non seule-ment avec les fantasmes du th\u00e9rapeute mais aussi avec sa position face \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de sa mort r\u00e9elle. Cette situation peut engendrer une certaine violence. Cette difficult\u00e9 permet, me semble-t-il, d\u2019expliquer en partie les diff\u00e9rentes th\u00e9ories psychosomatiques, voire m\u00eame le refus que l\u2019on peut \u00e9prouver \u00e0 envisager la psychosomatique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entre le corps et la psych\u00e9 une relation d\u2019inconnu<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans un trouble psychog\u00e8ne de la vision, Freud pr\u00e9cise explicitement le rapport entre le psychique et l\u2019organique&nbsp;: \u201cLa psychanalyse n\u2019oublie jamais que le psychique repose sur l\u2019organique, bien que son travail ne puisse poursuivre le psychique que jusqu\u2019\u00e0 ce fondement et pas au-del\u00e0\u201d(1910).<\/p>\n\n\n\n<p>Les th\u00e9ories psychosomatiques psychanalytiques ne peuvent pas r\u00e9pondre \u00e0 la question \u201ccomment le corps se d\u00e9sorganise-t-il&nbsp;?\u201d. Les r\u00e9ponses au \u201cpourquoi de la d\u00e9sorganisation\u201d tiennent \u00e0 des constructions qui dans l\u2019apr\u00e8s-coup s\u2019\u00e9laborent dans le cadre de la cure par exemple. Si les atteintes virales ou bact\u00e9riennes de la sph\u00e8re buccopharing\u00e9e ou les diarrh\u00e9es survenant \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une situation anxiog\u00e8ne semblent avoir des explications biologiques assez facilement accessibles, cela n\u2019explique pas pourquoi tel signe plut\u00f4t qu\u2019un autre et pourquoi tel sujet plut\u00f4t qu\u2019un autre. Aussi sommes nous en pr\u00e9sence de deux ordres h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes que la psychosomatique est tent\u00e9e d\u2019articuler sans pouvoir le faire. N\u2019est-ce pas ce que nous faisons, en particulier, lorsque nous posons la question de l\u2019\u00e9tiologie organique ou psychologique introduisant implicitement la dichotomie mati\u00e8re\/esprit, soma\/psych\u00e9 et donc une pens\u00e9e dualiste. La recherche d\u2019une multi-factorialit\u00e9 ne conduit-elle pas \u00e0 la m\u00eame impasse&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le font remarquer P. Marty, M. de M\u2019Uzan, C. David (1993), dans un cadre classique, le psychanalyste constate un \u00e9cart entre son interpr\u00e9tation du sympt\u00f4me et la valeur signifiante de celui-ci et l\u2019existence d\u2019une relation directe et homog\u00e8ne entre l\u2019un et l\u2019autre. Nous sommes l\u00e0 dans le m\u00eame champ \u00e9pist\u00e9mologique. En psychosomatique la distance est plus grande entre la valeur signifiante possible du sympt\u00f4me et son interpr\u00e9tation car la nature anatomo-physiologique de celui-ci rend ici la relation indirecte en m\u00eame temps qu\u2019elle devient \u00e9pist\u00e9mologiquement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Ainsi peut-on distinguer le \u201csympt\u00f4me psychanalytique\u201d (phobie, obsession etc.) o\u00f9 la relation est directe et homog\u00e8ne&nbsp;; le sympt\u00f4me de conversion, o\u00f9 la relation est directe car le sympt\u00f4me a une valeur symbolique et en m\u00eame temps h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne&nbsp;; et le sympt\u00f4me psychosomatique, o\u00f9 la relation est indirecte et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Dans cette perspective et du point de vue \u00e9pist\u00e9mologique le sympt\u00f4me conversionnel se situe dans un espace charni\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous sommes tr\u00e8s loin d\u2019arriver au bout de nos peines, tr\u00e8s loin de comprendre les ph\u00e9nom\u00e8nes psychosomatiques, m\u00eame si tant du c\u00f4t\u00e9 de la biologie que de la psychanalyse nous pouvons rep\u00e9rer des avanc\u00e9es. Une des avanc\u00e9es essentielles, que l\u2019on doit \u00e0 l\u2019<em>\u00c9cole de Psychosomatique de Paris<\/em>, est sans doute que nous ne r\u00e9pertorions plus les maladies psychosomatiques mais que nous centrons notre int\u00e9r\u00eat sur le fonctionnement psychique du malade somatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas abord\u00e9 les incidences techniques des mod\u00e8les envisag\u00e9s. Il me para\u00eet \u00e9vident que la mise en \u0153uvre d\u2019un travail psychoth\u00e9rapeutique suppose adopter une th\u00e9orie selon laquelle maladie et douleurs appartiennent au fonctionnement mental. La proposition d\u2019un traitement psychoth\u00e9rapeutique est faite en raison de cet engagement. En partant de l\u00e0, la rencontre avec le patient va imposer certains param\u00e8tres qui peuvent \u00eatre diff\u00e9rents de ceux de la technique psychanalytique classique. Si nous avons \u00e0 modifier le <em>setting<\/em> et la technique interpr\u00e9tative, cela n\u2019implique en rien la suspension d\u2019un cadre rigoureux et la recherche de l\u2019\u00e9mergence du transfert.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10058?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les relations qu\u2019entretiennent l\u2019\u00e2me et le corps ou la psych\u00e9 et le soma questionnent depuis les d\u00e9buts de la m\u00e9decine. Constituent-ils une m\u00eame unit\u00e9 r\u00e9gie par les m\u00eames principes ou sont-ils des champs h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes entretenant certains liens&nbsp;? 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