{"id":10053,"date":"2021-08-22T07:31:14","date_gmt":"2021-08-22T05:31:14","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/leloge-de-la-surprise-ou-les-premieres-rencontres-avec-ladolescent-2\/"},"modified":"2022-08-30T11:41:07","modified_gmt":"2022-08-30T09:41:07","slug":"leloge-de-la-surprise-ou-les-premieres-rencontres-avec-ladolescent","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/leloge-de-la-surprise-ou-les-premieres-rencontres-avec-ladolescent\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9loge de la surprise ou les premi\u00e8res rencontres avec l&rsquo;adolescent"},"content":{"rendered":"\n<p>Les premi\u00e8res rencontres avec un adolescent sont essentielles \u00e0 plusieurs titres. Elles pr\u00e9sagent toujours du devenir \u00e9ventuel de la nature des liens transf\u00e9rentiels qui vont se tisser, mais aussi de la structure des modalit\u00e9s th\u00e9rapeutiques qui pourront s&rsquo;\u00e9tablir ult\u00e9rieurement. Il s&rsquo;agit avant tout d&rsquo;une rencontre, mais avec un sujet en devenir et en mouvement. C&rsquo;est dire l&rsquo;importance \u00e0 accorder \u00e0 l&rsquo;autre de la rencontre avec ses caract\u00e9ristiques propres. Je pr\u00f4ne effectivement l&rsquo;\u00e9loge de la surprise, car une premi\u00e8re rencontre qui ne nous apporte pas de surprise, pas de renouvellement dans notre fa\u00e7on de penser et de travailler risque d&rsquo;\u00eatre, non pas une mauvaise rencontre, mais une rencontre rat\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il s&rsquo;agit comme mon titre l&rsquo;indique d&rsquo;une rencontre et une rencontre se fait \u00e0 deux. Je souligne d&#8217;embl\u00e9e l&rsquo;importance du transfert du th\u00e9rapeute dans l&rsquo;entrevue qui va se d\u00e9rouler. Je ne vais pas reprendre les aspects th\u00e9oriques du transfert et du contre-transfert dans le cadre de pr\u00e9liminaires \u00e0 une cure analytique. Il conviendrait plut\u00f4t d&rsquo;aborder la rencontre qui peut se situer dans un cadre th\u00e9rapeutique d&rsquo;un temps pr\u00e9alable \u00e0 une prise en charge psychoth\u00e9rapeutique voire analytique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pr\u00e9alables \u00e0 la rencontre<\/h2>\n\n\n\n<p>Primum non nocere, avant tout ne pas nuire nous indique Freud \u00e0 plusieurs reprises et c&rsquo;est dans cet \u00e9tat d&rsquo;esprit qu&rsquo;il faut aborder l&rsquo;adolescent. Une rencontre fait que l&rsquo;on sort transform\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tablissement du contact que nous avons \u00e9tabli avec un autre sujet. Chacune des deux parties ne peut plus fonctionner comme avant la rencontre. Je vais donc arbitrairement et tr\u00e8s sch\u00e9matiquement diviser la rencontre en trois temps : l&rsquo;avant, l&rsquo;entrevue et l&rsquo;apr\u00e8s. Le comment de la rencontre sera ensuite \u00e0 pr\u00e9ciser : quel abord, quel bord prendre, si je puis me permettre cette m\u00e9taphore maritime dont j&rsquo;essayerais d&rsquo;user mod\u00e9r\u00e9ment mais qui convient assez bien au sujet de la rencontre. Donc par quel bord aborder l&rsquo;adolescent ? Si l&rsquo;adolescent est en mouvement, aussi bien interne qu&rsquo;externe : devons-nous face \u00e0 lui rester immobile ou avoir en face une certaine mobilit\u00e9 ? Si l&rsquo;adolescent peut \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 un \u00eatre en mouvement, nous pouvons le comparer \u00e0 un bateau. D\u00e8s lors, comment se positionner ?<\/p>\n\n\n\n<p>Un choix s&rsquo;offre \u00e0 nous qui sera \u00e0 moduler en fonction de la psychopathologie de l&rsquo;adolescent :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>soit de se pr\u00e9senter comme un quai fixe, point de rep\u00e8re identificatoire et transf\u00e9rentiel pour le sujet qui a besoin d&rsquo;une certaine stabilit\u00e9 dans son histoire et dans sa prise en charge.<\/li><li>soit adopter nous aussi la position de l&rsquo;\u00eatre en mouvement qu&rsquo;ils nous forcent bien souvent \u00e0 adopter : il s&rsquo;agirait ici d&rsquo;\u00eatre comme eux, un navire en mouvement ballott\u00e9 par le flot des \u00e9v\u00e9nements de la r\u00e9alit\u00e9 externe et aussi de leur r\u00e9alit\u00e9 psychique. Il reste alors \u00e0 n\u00e9gocier l&rsquo;abordage pour \u00e9viter le risque de sabordage de l&rsquo;adolescent, mais aussi de la rencontre.<\/li><li>la troisi\u00e8me position, interm\u00e9diaire, pourrait \u00eatre celle des pontons qui, tout en \u00e9tant arrim\u00e9s au sous-sol marin, poss\u00e8dent une mobilit\u00e9 relative, \u00e0 l&rsquo;instar de ces pontons qui montent et descendent au gr\u00e9 des mar\u00e9es permettant que les bateaux restent arrim\u00e9s au quai, quel que soit le niveau de la mer.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La question de l&rsquo;\u00e9coute est enti\u00e8re. Si c&rsquo;est bien le th\u00e9rapeute ou l&rsquo;analyste qui tient l&rsquo;\u00e9coute (cordage reli\u00e9 \u00e0 la voile), c&rsquo;est-\u00e0-dire celui qui r\u00e8gle la voile, qui ma\u00eetrise les \u00e9l\u00e9ments naturels, c&rsquo;est l&rsquo;adolescent qui tient la barre. Il peut s&rsquo;\u00e9loigner du rivage \u00e0 tout moment, c&rsquo;est-\u00e0-dire du th\u00e9rapeute.<\/p>\n\n\n\n<p>Le risque majeur est incarn\u00e9 par la crainte de l&rsquo;intrusion. C&rsquo;est une peur constante dont certains finissent par parler. C&rsquo;est tout l&rsquo;enjeu du pr\u00e8s et du loin. Le rapproch\u00e9 corporel, les mots peuvent litt\u00e9ralement transpercer l&rsquo;adolescent. Il se sent ainsi perc\u00e9 \u00e0 jour, mis \u00e0 nu. Mais trop de distance nuit aussi \u00e0 la relation car, dans ce cas, l&rsquo;adolescent va se sentir l\u00e2ch\u00e9 ou abandonn\u00e9 selon sa configuration narcissique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reprendrais plus loin les trois temps de la rencontre. <\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais insister sur les particularit\u00e9s de la rencontre avec l&rsquo;adolescent qui n&rsquo;engage pas les m\u00eames processus inconscients qu&rsquo;avec un adulte ou un enfant. Il y a d&rsquo;abord une exigence de parole et de r\u00e9sultat qui cadre assez mal avec la rencontre d&rsquo;un psychanalyste en particulier. Ensuite l&rsquo;adolescent sait mobiliser en nous un imaginaire tr\u00e8s sp\u00e9cifique, qui a comme particularit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s \u00ab\u00a0pulsionnel\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire mobilisant des fantasmes archa\u00efques et d&rsquo;une rare outrance, voire d&rsquo;une rare violence. L&rsquo;interlocuteur devra donc \u00eatre pr\u00e9venu de ce qui l&rsquo;attend. <\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs psychanalystes ont soutenu l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il \u00e9tait plus difficile de s&rsquo;occuper d&rsquo;adolescents que d&rsquo;adultes ou d&rsquo;enfants. Je peux souscrire \u00e0 cette proposition sous l&rsquo;angle de cette mobilisation massive des affects et des identifications que l&rsquo;adolescent impose de faire \u00e0 celui ou celle qui le rencontre. C&rsquo;est dire en miroir le travail important que l&rsquo;adolescent fait pour s&rsquo;y rep\u00e9rer lui-m\u00eame dans cette valse d&rsquo;identifications qui va le conduire de la r\u00e9ticence au transfert possible&#8230; ou impossible. La mobilisation du transfert de l&rsquo;analyste aura ceci de sp\u00e9cifique, qu&rsquo;elle mobilise plusieurs figures ou imagos, parfois tr\u00e8s disparates et souvent distincts bien que non diff\u00e9renciables. Ces diff\u00e9rents mouvements psychiques risquent de se d\u00e9ployer lors du premier entretien. Ainsi tour \u00e0 tour, et sans qu&rsquo;on y prenne garde, on se retrouve successivement mis \u00e0 des positions transf\u00e9rentielles vari\u00e9es que l&rsquo;on aura du mal \u00e0 rep\u00e9rer dans un seul entretien. Nous devenons tour \u00e0 tour p\u00e8re, m\u00e8re, oncle, tante, h\u00e9ros, salaud, X&#8230;voire Y. La diff\u00e9rence des sexes a toute son importance dans la rencontre : adolescent ou adolescente, mais aussi le sexe biologique du th\u00e9rapeute et son incidence dans la prise en charge. Question \u00e9pineuse, difficilement th\u00e9orisable mais avec laquelle il faut compter dans des indications th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re distinction \u00e0 op\u00e9rer :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>soit nous recevons un adolescent en vue d&rsquo;une admission \u00e9ventuelle, dans une institution. &#8211; soit il s&rsquo;agit d&rsquo;un entretien en vue de l&rsquo;instauration d&rsquo;une prise en charge psychoth\u00e9rapeutique individuelle ou groupale comme le psychodrame.<\/li><li>soit ce sont des entretiens pr\u00e9liminaires en vue d&rsquo;une analyse Situations cliniques tr\u00e8s diff\u00e9rentes, qui impliquent diff\u00e9remment les partenaires du r\u00e9seau ou les correspondants qui connaissent l&rsquo;adolescent sous un certain angle qui est le leur, mais qui ne doit pas forc\u00e9ment \u00eatre le n\u00f4tre.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Si certains mots, signifiants ou sympt\u00f4mes de l&rsquo;histoire de l&rsquo;adolescent nous ont alert\u00e9s ou intrigu\u00e9s, il faudrait id\u00e9alement pouvoir s&rsquo;en d\u00e9faire. Sinon nous serions oblig\u00e9s de tenir compte de fa\u00e7on excessive de la demande de chacun de ceux-ci. Il est utile de consid\u00e9rer avec attention ces pr\u00e9alables \u00e0 la rencontre, dans les voies multiples qui ont conduit l&rsquo;adolescent jusqu&rsquo;\u00e0 notre bureau. Il est difficile de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la notion de pr\u00e9-transfert tant la labilit\u00e9 du transfert de l&rsquo;adolescent est grande, y compris (et surtout) dans la premi\u00e8re rencontre. Transfert positif, dit amour de transfert (Freud, \u00ab\u00a0Observations sur l&rsquo;amour de transfert\u00a0\u00bb, in La technique psychanalytique, PUF, 1977) ou transfert n\u00e9gatif qui peut tourner assez vite au rejet voire \u00e0 la haine, qui signe bien souvent l&rsquo;arr\u00eat de la prise en charge.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les temps de la rencontre<\/h2>\n\n\n\n<p>La rencontre, elle-m\u00eame est multiforme et chacun se laissera guider en fonction de ses rep\u00e9rages particuliers mais aussi de ses identifications. En effet nous \u00e9voquons souvent celles de l&rsquo;adolescent, mais il faut nous pencher sur celles des th\u00e9rapeutes. Il est souhaitable que celui-ci puisse en prendre la mesure, car la r\u00e9ciprocit\u00e9 de celles-ci peut induire des interf\u00e9rences nombreuses dans la relation th\u00e9rapeutique. La r\u00e9f\u00e9rence au th\u00e9rapeute id\u00e9al est souvent de mise, principalement au plan inconscient, mais aussi avec ses r\u00e9f\u00e9rences personnelles Freud, Ferenczi, Kris, Lacan ou Spinoza, ou l&rsquo;analyste de l&rsquo;analyste ! Mais ces figures de l&rsquo;id\u00e9al seront certainement mises \u00e0 mal par l&rsquo;adolescent lui-m\u00eame. Le th\u00e9rapeute peut aussi identifier l&rsquo;adolescent qu&rsquo;il re\u00e7oit \u00e0 l&rsquo;adolescent qu&rsquo;il \u00e9tait et ainsi faire des allers-retours imaginaires. S&rsquo;ils lui permettent d&rsquo;\u00e9laborer la situation clinique, ces mouvements psychiques seront forts utiles, \u00e0 la condition que le th\u00e9rapeute demeure conscient, au moins partiellement de ces mouvements. Cela devrait souvent renvoyer le th\u00e9rapeute \u00e0 une question qu&rsquo;il aura en permanence \u00e0 se poser : pourquoi avoir choisi de travailler avec des adolescents, et qui plus est en difficult\u00e9 psychique ? C&rsquo;est l\u00e0 que la psychanalyse du th\u00e9rapeute et les situations de contr\u00f4le individuel ou en groupe prennent leur importance.<\/p>\n\n\n\n<p>Les rep\u00e8res cliniques sont parfois utiles, mais peuvent induire de fausses reconnaissances de situations cliniques pass\u00e9es, et entra\u00eener le th\u00e9rapeute sur des impasses imaginaires. Le fonctionnement associatif reste privil\u00e9gi\u00e9, dans ces premiers entretiens, loin des syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9valuation trop contraignants et qui risquent d&rsquo;entra\u00eener le th\u00e9rapeute loin de la souffrance psychique r\u00e9elle de l&rsquo;adolescent. Une seule restriction bien s\u00fbr : la menace suicidaire. Il faudrait alors penser \u00e0 des mesures pratiques si cette menace \u00e9tait au-devant de la sc\u00e8ne psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les temps de flottement sont n\u00e9cessaires pas seulement dans l&rsquo;\u00e9coute mais aussi dans l&rsquo;entretien. Si des silences s&rsquo;installent, il convient de les laisser s&rsquo;exprimer, un certain temps, pas trop long, comme temps de respiration pour l&rsquo;adolescent. Ce temps de silence est alors \u00e0 reprendre, selon la tonalit\u00e9 et la qualit\u00e9 de celui-ci. Le rep\u00e9rage des signifiants qui insistent dans le discours de l&rsquo;adolescent est essentiel, autorisant le th\u00e9rapeute \u00e0 \u00e9laborer psychiquement la probl\u00e9matique amen\u00e9e dans le discours. J&rsquo;insiste ici sur le fait, sans doute \u00e9vident, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une affaire de discours. C&rsquo;est dans celui-ci que nous pouvons entendre ce qui se joue pour chaque adolescent, au singulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le rep\u00e9rage de la demande est essentiel. Il se r\u00e9sume \u00e0 une question que chacun aura \u00e0 l&rsquo;esprit : qui demande quoi ? C&rsquo;est ici que la sp\u00e9cificit\u00e9 de la place du th\u00e9rapeute est essentielle. Il devra entendre o\u00f9 \u00ab\u00a0\u00e7a parle\u00a0\u00bb. Quelle est la demande des parents ? Jusqu&rsquo;o\u00f9 faut-il les \u00e9couter ? Devons-nous prendre parti entre l&rsquo;adolescent et les parents ? Devons-nous les mettre \u00e0 distance ? Chacun saura en fonction de ses orientations th\u00e9rapeutiques donner aux parents la place qui leur revient. Quelle est leur demande ? Quelle est celle de l&rsquo;adolescent ? L&rsquo;\u00e9chec relatif de l&rsquo;analyse de <em>La jeune homosexuelle<\/em> par Freud (N\u00e9vrose, psychose, perversion, PUF, 1978), rel\u00e8ve selon moi d&rsquo;une m\u00e9sestimation de la demande. En effet Freud s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la demande du p\u00e8re et n&rsquo;a pas assez tenu compte de l&rsquo;absence de demande, pourtant clairement exprim\u00e9e, de cette jeune fille. Les parents s&rsquo;ils ont une demande personnelle qui \u00e9merge peuvent \u00eatre adress\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres th\u00e9rapeutes et ce d\u00e8s le premier entretien.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le tact clinique<\/h2>\n\n\n\n<p>Le principe de la neutralit\u00e9 dite bienveillante me semble difficile \u00e0 tenir dans mon exp\u00e9rience. Prendre parti dans un sens dans une orientation ou face \u00e0 un sympt\u00f4me est le plus souvent plus op\u00e9rant sur une symptomatologie, que de se retrancher derri\u00e8re une pr\u00e9tendue neutralit\u00e9, qu&rsquo;elle soit bien ou mal veillante ! L&rsquo;adolescent attend d&rsquo;une part qu&rsquo;on l&rsquo;\u00e9coute, mais d&rsquo;autre part qu&rsquo;on lui parle : il attend la parole du th\u00e9rapeute non pas comme celle du messie, mais comme une parole qui nomme la souffrance ou la probl\u00e9matique, la mette dans des mots que l&rsquo;adolescent ne peut formuler. L&rsquo;intervention m&rsquo;appara\u00eet toujours de mise, parler avant toute chose, car pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;adolescent pourra se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 cette parole quitte \u00e0 la rejeter, mais elle fera son chemin, et servira de r\u00e9f\u00e9rence, de phare qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;\u00e9viter ou de l&rsquo;accoster. Je distingue nettement l&rsquo;intervention, la mise en mots de ce qui s&rsquo;est dit, comme un accus\u00e9 de r\u00e9ception de la parole et de la souffrance d&rsquo;un adolescent, de l&rsquo;interpr\u00e9tation, qui bien \u00e9videmment n&rsquo;est pas de mise car pr\u00e9matur\u00e9e dans les premiers entretiens, faute de l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un transfert suffisamment consistant. L&rsquo;analyste est en place de sujet suppos\u00e9 savoir. Le probl\u00e8me est que l&rsquo;adolescent s&rsquo;en moque, et parfois royalement. Il veut en face de lui, un sujet qui sait et qui lui dise ce qu&rsquo;il sait sur lui-m\u00eame, d&rsquo;o\u00f9 la marge \u00e9troite du th\u00e9rapeute ou de l&rsquo;analyste. Car une fois qu&rsquo;il a pu r\u00e9aliser qu&rsquo;il a non seulement un professionnel, mais aussi un \u00eatre humain, il peut alors \u00e9tablir un lien de transfert (Lauru (sous la dir.), Le transfert adolescent ?, Er\u00e8s, 2002). En d&rsquo;autres termes, une fois qu&rsquo;il a destitu\u00e9 le sujet suppos\u00e9 savoir (ce qu&rsquo;il fait d&#8217;embl\u00e9e), il a besoin de l&rsquo;instituer pour d\u00e9marrer sa th\u00e9rapie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces premiers entretiens, sont faits d&rsquo;un m\u00e9lange, souvent inattendu, de la surprise de la rencontre dans les cas favorables o\u00f9 elle produit quelque chose. En particulier, la fonction de localiser le sympt\u00f4me, non pas dans sa d\u00e9signation faite par l&rsquo;entourage mais plus, dans sa fonction de r\u00e9v\u00e9ler un dysfonctionnement d&rsquo;un sympt\u00f4me parental et surtout de savoir \u00e0 qui ce sympt\u00f4me procure de la jouissance (du c\u00f4t\u00e9 des parents). Quel est le degr\u00e9 de jouissance du sympt\u00f4me ? Il faut tr\u00e8s vite le pr\u00e9ciser car c&rsquo;est un des \u00e9l\u00e9ments qui va engager fortement la faisabilit\u00e9 du projet th\u00e9rapeutique qui pourra s&rsquo;engager ou non avec l&rsquo;adolescent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;apr\u00e8s-coup de la rencontre<\/h2>\n\n\n\n<p>Les impressions subjectives m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre analys\u00e9es et prises en compte, en \u00e9valuant les traces mn\u00e9siques qui subsistent chez lui quelque temps apr\u00e8s la rencontre. C&rsquo;est tout le pari, l&rsquo;enjeu de cette premi\u00e8re rencontre. Qu&rsquo;est-ce qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 qui peut influencer, voire modifier le cours de notre pens\u00e9e comme le cours de la pens\u00e9e de l&rsquo;autre ? La tentative de synth\u00e9tiser un entretien s&rsquo;av\u00e8re souvent difficile. Elle est n\u00e9cessaire, mais il est pr\u00e9f\u00e9rable parfois de rester dans un temps de suspend. Se h\u00e2ter de ne pas conclure, mais suspendre le temps de la r\u00e9flexion et le temps du sympt\u00f4me pr\u00e9sent\u00e9 comme une \u00e9vidence implicite de telle ou telle pathologie. Hormis des cas o\u00f9 les sympt\u00f4mes sont organis\u00e9s de fa\u00e7on fixe et serr\u00e9e, il faut laisser le b\u00e9n\u00e9fice du doute et l&rsquo;on est bien surpris par la deuxi\u00e8me rencontre. Les diff\u00e9rentes tonalit\u00e9s de discours \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame du premier entretien peuvent \u00eatre tr\u00e8s disparates. Lorsque ses propres impressions sont mitig\u00e9es, il faut les maintenir mitig\u00e9es, ce qui \u00e9vite \u00e0 l&rsquo;adolescent la r\u00e9p\u00e9tition de l&rsquo;assignation au sympt\u00f4me dans laquelle il se trouve d\u00e9j\u00e0 fix\u00e9. L&rsquo;unique de la rencontre, c&rsquo;est dans cet espace-temps bien pr\u00e9cis que va se jouer sur une sc\u00e8ne bien pr\u00e9cise et parfois parall\u00e8lement sur l&rsquo;autre, des choses d\u00e9cisives pour l&rsquo;adolescent. Dans toute rencontre, la deuxi\u00e8me fois sera diff\u00e9rente de la premi\u00e8re, et c&rsquo;est ici pr\u00e9cis\u00e9ment qu&rsquo;il faut souligner l&rsquo;importance de l&rsquo;apr\u00e8s-coup. Cet apr\u00e8s-coup qui est en fait un travail de maturation psychique que nous attendons de l&rsquo;adolescent, et que, je le crois, l&rsquo;adolescent attend de nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ferais ici r\u00e9f\u00e9rence aux trois temps que sans doute, le lecteur conna\u00eet : la perception anticip\u00e9e du temps logique (Lacan J. \u00ab\u00a0Le temps logique et l&rsquo;assertion de la certitude anticip\u00e9e du temps logique\u00a0\u00bb, in Ecrits, Le Seuil, 1966) un texte o\u00f9 Lacan d\u00e9finit le temps ainsi :<\/p>\n\n\n\n<p>1- L&rsquo;instant de voir ;<\/p>\n\n\n\n<p>2- Le temps pour comprendre ;<\/p>\n\n\n\n<p>3- Le moment de conclure.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier temps serait bien s\u00fbr la premi\u00e8re rencontre. Le temps de comprendre, ce deuxi\u00e8me temps est n\u00e9cessaire pour \u00ab\u00a0laisser aller\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0laisser flotter les choses\u00a0\u00bb, pas seulement l&rsquo;id\u00e9al de l&rsquo;attention qui ne doit pas ici \u00eatre si flottante que \u00e7a, mais plut\u00f4t le registre imaginaire ou identificatoire de celui ou celle qui re\u00e7oit l&rsquo;adolescent. Chacun utilise son canevas d&rsquo;entretien pr\u00e9form\u00e9 et personnel, de rep\u00e9rage ou de maniement de l&rsquo;entretien. Il est parfois int\u00e9ressant de s&rsquo;en \u00e9carter, de s&rsquo;en lib\u00e9rer et vous avez vu que mes propositions cadrent mal avec ce que d\u00e9finissent les psychiatres d&rsquo;adolescent dans leur mod\u00e9lisation de la consultation avec un adolescent. Je propose donc un \u00e9loge de la surprise dans ces premi\u00e8res rencontres. Mais surtout, nous ne devons jamais oublier ce que Freud recommandait : de tout oublier \u00e0 chaque nouveau cas, \u00e0 chaque nouvelle rencontre dirais-je pour ma part.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10053?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les premi\u00e8res rencontres avec un adolescent sont essentielles \u00e0 plusieurs titres. Elles pr\u00e9sagent toujours du devenir \u00e9ventuel de la nature des liens transf\u00e9rentiels qui vont se tisser, mais aussi de la structure des modalit\u00e9s th\u00e9rapeutiques qui pourront s&rsquo;\u00e9tablir ult\u00e9rieurement. 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