{"id":10048,"date":"2021-08-22T07:31:11","date_gmt":"2021-08-22T05:31:11","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/psychanalyse-en-nephrologie-2\/"},"modified":"2021-09-24T12:09:20","modified_gmt":"2021-09-24T10:09:20","slug":"psychanalyse-en-nephrologie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/psychanalyse-en-nephrologie\/","title":{"rendered":"Psychanalyse en n\u00e9phrologie"},"content":{"rendered":"\n<p>Les patients insuffisants r\u00e9naux terminaux souffrent d\u2019une maladie chronique et mortelle que r\u00e9v\u00e8le la perte d\u2019un organe vital&nbsp;: le rein. Comme alternative ils n\u2019ont pour choix que la dialyse, la greffe ou la mort. Ainsi, les patients que nous rencontrons \u00e0 l\u2019h\u00f4pital y viennent non pas pour gu\u00e9rir, mais parce que les m\u00e9decins leur proposent de reculer les limites de la mort les maintenant artificiellement en vie, gr\u00e2ce \u00e0 des techniques avanc\u00e9es. Les patients se trouvent alors, par l\u00e0 m\u00eame, dans la situation de survivants, voire de morts-vivants et certains parmi eux pr\u00e9sentent des \u00e9tats traumatiques extr\u00eames, soit \u00e9pisodiquement, soit chroniquement. Le Moi de ces patients se d\u00e9voile dans sa pluralit\u00e9, ses fragilit\u00e9s et stratifications. Les enveloppes corporelles se font \u00e9vanescentes, fluctuantes, prises dans la houle de la maladie et des soins, mena\u00e7ant de \u201cd\u00e9construire\u201d l\u2019illusion de la consistance identitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La greffe, lorsqu\u2019elle est prescrite, ouvre sur l\u2019espoir et les chim\u00e8res de la <em>restitutio ad integrum<\/em> gr\u00e2ce \u00e0 un \u201cdon d\u2019organe\u201d qui en appelle \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 d\u2019un tiers. La technom\u00e9decine moderne ne se pratique pas uniquement en colloque singulier, elle se joue en un drame collectif ayant pour acteurs le chirurgien qui autorise le don, le donneur mort et sa famille \u00e9plor\u00e9e ou le donneur vivant et ses angoisses. Entre receveurs et donneurs, la vie et la mort se partagent, la vie se connecte \u00e0 la mort et l\u2019incommunicable communique. La greffe est fantasm\u00e9e comme \u201cce qui remet \u00e0 neuf\u201d, comme \u201cune re-naissance\u201d, ce qui, enfin, gu\u00e9rit le corps, d\u00e9s-endeuille la psych\u00e9 et d\u00e9fait de l\u2019emprise de la d\u00e9pendance des soins. Elle est redout\u00e9e dans un effroi \u00e0 la hauteur de l\u2019id\u00e9alisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons aussi \u00e0 faire un travail avec des patients mourants apr\u00e8s une longue vie de maladie chronique, \u00e0 la suite des complications qui peuvent survenir lors de ces lourds traitements. Chez tous ces patients le transfert sur le \u201ccorps m\u00e9dical\u201d porteur de la toute-puissance du d\u00e9miurge se fait surtout sur un mode id\u00e9alisant, voire passionnel. L\u2019amour et la haine se partagent le champ, la cruaut\u00e9 est \u00e0 la hauteur du d\u00e9sir de vivre, les passages \u00e0 l\u2019acte manifestent la saturation des angoisses de mort et la d\u00e9solation d\u00e9pressive, le d\u00e9sir de se lib\u00e9rer face aux contraintes m\u00e9dicales et le poids de la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9quipes. Quant aux \u00e9quipes m\u00e9dicales et soignantes, elles sont confront\u00e9es aux investissements tr\u00e8s lourds de ces patients, lourds de demande et de la rage associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9pendance. Mais aussi ces m\u00e9decins, infirmi\u00e8res et autres personnels sont lourds du poids des \u00e9checs et de leur impuissance face \u00e0 une maladie qui ne gu\u00e9rit pas, de la pr\u00e9sence de <em>Thanatos<\/em> qui r\u00f4de et recouvre de son ombre en permanence les services entra\u00eenant avec elle la violence d\u2019images de corps qui se cadav\u00e9risent, la chronicit\u00e9 qui n\u2019arr\u00eate pas de s\u2019imposer infligeant un deuil sans fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme cela a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 dans l\u2019introduction du <em>Carnet Psy<\/em> n\u00b0126 \/ mai 2008 (1<sup>\u00e8re<\/sup> partie de ce dossier), il ne s\u2019agit pas dans le champ de la psychosomatique de castration symbolique ou de mort symbolique mais de castration r\u00e9elle, de mort r\u00e9elle. Ce qu\u2019\u00e9crit J. Cain semble tr\u00e8s juste&nbsp;: \u201cNous sommes toujours \u00e0 l\u2019aise dans la n\u00e9vrose car dans le voyage \u00e0 deux de l\u2019analyse, nous sommes dans le m\u00eame wagon. M\u00eame si la mort est envisag\u00e9e, il s\u2019agit toujours de mort symbolique, dont nous savons qu\u2019elle est un leurre et que nous survivrons sur ce plan par notre nom, nos objets, notre souvenir. D\u2019une certaine fa\u00e7on, accepter la mort symbolique c\u2019est refuser la mort r\u00e9elle dont le propre est qu\u2019on ne peut qu\u2019en parler, c\u2019est-\u00e0-dire la nier par le processus m\u00eame qui la fait passer dans le discours.\u201d<sup>1<\/sup><br>Des \u00e9quipes m\u00e9dicales et soignantes ont demand\u00e9 l\u2019aide des \u201cpsys\u201d et apr\u00e8s un certain temps les directions d\u2019h\u00f4pitaux et les pouvoirs publics les ont entendues. Ainsi rep\u00e8re-t-on maintenant dans de nombreux services de m\u00e9decine, des psychologues, la pr\u00e9sence ponctuelle d\u2019un psychiatre, parfois de psychanalystes et beaucoup plus rarement d\u2019un v\u00e9ritable service de soins psychiques. C\u2019est pourtant notre cas. Nous allons relater notre travail dans l\u2019Unit\u00e9 de Psycho-N\u00e9phrologie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une Unit\u00e9 de Psycho-N\u00e9phrologie. Travail du \u201cpsy\u201d avec les \u00e9quipes<\/h2>\n\n\n\n<p>Accepter de travailler dans des services \u201cd\u2019organicistes\u201d n\u2019implique pas, bien au contraire, que nous partagions les m\u00eames th\u00e9orisations que les \u00e9quipes de n\u00e9phrologues, transplanteurs, etc., sur les jeux subtils de l\u2019organisation somato-psychique. La d\u00e9nomination de notre Unit\u00e9 n\u2019est d\u2019ailleurs pas bonne, nous aurions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u201cUnit\u00e9 de Psychosomatique\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoique l\u2019on puisse dire, les m\u00e9decins \u201cnon-psys\u201d s\u2019int\u00e9ressent aux \u00e9prouv\u00e9s de leurs patients, \u00e0 leur bien-\u00eatre, \u00e0 l\u2019individu pris dans une histoire et la pr\u00e9sence de \u201cpsys\u201d confirme leur int\u00e9r\u00eat pour le psychologique. Le travail avec des \u00e9quipes m\u00e9dicales et infirmi\u00e8res ne se fait pas sans difficult\u00e9s qui tiennent \u00e0 trois grandes raisons. Premi\u00e8rement, le \u201cpsy\u201d a peu d\u2019efficacit\u00e9 imm\u00e9diate, et se faisant il n\u2019accro\u00eet ni l\u2019efficacit\u00e9 m\u00e9dicale, ni le pouvoir m\u00e9dical. Deuxi\u00e8mement, le \u201cpsy\u201d pr\u00e9tend qu\u2019il existe des pulsions, des d\u00e9sirs en nous, un Inconscient qui nous gouverne. Troisi\u00e8mement, pour le \u201cpsy\u201d, le corps du patient est un corps \u00e9rog\u00e8ne qui souffre et \u00e9prouve du plaisir et n\u2019est pas r\u00e9gi uniquement par des faits biologiques, anatomiques, physiologiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Travailler avec ces \u00e9quipes, lorsque l\u2019on est psychanalyste n\u00e9cessite de montrer d\u2019abord que nous sommes psychanalystes et non pas que nous faisons de la psychanalyse, il n\u00e9cessite un v\u00e9ritable engagement, la psychanalyse ici, peut-\u00eatre plus qu\u2019ailleurs, ne se pratique pas du bout des doigts. Il nous faut alors pr\u00e9ciser un cadre, le n\u00f4tre, afin qu\u2019il soit clairement reconnu. C\u2019est le cadre de la cure-type qui sert de mod\u00e8le. Il conduit \u00e0 observer une attitude neutre et bienveillante ainsi qu\u2019une attitude abstinente dans l\u2019ensemble de la vie institutionnelle ce qui n\u2019est pas simple car nous sommes priv\u00e9es d\u2019un certain nombre d\u2019\u00e9changes affectifs et de rituels dont l\u2019importance est grande dans ces services. Ainsi par exemple, nous ne faisons que passer et ne restons pas lors des f\u00eates bien connues dans ces services. Celles-ci permettent que se tissent des liens qui rechargent libidinalement et intriquent pulsion de vie et de mort, f\u00eates dont la valence maniaque autorise, pour un moment au moins, le d\u00e9ni des deuils trop lourds. Ou encore, nous restons hors des jeux de pouvoir dans lesquels les plaisirs phalliques ouvrent aux ressourcements narcissiques. Notre retrait permet que s\u2019instaure un espace \u00e0 part o\u00f9 se noue une alliance de travail sp\u00e9cifique dans laquelle un certain plaisir de travailler au sujet de patients et sur soi-m\u00eame se partage, o\u00f9 nous avons une libert\u00e9 d\u2019intervention plus facile du fait de la distance maintenue et o\u00f9 peut circuler une parole o\u00f9 l\u2019inconscient, le pulsionnel, l\u2019autre avec son histoire ont une place. L\u2019\u00e9coute des patients par les somaticiens et les \u201cpsys\u201d, \u00e9coute plurielle, espace de co-pens\u00e9es et de cocontruction, permet que dans et par le travail \u00e9laboratif en commun soit rendu aux patients ses diff\u00e9rentes facettes, souffrances et douleurs et qu\u2019en particulier, ne s\u2019instaure pas un clivage corps\/psych\u00e9 dont on conna\u00eet les effets d\u00e9labrants. Le d\u00e9sir engag\u00e9 de part et d\u2019autre est centr\u00e9 sur le savoir&nbsp;: en savoir plus sur le patient, sa maladie, ses souffrances, sur sa mort et par cons\u00e9quent sur soi-m\u00eame. D\u00e9sir de savoir qui nous pousse aussi \u00e0 faire des recherches qui permet de ne pas trop nous d\u00e9courager, l\u2019espace de recherche \u00e9tant un autre espace de reprise, de d\u00e9gagement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail avec les m\u00e9decins et les soignants s\u2019organise selon plusieurs modalit\u00e9s. D\u2019une part, nous participons \u00e0 tous les staffs m\u00e9dicaux lors desquels sont \u00e9voqu\u00e9s les patients et nous y apportons notre contribution tentant de lier ce qui nous est rapport\u00e9 avec nos propres \u00e9laborations et en montrant les ressemblances et les diff\u00e9rences. Il nous para\u00eet aussi important de faire admettre que chacun peut \u00eatre d\u00e9positaire d\u2019un discours diff\u00e9rent du patient, d\u2019une partie diff\u00e9rente de celui-ci. D\u2019autre part, nous cultivons le \u201cglandouillage\u201d \u00e0 certains moments de la journ\u00e9e. Cela consiste \u00e0 rester \u201ctra\u00eener\u201d aupr\u00e8s des m\u00e9decins et personnels soignants dans l\u2019attente incertaine d\u2019une souffrance qui pourra s\u2019exprimer dans un contexte plus intime, permettant une rencontre plus singuli\u00e8re, duelle. Si nous travaillons sur les demandes concernant les patients, en particulier une analyse des contres-attitudes, nous ne le faisons pas lorsque cela concerne des demandes personnelles que nous adressons syst\u00e9matiquement, apr\u00e8s une \u00e9coute longue et attentive, \u00e0 des coll\u00e8gues ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019institution. Enfin, nous animons un \u201cgroupe de parole\u201d en partant de l\u2019analyse de cas de patients que nous pr\u00e9sentons. Chacun peut alors \u00e0 la fois \u00e9voquer sa compr\u00e9hension et ses propres ressentis \u00e0 l\u2019\u00e9gard du patient.<br>La reconnaissance de ce travail commun, le nombre important de patients, plus de quatre cents environ actuellement ont conduit \u00e0 un projet de service de soins psychiques&nbsp;: l\u2019Unit\u00e9 de Psycho-N\u00e9phrologie qui lors de la restructuration demand\u00e9e par l\u2019Agence R\u00e9gionale d\u2019Hospitalisation a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e. L\u2019Unit\u00e9 comprend actuellement cinq psychologues psychanalystes (ou en voie de devenir psychanalystes). Elle propose des prises en charge psychanalytiques des patients, des membres de leur famille plus particuli\u00e8rement pour les enfants. Chaque demande est travaill\u00e9e en \u00e9quipe et ensemble nous \u00e9laborons tous les projets de prises en charge. Nous assurons donc aussi un espace de co-pens\u00e9es pour les \u00e9quipes m\u00e9dicales et soignantes. De plus nous avons la charge d\u2019articuler certains services de l\u2019h\u00f4pital avec les r\u00e9seaux de soins. Pour les membres de l\u2019Unit\u00e9, celle-ci fonctionne comme un p\u00f4le de recharge libinale et de r\u00e9gulation des d\u00e9sirs agressifs, comme une enveloppe contenante des \u00e9prouv\u00e9s, en particulier les angoisses de castration&nbsp;; elle maintient dans la mesure o\u00f9 ce travail \u00e9labor\u00e9 ensemble permet de tenir le coup dans cet univers de morts annonc\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Prise en charge des malades<\/h2>\n\n\n\n<p>Prendre en charge ces malades exige bien souvent de les \u00e9couter sans pour autant qu\u2019un d\u00e9sir de changement ne soit l\u00e0, mais parce que la douleur psychique est d\u00e9labrante, parce que la psych\u00e9 est mourante. Il faut les \u00e9couter presque malgr\u00e9 eux, \u00e9couter l\u2019inaudible, et entendre des v\u00e9rit\u00e9s aussit\u00f4t d\u00e9ni\u00e9es car trop abrasantes. Notre t\u00e2che consiste d\u2019abord \u00e0 les r\u00e9animer psychique-ment afin de les aider parfois \u00e0 vivre leur mort, \u00e0 les faire sortir de la \u201cneutralisation \u00e9nerg\u00e9tique\u201d<sup>2<\/sup> dont parle R. Roussillon. De l\u2019\u00e9coute propos\u00e9e peut \u00e9merger une activit\u00e9 interpr\u00e9tative chez ces sujets qui s\u2019interrogent sur leur souffrance, leurs d\u00e9sirs, leur histoire, ce qui conduit \u00e0 une dynamique auto-transformatrice soutenue par le transfert, lui-m\u00eame transformateur. Le travail th\u00e9rapeutique avec eux exige de tenir d\u2019embl\u00e9e ensemble deux lignes de force\u00a0: celle de l\u2019oedipe et ses al\u00e9as comme processus int\u00e9gratif et celle des traumatismes r\u00e9els avec leurs \u00e9tats de d\u00e9tresse et leur processualit\u00e9 d\u00e9sint\u00e9grative. Contre-transf\u00e9rentiellement, dans ces moments-l\u00e0, nous percevons ces patients plut\u00f4t comme des nourrissons malades dans \u201cune carcasse d\u2019adulte\u201d. Ils semblent rechercher plus que d\u2019autres, \u00e0 cause de leur \u00e9tat de d\u00e9tresse, l\u2019objet de tendresse pour une de ses principales qualit\u00e9s\u00a0: la continuit\u00e9 d\u2019\u00eatre, le transfert tendre pouvant se manifester l\u00e0, sous une forme passionnelle, captative dans lequel les aspects n\u00e9gatifs ne sont pas n\u00e9gligeables. La r\u00e9flexion de M. de M\u2019Uzan sur \u201cle travail du tr\u00e9pas\u201d<sup>3<\/sup> a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9clairante pour nous. Dans cet article, il d\u00e9crit combien les proches peuvent souvent faire d\u00e9fection en raison du travail de deuil qu\u2019ils doivent entreprendre, tandis que chez le patient se d\u00e9veloppe une app\u00e9tence relationnelle, une expansion libidinale et une relation transf\u00e9rentielle intenses. Dans de nombreux cas nous avons pu rep\u00e9rer ces mouvements chez nos patients gravement atteints. L\u2019important \u00e9tant d\u2019\u00eatre capable de nous exposer, sans angoisse excessive, au large mouvement captatif qui tend \u00e0 nous envelopper.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une certaine subjectivation<\/h2>\n\n\n\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, lorsque ces patients formulent une demande c\u2019est pour une r\u00e9solution ponctuelle de leurs difficult\u00e9s. Si le cadre de notre travail avec eux est garant de certaines r\u00e8gles \u00e0 admettre, cadre de l\u2019angle oedipien ayant une valeur symbolique, il appara\u00eet surtout ici dans sa valeur de contenance et de continuit\u00e9 qui fa\u00e7onne la vie psychique, il se comprend dans son aspect maternel de tendresse. J. Bleger a insist\u00e9 sur la fonction d\u2019\u00e9tayage du cadre comparable dans son aspect symbiotique \u00e0 ce qui se passe entre une m\u00e8re et son b\u00e9b\u00e9. Le cadre est un creuset pour l\u2019image du corps, il donne force \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 psychique. Sur fond de continuit\u00e9, de disponibilit\u00e9, en supportant l\u2019agressivit\u00e9 que ces patients d\u00e9ploient \u00e0 notre \u00e9gard lorsqu\u2019ils peuvent avec nous s\u2019autoriser \u00e0 se d\u00e9prendre fantasmatique-ment de l\u2019emprise m\u00e9dicale, de la d\u00e9pendance absolue dans lesquelles ils sont dans la r\u00e9alit\u00e9, nous arrivons \u00e0 leur donner des limites plus fiables, un dedans plus \u00e0 eux. A travers cela, ils retrouvent un corps qui peut encourir les risques du plaisir sans pour autant en mourir. La parole et l\u2019\u00e9coute sont porteuses d\u2019un sens, pas uniquement d\u2019un contenu, elles portent parce qu\u2019elles apaisent, enveloppent, prot\u00e8gent.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre pr\u00e9sence permet que s\u2019amorce un processus de subjectivation nous constituant comme d\u00e9positaires de l\u2019horreur li\u00e9e aux craintes de la mort et des douleurs li\u00e9es \u00e0 la maladie et aux soins. Ce qui nous est demand\u00e9 est de pouvoir entendre sans \u00eatre rejetantes par les peurs et douleurs induites en nous. De notre c\u00f4t\u00e9 nous devons nous laisser approcher \u00e0 bonne distance en \u00e9tant ni trop protectrices, ni trop vuln\u00e9rables, permettant ainsi que s\u2019\u00e9tablisse une confiance en la solidit\u00e9 de l\u2019autre et en soi-m\u00eame. Le travail du \u201cpsy\u201d, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment psychanalytique aupr\u00e8s des patients, s\u2019appuie sur certains types d\u2019interventions dont quelques-uns ont \u00e9t\u00e9 bien mis en \u00e9vidence par B. Brusset (1998). Il para\u00eet central que nous intervenions&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>de fa\u00e7on \u00e0 t\u00e9moigner d\u2019une \u00e9coute au-del\u00e0 et en de\u00e7\u00e0 de ce qui est effectivement dit par le patient prenant acte de ce qu\u2019il veut dire avant d\u2019analyser ce qu\u2019il dit sans le vouloir&nbsp;;<\/li><li>en proposant des formulations qui ouvrent de nouvelles dimensions de sens;<\/li><li>en mettant en correspondance les \u00e9motions et des images propos\u00e9es par le patient lui permettant ainsi de cr\u00e9er de nouveaux liens&nbsp;;<\/li><li>en t\u00e9moignant de notre attention, de notre m\u00e9moire, de notre souci de compr\u00e9hension de l\u2019exp\u00e9rience du patient, en particulier de sa souffrance et de ses craintes de la mort.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Le processus qui s\u2019engage permet alors que le patient, au-del\u00e0 de ses souffrances, arrive \u00e0 \u00e9prouver un certain plaisir, \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 son propre fonctionnement psychique et \u00e0 retrouver sa propre histoire. Ainsi pouvons-nous commencer \u00e0 redonner et r\u00e9tablir une meilleure hom\u00e9ostasie narcissique chez ces patients, et faire en sorte que la blessure narcissique que constitue la maladie soit moins h\u00e9morragique. Les \u00e9v\u00e8nements d\u00e9pressifs pourront s\u2019att\u00e9nuer et permettront une reprise de l\u2019activit\u00e9 et un rapport \u00e0 la passivit\u00e9 moins angoissant, moins pris dans la d\u00e9pendance traumatique aux soins. Les relations interpersonnelles deviendront plus souples, l\u2019agressivit\u00e9 et les conflits seront ressentis comme moins d\u00e9sastreux. Le v\u00e9cu des soins sera moins pers\u00e9cutif malgr\u00e9 sa dimension ali\u00e9nante. La pens\u00e9e se lib\u00e8rera, plus cr\u00e9atrice, moins entrav\u00e9e par la lutte anxieuse face aux pertes et au risque de mourir. Le patient se r\u00e9appropriera, dans l\u2019\u00e9coute empathique de son intimit\u00e9 et ce qu\u2019elle a de plus in\u00e9dit, son histoire et son corps, son destin devenant alors moins mena\u00e7ant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entre affect et langage<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa12\">Chez ces patients nous travaillons dans et avec le langage comme avec tous nos patients. Mais bien souvent nous travaillons avec les affects<sup>4<\/sup> et parfois uniquement avec eux, affects d\u2019angoisse, d\u00e9pressifs, douleurs sourdes ou aigu\u00ebs. Ces affects ressentis et donn\u00e9s \u00e0 ressentir prennent place dans les \u00e9prouv\u00e9s contre-transf\u00e9rentiels \u00e0 la fois comme r\u00e9p\u00e9titions de traces anciennes r\u00e9activ\u00e9es et comme t\u00e9moins du transf\u00e9r\u00e9, d\u2019une douleur acceptable\/inacceptable pour nous. Nous sommes l\u00e0, dans ces moments particuliers pris comme porte-corps et porte-parole d\u2019affects qui doivent trouver leur place dans l\u2019espace th\u00e9rapeutique que nous proposons.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous travaillons en \u201caccordage affectif\u201d pour reprendre le terme de D. Stern<sup>5<\/sup>. Notre attitude int\u00e9rieure se fait \u00e9coute du mouvement, du rythme, du tempo, de la couleur de la voix. Sur le fond mouvant de nos \u00e9prouv\u00e9s, la sonorit\u00e9 de notre voix, notre ton, la scansion de nos paroles, la qualit\u00e9 de nos silences, la tension ou l\u2019affaissement de notre \u00e9coute organisent le cadre analytique dans sa dimension de sensorialit\u00e9. Le langage \u00e9tant de moins en moins organisateur de l\u2019\u00e9change, au transfert dans et par l\u2019appareil de langage se substitue de plus en plus une autre forme de transfert&nbsp;: le transfert dans et par les interactions affectives et comportementales, un transfert sur l\u2019objet de tendresse. Mais si le th\u00e9rapeute est un objet pare-excitant contenant les mouvements pulsionnels qui peuvent \u00eatre d\u00e9bordants, il est aussi un objet d\u2019excitation par sa pr\u00e9sence, incitant \u00e0 associer, \u00e0 penser, \u00e0 trouver du sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9coute qui se soutient du langage mais en est aussi d\u00e9sancr\u00e9e, constitue cependant un v\u00e9ritable processus de transformation dans lequel s\u2019op\u00e8re un transfert du pass\u00e9, une mise en sens qui a pour particularit\u00e9 de mettre en avant un sens \u00e9prouv\u00e9, agi et \u00e0 peine dit. Le v\u00e9cu \u00e0 deux de m\u00eames affects conforte le sentiment d\u2019\u00eatre du patient et consolide son narcissisme. Si le travail d\u2019accordage affectif n\u00e9cessite une \u00e9coute des affects de l\u2019autre et de nous-m\u00eames dans une sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re \u00e0 la pr\u00e9sence du corps de l\u2019autre et de son propre corps, si les mouvements, les tensions, les modifications qui apparaissent sont per\u00e7us renseignant sur certains \u00e9tats, ils sont aussi accompagn\u00e9s de repr\u00e9sentations et de fantasmes permettant d\u2019inscrire notre travail dans le r\u00e9seau associatif de la s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour finir, soulignons que l\u2019utilisation de nos \u00e9prouv\u00e9s affectifs avec nos patients dans un jeu de co-\u00e9prouv\u00e9s de co-perceptions, comme production contre-transf\u00e9rentielle, est toujours n\u00e9cessairement jumel\u00e9e \u00e0 notre neutralit\u00e9. Ce travail est possible parce qu\u2019une partie de nous-m\u00eames participe \u00e0 la relation transf\u00e9ro-contre-transf\u00e9rentielle et une autre partie observe l\u2019autre partie de nous-m\u00eames gr\u00e2ce \u00e0 nos connaissances sp\u00e9cifiques de l\u2019analyse, nos outils techniques et notre investissement affectif sublim\u00e9 du patient. A. Green propose cette magnifique description du travail du psychanalyste&nbsp;: \u201cEn outre, l\u2019analyste n\u2019entend pas seulement avec son oreille -f\u00fbt-ce la troisi\u00e8me-, mais avec son corps tout entier. Il est sensible non seulement aux paroles, mais aussi aux intonations de la voix, aux suspensions du r\u00e9cit, aux silences et \u00e0 toute l\u2019expression \u00e9motionnelle du patient. Sans la dimension de l\u2019affect, l\u2019analyse est une entreprise vaine et st\u00e9rile. Sans le partage avec les \u00e9motions du patient, l\u2019analyste n\u2019est qu\u2019un robot-interpr\u00e8te qui ferait mieux de changer de m\u00e9tier avant qu\u2019il ne soit trop tard.\u201d<sup>6<\/sup><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>J. Cain (1990), <em>Le Champ psychanalytique<\/em>, Paris, Puf. <\/li><li>R. Roussillon (1999), <em>Agonie, clivage et symbolisation<\/em>, Paris, Puf, p.26. <\/li><li>M. de M\u2019Uzan, (1972), <em>De l\u2019art \u00e0 la mort<\/em>, Paris, Gallimard, 1977.<\/li><li>Ce qu\u2019a constat\u00e9 aussi C. Parat qui parle d\u2019 \u201caffects partag\u00e9s\u201d. Voir \u201cL\u2019ordinaire du psychosomaticien\u201d, <em>Rev. de med. Psychosom<\/em>, 3, 1993.<\/li><li>D. Stern, (1985), <em>Le monde interpersonnel du nourrisson,<\/em> Paris, Puf. <\/li><li>A. Green (1971), <em>La D\u00e9liaison<\/em>, Paris, Les Belles Lettres, 1992, p.\u00a046.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10048?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les patients insuffisants r\u00e9naux terminaux souffrent d\u2019une maladie chronique et mortelle que r\u00e9v\u00e8le la perte d\u2019un organe vital&nbsp;: le rein. Comme alternative ils n\u2019ont pour choix que la dialyse, la greffe ou la mort. 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