{"id":10046,"date":"2021-08-22T07:31:11","date_gmt":"2021-08-22T05:31:11","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-presciption-des-antidepresseurs-et-des-tranquillisants-evolution-des-idees-modifciation-des-pratiques-4\/"},"modified":"2023-02-23T14:25:47","modified_gmt":"2023-02-23T13:25:47","slug":"la-presciption-des-antidepresseurs-et-des-tranquillisants-evolution-des-idees-modifciation-des-pratiques-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-presciption-des-antidepresseurs-et-des-tranquillisants-evolution-des-idees-modifciation-des-pratiques-2\/","title":{"rendered":"La presciption des antid\u00e9presseurs et des tranquillisants : \u00e9volution des id\u00e9es, modifciation des pratiques"},"content":{"rendered":"\n<section id=\"decoupe-texte\">\n<div class=\"corps\">\n<section id=\"s1n1\" class=\"section section1\"><!--placeholder::reference::s1n1-->\n<p id=\"pa1\" class=\"para\"><span class=\"lettrine\" style=\"position: relative;\">L<\/span>es lecteurs du <em class=\"marquage italique\">Monde<\/em> savent que, outre les autres agr\u00e9ments que procure la lecture de ce quotidien, il y a souvent en derni\u00e8re page une rubrique qui s\u00e9lectionne une des informations parues dans le journal cinquante ans auparavant. Il y a donc quelques semaines, on pouvait trouver dans cette rubrique intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Il y a 50 ans dans <em class=\"marquage italique\">Le Monde<\/em>&nbsp;\u00bb le compte-rendu du \u00ab&nbsp;Congr\u00e8s de l\u2019Union th\u00e9rapeutique internationale&nbsp;\u00bb qui s\u2019\u00e9tait tenu en octobre 1958. Ce congr\u00e8s s\u2019\u00e9tait plus particuli\u00e8rement attach\u00e9 \u00e0 discuter du \u00ab&nbsp;traitement chimique des maladies mentales&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;ce champ nouveau d\u2019activit\u00e9 que repr\u00e9sente pour l\u2019homme l\u2019exploration chimique de l\u2019esprit&nbsp;\u00bb. Un certain professeur Cixon des Etats-Unis est cit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes entr\u00e9s dans une \u00e8re nouvelle. Celle de la possibilit\u00e9 de modifier la personnalit\u00e9 humaine par la r\u00e9alisation de variations chimiques&nbsp;; l\u2019Am\u00e9rique est entr\u00e9e dans cette \u00e8re nouvelle plus rapidement que tout autre pays&nbsp;\u00bb. Et plus loin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les tranquillisants ne sont indiqu\u00e9s que dans des cas d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb, et n\u2019ont pas la valeur d\u2019un traitement de fond. Leur usage prolong\u00e9 est susceptible de r\u00e9duire les facult\u00e9s mentales et de donner \u00e0 l\u2019homme une insouciance dangereuse qui ne peut qu\u2019accro\u00eetre son d\u00e9s\u00e9quilibre. Toute th\u00e9rapeutique de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 suppose l\u2019intelligence et la volont\u00e9 et non l\u2019euphorie provoqu\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p id=\"pa2\" class=\"para\">Nous y voil\u00e0 donc, cinquante ans plus tard. Enfin, presque&nbsp;; parce que les pr\u00e9visions de ce Pr. Cixon \u00e9taient finalement moins pessimistes que la r\u00e9alit\u00e9 qui nous attendait. Certes, la consommation d\u2019anxiolytiques et d\u2019antid\u00e9presseurs atteint dans le monde occidental et plus particuli\u00e8rement en France des quantit\u00e9s tout \u00e0 fait inimaginables pour les psychiatres d\u2019il y a cinquante ans&nbsp;; mais nous avons peu gagner, semble-t-il, en euphorie et insouciance, dangereuse ou pas. Et des milliers de pages ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne de masse, mettant en cause&nbsp;: les modes de vie occidentaux&nbsp;; les modes de \u00ab&nbsp;consommation&nbsp;\u00bb de la sant\u00e9&nbsp;; l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019industrie pharmaceutique&nbsp;; l\u2019appauvrissement de la pratique psychiatrique, souvent ramen\u00e9e \u00e0 la seule prescription m\u00e9dicamenteuse&nbsp;; une prescription qui se fait en tr\u00e8s grande partie par des m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes. Les pouvoirs publics s\u2019en inqui\u00e8tent. Ainsi, l\u2019Office Parlementaire d\u2019\u00c9valuation des Politiques de Sant\u00e9 (OPEPS) a publi\u00e9 en 2006 un \u00ab&nbsp;Rapport sur le bon usage des m\u00e9dicaments psychotropes&nbsp;\u00bb, qui rel\u00e8ve un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments tout \u00e0 fait saisissants. Un fran\u00e7ais sur trois prend des psychotropes au cours de sa vie, et un sur quatre au cours des douze derniers mois&nbsp;; en termes de nombre d\u2019unit\u00e9s prescrites, les psychotropes se situent au deuxi\u00e8me rang derri\u00e8re les antalgiques&nbsp;; le nombre de sujets trait\u00e9s par antid\u00e9presseurs est pass\u00e9 de 2, 8% de l\u2019\u00e9chantillon en 1994 \u00e0 5% en 2003&nbsp;; la prescription de psychotropes \u00e9mane \u00e0 80% de m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes&nbsp;; l\u2019augmentation de la consommation est fortement en rapport avec la chronicit\u00e9 de la prise de psychotropes.<\/p>\n<p id=\"pa3\" class=\"para\">Il n\u2019appartient sans doute pas au psychiatre et au psychopathologue de disserter sur des questions relatives aux \u00e9volutions des id\u00e9ologies et des pratiques des soci\u00e9t\u00e9s occidentales au cours de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies&nbsp;; questions qu\u2019ils connaissent mal, et qui sont du ressort du sociologue ou de l\u2019\u00e9conomiste de la sant\u00e9. En revanche, il peut observer des changements dans ses th\u00e9ories et ses pratiques sur une p\u00e9riode de vingt ou trente ans, et constater que ces changements sont induits par l\u2019\u00e9volution des id\u00e9es en mati\u00e8re de diagnostic et de traitement dans sa discipline. Il peut alors se demander quelle part de ces changements revient \u00e0 une \u00e9volution (voire \u00e0 un progr\u00e8s) des connaissances dans le domaine qui est le sien, et quelle part semble plut\u00f4t traduire l\u2019influence des \u00e9volutions soci\u00e9tales sur la construction du savoir et la conception des interventions th\u00e9rapeutiques de sa discipline. Dans ce dernier cas, et \u00e0 la condition d\u2019accepter en pr\u00e9alable l\u2019id\u00e9e qu\u2019une \u00e9volution scientifique ne se fait pas seulement selon sa propre dynamique intrins\u00e8que, mais refl\u00e8te aussi des influences soci\u00e9tales dont elle peut n\u2019en avoir aucune conscience, quelques points semblent plus int\u00e9ressants que d\u2019autres, et concernent plus directement l\u2019usage des antid\u00e9presseurs et des tranquillisants.<\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n2\" class=\"section section1\"><!--placeholder::reference::s1n2--><!--field: Inter1-->\n<h2 class=\"titre traitementparticulier-non\">Maladie et sant\u00e9<\/h2>\n<!--field: -->\n<p id=\"pa4\" class=\"para\"><\/a>Lorsque il y a cinquante ans la psychiatrie n\u2019\u00e9tait encore qu\u2019une demi-discipline m\u00e9dicale pudiquement cach\u00e9e derri\u00e8re la neurologie, et le psychiatre un sp\u00e9cialiste envisag\u00e9 avec d\u00e9fiance par ses coll\u00e8gues et appr\u00e9hension par le public, la sectorisation psychiatrique, cette extraordinaire avanc\u00e9e en mati\u00e8re de politique de sant\u00e9, commen\u00e7ait son aventure en affichant comme objectif, non seulement le traitement des maladies psychiatriques, mais plus radicalement la sant\u00e9 mentale. Nombre de centres m\u00e9dico-psychologiques, d\u2019associations, de colloques ou de revues se sont r\u00e9clam\u00e9s de cette t\u00e9m\u00e9raire appellation. Bien s\u00fbr, il y a eu quelques trouble-f\u00eate qui n\u2019ont pas manqu\u00e9 d\u2019observer que le m\u00e9decin conna\u00eet certes bien la maladie, mais beaucoup moins bien la sant\u00e9, et que cette nuance est encore plus vraie en mati\u00e8re de psychiatrie. Cependant la \u00ab&nbsp;sant\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb n\u2019en a pas moins conquis les esprits et les pratiques. Il ne s\u2019agissait pas seulement de soigner les malades les plus r\u00e9fractaires aux soins, les patients psychotiques, probl\u00e8me majeur de politique de sant\u00e9, mais aussi de viser plus large et plus haut, si l\u2019on peut dire, d\u2019inscrire l\u2019action d\u2019une \u00e9quipe psychiatrique (appel\u00e9e d\u2019ailleurs souvent \u00ab&nbsp;\u00e9quipe de sant\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb) dans la pr\u00e9vention des troubles mentaux, dans l\u2019accueil de la souffrance psychologique, dans l\u2019accompagnement des al\u00e9as douloureux de la vie. Un progressif glissement de la terminologie est d\u2019ailleurs venu sanctionner cette ambition&nbsp;: les \u00ab&nbsp;troubles mentaux des ali\u00e9n\u00e9s&nbsp;\u00bb se sont partiellement convertis en \u00ab&nbsp;troubles psychiatriques&nbsp;\u00bb, qui se sont partiellement convertis en \u00ab&nbsp;troubles psychiques&nbsp;\u00bb, qui se sont partiellement convertis en \u00ab&nbsp;troubles psychologiques&nbsp;\u00bb, le terme de \u00ab&nbsp;souffrance&nbsp;\u00bb \u00e9tant la derni\u00e8re en date de ces \u00e9volutions s\u00e9mantiques. Il ne s\u2019agissait pas seulement de faire face \u00e0 la maladie mentale, mais de promouvoir la sant\u00e9 du m\u00eame nom.<\/p>\n<p id=\"pa5\" class=\"para\">Nous ne connaissons pas davantage ce qu\u2019est la \u00ab&nbsp;sant\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb maintenant qu\u2019il y a cinquante ans. L\u2019<em class=\"marquage italique\">Organisation Mondiale de la Sant\u00e9<\/em> en revanche semble, elle, savoir ce qu\u2019est la sant\u00e9. \u00ab&nbsp;La sant\u00e9&nbsp;\u00bb, dit le pr\u00e9ambule \u00e0 sa constitution, en 1946, \u00ab&nbsp;est un \u00e9tat de complet bien-\u00eatre physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d\u2019infirmit\u00e9&nbsp;\u00bb. Freud &#8211; dont le pessimisme est bien connu- se contentait d\u2019une d\u00e9finition de la gu\u00e9rison comme d\u2019une capacit\u00e9 retrouv\u00e9e \u00e0 \u00ab&nbsp;aimer et travailler&nbsp;\u00bb, en se gardant bien de se prononcer sur le \u00ab&nbsp;bien-\u00eatre complet&nbsp;\u00bb que pourrait procurer ledit travail, et ledit amour.<\/p>\n<p id=\"pa6\" class=\"para\">Il se trouve que, il y a encore vingt ou trente ans, notre pratique courante \u00e9tait plus proche du bon sens freudien (ou tout simplement m\u00e9dical) que de la d\u00e9finition de l\u2019OMS, et les jeunes psychiatres \u00e9taient form\u00e9s \u00e0 faire la distinction entre \u00ab&nbsp;tristesse normale&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;tristesse pathologique&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;anxi\u00e9t\u00e9 ordinaire&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;angoisse pathologique&nbsp;\u00bb, les premi\u00e8res li\u00e9es aux al\u00e9as de la vie, les secondes inscrites dans des entit\u00e9s cliniques bien d\u00e9finies et seules m\u00e9ritant le nom de \u00ab&nbsp;maladie&nbsp;\u00bb. Mais comment faisait-on cette distinction&nbsp;? De fa\u00e7on bien incertaine, \u00e0 vrai dire. La clinique peinait \u00e0 trouver les crit\u00e8res ad\u00e9quats pour argumenter ce qu\u2019avan\u00e7ait la th\u00e9orie, ou plus simplement la conviction de bon sens. Crit\u00e8re quantitatif&nbsp;? Pas vraiment, on ne pouvait pas r\u00e9ellement dire que c\u2019est le \u00ab&nbsp;seuil&nbsp;\u00bb d\u2019intensit\u00e9 de la tristesse ou de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9terminait sa qualit\u00e9 \u00ab&nbsp;morbide&nbsp;\u00bb. Crit\u00e8re qualitatif&nbsp;? Bien difficile de rep\u00e9rer des traits cliniques sp\u00e9cifiques du caract\u00e8re pathologique ou pas d\u2019une tristesse, en dehors des \u00ab&nbsp;sympt\u00f4mes somatiques&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire du cas de la m\u00e9lancolie, connu depuis l\u2019Antiquit\u00e9. Crit\u00e8re de dur\u00e9e&nbsp;? Sans doute, mais il s\u2019agissait alors d\u2019une d\u00e9cision d\u2019empirisme m\u00e9dical&nbsp;: un trouble, s\u2019il dure, il faut bien le traiter, car les autres troubles, ceux de la vie, sont par nature passagers (bien que les passages soient parfois longs)\u2026 Crit\u00e8re de nuisance comportementale et environnementale&nbsp;? \u00ab&nbsp;Lorsque je ne dors pas bien, je suis \u00e9nerv\u00e9, je me dispute avec tout le monde, ma femme ne me supporte plus&nbsp;\u00bb. Il fallait bien se r\u00e9soudre \u00e0 prescrire ce somnif\u00e8re que nul argument clinique ne pouvait vraiment \u00e9tayer, si ce n\u2019est la paix des m\u00e9nages.<\/p>\n<p id=\"pa7\" class=\"para\">N\u2019ayant pas r\u00e9ellement d\u2019outils conceptuels solides pour \u00e9tayer la diff\u00e9rence entre le \u00ab&nbsp;normal&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;pathologique&nbsp;\u00bb, que lui sugg\u00e9rait pourtant l\u2019empirisme du quotidien de sa pratique, et sans doute face \u00e0 un public qui r\u00e9clame de plus en plus une sant\u00e9 conforme \u00e0 la d\u00e9finition de l\u2019OMS, le praticien d\u2019aujourd\u2019hui a peu d\u2019arguments pour <a id=\"np26\" class=\"np\"><\/a>freiner la prescription croissante d\u2019antid\u00e9presseurs et de tranquillisants. Peut-\u00eatre, les \u00ab&nbsp;effets secondaires au long cours&nbsp;\u00bb\u2026 Mais y croit-il vraiment&nbsp;? Il est bien plac\u00e9 pour constater que des milliers de personnes prennent quotidiennement leur anxiolytique, leur somnif\u00e8re ou leur antid\u00e9presseur, pendant de nombreuses ann\u00e9es, sans vraiment sombrer dans, par exemple, les troubles mn\u00e9siques envahissants que leur pr\u00e9disent des notices d\u2019emploi de plus en plus incantatoires. Peut-\u00eatre, le \u00ab&nbsp;risque de d\u00e9pendance&nbsp;\u00bb. Cet argument est certainement bien plus audible&nbsp;: l\u2019\u00e9poque valorise tellement l\u2019autonomie, qu\u2019elle la confond \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Mais, l\u00e0 encore, la port\u00e9e est limit\u00e9e&nbsp;: tout le monde a pu constater, autour de lui, qu\u2019il y a des gens qui prennent quotidiennement leur tranquillisant, sans entrer dans une forme de toxicomanie. Une chose est certaine, en tout cas. Le praticien d\u2019aujourd\u2019hui peut plus difficilement utiliser l\u2019argument, selon lequel la souffrance fait partie de la vie, et qu\u2019il n\u2019est pas forc\u00e9ment souhaitable de l\u2019\u00e9liminer \u00e0 tout prix, car le conflit dont elle est le t\u00e9moin est aussi porteur d\u2019une dynamique de changements potentiellement int\u00e9ressants du point de vue de la \u00ab&nbsp;sant\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb. Un tel argument est en train de devenir irrecevable devant l\u2019exigence de \u00ab&nbsp;sant\u00e9&nbsp;\u00bb, et donc de \u00ab&nbsp;bien-\u00eatre complet&nbsp;\u00bb. Victoire inattendue et encombrante de l\u2019id\u00e9ologie de la \u00ab&nbsp;sant\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb, revue et corrig\u00e9e par une m\u00e9decine\u2013droit au bonheur, coupl\u00e9e d\u2019une conqu\u00eate de libre-arbitre de citoyen&nbsp;: celle d\u2019\u00eatre seul juge de ce qui est bon ou pas pour soi.<br>Et pourtant, c\u2019\u00e9tait bien celle-l\u00e0, la bonne r\u00e9ponse \u00e0 la question de la distinction entre \u00ab&nbsp;tristesse normale&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;tristesse pathologique&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;anxi\u00e9t\u00e9 ordinaire&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;angoisse pathologique&nbsp;\u00bb. Car des crit\u00e8res, il n\u2019y en avait pas, ou alors en for\u00e7ant beaucoup le trait&nbsp;; et donc il n\u2019est pas \u00e9tonnant que leur discours scientifique n\u2019ait pu r\u00e9sister \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps. Une autre r\u00e9ponse aurait n\u00e9cessit\u00e9 de sortir de la clinique, de sortir des crit\u00e8res, de jeter un regard surplombant le bruit des sympt\u00f4mes et la fureur des souffrances, pour pouvoir distinguer ce qui, en elles, comportait toujours le potentiel d\u2019un conflit prometteur d\u2019\u00e9volution, de ce qui, \u00e0 symptomatologie en apparence \u00e9gale, n\u2019\u00e9tait que souffrance r\u00e9p\u00e9titive et en d\u00e9finitive inutile&nbsp;; et donc, traiter en cons\u00e9quence. Mais si le praticien d\u2019aujourd\u2019hui peut plus difficilement utiliser cet argument, et ce regard, ce n\u2019est pas seulement parce que cette fa\u00e7on de penser est devenue de moins en moins m\u00e9dicale au fil du temps, c\u2019est aussi peut-\u00eatre parce que lui-m\u00eame, en tant qu\u2019individu, y croit de moins en moins. Il est, lui aussi, enfant de son \u00e9poque, la \u00ab&nbsp;souffrance psychique&nbsp;\u00bb est d\u00e9sormais beaucoup plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab&nbsp;souffrance&nbsp;\u00bb que sp\u00e9cifiquement \u00ab&nbsp;psychique&nbsp;\u00bb, comme la maladie mentale est maladie avant d\u2019\u00eatre mentale. Ce qui nous conduit \u00e0 un deuxi\u00e8me point caract\u00e9risant les changements d\u2019attitudes scientifiques en rapport avec les modes d\u2019utilisation des psychotropes dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n3\" class=\"section section1\"><!--placeholder::reference::s1n3--><!--field: Inter1-->\n<h2 class=\"titre traitementparticulier-non\">Maladie mentale et maladie<\/h2>\n<!--field: -->\n<p id=\"pa8\" class=\"para\">Une anecdote pour introduire la discussion de ce deuxi\u00e8me point. Il y a plusieurs ann\u00e9es, lors d\u2019un cours au groupe d\u2019externes d\u2019un service psychiatrique de CHU parisien sur la conception psychanalytique de l\u2019angoisse, l\u2019orateur s\u2019est trouv\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 une question fort embarrassante. \u00ab&nbsp;Ce que vous dites sur l\u2019anxi\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb, lui dit une jeune \u00e9tudiante en m\u00e9decine, \u00ab&nbsp;rappelle ce que les m\u00e9decins disaient il y a quelques ann\u00e9es sur la douleur&nbsp;: qu\u2019elle peut \u00eatre utile \u00e0 l\u2019organisme, qu\u2019elle est la marque d\u2019une vitalit\u00e9 qui reste \u00e9veill\u00e9e\u2026 Mais cela nous a valu deux ou trois d\u00e9cennies de retard sur la prise en charge de la douleur en France, et des milliers de patients qui ont souffert inutilement. Ne pensez-vous pas que, dans quelques ann\u00e9es, on dira la m\u00eame chose de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, et on trouvera normal, et m\u00eame \u00e9thique, de ne pas laisser les gens en souffrir, si des m\u00e9dicaments simples d\u2019usage et relativement inoffensifs peuvent la contr\u00f4ler&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p id=\"pa9\" class=\"para\">En effet. A quoi bon souffrir d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, si elle repr\u00e9sente un \u00e9quivalent de la douleur&nbsp;? Et qu\u2019importe de savoir si la tristesse pour la perte d\u2019une personne proche est \u00ab&nbsp;normale&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;pathologique&nbsp;\u00bb, du moment qu\u2019on en souffre&nbsp;? Or, le passage d\u2019une asym\u00e9trie \u00e0 une \u00e9quivalence entre anxi\u00e9t\u00e9 et douleur (et entre tristesse et tout autre sympt\u00f4me somatique) n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019une \u00e9volution des id\u00e9es sur l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 ou la tristesse, mais d\u2019un changement de la psychiatrie elle-m\u00eame. Ce changement repr\u00e9sente une v\u00e9ritable r\u00e9volution&nbsp;: apr\u00e8s deux si\u00e8cles de marche solitaire et relativement isol\u00e9e, la <a id=\"np27\" class=\"np\"><\/a>psychiatrie a fini par devenir une discipline m\u00e9dicale \u00ab&nbsp;comme les autres&nbsp;\u00bb. C\u2019est donc tout naturellement qu\u2019elle se voit appliquer des \u00ab&nbsp;fa\u00e7ons de pens\u00e9e&nbsp;\u00bb et des \u00ab&nbsp;fa\u00e7ons de faire&nbsp;\u00bb typiques de la pratique m\u00e9dicale. On pourrait m\u00eame supposer que le fait que le m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste soit actuellement le principal prescripteur de psychotropes, alors qu\u2019auparavant il refusait souvent de manier cette classe de m\u00e9dicaments, est une cons\u00e9quence parmi d\u2019autres de cette m\u00eame \u00e9volution.<\/p>\n<p id=\"pa10\" class=\"para\">Qu\u2019est-ce que la psychiatrie a gagn\u00e9, et qu\u2019a-t-elle perdu, dans cette int\u00e9gration et reconnaissance enfin obtenue au sein de la m\u00e9decine&nbsp;? Observons d\u2019abord qu\u2019elle l\u2019a longtemps revendiqu\u00e9e. La psychiatrie comme branche \u00e0 part enti\u00e8re des sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019un dictat impos\u00e9 par les pouvoirs publics ou ceux de la facult\u00e9, mais une \u00e9volution plut\u00f4t souhait\u00e9e par les professionnels, qui a aboutit dans les ann\u00e9es 1980 \u00e0 la suppression de l\u2019internat de psychiatrie et \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des futurs psychiatres dans l\u2019internat de m\u00e9decine. De la m\u00eame fa\u00e7on, la r\u00e9forme des \u00e9tudes infirmi\u00e8res avec la suppression du dipl\u00f4me sp\u00e9cifique de psychiatrie presque dix ans plus tard a \u00e9t\u00e9 une revendication forte de cette profession. Et pour cause&nbsp;: pendant tr\u00e8s longtemps, m\u00e9decins et infirmiers de la psychiatrie \u00e9taient les parents pauvres de l\u2019exercice hospitalier de tout point de vue, et jusqu\u2019au niveau des r\u00e9mun\u00e9rations. D\u00e8s le 19<sup class=\"exposant\">\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le m\u00e9decin qui devenait ali\u00e9niste choisissait une carri\u00e8re nettement moins valorisante que celle de son coll\u00e8gue interniste. On se souvient d\u2019ailleurs que, lorsqu\u2019il a fallu en 1877 cr\u00e9er une chaire de <em class=\"marquage italique\">Clinique des Maladies Mentales et de l\u2019Enc\u00e9phale<\/em> \u00e0 la Facult\u00e9 de Paris, plusieurs universitaires se sont battus pour que celle-ci ne revienne pas \u00e0 un ali\u00e9niste mais \u00e0 un interniste&nbsp;: c\u2019est ainsi que Benjamin Ball, peu familier des malades mentaux mais issu des h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux et de la Salp\u00eatri\u00e8re, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 Valentin Magnan, grande figure de la psychiatrie fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9poque. Il \u00e9tait donc important que la psychiatrie soit reconnue comme une v\u00e9ritable sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale, apr\u00e8s sa s\u00e9paration d\u2019avec la neurologie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, que ses malades sortent de l\u2019isolement de la maladie honteuse, que sa place et son utilit\u00e9 soient reconnues dans la th\u00e9rapeutique m\u00e9dicale.<\/p>\n<p id=\"pa11\" class=\"para\">Parall\u00e8lement, cette m\u00e9dicalisation de la psychiatrie a eu comme cons\u00e9quence \u00e9vidente une certaine perte de sa sp\u00e9cificit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de sa n\u00e9cessaire conjugaison d\u2019une science biom\u00e9dicale et d\u2019une sensibilit\u00e9 issue des sciences humaines, qu\u2019il s\u2019agisse de la psychologie, de la psychanalyse, de la sociologie ou de l\u2019anthropologie. Cette perte de sensibilit\u00e9 est \u00e0 comprendre au sens le plus large du terme. Par exemple, il est plus difficile aujourd\u2019hui de placer dans son contexte passionnel et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re la d\u00e9pression bruyante et les menaces de suicide du couple qui se s\u00e9pare&nbsp;; de reconna\u00eetre la part de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 dans le mal-\u00eatre spectaculaire du jeune adulte angoiss\u00e9 et d\u00e9prim\u00e9&nbsp;; de voir dans le passage \u00e0 l\u2019acte violent une d\u00e9charge qui n\u2019interrompt pas le dialogue, mais au contraire lui permet de s\u2019instaurer, gr\u00e2ce pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 sa qualit\u00e9 de \u00ab&nbsp;d\u00e9charge&nbsp;\u00bb. Et m\u00eame, pour \u00e9largir le propos&nbsp;: d\u2019accueillir en tant que banalit\u00e9 expressive la brutalit\u00e9 de la parole et du comportement du patient SDF&nbsp;; de tenir compte de l\u2019importance du \u00ab&nbsp;ne pas perdre la face&nbsp;\u00bb du patient issu de cultures o\u00f9 cette notion occupe une place pr\u00e9dominante&nbsp;; de ne pas prendre pour m\u00e9fiance pathologique une r\u00e9serve culturellement d\u00e9termin\u00e9e, dict\u00e9e par un sens aigu de la diff\u00e9rence entre priv\u00e9 et public, chez un patient qui n\u2019a pas derri\u00e8re lui, comme le patient occidental, plusieurs si\u00e8cles de pratique et de culture de la confession.<\/p>\n<p id=\"pa12\" class=\"para\">Par cons\u00e9quent il y a, \u00e0 travers cette m\u00e9dicalisation de la psychiatrie, une r\u00e9duction des capacit\u00e9s d\u2019identification, cons\u00e9quence d\u2019une relation m\u00e9decin\u2013malade qui ne se con\u00e7oit plus principalement comme une rencontre. Le psychiatre m\u00e9decin est moins bien pr\u00e9par\u00e9 pour parvenir \u00e0 saisir la logique des pens\u00e9es, des paroles et des actes du patient, c\u2019est-\u00e0-dire pour se repr\u00e9senter les encha\u00eenements qui conduisent aux manifestations les plus visibles, \u00e0 savoir aux sympt\u00f4mes. Il est donc plus difficile pour lui de s\u2019introduire dans ces encha\u00eenements, au sens de l\u2019engagement d\u2019un dialogue avec eux&nbsp;: autrement dit, d\u2019introduire une dimension \u00ab&nbsp;psychologique&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;psychoth\u00e9rapique&nbsp;\u00bb dans la rencontre avec le patient, si l\u2019on admet comme \u00ab&nbsp;psychologique&nbsp;\u00bb la dimension qui permet, au m\u00e9decin comme au patient, d\u2019\u00e9tablir des causalit\u00e9s psychiques dans les manifestations psychopathologiques. Il est \u00e0 souligner que ces causalit\u00e9s <a id=\"np28\" class=\"np\"><\/a>psychiques s\u2019\u00e9tablissent sans concurrence avec les autres hypoth\u00e8ses, notamment \u00ab&nbsp;biologiques&nbsp;\u00bb, des troubles, que le m\u00e9decin peut par ailleurs garder \u00e0 l\u2019esprit. En effet, \u00e9tablir des causalit\u00e9s psychiques n\u2019est pas synonyme de \u00ab&nbsp;psychogen\u00e8se&nbsp;\u00bb par opposition \u00e0 l\u2019\u00ab&nbsp;organogen\u00e8se&nbsp;\u00bb (ce vieux d\u00e9bat devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme obsol\u00e8te), mais consiste \u00e0 tenir compte du besoin inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019esprit humain de donner un sens \u00e0 ce qui lui arrive, et de consid\u00e9rer ses faits et gestes comme expression de ce sens. S\u2019introduire dans les encha\u00eenements qui conduisent aux sympt\u00f4mes signifie pour le psychiatre un effort d\u2019apprentissage de plusieurs langues \u00e9trang\u00e8res ou, pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, semi \u00e9trang\u00e8res&nbsp;: il y a \u00e0 la fois d\u00e9couverte et reconnaissance dans ce dialogue, d\u00e9couverte de ce qui est propre \u00e0 l\u2019autre, reconnaissance de ce qui, malgr\u00e9 les diff\u00e9rences expressives, nous savons d\u00e9j\u00e0 par l\u2019observation aussi bien des patients pr\u00e9c\u00e9dents que de nous-m\u00eames. C\u2019est en cela que la m\u00e9dicalisation de la psychiatrie entra\u00eene avec elle un certain effacement de ce souci pour la langue de l\u2019autre au profit de la langue universelle de la s\u00e9miologie et de la nosographie. Le psychiatre d\u2019aujourd\u2019hui examine, et donc il diagnostique&nbsp;; il diagnostique, et donc il prescrit.<br>Cette \u00e9volution, qui est donc issue de cette \u00e9quivalence entre \u00ab&nbsp;maladie mentale&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;maladie&nbsp;\u00bb, ne serait pas encore trop grave si elle ne rencontrait les \u00e9volutions que nous avons d\u00e9crites au paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;: l\u2019extension du champ d\u2019action de la psychiatrie \u00e0 la \u00ab&nbsp;sant\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb. En effet, et contre une certaine id\u00e9alisation du pass\u00e9, il serait erron\u00e9 d\u2019imaginer la psychiatrie d\u2019avant la m\u00e9dicalisation \u2013 et surtout la psychiatrie des ali\u00e9nistes \u2013 comme exclusivement soucieuse de la langue de la maladie, malgr\u00e9 de lumineuses exceptions d\u2019humanisme. De ce point de vue, et \u00e9tant donn\u00e9 la situation dans laquelle ont v\u00e9cu des g\u00e9n\u00e9rations de patients psychotiques dans les h\u00f4pitaux psychiatriques, la m\u00e9dicalisation aurait pu \u00eatre davantage un gain qu\u2019une perte. C\u2019est surtout la conjonction des deux \u00e9volutions, de la m\u00e9dicalisation de l\u2019exercice psychiatrique d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de l\u2019augmentation du nombre de \u00ab&nbsp;souffrances&nbsp;\u00bb qui s\u2019adressent \u00e0 elle de l\u2019autre, qui produit ce ph\u00e9nom\u00e8ne de prescription massive de psychotropes. D\u2019autant plus que les syst\u00e8mes classificatoires contemporains, s\u2019adaptant \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la \u00ab&nbsp;demande&nbsp;\u00bb, ont consid\u00e9rablement augment\u00e9 l\u2019 \u00ab&nbsp;offre&nbsp;\u00bb diagnostique, couvrant une palette de plus en plus large de manifestations de la vie psychique humaine. En deux mots, la psychiatrie a perdu l\u2019int\u00e9r\u00eat pour le langage particulier de l\u2019autre (au profit du langage m\u00e9dical universel) au moment m\u00eame o\u00f9 elle en aurait le plus besoin.<br>Mais ces \u00e9volutions ne se font pas uniquement en termes de \u00ab&nbsp;plus&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;moins&nbsp;\u00bb&nbsp;: diminution de la gamme des attitudes et d\u00e9marches th\u00e9rapeutiques du psychiatre, augmentation des pathologies, avec ou sans guillemets, qui s\u2019adressent \u00e0 lui. Il faut encore que le regard clinique soit modifi\u00e9 pour s\u2019adapter au nouvel univers scientifique et sociologique de l\u2019exercice psychiatrique, dans lequel la conception d\u2019un m\u00eame trouble change de fa\u00e7on qualitative. C\u2019est ce troisi\u00e8me et dernier point que nous allons examiner dans cette discussion de l\u2019\u00e9volution des id\u00e9es et des pratiques dans la prescription des antid\u00e9presseurs et des tranquillisants.<\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n4\" class=\"section section1\"><!--placeholder::reference::s1n4--><!--field: Inter1-->\n<h2 class=\"titre traitementparticulier-non\">D\u00e9pressivit\u00e9 et d\u00e9pression r\u00e9sistante<\/h2>\n<!--field: -->\n<p id=\"pa13\" class=\"para\">Les id\u00e9es et attitudes face aux troubles d\u00e9pressifs constituent un bon exemple de ce changement du regard clinique produit par les \u00e9volutions contemporaines. Il y a des gens tristes, et d\u2019autres peu dou\u00e9s pour le bonheur. Nous ne savons pas trop pourquoi, et donc, puisque nous ne le savons pas, nous n\u2019avons pas de raison d\u2019\u00e9carter l\u2019hypoth\u00e8se que quelque chose, quelque part dans leur cerveau fait peu, fait trop, ou fait mal ce qu\u2019il a \u00e0 faire. En revanche, pour les avoir \u00e9cout\u00e9s et soign\u00e9s pendant de nombreuses d\u00e9cennies, nous savons plusieurs choses sur les causalit\u00e9s psychiques de leur mal. Il y en a qui rapportent un univers familial et infantile habit\u00e9 par la conviction que le bonheur n\u2019\u00e9tait tout simplement pas pour eux, en tant qu\u2019individus ou en tant que groupe, et qu\u2019ils ont admis ce fait avec la force de l\u2019\u00e9vidence qui caract\u00e9rise ce que nous admettons lorsqu\u2019on est enfant&nbsp;; ce qui les conduit \u00e0 une attitude, une posture, une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre dans la vie qui exclut \u00ab&nbsp;naturellement&nbsp;\u00bb le bonheur. Il y en a qui ont toujours con\u00e7u une peur terrible du bien-\u00eatre, qui s\u2019en m\u00e9fient de fa\u00e7on quasi superstitieuse, et chez lesquels la r\u00e9alisation de leurs d\u00e9sirs <a id=\"np29\" class=\"np\"><\/a>s\u2019accompagne davantage d\u2019angoisse que de satisfaction, tant et si bien qu\u2019ils font le n\u00e9cessaire pour les saborder, ce qui ne les emp\u00eache pas d\u2019\u00eatre tristes et d\u00e9sabus\u00e9s lorsqu\u2019ils y parviennent. Il y en a qui n\u2019ont jamais appris \u00e0 \u00eatre heureux, et qui tendent \u00e0 remplacer le sentiment de satisfaction par celui de la souffrance, au point que c\u2019est la souffrance elle-m\u00eame qui procure la satisfaction, cette disposition que l\u2019on appelle masochique prenant parfois, dans certains cas, l\u2019allure d\u2019une conception h\u00e9ro\u00efque de l\u2019existence. Il y en a qui attribuent \u00e0 l\u2019objet de leur d\u00e9sir un pouvoir illimit\u00e9, et qui de ce fait, soit en sont toujours d\u00e9\u00e7us, soit le lassent par l\u2019ampleur de leurs demandes et se font abandonner, soit enfin l\u2019attaquent et finissent par le d\u00e9truire, et donc par le perdre, parce qu\u2019ils ne supportent pas la d\u00e9pendance qu\u2019ils ont eux-m\u00eames mis en place \u00e0 son \u00e9gard. Et il y en a d\u2019autres dont tous les d\u00e9sirs, et toutes les satisfactions, \u00e9taient li\u00e9s \u00e0 un seul objet, une seule personne, une seule situation, tant et si bien que sa perte, provoqu\u00e9e ou accidentelle, volontaire ou involontaire, les plonge dans un \u00e9tat de deuil ind\u00e9finiment conserv\u00e9.<\/p>\n<p id=\"pa14\" class=\"para\">Bref, il y a plusieurs fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre d\u00e9prim\u00e9 de fa\u00e7on durable, et les chemins par lesquels cette d\u00e9pression semble se constituer divergent selon les patients, les conceptions th\u00e9oriques, les modes d\u2019approche. Mais il y a un \u00e9l\u00e9ment sur lequel la clinique a \u00e9t\u00e9 longtemps unanime&nbsp;: les patients de ces cat\u00e9gories ne pr\u00e9sentent pas d\u2019\u00e9pisode d\u00e9pressif. En effet, le terme d\u2019 \u00ab&nbsp;\u00e9pisode&nbsp;\u00bb, lointain descendant en m\u00e9decine de la conception hippocratique de la crise, connote un moment qui tranche avec le r\u00e9gime de vie habituel du sujet&nbsp;: il y a changement, plus ou moins brutal ou progressif, mais en tout cas changement, rupture par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tat habituel de la personne d\u00e9prim\u00e9e. L\u2019action m\u00e9dicale vise donc, id\u00e9alement, \u00e0 faire revenir le patient \u00e0 l\u2019\u00e9tat ant\u00e9rieur au changement, m\u00eame si on sait que ce <em class=\"marquage italique\">restitutio ad integrum<\/em> est le plus souvent illusoire, non pas parce que \u00ab&nbsp;on ne s\u2019en remet jamais&nbsp;\u00bb, mais aussi et surtout parce que les \u00e9preuves dans la vie nous changent \u00e0 jamais.<\/p>\n<p id=\"pa15\" class=\"para\">Tel n\u2019est pas le cas des patients que nous venons de d\u00e9crire. Pour eux, la d\u00e9pression n\u2019est pas un \u00e9pisode, mais un mode de vie et de rapport avec soi-m\u00eame et avec les objets de leurs d\u00e9sirs. On ne sait pas comment ils \u00e9taient \u00ab&nbsp;avant&nbsp;\u00bb, et pour certains, on ne sait m\u00eame pas si cet \u00ab&nbsp;avant&nbsp;\u00bb a un quelconque sens pour eux. Pour ces patients, la clinique utilisait parfois le terme de d\u00e9pression chronique. Ce terme est conforme \u00e0 la tradition m\u00e9dicale la plus classique&nbsp;: il y a des maladies aigu\u00ebs et des maladies chroniques, ces derni\u00e8res sont pas d\u00e9finition incurables, le temps et les soins peuvent \u00e9ventuellement les modifier, mais elles peuvent aussi se stabiliser ind\u00e9pendamment de toute influence intelligible, ou encore s\u2019aggraver progressivement sans que rien ne puisse influer favorablement sur leur cours.<\/p>\n<p id=\"pa16\" class=\"para\">Sous l\u2019influence de la psychanalyse, et pas seulement, la clinique psychiatrique des entit\u00e9s nosographiques s\u2019est enrichie, depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, d\u2019un deuxi\u00e8me groupe de descriptions. Celui-ci ne concernait pas des \u00ab&nbsp;maladies&nbsp;\u00bb, mais des \u00ab&nbsp;caract\u00e8res&nbsp;\u00bb ou des \u00ab&nbsp;personnalit\u00e9s&nbsp;\u00bb, consid\u00e9r\u00e9s comme pathologiques. Il ne s\u2019agissait plus de d\u00e9crire des changements, temporaires ou durables, qui venaient interrompre le cours d\u2019une existence, mais de rep\u00e9rer ce qui, dans celle-ci, faisait figure de trait stable, de modalit\u00e9 pr\u00e9pond\u00e9rante de fonctionnement. Il s\u2019agissait en somme de d\u00e9crire comment on souffre, non pas lorsqu\u2019on n\u2019est plus ce qu\u2019on \u00e9tait, mais lorsqu\u2019on est tel qu\u2019on est. Les situations cliniques d\u00e9crites plus haut, les d\u00e9pressions chroniques, ont trouv\u00e9 dans ce domaine des \u00ab&nbsp;maladies &#8211; personnalit\u00e9&nbsp;\u00bb un terrain d\u2019insertion naturelle&nbsp;: si elles correspondent \u00e0 des situations qui semblent s\u2019enraciner de fa\u00e7on durable dans l\u2019existence m\u00eame des sujets, n\u2019est-il pas int\u00e9ressant de les rapporter \u00e0 des styles de personnalit\u00e9, \u00e0 des fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre face \u00e0 soi-m\u00eame, et face aux autres&nbsp;? C\u2019est ainsi que ces \u00ab&nbsp;d\u00e9pressions chroniques&nbsp;\u00bb ont trouv\u00e9 place dans diff\u00e9rentes descriptions de \u00ab&nbsp;troubles de la personnalit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: anaclitique, masochique, \u00e9tat-limite\u2026, et le concept de d\u00e9pressivit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 pour rendre compte justement de cette diff\u00e9rence entre la d\u00e9pression-maladie, \u00e9pisode morbide, et la d\u00e9pression-mode d\u2019\u00eatre, disposition psychique qui pr\u00e9dispose ou tend vers les affects d\u00e9pressifs, m\u00eame si ces derniers ne sont pas constamment au premier plan.<\/p>\n<p id=\"pa17\" class=\"para\">C\u2019est \u00e0 la lumi\u00e8re de cette histoire de l\u2019\u00e9volution des id\u00e9es que l\u2019on peut comprendre le concept actuel de \u00ab&nbsp;d\u00e9pression r\u00e9sistante&nbsp;\u00bb. <a id=\"np30\" class=\"np\"><\/a>Les cliniciens savent que nous parlons, plus ou moins, des m\u00eames patients. Qu\u2019est-ce qui a alors chang\u00e9 dans le regard clinique, quel aspect de leur approche vient souligner et mettre en valeur la nouvelle appellation&nbsp;? La r\u00e9ponse est assez \u00e9vidente&nbsp;: une d\u00e9pression est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab&nbsp;r\u00e9sistante&nbsp;\u00bb \u00e0 partir du moment o\u00f9 un certain nombre de traitements antid\u00e9presseurs, administr\u00e9s selon des protocoles plus ou moins codifi\u00e9s, \u00e9choue \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019humeur du sujet.<br>Il n\u2019est pas difficile de rep\u00e9rer ici le nombre de modifications que ce changement qualitatif vient apporter dans notre fa\u00e7on de consid\u00e9rer les troubles d\u00e9pressifs. D\u2019abord, nous sortons d\u2019une logique de \u00ab&nbsp;trouble chronique&nbsp;\u00bb, ce qui n\u2019est pas d\u00e9pourvu d\u2019un message d\u2019espoir \u2013 encore faut-il que cet espoir typiquement m\u00e9dical ne s\u2019av\u00e8re pas une nouvelle illusion. Ensuite, il s\u2019agit de mettre au deuxi\u00e8me plan ce qui, dans l\u2019organisation psychique de ces patients, semble \u00ab&nbsp;produire&nbsp;\u00bb de la d\u00e9pression, en tant que corr\u00e9lat in\u00e9vitable de leurs modes de fonctionnement psychique et de relation aux autres. Ici encore, la psychiatrie m\u00e9dicalis\u00e9e prend le dessus sur la \u00ab&nbsp;psychologie&nbsp;\u00bb&nbsp;; mais elle prend aussi le risque d\u2019une forme d\u2019acharnement th\u00e9rapeutique. En effet, des antid\u00e9presseurs, il y en a beaucoup&nbsp;; des r\u00e9gulateurs de l\u2019humeur, quelques-uns. Combien faut-il en essayer&nbsp;? Et faut-il passer aux neuroleptiques (auxquels on d\u00e9couvre, pour l\u2019occasion, des vertus thymor\u00e9gulatrices), lorsque la r\u00e9sistance s\u2019av\u00e8re sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019impact de l\u2019arsenal th\u00e9rapeutique&nbsp;? Enfin, transformer la d\u00e9pressivit\u00e9 en \u00ab&nbsp;d\u00e9pression r\u00e9sistante&nbsp;\u00bb, c\u2019est accepter d\u2019assumer le moment \u00e9ventuel o\u00f9 l\u2019on doit arr\u00eater d\u2019essayer des mol\u00e9cules les unes apr\u00e8s les autres, devant le constat de leur \u00e9chec. Ceci signifie que l\u2019on accepte d\u2019assumer ce qui doit \u00eatre dit \u00e0 ce moment. Or, l\u2019art th\u00e9rapeutique en psychiatrie r\u00e9side peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment dans la capacit\u00e9 \u00e0 ne jamais prononcer de \u00ab&nbsp;condamnation&nbsp;\u00bb au sens m\u00e9dical du terme&nbsp;: la psychiatrie ne dispose pas de soins palliatifs, et nos malades ne meurent pas de leur maladie, sauf par suicide.<br>Voil\u00e0 donc un certain nombre de changements de regard clinique. Ils peuvent appara\u00eetre comme de simples glissements terminologiques, de la d\u00e9pression chronique \u00e0 la d\u00e9pressivit\u00e9, et de la d\u00e9pressivit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9pression r\u00e9sistante. En fait, ils condensent toute une \u00e9volution des id\u00e9es qui a son poids dans la prescription de psychotropes, et qui se nourrit d\u2019un v\u00e9ritable changement de paradigme. La souffrance psychique, disent-ils, repr\u00e9sente une anomalie&nbsp;; la t\u00e2che de la m\u00e9decine est de l\u2019enrayer &#8211; m\u00e9decins comme public aspirent au m\u00eame objectif. \u00c9videmment le mal r\u00e9siste, c\u2019est m\u00eame dans sa nature que de r\u00e9sister. Quelle id\u00e9e se fait-on de cette r\u00e9sistance&nbsp;? Comment la combat-on&nbsp;? Et qu\u2019en conclut-on&nbsp;? Des questions qui ne manquent pas de se poser, aussi bien d\u2019ailleurs au niveau des m\u00e9decins qu\u2019au niveau du public demandeur, et il n\u2019est pas certain que la psychiatrie m\u00e9dicalis\u00e9e soit la mieux plac\u00e9e pour trouver les r\u00e9ponses \u00e0 la fois les plus solides au plan scientifique et les plus conformes \u00e0 l\u2019\u00e9thique de la profession pour y r\u00e9pondre.<\/p>\n<\/section>\n<section id=\"s1n5\" class=\"section section1\"><!--placeholder::reference::s1n5--><!--field: Inter1-->\n<h2 class=\"titre traitementparticulier-non\">Conclusion<\/h2>\n<!--field: -->\n<p id=\"pa18\" class=\"para\">La prescription des antid\u00e9presseurs et des tranquillisants a connu, ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es, d\u2019importantes \u00e9volutions. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9volutions des id\u00e9es sur leur utilisation et leur utilit\u00e9, qui entra\u00eenent des modifications importantes des pratiques, et qui sont en rapport avec des facteurs souvent extra-psychiatriques et m\u00eame extra-m\u00e9dicaux&nbsp;: une certaine id\u00e9e de la \u00ab&nbsp;sant\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb, conduisant \u00e0 une exigence de \u00ab&nbsp;bien-\u00eatre&nbsp;\u00bb plus ou moins m\u00e9dicalement assist\u00e9e&nbsp;; une croyance parfois quelque peu na\u00efve \u00e0 l\u2019\u00e9quivalence entre la maladie selon le mod\u00e8le biom\u00e9dical et la maladie mentale, qui a comme cons\u00e9quence la sous-estimation des d\u00e9terminants et des traitements non biologiques des pathologies que nous avons \u00e0 traiter&nbsp;; et enfin, des changements du regard clinique, qui refl\u00e8tent et viennent concr\u00e9tiser ces \u00e9volutions largement soci\u00e9tales, que la psychiatrie ent\u00e9rine plus qu\u2019elle n\u2019invente.<\/p>\n<p id=\"pa19\" class=\"para\">Mais il est possible que la p\u00e9riode que nous traversons soit transitoire&nbsp;: elle traduit un moment de l\u2019\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s occidentales, et notamment des id\u00e9es que l\u2019homme occidental se fait de lui-m\u00eame, de ses rapports avec les autres, et des joies et souffrances que ces rapports entra\u00eenent chez lui. Entre nouvelles conqu\u00eates et nouveaux d\u00e9senchantements, de nouveaux regards, et donc de nouveaux mod\u00e8les, ne manqueront d\u2019appara\u00eetre.<\/p>\n<\/section>\n<\/div>\n<\/section>\n\n\n\n<div id=\"panel-plan\" class=\"tabs-panel tabs-panel-fullsize \" data-tracking=\"baBkyw%2FpkBUW05CMhLVMrw%3D%3D_KrttV3pQyzzMR9R1g2rSS23WnoMSakJ7n4Xz9kINDnkgg3q%2Bo7LpS%2BLEufbbsv1UMF7RH%2BcLiRaEzERt%2BX3EQVL%2FfEPyVLLQQ2xSJYSQgR%2FWqpfCuNCiP26EQYKi8laCcz1WnKZvH%2Bp9Nd7f6x7%2FTniJgG%2BNtrvWUkzQ41R%2Ff0mttNLz%2B9nyJjmsu2ogJyd3yl8%2Bvmgj1dNKT4RYT3ZT42lmFeD%2BnTY8zIkWCQPT2tnSEtF3zBeTWjidf3NDeIxPO%2B8XCyT1unbvR5M1n1FcrthOFO4K6TZLW068BMfjcKMkaTFMxbU6J%2FTB16f%2BGq1tO2IS8eo%2BGoVmi90WtQbnJvSjJOLtf6LndN%2BajVef4q5gNKMUYNtOtb6EpzmfEgaGxuC1IPrndIJplslKbAuzYWJF78%2BV9f9isGNMdGA05BStncn0KlyDC8SkZupk2T5ktRSfJXzbXL2VJtLrD8pzQfyT6y%2F7XB2qbnnhbpRmkQ3irS7MwkIdfTJYS%2BvWo%2B8nwNxYU9Gr3R5e5dIZddv0jbX9xLd6B%2BaJtda0rhEdkJ4MOWbVx8CNGGCbdcvYlhLiUdfbWI6ycIOzXjDYKQRPmCimli1JYbkAR3HGBxdO82LNAJt6T12O2c0%2FFLLdyX%2BARGsPYEY9Qne7IJIzrZMbiljHwD%2BLdfU05yZbWcl6RCvL4MQZujb%2FC%2Fg8WH7oAjNp0%2FpAtyi%2B6H35YhD32cQ%2BBnTlAKpyKgqY%2F2mzeJ%2BZVuvx7y71d9yudLwKIIKHCqgVIQVDlXVKuGzbELuk1uqEWnFyC9xgxdAA5GnwL9h6S5StkaBUE4tufEObcwvlthReb3GUkNcVYjrmeJwcZRi0ixCSjz0z8%2Bm9mGx0ijXt6QRSTRWO%2FlTQhqcyYoHWGnZKbcwsVzVrTpPtDBgsDndPsZLw%2BsThr4h2PXCtPLReGmQ7cBhwExF3HcBfDgeP705bwpUK7Xz4Zg7l9KoEyxesTQ6bE71e%2FQpctAQQ2g%2Bs1gDDPqux4Vsc%2BXQQqSePW2fE0ACAcKOk5rLCvyhM17P5lpJuc1B%2BmOpXH4DBy0%2Fza%2BY%3D\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10046?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les lecteurs du Monde savent que, outre les autres agr\u00e9ments que procure la lecture de ce quotidien, il y a souvent en derni\u00e8re page une rubrique qui s\u00e9lectionne une des informations parues dans le journal cinquante ans auparavant. Il y&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1215,1245],"thematique":[244,221],"auteur":[1518],"dossier":[827],"mode":[60],"revue":[828],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10046","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychopathologie","rubrique-soin","thematique-depression","thematique-psychiatrie","auteur-vassilis-kapsambelis","dossier-depression-et-medicament","mode-payant","revue-828","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10046"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10046\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20434,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10046\/revisions\/20434"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10046"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10046"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10046"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10046"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10046"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10046"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10046"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}