{"id":10044,"date":"2021-08-22T07:31:11","date_gmt":"2021-08-22T05:31:11","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/du-moi-peau-aux-enveloppes-psychiques-genese-et-developpement-dun-concept-2\/"},"modified":"2021-12-05T14:21:18","modified_gmt":"2021-12-05T13:21:18","slug":"du-moi-peau-aux-enveloppes-psychiques-genese-et-developpement-dun-concept","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/du-moi-peau-aux-enveloppes-psychiques-genese-et-developpement-dun-concept\/","title":{"rendered":"Du Moi-peau aux enveloppes psychiques. Gen\u00e8se et d\u00e9veloppement d&rsquo;un concept"},"content":{"rendered":"\n<p>Les id\u00e9es nouvelles sont filles de l\u2019Esprit du temps, de l\u2019h\u00e9ritage re\u00e7u et acquis, mais peut-\u00eatre d\u2019abord des \u00e9nigmes inscrites dans le corps avant d\u2019\u00eatre symbolis\u00e9es puis reprises par le travail de l\u2019intellect. J\u2019aimerais dans cette conf\u00e9rence rendre compte d\u2019un mouvement de pens\u00e9e dont Didier Anzieu a \u00e9t\u00e9 le penseur. Dans le fil m\u00eame de sa m\u00e9thode, j\u2019avancerai en premier lieu que l\u2019id\u00e9e du Moi-peau prend souche dans trois principaux territoires qui ont confront\u00e9 D. Anzieu \u00e0 en devenir le penseur&nbsp;: dans certains aspects de son histoire corporelle pr\u00e9coce, dans le travail psychanalytique en groupe et dans le travail de la cure individuelle, dans les courants culturels, artistiques et th\u00e9oriques dont il a su \u00eatre un si sensible t\u00e9moin. J\u2019essaierai ensuite de pr\u00e9senter comment ce qui fut d\u2019abord la m\u00e9taphore du Moi-peau \u00e9volue vers une probl\u00e9matique plus g\u00e9n\u00e9rale -celle des enveloppes psychiques, g\u00e9n\u00e9rant ainsi un mod\u00e8le analogique plus \u00e9tendu et des concepts plus sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">I \u2013 Gen\u00e8se d\u2019une id\u00e9e. Les quatre sources d\u2019un concept<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 L\u2019ancrage personnel&nbsp;: le corps pelure, la peau coup\u00e9e<\/h3>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons par \u00e9voquer ce que l\u2019id\u00e9e du Moi-peau doit \u00e0 l\u2019impensable et \u00e0 l\u2019\u00e9nigme chez son penseur. Pour avancer cette proposition, je prends appui sur les entretiens que nous avons eu si souvent lorsque nous essayions de relier les difficult\u00e9s que nous rencontrions dans la clinique, les angoisses archa\u00efques auxquelles nous \u00e9tions confront\u00e9s et les pens\u00e9es qui nous venaient pour tenter de les contenir et de les symboliser. C\u2019est ainsi que nous avons maintes fois \u00e9voqu\u00e9 certaines angoisses paniquantes devant les grands groupes, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 nous cherchions \u00e0 en comprendre le fonctionnement avec nos coll\u00e8gues du <em>Ceffrap<\/em>. Didier se prot\u00e9geait de cette angoisse par un fantasme et par une d\u00e9fense bien connue de lui-m\u00eame et de chacun d\u2019entre nous&nbsp;: en s\u00e9ance de groupe large, il se vivait -et nous faisait vivre- comme s\u2019il \u00e9tait \u00e0 la fois le taureau dans l\u2019ar\u00e8ne, cherchant \u00e0 donner des coups de corne avant de recevoir l\u2019estocade du matador, et comme le matador lui-m\u00eame qui risque d\u2019\u00eatre \u00e9ventr\u00e9, mais qui finit par soumettre la b\u00eate et la tuer. Il \u00e9tait fortement attir\u00e9 par cette place et par cette position subie-agie. R\u00e9p\u00e9titivement, il en triomphait en h\u00e9ros, tel cet \u201coedipe suppos\u00e9 conqu\u00e9rir le groupe\u201d auquel il s\u2019identifiait, capable de mater les masses, mais pr\u00eat \u00e0 s\u2019exposer et \u00e0 risquer sa peau.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour que nous \u00e9voquions cette angoisse et sa position h\u00e9ro\u00efque, il lui est revenu les traces mn\u00e9siques d\u2019une blessure pr\u00e9coce au ventre&nbsp;: le souvenir \u00e9tait intense dans l\u2019affect mais assez flou dans la repr\u00e9sentation de la chose. J\u2019ai appris plus tard par Annie Anzieu qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une banale op\u00e9ration de l\u2019appendicite, subie vers 5-6 ans, sans complications autres que psychiques. Mais Didier \u00e9voquait cet \u00e9pisode avec terreur, et je me gardais de lui demander des pr\u00e9cisions sur ce qui \u00e9tait arriv\u00e9. Peut-\u00eatre aussi devais-je me prot\u00e9ger&nbsp;: j\u2019avais en effet eu \u00e0 subir dans les premiers mois de la vie un traumatisme sur certains points assez semblable au sien. Je pense que nous nous sommes servis de ce trait identificatoire partiel et commun de la peau coup\u00e9e pour titiller cette posture h\u00e9ro\u00efque, liant du m\u00eame coup nos d\u00e9fenses contre les angoisses pr\u00e9coces, sans doute aussi contre celle de la castration \u00e0 laquelle nous exposait la pratique alors transgressive du groupe conduit par des psychanalystes. Lorsque D. Anzieu a commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec la notion du Moi-peau, j\u2019ai pens\u00e9 que cette atteinte profonde au corps, \u00e0 la peau et au contenant \u00e9tait une des exp\u00e9riences majeures qui avait impos\u00e9 \u00e0 son Moi qu\u2019il trouv\u00e2t dans une m\u00e9taphore en premier lieu la symbolisation de cette coupure surmont\u00e9e par un trait d\u2019union, valant point de suture entre le Moi et la peau. Outrepassant la m\u00e9taphore, les concepts d\u2019enveloppe psychique et de signifiant formel ont parachev\u00e9 le travail exig\u00e9 par l\u2019obligation de penser. Tel serait le noyau d\u00e9chir\u00e9 et r\u00e9par\u00e9 du \u201ccorps de l\u2019\u0153uvre\u201d.<br>Mais ce noyau n\u2019aura \u00e9t\u00e9 efficace que parce qu\u2019il avait \u00e9tabli des connexions avec d\u2019autres exp\u00e9riences corporelles pr\u00e9coces, ce r\u00e9seau fonctionnant comme Freud le d\u00e9crit \u00e0 propos du sympt\u00f4me de Dora. Soutenu et renforc\u00e9 de plusieurs c\u00f4t\u00e9s&nbsp;: du trauma corporel, du \u00ab&nbsp;rev\u00eatement psychique et des liens pr\u00e9coces au corps de la m\u00e8re, la surd\u00e9termination produit, ce que Charles Mauron appelait une m\u00e9taphore obs\u00e9dante, source du d\u00e9veloppement cr\u00e9atif. Dans les entretiens avec G. Tarrab, publi\u00e9s en 1986 sous le titre <em>Une peau pour les pens\u00e9es<\/em> <sup>12<\/sup>, D. Anzieu \u00e9voque d\u00e8s les premi\u00e8res pages comment, investi par ses parents comme le rempla\u00e7ant d\u2019une s\u0153ur a\u00een\u00e9e morte en bas \u00e2ge, il fut pour eux &#8211; pour sa m\u00e8re notamment qui avait elle-m\u00eame perdu une jeune s\u0153ur br\u00fbl\u00e9e vive &#8211; un enfant couv\u00e9, \u201cau sens le plus physique du terme. Je ne devais me risquer \u00e0 l\u2019air ext\u00e9rieur sans \u00eatre emmitoufl\u00e9 dans plusieurs \u00e9paisseurs&nbsp;: chandail, manteau, b\u00e9ret, cache-nez. Les enveloppes superpos\u00e9es de soins, de soucis et de chaleur dont m\u2019entouraient mes parents ne me quittaient pas, m\u00eame quand je m\u2019\u00e9loignais d\u2019eux. J\u2019en portais la charge sur mon dos. Ma vitalit\u00e9 se cachait au c\u0153ur d\u2019un oignon, sous plusieurs pelures\u201d (op. cit., p.&nbsp;9). D. Anzieu dit que c\u2019est en prenant conscience de ces pelures, vers la cinquantaine, qu\u2019il a invent\u00e9 la notion d\u2019enveloppes psychiques et qu\u2019il a publi\u00e9, en 1974, son premier article sur le Moi-peau. Si la chronologie des notions n\u2019est pas tout \u00e0 fait celle-l\u00e0, le lien explicite \u00e9tabli par D. Anzieu sur cette gen\u00e8se est fondamental&nbsp;: apr\u00e8s avoir point\u00e9 le manque comme source de pens\u00e9e, c\u2019est l\u2019exc\u00e8s qu\u2019il d\u00e9signe comme devenant, gr\u00e2ce au Moi-peau, pensable. Mais \u00e0 5-6 ans, l\u2019op\u00e9ration au ventre ne pouvait \u00eatre banale, et penser son retentissement catastrophique dans tous les registres o\u00f9 elle l\u2019affectait, \u00e9tait impossible. Il est m\u00eame probable que ce coup de bistouri \u00e9tait une sorte d\u2019avant coup psychique de ce qui deviendra plus \u00e9nigmatique encore et impensable avec le coup de couteau port\u00e9 par sa m\u00e8re contre Huguette Duflos.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 Le double ancrage dans la clinique psychanalytique&nbsp;: le groupe, la cure<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9couverte dans le groupe<\/h4>\n\n\n\n<p>Tous ces \u00e9l\u00e9ments biographiques inscrivent la n\u00e9cessit\u00e9 de penser le Moi-peau. La \u201crencontre\u201d avec Blaise Pascal apportera sans doute une premi\u00e8re forme signifiante pour penser l\u2019angoisse agonistique de vidage du ventre. Mais je suis convaincu que l\u2019exp\u00e9rience psychanalytique du groupe, autant que celle de la cure, a aussi jou\u00e9 un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la d\u00e9couverte du Moi-peau. Je l\u2019ai rappel\u00e9&nbsp;: le groupe, le groupe nombreux, dont les limites internes et externes sont vacillantes, dans lequel ses propres limites deviennent inqui\u00e9tantes \u00e0 la mesure des instabilit\u00e9s pulsionnelles qui s\u2019y manifestent, le groupe a \u00e9t\u00e9 pour Anzieu, entre 1965 et 1975, l\u2019occasion d\u2019une double exp\u00e9rience. Celle du d\u00e9ploiement d\u2019un fantasme&nbsp;: le matador seul dans l\u2019ar\u00e8ne et recevant du taureau le fatal coup de corne au ventre, ouvrant la peau dans une faille de contenance&nbsp;; mais aussi et corr\u00e9lativement, l\u2019exp\u00e9rience du petit groupe des coll\u00e8gues du <em>Ceffrap<\/em>, \u00e0 la fois enveloppe r\u00e9paratrice, \u00e0 l\u2019instar du groupe comme r\u00eave, et sc\u00e8ne du triomphe h\u00e9ro\u00efque sur les pulsions archa\u00efques, sadiques et masochistes. Je lui ai un jour propos\u00e9 cette image, qui \u00e9voque deux de ses mythes de r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: il \u00e9tait Marsyas d\u00e9piaut\u00e9 renaissant comme oedipe conqu\u00e9rant le groupe. Le groupe comme objet, comme sc\u00e8ne et comme enveloppe a \u00e9t\u00e9 pour lui la premi\u00e8re figuration du Moi-peau, et ce fut une figuration pensable parce qu\u2019elle fut partag\u00e9e avec des autres, plus d\u2019un autre.<br>L\u2019id\u00e9e centrale que le Moi-peau joue un r\u00f4le de barri\u00e8re protectrice contre l\u2019excitation et de contenant pour la pens\u00e9e signifiante est d\u00e9couverte dans ce lieu innovant de la clinique psychanalytique. Lorsque nous avons pr\u00e9par\u00e9 ensemble un num\u00e9ro sp\u00e9cial du <em>Bulletin de psychologie<\/em> qui para\u00eetra en 1974 -date remarquable dans l\u2019histoire du Moi-peau- nous avons publi\u00e9 une \u00e9tude d\u2019un coll\u00e8gue de la <em>Tavistock<\/em>, P. M. Turquet, qui a d\u00e9crit en 1965 avec une grande pr\u00e9cision les menaces \u00e0 l\u2019identit\u00e9 personnelle dans le grand groupe. Turquet y avance l\u2019id\u00e9e d\u2019une identification archa\u00efque \u00e0 \u201cla peau de mon voisin\u201d pour lutter contre ces angoisses. L\u2019enveloppe psychique groupale, th\u00e9oris\u00e9e plus tard par Anzieu et par les coll\u00e8gues du <em>Ceffrap<\/em>, trouve son processus dans ces identifications.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La cure et la question du masochisme<\/h4>\n\n\n\n<p>Le psychodramatiste que fut D. Anzieu ne pouvait qu\u2019\u00eatre sensible \u00e0 la d\u00e9licate question du toucher, th\u00e8me qu\u2019il \u00e9laborera, une fois \u00e9tablie l\u2019id\u00e9e du Moi-peau, \u00e0 l\u2019occasion de sa supervision de la cure de Madame Oggi (publi\u00e9e en 1979) et \u00e0 propos du double interdit du toucher (1984).<\/p>\n\n\n\n<p>D. Anzieu publie en 1968 dans le <em>Bulletin de l\u2019A.P. F<\/em> <sup>2<\/sup> un de ses premiers articles de clinique psychanalytique individuelle&nbsp;: <em>De la mythologie particuli\u00e8re \u00e0 chaque type de masochisme<\/em>. L\u2019analyse de la cure le conduit \u00e0 rechercher quels sont les fantasmes du masochisme primaire et quels mythes y correspondent. Dans cet article, Anzieu expose et analyse le cas d\u2019un patient, qu\u2019il nomme Marsyas, en rappel du nom du sil\u00e8ne \u00e9corch\u00e9 par Apollon. Cette \u00e9tude clinique est la premi\u00e8re marque significative sur le chemin qui le conduit au Moi-peau. Il y reviendra plus tard, en 1990, dans <em>L\u2019\u00e9piderme nomade et la peau psychique<\/em> <sup>14<\/sup> lorsqu\u2019il d\u00e9gagera les 9 myth\u00e8mes correspondant aux 9 fonctions du Moi-peau.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 L\u2019h\u00e9ritage acquis et remani\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>Une d\u00e9couverte est aussi inscrite dans un h\u00e9ritage. D. Anzieu s\u2019en est expliqu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises et notamment dans un article de 1981 (<em>Quelques pr\u00e9curseurs du Moi-peau chez Freud, Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>). Il note l\u2019int\u00e9r\u00eat de Freud pour les surfaces d\u2019inscription, attest\u00e9 par ses \u00e9tudes sur le Bloc-note magique et par sa proposition, d\u00e8s les <em>Trois essais<\/em>, que toute activit\u00e9 psychique s\u2019\u00e9taye sur une fonction biologique. Ses conceptions se pr\u00e9cisent avec la seconde topique qui d\u00e9finit le Moi en 1922 comme \u201cune projection mentale de la surface du corps\u201d puis en 1925&nbsp;: \u201cle Moi est avant tout un moi corporel\u201d. Ce retour \u00e0 Freud est aussi un \u201ccontre Lacan\u201d (titre de son unique pamphlet de 1966)&nbsp;; D. Anzieu y d\u00e9nonce entre autres d\u00e9rives, l\u2019abandon de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pulsion et \u00e0 l\u2019affect.<\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e du Moi-peau s\u2019inscrit aussi dans le champ des recherches et des d\u00e9couvertes des ann\u00e9es 1950, dont Anzieu ne prendra connaissance qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 -d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, lorsque les travaux anglo-saxons seront traduits et mieux connus du milieu psychanalytique fran\u00e7ais, travaill\u00e9 par ses scissions internes. Les travaux de Winnicott sur les couvertures et le transitionnel <sup>72<\/sup> datent de 1951, ceux de Marion Milner sur le m\u00e9dium mall\u00e9able <sup>62<\/sup> de 1955, le mod\u00e8le contenant-contenu <sup>20<\/sup> trouve avec Bion ses premi\u00e8res formulations en 1962. L\u2019ouvrage d\u2019Esther Bick sur l\u2019exp\u00e9rience de la peau dans les relations d\u2019objet pr\u00e9coces <sup>19<\/sup> para\u00eet en 1967&nbsp;: elle y propose la notion de peau psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9thologue Harlow publie en 1958 son article <em>The nature of love<\/em> <sup>51<\/sup>, et le psychanalyste Bowlby son \u00e9tude princeps sur la nature du lien de l\u2019enfant \u00e0 sa m\u00e8re <sup>24<\/sup>. La th\u00e9orie de l\u2019attachement sera pour D. Anzieu l\u2019occasion d\u2019une m\u00e9ditation approfondie sur ce qu\u2019il est en train de d\u00e9couvrir. La th\u00e8se principale de la th\u00e9orie de l\u2019attachement l\u2019int\u00e9resse&nbsp;: en substance, le besoin d\u2019attachement et de d\u00e9pendance de l\u2019enfant \u00e0 sa m\u00e8re conduirait \u00e0 formuler l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une pulsion primaire non sexuelle, que Harlow et Bowlby nomment pulsion d\u2019attachement. Anzieu participera d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s document\u00e9e au d\u00e9bat qu\u2019organise R. Zazzo en 1972-1973 sur cette question. Il y contribuera par un chapitre intitul\u00e9 <em>La peau&nbsp;: du plaisir \u00e0 la pens\u00e9e<\/em> <sup>4<\/sup> dans l\u2019ouvrage coordonn\u00e9 par Zazzo. Il para\u00eet en 1974, la m\u00eame ann\u00e9e que son article princeps de la <strong>Nouvelle revue de psychanalyse<\/strong>, <em>Le Moi-peau<\/em> <sup>5<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous lisons dans le chapitre de l\u2019ouvrage sur l\u2019attachement&nbsp;: (\u00c0 c\u00f4te de la succion) \u201cla surface d\u2019ensemble du corps du b\u00e9b\u00e9 et de celui de sa m\u00e8re fait l\u2019objet chez le b\u00e9b\u00e9 d\u2019exp\u00e9riences aussi importantes, par leur qualit\u00e9 \u00e9motionnelle et par leurs effets de stimulation du plaisir et de la pens\u00e9e, que les exp\u00e9riences li\u00e9es au fonctionnement des orifices ou \u00e0 la pr\u00e9sence imaginaire d\u2019objets internes \u00e9tay\u00e9s sur les sensations provenant des organes internes\u201d (D. Anzieu, 1974a, p.&nbsp;148). Anzieu pr\u00e9cise&nbsp;: \u201cla premi\u00e8re diff\u00e9renciation du moi au sein de l\u2019appareil psychique s\u2019\u00e9taye sur les sensations de la peau et consiste en une figuration symbolique de celle-ci. C\u2019est ce que je propose d\u2019appeler le Moi-peau\u201d.<br>Si la notion n\u2019est pas tout \u00e0 fait nouvelle (le premier \u00e0 y recourir est sans doute Paul Lacombe qui donne en 1959 \u00e0 la RFP un article intitul\u00e9 <em>Du r\u00f4le de la peau dans l\u2019attachement m\u00e8re-enfant<\/em> <sup>58<\/sup>), la notion que propose D. Anzieu a int\u00e9gr\u00e9 les apports de Winnicott, de Bick, de Bion et de Bowlby. Elle d\u00e9ploie toutes les dimensions d\u2019une m\u00e9taphore qui d\u00e9j\u00e0 contient en germe le concept d\u2019enveloppes psychiques. Puis-je une nouvelle fois faire mention de nos \u00e9changes, et ajouter que d\u00e8s cette \u00e9poque nous d\u00e9battons souvent de quelques vues nouvelles sur la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9tayage, dont j\u2019entreprends de g\u00e9n\u00e9raliser la port\u00e9e. Nous commen\u00e7ons aussi \u00e0 \u00e9changer sur la probl\u00e9matique de l\u2019analyse transitionnelle. Tous ces textes et travaux ont pr\u00e9par\u00e9 ou accompagn\u00e9 le terrain de la d\u00e9couverte, ils ont fourni des id\u00e9es pour penser l\u2019impensable, ils ont travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019insu du chercheur jusqu\u2019au moment o\u00f9 la pens\u00e9e inventive les a r\u00e9ordonn\u00e9s, recomposant en une vue nouvelle des donn\u00e9es dispers\u00e9es ou partielles.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">4 \u2013 L\u2019Esprit du temps et la d\u00e9couverte du Moi-peau<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019invention du Moi-peau s\u2019inscrit aussi dans les grands th\u00e8mes de la culture de la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Les sciences humaines, ses probl\u00e9matiques, ses concepts et ses m\u00e9thodes ne sont pas insensibles aux marques de l\u2019Esprit du temps. J. Schlanger \u00e9crit fort justement que \u201cla gen\u00e8se de l\u2019id\u00e9e neuve est fonction de l\u2019\u00e9tat des probl\u00e9matiques&nbsp;; mais aussi du r\u00e9pertoire disponible\u2026, du surplus de notions, termes, mod\u00e8les partiels, m\u00e9taphores, qui rend possible de parler et de concevoir autrement. Le fonctionnement de la pens\u00e9e nouvelle renvoie \u201c\u00e0 la condition culturelle de la pens\u00e9e\u201d (1988, \u00e9dition de 1990, p.&nbsp;83).<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la seconde guerre mondiale et les traumas majeurs qu\u2019elle a produits, le r\u00e9am\u00e9nagement des espaces culturels, les bouleversements des garants m\u00e9tasociaux et m\u00e9tapsychiques ont suscit\u00e9 chez quelques psychanalystes des recherches d\u00e9cisives, m\u00eame si certaines d\u2019entre elles demeureront ignor\u00e9es ou marginales assez longtemps. Ces recherches portent sur les activit\u00e9s de liaison et de d\u00e9laison, sur les contenances et les cadres (Bion, Bleger), les espaces psychiques et culturels \u201co\u00f9 nous pouvons mettre ce que nous trouvons\u201d (Winnicott), o\u00f9 \u201cle Je peut advenir\u201d (Aulagnier). En r\u00e9alit\u00e9, et d\u00e9j\u00e0 sous le triomphe apparent des \u201ctrente glorieuses\u201d, le monde grelotte dans la guerre froide, il est \u00e0 vif, d\u00e9sorient\u00e9, d\u00e9li\u00e9. Le rideau de fer, puis le Mur en sont les manifestations tangibles, la dure r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un clivage qui ne parvient pas \u00e0 \u00e9carter la menace de la destruction et de la contamination, ils sont les images d\u2019une limite fig\u00e9e entre la vie et la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Les artistes auxquels Anzieu a pr\u00eat\u00e9 une attention si fine -Borges, Bacon, Beckett &#8211; ne t\u00e9moignent pas d\u2019autre chose&nbsp;: un monde disjoint et sans limites, un monde labyrinthique d\u2019o\u00f9 la contenance du sens s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e. Les pathologies du nouveau malaise dans la civilisation sont celles de sujets sans limites et de sujets borderline. La d\u00e9couverte du Moi-peau prend sens sur cet arri\u00e8re-fond, comme plus tard les propositions d\u2019Andr\u00e9 Green (1982) sur la double limite <sup>45<\/sup>, incisif essai pour articuler les bords internes et externes de l\u2019espace psychique individuel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">II \u2013 De l\u2019insistance d\u2019une m\u00e9taphore \u00e0 la consistance d\u2019un concept&nbsp;: du Moi-peau aux enveloppes psychiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Le trajet cr\u00e9ateur de D. Anzieu suit celui de la pens\u00e9e psychanalytique. Le travail de la th\u00e9orisation croise toujours le travail de la m\u00e9taphorisation, il se nourrit de la m\u00e9taphore et se relance toujours par le d\u00e9placement qu\u2019elle produit. C\u2019est par ce travail biphas\u00e9 que Freud pense les diff\u00e9rentes versions du mod\u00e8le analogique de \u201cl\u2019appareil\u201d psychique, le Moi d\u00e9fini comme un <em>Grenzwesen<\/em>, un \u00eatre-fronti\u00e8re, certaines formations du r\u00eave, comme les <em>Misch-und Sammelpersonen<\/em>, les \u201cpersonnes m\u00eal\u00e9es et rassembl\u00e9es\u201d ou personnes conglom\u00e9rat, dont l\u2019Irma du r\u00eave inaugural de la <em>Traumdeutung<\/em> est le prototype. Assur\u00e9ment, la langue allemande favorise ce type de formations s\u00e9mantiques, mais c\u2019est aussi de cette mani\u00e8re que proc\u00e8de le processus primaire. En \u00e9tant plus pr\u00e9cis sur l\u2019exemple des personnes m\u00eal\u00e9es et rassembl\u00e9es, on dira qu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019une condensation, mais d\u2019une condensation au service du d\u00e9placement. L\u2019oscillation m\u00e9taphoro-m\u00e9tonymique dans le processus primaire <sup>63<\/sup>, si bien rep\u00e9r\u00e9e par G. Rosolato, est aussi le mouvement qui soutient la pens\u00e9e inventive. Nous pourrions appliquer ces propositions \u00e0 de nombreuses d\u00e9couvertes freudiennes, mais aussi \u00e0 des figures comme celles de la r\u00e9sonance inconsciente, de la contagion affective.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 D\u00e9finitions du Moi-peau<\/h3>\n\n\n\n<p>Il est temps de faire entendre comment D. Anzieu parle du Moi-peau. J\u2019ai rappel\u00e9 comment la notion s\u2019ins\u00e8re pour la premi\u00e8re fois en 1972-73 dans le d\u00e9bat sur la pulsion d\u2019attachement&nbsp;: \u201cla premi\u00e8re diff\u00e9renciation du moi au sein de l\u2019appareil psychique s\u2019\u00e9taye sur les sensations de la peau et consiste en une figuration symbolique de celle-ci. C\u2019est ce que je propose d\u2019appeler le Moi-peau\u201d. Je souligne le double rapport d\u2019\u00e9tayage et de figuration symbolique entre le moi et les sensations de la peau. Le trait d\u2019union rend compte de ce rapport primitif de contigu\u00eft\u00e9 et que c\u2019est ce rapport qui est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 penser. Une premi\u00e8re originalit\u00e9 du concept de Moi-peau est qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 inscrit dans le processus de l\u2019\u00e9tayage, au sens o\u00f9 J. Laplanche a redonn\u00e9 au concept freudien sa triple dimension d\u2019appui, de mod\u00e8le et de d\u00e9rivation.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque D. Anzieu reprend sa premi\u00e8re d\u00e9finition de Moi-peau dans l\u2019ouvrage qu\u2019il publie sous ce titre en 1985, il en maintient les caract\u00e9ristiques initiales mais entre temps, il les a enrichies d\u2019un nouvel approfondissement, celle de la m\u00e9taphore&nbsp;: le Moi est comme la peau. Par la d\u00e9nomination \u201cMoi-peau\u201d il d\u00e9signe une repr\u00e9sentation dont le Moi de l\u2019enfant se sert, durant les phases pr\u00e9coces de son d\u00e9veloppement, pour se repr\u00e9senter lui-m\u00eame, \u00e0 partir de sa propre exp\u00e9rience de la surface du corps, comme Moi qui contient les contenus psychiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Moi-peau est bas\u00e9 sur les diff\u00e9rentes fonctions de la peau. La premi\u00e8re est celle d\u2019un sac qui contient et retient \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur le bon et le plein que l\u2019allaitement, les soins, le bain de paroles y ont accumul\u00e9. La peau, deuxi\u00e8me fonction, est aussi la surface de s\u00e9paration (interface) qui marque la limite par rapport au dehors et le maintient \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;: c\u2019est la barri\u00e8re qui prot\u00e8ge contre la p\u00e9n\u00e9tration des avidit\u00e9s et des agressions d\u2019autrui, \u00eatres ou objets. Enfin la peau, troisi\u00e8me fonction, est &#8211; en m\u00eame temps que la bouche ou, du moins, autant qu\u2019elle &#8211; un lieu et un moyen majeur de communication avec les autres, permettant d\u2019\u00e9tablir des relations significatives&nbsp;; de plus, c\u2019est une surface d\u2019inscription des traces laiss\u00e9es par celles-ci (<em>Le Moi-peau<\/em>, 1985, p.&nbsp;236-237).<\/p>\n\n\n\n<p>Le Moi-peau est d\u2019abord con\u00e7u comme une formation de la topique dont D. Anzieu d\u00e9crit les alt\u00e9rations et dont il d\u00e9finit diverses formes de pathologie. Dans un de ses derniers travaux sur le Moi-peau, un article de synth\u00e8se paru en 1993 dans <em>Le Journal de la psychanalyse de l\u2019enfant<\/em>, il int\u00e8gre les points de vue dynamique, \u00e9conomique et g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 Le Moi-peau, une m\u00e9taphore&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019\u00eatre une m\u00e9taphore (le Moi est comme une peau), le Moi-peau est une forme d\u2019ellipse qui consiste \u00e0 supprimer les liens logiques et les connecteurs entre deux termes, une figure que la rh\u00e9torique nomme asynd\u00e8te. Moi-peau s\u2019\u00e9crit avec un trait d\u2019union, il forme un mot compos\u00e9. Il est une juxtaposition de zones qui appartiennent \u00e0 des univers distincts et diff\u00e9rents. Mais cette juxtaposition li\u00e9e par un trait d\u2019union signale une discontinuit\u00e9 dans la pens\u00e9e et dans le domaine de recherche. La contigu\u00eft\u00e9 dit la proximit\u00e9 et la discontinuit\u00e9, le contact possible et la limite probable.<\/p>\n\n\n\n<p>La juxtaposition permet de penser le lien entre deux ordres discontinus de r\u00e9alit\u00e9, mais articulables dans une formation qui laisse en suspens les modalit\u00e9s de l\u2019articulation, en pr\u00e9servant \u00e9ventuellement le caract\u00e8re paradoxal de leur rapport&nbsp;: trouver-cr\u00e9er (Winnicott), sein-toilette (Meltzer), personne-groupe (Bion). Si nous y regardons de pr\u00e8s, le trait d\u2019union prend en charge quelque chose de plus primitif&nbsp;: une cicatrice, la conjonction-disjonction indique cela m\u00eame que prend en compte le pictogramme, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019union-rejet. L\u2019\u00e9criture du Moi-peau contient le d\u00e9veloppement du concept de signifiant formel, il en est un \u00e9nonc\u00e9, longtemps attendu, depuis les exp\u00e9riences d\u2019union-rejet dans le lien maternel jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9nigme des coups de couteau.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait penser que la juxtaposition est le premier temps du rapprochement qui va engendrer la m\u00e9taphore. C\u2019est en effet le premier jet de l\u2019hypoth\u00e8se, son intuition, son d\u00e9clic. Le second temps interroge la similitude&nbsp;: si le Moi est comme une peau, alors comment le d\u00e9crire&nbsp;? D. Anzieu a recours au proc\u00e9d\u00e9 qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 mis en \u0153uvre en 1966, lorsqu\u2019il a propos\u00e9 l\u2019analogie du groupe et du r\u00eave. En r\u00e9duisant la discontinuit\u00e9 gr\u00e2ce au comparatif le potentiel heuristique de la m\u00e9taphore peut se d\u00e9velopper. Ce potentiel tient aux d\u00e9placements, transferts et analogies, ce qui suppose, comme l\u2019a not\u00e9 dans un autre contexte J. Schlanger <sup>65<\/sup> (1988) qu\u2019il existe une pluralit\u00e9 des zones du sens, ce qui rend possible les circulations et les rapprochements, mais aussi les r\u00e9versibilit\u00e9s et les r\u00e9troactions ou, encore plus justement, les effets d\u2019apr\u00e8s coup.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le travail du concept&nbsp;: les enveloppes psychiques<\/h4>\n\n\n\n<p>Le trajet heuristique de D. Anzieu est \u00e0 cet \u00e9gard exemplaire&nbsp;: le Moi-peau installe l\u2019image d\u2019une peau psychique, dont la fonction et l\u2019organisation sont partiellement semblables \u00e0 celui de la peau biologique, et donc partiellement diff\u00e9rentes de celle-ci. Le concept d\u2019enveloppe psychique s\u2019articule, lui aussi, sur une m\u00e9taphore, mais il permet de g\u00e9n\u00e9raliser une structure et des fonctions, de penser une plus grande diversit\u00e9 de ses manifestations intrapsychiques et interpsychiques&nbsp;: enveloppe onirique, sonore, groupales, etc. Puis la pens\u00e9e de l\u2019enveloppe s\u2019applique au Moi lui-m\u00eame, dans un renversement de la proposition initiale&nbsp;: la fonction des enveloppes psychiques est n\u00e9cessaire \u00e0 la formation du pr\u00e9-Moi corporel. Ainsi, le concept d\u2019enveloppe psychique va au-del\u00e0 de la valeur m\u00e9taphorique de la premi\u00e8re conceptualisation analogique du Moi-peau. Nous voyons que cette valeur est heuristique, elle permet de trouver et elle cr\u00e9e un rapprochement entre deux zones de l\u2019exp\u00e9rience disjointe. Puis le concept g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 en mod\u00e8le, celui des enveloppes psychiques, r\u00e9interroge la formulation intuitive initiale et en transforme le sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept d\u2019enveloppes psychiques met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la port\u00e9e de la m\u00e9taphore, elle-m\u00eame confront\u00e9e \u00e0 la clinique. Le concept ouvre un champ plus large \u00e0 l\u2019intelligibilit\u00e9 des structures et des processus qu\u2019il vise, il inscrit la d\u00e9couverte dans le tissu des \u00e9nonc\u00e9s th\u00e9oriques partag\u00e9s, il les modifie et ouvre le d\u00e9bat avec la communaut\u00e9 psychanalytique. Il permet de penser d\u2019autres enveloppes que celle de la peau, et de se d\u00e9gager de son socle d\u2019inscription originel&nbsp;: enveloppes sonores, olfactives, auditives, tactiles, mais aussi oniriques, groupales, familiales, etc. Chacune de ces enveloppes se sp\u00e9cifie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Moi-peau lui-m\u00eame se pense comme enveloppe psychique cutan\u00e9e, limite et interface du Moi. En m\u00eame temps, une transformation capitale s\u2019effectue dans ce passage. Dans le mouvement o\u00f9 il \u00e9tablit le concept d\u2019enveloppe, Anzieu pense la distinction entre une enveloppe d\u2019excitation pulsionnelle et une enveloppe de signification organis\u00e9e par la repr\u00e9sentation et le sens. Le concept assur\u00e9ment fait perdre ce que la m\u00e9taphore incorporait de l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te de la peau. Mais s\u2019il r\u00e9duit la m\u00e9taphore, le concept ne la supprime pas, il en conserve la trace et la puissance heuristique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 La port\u00e9e d\u2019un mod\u00e8le<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai essay\u00e9 de prendre au mot cette proposition de Freud, que la d\u00e9couverte et la recherche est une n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019urgence de la vie. Proposition justifi\u00e9e par plus d\u2019un exemple, et celui qui aujourd\u2019hui nous int\u00e9resse n\u2019y d\u00e9roge pas. Le Moi-peau est une pens\u00e9e cicatricielle d\u2019exp\u00e9riences traumatiques pr\u00e9coces. Il se tisse dans une recherche qui pr\u00e9c\u00e8de celle de D. Anzieu, mais qui trouve avec lui une dimension in\u00e9dite, en redistribuant autrement ce qui avait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9. Il a subsum\u00e9 dans une synth\u00e8se cr\u00e9atrice une pens\u00e9e flottante dans l\u2019\u00e9poque, et que son g\u00e9nie a su r\u00e9inventer.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 est en effet son g\u00e9nie&nbsp;: il ouvre avec le double mouvement du rapprochement et de la m\u00e9taphore un discours possible, qui donne \u00e0 penser et \u00e0 dire, et qui enrichit l\u2019espace de la connaissance psychanalytique, renouvelle notre conception de l\u2019archa\u00efque, et \u00e9tend le champ du traitement de la souffrance psychique. Dans son ouvrage sur le Moi-peau, D. Anzieu a r\u00e9sum\u00e9 les points communs \u00e0 toutes ces souffrances des limites&nbsp;: \u201cincertitudes sur les fronti\u00e8res entre le Moi psychique, le Moi r\u00e9alit\u00e9 et le Moi id\u00e9al, entre ce qui d\u00e9pend de Soi et ce qui d\u00e9pend d\u2019autrui, brusques fluctuations de ces fronti\u00e8res, accompagn\u00e9es de chute dans la d\u00e9pression (\u2026), indistinction pulsionnelle qui fait ressentir la mont\u00e9e d\u2019une pulsion comme violence et non comme d\u00e9sir, vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la blessure narcissique en raison de la faiblesse ou des failles de l\u2019enveloppe psychique, sensation diffuse de mal-\u00eatre, sentiment de ne pas habiter sa vie, de voir fonctionner son corps et sa pens\u00e9e du dehors, d\u2019\u00eatre le spectateur de quelque chose qui est et n\u2019est pas sa propre existence\u201d (D. Anzieu, 1985, <em>Le Moi-peau<\/em>, Paris, Dunod, p.&nbsp;29).<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10044?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les id\u00e9es nouvelles sont filles de l\u2019Esprit du temps, de l\u2019h\u00e9ritage re\u00e7u et acquis, mais peut-\u00eatre d\u2019abord des \u00e9nigmes inscrites dans le corps avant d\u2019\u00eatre symbolis\u00e9es puis reprises par le travail de l\u2019intellect. 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