{"id":10039,"date":"2021-08-22T07:31:11","date_gmt":"2021-08-22T05:31:11","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-contribution-des-epreuves-projectives-dans-lexpertise-judiciaire-de-linteret-clinique-a-la-necessite-ethique-2\/"},"modified":"2021-09-20T01:21:09","modified_gmt":"2021-09-19T23:21:09","slug":"la-contribution-des-epreuves-projectives-dans-lexpertise-judiciaire-de-linteret-clinique-a-la-necessite-ethique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-contribution-des-epreuves-projectives-dans-lexpertise-judiciaire-de-linteret-clinique-a-la-necessite-ethique\/","title":{"rendered":"La contribution des \u00e9preuves projectives dans l&rsquo;expertise judiciaire : de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat clinique \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9thique."},"content":{"rendered":"\n<p>Les \u00e9preuves projectives (Rorschach et TAT) appartiennent, dans une forme de tradition des pratiques cliniques, au paysage de l\u2019expertise judiciaire, et de l\u2019expertise p\u00e9nale en particulier, depuis de tr\u00e8s nombreuses ann\u00e9es. Cette pratique s\u2019inscrit dans une conception de la justice p\u00e9nale centr\u00e9e sur le sujet (C. Duflot, 1999&nbsp;; F. Neau, 2004&nbsp;; J.Y. Chagnon, 2004), et contribue \u00e0 soutenir la pratique du psychologue dans ce champ singulier, aux confins du judiciaire, et peut-\u00eatre tout sp\u00e9cialement dans des situations extr\u00eames, lorsque l\u2019horreur saisit le clinicien (D. Weber, 1992).<\/p>\n\n\n\n<p>Sera ici sp\u00e9cifiquement interrog\u00e9 le sens du recours aux m\u00e9thodes projectives dans ce contexte clinique singulier, au sein duquel la pratique du psychologue vient en but\u00e9e de la pratique judiciaire&nbsp;: se confrontent \u00e0 cet endroit deux logiques distinctes (deux <em>logos<\/em> qui poss\u00e8dent leurs \u00e9pist\u00e9mologies et leurs projets sp\u00e9cifiques) qui contribuent, chacune de son point de vue, \u00e0 l\u2019exercice du proc\u00e8s judiciaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma proposition sera double, dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agira&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>d\u2019une part, d\u2019interroger la place et la fonction des \u00e9preuves dans l\u2019examen psychologique r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre de l\u2019expertise judiciaire, et plus sp\u00e9cialement au regard de l\u2019attente d\u2019une <em>v\u00e9rit\u00e9 clinique et psychopathologique<\/em> de la part de l\u2019instance judiciaire (si ce n\u2019est d\u2019une <em>v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019acte<\/em>)&nbsp;;<\/li><li>d\u2019autre part, d\u2019affirmer la place essentielle de ces \u00e9preuves dans le dispositif de l\u2019expertise, dans la mesure o\u00f9 elles autorisent un d\u00e9gagement de la sc\u00e8ne de l\u2019acte, \u00e0 laquelle le clinicien en position d\u2019expert se trouve irr\u00e9m\u00e9diablement soumis, sur un mode traumatique.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ainsi, on peut le pressentir, la pratique des \u00e9preuves projectives dans le cadre de l\u2019expertise judiciaire (et particuli\u00e8rement dans le cadre de l\u2019expertise p\u00e9nale) ouvre un espace de paradoxalit\u00e9&nbsp;: en effet, le sujet de l\u2019expertise judiciaire<sup>1<\/sup> se trouve tout \u00e0 la fois <em>contraint<\/em> dans le dispositif de l\u2019expertise judiciaire, et <em>soutenu<\/em> dans une position de sujet au d\u00e9cours de la proposition d\u2019\u00e9preuves qui valorisent le processus de subjectivation. En d\u2019autres termes, la proposition d\u2019\u00e9preuves projectives dans le cadre de l\u2019expertise judiciaire contraint le sujet au lieu de sa subjectivit\u00e9, <em>\u00e0 son insu de son plein gr\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le projet de l\u2019expertise judiciaire<\/h2>\n\n\n\n<p>On peut consid\u00e9rer que l\u2019expertise judiciaire se construit autour d\u2019un double projet&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>le projet d\u2019une r\u00e9organisation autour de l\u2019agir transgressif, r\u00e9organisation qui passe par un travail de d\u00e9gagement de ce qui est nomm\u00e9 comme <em>sc\u00e8ne du traumatisme<\/em>, pour l\u2019auteur comme pour la victime, tout autant que par un projet d\u2019appropriation subjective de la sc\u00e8ne du traumatisme, au travers de la reconnaissance du point de but\u00e9e que repr\u00e9sente l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019autre&nbsp;;<\/li><li>le projet d\u2019une \u00e9valuation de la place occup\u00e9e par le sujet de l\u2019expertise judiciaire, auteur ou victime, au lieu de son fonctionnement psychique et en lien avec la sc\u00e8ne de cet agir.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ce double projet rend n\u00e9cessaire la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un corpus th\u00e9orique en mesure de proposer une intelligibilit\u00e9 du sujet et de ses diff\u00e9rents engagements, intelligibilit\u00e9 susceptible de faire l\u2019objet d\u2019une mise en d\u00e9bat sur la sc\u00e8ne judiciaire&nbsp;: th\u00e9orie de l\u2019acte et th\u00e9orie du fonctionnement psychique. Comme le rappelle L. Brunet (1999), l\u2019un des fondements de l\u2019\u00e9thique de l\u2019expertise judiciaire implique que l\u2019expert inscrive sa pratique \u00ab&nbsp;dans une d\u00e9marche scientifique&nbsp;\u00bb (p. 93), qui autorise une confrontation (coll\u00e8ge d\u2019experts ou contre-expertise). Le choix de la r\u00e9f\u00e9rence psychanalytique autorise une telle inscription, dans la mesure o\u00f9 la th\u00e9orie psychanalytique permet de rendre compte tout \u00e0 la fois du processus en jeu dans la rencontre expertale (autour des enjeux transf\u00e9ro-contre-transf\u00e9rentiels et de l\u2019analyse de ceux-ci), des processus mobilis\u00e9s autour de l\u2019agir transgressif et de la dynamique du fonctionnement psychique dont l\u2019examen psychologique tentera de d\u00e9finir les modalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut consid\u00e9rer plus largement l\u2019acte comme l\u2019un des pivots du fonctionnement psychique, dans la mesure o\u00f9 il vient comme but\u00e9e dans le travail de symbolisation. On a souvent, et trop longtemps, mis l\u2019accent de mani\u00e8re quasi-exclusive sur le statut de <em>court-circuit<\/em> de l\u2019acte au regard du travail de symbolisation (en particulier avec la notion d\u2019<em>acting-out<\/em>), mais il convient de prendre \u00e9galement en compte la fonction de l\u2019acte comme soutien du travail de symbolisation en mettant l\u2019accent sur la place qu\u2019occupe le passage <em>par l\u2019acte<\/em> (par la motricit\u00e9) dont D.W. Winnicott (1971) montre bien qu\u2019il contribue, dans le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant, \u00e0 l\u2019acc\u00e8s au jeu qui implique un engagement effectif dans l\u2019agir. On peut alors comprendre la d\u00e9marche expertale, en psychologie clinique, comme une tentative de proposer un sens, pour l\u2019auteur et pour la victime, \u00e0 des histoires d\u2019agirs, histoires en acte qui viennent interroger la qualit\u00e9 du travail de symbolisation, dans la complexit\u00e9 de ses enjeux. Dans cette perspective, et en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-fond d\u2019une d\u00e9marche psychopathologique, deux aspects principaux seront privil\u00e9gi\u00e9s dans la rencontre clinique expertale&nbsp;: celui du rep\u00e9rage des caract\u00e9ristiques du fonctionnement psychique (registre des angoisses, statut et efficience des d\u00e9fenses, mode de structuration de l\u2019identit\u00e9 et des identifications et mode de relation d\u2019objet), autorisant une discussion psychopathologique en termes de structure de personnalit\u00e9 (J. Bergeret, 1986), et celui de la reconnaissance des potentiels de r\u00e9am\u00e9nagements psychiques, \u00e0 l\u2019\u00e9gard desquels la place de l\u2019acte appara\u00eet centrale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les \u00e9preuves projectives dans l\u2019expertise judiciaire, l\u2019ouverture d\u2019une autre sc\u00e8ne<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce stade, il s\u2019agit de clarifier le rapport qu\u2019entretient le psychologue expert \u00e0 la demande du magistrat. On peut comprendre la sollicitation du magistrat dans le cadre de l\u2019expertise judiciaire dans une double acception&nbsp;: d\u2019une part celle de l\u2019adresse, \u00e0 un professionnel, d\u2019une <em>pr\u00e9occupation pour un sujet<\/em> qui va prendre forme dans la rencontre clinique, et, d\u2019autre part, celle de la r\u00e9f\u00e9rence, tr\u00e8s explicit\u00e9e, du social, dans laquelle s\u2019origine et s\u2019inscrit le projet de sanction et de r\u00e9paration ouvert par l\u2019agir transgressif. Le libell\u00e9 de l\u2019ordonnance du magistrat fonde la l\u00e9gitimit\u00e9 de la rencontre clinique dans le champ de l\u2019expertise judiciaire. \u00c0 la lecture des formulations des missions d\u2019expertise adress\u00e9es au psychologue, on peut faire le constat (P. Roman, 1998) que ce libell\u00e9 tend \u00e0 \u00eatre satur\u00e9 par des r\u00e9f\u00e9rences au <em>voir<\/em>, auquel serait invit\u00e9 le clinicien&nbsp;: <em>voir<\/em> de l\u2019acte, <em>voir<\/em> du fonctionnement psychique du sujet. On peut mesurer le risque port\u00e9 par cette invite, risque de la s\u00e9duction, au sens o\u00f9 le regard viendrait ici partielliser, d\u00e9couper et, possiblement, r\u00e9duire le sujet au processus judiciaire ouvert par l\u2019agir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, je consid\u00e8re que le c\u0153ur des enjeux \u00e9thiques de la position du psychologue dans l\u2019expertise judiciaire tient dans la mise en \u0153uvre des conditions de <em>d\u00e9gagement d\u2019un voir s\u00e9ducteur<\/em>, dans la lign\u00e9e de ce que nomme G. Bonnet (1996) autour de la \u00ab&nbsp;violence du voir&nbsp;\u00bb. Tout, dans le processus auquel l\u2019expert judiciaire prend part, engage \u00e0 ce <em>voir<\/em>&nbsp;: la centration du libell\u00e9 des ordonnances sur la r\u00e9f\u00e9rence au voir, mais aussi le <em>voir<\/em> li\u00e9 \u00e0 la communication de pi\u00e8ces de la proc\u00e9dure, y compris sous leur forme d\u2019images (photos du d\u00e9lit ou du crime, enregistrement vid\u00e9oscopique de victimes mineures de violences sexuelles), ainsi que la mise en sc\u00e8ne du proc\u00e8s d\u2019Assises au cours duquel les scell\u00e9s sont pr\u00e9sent\u00e9s face \u00e0 la barre \u00e0 laquelle se tient l\u2019expert pour sa d\u00e9position\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le psychologue, dans sa mission d\u2019expertise, prend ainsi une place de t\u00e9moin, t\u00e9moin d\u2019un vu et\/ou d\u2019un entendu, d\u00e9positaire d\u2019une part de v\u00e9rit\u00e9 du sujet dont il aura \u00e0 rendre compte. Comment sera-t-il en mesure de tenir cette tension, entre voir et dire, entre voir et ne pas tout dire&nbsp;? Comment le discours de l\u2019expert peut-il se soutenir dans le regard du sujet de l\u2019expertise, pour \u00e9chapper au risque disqualifiant et d\u00e9subjectivant d\u2019un discours qui parlerait d\u2019un sujet sans adresse \u00e0 celui-ci&nbsp;? Pour ma part, et afin de soutenir la n\u00e9cessit\u00e9 de construire un dispositif de rencontre clinique autorisant un d\u00e9gagement suffisant d\u2019un <em>voir s\u00e9ducteur<\/em>, je propose d\u2019introduire de mani\u00e8re syst\u00e9matique dans la pratique de l\u2019examen psychologique sous mandat judiciaire, la proposition d\u2019\u00e9preuves projectives (particuli\u00e8rement Rorschach et TAT). Ces \u00e9preuves, outils du psychologue par excellence, se pr\u00e9sentent comme la proposition d\u2019un support pour l\u2019imaginaire, qui se d\u00e9ploie, paradoxalement, \u00e0 partir d\u2019une invitation \u00e0 voir&nbsp;: mat\u00e9riel non figuratif de l\u2019\u00e9preuve de Rorschach, mat\u00e9riel figuratif de l\u2019\u00e9preuve du TAT. Les \u00e9preuves projectives constituent un <em>dispositif \u00e0 symboliser<\/em> (P. Roman, 1997), au sens o\u00f9 se trouve mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, dans la rencontre avec un mat\u00e9riel n\u00e9cessairement ambigu, la capacit\u00e9 du sujet \u00e0 s\u2019engager dans une d\u00e9marche d\u2019interpr\u00e9tation, t\u00e9moin de son inscription dans un travail de subjectivation. La confrontation \u00e0 l\u2019\u00e9preuve projective autorise l\u2019expression des potentiels de symbolisation, tout comme celle des avatars du travail de symbolisation, dans un contexte o\u00f9 la parole spontan\u00e9e, du fait de la dimension oblig\u00e9e de la rencontre et\/ou du fait de la pr\u00e9carit\u00e9 des ressources symboliques (M. Dejonghe, 2003), s\u2019av\u00e8re bien souvent emp\u00each\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9centrage de la focale de l\u2019acte qu\u2019autorise l\u2019\u00e9preuve projective, autour d\u2019une exp\u00e9rience partag\u00e9e \u00e0 partir du mat\u00e9riel projectif, permet d\u2019ouvrir <em>une autre sc\u00e8ne<\/em><sup>2<\/sup>, en contrepoint de la sc\u00e8ne de l\u2019agir transgressif, et se propose comme fondement \u00e0 un travail d\u2019appropriation subjective et comme ouverture d\u2019un espace de jeu. C\u2019est en appui sur cet espace de jeu, espace de symbolisation potentiel, que pourront tenter d\u2019\u00eatre formul\u00e9s, de la part du clinicien, des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une compr\u00e9hension des enjeux psycho-dynamiques de la participation du sujet dans une histoire de l\u2019acte, permettant de r\u00e9introduire, de restaurer et\/ou de soutenir la position du <em>sujet de l\u2019inconscient<\/em>, non r\u00e9ductible \u00e0 son acte. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit d\u2019offrir l\u2019occasion au sujet de l\u2019expertise d\u2019une appropriation suffisante de la d\u00e9marche d\u2019investigation clinique initi\u00e9e par la rencontre expertale, en lien avec le caract\u00e8re contraint de la rencontre. Si l\u2019on peut consid\u00e9rer que cette proposition se pr\u00e9sente sur un mode paradoxal (d\u00e9ployer un dispositif qui\u00a0<em>donne \u00e0 voir sur un mode potentiellement s\u00e9ducteur<\/em>\u00a0pour se d\u00e9gager du\u00a0<em>voir s\u00e9ducteur de l\u2019acte<\/em>), sans doute ce paradoxe autorise-t-il l\u2019instauration d\u2019une ambigu\u00eft\u00e9 suffisante au service de la rencontre clinique, dans la mesure o\u00f9 il se trouve contenu par l\u2019investissement, de la part du psychologue, d\u2019une posture clinique qui soutient l\u2019\u00e9mergence subjective.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les \u00e9preuves projectives et la clinique du sujet dans l\u2019expertise judiciaire<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa10\">L\u2019enjeu de l\u2019\u00e9valuation dans le cadre de l\u2019expertise judiciaire tient dans la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019interroger, au-del\u00e0 de l\u2019acte, la dynamique psychique dans laquelle celui-ci s\u2019inscrit&nbsp;: on soulignera l\u2019importance de la compr\u00e9hension des modalit\u00e9s d\u2019inscription de l\u2019agir violent dans l\u2019histoire des processus psychiques du sujet, dans la mesure o\u00f9 celui-ci vient faire rupture dans les am\u00e9nagements du sujet et qu\u2019il t\u00e9moigne d\u2019un mode de r\u00e9am\u00e9nagement dont il convient d\u2019interroger le sens. Dans ce contexte, l\u2019\u00e9valuation de la personnalit\u00e9, en appui sur les \u00e9preuves projectives, poursuivra un double projet&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>l\u2019interrogation de la&nbsp;<em>qualit\u00e9<\/em>&nbsp;de l\u2019agir violent, agi ou subi, et du rapport entretenu avec celui-ci, particuli\u00e8rement en terme de culpabilit\u00e9,<\/li><li>l\u2019interrogation de ce que l\u2019on pourrait nommer l\u2019<em>\u00e9cho de l\u2019acte<\/em>, en tant que l\u2019acte violent introduit une double mise en crise dans la vie intrapsychique (tant au plan narcissique-identitaire qu\u2019au plan objectal-identificatoire) et dans les liens intersubjectifs.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>A partir de l\u00e0, il semble important de soutenir une affirmation \u00e9thique, qui permet de contenir le risque de d\u00e9rive perverse inh\u00e9rente \u00e0 la situation de l\u2019expertise judiciaire. Cette affirmation \u00e9thique du psychologue, \u00e0 laquelle contribue le choix de prendre appui sur un dispositif d\u2019\u00e9preuves projectives<sup>3<\/sup>, s\u2019inscrit dans une conception selon laquelle, en tout \u00e9tat de cause, l\u2019expertise psychologique judiciaire concerne la personnalit\u00e9 du sujet, et se propose dans une double exigence (P. Roman, 2007)\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>l\u2019expertise psychologique judiciaire est au service du soutien de la position du sujet,<\/li><li>l\u2019expertise psychologique judiciaire requiert de la part de l\u2019expert une suspension du jugement, suspension de son propre jugement.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Cette position \u00e9thique, ancr\u00e9e dans la posture professionnelle du psychologue, garantit le sujet d\u2019une forme d\u2019instrumentalisation, judiciaire et politique, dont il se trouve en risque d\u2019\u00eatre l\u2019otage.<\/p>\n\n\n\n<p>Envisager la place princeps des \u00e9preuves projectives dans l\u2019expertise judiciaire, c\u2019est ainsi soutenir une triple affirmation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>le recours aux \u00e9preuves projectives se propose comme une offre au service des processus de symbolisation du sujet rencontr\u00e9 (\u00ab&nbsp;dispositif \u00e0 symboliser&nbsp;\u00bb, comme nous l\u2019avons pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9), dans un contexte de rencontre clinique o\u00f9 les \u00e9preuves projectives interviennent au titre de m\u00e9diation, et en aucun cas au titre d\u2019\u00e9preuve psychotechnique, comme cela a pu \u00eatre le cas dans des pratiques anciennes dans le champ judiciaire,<\/li><li>la rencontre d\u2019un sujet qui s\u2019inscrit dans le primat de l\u2019agir vise \u00e0 ouvrir un espace au service de la subjectivation, c\u2019est-\u00e0-dire un espace de soutien des processus de symbolisation&nbsp;; cela implique n\u00e9cessairement une approche de l\u2019\u00e9valuation du fonctionnement psychique qui mette l\u2019accent sur les potentiels d\u2019\u00e9laboration du sujet, au m\u00eame titre que sur les avatars qui entravent ces derniers,<\/li><li>l\u2019examen psychologique qui constitue le fondement de l\u2019expertise judiciaire ne sera jamais en mesure, quelles que soient la technicit\u00e9 mobilis\u00e9e et les perspectives cliniques d\u00e9fendues, de proc\u00e9der \u00e0 une approche <em>totale\/totalisante<\/em> du sujet&nbsp;; l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019Inconscient, et l\u2019\u00e9thique qui en d\u00e9coule, conduisent \u00e0 reconna\u00eetre la part qui, du sujet et de ses investissements, n\u00e9cessairement \u00e9chappe.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>M. Ravit et V. Di Rocco (2012) proposent une belle image des processus mobilis\u00e9s dans l\u2019expertise judiciaire, en appui sur le dispositif des m\u00e9thodes projectives, en \u00e9voquant le \u00ab&nbsp;tissage associatif&nbsp;\u00bb (p. 232) sur lequel ils prennent forme, au service de la subjectivit\u00e9. L\u2019espace de cr\u00e9ativit\u00e9 ouvert par les planches des \u00e9preuves projectives, espace de cr\u00e9ativit\u00e9 partag\u00e9e dans le jeu transf\u00e9rentiel qui se d\u00e9ploie autour d\u2019elles, offre une opportunit\u00e9 unique d\u2019investir la posture d\u2019un <em>prendre soin<\/em> qui vient en soutien d\u2019une <em>humanisation<\/em> de l\u2019agir, possible amorce d\u2019un processus de changement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><em>cf.<\/em> P. Roman (2007).<\/li><li><em>cf.<\/em> P. Roman (2013).<\/li><li>\u2026et en appui sur plus d\u2019une \u00e9preuve projective, afin de se garantir du risque de s\u00e9duction auquel la proposition d\u2019une seule \u00e9preuve, qui se constituerait comme \u00e9preuve de v\u00e9rit\u00e9\u2026<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10039?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9preuves projectives (Rorschach et TAT) appartiennent, dans une forme de tradition des pratiques cliniques, au paysage de l\u2019expertise judiciaire, et de l\u2019expertise p\u00e9nale en particulier, depuis de tr\u00e8s nombreuses ann\u00e9es. Cette pratique s\u2019inscrit dans une conception de la justice&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[231,654],"auteur":[1511],"dossier":[655],"mode":[61],"revue":[693],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10039","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-bilan","thematique-projectifs","auteur-pascal-roman","dossier-linterpretation-des-epreuves-projectives","mode-gratuit","revue-693","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10039","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10039"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10039\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14549,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10039\/revisions\/14549"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10039"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10039"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10039"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10039"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10039"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10039"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10039"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10039"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10039"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}