{"id":10037,"date":"2021-08-22T07:31:11","date_gmt":"2021-08-22T05:31:11","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/maladie-ou-position-depressive-2\/"},"modified":"2023-02-23T14:24:57","modified_gmt":"2023-02-23T13:24:57","slug":"maladie-ou-position-depressive","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/maladie-ou-position-depressive\/","title":{"rendered":"Maladie ou position d\u00e9pressive ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Les donn\u00e9es cumulatives font aujourd\u2019hui appara\u00eetre que des centaines de millions de patients ont pris des antid\u00e9presseurs, dans une centaine de pays. De tels chiffres montrent l\u2019influence du point de vue sur la d\u00e9pression consid\u00e9r\u00e9e comme une maladie. Un v\u00e9ritable matraquage publicitaire est venu marteler l\u2019existence d\u2019un lien entre l\u2019efficacit\u00e9 autoproclam\u00e9e de ces traitements et leur correction d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre dans la chimie du cerveau. Tout lien \u00e0 l\u2019histoire du sujet a \u00e9t\u00e9 ainsi \u00e9vacu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle <em>doxa<\/em> scientiste a \u00e9t\u00e9 remise en question dans des publications scientifiques r\u00e9centes. Celles-ci nous montrent avec une remarquable pr\u00e9cision comment a \u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment fabriqu\u00e9e la croyance en une efficacit\u00e9 de mol\u00e9cules, qui ne semblent gu\u00e8re donner plus de r\u00e9sultats que des placebos. Il ne suffit pas de critiquer cette approche, aussi je m\u2019efforcerai d\u2019esquisser ici un mod\u00e8le alternatif, reprenant dans une deuxi\u00e8me partie la terminologie de la \u00ab&nbsp;position d\u00e9pressive&nbsp;\u00bb dans une perspective sensiblement remani\u00e9e par rapport \u00e0 celle de M\u00e9lanie Klein.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Antid\u00e9presseurs&nbsp;: la fabrication d\u2019un mythe<\/h2>\n\n\n\n<p>Comme le dit d\u2019entr\u00e9e de jeu le laboratoire Lilly, sur son site <em>Prozac.com<\/em>: \u00ab&nbsp;Depression is a real illness with real medical causes&nbsp;\u00bb. Cette petite phrase nous incite \u00e0 croire en un d\u00e9terminisme biologique pur de l\u2019\u00eatre humain. Toute la publicit\u00e9 en faveur de la prescription des antid\u00e9presseurs repose sur cette id\u00e9e de la d\u00e9pression comme maladie, au sens d\u2019un d\u00e9sordre biologique, dont les laboratoires d\u00e9tiendraient le correcteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019on y \u00e9tait, pourquoi s\u2019arr\u00eater au seul march\u00e9 de la d\u00e9pression&nbsp;? Les bienfaits des antid\u00e9presseurs ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tendus \u00e0 de nombreuses autres indications: Toc, boulimie, attaques de panique anxieuse, anxi\u00e9t\u00e9 chronique, phobies sociales\u2026 en passant par les troubles de l\u2019humeur du syndrome pr\u00e9menstruel. La \u00ab&nbsp;d\u00e9pression masqu\u00e9e&nbsp;\u00bb \u00e9tant de plus en plus invoqu\u00e9e pour toute une s\u00e9rie de troubles fonctionnels ou de somatisations, les indications ne cessent de s\u2019\u00e9tendre. Personne ne semble avoir trouv\u00e9 \u00e0 redire au fait qu\u2019un traitement cens\u00e9 s\u2019attaquer \u00e0 la cause biologique de la d\u00e9pression pouvait tout aussi bien marcher dans un inventaire \u00e0 la Pr\u00e9vert de troubles divers et vari\u00e9s. Puisque \u00e7a marche! Tout en fabriquant des m\u00e9dicaments, les laboratoires \u00ab&nbsp;fabriquent aussi, de mani\u00e8re moins visible, des points de vue sur les maladies&nbsp;\u00bb, comme le souligne David Healy (2002). La classification psychiatrique du DSM 4 est venue relayer ce point de vue en r\u00e9pertoriant des troubles et d\u00e9sordres cens\u00e9s correspondre \u00e0 une anomalie de fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral, d\u00e9j\u00e0 connue ou \u00e0 d\u00e9couvrir dans le futur. L\u2019ensemble de ces dysfonctionnements serait ainsi potentiellement curable par des moyens chimiques ou psychochirurgicaux, associ\u00e9s \u00e0 l\u2019approche r\u00e9\u00e9ducative des TCC (Th\u00e9rapies Cognitives et Comportementales).<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de r\u00e9duire le r\u00f4le des antid\u00e9presseurs \u00e0 un \u00e9ventuel moyen de tenter de soulager une douleur, provisoirement, un peu comme le ferait l\u2019aspirine pour un mal de t\u00eate dont on n\u2019aurait pas compris la cause, tout a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre pour faire croire que ces m\u00e9dicaments traitent une cause biologique. Sur <em>Prozac.com<\/em>, des animations en 3D sont l\u00e0 pour nous faire comprendre ais\u00e9ment la d\u00e9pression. Une premi\u00e8re animation nous montre un neurone normal donnant g\u00e9n\u00e9reusement de la s\u00e9rotonine au neurone r\u00e9cepteur. La synapse est en pleine forme et l\u2019on suppose que l\u2019heureux propri\u00e9taire d\u2019un tel syst\u00e8me coule des jours tranquilles. Dans l\u2019animation suivante le d\u00e9sarroi nous gagne&nbsp;: ce ne sont que quelques rares mol\u00e9cules qui viennent nourrir au compte-goutte le malheureux neurone r\u00e9cepteur. Triste synapse, \u00e0 laquelle nous ne pouvons que souhaiter le retour \u00e0 l\u2019\u00e9tat \u00e9voqu\u00e9 par l\u2019animation pr\u00e9c\u00e9dente. Par chance, les laboratoires disposent d\u2019antid\u00e9presseurs de \u00ab&nbsp;derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;\u00bb, susceptible d\u2019inhiber s\u00e9lectivement la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) par le neurone donneur. Ayant si peu donn\u00e9 il ne manquerait plus qu\u2019il reprenne le peu qu\u2019il a voulu l\u00e2cher \u00e0 son malheureux r\u00e9cepteur&nbsp;! Sans avoir de connaissances particuli\u00e8res en neurosciences, nous pouvons ainsi constater sur Internet que le <em>Prozac<\/em> corrige une anomalie parfaitement injuste, volant au secours de synapses mal nourries en s\u00e9rotonine. Qui peut douter que des neurones bien aliment\u00e9s ne viendraient pas colorer la vie en rose&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce th\u00e8me du d\u00e9s\u00e9quilibre en neurotransmetteurs, chaque laboratoire s\u2019efforcera de faire r\u00e9sonner \u00e0 sa mani\u00e8re le plus de contenus imaginaires possible, autour de cette id\u00e9e simple. Sur le site de <em>Lexapro.com<\/em>, on nous explique que \u00ab&nbsp;la cellule nerveuse prend sa s\u00e9rotonine et en renvoie une partie \u00e0 la premi\u00e8re cellule nerveuse, comme dans le cas d\u2019une conversation entre deux personnes. Chez les d\u00e9prim\u00e9s et les anxieux, il y a un d\u00e9s\u00e9quilibre de la s\u00e9rotonine &#8211; trop de s\u00e9rotonine est r\u00e9absorb\u00e9 par la premi\u00e8re cellule nerveuse, aussi la deuxi\u00e8me n\u2019en a pas assez. Comme dans une conversation, une personne parle tout le temps et l\u2019autre n\u2019a pas son mot \u00e0 dire, ce qui m\u00e8ne \u00e0 un d\u00e9s\u00e9quilibre de la communication. <em>Lexapro<\/em> bloque le retour de la s\u00e9rotonine dans la premi\u00e8re cellule nerveuse. Cela augmente le montant de la s\u00e9rotonine disponible pour la cellule nerveuse suivante, comme le ferait le mod\u00e9rateur d\u2019une conversation. L\u2019action bloquante aide \u00e0 \u00e9quilibrer la fourniture de s\u00e9rotonine, et la communication retourne \u00e0 la normale. C\u2019est ainsi que <em>Lexapro<\/em> soigne les sympt\u00f4mes de la d\u00e9pression, prenant le r\u00f4le du bon tiers qui viendrait garantir une communication \u00e9quitable.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous \u00e9tions d\u00e9j\u00e0 sensibilis\u00e9s \u00e0 la d\u00e9tresse du malheureux neurone qui ne recevait pas assez de lait de sa m\u00e8re, nous voil\u00e0 confront\u00e9s \u00e0 la triste histoire d\u2019un neurone qui n\u2019est pas reconnu comme un partenaire de l\u2019\u00e9change. L\u2019art du marketing consiste ici \u00e0 nous faire passer de l\u2019abstraction d\u2019un hypoth\u00e9tique d\u00e9ficit en s\u00e9rotonine \u00e0 la figuration d\u2019un manque fondamental, corrig\u00e9 par le m\u00e9dicament. Le prescripteur, comme le \u00ab&nbsp;malade&nbsp;\u00bb, ne manqueront pas de trouver dans ces fables le sentiment que la cause de la souffrance psychique est ici bien cibl\u00e9e. Il ne reste plus qu\u2019\u00e0 se procurer le merveilleux correcteur qui saura aussi bien effacer le drame de la d\u00e9pl\u00e9tion que celui de l\u2019absence de reconnaissance de synapses en d\u00e9tresse. Un sentiment de qui\u00e9tude ne peut manquer de s\u2019imposer \u00e0 nous, si nous pensons qu\u2019un tel rem\u00e8de existe, non pas comme une drogue qu\u2019il faudrait se procurer \u00e0 prix d\u2019or dans des endroits louches, mais comme un produit l\u00e9gal, en vente dans toutes les bonnes pharmacies et rembours\u00e9 par l\u2019assurance-maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>La boucle semble ici tourner parfaitement. Le d\u00e9s\u00e9quilibre dans la s\u00e9rotonine est causal, les ISRS le corrigent et leur efficacit\u00e9 &#8211; prouv\u00e9e -vient d\u00e9montrer que le m\u00e9canisme causal \u00e9tait exact. L\u2019efficacit\u00e9 suppos\u00e9e des antid\u00e9presseurs dans de multiples indications permet de poser par inf\u00e9rence que l\u2019ensemble des troubles psychiatriques rel\u00e8ve prioritairement du domaine des traitements m\u00e9dicamenteux. \u00c0 noter que les TCC sont gracieusement invit\u00e9es en suppl\u00e9tifs par <em>Prozac.com<\/em>, histoire sans doute de corriger quelques erreurs cognitives malheureuses, que les patients auraient malencontreusement conserv\u00e9es, malgr\u00e9 leur parfaite gu\u00e9rison biologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait vraiment \u00eatre un esprit chagrin, non trait\u00e9 par les antid\u00e9presseurs, ou un psychanalyste attard\u00e9, pour \u00e9mettre des r\u00e9serves sur cette belle histoire des progr\u00e8s fulgurants de la m\u00e9decine moderne et s\u2019\u00e9tonner du fait que les antid\u00e9presseurs ont fini par \u00eatre employ\u00e9s \u00e0 toutes les sauces, comme si le d\u00e9s\u00e9quilibre en s\u00e9rotonine pouvait bien \u00eatre la cause tout aussi bien des d\u00e9pressions, des obsessions, des phobies, de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb ou chronique et pour finir des divers troubles fonctionnels hyst\u00e9riformes. \u00ab&nbsp;\u00c7a marche et \u00e7a vous g\u00eane&nbsp;!&nbsp;\u00bb sera l\u2019argument massue oppos\u00e9 par les tenants de la psychiatrie biologique \u00e0 ceux qui auraient des doutes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ennui, c\u2019est que cette hypoth\u00e8se d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre en s\u00e9rotonine ne recevra jamais l\u2019ombre d\u2019une preuve, malgr\u00e9 d\u2019intenses recherches men\u00e9es dans ce sens, comme le montre la revue d\u00e9taill\u00e9e sur la question publi\u00e9e par J.R. Lacasse et J. Leo (2005). Au contraire, r\u00e9sumant de multiples recherches dans sa sp\u00e9cialit\u00e9, le Professeur en neurosciences qu\u2019est Elliot Valenstein peut \u00e9crire, d\u00e8s 1998&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bien qu\u2019il soit souvent d\u00e9clar\u00e9 avec une grande confiance que les d\u00e9prim\u00e9s ont une d\u00e9ficience en s\u00e9rotonine ou en nore-pinephrine, tout vient prouver le contraire de cette revendication&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Professeur de psychiatrie \u00e0 Harvard, Glenmullen r\u00e9sume la question deux ans apr\u00e8s, en indiquant qu\u2019un \u00ab&nbsp;d\u00e9ficit en s\u00e9rotonine n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 dans le cas de la d\u00e9pression&nbsp;\u00bb(2001). Compte tenu de l\u2019hypercomplexit\u00e9 du cerveau et de la n\u00e9cessit\u00e9 de penser ses divers niveaux d\u2019organisation dans des termes sp\u00e9cifiques, les affirmations des laboratoires t\u00e9moignent d\u2019un double r\u00e9ductionnisme, celui de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 son fonctionnement biologique, r\u00e9duit \u00e0 son tour \u00e0 la transmission synaptique. Guy Hugnet (2004) traduira dans son ouvrage les doutes concernant les fameuses preuves de l\u2019efficacit\u00e9 des ISRS, en se procurant quatre \u00e9tudes cliniques contre-placebo retenues par la <em>Food and Drug Administation<\/em> (FDA) pour autoriser le <em>Prozac<\/em>. En effet deux de ces \u00e9tudes ne r\u00e9v\u00e8lent aucune sup\u00e9riorit\u00e9 du m\u00e9dicament sur le placebo. Une autre indique qu\u2019un certain nombre de personnes prenaient \u00e9galement des anxiolytiques et des hypnotiques, tandis que la derni\u00e8re montre une efficacit\u00e9 du <em>Prozac<\/em> sur un \u00e9chantillon infime de 37 patients.<\/p>\n\n\n\n<p>Travaillant sur un grand nombre de recherches, deux \u00e9tudes vont venir d\u00e9faire en 2008 cette fable d\u2019une efficacit\u00e9 \u00ab&nbsp;prouv\u00e9e&nbsp;\u00bb des antid\u00e9presseurs de type ISRS. La premi\u00e8re m\u00e9ta-analyse (Turner et coll. 2008) compile des donn\u00e9es soumises \u00e0 la FDA pour 12 m\u00e9dicaments antid\u00e9presseurs entre 1987 et 2004. Elle vient nous r\u00e9v\u00e9ler une politique s\u00e9lective de publication des donn\u00e9es recueillies lors des essais cliniques. Pas de probl\u00e8me pour publier celles qui tendent \u00e0 montrer une efficacit\u00e9 des m\u00e9dicaments, soit 38 sur 74 \u00e9tudes enregistr\u00e9es par la FDA. Une seule des \u00e9tudes retenues comme n\u00e9gative par le r\u00e9gulateur sera publi\u00e9e en tant que telle, tandis que 11 autres r\u00e9sultats n\u00e9gatifs seront publi\u00e9s sous un biais qui semble les rendre \u00ab&nbsp;positives&nbsp;\u00bb, 22 effets n\u00e9gatifs seront tus et n\u2019appara\u00eetront jamais dans la litt\u00e9rature. Les essais publi\u00e9s viendront donner l\u2019impression d\u2019une grande convergence des essais cliniques en faveur de l\u2019efficacit\u00e9 des produits, alors que ce n\u2019est pas le cas si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019ensemble des \u00e9tudes fournies. Il est bien \u00e9vident que les m\u00e9decins du monde entier seront inform\u00e9s par les publications favorables.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me m\u00e9ta-analyse, conduite par Kirsch, vient compl\u00e9ter ces donn\u00e9es en \u00e9tudiant toutes les \u00e9tudes recueillies par la FDA sur six antid\u00e9presseurs de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. La diff\u00e9rence entre ces m\u00e9dicaments et les placebos n\u2019appara\u00eet que dans le cas d\u2019une petite minorit\u00e9 de patients dont la d\u00e9pression a \u00e9t\u00e9 reconnue comme s\u00e9v\u00e8re. M\u00eame dans ces cas de d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re, la diff\u00e9rence entre les m\u00e9dicaments et le placebo \u00e9tait due au fait que le placebo devenait moins actif, tandis qu\u2019il n\u2019y avait pas de preuve d\u2019une efficacit\u00e9 suppl\u00e9mentaire des antid\u00e9presseurs. Quoi qu\u2019il en soit, cette \u00e9tude fait appara\u00eetre que les antid\u00e9presseurs peuvent avoir une efficacit\u00e9 clinique uniquement dans le cas de d\u00e9pression grave, ce qui repr\u00e9sente un petit pourcentage par rapport aux prescriptions massives d\u2019antid\u00e9presseurs qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p>Une r\u00e9ponse rapide des services de communication des laboratoires a bien eu lieu, du style il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer les d\u00e9prim\u00e9s, en proposant de \u00ab&nbsp;laisser la parole aux cliniciens&nbsp;\u00bb (cf <em>Le Monde<\/em> du 28 f\u00e9vrier 2008, page 8). Bien loin de prendre en compte ces informations, le site <em>Prozac.com<\/em> continue de plus belle \u00e0 nous ass\u00e9ner que des millions de personnes ont \u00ab&nbsp;gu\u00e9ri de leur d\u00e9pression&nbsp;\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 ce m\u00e9dicament. Se faisant encore plus insistant, il nous affirme maintenant que sur les 18 millions d\u2019Am\u00e9ricains souffrant chaque ann\u00e9e de d\u00e9pression beaucoup vont r\u00e9cidiver&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous devez savoir qu\u2019apr\u00e8s votre premier \u00e9pisode de d\u00e9pression, vous avez 50&nbsp;% de chances d\u2019en faire un autre. Et, apr\u00e8s que vous ayez eu cette r\u00e9cidive, il y a 70&nbsp;% de chances pour que vous ayez un troisi\u00e8me \u00e9pisode. \u00ab&nbsp;Ainsi, gentiment mise en garde par <em>Prozac.com<\/em>, ces 18 millions d\u2019Am\u00e9ricains malheureux n\u2019ont plus qu\u2019\u00e0 consommer un nouveau produit, \u00ab&nbsp;<em>Prozac weekly<\/em>&nbsp;\u00bb, un comprim\u00e9 hebdomadaire, manifestement destin\u00e9 \u00e0 un usage au tr\u00e8s long cours. Avec la pr\u00e9vention quant au risque de r\u00e9cidive, le traitement \u00e0 vie se profile. Selon la formule classique de toutes les publicit\u00e9s destin\u00e9es aux consommateurs, il est ici indiqu\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Parlez-en \u00e0 votre m\u00e9decin&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est bien \u00e9vident qu\u2019un tel mythe de l\u2019efficacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des antid\u00e9presseurs n\u2019a pu se d\u00e9velopper sans que plusieurs parties y aient trouv\u00e9 leur compte. Les tenants d\u2019une psychiatrie en blouse blanche y ont vu l\u2019occasion de prendre leur revanche, apr\u00e8s une p\u00e9riode de d\u00e9clin d\u2019un organicisme d\u00e9brid\u00e9 devenu aussi d\u00e9suet que les vielles lubies sur les d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences. L\u2019efficacit\u00e9 suppos\u00e9e des antid\u00e9presseurs est venue conforter la position de ceux qui souhaitent rester \u00e0 bonne distance de leurs \u00ab&nbsp;malades&nbsp;\u00bb, consid\u00e9r\u00e9s comme des porteurs d\u2019anomalies biologiques qu\u2019il fallait traiter, comme tout m\u00e9decin soigne une affection organique. En \u00e9coutant quelqu\u2019un dans l\u2019optique de la recherche des sympt\u00f4mes d\u2019une maladie ou d\u2019une anomalie biologique, n\u2019\u00e9chappe-t-on pas de mani\u00e8re tr\u00e8s efficace aux affects suscit\u00e9s par une autre \u00e9coute, celle qui passe n\u00e9cessairement par un temps pr\u00e9alable d\u2019identification aux patients, avant toute interpr\u00e9tation possible&nbsp;? Le fantasme d\u2019une omnipotence du th\u00e9rapeute, \u00e0 la mesure de sa position objective, sans implication personnelle, peut rendre compte d\u2019une fascination pour les arguments des laboratoires. Il a fallu aussi que l\u2019ensemble des m\u00e9decins se mette de la partie pour expliquer la diffusion exponentielle des antid\u00e9presseurs. Prendre en charge la douleur psychique demande un temps d\u2019\u00e9coute et de formation \u00e0 la compr\u00e9hension des probl\u00e8mes important, tout en exposant le praticien \u00e0 vivre des affects qu\u2019il n\u2019est pas toujours pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 aborder. La solution consistant \u00e0 prescrire des antid\u00e9presseurs &#8211; quasiment \u00e0 tout patient non psychotique pr\u00e9sentant une souffrance psychique &#8211; semble \u00eatre venue comme une bonne nouvelle quant \u00e0 la possibilit\u00e9 de retrouver une aura, souvent mise \u00e0 mal par des troubles r\u00e9sistants aux th\u00e9rapeutiques m\u00e9dicales classiques.<br>Rien n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 possible, bien entendu, sans la croyance des patients eux-m\u00eames en ce mythe d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre biologique \u00e0 corriger. Pas de gu\u00e9rison de type effet placebo sans croyance partag\u00e9e entre le m\u00e9decin et son malade. Le marketing semble bien avoir r\u00e9ussi \u00e0 diffuser dans ce domaine les recettes d\u2019un nouvel \u00e2ge de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Chacun sait qu\u2019il ne s\u2019agit plus de consommer dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales uniquement pour satisfaire des besoins de base ou pour acheter des produits susceptibles de faciliter notre vie. L\u2019offre fonctionne sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un manque \u00e0 combler concernant votre \u00eatre, d\u2019un \u00ab&nbsp;plus&nbsp;\u00bb permettant \u00e0 votre image de tendre vers une compl\u00e9tude r\u00e9serv\u00e9e aux <em>happy fews<\/em>. Dans le cas des antid\u00e9presseurs cette recette a parfaitement fonctionn\u00e9, puisqu\u2019il s\u2019agissait de combler un manque suppos\u00e9 inscrit au c\u0153ur de leurs synapses. On peut imaginer que des patients, en situation d\u2019impasse de repr\u00e9sentation d\u2019eux-m\u00eames avec les autres, aient pu ainsi se reconfigurer avec un objet de compl\u00e9ment narcissique. Un couplage entre le m\u00e9decin et son malade a pu ainsi se mettre en place, l\u2019un s\u2019offrant avec ses antid\u00e9presseurs \u00e0 \u00eatre celui qui peut combler le manque fondamental de l\u2019autre.<br>Tous les acteurs de la saga de la pilule du bonheur ont pu ainsi y trouver leur compte. Malgr\u00e9 les m\u00e9ta-analyses cit\u00e9es plus haut, tout donne \u00e0 penser que la croyance en l\u2019efficacit\u00e9 des antid\u00e9presseurs n\u2019est pas encore pr\u00eate \u00e0 \u00eatre abandonn\u00e9e, tant que l\u2019industrie n\u2019aura pas pu proposer une autre classe de m\u00e9dicaments sur laquelle pourra \u00eatre report\u00e9e l\u2019attente des prescripteurs et du public. Faisons le pari qu\u2019on nous pr\u00e9sentera bient\u00f4t une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de produits, tandis que certains sont d\u00e9j\u00e0 en train d\u2019implanter des \u00e9lectrodes dans le cerveau de leurs patients, pour leur faire des \u00ab&nbsp;stimulations c\u00e9r\u00e9brales profondes&nbsp;\u00bb, l\u00e0 o\u00f9 leurs \u00ab&nbsp;circuits neuronaux&nbsp;\u00bb dysfonctionnent\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Position d\u00e9pressive et perte de confiance dans les liens<\/h2>\n\n\n\n<p>Si l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre en s\u00e9rotonine semble bien improbable, le sc\u00e9nario publicitaire des laboratoires pharmaceutiques contient une part de v\u00e9rit\u00e9. La d\u00e9pression ne rel\u00e8ve-t-elle pas en son fond d\u2019un trouble relationnel inscrit au c\u0153ur de la psych\u00e9&nbsp;? Non pas entre deux neurones, comme cherche \u00e0 nous le faire croire le marketing, mais bien plut\u00f4t entre soi et les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle que soit l\u2019histoire singuli\u00e8re de ces patients, leur confiance dans les liens semble bien s\u2019\u00eatre bris\u00e9e \u00e0 un moment de leur vie, sous-tendant leur propension \u00e0 la d\u00e9pression. Cette cassure peut trouver son origine dans les dysfonctionnements des liens premiers, dans la trace du d\u00e9sespoir \u00e0 se sentir vraiment pris en compte dans l\u2019\u00e9change. Les modalit\u00e9s en sont diverses, allant d\u2019un manque d\u2019accordage dans les premiers liens interpersonnels, \u00e0 des v\u00e9cus traumatiques ou de maltraitance, contribuant \u00e0 inscrire dans la psych\u00e9 un sentiment d\u2019\u00e9chec quant \u00e0 la possibilit\u00e9 de constituer un sens de soi avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Si ces rat\u00e9s de la reconnaissance pr\u00e9coce et de l\u2019int\u00e9riorisation d\u2019un lien subjectalisant (Wainrib, 2006) sont une source de potentialit\u00e9 d\u00e9pressive, des \u00e9v\u00e9nements ult\u00e9rieurs sont susceptibles de susciter un tel effondrement de la confiance dans les liens. Si l\u2019environnement du sujet g\u00e9n\u00e8re, de son point de vue, un tel sentiment de perte de reconnaissance de son \u00eatre, il peut l\u2019entra\u00eener dans les impasses du v\u00e9cu de n\u2019\u00eatre rien pour personne. C\u2019est la confiance acquise dans l\u2019enfance qui permet de r\u00e9sister au mieux aux exp\u00e9riences douloureuses de la vie adulte, \u00e0 ces moments o\u00f9 on peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 douter de la fiabilit\u00e9 des autres, de la possibilit\u00e9 de trouver quelqu\u2019un avec qui partager du plaisir dans une relation privil\u00e9gi\u00e9e. Faute d\u2019anticiper une rencontre source de plaisir, mais aussi une pr\u00e9sence appropri\u00e9e en cas de mal \u00eatre, le d\u00e9pressif tente souvent de se d\u00e9fendre par des positions narcissiques, ou la tentative de nouer des relations fusionnelles vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Si ces liens palliatifs craquent, la potentialit\u00e9 d\u00e9pressive s\u2019actualise dans divers tableaux, autour d\u2019une culpabilit\u00e9 ou d\u2019un sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 qui tentent de donner du sens \u00e0 une d\u00e9tresse brute.<\/p>\n\n\n\n<p>Prolongeant le travail de Freud (1915) sur deuil et m\u00e9lancolie, M\u00e9lanie Klein a d\u00e9crit la position d\u00e9pressive, en relation \u00e0 l\u2019angoisse de d\u00e9truire son objet d\u2019amour, attaqu\u00e9 en raison de son inad\u00e9quation quant aux attentes du sujet. Elle nous pr\u00e9sente autre chose qu\u2019un simple stade du d\u00e9veloppement (M. Klein, 1952), d\u00e9pass\u00e9 par la maturation, dans la mesure o\u00f9 le destin des relations d\u2019objet infl\u00e9chit toute une vie. Le terme de position est li\u00e9 pour elle \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de pouvoir regrouper anxi\u00e9t\u00e9s et d\u00e9fenses sp\u00e9cifiques. Je souhaite reprendre ce terme de position d\u00e9pressive parce qu\u2019il connote une position du sujet, li\u00e9e \u00e0 toute une dynamique complexe.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9connaissant la perte de confiance \u00e9voqu\u00e9e plus haut, nous risquerions cependant de partir dans une direction erron\u00e9e en consid\u00e9rant que la d\u00e9pression r\u00e9sulterait uniquement des attaques sadiques men\u00e9es par le sujet contre son objet. En effet, l\u2019interpr\u00e9tation classique suppose que l\u2019angoisse d\u00e9pressive r\u00e9sulte du fantasme de destruction de l\u2019objet, le surmoi sadique du d\u00e9prim\u00e9 devenant porteur des attaques contre l\u2019objet auquel s\u2019est identifi\u00e9 le d\u00e9prim\u00e9. Pour \u00eatre partiellement appropri\u00e9, ce mode interpr\u00e9tatif ne prend pas assez en compte ce qui a pu s\u2019effondrer dans le lien entre le sujet et son environnement et risque de renforcer <em>in fine<\/em> le sentiment du d\u00e9pressif d\u2019\u00eatre mauvais, puisque c\u2019est son agressivit\u00e9 excessive contre l\u2019objet ou son intol\u00e9rance \u00e0 la frustration, qui l\u2019aurait mis dans cette triste situation.<\/p>\n\n\n\n<p>Je propose donc de garder le terme de \u00ab&nbsp;position d\u00e9pressive&nbsp;\u00bb, mais repris ici comme un mixte, entre un sentiment de n\u2019\u00eatre rien pour personne, et des tentatives d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es pour pallier \u00e0 ce terrible sentiment d\u2019une perte de confiance dans les fondements du lien intersubjectif. La position d\u00e9pressive nous appara\u00eet comme un effort ultime pour continuer \u00e0 se penser au centre d\u2019un monde qui s\u2019effrite. Coupable ou minable, parfois les deux, le d\u00e9pressif ne s\u2019efforce-t-il pas de se maintenir dans une position centrale&nbsp;? Ne s\u2019accuse-t-il pas d\u2019\u00eatre coupable de tout ce qui lui arrive, voire de tout ce qui arrive dans le monde, se pla\u00e7ant ainsi dans une position autor\u00e9f\u00e9rentielle&nbsp;? Ne r\u00e9pond-il pas ainsi au sentiment que personne ne le consid\u00e8re en sujet&nbsp;? Ne se laissant pas \u00ab&nbsp;d\u00e9culpabiliser&nbsp;\u00bb par ceux qui voudraient na\u00efvement lui remonter le moral, le d\u00e9prim\u00e9 prot\u00e8ge ses ultimes remparts contre l\u2019effondrement dans un vide n\u00e9antisant, parce qu\u2019il a trouv\u00e9 l\u00e0 une mani\u00e8re de tirer dans son for int\u00e9rieur toutes les ficelles d\u2019un monde, qui lui a sembl\u00e9 couper tous les ponts vitaux avec lui. Se reprochant son inf\u00e9riorit\u00e9, ses insuffisances, il semble aussi nous dire que si seulement il avait eu ce qui lui manque si cruellement, alors l\u00e0, oui, ses objets auraient pu \u00eatre l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ces remparts face au n\u00e9ant que nous pouvons trouver l\u2019une des principales difficult\u00e9s rencontr\u00e9e par l\u2019approche psychanalytique de ces patients. Envahi par une logique de d\u00e9fiance, le d\u00e9prim\u00e9 craint de s\u2019engager dans une relation, d\u2019attendre quelque chose de quelqu\u2019un. La discontinuit\u00e9 des s\u00e9ances, les in\u00e9vitables d\u00e9fauts d\u2019ad\u00e9quation de la part de l\u2019analyste, risquent vite de devenir des preuves du bien-fond\u00e9 de la position qui consiste d\u00e9fensivement \u00e0 n\u2019attendre plus rien de personne. La question de confiance dans les liens est ici au premier plan et ne peut se r\u00e9soudre uniquement par une position interpr\u00e9tative de l\u2019analyste. C\u2019est autant la fiabilit\u00e9 de l\u2019analyste, sa capacit\u00e9 \u00e0 saisir les enjeux latents, que sa capacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre ce qui vient raviver les blessures de l\u2019analysant dans la relation avec lui, qui vont permettre \u00e0 la situation d\u2019\u00e9voluer. Progressivement, l\u2019analysant et l\u2019analyste pourront trouver ensemble les voies qui permettent de construire l\u2019histoire du sujet en lien \u00e0 l\u2019histoire de ce qui se joue entre les deux partenaires de la rencontre analytique.<\/p>\n\n\n\n<p>La position d\u00e9pressive ne fonctionne qu\u2019en posant le sujet en responsable de toutes les catastrophes de sa vie. Elle doit pouvoir se transformer en un sentiment de ne pas \u00eatre forc\u00e9ment la cause de tout ce qui s\u2019est mal pass\u00e9 dans son histoire, mais de pouvoir devenir coauteur de la construction de son histoire, telle qu\u2019elle chemine dans une authentique rencontre analytique.<br>Traiter la position d\u00e9pressive ne passe donc pas forc\u00e9ment par la prescription de m\u00e9dicaments, m\u00eame si ceux-ci restent aujourd\u2019hui indiqu\u00e9s dans les d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res, qui peuvent n\u00e9cessiter un traitement institutionnel. Dans la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des cas, n\u2019est-il pas possible pour le patient de produire ses propres \u00ab&nbsp;antid\u00e9presseurs&nbsp;\u00bb, beaucoup plus sophistiqu\u00e9s que ceux de l\u2019industrie pharmaceutique, en \u00e9laborant l\u2019histoire de sa perte de confiance au cours d\u2019un travail analytique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibiographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Freud S. (1915), \u00ab&nbsp;Deuil et m\u00e9lancolie&nbsp;\u00bb, <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes XIII<\/em>, p.&nbsp;259-278, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Glenmullen J. (2001), <em>Prozac backlash: Overcoming the dangers of prozac, zoloft, paxiland other antidepressants with safe, effective alternatives<\/em>, New York, Simon and Schuster, 384 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Healy D. (2002), <em>Le temps des antid\u00e9presseurs<\/em>, Seuil, coll. \u00ab&nbsp;Les emp\u00eacheurs de penser en rond&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Hugnet G., (2004), <em>Antid\u00e9presseurs, la grande intoxication<\/em>, Le Cherche-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>Kirsch I, Deacon BJ, Huedo-Medina TB, Scoboria A, Moore TJ, Johnson BT, <em>Initial severity and antidepressant benefits&nbsp;: a meta analysis of data submitted to the Food and Drug Administration<\/em>, PLoS Med 2008, 5(2)&nbsp;: e45.<\/p>\n\n\n\n<p>Klein M. (1952) <em>Envie et gratitude<\/em>. PUF<\/p>\n\n\n\n<p>Lacasse Jeffrey R., Leo Jonathan, (2005), <em>Serotonin and depression&nbsp;: a disconnect between the advertisements and the scientific literature<\/em>, Plos Med. 2 (12): e 392.<\/p>\n\n\n\n<p>Turner EH, Matthews AM, Linardatos E, Tell RA, Rosenthal R, <em>Selective publication of antidepressant trials and its influence on apparent efficacy<\/em>, N Engl J Med 2008, 358(3): 252-60.<\/p>\n\n\n\n<p>Valenstein E.S. (1998) <em>Blaming the brain: The truth about drugs and mental health<\/em>, NewYork, Free Press. 292 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Wainrib S. (2006), <em>Un changement de paradigme pour une psychanalyse diversifi\u00e9e<\/em> (p.19 \u00e0 58), dans Richard F. Wainrib S. (dir.) <em>La subjectivation<\/em>. Dunod 2006.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10037?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les donn\u00e9es cumulatives font aujourd\u2019hui appara\u00eetre que des centaines de millions de patients ont pris des antid\u00e9presseurs, dans une centaine de pays. De tels chiffres montrent l\u2019influence du point de vue sur la d\u00e9pression consid\u00e9r\u00e9e comme une maladie. Un v\u00e9ritable&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1215,1245],"thematique":[244,221],"auteur":[1695],"dossier":[827],"mode":[60],"revue":[828],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10037","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychopathologie","rubrique-soin","thematique-depression","thematique-psychiatrie","auteur-steven-wainrib","dossier-depression-et-medicament","mode-payant","revue-828","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10037","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10037"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10037\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17192,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10037\/revisions\/17192"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10037"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10037"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10037"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10037"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10037"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10037"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10037"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}