{"id":10023,"date":"2021-08-22T07:31:09","date_gmt":"2021-08-22T05:31:09","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/trajectoires-de-la-douleur-2\/"},"modified":"2021-10-02T15:01:49","modified_gmt":"2021-10-02T13:01:49","slug":"trajectoires-de-la-douleur","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/trajectoires-de-la-douleur\/","title":{"rendered":"Trajectoires de la douleur"},"content":{"rendered":"\n<p>Le th\u00e8me de ce colloque \u2013 vaste programme contenu en deux mots &#8211; m\u2019a plong\u00e9e tout un temps dans la perplexit\u00e9 quant \u00e0 l\u2019angle sous lequel je souhaitais le traiter&nbsp;: la dimension vague de mon titre, donn\u00e9 en ce temps d\u2019ind\u00e9cision, le r\u00e9v\u00e8le. Trajectoires, certes, mais d\u2019o\u00f9 \u00e0 o\u00f9&nbsp;? Comme l\u2019\u00e9crit, dans une de ses lettres, Madame de Sta\u00ebl, \u00ab&nbsp;il y a toujours des d\u00e9couvertes \u00e0 faire dans le pays de la douleur&nbsp;\u00bb (1766-1817). J\u2019ai oscill\u00e9 d\u2019un point \u00e0 l\u2019autre, reliant toujours affect et repr\u00e9sentation, mais changeant de vertex&nbsp;: parlerais-je de la douleur de penser ou de la pens\u00e9e de la douleur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Penser la douleur&nbsp;: c\u2019est, tout d\u2019abord, sous cet angle que j\u2019aurais voulu traiter ce th\u00e8me&nbsp;: comment pense-t-on la douleur&nbsp;? A quoi sert d\u2019y penser&nbsp;? Cette pens\u00e9e implique-t-elle \u2013 cela semble \u00e9vident dans l\u2019association des termes \u2013 une liaison entre affect et repr\u00e9sentation, donc un niveau d\u2019\u00e9laboration psychique susceptible de rendre supportable certaines douleurs&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 cependant conduite tr\u00e8s vite dans la voie contraire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de la douleur physique, celle dont traite souvent S. Freud, confronte ceux qui la connaissent, du moins au-del\u00e0 d\u2019une certaine intensit\u00e9, \u00e0 la mise hors jeu de la pens\u00e9e&nbsp;: la douleur est l\u00e0, taraudante, occupant toute la place, mobilisant la libido qu\u2019elle retire aux objets sans pour autant l\u2019ouvrir sur le traitement psychique&nbsp;: l\u2019\u00e2me qui \u00ab&nbsp;se resserre au trou \u00e9troit de la molaire&nbsp;\u00bb (Freud, 1914) n\u2019est pas une \u00e2me disponible. Tout au contraire, la douleur intense emp\u00eache de penser, et cet emp\u00eachement lui-m\u00eame devient cause de douleur \u2013 ajoutant la douleur d\u2019une perte narcissique \u00e0 celle qui vrille le corps. Dans <em>Au del\u00e0 du principe de plaisir<\/em> (1920), Freud fait remarquer que les violentes actions de d\u00e9charge qu\u2019entra\u00eene la douleur \u00ab&nbsp;se d\u00e9roulent de fa\u00e7on r\u00e9flexe, c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019elles se produisent sans m\u00e9diation de l\u2019appareil animique&nbsp;\u00bb (p. 302) \u2013 donc sans pens\u00e9e. Reprenant, dans ce texte, la th\u00e9orie quantitative de la douleur, qu\u2019il met en parall\u00e8le avec ce qui se joue dans le traumatisme, il \u00e9voque, pour la douleur physique, un d\u00e9plaisir li\u00e9 \u00e0 une effraction du pare-excitation sur une \u00e9tendue limit\u00e9e. La suite d\u00e9crit la mani\u00e8re dont l\u2019\u00e9nergie d\u2019investissement est alors rappel\u00e9e, \u00ab&nbsp;venant de toute part, pour cr\u00e9er dans le voisinage du point d\u2019effraction des investissements \u00e9nerg\u00e9tiques d\u2019une intensit\u00e9 correspondante. Il s\u2019\u00e9tablit un contre-investissement consid\u00e9rable au profit duquel tous les autres syst\u00e8mes psychiques s\u2019appauvrissent, ce qui entra\u00eene une paralysie ou une diminution \u00e9tendue du reste de l\u2019activit\u00e9 psychique&nbsp;\u00bb (ibid.)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce contre-investissement consid\u00e9rable, cet appauvrissement, quelle forme prennent-ils dans la douleur psychique \u2013 celle qui, exprim\u00e9e ou non, conduit les patients \u00e0 consulter&nbsp;? Cette douleur qui accompagne l\u2019exp\u00e9rience de la perte, deuil ou rupture, quelles voies suit-elle, sert-elle de substrat \u00e0 la sublimation, ordinaire ou artistique, alimente-t-elle l\u2019\u0153uvre d\u2019art et comment&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 encore, c\u2019est vers le d\u00e9faut de lien entre repr\u00e9sentation et affect, vers les exp\u00e9riences de vide que mes associations se sont orient\u00e9es, \u00e0 partir de souvenirs de cures \u2013 avec, illustration suppl\u00e9mentaire, le souvenir de certaines \u0153uvres d\u2019art&nbsp;: celles de Beckett et de Bacon, celles d\u2019Henriette Bloch, t\u00e2ches d\u2019encre ou tissages.<\/p>\n\n\n\n<p>Une phrase de Didier Anzieu, dans <em>Les antinomies du narcissisme dans la cr\u00e9ation litt\u00e9raire<\/em> fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019\u00e9crit de Winnicott, <em>La crainte de l\u2019effondrement<\/em>&nbsp;: elle me conduit, par son \u00e9nigme m\u00eame, aux interrogations soulev\u00e9es par la question de la douleur. Que dit Anzieu&nbsp;? Tout d\u2019abord ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;La cr\u00e9ation (\u2026) met en \u0153uvre, en les mettant dans une \u0153uvre, tant\u00f4t les motions pulsionnelles, les \u00e9mois, les sensations demeur\u00e9es in\u00e9labor\u00e9es en lui parce que le sujet \u00e9tait trop jeune ou trop perturb\u00e9 quand elles se sont produites (c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas en \u00e9tat d\u2019\u00eatre un sujet), tant\u00f4t les gestes, les mots, les sensations qui ont affect\u00e9 autrefois quelqu\u2019un d\u2019autre, aujourd\u2019hui mort ou \u00e9loign\u00e9, pour qui il a \u00e9t\u00e9 important ou qui compte toujours pour lui, et qu\u2019il a enterr\u00e9 vivant, dans cette crypte psychique secr\u00e8te o\u00f9 quelque chose de ce que le disparu est suppos\u00e9 avoir ressenti dans certaines circonstances continue d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent au sujet, et actif \u00e0 son insu, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un membre \u00ab\u00a0fant\u00f4me\u00a0\u00bb&nbsp;\u00bb (1980, p. 123). Et un peu plus loin, \u00e0 propos des productions cr\u00e9atrices exceptionnelles&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une exp\u00e9rience est advenue, qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e ni m\u00eame \u00e9prouv\u00e9e comme telle car (\u2026.) si elle est advenue directement \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9, celui ci n\u2019existait pas comme sujet apte \u00e0 l\u2019\u00e9prouver, soit que, trop jeune, il ne s\u2019\u00e9tait pas encore constitu\u00e9 en sujet, soit que l\u2019exp\u00e9rience fut un choc si inattendu, si perturbant, si brutal qu\u2019il n\u2019y eut plus en face d\u2019elle un sujet capable de la ressentir&nbsp;\u00bb (ibid, p. 124).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette perspective, qui peut sembler paradoxale, met donc au c\u0153ur de cr\u00e9ations hors du commun non pas le travail d\u2019\u00e9laboration psychique mais un reste in\u00e9labor\u00e9, pas m\u00eame enregistr\u00e9 ni \u00e9prouv\u00e9 \u2013 laissant l\u2019affect hors circuit tout comme la repr\u00e9sentation. Qu\u2019en est-il dans la clinique&nbsp;? Chez certains patients, l\u2019\u00e9vitement de penser, et l\u2019effacement du ressenti donnent un curieux effet de d\u00e9saffectation qui surprend, met mal \u00e0 l\u2019aise, pousse l\u2019analyste \u00e0 prendre sur lui, en lui, l\u2019affect non exprim\u00e9 et m\u00eame non trouv\u00e9\/retrouv\u00e9, le conduisant ainsi \u00e0 en suivre la trace en creux et les effets d\u00e9vastateurs de ce creux. A penser \u00e0 partir de cet affect absent, \u00e0 suivre le fil associatif qui relierait cette absence \u00e0 une repr\u00e9sentation, une sc\u00e8ne \u2013 \u00e0 voir, tout au moins, si elle a pu s\u2019inscrire, \u00e0 moins qu\u2019elle n\u2019ait \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;ni enregistr\u00e9e ni m\u00eame \u00e9prouv\u00e9e comme telle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Car, il est vrai, ce n\u2019est pas la douleur que l\u2019on pense&nbsp;: ce que l\u2019on pense, c\u2019est la perte et c\u2019est cette pens\u00e9e, taraudante, envahissante, comme en rend compte le cahier de Duras plus tard intitul\u00e9 <em>La Douleur<\/em>. Pens\u00e9e qui, pour certains, semble susceptible d\u2019entra\u00eener, si elle devenait consciente, une douleur telle qu\u2019ils s\u2019en d\u00e9tournent radicalement. Si radicalement qu\u2019ils ne gardent trace ni de la perte ni de la douleur&nbsp;: ne subsiste que le contre-investissement qui met, par sa massivit\u00e9 m\u00eame, l\u2019analyste sur la trace de cette horreur sans nom, cet impensable.<\/p>\n\n\n\n<p>Marine prend rendez-vous au d\u00e9cours d\u2019une rupture amoureuse dont les effets la d\u00e9concertent&nbsp;: rupture voulue par elle selon des modalit\u00e9s qui se r\u00e9p\u00e8tent dans sa vie&nbsp;: rencontres passionnelles, engagement fougueux, relation v\u00e9cue sans vie commune, place de Marine dans une configuration amoureuse triangulaire dans laquelle elle est cens\u00e9e occuper la place privil\u00e9gi\u00e9e, du moins jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle ne supporte plus l\u2019existence de l\u2019autre. Elle a \u2013 \u00e0 une exception pr\u00e8s &#8211; toujours su d\u00e9cider du temps de la rupture, en codifier le rituel et ses contours \u2013 rester en lien, ne pas perdre tout \u00e0 fait l\u2019autre. Ma\u00eetriser ce qui, d\u00e8s lors, ne lui apparaissait pas comme une perte.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, et depuis quelque temps, elle est non pas triste, pas dans la douleur, mais comme d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e de quelque chose \u2013 c\u2019est du moins ce que je ressens \u00e0 l\u2019entendre, tandis qu\u2019elle me pr\u00e9sente vaillamment la situation et son histoire, assise de biais dans le fauteuil, nette et droite, portant courageusement la t\u00eate haute. Tout son r\u00e9cit (il lui est alors difficile d\u2019associer librement) tente d\u2019organiser le contr\u00f4le&nbsp;: celui du pass\u00e9, qu\u2019elle veut d\u00e9rouler logiquement et selon une temporalit\u00e9 sans faille&nbsp;; celui du pr\u00e9sent, qu\u2019elle ponctue de \u00ab&nbsp;Je dois&nbsp;; il faut que&nbsp;\u00bb, injonctions \u00e0 se reprendre, \u00e0 ne plus se laisser envahir par le trouble, par la fatigue, par l\u2019angoisse concernant son \u00e9nergie et son efficacit\u00e9 au travail. Plusieurs s\u00e9ances se passeront avant que je ne lui souligne qu\u2019elle exige beaucoup d\u2019elle-m\u00eame&nbsp;: et pourquoi tant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a, dit-elle alors, en ce moment, si peur de ne pas bien faire ce qu\u2019elle a \u00e0 faire. Elle sait, on le lui a toujours fait savoir, qu\u2019elle occupe fort bien son poste dans une entreprise priv\u00e9e de haut niveau, ses fonctions, que l\u2019on peut lui faire confiance, mais en ce moment, envahie par le tourment, elle doute d\u2019elle-m\u00eame et ce doute la fragilise terriblement.<\/p>\n\n\n\n<p>Marine ne veut pas qu\u2019on doute d\u2019elle&nbsp;; elle ne veut pas non plus qu\u2019on la plaigne&nbsp;: et sa mani\u00e8re de se raconter en rend compte. Mais, plus encore, on pourrait parler d\u2019absence d\u2019empathie d\u2019elle \u00e0 elle-m\u00eame lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9voquer les \u00e9pisodes les plus bouleversants de l\u2019enfance et du pass\u00e9 r\u00e9cent. Depuis longtemps, semble-t-il, elle doit prendre sur soi, il lui faut avancer quoi qu\u2019il arrive, ce qu\u2019elle fait en s\u2019affirmant que tout va bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Que dit l\u2019histoire qu\u2019elle raconte, qu\u2019elle expose m\u00eame, plut\u00f4t ais\u00e9ment&nbsp;? Que l\u2019enfance fut heureuse, tr\u00e8s heureuse, aupr\u00e8s de parents qui s\u2019aimaient et l\u2019aimaient. Qu\u2019intervint, apr\u00e8s quelques ann\u00e9es, une rupture dans ce bonheur&nbsp;: la mort d\u2019un fr\u00e8re cadet qui laissa la m\u00e8re dans un \u00e9tat de d\u00e9pression profonde. Marine ne souffrit pas, dit-elle, de cette perte&nbsp;: elle avait sa m\u00e8re, elle devait s\u2019en occuper&nbsp;: elle \u00e9tait si proche d\u2019elle, elles se comprenaient si bien que le p\u00e8re \u00e9tait mis en tiers, en satellite. Et la vie continua ainsi. Jusqu\u2019\u00e0 ce que la m\u00e8re tomb\u00e2t malade &#8211; rong\u00e9e par le chagrin, dit-elle, et en mour\u00fbt. Dans cette histoire d\u2019amour \u00ab&nbsp;sans faille&nbsp;\u00bb, la maladie seule introduit l\u2019abandon de part et d\u2019autre&nbsp;; la place de l\u2019enfant mort, son investissement par la m\u00e8re, est tout \u00e0 la fois admis et ni\u00e9, tout comme les sentiments de la s\u0153ur survivante. La m\u00e8re aimante ne parvient plus \u00e0 tenir son r\u00f4le et, surtout, \u00e0 rester vivante&nbsp;; la fille devient incapable de s\u2019approcher d\u2019elle, jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains affects sont pr\u00e9sents, occupant toute la place&nbsp;: l\u2019amour pour la m\u00e8re, l\u2019amour de la m\u00e8re. Mais de douleur, point&nbsp;; de col\u00e8re, de culpabilit\u00e9 non plus. Un trouble, un flottement tr\u00e8s grand, une perte de contr\u00f4le sur soi qui retentissent sur l\u2019adaptation scolaire et qui entra\u00eenent une angoisse dont je retrouve, dans le v\u00e9cu actuel, la reviviscence. Mais pas la douleur de la perte, pas la ranc\u0153ur de l\u2019abandon&nbsp;: reste alors l\u2019investissement tr\u00e8s fort de sa place aupr\u00e8s du p\u00e8re, reconnu alors comme nouvel objet d\u2019amour et de soutien, et la revendication d\u2019une autonomie qui \u00e9carte le reste de la famille. Avant tout&nbsp;: le contr\u00f4le de la situation. Tenir, travailler, d\u00e9cider du temps de la s\u00e9paration avec le p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avance dans la vie et tout va bien pour elle, dit- elle&nbsp;: un travail qu\u2019elle aime, des amis, des int\u00e9r\u00eats divers&nbsp;; au plan sentimental&nbsp;: rencontres, ruptures, nouvelles rencontres, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui o\u00f9 elle perd pied. Ce qui la ronge, qui l\u2019obs\u00e8de dans la situation actuelle, car ce sont les pens\u00e9es qui l\u2019envahissent, non les affects&nbsp;: cet homme qu\u2019elle quitte, car elle le trouve trop l\u00e9ger, ne ressent pas de douleur devant cette rupture&nbsp;: il s\u2019en tire trop bien, dit-elle, et c\u2019est injuste. Elle l\u2019observe attentivement, le surveille, inconsciente de l\u2019effet de miroir qui se joue dans le rep\u00e9rage, chez lui, de l\u2019absence de douleur apparente. Une rage immense la saisit, inconnue d\u2019elle-m\u00eame, masqu\u00e9e par la rationalisation envahissante.<\/p>\n\n\n\n<p>Injuste&nbsp;: un terme enfantin qui contraste avec le souci de contr\u00f4le, avec la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre, en tout, fiable et performante. Un terme qui \u00e9veille la compassion pour l\u2019enfant abandonn\u00e9e, qui d\u00e9nie la d\u00e9tresse et s\u2019arc-boute sur le refus&nbsp;: refus de s\u2019approcher de la m\u00e8re malade, refus d\u2019\u00eatre aid\u00e9e par qui que ce soit. Refus d\u2019admettre la douleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le d\u00e9roul\u00e9 du r\u00e9cit, au fil de l\u2019\u00e9vocation de la vie, un \u00e9v\u00e9nement notable sur lequel ce terme \u2013 injuste \u2013 me conduit \u00e0 revenir. Peu de temps avant l\u2019engagement dans le lien actuel, Marine avait connu quelques ann\u00e9es de bonheur avec un homme diff\u00e9rent de ceux qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et de celui qui a suivi. Un homme sans autre femme, un homme avec qui la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019aimer avait pu \u00eatre ressentie, \u00e0 l\u2019image de ce qui semble s\u2019\u00eatre jou\u00e9 dans le couple parental. Une nuit, sans aucun signe avant-coureur, il mourut. Elle s\u2019est, dit-elle, bien remise de cette perte, elle pense \u00ab&nbsp;avoir fait son deuil&nbsp;\u00bb, avoir tr\u00e8s bien g\u00e9r\u00e9 &#8211; tandis qu\u2019\u00e0 \u00e9couter son r\u00e9cit, l\u2019horreur de cette mort soudaine me laisse sid\u00e9r\u00e9e, plong\u00e9e dans le malaise. Et il me semble porter seule, face \u00e0 elle qui s\u2019en d\u00e9tourne, la tristesse profonde, abyssale, de cette r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;: le petit fr\u00e8re, la m\u00e8re, l\u2019amant aim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s rapidement, elle para\u00eet ensuite s\u2019engouffrer litt\u00e9ralement dans la relation qu\u2019elle interrompt aujourd\u2019hui et dont la rupture lui fait vivre, tout \u00e0 coup, non pas la tristesse mais la perte angoissante de la ma\u00eetrise de soi, la crainte de s\u2019effondrer professionnellement, ce qui la torture.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment comprendre ce qui se joue aujourd\u2019hui si ce n\u2019est en revenant sur les premi\u00e8res pertes&nbsp;: celle du fr\u00e8re qui, selon elle, n\u2019a donn\u00e9 lieu \u00e0 aucun sentiment de tristesse pas plus \u2013 si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 son r\u00e9cit \u2013qu\u2019au sentiment de triomphe m\u00eal\u00e9 de culpabilit\u00e9 pour avoir supplant\u00e9 un rival&nbsp;; celle de la m\u00e8re, v\u00e9cue dans le retrait, le repli, l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019abandon maternel&nbsp;: abandon sur tous les fronts&nbsp;: par la d\u00e9pression, suivie de la maladie, par l\u2019impossibilit\u00e9 pour la m\u00e8re d\u2019aider sa petite fille dans son mouvement de retrait. La perte du compagnon, renouvellant la brutalit\u00e9 traumatique de la mort du fr\u00e8re, et mobilisant un mouvement de d\u00e9ni maniaque. La douleur&nbsp;: elle semble l\u2019avoir toujours radicalement \u00e9vit\u00e9e, r\u00e9prim\u00e9e, prise dans ce que Winnicott d\u00e9crit dans <em>La crainte de l\u2019effondrement<\/em> (1974)&nbsp;: crainte d\u2019un effondrement d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 mais qui n\u2019a pu \u00eatre ressenti comme tel du fait de l\u2019immaturit\u00e9 du moi \u2013 ou de son impr\u00e9paration face \u00e0 la brutalit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des s\u00e9ances, voil\u00e0 qu\u2019apparaissent des reproches tr\u00e8s projectifs, adress\u00e9s \u00e0 cet homme qui n\u2019est pas suffisamment bless\u00e9&nbsp;: elle le guette, interpr\u00e8te son comportement, ses attitudes, le harc\u00e8le, persuad\u00e9e de son bon droit, de la justice de sa cause. Je souligne alors sa col\u00e8re, la mettant en lien avec les abandons ant\u00e9rieurs&nbsp;: le compagnon perdu, la m\u00e8re d\u00e9prim\u00e9e puis malade, qu\u2019il \u00e9tait impensable d\u2019attaquer rageusement comme elle le fait aujourd\u2019hui pour cet homme d\u00e9cevant qu\u2019ELLE quitte \u2013 mais qui s\u2019en remet.<\/p>\n\n\n\n<p>La suite nous a permis d\u2019aborder peu \u00e0 peu, \u00e0 partir d\u2019une d\u00e9tresse v\u00e9cue sur le mode narcissique (l\u2019angoisse de perdre le contr\u00f4le de ses facult\u00e9s intellectuelles, de s\u2019effondrer) la d\u00e9tresse li\u00e9e \u00e0 la perte de contact avec la m\u00e8re, sous l\u2019impact de la mort du petit fr\u00e8re et que toute l\u2019organisation psychique visait \u00e0 effacer, \u00e0 n\u00e9gativer.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais sous cette organisation active, vivante, mobilis\u00e9e cr\u00e9ativement pour tenir co\u00fbte que co\u00fbte et ayant, en effet, un \u00e9ventail de ressources sublimatoires fort \u00e9tendu (int\u00e9r\u00eat pour le travail, pour les amis, pour la culture \u2013 musique, th\u00e9\u00e2tre, po\u00e9sie -, pour le sport outre l\u2019investissement des relations amoureuses passionn\u00e9es), dans cette vie qui se voudrait conqu\u00e9rante et surtout d\u00e9cisionnaire, luttant pied \u00e0 pied contre les situations de passivation, un comportement secr\u00e8tement masochiste semble, lui aussi, en lien avec cette douleur primaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Bertrand Pontalis rappelle, reprenant Laplanche, ce que nous fait d\u00e9couvrir la cure du plaisir cach\u00e9 dans la souffrance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le mouvement de la cure fait d\u00e9couvrir par quels d\u00e9tours la souffrance est produite, induite, inconsciemment recherch\u00e9e par le sujet lui-m\u00eame afin d\u2019obtenir une prime de plaisir en un autre lieu intrapsychique. La seconde topique en particulier autorise en ce sens une s\u00e9rie d\u2019\u00e9changes complexes dont le plus simple s\u2019\u00e9nonce ainsi&nbsp;: plaisir pour un syst\u00e8me (le surmoi par exemple), d\u00e9plaisir pour un autre (le moi, par exemple)&nbsp;\u00bb (1977, p. 259).<\/p>\n\n\n\n<p>Masud Khan, dans l\u2019article <em>Du masochisme \u00e0 la douleur psychique<\/em> d\u2019o\u00f9 j\u2019ai extrait la citation accompagnant mon titre (\u00ab&nbsp;Ils ont p\u00e9trifi\u00e9 ma vie mentale en voulant m\u2019\u00e9viter la souffrance&nbsp;\u00bb), conclut&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est ainsi que j\u2019ai appris que dans tout fantasme ou pratique masochiste, il y a toujours un noyau de douleur psychique qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu et perdu&nbsp;\u00bb (1979, p. 269).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce noyau de douleur psychique v\u00e9cu et perdu, qui fait \u00e9cho \u00e0 la crypte \u00e9voqu\u00e9e par Anzieu pour la cr\u00e9ation, crypte dont j\u2019ai retrouv\u00e9 l\u2019\u00e9vocation fort troublante dans l\u2019ouvrage de Maurice Corcos consacr\u00e9 \u00e0 Georges Perec, <em>Penser la m\u00e9lancolie<\/em> (2005), ce noyau enkyst\u00e9 et non accessible \u00e0 Marine, n\u2019est-il pas, chez elle aussi, \u00e0 l\u2019origine de conduites qui, en apparence tourn\u00e9es vers le plaisir et l\u2019\u00e9vitement de la douleur, aboutissent \u00e0 des situations profond\u00e9ment douloureuses \u2013 mais dont elle ignore la puissance affective, dans l\u2019illusion de les ma\u00eetriser toujours&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a en effet, de relation en relation, cherch\u00e9\/trouv\u00e9 des hommes qui ne pouvaient lui donner la pr\u00e9sence, l\u2019attachement, la fiabilit\u00e9 susceptibles de la rassurer et d\u2019apaiser sa crainte de la d\u00e9pendance et de la perte et s\u2019est, ce fait, volontairement priv\u00e9e de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la maternit\u00e9, elle qui dit par ailleurs \u2013 sans affect apparent &#8211; combien elle aurait \u00e9t\u00e9 faite pour \u00eatre m\u00e8re. Elle s\u2019est, dans ces relations, confront\u00e9e r\u00e9p\u00e9titivement \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019un tiers, l\u2019autre femme \u2013 dont elle a cru superbement ignorer l\u2019importance, jusqu\u2019au moment o\u00f9 le d\u00e9ni ne tenant plus, elle s\u2019imposait l\u2019\u00e9preuve de la rupture&nbsp;; enfin, elle a transpos\u00e9 dans son travail une exigence de perfection qui la soutient souvent mais contribue \u00e0 la tarauder parfois impitoyablement. La tarauder au point qu\u2019il lui arrive, actuellement, d\u2019\u00eatre sur le point de se mettre en danger de perdre ce travail qui lui tient tant \u00e0 c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Le probl\u00e8me \u00e9conomique du masochisme<\/em>, Freud \u00e9voque le fait que la souffrance satisfait un sentiment de culpabilit\u00e9 inconscient et les exigences du Surmoi&nbsp;: \u00ab&nbsp;pour provoquer la punition par cette derni\u00e8re repr\u00e9sentation parentale [la grande puissance parentale du Destin], le masochiste doit n\u00e9cessairement faire ce qui est inappropri\u00e9, travailler contre son propre avantage, d\u00e9truire les perspectives qui s\u2019ouvrent \u00e0 lui dans son monde r\u00e9el\u2026&nbsp;\u00bb (1924, p. 22). Dans ce texte, il souligne peu avant le fait que conscience morale et morale sont n\u00e9es de la d\u00e9sexualisation du complexe d\u2019\u0152dipe et que, \u00ab&nbsp;par le masochisme moral, la morale est de nouveau sexualis\u00e9e, le complexe d\u2019\u0152dipe est revivifi\u00e9, une voie de r\u00e9gression de la morale au complexe d\u2019\u0152dipe est fray\u00e9e&nbsp;\u00bb (ibid., p. 21). Suivant ce fil, on peut s\u2019interroger, dans le cas de Marine, sur l\u2019impact bouleversant, quant aux am\u00e9nagements des positions \u0153dipiennes de la latence et de la pr\u00e9-adolescence, de la mort du petit fr\u00e8re qui a conduit l\u2019enfant \u00e0 vouer \u00e0 la m\u00e8re un amour sans faille, ne laissant pas de place consciente au p\u00e8re, apr\u00e8s quoi la mort de la m\u00e8re a ouvert sur un rapproch\u00e9 \u0153dipien culpabilisant. S\u2019articulent donc ici l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019int\u00e9gration de l\u2019exp\u00e9rience douloureuse, avec les effets que ce blanc entra\u00eene dans la psych\u00e9, tout comme il a partiellement fig\u00e9 l\u2019\u00e9laboration de la probl\u00e9matique \u0153dipienne sous les deux versants, de l\u2019amour et de la haine, et la culpabilit\u00e9 inconsciente qui trouve, dans les conduites masochistes, mati\u00e8re \u00e0 se satisfaire par une souffrance qui reste n\u00e9anmoins priv\u00e9e de son lien avec son v\u00e9ritable objet. N\u2019ayant pas trouv\u00e9, comme certains artistes, la voie de la cr\u00e9ation, c\u2019est dans une cr\u00e9ativit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la vie m\u00eame que Marine a tent\u00e9 de lier n\u00e9anmoins les mouvements de vie aux mouvements autodestructeurs. Jusqu\u2019au point actuel o\u00f9, sous l\u2019effet de la r\u00e9p\u00e9tition, l\u2019organisation co\u00fbteuse perd de son \u00e9quilibre.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenant sur ce titre, <em>Trajectoires de la douleur<\/em>, je soulignerai combien ces trajectoires sont complexes, diverses, inattendues et peuvent ouvrir sur la destruction de soi, quelle que soit la forme que prend celle-ci, tout comme (et parfois en m\u00eame temps que) sur la cr\u00e9ation. En t\u00e9moignent deux exemples tout \u00e0 la fois cliniques et litt\u00e9raires &#8211; dont la clinique est \u00e9voqu\u00e9e par leur auteur&nbsp;: tout d\u2019abord, celui de Fritz Zorn, auteur d\u2019un livre unique, <em>Mars<\/em>, tiss\u00e9 dans la mort m\u00eame de son auteur, mort d\u2019un cancer avant la publication de son ouvrage. Celui-ci, \u00e9voquant une enfance enferm\u00e9e dans la gangue bien pensante et neutralisant tout affect de son environnement, y \u00e9crit \u00ab&nbsp;Toute la souffrance accumul\u00e9e, que j\u2019avais raval\u00e9e durant des ann\u00e9es, tout \u00e0 coup ne se laissait plus comprimer au-dedans de moi&nbsp;: la pression excessive la fit exploser et cette explosion d\u00e9truisit le corps&nbsp;\u00bb (1980, p. 153).<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 William Styron, il \u00e9voque dans <em>Face aux t\u00e9n\u00e8bres<\/em>, sous-titr\u00e9 <em>Chronique d\u2019une folie<\/em>, la d\u00e9pression profonde qui l\u2019a tout un temps tenu hors de la vie, envahi par la douleur et la tentation suicidaire.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de cet ouvrage qui lui sert \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les causes de ce qu\u2019il a v\u00e9cu et surmont\u00e9, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis convaincu qu\u2019un facteur [plus signifiant encore (que la d\u00e9pression de son propre p\u00e8re et l\u2019aspect g\u00e9n\u00e9tique que cela implique)] fut la mort de ma m\u00e8re alors que j\u2019avais treize ans, ce type de catastrophe et de deuil pr\u00e9coce (\u2026) [est] capable parfois de provoquer des d\u00e9g\u00e2ts \u00e9motionnels virtuellement irr\u00e9parables. Le danger est particuli\u00e8rement \u00e9vident si les jeunes \u00eatres sont affect\u00e9s par un ph\u00e9nom\u00e8ne que l\u2019on a qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0deuil avort\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 ont en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9t\u00e9 incapables de proc\u00e9der \u00e0 la catharsis du chagrin, et portent donc enfoui en eux, au fil des ann\u00e9es, un intol\u00e9rable fardeau dont la col\u00e8re et le remords, pas seulement le chagrin refoul\u00e9, sont des composantes, et deviennent des semences potentielles d\u2019autodestruction\u00a0\u00bb (1990, p. 120-121).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Anzieu D., 1980, <em>Les antinomies du narcissisme dans la cr\u00e9ation litt\u00e9raire<\/em>, in Guillaumin J. (dir) Corps cr\u00e9ation, Lyon, PUL.<\/p>\n\n\n\n<p>Anzieu D., Monjauze M., 1993\/2004, <em>Francis Bacon ou le portrait de l\u2019homme d\u00e9sesp\u00e9c\u00e9<\/em>, Paris, Seuil\/Archimbaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Corcos M., 2005, <em>Penser la m\u00e9lancolie<\/em>, Paris, Albin Michel.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S., 1914, <em>Pour introduire le narcissisme<\/em>, \u0152uvres compl\u00e8tes, XII, Paris, PUF, 214-245.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S., 1920, <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>, \u0152uvres compl\u00e8tes, XV, Paris, PUF, 273-338.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S., 1924, <em>Le probl\u00e8me \u00e9conomique du masochisme<\/em>, \u0152uvres compl\u00e8tes, XVII, Paris, PUF, 10-23.<\/p>\n\n\n\n<p>Sta\u00ebl G. de, 1766-1817, <em>Lettre \u00e0 Claude Hochet<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Styron W., 1990, <em>Face aux t\u00e9n\u00e8bres. Chronique d\u2019une folie<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D. W., 1974\/1975, <em>La crainte de l\u2019effondrement<\/em>, Nouvelle Revue de Psychanalyse, 1975, 11, 35-44.<\/p>\n\n\n\n<p>Zorn F., 1980, <em>Mars<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10023?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le th\u00e8me de ce colloque \u2013 vaste programme contenu en deux mots &#8211; m\u2019a plong\u00e9e tout un temps dans la perplexit\u00e9 quant \u00e0 l\u2019angle sous lequel je souhaitais le traiter&nbsp;: la dimension vague de mon titre, donn\u00e9 en ce temps&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[],"auteur":[1694],"dossier":[761],"mode":[60],"revue":[803],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10023","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","auteur-michele-emmanuelli","dossier-la-douleur","mode-payant","revue-803","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10023","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10023"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10023\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16461,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10023\/revisions\/16461"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10023"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10023"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10023"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10023"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10023"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10023"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10023"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10023"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10023"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}