{"id":10016,"date":"2021-08-22T07:31:09","date_gmt":"2021-08-22T05:31:09","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/jeunes-suicidants-a-lhopital-2\/"},"modified":"2022-05-02T15:20:01","modified_gmt":"2022-05-02T13:20:01","slug":"jeunes-suicidants-a-lhopital","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/jeunes-suicidants-a-lhopital\/","title":{"rendered":"Jeunes suicidants \u00e0 l&rsquo;hopital"},"content":{"rendered":"\n<p>Le suicide constitue la deuxi\u00e8me cause de d\u00e9c\u00e8s pour les 15-24 ans, et ce malgr\u00e9 une diminution des taux de suicide d\u2019environ 15&nbsp;% depuis 1985. Ainsi, actuellement les jeunes meurent plus par suicide en France qu\u2019en Italie, Gr\u00e8ce, Portugal, Pays-Bas ou Royaume-Uni.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la morbidit\u00e9 suicidaire, le probl\u00e8me persiste, voire s\u2019aggrave et les derniers r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate nationale scolaire (ESPAD 99, Choquet, Ledoux &amp; Hassler) montrent que 9&nbsp;% des 14-19 ans ont fait une TS durant la vie, versus 7&nbsp;% six ans auparavant. Ici encore, la France n\u2019est pas en bonne position, car une enqu\u00eate europ\u00e9enne a montr\u00e9 qu\u2019entre 1989 et 1992 l\u2019incidence a diminu\u00e9 en moyenne de 18&nbsp;% pour les gar\u00e7ons et de 11&nbsp;% pour les filles entre 15 et 24 ans, sauf en France.<\/p>\n\n\n\n<p>La majorit\u00e9 des \u00e9tudes ont analys\u00e9 les facteurs de risque de TS. Peu ont abord\u00e9 la prise en charge hospitali\u00e8re et le devenir des suicidants hospitalis\u00e9s. D\u2019o\u00f9 l\u2019enqu\u00eate JSH (<em>Jeunes Suicidants \u00e0 l\u2019H\u00f4pital<\/em>) qui vise \u00e0 explorer les modalit\u00e9s pratiques de prise en charge hospitali\u00e8re et post-hospitali\u00e8re et leur influence sur l\u2019\u00e9volution \u00e0 un an de ces jeunes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019enqu\u00eate longitudinale 1997-1999<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">M\u00e9thodologie<\/h3>\n\n\n\n<p>Comme il \u00e9tait irr\u00e9aliste d\u2019envisager un \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif d\u2019h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux (HG) et peu fiable d\u2019inclure un seul centre hospitalier, on a opt\u00e9 pour une enqu\u00eate multicentrique. Le choix s\u2019est donc port\u00e9, en accord avec le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9, sur dix centres hospitaliers, situ\u00e9s dans des villes moyennes (entre 20 000 et 300 000 habitants). Chaque jeune hospitalis\u00e9 entre septembre 1997 et octobre 1998 pour TS et \u00e2g\u00e9 entre 12 et 24 ans \u00e9tait potentiellement inclus dans l\u2019enqu\u00eate. Un consentement de suivi a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 aux jeunes et \u00e0 leurs parents. Ceux d\u2019entre eux qui l\u2019ont accept\u00e9 (88&nbsp;%) ont re\u00e7u les questionnaires de suivi \u00e0 3 mois et \u00e0 12 mois. La mise en place des proc\u00e9dures homog\u00e8nes permet de garantir aux jeunes, aux m\u00e9decins et aux parents la confidentialit\u00e9 de leurs r\u00e9ponses, conform\u00e9ment aux exigences de la C.N.I.L. (avis favorable du 06\/12\/1996).<\/p>\n\n\n\n<p>A T0 (c\u2019est-\u00e0-dire le jour pr\u00e9c\u00e9dant la sortie de l\u2019h\u00f4pital), chacun des suicidants hospitalis\u00e9s (soit les 769 sujets) a fait l\u2019objet de trois questionnaires&nbsp;: un questionnaire \u00e0 remplir par le m\u00e9decin responsable (taux de remplissage&nbsp;: 97&nbsp;%, soit 744 questionnaires \u201cm\u00e9decin\u201d), un questionnaire \u00e0 remplir par le jeune (taux de remplissage&nbsp;: 76&nbsp;%, soit 582 questionnaires \u201cjeune\u201d), un questionnaire \u00e0 remplir par les parents (taux de remplissage de 49&nbsp;%, soit 379 questionnaires \u201cparents\u201d). Parmi les jeunes qui ont rempli l\u2019auto-questionnaire (n = 582) \u00e0 T0, 87&nbsp;% ont accept\u00e9 d\u2019\u00eatre suivi (soit 506 sujets sur les 582).<\/p>\n\n\n\n<p>A T1 (c\u2019est-\u00e0-dire trois mois apr\u00e8s la sortie de l\u2019h\u00f4pital), tous les suicidants qui ont accept\u00e9 l\u2019enqu\u00eate ont \u00e9t\u00e9 contact\u00e9s (n = 506). Sur l\u2019ensemble des questionnaires envoy\u00e9s (plus deux rappels), 57&nbsp;% ont accept\u00e9 de r\u00e9pondre (288\/506). Sur l\u2019ensemble des questionnaires (plus deux rappels) envoy\u00e9s aux parents, 47&nbsp;% ont \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9s (n = 178\/376).<br>A T2 (c\u2019est-\u00e0-dire douze mois apr\u00e8s la sortie de l\u2019h\u00f4pital), tous les suicidants qui ont accept\u00e9 l\u2019enqu\u00eate ont \u00e9t\u00e9 contact\u00e9s (n = 506). Sur l\u2019ensemble des questionnaires envoy\u00e9s (plus deux rappels) aux jeunes, 36&nbsp;% ont accept\u00e9 de r\u00e9pondre (n = 180\/506). Parmi eux, 12&nbsp;% (n = 22 sur les 180 qui ont r\u00e9pondu) n\u2019avaient pas r\u00e9pondu au questionnaire T1. Au total, 158 jeunes ont r\u00e9pondu aux trois questionnaires (T0 + T1 + T2). Sur l\u2019ensemble des questionnaires (plus deux rappels) envoy\u00e9s aux parents, 33&nbsp;% ont r\u00e9pondu (n = 123 sur 376 questionnaires envoy\u00e9s). Un rappel t\u00e9l\u00e9phonique a concern\u00e9 les jeunes qui n\u2019ont pas r\u00e9pondu \u00e0 T1 et\/ou T2 (n = 310 sujets). Parmi eux, 25&nbsp;% ont r\u00e9pondu au t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 un tr\u00e8s bref questionnaire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quelques commentaires<\/h3>\n\n\n\n<p>Il est clair que suivre des adolescents est d\u00e9j\u00e0 une t\u00e2che difficile \u00e0 cause de l\u2019instabilit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 cet \u00e2ge (d\u00e9m\u00e9nagements pour des raisons personnelles, scolaires ou professionnelles&nbsp;; changement de statut scolaire et professionnel). Suivre des adolescents suicidants est encore plus complexe, puisque s\u2019ajoute, \u00e0 leur statut d\u2019adolescent, celui d\u2019un jeune en difficult\u00e9 multiple.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les enqu\u00eates multi-centriques permettent d\u2019inclure des patients plus diversifi\u00e9s et donc d\u2019augmenter leur \u201crepr\u00e9sentativit\u00e9\u201d, elles comportent un inconv\u00e9nient majeur&nbsp;: absence de proximit\u00e9 avec les promoteurs locaux de l\u2019enqu\u00eate et les personnes enqu\u00eat\u00e9es, jointes par courrier ou par t\u00e9l\u00e9phone. D\u2019o\u00f9 un plus faible taux de r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>Au regard de la population enqu\u00eat\u00e9e durant un an (plus f\u00e9minine, plus scolaris\u00e9e et poursuivant plus souvent ses \u00e9tudes dans l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral), on peut raisonnablement \u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se que les r\u00e9sultats obtenus sont des r\u00e9sultats \u201ca minima\u201d et que, si tous les suicidants avaient \u00e9t\u00e9 suivis, les r\u00e9sultats auraient \u00e9t\u00e9 plus d\u00e9favorables encore, en particulier, \u00e0 propos de l\u2019abandon scolaire et du ch\u00f4mage.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Principaux r\u00e9sultats<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des jeunes (et surtout des filles) parfois si ordinaires et pourtant\u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>S\u2019il s\u2019agit surtout de filles (79%), les suicidants sont, sur bien des points, comparables aux autres jeunes. Ainsi, les suicidants mineurs, compar\u00e9s aux scolaires, ont des loisirs diversifi\u00e9s et multiples (48% font du sport, 48% lisent des livres, 22% ont une activit\u00e9 artistique), un r\u00e9seau d\u2019amis (77% sortent souvent avec des amis, 97% ont des amis), une grande diversit\u00e9 sociale (5% sont de nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re, 19% ont un p\u00e8re cadre, 12% un p\u00e8re au ch\u00f4mage). Ainsi, ils n\u2019ont pas de \u201cstigmates\u201d ais\u00e9ment perceptibles par l\u2019entourage professionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, ces jeunes suicidants sont \u201cen souffrance\u201d au niveau de leur scolarit\u00e9 (28% des gar\u00e7ons mineurs ne sont plus scolaris\u00e9s, par exemple, 31% des suicidants n\u2019aiment pas ou peu l\u2019\u00e9cole), de leur famille (17% des suicidants mineurs vivent hors du milieu familial, 61% jugent la vie familiale \u201ctendue\u201d, 44% \u201cd\u00e9sagr\u00e9able\u201d, 37% \u201c\u00e0 fuir\u201d) et de leur vie relationnelle (48% des mineurs ont connu une rupture sentimentale, 45% ont subi une agression physique, 23% une agression sexuelle). Par ailleurs, 12% des suicidants majeurs ont eu des relations homosexuelles contre 1,5% en population g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des jeunes en grande difficult\u00e9, certes, mais pas d\u00e9linquants<\/h3>\n\n\n\n<p>La donn\u00e9e la plus originale de cette enqu\u00eate concerne la diversit\u00e9 des troubles associ\u00e9s. En effet, il s\u2019agit de jeunes qui ont des troubles \u201ctous azimuts\u201d&nbsp;: 32% ne s\u2019estiment pas bien portant, 30% cumulent plusieurs plaintes somatiques r\u00e9currentes, 52% ont plusieurs troubles du sommeil r\u00e9currents, 82% peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme cliniquement d\u00e9prim\u00e9s, 60% fument quotidiennement, 32% ont une consommation r\u00e9guli\u00e8re d\u2019au moins deux substances psychoactives. Par contre, les comportements d\u00e9lictueux (comme le vol, le racket, les bagarres) ne les caract\u00e9risent pas. Il s\u2019agit donc plut\u00f4t d\u2019une expression de souffrance socialement acceptable\u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La fugue, un indicateur pr\u00e9coce majeur de risque suicidaire<\/h3>\n\n\n\n<p>30% des suicidants mineurs ont fait une fugue dans l\u2019ann\u00e9e, contre 4% des scolaires du m\u00eame \u00e2ge. L\u2019association forte entre suicide et fugue nous am\u00e8ne \u00e0 consid\u00e9rer la fugue comme un \u00e9quivalent suicidaire. Souvent ignor\u00e9e, consid\u00e9r\u00e9e comme normale, r\u00e9actionnelle et donc \u201cn\u00e9gligeable\u201d, la fugue est une conduite d\u2019\u00e9vitement comparable \u00e0 la tentative de suicide et dont un excellent indicateur de risque du passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire. Chaque fugueur devrait donc \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme potentiellement \u00e0 haut risque suicidaire. Il conviendrait de lui poser la question de ses ant\u00e9c\u00e9dents suicidaires et de lui faire b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un entretien \u201cpsy\u201d, afin d\u2019\u00e9valuer ses risques psychopathologiques\u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Risque psychologique ET risque social<\/h3>\n\n\n\n<p>Le passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 par les uns comme une expression du risque social (anomie, difficult\u00e9s d\u2019insertion) et par les autres comme une expression du risque psychologique (psychopathologie du sujet et de son entourage). M\u00eame si la litt\u00e9rature explore plus volontiers ce second aspect, nos donn\u00e9es montrent que les deux types de facteurs sont intimement imbriqu\u00e9s. M\u00eame si les facteurs relationnels l\u2019emportent sur les facteurs sociaux (car la diff\u00e9rence avec la population g\u00e9n\u00e9rale porte surtout sur les facteurs relationnels), les m\u00eames jeunes cumulent simultan\u00e9ment les deux types de difficult\u00e9s. Ainsi, ils ne vont bien ni dans leurs familles, ni dans leur vie sentimentale, ni dans leur environnement scolaire ou professionnel.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La tentative de suicide, signification diff\u00e9rentielle selon le sexe<\/h3>\n\n\n\n<p>Il existe de multiples diff\u00e9rences entre suicidants et suicidantes. Ainsi, ces derni\u00e8res sont plus d\u00e9prim\u00e9es, plus anxieuses, ont plus de plaintes somatiques, mais consomment moins d\u2019alcool ou de drogue et sont moins violentes que les gar\u00e7ons suicidants. Mais ces diff\u00e9rences ne retracent que celles habituellement retrouv\u00e9es entre gar\u00e7ons et filles. Ce qui est le plus surprenant, c\u2019est que certaines diff\u00e9rences n\u2019existent pas entre suicidantes et suicidants, alors qu\u2019elles existent en population g\u00e9n\u00e9rale. Il en est ainsi des troubles du sommeil, plus typiquement f\u00e9minins en population g\u00e9n\u00e9rale, mais aussi fr\u00e9quents parmi les suicidants que parmi les suicidantes. Mais aussi des conduites d\u00e9viantes (vol, racket), plus typiquement masculines en population g\u00e9n\u00e9rale, mais aussi nombreuses parmi les suicidantes que parmi les suicidants. Tout se passe comme si les diff\u00e9rences sexuelles habituelles \u00e9taient amoindries parmi les suicidants et que ceux-ci, gar\u00e7ons comme filles, \u00e9taient d\u2019abord dans la souffrance (ce qui les rapprochent) et en avaient les manifestations diverses. Reste que les gar\u00e7ons suicidants s\u2019av\u00e8rent, compar\u00e9s aux gar\u00e7ons de la population g\u00e9n\u00e9rale, plus en difficult\u00e9 encore que les filles suicidantes. D\u2019o\u00f9 une gravit\u00e9 diff\u00e9rentielle selon le sexe. Il faut donc \u00eatre vigilant envers tous les suicidants, mais plus encore envers les gar\u00e7ons qui font un passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La tentative de suicide, grave d\u00e8s la premi\u00e8re<\/h3>\n\n\n\n<p>Si les r\u00e9cidivistes ont plus de troubles av\u00e9r\u00e9s (en particulier des troubles du comportement) et en cumulent plus souvent que les suicidants primaires, l\u2019\u00e9cart entre suicidants primaires et r\u00e9cidivistes est faible au regard de la distance qui existe entre suicidants et non suicidants. Il est donc clair que le premier passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire est, en soi, un acte grave, la r\u00e9cidive ne viendra que confirmer cette gravit\u00e9. Toute banalisation d\u2019une premi\u00e8re TS serait donc pr\u00e9judiciable pour le devenir du sujet.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des parents meurtris et souvent seuls<\/h3>\n\n\n\n<p>La parole n\u2019est pas souvent donn\u00e9e aux parents dans les \u00e9tudes sur les tentatives de suicide des adolescents. Il s\u2019agit donc d\u2019une premi\u00e8re dans cette enqu\u00eate. Ce dont ont t\u00e9moign\u00e9 ici les parents r\u00e9pondants, c\u2019est avant tout l\u2019intensit\u00e9 des affects qui les saisit devant le geste de leur enfant. Ces affects ne sont pas d\u00e9ni\u00e9s ni refoul\u00e9s dans leurs r\u00e9ponses. La moiti\u00e9 des parents fait, par exemple, \u00e9tat de la col\u00e8re qu\u2019ils ont \u00e9prouv\u00e9e sur l\u2019instant, un sentiment qui c\u00e8de rapidement pour faire place \u00e0 la compr\u00e9hension, \u00e0 la douleur et la tristesse qui se retrouvent chez la quasi totalit\u00e9 des parents. Dans cette \u00e9preuve, les parents des jeunes suicidants sont assez isol\u00e9s. La moiti\u00e9 d\u2019entre eux ne trouve pas de soutien aupr\u00e8s de sa famille ou de son entourage. Ce r\u00e9confort qu\u2019ils ne trouvent pas autour d\u2019eux, c\u2019est plus souvent aupr\u00e8s du personnel hospitalier qu\u2019ils vont le trouver. Les parents r\u00e9pondants donnent donc une image nettement positive de l\u2019h\u00f4pital&nbsp;: ils y ont \u00e9t\u00e9 bien accueillis et inform\u00e9s, ils ne se sont pas sentis jug\u00e9s, ils ont trouv\u00e9 chaleur et \u00e9coute aupr\u00e8s des personnes qui s\u2019occupaient de leur enfant. Le personnel hospitalier doit \u00eatre conscient de cette perception positive de leur travail et de leur fa\u00e7on d\u2019\u00eatre, ainsi que de l\u2019aide que trouvent souvent aupr\u00e8s d\u2019eux des parents bless\u00e9s et souvent assez seuls.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019hospitalisation, une p\u00e9riode charni\u00e8re<\/h3>\n\n\n\n<p>Les enqu\u00eates en population g\u00e9n\u00e9rale montrent que 80% des adolescents suicidants ne sont pas hospitalis\u00e9s (ESPAD 99). L\u2019hospitalisation est donc un moment important dans la vie du jeune suicidant, qu\u2019il convient d\u2019en tirer parti. C\u2019est le moment du bilan m\u00e9dical, psychopathologique, social et familial (qui n\u00e9cessite du temps et des moyens professionnels sp\u00e9cialis\u00e9s), de l\u2019\u00e9change avec le jeune et ses parents (d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de rencontres multiples), du choix de l\u2019intervention et de l\u2019orientation th\u00e9rapeutique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une prise en charge hospitali\u00e8re attentive qui ne minimise pas la port\u00e9e d\u2019un acte suicidaire<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a eu une \u00e9volution positive en mati\u00e8re d\u2019hospitalisation des jeunes suicidants. Avec un taux d\u2019admission qui avoisine 100&nbsp;%, une dur\u00e9e d\u2019hospitalisation de 4-6 jours en moyenne (ce qui est une augmentation consid\u00e9rable, car ant\u00e9rieurement elle \u00e9tait de 24 heures en moyenne), une \u00e9valuation psychologique quasi syst\u00e9matique comprenant en r\u00e8gle plusieurs entretiens avec un professionnel \u201cpsy\u201d (le nombre moyen d\u2019entretiens \u201cpsy\u201d est de 2, 7) et une proposition de suivi pratiquement syst\u00e9matique (93%), ont conclut de cette \u00e9tude que l\u2019attention port\u00e9e aux adolescents suicidants s\u2019est nettement am\u00e9lior\u00e9e et que les intervenants sont actuellement conscients de la gravit\u00e9 potentielle de l\u2019acte suicidaire. Cela constitue une \u00e9volution notable, le travail de sensibilisation et de formation entrepris depuis quelques ann\u00e9es en est probablement un des facteurs. De cette prise en charge, les jeunes sont d\u2019ailleurs en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale satisfaits. Eux aussi, comme leurs parents, donnent une image positive de l\u2019h\u00f4pital o\u00f9, dans leur grande majorit\u00e9, ils se sentent bien accueillis (71%) et bien soign\u00e9s (88%). Avec, toutefois, un point n\u00e9gatif principal&nbsp;: ils sont nombreux (37%) \u00e0 se sentir jug\u00e9s par le personnel hospitalier. A noter, qu\u2019ils donnent la m\u00eame image positive des professionnels \u201cpsy\u201d qu\u2019ils ont rencontr\u00e9s et des entretiens qu\u2019ils ont eu avec eux, ce qui va contre certaines id\u00e9es re\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mais pas de diff\u00e9rence de prise en charge selon le sexe, malgr\u00e9 la gravit\u00e9 \u00e9vidente de l\u2019acte suicidaire masculin<\/h3>\n\n\n\n<p>Si, a priori, on peut \u00eatre satisfait d\u2019une prise en charge identique pour gar\u00e7ons et filles, force est de constater que, au regard de la gravit\u00e9 diff\u00e9rentielle, il serait indispensable d\u2019augmenter le temps d\u2019hospitalisation des gar\u00e7ons. En effet, les gar\u00e7ons suicidants sont, compar\u00e9s aux gar\u00e7ons de leur \u00e2ge, en plus grande difficult\u00e9 que les filles (compar\u00e9es aux filles non suicidantes). D\u2019o\u00f9 un besoin d\u2019une prise en charge diff\u00e9rentielle, surtout du temps d\u2019hospitalisation et de l\u2019orientation post-hospitali\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Et une prise en charge hospitali\u00e8re moins attentive pour les majeurs que pour les mineurs<\/h3>\n\n\n\n<p>Les urgences deviennent le premier service d\u2019accueil pour les majeurs et, avec l\u2019\u00e2ge, la dur\u00e9e d\u2019hospitalisation, tout comme le nombre de consultations \u201cpsy\u201d, diminuent, l\u2019organisation de la prise en charge post-hospitali\u00e8re devient moins syst\u00e9matique\u2026 Au total, la prise en charge s\u2019av\u00e8re de moins bonne qualit\u00e9 pour les 18-24 ans que pour les moins de 18 ans. Est-ce par d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour le jeune adulte, jug\u00e9 plus responsable de sa vie que l\u2019adolescent&nbsp;? Ou par manque de structure et de professionnels sp\u00e9cialis\u00e9s pour les \u201cpost-adolescents\u201d&nbsp;? Une r\u00e9flexion plus approfondie sur ce sujet s\u2019impose, ce d\u2019autant plus que le suicide devient la premi\u00e8re cause de d\u00e9c\u00e8s parmi les 25-35 ans.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un taux de suivi psychologique post-hospitalier \u201cdans la moyenne\u201d internationale<\/h3>\n\n\n\n<p>La fr\u00e9quence des ruptures th\u00e9rapeutiques apr\u00e8s la sortie de l\u2019h\u00f4pital chez les jeunes suicidants a fait l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes et est maintenant bien \u00e9tablie, les taux se situant entre 30&nbsp;% \u00e0 70&nbsp;%. La taille de notre population est sup\u00e9rieure \u00e0 celles publi\u00e9es jusqu\u2019alors et le taux de ruptures se situe dans la m\u00e9diane des chiffres disponibles (51&nbsp;%). Mais notre enqu\u00eate, gr\u00e2ce \u00e0 son effectif, a permis une \u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e des facteurs ayant une influence sur le taux de suivi, ce qui \u00e9tait peu connu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le suivi psychologique post-hospitalier d\u00e9pend surtout des modalit\u00e9s de prise en charge hospitali\u00e8re<\/h3>\n\n\n\n<p>Le suivi psychologique apr\u00e8s la sortie d\u00e9pend de la pathologie du sujet. Plus le suicidant a une souffrance mentalis\u00e9e, notamment anxio-d\u00e9pressive, plus ses id\u00e9es suicidaires sont fr\u00e9quentes et plus son degr\u00e9 d\u2019intention suicidaire est \u00e9lev\u00e9, plus il a tendance \u00e0 s\u2019engager dans un suivi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le suivi post-hospitalier d\u00e9pend grandement des pratiques hospitali\u00e8res et un certain nombre de mesures simples se r\u00e9v\u00e8lent d\u2019un poids important puisqu\u2019elles multiplient la probabilit\u00e9 de suivi&nbsp;: (par ordre d\u2019importance) le fait de prendre contact avec le \u201cpsy\u201d qui doit assurer le suivi (OR=5,12), de prendre un rendez-vous avant la sortie (3,75), d\u2019hospitaliser pendant au moins trois jours (OR=2,56), de d\u00e9signer un r\u00e9f\u00e9rent qui s\u2019occupe sp\u00e9cifiquement du jeune pendant son hospitalisation (OR=2,48) et d\u2019avoir au moins deux entretiens psychologiques (OR=1,65).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mais le taux de suivi ne pr\u00e9juge pas du type de suivi propos\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats concernant le taux de suivi et les moyens de l\u2019am\u00e9liorer ne pr\u00e9jugent pas du type de suivi ambulatoire qui est propos\u00e9 aux suicidants, ni de son efficacit\u00e9 sur le devenir \u00e0 terme. Dans ce domaine, on rencontre le m\u00eame vide de donn\u00e9es que pour le bien-fond\u00e9 de l\u2019hospitalisation ou de sa conduite. De nombreux mod\u00e8les th\u00e9rapeutiques des adolescents suicidants ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s&nbsp;: psychoth\u00e9rapies intensives, th\u00e9rapies br\u00e8ves, consultations familiales exclusives, etc. Il n\u2019y a quasiment pas d\u2019\u00e9tude \u00e9valuative permettant d\u2019\u00e9tablir leur efficacit\u00e9 et de les comparer. Le probl\u00e8me est probablement tr\u00e8s complexe.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une am\u00e9lioration de la sant\u00e9 mentale de tous les suicidants, quel que soit le suivi propos\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>La d\u00e9pression, mesur\u00e9e par le CES-D diminue parmi les suicidants, qu\u2019ils soient suivis ou non, qu\u2019ils soient suicidants primaires ou r\u00e9cidivistes, gar\u00e7ons ou filles. Ainsi, la tendance \u201clourde\u201d de cette enqu\u00eate est qu\u2019il existe une am\u00e9lioration globale pour la majorit\u00e9 des suicidants. Comme si la mise en acte avait permis de baisser la tension (interne et externe) devenue insupportable et avait permis de reprendre \u201cgo\u00fbt \u00e0 la vie\u201d. D\u2019ailleurs, les jeunes suicidants ont une meilleure qualit\u00e9 de sommeil un an apr\u00e8s leur acte, ont moins de plaintes somatiques et cumulent moins de troubles somatiformes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Tout en se gardant d\u2019un trop grand optimisme<\/h3>\n\n\n\n<p>Ne soyons pas trop optimistes, puisque l\u2019histoire naturelle des suicidants montre que, dans le m\u00eame temps, l\u2019abandon scolaire et le ch\u00f4mage augmentent, que la consommation de substances (et surtout la polyconsommation) se chronicise, que la fugue reste une conduite fr\u00e9quemment adopt\u00e9e. Tout se passe comme si les troubles somatiformes, au moment de l\u2019acte suicidaire, s\u2019att\u00e9nuaient, alors que les troubles comportementaux persistent, voir augmentent\u2026 Peut-on faire l\u2019hypoth\u00e8se que la mentalisation des troubles a tendance \u00e0 dispara\u00eetre en faveur d\u2019une \u201ccomportementalisation\u201d des difficult\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les conditions de la mise en place du suivi psychologique, plus d\u00e9terminant que le nombre de consultations<\/h3>\n\n\n\n<p>Une consultation \u00e0 la sortie de l\u2019h\u00f4pital, la continuit\u00e9 dans le traitement et le th\u00e9rapeute sont autant de garants d\u2019une am\u00e9lioration substantielle et s\u2019av\u00e8rent plus \u201cefficaces\u201d qu\u2019un nombre de consultations \u00e9lev\u00e9, dont on ne sait pas si elles sont ou non garanties par les m\u00eames soignants. De plus, autre donn\u00e9e importante, la diversit\u00e9 des \u00e9volutions individuelles rendent difficile l\u2019analyse des donn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vers une nosographie diff\u00e9rente de la tentative de suicide&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Aux diff\u00e9rences conceptuelles d\u2019\u00e9coles habituelles, s\u2019ajoute l\u2019absence d\u2019unit\u00e9 des actes suicidaires. La tentative de suicide est un sympt\u00f4me, de nature aussi vague que la fi\u00e8vre, qui traverse d\u2019une extr\u00e9mit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre toutes les cat\u00e9gories nosographiques. Elle se rencontre chez les psychotiques, dans tous les troubles de la personnalit\u00e9, dans les troubles de l\u2019humeur, chez les anorexiques et \u00e9galement chez des sujets qui ne r\u00e9unissent les crit\u00e8res d\u2019aucun diagnostic. Dans une telle h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, il est probablement illusoire, voire n\u00e9faste, de proposer une th\u00e9rapeutique unique. La diversit\u00e9 des modes d\u2019abord du suicidant correspond probablement \u00e0 la diversit\u00e9 des probl\u00e9matiques qui sont recouvertes par ce m\u00eame sympt\u00f4me de tentative de suicide. Encore faudrait-il le prouver&nbsp;? Et il y aurait un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 r\u00e9aliser une large \u00e9tude descriptive des modes de suivi ambulatoire des jeunes suicidants en demandant \u00e0 chaque praticien participant de consigner pour chaque suicidant suivi la fr\u00e9quence, le type d\u2019entretien, etc. C\u2019est seulement \u00e0 partir d\u2019un \u00e9tat des lieux de ce type, que l\u2019on pourrait faire des regroupements et voir si une typologie des modes th\u00e9rapeutiques est possible.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10016?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le suicide constitue la deuxi\u00e8me cause de d\u00e9c\u00e8s pour les 15-24 ans, et ce malgr\u00e9 une diminution des taux de suicide d\u2019environ 15&nbsp;% depuis 1985. 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