{"id":22464,"date":"2022-04-03T10:15:48","date_gmt":"2022-04-03T08:15:48","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/?post_type=parution&#038;p=22464"},"modified":"2022-04-03T10:17:26","modified_gmt":"2022-04-03T08:17:26","slug":"la-latence-a-tous-les-ages","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/la-latence-a-tous-les-ages\/","title":{"rendered":"La latence \u00e0 tous les \u00e2ges"},"content":{"rendered":"\n<p>En s\u2019inscrivant dans la continuit\u00e9 des travaux freudiens et post-freudiens sur la latence, Fran\u00e7ois Marty et M\u00e9lanie Georgelin proposent une conception novatrice de la latence&nbsp;: un processus qui \u0153uvre durant la vie enti\u00e8re et qui soutient l\u2019humain aux prises avec la violence de la pulsionnalit\u00e9 interne et de la r\u00e9alit\u00e9 externe. Le processus de latence contribue ainsi \u00e0 \u00ab&nbsp;traiter cette violence pour la transformer en acte de penser&nbsp;\u00bb, \u00e9crit F. Marty dans les toutes premi\u00e8res lignes de ce livre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 TOUS LES \u00c2GES DE LA VIE<\/h2>\n\n\n\n<p>Th\u00e9oriquement dense, cet ouvrage est rendu accessible gr\u00e2ce aux histoires <em>cliniques<\/em>. Ici, elles foisonnent et t\u00e9moignent tant de l\u2019ancrage clinique des auteurs que de l\u2019importance que prend le processus de latence dans la clinique <em>\u00e0 tous les \u00e2ges de la vie<\/em>. C\u2019est bien \u00e0 cet endroit que repose l\u2019originalit\u00e9 de la th\u00e8se des auteurs&nbsp;: si \u00ab&nbsp;la latence construit le temps [\u2026] favorise l\u2019instauration d\u2019un temps subjectif en soi [la temporalit\u00e9 psychique]&nbsp;\u00bb (p. 44), elle n\u2019est pas <em>qu\u2019un temps<\/em> (ce temps entre-deux que Freud avait d\u00e9j\u00e0 bien identifi\u00e9) mais aussi et surtout un <em>processus<\/em> qui peut intervenir \u00e0 tous les \u00e2ges de la vie et particuli\u00e8rement quand le sujet fait l\u2019\u00e9preuve d\u2019une p\u00e9riode de changements pouvant menacer son int\u00e9grit\u00e9 narcissique. Les auteurs proposent de \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9raliser&nbsp;\u00bb la fonction de la latence dans l\u2019\u00e9conomie psychique, en l\u2019\u00e9tendant de la naissance \u00e0 la mort. Outre la p\u00e9riode de latence des 6-12 ans d\u00e9j\u00e0 bien identifi\u00e9e, les auteurs explorent la \u00ab&nbsp;latence premi\u00e8re&nbsp;\u00bb chez le b\u00e9b\u00e9, associ\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9riorisation de la contenance maternelle, une \u00ab&nbsp;seconde latence&nbsp;\u00bb chez l\u2019adolescent qui endigue et sublime la violence pubertaire et m\u00eame une ultime latence au grand \u00e2ge, du temps de la retraite au travail du tr\u00e9pas.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">LES BIENFAITS DE LA LATENCE<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Attendre, penser, temporiser, prendre de la distance, r\u00e9am\u00e9nager, faire preuve de souplesse dans ses investissements et d\u00e9sinvestissements [\u2026]&nbsp;\u00bb, voil\u00e0 les fonctions de ce processus aux vertus non n\u00e9gligeables.&nbsp;Elle est antipsychotique parce qu\u2019elle secondarise les excitations pulsionnelles qui menace l\u2019enfant de l\u2019int\u00e9rieur, \u00e9vitant ainsi un enfermement narcissique qui emp\u00eache toute rencontre avec un autre. Elle constitue le meilleur traitement pr\u00e9ventif de l\u2019agir violent et a une vertu anti-traumatique en renfor\u00e7ant le r\u00f4le de pare-excitation (\u00e9l\u00e9ment fondamental dans la lutte contre le traumatisme de la pubert\u00e9). La latence aide l\u2019enfant \u00e0 tol\u00e9rer en lui la discontinuit\u00e9 de son d\u00e9veloppement. En \u0153uvrant \u00e0 \u00e9prouver la passivit\u00e9, la latence est un processus d\u00e9cisif dans l\u2019int\u00e9gration du f\u00e9minin (enjeu pour chacun des sexes). Pour r\u00e9sumer, la latence arme l\u2019enfant contre la violence interne, r\u00e9gule l\u2019excitation pulsionnelle (fonction pare-excitante), permettant au sujet d\u2019investir les repr\u00e9sentations de mots pour mieux int\u00e9grer psychiquement ses relations avec son environnement et avec son corps malgr\u00e9 leurs transformations (la naissance, la pubert\u00e9, le devenir adulte, le vieillissement).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">RETOUR SUR UN CONCEPT<\/h2>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019\u00eatre mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la clinique, cette hypoth\u00e8se d\u2019un processus de latence est agr\u00e9ment\u00e9e par toute la th\u00e9orie psychanalytique relative \u00e0 la latence et au latent. Les auteurs retracent parfaitement l\u2019histoire de ce concept&nbsp;: ils partent des apports de Freud pour arriver \u00e0 des conceptualisations plus contemporaine, en particulier la notion de \u00ab&nbsp;seconde latence&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019adolescence (esquiss\u00e9e chez Freud, repris particuli\u00e8rement par A. Green). Pour affiner leur th\u00e9orisation, les auteurs ont recours \u00e0 d\u2019autres concepts \u2013 certes bien connus en psychanalyse mais jamais reli\u00e9s \u00e0 la notion de latence \u2013 tels que la contenance (r\u00eaverie) maternelle (Bion), les enveloppes psychiques (Anzieu), l\u2019identit\u00e9 narrative (Ric\u0153ur), la temporalit\u00e9 psychique ou encore le travail du tr\u00e9pas (De M\u2019Uzan), faisant du processus de latence une sorte de m\u00e9taprocessus en incluant donc d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 la m\u00e9thode freudienne de la recherche en psychanalyse, les auteurs partent de la clinique des \u00ab&nbsp;ratages&nbsp;\u00bb de la latence (la MARTY, F. et GEORGELIN, M. &nbsp;violence agie chez l\u2019enfant et l\u2019adolescent, l\u2019addiction, la perversion) pour asseoir leur hypoth\u00e8se et montrer comment ce travail est indispensable \u00e0 la vie psychique. Loin de ne faire que d\u00e9crire une psychopathologie de la latence, F. Marty et M. Georgelin nous enseignent comment la psychoth\u00e9rapie peut venir offrir une deuxi\u00e8me chance \u00e0 ces enfants, adolescents, adultes ou personnes \u00e2g\u00e9es pour leur processus de latence. Outre la psychoth\u00e9rapie individuelle ou la cure analytique, les auteurs soulignent comment l\u2019institution peut venir <em>au secours<\/em> de la latence. Les institutions th\u00e9rapeutiques \u00e9videmment (on pense aux ITEP dans lesquels M. Georgelin a eu une longue exp\u00e9rience), mais aussi l\u2019institution familiale qui est le premier espace de transmission de la capacit\u00e9 de latence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">UN OUVRAGE POLITIQUE<\/h2>\n\n\n\n<p>Aussi, j\u2019insisterai sur la valence \u00ab&nbsp;politique&nbsp;\u00bb de cet ouvrage. Les auteurs ont le courage de d\u00e9fendre une id\u00e9ologie, celle de \u00ab&nbsp;prendre le temps&nbsp;\u00bb, de s\u2019ennuyer pour mieux r\u00eaver, car sans cela, pas de latence\u2026 D\u00e9fendre cette id\u00e9e n\u2019est pas neutre \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019homme moderne est devenu un <em>homme press\u00e9<\/em>. Loin de n\u2019\u00eatre que constat philosophique, ce rapport au temps bouscule nos pratiques cliniques et p\u00e9dagogiques. La psychanalyse, \u00ab&nbsp;trop lente&nbsp;\u00bb, se voit remplac\u00e9e par des th\u00e9rapies \u00ab&nbsp;br\u00e8ves&nbsp;\u00bb et surtout m\u00e9dicamenteuse qui n\u2019offrent que de la contention (de \u00ab&nbsp;l\u2019hyperactivit\u00e9&nbsp;\u00bb) au d\u00e9triment d\u2019une contenance sans laquelle l\u2019enfant, l\u2019adolescent mais aussi l\u2019adulte, ne peut m\u00fbrir en toute s\u00e9curit\u00e9. Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas anodin, comme le rel\u00e8ve les auteurs, que \u00ab&nbsp;la latence voit son espace r\u00e9tr\u00e9cir sous la pouss\u00e9e du social&nbsp;\u00bb (p. 67) pour laisser place \u00e0 la \u00ab&nbsp;pr\u00e9adolescence&nbsp;\u00bb. Or, si le temps de pr\u00e9paration indispensable pour affronter la violence pubertaire est emp\u00each\u00e9e, les adolescents passent \u00e0 l\u2019acte (tentative de suicide, scarification, addiction, d\u00e9linquance criminelle\u2026) pour tenter de trouver un apaisement. Les auteurs trouveraient dans le r\u00e9cent film <em>Mignonnes <\/em>de Maimouna Doucour\u00e9 (2020) une illustration de leur conviction. On y suit le parcours de jeunes filles pr\u00e9-pub\u00e8res qui exhibent leur corps \u00e0 travers des mouvements vulgaires et hypersexualis\u00e9s en r\u00e9p\u00e9tant une chor\u00e9graphie pour pr\u00e9parer un concours de danse. Amy, le personnage principal, se fascine pour cette danse qui semble l\u2019aider \u00e0 \u00e9clairer les myst\u00e8res du f\u00e9minin qui n\u2019ont \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 qu\u2019obscurcies par les femmes de sa famille. Mais cette man\u0153uvre \u00e9choue et lorsque la pubert\u00e9 \u00e9clate, Amy est dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019int\u00e9grer cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9 corporelle. En pensant saisir \u00e0 travers la danse le pouvoir attractif du corps f\u00e9minin sur l\u2019homme, Amy ne peut faire que l\u2019amer constat que son corps est r\u00e9duit \u00e0 un statut d\u2019objet consommable. Lors de la sc\u00e8ne finale, Amy rejoint des petites filles qui jouent \u00e0 la corde \u00e0 sauter. Son visage s\u2019illumine en retrouvant ainsi sa part d\u2019enfance si vite dissip\u00e9e, sa latence si vite survol\u00e9e. &nbsp;&nbsp;&nbsp;<ins><\/ins><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">CONCLUSION<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour conclure, il me semble important de signifier que cet ouvrage r\u00e9sulte d\u2019une rencontre. Fran\u00e7ois Marty a pour objet central de ses recherches (depuis sa th\u00e8se de 1993), l\u2019adolescence et en particulier le r\u00f4le qu\u2019y joue la violence (sous toutes ses formes). Au fil des ann\u00e9es, ses recherches l\u2019ont conduit \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la latence dont le r\u00f4le est justement de traiter la violence. Cette \u00e9tude relative \u00e0 la fonction pare-excitante de la latence a \u00e9t\u00e9 largement enrichie par la clinique, entre autres celle que M\u00e9lanie Georgelin lui a partag\u00e9e, celle des enfants violents que cette derni\u00e8re a suivi en Institut Th\u00e9rapeutique Educatif et P\u00e9dagogique (ITEP). La rencontre de ces deux cliniciens, psychanalystes, a d\u2019abord donn\u00e9 naissance \u00e0 la th\u00e8se de M. Georgelin (2018). C\u2019est dans le cadre du s\u00e9minaire doctoral qu\u2019un dialogue autour de la latence s\u2019est amorc\u00e9 pour se concr\u00e9tiser aujourd\u2019hui par ce livre.&nbsp; Celui-ci est extr\u00eamement agr\u00e9able \u00e0 lire, \u00ab&nbsp;facile&nbsp;\u00bb m\u00eame pourrait-on dire, non pas parce que le sujet qui y est abord\u00e9 est simple \u2013 au contraire la latence est un mot \u00ab&nbsp;complexe&nbsp;\u00bb (au sens d\u2019E. Morin) \u2013, mais parce que les auteurs, tous deux bien exp\u00e9riment\u00e9s dans l\u2019enseignement universitaire, font preuve d\u2019une grande p\u00e9dagogie. La th\u00e9orie qui y est d\u00e9velopp\u00e9e est ainsi rendue accessible (au grand public) gr\u00e2ce au recours \u00e0 l\u2019analogie, la m\u00e9taphore, l\u2019image mais surtout gr\u00e2ce aux histoires et aux contes qui y sont racont\u00e9s. Bref, pour l\u2019\u00e9criture de ce livre, les auteurs se sont appuy\u00e9s sur leur propre processus de latence.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/22464?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":22465,"template":"","rubrique":[1231],"thematique":[2478],"auteur":[],"mode":[60],"revue":[2528],"auteur_livre":[2269,2535],"class_list":["post-22464","parution","type-parution","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","rubrique-enfance","thematique-enfant","mode-payant","revue-leffacement-psychique-retrait-absence-depression","auteur_livre-francois-marty","auteur_livre-m-georgelin"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/22464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22465"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=22464"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=22464"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=22464"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=22464"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=22464"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=22464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}