{"id":13028,"date":"2021-09-12T10:13:56","date_gmt":"2021-09-12T08:13:56","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/tiphaine-ou-le-silence-du-moi\/"},"modified":"2021-09-22T18:48:14","modified_gmt":"2021-09-22T16:48:14","slug":"tiphaine-ou-le-silence-du-moi","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/tiphaine-ou-le-silence-du-moi\/","title":{"rendered":"Tiphaine ou le silence du moi"},"content":{"rendered":"\n<p>Plac\u00e9s subtilement par Guillaume Monod dans la peau de Tiphaine, le lecteur vit une hospitalisation en p\u00e9dopsychiatrie comme s\u2019il y \u00e9tait, porteur sans le savoir encore d\u2019un lourd secret qui ne sera d\u00e9voil\u00e9 qu\u2019\u00e0 la fin de ces quelques mois pass\u00e9s ensemble. Tiphaine est une petite fille qui vivait jusque l\u00e0 une vie apparemment sans autres difficult\u00e9s que la vie ordinaire, confi\u00e9e \u00e0 sa grande s\u0153ur depuis l\u2019abandon par ses parents. Mais un jour elle arrive \u00e0 l\u2019\u00e9cole avec des marques de s\u00e9vices graves et le signalement entra\u00eene imm\u00e9diatement une intervention de la brigade des mineurs qui la confie au p\u00e9diatre du service hospitalier le plus proche. Une fois prot\u00e9g\u00e9e, son \u00e9tat clinique, un mutisme infranchissable, \u00ab le silence du moi \u00bb, la conduit dans le service de p\u00e9dopsychiatrie voisin o\u00f9 nous allons passer quelque temps avec elle \u00e0 attendre que la situation \u00e9volue et finalement se d\u00e9voile. La description d\u2019un service de p\u00e9dopsychiatrie sectoris\u00e9 ordinaire est pr\u00e9cise et pourrait convenir \u00e0 la plupart des p\u00e9dopsychiatres de notre service public fran\u00e7ais. Elle m\u00eale les soucis du p\u00e9dopsychiatre pour faire de ces lieux de soins officiels des lieux de soins r\u00e9els, entour\u00e9s d\u2019une humanit\u00e9 souvent perdue pour les enfants qui y sont accueillis, avec ceux des autres soignants, qu\u2019ils soient infirmiers, psychologues ou \u00e9ducateurs, qui tentent chacun avec leurs moyens propres de d\u00e9fendre une pratique laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon par beaucoup trop d\u2019administrations press\u00e9es de r\u00e9pondre \u00e0 la qualit\u00e9 des soins spectaculaires, ceux que l\u2019on voit, ceux dont la presse parle volontiers, loin des souffrances psychiques ordinaires d\u2019enfants. On voit dans cette fiction l\u2019engagement de la plupart des soignants pour apporter \u00e0 ces enfants laiss\u00e9s pour compte par la soci\u00e9t\u00e9 ou par la pathologie qui les touche, des r\u00e9ponses, chacun avec son style, qui soient \u00e0 la fois humanisantes et professionnelles, souvent au d\u00e9triment de leur s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de base. Des enfants porteurs de diff\u00e9rents diagnostics sont mis en sc\u00e8ne dans ce huis clos relatif : un enfant autiste avec des troubles du comportement important (isolement affectif, encopr\u00e9sie, \u00e9nur\u00e9sie, retard massif de langage), une enfant avec des troubles de l\u2019adaptation, quelques enfants violents, d\u2019autres tristes et abandonn\u00e9s et d\u2019autres que je ne saurais tous citer ici. Mais ce qui est int\u00e9ressant dans la description de ce petit monde hospitalier, c\u2019est que les soignants font avec ces enfants pr\u00e9sentant des diagnostics h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, ce qu\u2019ils peuvent pour les aider chacun \u00e0 sa mesure et avec les r\u00e9ponses th\u00e9ra-peutiques qui conviennent, aussi bien en groupe qu\u2019en individuel : activit\u00e9s \u00e9ducatives, p\u00e9dagogiques et th\u00e9rapeutiques, psychoth\u00e9-rapies, sorties \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, ateliers cuisine et p\u00e2tisserie. La vie institutionnelle semble rythm\u00e9e par une organisation quotidienne se rapprochant de celles de tous les enfants, \u00e0 ceci pr\u00e8s que les parents ne sont pas pr\u00e9sents, soit parce qu\u2019ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme en grandes difficult\u00e9s et une s\u00e9paration a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e par le juge des enfants, c\u2019est le cas de Tiphaine, soit parce qu\u2019ils sont confi\u00e9s \u00e0 l\u2019Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance pour des raisons \u00e9ducatives et\/ou sociales, soit en raison de la gravit\u00e9 de leur psychopathologie qui n\u00e9cessite d\u2019\u00eatre accueillis et soign\u00e9s pour un temps en milieu sp\u00e9cialis\u00e9. Toujours est-il que les soignants assurent de fait une fonction parentale, mais justement ce qui est tr\u00e8s bien d\u00e9crit dans ce roman, c\u2019est l\u2019importance d\u2019assurer la fonction sans en avoir le statut. Et ces soignants sont tr\u00e8s professionnels sur ce point, revenant sans cesse sur le sens que les comportements de chaque enfant ont dans la conduite de leurs soins institutionnels. Le d\u00e9tail de quelques r\u00e9unions de synth\u00e8se anim\u00e9es par le p\u00e9dopsychiatre, permet de se faire une id\u00e9e pr\u00e9cise de ce que les exp\u00e9riences de tous les soignants, \u00e0 condition qu\u2019ils puissent facilement parler de la relation authentique qu\u2019ils nouent et d\u00e9ploient avec les enfants dont ils sont les r\u00e9f\u00e9rents, donnent comme indications sur l\u2019histoire en morceaux de tous ces enfants hospitalis\u00e9s en p\u00e9dopsychiatrie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces constellations transf\u00e9rentielles rassemblent les \u00e9l\u00e9ments apport\u00e9s par chaque soignant et contribuent \u00e0 redonner du sens \u00e0 ces histoires qui n\u2019en ont plus tellement. Mais nous voyons \u00e9galement les difficult\u00e9s institu-tionnelles int\u00e9rieures au centre hospitalier qui peuvent surgir dans ce travail de dentelli\u00e8re, quand une infirmi\u00e8re ou un \u00e9ducateur s\u2019appuie sur les espoirs port\u00e9s par un syndicat, ou le conflit qui oppose tel soignant \u00e0 l\u2019administration sur la maltrai-tance dont ce service est victime. Nous d\u00e9couvrons \u00e9galement que les rapports avec la justice ne vont pas de soi, que ce soit avec la r\u00e9f\u00e9rente de l\u2019ASE, ou avec le juge des enfants. Le p\u00e9dopsychiatre, d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 sur ces travers classiques, et lui-m\u00eame d\u00e9j\u00e0 victime d\u2019affaires ant\u00e9rieures racont\u00e9es avec une grande pudeur, avance prudemment mais sans concessions dans ce maquis institutionnel et parvient \u00e0 montrer avec une grande finesse comment son sens clinique ne r\u00e9sulte pas seulement d\u2019une connaissance parfaite des classifications internationales mais bien plut\u00f4t d\u2019une r\u00e9flexion permanente sur les intuitions cliniques qui le traversent et le poussent \u00e0 aller jusqu\u2019au bout de leurs logiques affectives et \u00e9motionnelles parfois inattendues.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, Tiphaine ne dit mot, son&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab moi \u00bb fait silence, mais son comportement est une succession de mots non prononc\u00e9s et qui mettent le p\u00e9dopsychiatre sur la trace d\u2019\u00e9v\u00e8nements indicibles qui le conduiront \u00e0 d\u00e9busquer une part de v\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019histoire de la petite fille, amenant \u00e0 revisiter sa probl\u00e9matique de fa\u00e7on radicale.&nbsp;<br>Ce livre est \u00e0 la fois d\u2019une simplicit\u00e9 extr\u00eame, car il d\u00e9crit sans fioritures les conditions m\u00eames de la vie d\u2019une enfant hospitalis\u00e9e en p\u00e9dopsychiatrie, les al\u00e9as de sa psychopathologie vus de l\u2019int\u00e9rieur, et les \u00e9quilibres pr\u00e9caires qui pr\u00e9sident au fonctionnement de l\u2019\u00e9quipe soignante qui va s\u2019occuper d\u2019elle. Mais sa simplicit\u00e9 nous inscrit directement au c\u0153ur d\u2019un drame humain bouleversant, tel que chaque enfant hospitalis\u00e9 en p\u00e9dopsychiatrie porte en lui, et dont chacun aurait pu faire l\u2019objet d\u2019un autre r\u00e9cit. Et pourtant, nous d\u00e9couvrons en filigrane que ce travail souterrain de r\u00e9flexion sur soi est difficile car c\u2019est la personne de chaque soignant qui accueille en elle la souffrance des enfants pr\u00e9sents, et pas seulement le statut professionnel. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 partir des effets sur chaque soignant de ces relations instaur\u00e9es par les enfants que les hypoth\u00e8ses psychopathologiques peuvent germer et les propositions th\u00e9rapeutiques s\u2019organiser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Or ces m\u00e9tiers peu consid\u00e9r\u00e9s livrent ce combat de la subjectivit\u00e9 malgr\u00e9 les oppositions et les r\u00e9sistances du corps social qui n\u2019en a cure, et qui pr\u00e9f\u00e8re les services de p\u00e9diatrie o\u00f9 les enfants pr\u00e9sentent des maladies raisonnables, m\u00eame si beaucoup d\u2019entre elles ne sont pas encore gu\u00e9rissables. L\u00e0 encore, le sceau de la folie vient marquer d\u2019une entropie incontournable -d\u00e9brouillez vous avec ce que vous avez- la prise en charge de ces enfants, et l\u2019ensemble des moyens qui sont fournis \u00e0 ceux qui choisissent de consacrer leur vie professionnelle \u00e0 leur accueil et \u00e0 leurs soins.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s importantes de reconnaissance du travail p\u00e9dopsychiatrique, les acteurs du terrain peuvent et savent trouver des r\u00e9ponses aux souffrances des enfants concern\u00e9s, et le m\u00e9rite d\u2019un tel manuscrit est d\u2019en faire partager les cheminements avec le lecteur d\u2019une fa\u00e7on aussi bien p\u00e9dagogique qu\u2019\u00e9mouvante. Je ne peux que vous inciter \u00e0 lire et \u00e0 faire lire l\u2019histoire de la \u00ab psychoth\u00e9rapie \u00bb de Tiphaine qui nous aide \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le \u00ab silence du moi \u00bb et la fonction du secret dans notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, en appui sur des outils de soins qui m\u00e9riteraient davantage de moyens pour l\u2019accueil et le soin de la souffrance psychique des enfants. Guillaume Monod est d\u00e9cid\u00e9ment un conteur et j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il nous offrira d\u2019autres r\u00e9cits \u00e0 l\u2019avenir.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13028?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1412],"mode":[61],"revue":[397],"auteur_livre":[2431],"class_list":["post-13028","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-pierre-delion","mode-gratuit","revue-397","auteur_livre-guillaume-monod"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13028","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13028"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=13028"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=13028"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=13028"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=13028"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=13028"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=13028"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}