{"id":13014,"date":"2021-09-12T10:13:53","date_gmt":"2021-09-12T08:13:53","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/cliniques-du-sujet-age\/"},"modified":"2021-09-28T17:57:36","modified_gmt":"2021-09-28T15:57:36","slug":"cliniques-du-sujet-age","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/cliniques-du-sujet-age\/","title":{"rendered":"Cliniques du sujet \u00e2g\u00e9."},"content":{"rendered":"\n<p>Beno\u00eet Verdon, professeur de psychologie clinique et de psycho-pathologie \u00e0 l\u2019Institut de Psychologie de l\u2019Universit\u00e9 Paris Descartes, pr\u00e9sente l\u2019ouvrage qu\u2019il a dirig\u00e9 en commen\u00e7ant par relever les dangers qui p\u00e8sent aujourd\u2019hui sur le statut, les conditions de travail et l\u2019\u00e9thique de la profession de psychologue clinicien. En g\u00e9riatrie comme ailleurs, plans, cr\u00e9dits et \u00e9valua-tions menacent de d\u00e9former une d\u00e9marche aux assises institution-nelles encore mal assur\u00e9es. En axant son introduction sur ces difficult\u00e9s et les r\u00e9sistances qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent, il ne fait pas seulement preuve de militantisme mais aussi de lucidit\u00e9, puisqu\u2019il place d\u2019embl\u00e9e les questions de l\u2019identit\u00e9 et de la subjectivit\u00e9 au c\u0153ur de ces cliniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est louable d\u2019avoir su borner ici&nbsp;<em>Les probl\u00e9matiques psychiques du vieillissement&nbsp;<\/em>\u00e0 un bref chapitre. La psychologie individuelle \u00e9chappe aux notions th\u00e9oriques qui pr\u00e9tendent cerner le vieillissement psychique. Dans une soci\u00e9t\u00e9 qui tend \u00e0 l\u2019objectivation des personnes, des situations existentielles et des pratiques professionnelles, cette psychologie est trop souvent r\u00e9duite \u00e0 la triade de la perte, de la d\u00e9t\u00e9rioration et de la d\u00e9pendance. Or plus la connaissance du grand-\u00e2ge progresse, plus il devient difficile de lui assigner une sp\u00e9cificit\u00e9. La d\u00e9marche clinique commence avec l\u2019abandon du g\u00e9n\u00e9ral pour aller vers le singulier, avec l\u2019assu-rance que l\u2019approfondissement du cas particulier l\u2019emportera toujours sur le raisonnement th\u00e9orique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la partie suivante intitul\u00e9e&nbsp;<em>La rencontre clinique<\/em>, C. Mure-Petitjean, V. Rocard, M.C. G\u00e9ly-Nargeot, S. Raffard et B. Verdon pr\u00e9sentent l\u2019entretien clinique, le bilan neuropsychologique et psychom\u00e9-trique et les \u00e9preuves projectives. A contre-courant d\u2019une certaine repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9valuation attendue du psychologue, ces praticiens montrent comment la complexit\u00e9 de leur d\u00e9marche et du sujet qu\u2019ils rencontrent peut faire du doute une qualit\u00e9, en particulier quand ils s\u2019efforcent d\u2019int\u00e9grer la vie affective et la vie cognitive, et de respecter les principes \u00e9thiques du consente-ment du patient et de la restitution de ses \u00e9preuves.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les psychanalystes s\u2019en \u00e9taient tenus aux contre-indications que Freud posait en 1904 \u00e0 la psychoth\u00e9rapie dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 de l\u2019existence, ils n\u2019auraient jamais re\u00e7u de sujets \u00e2g\u00e9s, comme l\u2019ont fait, les premiers, ses propres \u00e9l\u00e8ves. On comprend qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait soucieux d\u2019installer sa conception de la psychoth\u00e9rapie sur des principes et des r\u00e9sultats convaincants, prendre le risque de laisser passer la cure pour la panac\u00e9e eut \u00e9t\u00e9 scientifiquement et politiquement ruineux. Mais plus personne ne discute aujour-d\u2019hui ces indications et rares sont les psychanalystes qui n\u2019ont pas un patient \u00e2g\u00e9 de plus de soixante ans. Ils ont appris \u00e0 adapter leur cadre \u00e0 la structure et aux besoins de chaque patient, et surtout \u00e0 approfondir l\u2019analyse de leur contre-transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet esprit inspire la partie intitul\u00e9e&nbsp;<em>Pratiques th\u00e9rapeutiques<\/em>&nbsp;qui r\u00e9unit deux chapitres de C. Caleca sur la psychoth\u00e9rapie psychana-lytique, un de B. Verdon sur les groupes de paroles et un d\u2019I. Cantegreil sur l\u2019approche cogni-tivo-comporte-mentale. Alors que la pr\u00e9sentation des T.C.C. s\u2019attarde d\u2019ordinaire davantage sur les r\u00e9sultats que sur&nbsp; les techniques proprement dites, ce chapitre a l\u2019originalit\u00e9 de pr\u00e9senter chaque type d\u2019inter-vention en mettant en valeur le r\u00f4le de l\u2019aidant, au point de les pr\u00e9senter dans certains cas comme de v\u00e9ritables th\u00e9rapies du couple vivant en relation de d\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ses r\u00e9flexions sur la&nbsp;<em>Psychoth\u00e9rapie individuelle de l\u2019adulte \u00e2g\u00e9 pr\u00e9sentant des troubles d\u00e9mentiels<\/em>, C. Caleca s\u2019inscrit dans la lign\u00e9e des cliniciens fran\u00e7ais qui d\u00e9fendent depuis pr\u00e8s de trente ans les b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019un sujet atteint de la maladie d\u2019Alzheimer peut attendre d\u2019une \u00e9coute psychanalytique. Citant les travaux de G. Le Gou\u00e8s et M. P\u00e9ruchon sur le d\u00e9man-t\u00e8lement de la pens\u00e9e symbolique, elle rel\u00e8ve, pour sa part, le v\u00e9cu contre-transf\u00e9rentiel transgressif du clinicien acceptant que la rencontre avec ces patients se d\u00e9roule quasi exclusivement dans le pr\u00e9-verbal. Ce sentiment de travailler \u00ab en dehors de toute norme \u00bb n\u2019exprime pas seulement l\u2019angoisse d\u2019an\u00e9antissement de nos processus symboliques, en commen\u00e7ant par nos interdits professionnels. Il est aussi r\u00e9v\u00e9la-teur du d\u00e9ni, du fait que la rencontre ne peut avoir lieu sans la participation de l\u2019environ-nement familial ou institutionnel du patient. Le v\u00e9cu de trans-gression peut donc prendre le sens d\u2019une tentative de d\u00e9gagement vis-\u00e0-vis de cette d\u00e9pendance inhabituelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le refus de C. Caleca des interventions \u00ab orthopsychiques \u00bb visant \u00e0 ramener d\u2019autorit\u00e9 ces sujets dans la r\u00e9alit\u00e9 appelle une remarque sur un for\u00e7age d\u2019un autre ordre. Au-del\u00e0 de la r\u00e9f\u00e9-rence au surmoi et \u00e0 l\u2019id\u00e9al du moi du psychoth\u00e9rapeute, la notion de transgression marque l\u2019incapacit\u00e9 du langage \u00e0 rendre un sens qui n\u2019est pas issu du symbolique mais du pr\u00e9-verbal : celui du proche ou du lointain, du lumineux ou de l\u2019obscur, du vertical ou de l\u2019horizontal, du silence ou du cri. Le d\u00e9ploiement de ces directions de sens, pour la plupart corporelles et n\u00e9cessaires au surgissement de la parole, passe par la restauration d\u2019un espace potentiel, au sens de Winnicott.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que les notions de relance par l\u2019affect ou de r\u00e9animation mentale nous orientent du c\u00f4t\u00e9 du p\u00f4le symbolique, le terme poten-tiel signifie que cet espace est ouvert \u00e0 toutes les expressions possibles du patient, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un geste, d\u2019une parole ou de la suspension inattendue d\u2019un cri. L\u2019ouverture d\u2019un espace potentiel dans la rencontre avec le patient se reconna\u00eet \u00e0 ce qu\u2019il s\u2019y produit quelque chose que l\u2019on n\u2019attendait pas.<br><br>Les<em>&nbsp;Pratiques institutionnelles<\/em>&nbsp;recouvrent un ensemble de missions aussi diverses que probl\u00e9matiques, dans la mesure o\u00f9 le psychologue ne saurait poser seul le cadre ad\u00e9quat \u00e0 chacune. Or, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019institution psychiatrique, l\u2019institution g\u00e9ria-trique est une institution encore jeune, en recherche de sa t\u00e2che primaire entre les deux p\u00f4les de l\u2019h\u00e9bergement et du soin. En praticien chevronn\u00e9, J.-M. Talpin offre une excellente analyse des&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab glissements de t\u00e2che \u00bb auxquels les interpellations de l\u2019\u00e9quipe ou de la hi\u00e9rarchie exposent le novice. Face \u00e0 ces glissements qu\u2019il qualifie d\u2019ascendants ou de descendants, selon qu\u2019ils tirent ce dernier du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019organisation ou de l\u2019animation, s\u2019impose l\u2019id\u00e9e que le pouvoir symbolique conf\u00e9r\u00e9 au psychologue par sa formation et son suppos\u00e9 savoir ne s\u2019use que s\u2019il renonce \u00e0 l\u2019exercer.<\/p>\n\n\n\n<p>En pla\u00e7ant ici l\u2019intervention du psychologue aupr\u00e8s des couples et des familles, J.-M. Talpin fait un choix judicieux. Rien n\u2019est plus difficile, en effet, que de d\u00e9finir le sens et le cadre du \u00ab travail avec les familles \u00bb. Poser le principe qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une th\u00e9rapie familiale ne suffit pas. Tant que le clinicien n\u2019a pas admis les repr\u00e9-sentations-buts sous-jacentes \u00e0 sa d\u00e9marche, l\u2019\u00e9quivoque demeure.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre institutionnel, qu\u2019il soit g\u00e9riatrique ou psychiatrique, le travail en question est toujours sous-tendu par le terme \u00e0 mettre \u00e0 un maintien \u00e0 domicile, la r\u00e9ussite d\u2019une admission en EHPAD ou la guidance d\u2019un aidant en&nbsp; crise. Dire que l\u2019on fait avec ces couples ou ces familles \u00ab un travail analytique \u00bb suppose au contraire une ouverture \u00e0 l\u2019attente et une r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gression ne privil\u00e9giant pas la capacit\u00e9 de d\u00e9cider mais celle de penser et de mettre en latence.<\/p>\n\n\n\n<p>J.-L. No\u00ebl analyse&nbsp;<em>L\u2019accompagnement du projet de vie en service de soin de longue dur\u00e9e, en EHPAD et en maison de retraite<\/em>&nbsp;en distinguant les obligations r\u00e9glementaires et les fantasmes d\u2019identification ou de contre-identification qu\u2019elles font na\u00eetre dans les \u00e9quipes. Sous le titre&nbsp;<em>Les incidents de parcours<\/em>, S. No\u00ebl pr\u00e9sente l\u2019intervention du psycho-logue dans le cadre des crises provoquant l\u2019hospitalisation dans l\u2019urgence et les questions \u00e9thiques qu\u2019elle soul\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la derni\u00e8re partie intitul\u00e9e&nbsp;<em>Pratiques cliniques dans la cit\u00e9<\/em>, S. Kihlgren et M. Jouannet traitent de l\u2019intervention du psychologue \u00e0 domicile dans le cadre du travail en r\u00e9seau et au sein d\u2019une \u00e9quipe multidisciplinaire, et A. Moscato de l\u2019\u00e9coute t\u00e9l\u00e9phonique dans un dispositif d\u00e9partemental de lutte contre la maltraitance, s\u2019appuyant sur la conception freudienne de la haine inh\u00e9rente \u00e0 la condition humaine pour parler d\u2019acte et non de \u00ab personne maltraitante \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier int\u00e9r\u00eat de cet excellent ouvrage est de rappeler qu\u2019en toute situation, l\u2019\u00e9coute du psychologue ne vise pas \u00e0 ajuster la clinique \u00e0 la th\u00e9orie mais \u00e0 se laisser guider par son patient en sachant faire abstraction des fausses \u00e9vidences dict\u00e9es par son \u00e2ge. La seconde est de montrer que la clinique du sujet \u00e2g\u00e9 ne se soustrait jamais compl\u00e8tement de la clinique de la relation avec lui et du contre-transfert qui anime cette derni\u00e8re, parce que, pour le praticien comme pour le soignant, \u00eatre \u00e0 ces patients est une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre \u00e0 soi-m\u00eame en tant qu\u2019adulte destin\u00e9 \u00e0 la vieillesse et \u00e0 la mort.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13014?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2130],"mode":[61],"revue":[700],"auteur_livre":[2189],"class_list":["post-13014","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-pierre-charazac","mode-gratuit","revue-700","auteur_livre-benoit-verdon"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13014","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13014"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=13014"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=13014"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=13014"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=13014"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=13014"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=13014"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}