{"id":13004,"date":"2021-09-12T10:13:51","date_gmt":"2021-09-12T08:13:51","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/au-fil-du-temps-un-itineraire-psychanalytique\/"},"modified":"2021-09-22T15:19:59","modified_gmt":"2021-09-22T13:19:59","slug":"au-fil-du-temps-un-itineraire-psychanalytique","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/au-fil-du-temps-un-itineraire-psychanalytique\/","title":{"rendered":"Au fil du temps, un itin\u00e9raire psychanalytique"},"content":{"rendered":"\n<p>Voici un tr\u00e8s beau livre. L\u2019intro-duction d\u2019Eva Brabant nous montre que Judith Dupont s\u2019inscrit dans la lign\u00e9e f\u00e9renczienne de la psychanalyse. Contrairement \u00e0 Jones traitant Ferenczi de fou, Judith Dupont et Eva Brabant soulignent que les souffrances des patients ne peuvent \u00eatre attribu\u00e9es exclusivement aux d\u00e9sirs refoul\u00e9s de l\u2019enfance mais qu\u2019il faut prendre en compte ce que les autres lui ont fait. Il ne s\u2019agit pas de choisir entre l\u2019\u0152dipe et le Trauma mais d\u2019envisager les deux entre\u2010m\u00eal\u00e9s. La vie de Judith Dupont la montre baignant dans la psychanalyse d\u00e8s sa naissance (sa grand\u2010m\u00e8re maternelle et sa tante \u00e9tant psychanalystes) et participant d\u00e8s les ann\u00e9es 60 \u00e0 la r\u00e9habilitation de la vie et de l\u2019\u0153uvre de Ferenczi par ses travaux et ses traductions des textes et de la correspondance, en lien avec M. Balint, N. Abraham et Maria Torok. Un bref avant-propos de Judith montre le caract\u00e8re primesautier qu\u2019elle conserve malgr\u00e9 l\u2019\u00e2ge.<br><br>Un chapitre d\u2019itin\u00e9raire et de r\u00e9flexions analytiques nous la montre soucieuse avant tout des relations humaines. Elle \u00e9voque l\u2019histoire complexe des deux branches de sa famille juive.<br>Sa&nbsp; grand-m\u00e8re maternelle Vilma a \u00e9t\u00e9 une des premi\u00e8res analystes femme aupr\u00e8s de Ferenczi.<br><br>Sa tante maternelle Alice allait devenir analyste et la premi\u00e8re \u00e9pouse de Micha\u00ebl Balint, morte pr\u00e9matur\u00e9ment d\u2019une affection cardiaque. Sa m\u00e8re s\u2019est destin\u00e9e elle au dessin et \u00e0 la peinture depuis l\u2019enfance et a eu t\u00f4t du succ\u00e8s en particulier comme portraitiste. Tout le monde, y compris la clinique psychanalytique, \u00e9taient dans l\u2019immeuble construit par F. Kovacs, second mari de Vilma. Judith y a pass\u00e9 ses ann\u00e9es d\u2019enfance aupr\u00e8s de son cousin germain John Balint. Elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 li\u00e9e d\u2019amiti\u00e9 avec une des filles de Imre Hermann jusqu\u2019\u00e0 la mort de cette derni\u00e8re. Son enfance a \u00e9t\u00e9 assombrie par deux circonstances : d\u00e8s sa premi\u00e8re ann\u00e9e, sa m\u00e8re partait peindre plusieurs mois \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et ce sont ses grands-parents et le personnel de maison qui s\u2019occupaient d\u2019elle ; elle a \u00e9t\u00e9 victime d\u2019une colibacillose s\u00e9v\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 ce que les sulfamides l\u2019en d\u00e9livrent. Judith raconte aussi le chagrin de tous, le jour de la mort de Ferenczi, o\u00f9 elle a aussi perdu son petit chien. Elle jouait dans un coin avec son cousin J. Balint, n\u00e9 comme elle en 1925.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les Nazis envahirent l\u2019Autriche en 1937, les familles Balint et Dormandi &#8211; nom du p\u00e8re de Judith, \u00e9crivain et propri\u00e9taire des \u00e9ditions Panth\u00e9on &#8211; d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019\u00e9migrer car l\u2019ennemi \u00e9tait trop proche de la Hongrie. Les Balint partirent en Angleterre et la famille de Judith \u00e0 Paris. Suit le r\u00e9cit pudique de l\u2019Occupation et des risques courus. Le p\u00e8re de Judith a travaill\u00e9 avec Vercors aux Editions de Minuit clandestines.<br><br>A la fin de la guerre, Judith qui pr\u00e9pare le bac d\u00e9cide qu\u2019elle deviendra psychanalyste. Elle entreprend des \u00e9tudes de m\u00e9decine mais doit s\u2019arr\u00eater deux ans pour une primo-infection. Un voyage en Hongrie en 47 est l\u2019occasion de constater les destructions, les disparitions mais de retrouver aussi de vieux amis ayant surv\u00e9cu. Elle passe un No\u00ebl \u00e0 Londres aupr\u00e8s de Balint et assiste \u00e0 une s\u00e9ance de la&nbsp;<em>British Psychoanalytical Association<\/em>&nbsp;(BPA).&nbsp; Sa famille \u00e9tant en difficult\u00e9 financi\u00e8re, elle doit travailler pour payer ses \u00e9tudes. Elle rencontre Jacques Dupont qui est dans la m\u00eame situation et tient une petite imprimerie o\u00f9 il l\u2019embauche, ils ne tardent pas \u00e0 se marier. Elle \u00e9voque ses stages de m\u00e9decine, celui de psychiatrie \u00e0&nbsp;<em>Sainte-Anne<\/em>&nbsp;lui ayant laiss\u00e9 un malaise tandis que celui \u00e0 la Fondation Vall\u00e9e s\u2019est termin\u00e9 apr\u00e8s que Jacques et elle aient accueilli un journaliste qui d\u00e9non\u00e7a dans&nbsp;<em>Samedi Soir<\/em>&nbsp;les conditions faites aux hospitalis\u00e9es. Son parcours pour entamer sa formation analytique la conduit chez Daniel Lagache. Elle lui dit que son seul probl\u00e8me \u00e9tait de ne pas \u00eatre enceinte apr\u00e8s deux ans de mariage et elle accouchera de sa fille neuf mois plus tard. Elle a peu de souvenirs de son analyse mais elle s\u2019est trouv\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e de sa timidit\u00e9 paralysante. Elle \u00e9voque ses supervisions avec J. Favez-Boutonier, F. Dolto et G. Favez. Elle travaille aupr\u00e8s de Jenny Aubry, puis une dizaine d\u2019ann\u00e9es au&nbsp;<em>Centre de Guidance<\/em>&nbsp;de l\u2019Aisne. Elle travaille aussi \u00e0 Saint Maximin dans un \u00e9tablissement pour caract\u00e9riels surdou\u00e9s et \u00e0 l\u2019<em>Ecole des parents<\/em>&nbsp;avec Berge.<br><br>Elle rejoint le&nbsp;<em>Centre Etienne Marcel<\/em>. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019elle va donner naissance \u00e0 la revue du&nbsp;<em>Coq H\u00e9ron<\/em>, d\u2019abord ron\u00e9ot\u00e9e par Jacques Dupont, puis imprim\u00e9e. Une \u00e9quipe de traduction en nombreuses langues va permettre de donner aux lecteurs fran\u00e7ais l\u2019acc\u00e8s \u00e0 de nombreux travaux psychanalytiques \u00e9trangers. La revue a d\u00e9pass\u00e9 son 220e num\u00e9ro avec un comit\u00e9 de r\u00e9daction comportant des analystes d\u2019\u00e9coles diff\u00e9rentes et la r\u00e8gle qu\u2019il suffit qu\u2019un article soit soutenu par un de ses membres pour \u00eatre accept\u00e9, les opposants ayant la possibilit\u00e9 de le faire pr\u00e9c\u00e9der ou suivre de leurs commentaires. Son activit\u00e9 priv\u00e9e de psychanalyste se d\u00e9veloppe. Une importante section sur \u00ab psychanalyser \u00bb, parl\u00e9e \u00e0 Bruxelles \u00e0 l\u2019invitation de Francis Martens doit \u00eatre lue et m\u00e9dit\u00e9e Elle va d\u00e9ployer sa vie durant une intense activit\u00e9 de traductrice du hongrois, de l\u2019allemand et de l\u2019anglais avec des incursions dans d\u2019autres langues.<br><br>Le chapitre 2 est consacr\u00e9 \u00e0 Ferenczi. Judith Dupont reprend Granoff \u00e9crivant que freud avait invent\u00e9 la psychanalyse et que Ferenczi avait fait de la psychanalyse, introduisant un mode relationnel et un niveau d\u2019\u00e9coute qui ont pour soubassement th\u00e9orique relation d\u2019objet, contre-transfert et r\u00e9gression mais ne se d\u00e9finissent pas par la th\u00e9orie. Son \u0153uvre s\u2019est prolong\u00e9e avec M. Balint, L. Shengold, Winnicott, Nicolas Abraham et Maria Torok.<br><br>Le chapitre 3 est consacr\u00e9 \u00e0 Balint, homme de grandes dimensions physiques, intellectuelles et morales. Balint et sa femme Alice, apr\u00e8s des \u00e9tudes scientifiques, ont commenc\u00e9 leur analyse \u00e0 Berlin pr\u00e8s De Sachs, mais sont revenus la terminer \u00e0 Budapest pr\u00e8s de Ferenczi. Ils ont travaill\u00e9 comme analystes \u00e0 Budapest de 1925 \u00e0 1939. Balint a travaill\u00e9 en \u00e9troite collaboration avec Ferenczi et \u00e9crit en commun avec sa femme Alice. Il \u00e9tait l\u2019h\u00e9ritier litt\u00e9raire de Ferenczi, t\u00e2che qu\u2019il a transmise \u00e0 Judith Dupont.<br><br>Le chapitre 4 est fait d\u2019\u00e9crits divers. Un hommage \u00e0 Paul Roazen traite \u00ab de la curiosit\u00e9 infantile \u00e0 la science \u00bb. Il rappelle la source de la curiosit\u00e9 dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des enfants pour la vie intime des parents. Il montre le lien particulier entre la d\u00e9couverte de la psychanalyse et son d\u00e9veloppement avec la vie de son cr\u00e9ateur et de ses continuateurs. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la vie des hommes qui apparaissent grands dans quelque domaine que ce soit. Un texte sur l\u2019amour note que Freud estimait qu\u2019il y avait autant de r\u00e9ponses que de couples. Ernst Freud a s\u00e9lectionn\u00e9 les lettres de son p\u00e8re \u00e0 sa m\u00e8re livr\u00e9es \u00e0 la publication mais Martha avait fait dispara\u00eetre ses propres lettres. M\u00eame s\u2019il s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 la participation intellectuelle de sa future femme, Freud \u00e9tait rest\u00e9 tributaire de la conception traditionnaliste de la f\u00e9minit\u00e9 et, m\u00eame dans son article le plus avanc\u00e9, en 1931, il affirme la castration f\u00e9minine comme une r\u00e9alit\u00e9. Judith Dupont reprend la d\u00e9construction de l\u2019envie du p\u00e9nis dans l\u2019\u0153uvre de Maria Torok.<br><br>Un dernier chapitre de \u00ab Notes br\u00e8ves \u00bb commence par le probl\u00e8me de \u00ab l\u2019enfant mod\u00e8le \u00bb, sage comme une image, qui aura les plus grandes difficult\u00e9s \u00e0 devenir un adulte ouvert, cr\u00e9atif et aimant. Judith Dupont montre que les effets de la cure analytique ne sont pas \u00e9valuables de mani\u00e8re m\u00e9canique. Elle souligne l\u2019importance des transgressions f\u00e9condes. Pour le progr\u00e8s des savoirs et des pratiques. Judith Dupont nous offre de brefs croquis cliniques que chaque lecteur doit d\u00e9guster. Elle a confiance dans l\u2019avenir de la psychanalyse tout en expliquant que c\u2019est une science plus vuln\u00e9rable par sa nature car elle ne peut pas produire dans son domaine de preuves tangibles, indiscutables et reproductibles. Elle termine en opposant les hagiographes et les iconoclastes des grands hommes. Elle estime que ce sont les hagiographes qui sont les plus dangereux car leurs exc\u00e8s et leurs mensonges sont d\u00e9couverts et risquent de d\u00e9cr\u00e9dibiliser une \u0153uvre de valeur. L\u2019iconoclastie injustifi\u00e9e ne tient qu\u2019un certain temps et dans certains milieux de sorte que la valeur d\u2019une \u0153uvre se trouve r\u00e9\u00e9valu\u00e9e plus justement.<br><br>Je terminerai en donnant la parole \u00e0 l\u2019ami Heitor de Macedo : \u00ab Judith Dupont est une actrice fondamentale dans l\u2019histoire de la psychanalyse, entre autres, par la t\u00e9nacit\u00e9 avec laquelle elle a fait reconna\u00eetre l\u2019importance de la pens\u00e9e de Sandor Ferenczi et Michael Balint. Rarement la lecture d\u2019un livre de psychanalyse pr\u00e9sente d\u2019une fa\u00e7on si simple, directe et \u00e9mouvante cette intrication entre la vie vivante et le m\u00e9tier de psychanalyste : r\u00e9ussir sa vie pour aider les autres \u00e0 vivre la leur \u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13004?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2098],"mode":[60],"revue":[508],"auteur_livre":[2413],"class_list":["post-13004","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-claude-nachin","mode-payant","revue-508","auteur_livre-judith-dupont"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13004","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13004"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=13004"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=13004"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=13004"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=13004"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=13004"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=13004"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}