{"id":13000,"date":"2021-09-12T10:13:51","date_gmt":"2021-09-12T08:13:51","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/si-la-psychanalyse-etait-une-histoire-vraie\/"},"modified":"2021-09-21T15:35:59","modified_gmt":"2021-09-21T13:35:59","slug":"si-la-psychanalyse-etait-une-histoire-vraie","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/si-la-psychanalyse-etait-une-histoire-vraie\/","title":{"rendered":"Si la psychanalyse \u00e9tait une histoire vraie ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Voil\u00e0 une id\u00e9e originale d\u2019un psychanalyste qui interroge non seulement le rapport du sujet \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 (et son corollaire le mensonge), mais le statut de la v\u00e9rit\u00e9 tant au niveau individuel que collectif. Ce livre tombe \u00e0 point pour revisiter cette question dans la pratique analytique, mais aussi dans notre monde contemporain infiltr\u00e9 de fausses nouvelles (dites :&nbsp;<em>fake news<\/em>) comme si on ne pouvait le dire en langue fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur commence par des \u00e9l\u00e9ments analytiques et philosophiques en particulier la parr\u00easia grecque, le dire vrai, notion travaill\u00e9e par Foucault. Mais en psychanalyse, l\u2019amour de Freud pour la v\u00e9rit\u00e9 est mise en avant, l\u2019auteur souligne que :<br>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019amour de la v\u00e9rit\u00e9 chez Freud ne va pas sans qu\u2019il admette que la structure du langage introduit un doute dans la valeur de cet \u00e9nonc\u00e9.&nbsp;<\/em>\u00bb Pour sa part, Lacan passe de l\u2019amour de la v\u00e9rit\u00e9 au discours de v\u00e9rit\u00e9. Mais il est soulign\u00e9 que Lacan sollicite l\u2019amour de la v\u00e9rit\u00e9 par l\u2019engagement et l\u2019acte de parole du psychanalyste. Ce qui est un \u00e9l\u00e9ment incontournable de la position du psychanalyste.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que le trauma ? L\u2019auteur r\u00e9pond en s\u2019appuyant sur la notion lacanienne de r\u00e9el, il \u00e9crit : \u00ab&nbsp;<em>Le R\u00e9el, c\u2019est le trauma d\u2019une attaque de la langue et de la pens\u00e9e elles-m\u00eames<\/em>. \u00bb (p. 107).<br>&nbsp;<br>Dans l\u2019affaire d\u2019Outreau comme dans le \u00ab&nbsp;<em>repressed memory<\/em>&nbsp;\u00bb aux USA, la question se pose de la v\u00e9racit\u00e9 du souvenir. Ces th\u00e9ories n\u2019ont pas de r\u00e9f\u00e9rences psychanalytiques, et pr\u00f4nent cependant de curieuses contradictions sur cette m\u00e9moire r\u00e9prim\u00e9e et ces \u00ab souvenirs retrouv\u00e9s \u00bb. De nombreuses histoires scandaleuses ont \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 jour aux USA. Plus pr\u00e8s de nous, \u00e0 propos des faux souvenirs, ou des faux incestes dans l\u2019affaire d\u2019Outreau est-il possible de soutenir que \u00ab Le souvenir ne ment pas \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>Solal exprime un point de vue tr\u00e8s clair : \u00ab&nbsp;<em>La mutation de la clinique, incertaine, en expertise objective ruine la clinique de l\u2019enfant en souffrance.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 112). En effet il souligne que tellement d\u2019erreurs ont \u00e9t\u00e9 commises au nom du dogme qu\u2019un enfant ne pouvait dire que la v\u00e9rit\u00e9. La position des experts psychologiques a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement d\u00e9sastreuse, nuisant \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation de la v\u00e9rit\u00e9. Lorsque leurs erreurs furent r\u00e9v\u00e9l\u00e9es, ces personnes donn\u00e8rent comme excuse ou pr\u00e9texte que les expertises prenaient beaucoup de temps et \u00e9taient peu pay\u00e9es !<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de l\u2019auteur est assez subtile quand il s\u2019att\u00e8le au statut de la v\u00e9rit\u00e9 en psychanalyse. Il pr\u00e9cise qu\u2019il est d\u00e9licat de diff\u00e9rencier la v\u00e9rit\u00e9 et la fiction lorsqu\u2019elle est investie d\u2019affect. Quand Freud annonce dans une lettre \u00e0 Fliess en 1897 :<br>\u00ab&nbsp;<em>Je ne crois plus \u00e0 ma neurotica&nbsp;<\/em>\u00bb, il admet alors que la sexualit\u00e9 infantile a reconstruit fantasma-tiquement des sc\u00e8nes de s\u00e9duction. En suivant Freud, Solal souligne la coexistence de deux r\u00e9alit\u00e9s, l\u2019une psychique, et l\u2019une pratique. Ce qui n\u2019est pas sans difficult\u00e9s, m\u00eame si cela rejoint des points de vue aristot\u00e9liciens. Lacan pour sa part, reprend les m\u00eames contradictions en d\u2019autres termes sur le rapport entre r\u00e9alit\u00e9 et fantasme : \u00ab La v\u00e9rit\u00e9 elle-m\u00eame a une structure de fiction \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Solal remarque tr\u00e8s justement que la th\u00e9orie du fantasme n\u2019est donc pas une alternative \u00e0 celle du trauma mais \u00ab&nbsp;<em>son expression possible \u00e0 de moindre frais, puisque la construction du fantasme contribue \u00e0 la r\u00e9solution du sympt\u00f4me.<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en vient m\u00eame, en suivant les traces de Freud \u00e0 reprendre la comparaison entre l\u2019amour passionnel et l\u2019amour de transfert, insistant sur la dimension imaginaire des deux registres. La v\u00e9rit\u00e9 peut \u00eatre d\u00e9voil\u00e9e par le biais d\u2019une interpr\u00e9tation dans la cure analytique, mais dans l\u2019amour ? Et l\u2019auteur souligne une difficult\u00e9 majeure quant \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. \u00ab&nbsp;<em>La psychanalyse est une histoire vraie parce que le mensonge sert la v\u00e9rit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. Cet argument est \u00e0 d\u00e9plier et interpr\u00e9ter seulement dans le cadre d\u2019une psychanalyse, bien entendu. Et l\u2019auteur ajoute \u00ab&nbsp;<em>On ne peut sortir de cette contradiction irr\u00e9ductible, de cette aporie.&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affaire Jeffrey Masson (p. 123) d\u00e9crit le statut du mensonge entre psychanalystes et tente de d\u00e9m\u00ealer cette affaire qui levait un voile soi-disant \u00ab le vrai \u00bb, sur les archives dites secr\u00e8tes de Freud. La suite dira en quoi les propos de Masson \u00e9taient mensongers, et cet \u00e9rudit voulait simplement faire parler de lui, passant outre sur la v\u00e9rit\u00e9 des faits et souillant l\u2019image de Freud au passage. Vers la fin du livre, l\u2019auteur reprend la notion d\u2019empathie, pr\u00e9sente chez Freud d\u00e8s le&nbsp;<em>Mot d\u2019esprit<\/em>, et d\u00e9velopp\u00e9 dans sa&nbsp;<em>Psychologie des masses<\/em>. Notion reprise par Ferenczi, dans sa th\u00e9orisation sur l\u2018\u00e9lasticit\u00e9 de la technique psychanalytique, mais improprement traduite par tact. L\u2019empathie est p\u00e9trie de bons sentiments \u00e0 son envers, dans une volont\u00e9 d\u2019emprise haineuse. Telle une figure de Janus, insiste l\u2019auteur, l\u2019autre face se nomme l\u2019imposture. Et il d\u00e9veloppe deux exemples d\u2019imposture tir\u00e9s de la litt\u00e9rature et de la politique. Un certain Enric Marco qui en 2005 est invit\u00e9 par le premier ministre espagnol Zapatero \u00e0 Mauthausen pour le 70\u00e8me anniversaire de la lib\u00e9ration de ce camp. Cet homme a publi\u00e9 un livre sur son exp\u00e9rience de d\u00e9port\u00e9 et pr\u00e9side une association d\u2019anciens d\u00e9port\u00e9s.<br><br>Cet homme n\u2019ira pas \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie, car la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9clate peu avant celle-ci : il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9. Un scandale s\u2019en suit avec des avis partag\u00e9s, un philosophe \u00e9crivant : \u00ab C\u2019est un grand menteur qui dit de grandes v\u00e9rit\u00e9s \u00bb. Ce qui correspond \u00e0 ce que cet imposteur a d\u00e9clar\u00e9 suite \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation : qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas un menteur, mais qu\u2019il a toujours dit la v\u00e9rit\u00e9 sur les camps ! Solal remarque tr\u00e8s justement que \u00ab&nbsp;<em>La r\u00e9ussite de l\u2019imposture passe par l\u2019appel \u00e0 la jouissance de l\u2019autre<\/em>&nbsp;\u00bb. Et m\u00eame si l\u2019empathie n\u2019est pas un concept psychanalytique, elle s\u2019invite \u00e0 bien des d\u00e9bats en psychanalyse, ce que renouvelle fort pertinemment Jean-Fran\u00e7ois Solal. Il \u00e9voque la position de Lacan sur l\u2019empathie en critiquant l\u2019intersubjectivit\u00e9 et l\u2019ego psychologie des psychanalystes nord-am\u00e9ricains. Il ajoute \u00ab&nbsp;<em>Bient\u00f4t il faudra se renifler pour se conna\u00eetre !<\/em>&nbsp;\u00bb Puis sont repris les points de vue critiques de Ric\u0153ur sur la psychanalyse et la&nbsp;<em>self psychology<\/em>&nbsp;de Kohut. L\u2019auteur souligne que l\u2019interpr\u00e9tation psychanalytique n\u2019est pas une herm\u00e9neutique, une compr\u00e9hension o\u00f9 rien ne reste \u00e0 nu. La v\u00e9rit\u00e9 et le vrai ne peuvent aller sans une part obscure de cach\u00e9, d\u2019insu. Car il ne s\u2019agit pas de confondre transfert et empathie, ce qui viderait la psychanalyse de sa sp\u00e9cificit\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Car sans le transfert la psychanalyse serait comme une autre psychoth\u00e9rapie<\/em>&nbsp;<em>??<\/em>&nbsp;\u00bb. (p. 188).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e forte de ce livre r\u00e9side dans le fait qu\u2019il questionne la place de la v\u00e9rit\u00e9 et souligne ainsi que les choses ne sont pas si simples et que les th\u00e9ories ont du mal \u00e0 rendre compte des rapports ambivalents et complexes entre v\u00e9rit\u00e9 et imaginaire et r\u00e9alit\u00e9 et fantasme. Reste \u00e0 d\u00e9terminer d\u2019o\u00f9 chacun parle, \u00e0 savoir quelles sont nos r\u00e9f\u00e9rences, notre pratique et si nous pouvons envisager qu\u2019il existe une v\u00e9rit\u00e9 scientifique, philosophique, herm\u00e9neutique,<br>ou autre &#8230; ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si on peut dire que la v\u00e9rit\u00e9 est mise au travail dans la cure, Solal rajoute que \u00ab&nbsp;<em>toute la v\u00e9rit\u00e9 on ne peut la dire. Elle joue de ses masques et de ses d\u00e9masquages<\/em>&nbsp;\u00bb. Il poursuit en s\u2019appuyant sur sa pratique clinique pour parler de la v\u00e9rit\u00e9 de la clinique, incarn\u00e9e dans le transfert, mensonge de l\u2019amour et v\u00e9ritable amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9flexions remettent en mouvement une dynamique de questionnement et de pens\u00e9e fort int\u00e9ressante qui saura, j\u2019en suis s\u00fbr, int\u00e9resser les th\u00e9rapeutes et analystes d\u00e9butants ou confirm\u00e9s.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13000?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1461],"mode":[60],"revue":[502],"auteur_livre":[2410],"class_list":["post-13000","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-didier-lauru","mode-payant","revue-502","auteur_livre-jean-fracois-solal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13000","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13000"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=13000"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=13000"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=13000"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=13000"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=13000"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=13000"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}