{"id":12987,"date":"2021-09-12T10:13:49","date_gmt":"2021-09-12T08:13:49","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/la-raison-psychanalytique\/"},"modified":"2021-09-27T17:30:17","modified_gmt":"2021-09-27T15:30:17","slug":"la-raison-psychanalytique","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/la-raison-psychanalytique\/","title":{"rendered":"La raison psychanalytique"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce livre de Roger Perron s\u2019inscrit dans le contexte des controverses actuelles visant \u00e0 contester le statut scientifique de la psychanalyse, pour en invalider les mod\u00e8les et la pratique, et il constitue une synth\u00e8se de ses travaux relatifs \u00e0 l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de la psychanalyse.&nbsp;<br>L\u2019ouvrage d\u00e9bute par la mise en sc\u00e8ne humoristique d\u2019un dialogue intime entre le po\u00e8te et le g\u00e9om\u00e8tre, en r\u00e9f\u00e9rence au fameux texte de Pascal sur les diff\u00e9rences entre l\u2019esprit de g\u00e9om\u00e9trie et l\u2019esprit de finesse. Le ton de l\u2019ensemble du livre est ainsi donn\u00e9, la d\u00e9marche rigoureuse et p\u00e9trie de scientificit\u00e9 du g\u00e9om\u00e8tre sera ponctu\u00e9e par l\u2019humour et la finesse du po\u00e8te de la cure. La question sera de savoir si la recherche en psychanalyse et la recherche sur la psychanalyse peuvent faire la preuve de leur scientificit\u00e9, et si les processus psychiques observ\u00e9s par le psychanalyste peuvent devenir objets de science. C\u2019est une question cruciale \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les \u00e9valuateurs&nbsp; en tous genres somment les chercheurs r\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 la m\u00e9tapsychologie psychanalytique de d\u00e9finir des crit\u00e8res scientifiques pour rendre compte de leurs travaux et o\u00f9 la psychologie exp\u00e9rimentale, comme la psychologie cognitive, tendent \u00e0 imposer leur h\u00e9g\u00e9monie, en niant la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie psychanalytique qui ne saurait relever des m\u00eames crit\u00e8res de scientificit\u00e9. On sait que Roger Perron a explor\u00e9 diff\u00e9rentes voies de recherche en psychologie, avec des m\u00e9thodologies exp\u00e9rimentales, diff\u00e9rentialistes et d\u00e9veloppementales, tout en produisant une \u0153uvre consid\u00e9rable dans le champ psychanalytique. Mais le clivage intime entre esprit de g\u00e9om\u00e9trie et esprit de finesse, exp\u00e9riment\u00e9 dans le parcours m\u00eame de recherche de R. Perron, ne renvoie-t-il pas \u00e0 une double postulation \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez tout&nbsp;<br>analyste s\u2019interrogeant n\u00e9cessairement sur les logiques des mod\u00e8les sous-jacents \u00e0 sa pratique ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Cet ouvrage se propose d&rsquo;examiner, au triple plan de la th\u00e9orie, de la clinique et de la pratique psychanalytiques, ce qui d\u00e9finit une activit\u00e9 comme source et comme objet de science. Dans les premiers chapitres, Roger Perron s\u2019interroge d\u2019abord sur l\u2019acte de connaissance, sur la fa\u00e7on dont sont constitu\u00e9s les faits que veut conna\u00eetre le psychanalyste, avec le risque de les construire ad hoc par sa th\u00e9orie m\u00eame, sur les modalit\u00e9s de construction des hypoth\u00e8ses en psychanalyse, ainsi que sur les processus de mod\u00e9lisation des concepts. R. Perron chemine dans ces questions fondamentales et complexes de fa\u00e7on tr\u00e8s claire, \u00e0 la fois rigoureuse et illustr\u00e9e par des exemples \u00e0 la lecture agr\u00e9able, d\u00e9gageant progressivement les fondements \u00e9pist\u00e9mologiques de la th\u00e9orie comme de la pratique psychanalytique. Il \u00e9voque l\u2019aporie fondamentale de l\u2019acte de connaissance \u00e0 partir des travaux de K. Popper et des controverses des physiciens sur le statut des objets, notamment sur l\u2019objet quantique qui n\u2019est connaissable que tel que l\u2019acte m\u00eame de connaissance le produit. Il \u00e9tablit un parall\u00e8le avec la connaissance des objets psychanalytiques coconstruits par le couple patient\/analyste, \u00e0 l\u2019intersection des techniques et des th\u00e9ories mises en \u0153uvre. Le psychanalyste se sent alors bien proche du physicien, en sachant que les faits sont construits par sa th\u00e9orie. N\u00e9anmoins le patient n\u2019est pas un pur fantasme du psychanalyste et la psychanalyse est une science empirique, comme l\u2019affirme Freud, dans la mesure o\u00f9 elle traite de faits observables dans l\u2019espace de la cure analytique.<\/p>\n\n\n\n<p><br>R. Perron d\u00e9finit alors le fait psychanalytique en le diff\u00e9renciant du fait historique, \u00e0 la recherche duquel travaille l\u2019historien, car la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9v\u00e8nementielle est fondamentalement incertaine pour l\u2019analyste qui s\u2019int\u00e9resse d\u2019abord \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 psychique : le seul \u00e9v\u00e9nement certain pour l\u2019analyste ne saurait donc \u00eatre que la relation analytique elle-m\u00eame. Dans la mesure o\u00f9 les faits psychanalytiques ne prennent existence qu\u2019\u00e0 \u00eatre constitu\u00e9s par la th\u00e9orie, le psychanalyste est confront\u00e9 \u00e0 plusieurs difficult\u00e9s,&nbsp; choisir dans les th\u00e9orisations freudiennes et postfreudiennes, ne pas pouvoir saisir du fait de son contre transfert un aspect de la probl\u00e9matique du patient ou buter sur la polys\u00e9mie du langage psychanalytique. R. Perron montre ensuite \u00e0 l\u2019appui de nombreux exemples emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire des sciences que la psychanalyse ne diff\u00e8re pas des autres sciences dans la fa\u00e7on dont elle formule ses hypoth\u00e8ses th\u00e9oriques et il rappelle, bien \u00e0 propos dans le contexte actuel de l\u2019inflation de la demande d\u2019\u00e9chantillons significatifs pour valider une hypoth\u00e8se, qu\u2019une hypoth\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale peut provenir de l\u2019observation d\u2019une seule personne, puisque la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 est celle de lois fonctionnelles et non celle qui d\u00e9finit une collection d\u2019individus. Le quatri\u00e8me chapitre consacr\u00e9 aux concepts aborde la formation des concepts et le processus d\u2019abstraction \u00e0 partir de la tradition philosophique et le lecteur accompagne volontiers l\u2019auteur du c\u00f4t\u00e9 des philosophes de l\u2019antiquit\u00e9,&nbsp; D\u00e9mocrite, Aristote, Epicure, Lucr\u00e8ce, puis de l\u2019empirisme sensualiste et associationniste. On l\u2019aura compris apr\u00e8s ce bref compte-rendu de la d\u00e9marche de l\u2019auteur dans la premi\u00e8re partie de son ouvrage, le cheminement avec les th\u00e9matiques pourtant abstraites abord\u00e9es par R. Perron s\u2019av\u00e8re passionnant et tr\u00e8s vivant, illustr\u00e9 par de nombreuses observations, par des s\u00e9quences cliniques, par l\u2019\u00e9vocation de l\u2019histoire de la psychanalyse, par des \u00ab anecdotes \u00bb scientifiques, et par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 de multiples champs de savoir, les sciences exactes, la physique, les math\u00e9matiques, la philosophie, l\u2019histoire \u2026 Comment mieux d\u00e9fendre la m\u00e9tapsychologie psychanalytique que de montrer la f\u00e9condit\u00e9 de ses interfaces, en ouvrant ainsi un dialogue \u00e9pist\u00e9mologique avec d\u2019autres disciplines ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>La fin de l\u2019ouvrage comporte des apports essentiels relatifs \u00e0 la confrontation de la psychanalyse avec le mod\u00e8le des sciences exactes, au centre de la majeure partie des critiques adress\u00e9es \u00e0 la pychanalyse.&nbsp;<br>R. Perron, qui a beaucoup accompagn\u00e9 des doctorants dans leurs recherches, propose cinq mod\u00e8les possibles pour la recherche en psychanalyse. D\u2019abord le mod\u00e8le taxinomique, triomphant en botanique, en zoologie et import\u00e9 ensuite dans une psychiatrie classificatoire, est inad\u00e9quat pour la m\u00e9thode psychanalytique, ensuite le mod\u00e8le de la biologie, fondateur de la pens\u00e9e de Freud, est pertinent parce qu\u2019il rend compte de modalit\u00e9s de fonctionnement par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des mod\u00e8les fonctionnels locaux, le mod\u00e8le de la clinique et celui de l\u2019histoire, et enfin celui des sciences exactes, le plus souvent utilis\u00e9 pour mettre en cause la scientificit\u00e9 de la psychanalyse, \u00e0 laquelle on reproche volontiers de ne pas se conformer \u00e0 ce mod\u00e8le. R. Perron d\u00e9crit alors remarquablement les pi\u00e8ges du quantitatif et rel\u00e8ve notamment l\u2019illusion de la constitution d\u2019une classe homog\u00e8ne dans l\u2019\u00e9valuation des psychoth\u00e9rapies : on ne mesure pas la&nbsp;&nbsp;&nbsp; d\u00e9pression comme on mesure les pommes de terre. L\u2019auteur montre les impasses de la M\u00e9decine Fond\u00e9e sur les<em>&nbsp;<\/em>Preuves&nbsp;<em>Evidence Based Medecine<\/em>), dans le domaine des psychoth\u00e9rapies, selon une m\u00e9thodologie utilis\u00e9e dans les essais m\u00e9dicamenteux. Parmi les erreurs m\u00e9thodologiques mises en \u00e9vidence, l\u2019illusion de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et de la comparabilit\u00e9. L\u2019auteur montre de fa\u00e7on originale que beaucoup de statistiques param\u00e9triques sont invalid\u00e9es par la confusion entre le niveau ordinal et celui d\u2019une \u00e9chelle \u00e0 intervalles. Ces analyses pourraient \u00eatre prolong\u00e9es avec l\u2019id\u00e9e de la n\u00e9cessaire invention pour la psychologie clinique, de m\u00e9thodologies cliniques d\u2019\u00e9valuation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><br>R. Perron n\u2019aborde pas cette probl\u00e9matique dans cet ouvrage mais il lui ouvre en quelque sorte la voie. Enfin l\u2019auteur s\u2019attache particuli\u00e8rement \u00e0 montrer que le fameux crit\u00e8re de r\u00e9futabilit\u00e9 de Popper, souvent cit\u00e9 pour prouver que la psychanalyse n\u2019est pas scientifique, s\u2019av\u00e8re en fait inad\u00e9quat.<br>Les derniers mots&nbsp; consistent en un \u00e9change entre le g\u00e9om\u00e8tre et le po\u00e8te, dialogue ininterrompu que chaque analyste peut poursuivre en lui-m\u00eame, \u00e0 l\u2019appui des rep\u00e8res fondamentaux donn\u00e9s par R. Perron.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12987?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1477],"mode":[61],"revue":[329],"auteur_livre":[2333],"class_list":["post-12987","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-anne-brun","mode-gratuit","revue-329","auteur_livre-roger-perron"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12987","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12987"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12987"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12987"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12987"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12987"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12987"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12987"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}