{"id":12986,"date":"2021-09-12T10:13:49","date_gmt":"2021-09-12T08:13:49","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/psychanalyse-du-libertin\/"},"modified":"2021-09-30T01:54:41","modified_gmt":"2021-09-29T23:54:41","slug":"psychanalyse-du-libertin","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/psychanalyse-du-libertin\/","title":{"rendered":"Psychanalyse du libertin"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans son dernier livre<em>&nbsp;Psychanalyse du libertin,<\/em>&nbsp;paru en octobre 2010, Alberto Eiguer fait l\u2019\u00e9loge du libertinage, un th\u00e8me peu abord\u00e9 en psychologie et en psychanalyse. Cette recherche \u00e9rudite est une premi\u00e8re dans ce domaine, \u00e0 l\u2019exception de quelques \u00e9tudes de psychanalyse appliqu\u00e9e \u00e0 la litt\u00e9rature comme les travaux sur Don Juan. C\u2019est une recherche qui se situe dans la continuit\u00e9 des pr\u00e9c\u00e9dents travaux de l\u2019auteur sur la perversion narcissique, sexuelle et morale et on en trouve une reformulation, mais avec un large d\u00e9veloppement sur les pr\u00e9dations morale et sexuelle et une recherche sur les fronti\u00e8res entre la perversion et le libertinage. Ce livre revisite aussi des grandes figures de libertins qui s\u2019inscrivent dans l\u2019histoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant des si\u00e8cles, le libertinage prenait son \u00e9lan dans l\u2019opposition \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 tyrannique et il y allait de pair pour le libertin du d\u00e9sir de s\u2019affranchir de toute contrainte, de lutter contre la morale oppressante, au niveau des libert\u00e9s individuelles, de l\u2019action sociale, du droit \u00e0 la parole, ou au niveau sexuel. Alberto Eiguer nous parle ainsi longuement de l\u2019incontournable Casanova, un amoureux libertin profond\u00e9ment engag\u00e9 dans les sentiments et dans la relation qu\u2019il favorise. Dans le large \u00e9ventail du libertinage, nous rencontrons \u00e9galement Catherine, la grande tsarine de Russie et le marquis de Sade, qui ont v\u00e9cu pendant le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Catherine, la grande, est une libertine du c\u00f4t\u00e9 des aristocrates, version f\u00e9minine, dont la vie a quelque chose d\u2019exemplaire dans ce sens qu\u2019elle introduit ce qui va devenir la lib\u00e9ration f\u00e9minine. Sade repr\u00e9sente plut\u00f4t le libertin pr\u00e9dateur, qui ne prend pas en compte les cons\u00e9quences qu\u2019il va produire ; il privil\u00e9gie sa jouissance. Mais l\u2019auteur montre que Sade, qui a \u00e9crit, notamment en prison, une \u0153uvre cons\u00e9quente, a une inclinaison r\u00e9volutionnaire ; il avance un certain nombre d\u2019argumentations int\u00e9ressantes pour d\u00e9fendre sa posture de libertin, certes, mais en s\u2019inspirant d\u2019\u0153uvres des philosophes de son \u00e9poque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En plongeant dans l\u2019histoire du libertinage, l\u2019auteur remonte \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9. Il d\u00e9veloppe les id\u00e9es d\u2019\u00c9picure sur l\u2019h\u00e9donisme et montre comment la psychanalyse peut s\u2019inscrire dans cette lign\u00e9e \u00e9picurienne, notamment avec la dimension du principe de plaisir dans l\u2019\u00e9vitement de ce qui fait souffrance. \u00c9picure, pr\u00f4ne essentiellement l\u2019h\u00e9donisme dans le travail de la pens\u00e9e, cette jouissance de petites sensations dans la satisfaction et le bonheur de trouver et de d\u00e9couvrir. Cette pens\u00e9e forte sera reprise notamment \u00e0 l\u2019\u00e9poque baroque, o\u00f9 l\u2019on peut d\u00e9gager deux modalit\u00e9s de libertinage, appel\u00e9es libertinage des m\u0153urs et libertinage \u00e9rudit. A cette \u00e9poque, les philosophes se donnent du plaisir, surtout au niveau intellectuel en b\u00e2tissant une \u0153uvre \u00e0 la fois philosophique et litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur fait le lien entre l\u2019\u00e9picurisme ancien et son d\u00e9veloppement moderne dont une des figures de proue pourrait \u00eatre Freud avec son principe de plaisir, v\u00e9ritable moteur de la vie psychique, sans oublier la sexualit\u00e9 infantile. Alberto Eiguer travaille sur cette parent\u00e9 entre l\u2019h\u00e9donisme et la th\u00e9orie psychanalytique, mais il souligne que, chez Freud, on obtiendrait principalement le plaisir par la d\u00e9charge, alors que pour d\u2019autres, on peut l\u2019obtenir \u00ab dans la charge \u00bb, dans la tension au moment d\u2019exp\u00e9rimenter des affects intenses. C\u2019est ce qu\u2019on peut voir \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la relation m\u00e8re-nourrisson, dans la pens\u00e9e r\u00e9ussie et dans l\u2019humour, lors des rencontres o\u00f9 l\u2019on \u00e9prouve une jouissance \u00e0 travers la pl\u00e9nitude et pas forc\u00e9ment \u00e0 travers la d\u00e9charge. Une autre id\u00e9e forte de l\u2019h\u00e9donisme est la primaut\u00e9 du corps et de ses sensations. Freud parlera des pulsions \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 la sexualit\u00e9 qui visent le plaisir, mais aussi du conflit qui oppose pulsion et d\u00e9fense \u00e0 la base du fonctionnement psychique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alberto Eiguer explore l\u2019h\u00e9donisme durant le XVII\u00e8me si\u00e8cle et notamment chez Spinoza avec ses id\u00e9es sur l\u2019\u00e9panouissement de la personne en qu\u00eate de bonheur. Spinoza est un philosophe proche de l\u2019h\u00e9donisme ancien qui cr\u00e9e un vaste syst\u00e8me de pens\u00e9e, notamment dans&nbsp;<em>L\u2019Ethique.<\/em>&nbsp;Il souligne que l\u2019\u00eatre humain est g\u00e9r\u00e9 par les affects, appel\u00e9s les affections, qui visent \u00e9galement \u00e0 atteindre la joie et \u00e0 fuir la tristesse. Dans son syst\u00e8me de pens\u00e9e le&nbsp;<em>conatus&nbsp;<\/em>: d\u00e9sir, \u00e9vitement de la tristesse et recherche de la joie nous rappelle curieusement le narcissisme primaire, dans ce sens qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un noyau qui vise \u00e0 la perp\u00e9tuation de son soi, dans la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats personnels et son d\u00e9sir de vivre. On peut rapprocher ce noyau de d\u00e9sir du d\u00e9sir freudien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le libertin a travers\u00e9 les \u00e9poques en s\u2019inscrivant dans ces courants de pens\u00e9e ; il reste un acteur, voire un inspirateur des id\u00e9es nouvelles de d\u00e9mocratie et de refus de toute oppression. Il se donne lui-m\u00eame comme exemple de quelqu\u2019un qui veut se d\u00e9faire d\u2019un certain nombre d\u2019interdits et de toute contrainte, mais \u00e9galement, il ne supporte pas l\u2019attachement. Il pr\u00f4ne toutes les libert\u00e9s pour lui-m\u00eame et pour les autres en souhaitant vivre au jour le jour. Il a le d\u00e9sir de s\u2019amuser, d\u2019\u00eatre pr\u00e8s de ses sensations, de ses plaisirs, tout particuli\u00e8rement en ce qui concerne sa vie sentimentale. Ayant une formule unique sur la jouissance, il se projette compl\u00e8tement imaginant ce que pourrait \u00eatre le plaisir pour autrui, m\u00eame si parfois, cela ne co\u00efncide pas tout \u00e0 fait. Le temps d\u2019une rencontre, et notamment par l\u2019effet de sa capacit\u00e9 de s\u00e9duction, il suscitera chez l\u2019autre l\u2019envie de partager ses moments de plaisir avec lui. Il peut tomber amoureux le court moment d\u2019une rencontre, mais peut-\u00eatre aimer au-del\u00e0. Chaque fois, il s\u2019implique pleinement dans cette passion, mais il fuit la d\u00e9pendance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La diff\u00e9rence entre le libertin et le pervers, c\u2019est que ce dernier aime difficilement et qu\u2019il est dans une perspective qui est celle de l\u2019emprise sur autrui sans penser \u00e0 l\u2019autre, et sans prendre en compte les cons\u00e9quences de ses comportements. Le pervers \u00e9prouve de la jouissance \u00e0 faire du mal, le mal pour le mal. Il d\u00e9nie l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019autre et le d\u00e9pouille de son d\u00e9sir et de ses r\u00eaves, alors que le libertin va tenter de donner du d\u00e9sir \u00e0 l\u2019autre. Parfois le libertin glisse vers des comportements qui s\u2019exercent au d\u00e9triment d\u2019autrui. Car si le libertinage a un versant du c\u00f4t\u00e9 du plaisir, de la joie, du bien \u00eatre et de la recherche du bonheur, il y a aussi un autre versant le c\u00f4t\u00e9 sombre du libertinage, celui de l\u2019emprise, de l\u2019an\u00e9antissement d\u2019autrui, de la privation de la libert\u00e9 chez l\u2019autre, qui se retourne alors contre le sujet, car celui-ci n\u2019est plus libre. Dans cet assujettissement, il s\u2019agit de pr\u00e9dation avec la jouissance de dominer autrui et de lui faire du mal. On rejoint curieusement dans ce cas le libertinage f\u00e9odal, jouissance \u00e0 faire sentir sa sup\u00e9riorit\u00e9 privant autrui de ses droits \u00e9l\u00e9mentaires. Toutefois, d\u2019un point de vue structurel, les diff\u00e9rences entre libertinage simple et le libertinage pr\u00e9dateur sont profondes. Le pr\u00e9dateur ne peut et ne sait jouer. Il jouit de l\u2019emprise plus que de la sexualit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alberto Eiguer nous montre que des patients qui se d\u00e9finissent comme des libertins ressemblent beaucoup plus aux n\u00e9vros\u00e9s qu\u2019aux pervers, et pourtant ils exercent et utilisent une sexualit\u00e9 qui dans les ouvrages classiques est consid\u00e9r\u00e9e comme de la pratique perverse (sadomasochisme, triolisme). Pourquoi structurellement ne fonctionnent-ils pas comme des pervers ? Dans le libertinage simple, qui n\u2019est pas pervers, il existe n\u00e9anmoins une difficult\u00e9 au niveau de l\u2019attachement. Leur angoisse ne peut se d\u00e9finir comme une angoisse de perte, comme une angoisse d\u00e9pressive, comme cela pourrait \u00eatre dans le cas de l\u2019addiction sexuelle, mais elle est associ\u00e9e au sentiment qu\u2019ils ne parviennent pas \u00e0 poss\u00e9der l\u2019autre, \u00e0 l\u2019impliquer dans un lien suffisamment intime. Ils redoutent que l\u2019attachement consomme le feu de l\u2019\u00e9rotisme et en fasse perdre l\u2019enchantement. En \u00e9change, toute l\u2019\u00e9nergie se d\u00e9ploie du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 \u00e9rotique et sexuelle. Comme si \u00eatre proche de l\u2019autre, se sentir attach\u00e9 \u00e0 lui ne peut \u00eatre durable et attrayant ; alors ce sera court et tr\u00e8s intense. La relation \u00e9rotique le permet, que l\u2019on agr\u00e9mente de nouvelles formes qui deviennent des n\u00e9o-besoins et le point de d\u00e9part d\u2019autres jouissances. D\u00e8s lors, les probl\u00e9matiques se complexifient, mais tout cela ne viendrait-il pas l\u00e0 pour pallier une difficult\u00e9 d\u2019attachement qui s\u2019origine pendant la petite enfance, une faillite des identifications primaires et une carence de la contenance r\u00e9ciproque ? La joie de la rencontre qui implique de la tendresse ou du jeu, ne para\u00eet pas envisageable, sauf sur le versant de la simulation. Car les libertins peuvent jouer sexuellement et y trouver la possibilit\u00e9 de symbolisation. Ils ont peut-\u00eatre compris que leur sexualit\u00e9 adulte leur procure des sensations in\u00e9dites qui se substituent \u00e0 une certaine impotence \u00e0 se lier. Aujourd\u2019hui le libertinage est, \u00e0 l\u2019exemple des couples qui participent \u00e0 une sexualit\u00e9 plurielle, facilit\u00e9 par la lib\u00e9ralisation des m\u0153urs et de ce fait il s\u2019inscrit dans un v\u0153u de vivre et de partager le plaisir dans le jeu. Dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, la sexualit\u00e9 ne suscite plus d\u2019interdits et les personnes peuvent donner libre cours \u00e0 leurs plaisirs dans des rencontres sans lendemain via Internet, ou bien ils fr\u00e9quentent le club, le bar ou le lieu o\u00f9 on pratique une sexualit\u00e9 non traditionnelle. Entre le libertin et le pervers les limites sont parfois difficiles \u00e0 \u00e9tablir, car l\u2019on peut glisser de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Des modalit\u00e9s cliniques se d\u00e9gagent n\u00e9anmoins : on trouve le libertinage simple qui fait l\u2019objet de la premi\u00e8re partie du livre, mais \u00e9galement l\u2019addiction sexuelle. Et enfin les formes perverse et pr\u00e9datrice dont Alberto Eiguer avait d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 la psychopathologie dans&nbsp;<em>Le pervers narcissique et son complice.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9dation morale est une des composantes essentielles de la perversion narcissique, avec la s\u00e9duction narcissique et l\u2019utilitarisme. Dans ce nouveau livre, l\u2019on voit appara\u00eetre le pr\u00e9dateur sexuel, un cas clinique et social, comprenant le violeur et les diff\u00e9rentes formes de p\u00e9dophilie. Pour atteindre sa jouissance sexuelle, il agit en capturant sa proie dans le filet de liens psychologiques le plus fr\u00e9quemment, mais parfois la gardant prisonni\u00e8re concr\u00e8tement. Il s\u2019agit de priver l\u2019autre de sa libert\u00e9, mais aussi d\u2019essayer de l\u2019\u00e9loigner de son objet interne et de sa subjectivit\u00e9. L\u2019emprise et la pr\u00e9dation restent une forme de relation entre deux personnes qui annule leur subjectivit\u00e9, l\u2019un la vide chez l\u2019autre et l\u2019autre se \u00ab vide lui-m\u00eame \u00bb de sa subjectivit\u00e9. De nos jours, la notion de pr\u00e9dation m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re au niveau intra-familial ; cet ouvrage explore le profil de ce pr\u00e9dateur qui agit dans la famille par s\u00e9duction, contrairement au pr\u00e9dateur qui, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la famille, agit lui, plut\u00f4t par surprise. Mais tous les deux cherchent la m\u00eame chose : poss\u00e9der l\u2019autre et se servir de lui. Le pr\u00e9dateur adulte exerce une emprise sur sa victime \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la famille, commet l\u2019inceste ou instaure l\u2019incestualit\u00e9 en se pr\u00e9valant de son ascendant, de sa force psychique, voire physique. Les cons\u00e9quences sur sa victime sont d\u00e9l\u00e9t\u00e8res avec des effets imm\u00e9diats : la confusion, la d\u00e9pression, l\u2019incompr\u00e9hension, ainsi que la d\u00e9structuration de la parent\u00e9 et du lien parental-filial. L\u2019enfant est catapult\u00e9 dans une position d\u2019adulte ; cela peut le flatter, alors que c\u2019est une grande tromperie. A plus long terme, le d\u00e9sordre de la parent\u00e9 entra\u00eene des d\u00e9sordres de la pens\u00e9e logique. Nombre de ces enfants auront du mal \u00e0 \u00e9merger. Et si l\u2019abus est gard\u00e9 secret, cela produira m\u00eame des effets sur la g\u00e9n\u00e9ration suivante. Alberto Eiguer montre un autre aspect particulier en famille : la question de la loi et de la place du p\u00e8re que l\u2019auteur \u00e9tudie dans le chapitre<em>&nbsp;La crise du paternel.<\/em>&nbsp;A l\u2019\u00e9poque actuelle, l\u2019autorit\u00e9 parentale est en v\u00e9ritable d\u00e9clin alors que la famille bonifie trop l\u2019enfant. Il ne suffit pas de dire que dans la famille du pr\u00e9dateur il n\u2019y a pas ou pas eu de p\u00e8re. S\u2019il est pr\u00e9sent, il appara\u00eet comme \u00ab un p\u00e8re pour la galerie \u00bb, qui fait de la simulation. On lui souffle sans arr\u00eat ce qu\u2019il faut dire ou faire pour s\u2019imposer aux enfants. Le p\u00e8re symbolique est inexistant dans ce contexte. L\u2019enfant futur pervers ou pr\u00e9dateur qui vit cela aura lui-m\u00eame une pr\u00e9disposition au simulacre et \u00e0 la mythomanie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfance prend une voie d\u00e9vi\u00e9e et les pr\u00e9dations, les perversions diverses, les agressions sexuelles augmentent. La faillite de l\u2019identification paternelle semble \u00eatre en rapport avec les violences adolescentes de notre \u00e9poque, accompagn\u00e9es de transgression, d\u2019autodestruction, d\u2019automutilation ou de conduite \u00e0 risque. Cela ne serait plus tellement le mal pour le mal, mais le d\u00e9sordre pour le d\u00e9sordre. Le p\u00e9dophile, qui a une grande difficult\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019enfant, semble ne pas avoir quitt\u00e9 l\u2019enfance. Il se vit par rapport \u00e0 l\u2019enfant dans une continuit\u00e9 entre sa propre enfance et celle de sa victime. Mais en m\u00eame temps, il veut souiller cette enfance qu\u2019il envie profond\u00e9ment. Il aimerait arr\u00eater le temps afin de refonder l\u2019ordre de la vie, comme celui de la parent\u00e9 et du social. C\u2019est l\u2019exemple de la mode des \u00ab lolitas \u00bb qu\u2019adoptent de petites filles avec le consentement de leurs parents. On les d\u00e9guise en grande fille en leur imposant des r\u00e9gimes alimentaires, comme si elles \u00e9taient des adultes ; certaines deviendront anorexiques. L\u2019adultification d\u2019enfant est source de nombre d\u2019\u00e9quivoques ; bon nombre de ces filles peuvent \u00eatre l\u2019objet d\u2019agresseurs sexuels. Statistiquement les signalements d\u2019abus sexuels sont en augmentation dans notre pays. On note cette jouissance de la pr\u00e9dation \u00e0 propos des viols collectifs en r\u00e9union, les tournantes, sur des sites Internet ou dans l\u2019exhibition entre adolescents qui comp\u00e8tent dans des concours de performance sexuelle. Le&nbsp;<em>testing&nbsp;<\/em>est une pratique qui se r\u00e9pand entre jeunes amoureux consistant \u00e0 envoyer par voie de portables des messages photos et vid\u00e9o o\u00f9 l\u2019on s\u2019exhibe ; mais cela peut finir mal s\u2019il y a s\u00e9paration. La souffrance de la solitude, serait-elle \u00e0 l\u2019origine de ces exhibitions collectives ?<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de l\u2019ouvrage, Alberto Eiguer apporte des perspectives th\u00e9rapeutiques pour traiter ces situations d\u2019emprise et de pr\u00e9dation, o\u00f9 la reconnaissance, le respect d\u2019autrui et la responsabilit\u00e9 sont rares, voire absents. L\u2019auteur avance l\u2019importance du travail en \u00e9quipe ou en groupe, surtout s\u2019il s\u2019agit d\u2019agresseurs sexuels intra-familiaux. En parall\u00e8le avec la th\u00e9rapie individuelle, il propose d\u2019autres formes de soins, comme la th\u00e9rapie familiale. Les alliances s\u2019av\u00e8rent essentielles avec la justice ainsi qu\u2019avec les \u00e9ducateurs ou les assistantes sociales. La fonction de la justice est d\u2019appliquer la loi et celle du th\u00e9rapeute est de favoriser, pour l\u2019essentiel, une relation de transfert en face duquel le contre-transfert jouera un r\u00f4le tr\u00e8s important. Le th\u00e9rapeute ne doit pas \u00eatre un juge, mais il va plut\u00f4t travailler \u00e0 propos de la difficult\u00e9 chez ces libertins pr\u00e9dateurs de reconna\u00eetre l\u2019autre, de le voir dans sa sp\u00e9cificit\u00e9 et dans sa souffrance. A partir de cette reconnaissance, ils sauront admettre qu\u2019ils font du mal \u00e0 autrui. Par ce travail sur l\u2019autre, \u00e9merge la possibilit\u00e9 de d\u00e9passer ce narcissisme tout-puissant qui les anime, qui les autorise \u00e0 tout se permettre. Peut-\u00eatre chercheront-ils dor\u00e9navant \u00e0 savoir ce qu\u2019est le plaisir chez autrui et acc\u00e9der au plaisir de la rencontre v\u00e9ritable ? Celui-ci attend-il de lui un geste dans le registre de la reconnaissance et de la responsabilit\u00e9 ? Dans la mesure o\u00f9 le groupal s\u2019\u00e9taye par l\u2019attachement r\u00e9ciproque, on parvient \u00e0 construire le cas \u00e9ch\u00e9ant une n\u00e9o-trans-subjectivit\u00e9 ou une n\u00e9o-groupalit\u00e9. Dans le travail th\u00e9rapeutique de ces personnalit\u00e9s, les deux mots-cl\u00e9s seraient bien reconnaissance et responsabilit\u00e9. C\u2019est un long travail, mais l\u2019auteur t\u00e9moigne d\u2019un certain nombre de r\u00e9ussites, exp\u00e9rience qu\u2019il a eu envie de transmettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Si en exergue de l\u2019ouvrage, l\u2019auteur \u00e9voque la phrase d\u2019un de ses oncles, personnage exceptionnel, amoureux et voyageur, qui dit \u00e0 la naissance de son neveu Alberto : \u00ab Il est n\u00e9 pendant la guerre pour lutter pour la paix, pour donner l\u2019amour de la vie et l\u2019espoir pour la fin de toute guerre \u00bb, Alberto Eiguer montre en conclusion de l\u2019ouvrage, que le libertinage renvoie aux id\u00e9es du bonheur et de la joie de vivre, qui sont li\u00e9s \u00e0 l\u2019amour de la vie et \u00e0 l\u2019amour de la paix. Et \u00e0 la fin de ce livre, nous sommes d\u2019accord pour qualifier du beau mot de libertin, cet oncle \u00e9pris de libert\u00e9.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12986?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2117],"mode":[61],"revue":[892],"auteur_livre":[2387],"class_list":["post-12986","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-elisabeth-darchis","mode-gratuit","revue-892","auteur_livre-alberto-eiguer"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12986","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12986"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12986"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12986"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12986"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12986"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12986"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12986"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}